SIXIÈME PIECE
. Première instruction du directoire secret , adressée à chacun des agens révolutionnaires principaux, * ,
Citoyens ,
H n'en est pas des temps de crise comme des temps ordinaires. Quand le peuple jouit de ses droits , quand les principes de la liberté triomphent y nul n'a de droit sur les autres sans leur concours ; aucun ne peut faire d'entreprise relative à l'intérêt général sans consulter le peuple entier et sans avoir obtenu son assentiment. La raison est qu'alors c'est le meilleur ordre qui règne , et le meilleur ordre ne se perpétue que par le maintien rigide des principes. Celui qui , les choses en cet état , revêtirait dp son chef un titre quelconque pour s'ériger, sans aucune concession , en magistrat public, sous le prétexte de vouloir améliorer la situation de ses concitoyens, serait un usurpateur , même en supposant que ses intentions , en dernière analyse , fussent trèsdroites. Le motif encore très-sensible de ceci , c'est que , quand le peuple est libre et qu'il peut être consulté , on ne peut pas présumer que d'autres puissent mieux juger que lui-même ce qui lui est bon et avantageux .
Il n'en est pas ainsi lorsque le peuple est enchaîné, lorsque la tyrannie Ta mis dans l'impuissance d émettre son vœu sur tout ce qui l'intëresse ; lorsqu'à bien plus forte raison , il lui est devenu impraticable d ordonner des mesures de répression contre ses tyrans ; lorsqu'il lui est impossible de leur arracher le pouvoir usurpé dont ils se servent pour le faire souffrir et languir , pour l'asservir toujours de plus en plus , et jusqu a des bornes dont l'accroissement ne peut plus être calculé.
Alors il y a justice , il y a nécessité que les plus intrépides , les plus capables de se dévouer , ceux qui se croient pourvus au premier degré d'énergie , de chaleur et de force , de ces vertus généreuses sous la garde desquelles *a été remis le dépôt d'une constitution populaire que tous les Français vraiment libres n'ont jamais oubliée; il y a alors justice et nécessité que ceux-là, convaincus d'ailleurs que l'insnpiratio de leur propre cœur, ou celle de la liberté elle-même , qui leur fait entendre plus fortement , plus particulièrement sa voix , les autorise suffisamment atout entreprendre; il y a justice et nécessité que d'eux-mêmes ils s'investissent de la dictature de l'insurrection , qu'ils en prennent l'initiative , qu'ils revêtent le glorieux titre de conjurés pour la liberté , qu'ils s'érigent en magistrats sauveurs de leurs concitoyens.
Tels sont les motifs qui nous ont semblé justifier notre résolution et lui donner un caractère de grandeur et de magnanimité. Après avoir ainsi reconnu que notre mission donnée par nous-mêmes est éminemment légitime , puisque les circonstances qui rendent cette mission indispensable pour le salut delà liberté ne permettent pas qu'elle soit transmise par la nation souveraine, nous avons en outre distingué cette vérité bien encourageante : qne l'accusation de lâcheté dont on charge le peuple est un pur blasphème, et qu a l'impatience générale qu'il manifeste pour vouloir rompre un joug en effet bien odieux , il n'est pas difficile de voir que si jusqu'à présent il n'a rien fait pour le briser , il faut en attribuer la seule cause à ce qu'il s'est vu sans guides ; et nous avons remarqué que c'est avec le plus grand regret qu'il ajourne la répression, des attentats accumulés contre lui. Tout nous a annoncé ce qu'il serait capable de faire s'il apercevait k sa tête des conducteurs dignes de toute sa confiance.
Animés par de telles dispositions , nous avons été immédiatement conduits à jeter nos regards sur des hommes capables de nous seconder dans la plus glorieuse entreprise. C'est vous , citoyens', qui , par une suite de conduite républicaine, par des actes multipliés d'un civisme pur pendant tout le cours, de la révolution f ' par des épreuves
terribles dans les jours de persécution de tout ce qui fut patriote et vertueux , c'est vous sur qui ceux qui se sont constitués les premiers vengeurs de la patrie trahie, ont porté leurs vues pour transmettre leur première confiance, et vous déléguer les premières et principales divisions des opérations.
La portion du dépôt que le directoire secret de jalut public vous communique , est précieuse et importante ; sa garde exige beaucoup de discrétion , de prudence , d'activité , et d'amour pour le bien de tous ; elle exige toutes les vertus d'hommes tels que le directoire vous a cru être.
Le directoire secret a pesé son organisation fondamentale et celle de ses. rapports avec vous dans la balance de la sagesse et de la circonspection.
Il a cru devoir créer douze agens municipaux dans Içs douze sprondissemens de la commune de P^ris ; et il a tellement combiné leurs moyens de communication avec lui , que la correspondance sera presque directe , sans cependant que les douze agens principaux puissent connaître les membres du directoire. La raison de cette précaution est facile a saisir. On a senti que la partie la plus importante du secret de l'insurrection projetée , celle d'oii dépend le supcès de toute la ^uite dés opérations ; on a senti que la partie la