‹ Conspiration pour l'égalité dite de Babeuf (volume 2)Chapitre 16 sur 34 · L'oubli de cette égalité a introduit parmi les hommes · texte numérisé non relu

L'oubli de cette égalité a introduit parmi les hommes

Les fausses idées de bonheur ;

Les égaremens des passions ;

Le dépérissement de l'espèce ;

Les violences , les troubles , les guerres ;

La tyrannie des uns et l'oppression des autres;

Les institutions civiles , politiques et religieuses qui en consacrant l'injustice dissolvent enfin les sociétés après les avoir long-temps déchirées.

La vue des distinctions , du faste et des voluptés dont on ne jouit pas , fut et sera. toujours pour la multitude une^ource inepuisable.de tourmens, et d'inquiétudes. Il n'est donné qu a un petit nombre de sages de se préserver de la corruption , et la modération est un bien que le vulgaire ne sait plus apprécier dès qu'il s'en est écarté.

Quelques citoyens jse créent-ils de nouveaux besoins et introduisent-ils dans leurs jouissances des raffinemens inconnus a la multitude ? la simplicité n'est plus aimée, le bonheur cesse d*ètre dans une vie active et dans une ame tranquille , les distinctions et les voluptés deviennent le suprême des biens , personne n'est content de son état et tous cherchent envain le bonheur auquel l'inégalité a fermé l'entrée de la société.

Plus on obtient de distinctions, plus on en désire , plus on excite la jalousie et la convoitise ; de là tant d'entreprises extravagantes; delà cette soif si insatiable et si criminelle de l'or et du pouvoir ;

de la les haines , les violences et les meurtres ; de là ces guerres sanglantes causées par l'esprit de conquête et par la jalousie de commerce qui ne laissent pas à la malheureuse humanité un instant de relâche.

Au milieu de ce bouleversement d'idées , la mollesse et les chagrins détruisent une partie de l'espèce , énervent l'autre et préparent a la société des générations incapables de la défendre. De l'attachement aux distinctions naissent les précautions que l'on prend pour les conserver , malgré l'envie et le mécontentement qu'elles engendrent; ces précautions sont les lois barbares , les formes exclusives de gouvernement , les fables religieuses, la morale servile, en un mot la tyrannie d'un coté , l'oppression de l'autre. Cependant , la vojx de la nature ne peut être entièrement étouffée ; elle fait pâlir parfois ses enfajis ingrats; elle venge par ses éclats les larmes de l'humanité , et si elle parvient rarement a la rétablir dans ses droits , elle finit toujours par bouleverser les sociétés qui en méconnurent les lois.

Si l'égalité des biens est une suite de celle de nos organes et de nos besoins, si les malheurs publics et individuels, si la ruine des sociétés sont les effets nécessaires des atteintes qu'on lui porte, cette égalité est donc de droit naturel.

Art. 2.

Le but de la société est de défendre cette égalité , souvent attaquée par le fort et le méchant dans l'état de nature , et d'augmenter, par le concours de tous , les jouissances communes.

Preuves.

i . On entend ici par société l'association réglée par des conventions; et par état de nature, celui de société casuelle et imparfaite , dans laquelle se trouvèrent nécessairement les hommes avant de se soumettre à des lois.

Sans examiner ici si des attentats, du genre de ceux dont il est fait mention dans l'article, ont pu avoir lieu dans l'état de nature, il est évident que si les inconvéniens de cet état déterminèrent les hommes à établir des lois , ce ne forent que ceux qui naissaient de la violation de l'égalité. Quoi qu'il en soit, la conservation de l'égalité est le but de l'association, parce que ce n'est que par elle que les hommes réunis peuvent être heureux. *

2a En réunissant leurs forces, les hommes voulurent assurément se procurer le plus grand nombre de jouissances dont ils avaient l'idée , par le moins possible de peine.

Or , l'abondance des choses nécessaires assure ces jouissances , et est elle-même assurée par le

travail des associés , qui n'est pour chacun d'eux

le moindre possible, que lorsqu'il est réparti

sur tous.

Art. 3.

La nature a imposé à chacun l'obligation de

travailler; nul n'a pu, sans crime, se soustraire

au travail.

Preuves.

i . Le travail est pour chacun un précepte de la nature.

i° Parce que 1 homme isolé dans les déserts ne saurait, sans un travail quelconque , se procurer la subsistance.

2° Parce que l'activité que le travail modéré occasionne , est pour l'homme une source de santé et d'amusement.

2. Cette obligation n'a pu être affaiblie par la société ni pour tous ni pour chacun de ses membres.

i° Parce que sa conservation en dépend.

a° Parce que la peine de chacun n'est la moindre possible que lorsque tous y participent.

Art. 4-

Les travaux et les jouissances doivent être communs.

Explication.

Cest^a-dire que tous doivent supporter une

( >43 ) égale portion de travail et en retirer une égale quantité de jouissances.

La justice de ce principe découle des preuves des articles i et 3 ci-dessus. Mais qu'entend-on par communauté de travail ? Veut-on que tous les citoyens soient astreints aux mêmes occupations? Non; mais on veut que vaux soient répartis de manier seul valide oisif; on veut que 1' nombre des travaitlans garant publique , tout en diminuant duelle ; on veut qu'en retour c la patrie de quoi pourvoir aux et au petit nombre de besoins factices que tous peuvent satisfaire.

Que deviendront , objectera-t-on peut-être , les productions de l'industrie , fruits du temps et du génie? Nest-il pas à craindre que, n'étant pas plus récompensées que les autres , elles ne s'anéantbsent au détriment de la société ? Sophisme ! c'est à l'amour de la gloire et non à la soif des richesses que furent dus dans tous les temps les efforts du génie. Des millions de soldats pauvres se vouent tous les jours à la mort pour l'honneur de servir les caprices d'un maître cruel, et l'on doutera des prodiges que peuvent opérer sur le cœur humain le sentiment du bonheur , r de l'égalité et de la patrie , et les ressorts

d'une sage politique? Aurions -nous (Tailleurs besoin de l'éclat des arts et du clinquant du luxe , si nous avions le bonheur de vivre sous les lois de 1 égalité ?

Art. 5.

y H y a oppression quand l'un s'épuise par le

travail et manque de tout, tandis que Vautre nage dans l'abondance sans rien faire.

Preuves.

i i . Inégalité et oppression sont sinonymei : si opprimer quelqu'un , c'est violer a son égard une loi , ceux que l'inégalité surcharge sont opprimés , parce que l'inégalité blesse la loi naturelle a laquelle il est absurde d'opposer les lois humaines.

2. Opprimer signifie, ou restreindre les facultés de quelqu'un , ou augmenter ses charges ; c'est précisément ce que fait l'inégalité en diminuant les jouissances de celui dont elle aggrave les devoirs.

Nul n'a pu, sans crime , s'approprier exclusivement les biens de la terre ou de l'industrie.

Explication vt preuves.

Si l'on démontre que l'inégalité ti'â d'autre cause que cette appropriation exclusive , on aura

démontré le crime de ceux qui introduisirent la distinction du mien et du tien,

Dès Finstant où les terres furent partagées naquit le droit exclusif de propriété'. Alors chacun fut le maître absolu dé tout ce qu'il pouvait retirer des champs qui lui étaient échus et de l'industrie qu'il pouvait exercer.

Il est probable que les hommes voués aux arts de première nécessité furent exclus en même temps de toute possession territoriale qu'ils n'avaient pas le temps d'exploiter. Les uns restèrent ainsi les maîtres des choses nécessaires à l'existence) tandis que les autres n'eurent droit qu'aux salaires qu'on voulait bien leur payer. Néanmoins , ce changement n'en amena pas un sensible dans la distribution des jouissances, tant que le nombre des salariés n'excéda pas celui des possesseurs des terres. Mais aussitôt que les accidens naturels , l'économie ou l'adresse des uns , la prodigalité ou l'incapacité des autres , ayant réuni les propriétés territoriales en un petit nombre de familles , les salariés furent beaucoup plus nombreux que les salarians, ceuxci furent a la merci des premiers , qui , fiers de leur opulence, les réduisirent à une Vie trèsfrugale. [

De cette révolutioh datent les sinistres effets de l'inégalité , développés au premier article.

Depuis , on a vu 1 oisif vivre par une révoltante injustice des sueurs de l'homme laborieux, acca- }Àé soi» le fardeau des fatigues et des privations ; on a tu le riche s'emparer dé l'état et dicter en maître des loi» tyranniques au pauvre violenté par le besoin , avili par l'ignorance et trompé par la religion.

Les malheurs et l'esclavage découlent de l'inégalité, etcelle^i de la propriété. La propriété est donc le plus grand fléau de la société : c'est un véritable délit public.

On nous dira que la propriété est un droit • antérieur à la société qui a été instituée pour le défendre. Mais comment pouvait-on avoir Tidlée d'un semblable droit avant que les conventions eussent assuré au propriétaire les fruits de son travail? Comment la société art eUe pu devoir son origine à l'institution la plus subversive de tout sentiment social ?

Que Ton ne dise pas enfin qu'il est juste que l'homme laborieux et économe soit récompensé par l'opulence et que l'oisif soit puni par la misèare. Sans doute, il est éqoitahte que l'homme actif > en acquittant sa dette , reçoive de la patrie ce qu'elle peut lui donner sans se détruire ; il est équitable qu'il en soit récompensé par la reconnaissance publique } mais il ne saurait acquérir par ]k le droit dem poisc#wer son pays , pas plus

qu un soldai nacquiert par sa Valeur celui <k l'asservir.

Quoiqu'il y ait des mauvais sujets qui doivent imputer a leurs propres vices la misère où ils sont réduits , il s'en faut die beaucoup que tous les malheureux puissant être r wges dans cette classe. Une foule die laboureurs et de manufac turiers que l'on ne plaint point , vivant au pain et à 1 W > afin, qu'un infâme libertin jouisse eu paix de l'héritage d 'un père inhumain , et qu un fabricant millionnaire envoie it bas p*ix de$ étoffes et des joujoux dans les pays qui fournisr sent à nos sybarites fainéans les parfums de F Arabie et les oiseaux du Phase. Les mauvais sujets eux-mêmes le seraient-ils sans le» vices et ks folies dans lesquels ils sont entraînés par les institutions sociales qui punissent en eux les effets de^ passions dont elles provoquent les développe-

mensP

Art. 7.

Dans une véritable société , il ne doit y avoir ni riches ni pauvres.

Art. 8.

Les riches qui ne veulent pas renoncer au superflu en faveur des indigens sont les ennemis

du peuple.

Art. 9,

Nul ne peut, par l'accumulation de tous 1ml

moyens , priver un autre de l'instruction nécessaire pour son bonheur : l'instruction doit être

commune.

Preuves.

i . Cette accumulation enlève aux hommes de peine jusqu'à la possibilité d'acquérir les connaissances nécessaires à tout bon citoyen.

2. Quoiqu'il ne faille pas au peuple une vaste instruction , il lui en faut une , afin qu'il ne soit pas la proie des rusés et des prétendus savans. Il lui importe de bien connaître ses droits et ses

devoirs.

Art. io.

Le but de la révolution est de détruire l'inégalité et de rétablir le bonheur commun.

Preuves.

Quel est l'honnête homme qui voudrait livrer ses concitoyens aux convulsions et aux maux d une révolution politique , ayant pour but de les rendre plus malheureux ou de les mettre dans un état d'où leur ruine totale doit nécessairement dériver ? Saisir adroitement le moment de la réforme , n'est pas la moindre tâche d'un habile et vertueux politique.

Art. ii.

La révolution n'est pas finie , parce que les riches absorbent tous les biens et commandent

exclusivement , tandis que les pauvres travaillent en véritables esclaves, languissent dans la misère et ne sont rien dans 1 état.

Art 12.

La constitution de 1793 est la véritable loi des Français, parce que le peuple Fa solennelle* ment acceptée ; parce que la convention n'avait pas lé droit de la changer 1 parce que , pour y parvenir, elle a fait fusiller le peuple qui. en réclamait l'exécution » ; parce qu'elle a chassé et égorgé * les députés qui faisaient leur devoir en la défendant; parce que la terreur contre le peuple et l'influence des émigrés 5 ont présidé à la rédaction et à la prétendue acceptation de là constitution de 1 795 , qui n'a eu pour elle pas même la quatrième partie des suffrages qu'avait obtenus celle de 1 793 ; parce que la constitution de 1793 a consacré les droits inaliénables pour chaque citoyen de consentir les lois , d'exercer les droits politiques , de s'assembler , de réclamer ce qu'il croit utile , de s'instruire et de ne

> Au i er prairial an 3 et jours suivant.

» Bourbotte, Deroy , Duquesnoi, Goujon , Homme et Soubrany forent mis à mort; Peyssard fut déporté , et Forestier condamné à la détention.

1 On massacrait publiquement, ou on entassait dans les cachots les hommes populaires ; un grand nombre d'émigrés , et notamment tous ceux qui avaient déserté après la révolution du 3i mai , avaient été rappelés depuis le 9 thermidor an s.

pas mourir de faim ; droits que l'acte contrerévolutionnaire de 1 795 a ouvertement et complètement violés.

Tout citoyen est tenu de rétablir et défendre dans la constitution de 1793 la volonté et le bonheur du peuple.

Art. 14.

Tous les pouvoirs émanés de là prétendue constitution de 1795 sont illégaux et contrerévolutionnaires.

Ceux qui ont porté la main sur la constitution de 1793 sont coupables de lèse-majesté populaire.

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