‹ Conspirateurs et gens de policeChapitre 41 sur 46 · EXTRAITS DBS INTERROGATOIRES ET DE LA DECLARATION DE JOURDEUIL · texte numérisé non relu

EXTRAITS DBS INTERROGATOIRES ET DE LA DECLARATION DE JOURDEUIL

Signalement : Jean-Pierre Jourdeuil, âgé de vingt-trois ans, natif de Louzan, département de la Haute-Marne. Taille 1 m. 77; ehevoux et sourcils noirs; front haut; yeux bruns et grands, nez gros, bouche grande ; menton rond et à fossette ; visage ovale et plein; teint basané, portant des nageoires brunes; cheveux à la Titus; assez corporé.

... Dbmandb. — Connaissez-vous un officier qui se nomme Rapatel?

REPONSE. — Oui, je Tai connu à Rennes; j'allais quelquefois lui porter des lettres.

D. — Qui est-ce qui vous a remis le paquet que vous avez mis pour lui à la diligence, le 4 de ce mois?

R. — Il est très possible que j'ai remis à la diligence un paquet pour le citoyen Rapatel, mais je ne peux pas dire au juste. C'est le citoyen Bertrand qui me les remettait.

D. — C'est donc lui qui vous a remis un paquet pour le citoyen Rapatel?

R. — Oui, c'est le citoyen Bertrand.

D. — Est-ce lui qui vous a dit de déclarer que c'était du beurre?

R. — Je n'ai pas dit que c'était du beurre; c'était des effets....

D. — Le citoyen Bertrand vous a-t-il chargé en différentes fois de paquets pour la diligence?

R. — Oui, il m'en a donné en différentes fois.

D. — Vous rappelez-vous pour quelle personne étaient ces paquets?

R. — Non. Si on me disait les noms des personnes, peut-être que je m'en souviendrais.

D. — N'y en avait-il pas pour une demoiselle Vatar?

R. — Je n'ai pas souvenir de ce nom.

... Le citoyen Bertrand m'a envoyé avec un mot d'écrit chez un appelé Chausseblanche, t^abitant place du Palais, pour qu'il me Remette dés papiers qu'il lui a demandés: L6 citoyen Chausse^

blanche m'a fait de suite monter dans un grenier; on a rempli mon sac de papiers qui paraissaient imprimés. Quand tout est mis dans mon sac, je le porte chez le citoyen Bertrand qui était à m'attendre chez lui. En arrivant je dépose mon sac; il m*a envoyé allumer de la chandelle pour le cacheter, afin que personne ne prenne la liberté de regarder ce qui était dedans. Comme j'étais pour sortir il m'a dit d'aller donner ce sac à un charretier qui devait le prendre.

... Enfin après quelques jours allant chez le citoyen Bertrand, le matin, je nettoyais ses bottes et ses habits. Dans cet intervalle il se lève, ouvre son armoire où j'y aperçois des paquets de lettres en petites caisses ainsi que des paniers dans sa chambre. J'ai profité du moment de les voir quand il en a pris un pour me les faire porter à la diligence....

Le lendemain ou surlendemain il m'en donne plusieurs autres. 11 me dit de même que les premiers, mais de les mettre de la part d'un chirurgien de la garnison.... Quel est le motif qui m'a conservé ce souvenir? Parce que je n'en portais pas d'habitude de cette manière, puisque après, j'en trouve plusieurs dans ses poches en nettoyant ses habits. J'en ai mis un dans ma poche sans le regarder. Ah! quand je suis seul, que j'arrive dans ma chambre, j'aperçois que c'est contre le Gouvernement, cela m'a fait horreur, et croyez, citoyen préfet, que si je l'ai conservé c'était pour en instruire le Gouvernement....

D. — Avez- vous rencontré souvent ce voiturier, et dans quel endroit?

R. — Je crois que c'est un charretier de la République que je voyais, de temps à autre, à Rennes. Il est facile à reconnaître, parce qu'il porte des moustaches.

D. — Vous alliez souvent chez le citoyen Bertrand?

R. — Tous les jours.

D. — Voit-il beaucoup de monde?

R. — Il n'est pas logé bien commodément pour recevoir du monde.

D. — Donnait-il à manger?

R. — 11 n'était pas assez riche pour cela !

D. — N'allait-il pas quelquefois à la campagne?

R. — Oui, quelquefois. Mais je ne m'en suis aperçu qu'une fois particulièrement. Il avait été absent deux jours et une nuiU

Maunier, préfet d'IlU^et-Vilainey au Ministre de r Intérieur,

Rennes, 1" messidor an X.

... Je conjecture d'après votre lettre que vous n'aviez pas eu encore un long entretien avec mon secrétaire général. 11 vous aurait appris ce que peuvent signifler les liaisons de Bertrand avec l'ancien état-major de l'Armée de l'Ouest. Je ne veux pas vous présenter des soupçons comme des certitudes; mais enfin si vous désirez les connaître tous, demandez-les, je vous prie, au citoyen Routhier, au moyen des renseignements qu'il est en état de vous donner. Je me dispense de les écrire....

Bertrand n'est pas marié; âgé de quarante-cinq ans environ. U n'est que sous-lieutenant. Il est mécontent de son sort et n'était pas satisfait du gouvernement actuel.... Si son arrestation eût été faite comme elle devait l'être, il n'aurait pas eu le temps de brûler ses papiers. Mais il a fallu pour le faire arrêter me concerter avec les autorités militaires ; il a donc été averti ; il m'est impossible d'en douter....

Tout cela est la suite d'un complot préparé depuis longtemps. Il y a longtemps en effet que des militaires déclamaient contre le Gouvernement. On a cru devoir profiter de l'occasion du Consulat à vie et du Concordat pour tenter l'exécution du projet de faire révolter les troupes.

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