‹ Conspirateurs et gens de policeChapitre 30 sur 46 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

formaliste, il conserva jusqu'à sa mort son bel honneur de Constituant.

Beaucoup moins ingénu, Fouché le terroriste ne put, malgré ses finasseries, recouvrer la confiance de son maître. Quatre mois après l'instruction du Complot des libelles, il fut ^brutalement révoqué. Cambacérès reçut la mission délicate de lui apprendre sa disgrâce, et de chercher à savoir ce qu'il désirait obtenir. De l'argent ! fit comprendre Fouché. Bonaparte le nomma aussitôt sénateur, et gratifia cet insatiable d'une somme de douze cent mille francs, — d'ailleurs, simple goutte d'eau jetée à un gouffre!...

Mais ce ne fut pas Dubois qui recueillit la succession du jacobin cassé aux gages. Le ministère de la Police fut réuni à celui du Grand Juge, le « gros juge », comme on nomma dans le populaire l'obèse et lourdaud Régnier. Il s'acquitta fort mal de son emploi, étant très honnête homme....

Dans les bureaux de la rue des Saints-Pères on pesta contre la décision nouvelle, et l'on s'y lamenta, car Patrice et Desmarets faillirent sombrer en ce naufrage....

Fouché transporta donc dans un appartement de la rue E|asse-du-Rerapart le lit conjugal, sa nichée d'enfants, ses soirées de boston et de loto, — ses intrigues aussi. Là, résigné en apparence, et affectant une vie de patriarche, il ne cessa de miner les voies de son successeur, de lui filouter ses mouchards, de fabriquer ainsi des complots, partant de

les découvrir et de les dénoncer. « Prenez garde! murmurait- il à Toreille de Napoléon; des poignards voltigent dans Tair! Je les vois; je les sens! jt II Teffraya si bien que, deux années plus tard, le génial coquin faisait reconstituer la police, et, ministre à nouveau, rentrait en triomphateur dans rhôtel du quai Voltaire.... Nous le re verrons à rœuvre, en de prochains récits.

Bonaparte avait voulu s'épargner un scandale; il ne put cependant imposer le silence. On jasa, et le public connut la « conspiration des pots de beurre ». Les contemporains nous en ont parlé, mais sans déchirer son mystère. Ils rappellent, toutefois, « une crise menaçante,... à laquelle manqua un chef assez sûr pour lui donner Télan », « une entreprise dirigée contre un nouveau César par les derniers Romains ».

Oui, une redoutable sédition, sorte de révolte prétorienne, fut, en 1802, au moment d'éclater. Sans aucun doute possible, le plan dut en être concerté, au mois de floréal, — alors qu'effrayés par l'imminence de la dictature impériale, les derniers féaux de la République, opposants du Sénat, refusaient à Bonaparte son Consulat à vie. En de telles occurrences, une crise gouvernementale était à redouter, et chacun s'attendit à un coup d'Etat. Le comité occulte de ces généraux mécontents, que

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