‹ Conspirateurs et gens de policeChapitre 37 sur 46 · APPEL AUX ARMÉES FRANÇAISES PAR LEURS CAMARADES · texte numérisé non relu

APPEL AUX ARMÉES FRANÇAISES PAR LEURS CAMARADES

Soldats de la Patrie,

Est-elle enfin comble la mesure d'ignominie que Ton déverse sur vous dépuis plus de deux ans? Êtes-vous assez abreuvés de dégoûts et d'amertume? Jusqu'à quand souffrirez- vous qu'un Tyran vous asservisse, et laisserez-vous entièrement river les fers dont vous êtes enchaînés ? Qu'est devenue votre gloire ; à quoi ont servi vos triomphes?... Était-ce pour rentrer sous le joug de la Royauté que pendant dix ans de la guerre la plus sanglante, vous avez prodigué vos veilles et vos travaux, que vous avez vu périr à vos côtés plus d'un million de vos camarades?

Soldats! Vous n'avez plus de Patrie, la République n'existe plus, et votre gloire est ternie, votre nom est sans éclat et sans honneur.

Un tyran s'est emparé du pouvoir, et ce tyran, quel est-il?

Bonaparte!...

Lâche défenseur de nos drapeaux, infâme assassin de nos compagnons, tous les crimes lui Sont familiers pour satisfaire ses vues ambitieuses. Consultez vos frères d'Egypte, ils vous diront à quels maux horribles il les a exposés en les abandonnant; ils vous diront que sa main meurtrière à dirigé le poignard qui leur a enlevé le chef le plus vertueux et le plus digne de les commander; ils vous diront enfin que ce tyran farouche, craignant que ses crimes ne soient dévoilés, a fait circuler le poison jusque dans les veines de ceux d'entre eux que le fer de l'ennemi avait mis hors de combat. Mille atrocités semblable se présentent à notre mémoire ; mais notre plume répugne à les retracer.

Quel était notre but, en combattant pour la République? d'anéantir toute caste noble ou religieuse, d'établir Végalité la plus parfaite.

Notre but était rempli; mais notre ouvrage ne subsiste plus. Les émigrés sont rentrés de toutes parts ; des prêtres hypocrites sont salariés par le tyran»

Les uns et les autres composent son conseil, les uns et les autres occupent les emplois, les dignités. C'est en vain que vous avez vaincu partout ces enfants dénaturés, armés contre leur patrie; leurs crimes sont des titres de recommandations; leurs services sous les drapeaux de nos ennemis leur procureront les récompenses que Ton refuse aux nôtres. Déjà beaucoup d'entre eux ont osé se mêler dans nos rangs, beaucoup occupent les premières places pnrmi vous; et vous êtes assez lùches pour les souffrir.

Attendez-vous que ceux qui ont partagé vos fatigues et votre gloire, qui vous ont constamment conduits dans le chemin de rhonneur et de la victoire, vivent décimés, chassés, exilés, déportés et plongés dans la misère pour ouvrir les yeux?... Il sera trop tard alors, vos coups seront détournés par les protégés, les amis du tyran ; et vous ne ferez que des efforts infructueux.

Attendez-vous que des prêtres fanatiques, portent la superstition, la déroute et l'épouvante dans le sein de vos familles, aient aliéné contre vous l'esprit de vos parents, vous aient dépouillés de leur héritage, aient dévoué au poignard les acquéreurs des domaines nationaux, gage précieux de vos triomphes et de votre gloire?... Alors vous serez sans amis, sans ressources, et vos coups porteront à faux.

Soldats, vous n'avez pas un moment à perdre, si vous voulez conserver notre liberté, notre existence et notre honneur.

Et vous, OFFICIERS GÉNÉRAUX, qui VOUS êtes couverts de lauriers, qu'est devenue votre énergie ?

Que sont devenus ces élans sublimes de patriotisme qui nous ont fait braver tant de dangers?... Étes-voUs ainsi tombés dans l'apathie, ou êtes-vous devenus les amis du tyran. Non, nous n'osons le croire.... Pourquoi donc souffrez- vous que votre ouvrage soit détruit, que vos enfants soient proscrits et que vos ennemis triomphent?... Le repos, les richesses, les rivalités ont-elles anéanti votre courage?... Grands dieux! serait-il possible que ceux qui ont fait de si grandes choses pour conquérir leur liberté fussent devenus assez lâches pour croupir dans l'esclavage!... Est-il besoin pour ranimer nos forces et notre énergie, de vous retracer les maux auxquels votre faiblesse nous expose?... Déjà plusieurs d'entre vous ont été proscrits, exilés pour aw>ir osé élever la voix. Eh bien ! le même sort nous menace tôt ou tard. Si l'on nous ménage encore, c'est qu'on nous craint; mais nos dangers sont les mêmes, vous êtes tous proscrits. Si vous tardez plus longtemps, la honte et l'infamie seront votre partage, vos noms ne rappelleront plus ces époques glorieuses de nos triomphes, on ne les prodiguera plus qu'aux lâches et aux esclaves!

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