A SON AMI LA TERREUR
Soldat de Va/rmèe du Rhin.
Nous sommes fc*%mon pauvre ami La Terreur; oui , nous sommes $«}&; et sans ressource , si nous gobons jusqu'au bout la pillule qu'on nous a mise dans la bouche. En vain avons-nous ébréché nos sabres sur le casaquin des plats soutiens des loups couronnes; en vain avons-nous bivouaqué , jeûné , combattu , sué sang et eau
' et tué des poux et des esclaves durant quatre ans , nous avons tiré notre poudre aux moineaux ; et cette liberté , ce digne objet de nos vœux, ce but sacré de nos travaux , ainsi que la douce égalité, son inséparable compagne, ne sont plus que de vaines images empreintes sur les torchon? dé la cuisine des héritiers de C... , qu'use vaine fanée comme celle de ma pipe. Sou» les mots d'ordre et de discipline, nous, 4L to%# no* frères
/ ks sans-oulettes sommes enchaînés comme des chiens de hasse-cour, avec la différence quofc
jette aux dogues 4e quoi se passer par le cou, lorsqu'ils aboyent, et que nous, on nous traite a bouche cousue.
Ah! nom d'un triple coquin de Dt&J mon brave La Terreur, eussions-nous jamais abandonné nos foyers , nos femmes , nos epfaps , nos pères , nos mères , pour terrasser les coquins qui menaçaient notre patrie , si nous avions cru que durant que nous f M . .,,... sur le beç aux émigrés , et sur la gueule aux rois , des tigres à poil doré r auraient é&ramglé, déchiré et dévoré nos par&ns, nos amis, la liberté même P Oui, mon ami i oui : quelque étrange que soit ce que je t'annonce, ce n'en est pas moins aussi vrai, qu'il l'est de dire qu'un J>..... comme toi, vaut mieux que cent jean-f..... comme ceux qui nous gouvernent; et le croquis que je te vais faire du tableau que j'ai ici depuis dix mois sous les yeux , va t'en convaincre; je n'y ajouterai aucun serment pour te le faire croire ; car depuis le serment de fidélité à la constitution de 1793, je n'ai vu que des gredins sans âme et sans honneur, foire des sermens.
' *? L'insolent orgueil de ta cour et des ci-devant grands, nous a forces k renverser le trône. Nous avions établis un gouvernement populaire ou comme dit le père Latulipe , chacun avait le droit çte se croire bourgeois. Durant que nous ramas-
sions de toutes parts au demi-cercle les jeanf,.... qui trouvaient à redire sur ce qu'il nous avait plu de faire chez nous , des coquins de commis, auxquels nous avions confié le soin de nos affaires , après'avoir égorgé ceux d entre eux qui voulaient nous être fidèles , ont établis sous le nom de directoire exécutif, cinq lions quils ont caparaçonnés , harnachés , et panachés comme des mulets de Provence , et entourés de Scapins , deScaramouches et de Cartouches, qui> tous ensemble , ont quintuplé la morgue , l'insolence, la tyrannie et le despotisme de feu ço.... C... , leur digne prédécesseur.
2° Le gouvernement que nous avions laissé en 93 , mettait l'égoïsme à contribution , pour établir des magasins d'effets et de comestibles, nécessaires au salut de la patrie; celui que nos perfides commis lui ont substitué, n'établit d'autre magasin public que celui de Clamar, composé de milliers de cadavres de républicains morts de faim, qui viennent depuis dix -huit mois , à chaque heure par charretées encombrer cet horrible dépôt.
3° Les nobles nous avaient toujours trahis , et nous n'avons vraiment vaincu qu'après les avoir chassés de nos armées; aujourd'hui les braves b d'officiers de tricot, qui nous ont conduits a la victoire , qui ont , ainsi que nous, la
peau toute recousue, sont indignement supprimes et remplaces par des chouans des castes nobles et mu$quëes.
4° Paris , ce beau Paris de 98 , où la liberté , légalité et l'abondance formaient, de tout le peuple , la plus heureuse famille , nest plus qu'une affreuse forêt remplie de loups dévorants et de brebis expirantes ; ces loups sont les gouvernans et les riches ; et les brebis , sont les patriotes r nos parens , nos frères.
5° Nos compagnons d'armes mutilés aux combats , sont ici écrases ou éclaboussés , couverts de boue et de mépris , par les gouvernans et leurs bas-valets ; et la plupart d'entre eux sont réduits , en mendiants, à maudire l'ingratitude d'une patrie pour laquelle ils ont versé leur sang. Us ont tort , cher camarade , diras- tu. Non, mon ami, ils ne l'ont point. Les douloureux accens de leur désespoir cesseront , quand nous les aurons vengés; et cela ne tardera pas, j'espère, f..... !
6° Les généraux qui nous commandent ici , vils flagorneurs et flagornés des cinq mulets panachés, nous tiennent, sous l'ombre de discipline , dans l'esclavage le plus abject. Parqués, comme un vil troupeau , à l'école militaire , on nous empêche de communiquer avec nos amis , nos parens. Ah ! sans doute, on craint que leurs larmes n'émeuvent t>os coeurs , et n'inspirent à
notre courage une juste vengeance ; maïs ils ont beau faire, f. ! quoiqu'on nous croie des machines oppressives , essentiellement obéissantes , les tyrans sauront bientôt que nous sommes aussi les vengeurs des droits de l'homme et de l'humanité.
7° Le gouvernement de 93 nous avait assuré , mon cher camarade , la dépouille des ennemis de la patrie , pour prix de la victoire. Le gouvernement actuel donne , sous le nom de restitution , à nos ennemis , ce que nous avions conquis sur eux , et ce qui servait de garantie k notre monnaie républicaine; d'où il résulte que les scélérats qui nous gouvernent , après avoir foulé aux pieds le bonnet rouge qu'ils étaient indignes de porter , sans pudeur, en ont mis un verd sur leur tête ; et que pour completter leur infamie , en continuant de nous promettre un milliard, ils nous réservent en réalité , pour récompense , les tentes dont ils nous ont privés depuis trois campagnes , pour nous faire à chacun une besace !
Je n'aurais jamais fini , mon cher La Terreur, si j'entreprenais de te tracer toutes les horreurs qui m'environnent ici ; mais , plus habitué à me battre qu'à me plaindre , aussi patient dans la douleur que terrible dans la vengeance , je n'attends , mon cher camarade , avec dix millions de démocrates opprimés , que l'instant où la paix
extérieure te permettra , ainsi quk tes compagnons darmes, de rentrer dans vos foyers. Alors, nous prouverons ensemble a la France et a IV ni ver s, que nous savons aussi bien punir les traîtres et maintenir nos sermens de q3, que nous avons su vaincre la meute des r..,.
Salut et fraternité ,
Ton frère, Signé Franc-Libre.
Paris , le 24 germinal an 4 de la république démocratique à venir.