‹ Conspiration pour l'égalité dite de Babeuf (volume 2)Chapitre 23 sur 34 · RÉPONSE · texte numérisé non relu

RÉPONSE

A UNE LETTRE SIGNEE M. V. , PUBLIÉE ET ADRESSÉE , LE 30 PLUVIÔSE DERNIER, A GRACCHUS BABEUF, TRIBUN DU PEUPLE.

Dans une véritable société , il ne doit y avoir ni riches ni pauvres.

Les riches qui ne veulent pas renoncer au superflu en faveur des indigens , sont les ennemis du peuple.

Le but de la révolution est de détruire l'inégalité et de rétablir le bonheur de tous.

« Art. 7, 8 et 10 de l'Analyse de la doctrine du tribun, affichée et proclamée le 20 de ce mois de germinal. »

Les vérités suivantes , adressées pour répondre à Fauteur de la lettre du 3o pluviôse , devaient être publiées- plutôt. Je ne suis point fâché que des raisons particulières m'aient obligé d'attendre jusqu'aujourd'hui. La thèse, dont il s'agit dans cet écrit , est plus que jamais à l'ordre du jour , et je me flatte que j'obtiendrai maintenant une attention raisonnable sur le plus, grand de tous les sujets qui intéressent les hommes.

Tout vrai républicain doitse réjouir des doutes mis en avant par le O M. V, , sur la possibilité

de l'exécution du système d'égalité réelle. Si la lutte , engagée sur ce point suprême de la régénération humaine , est soutenue par les amis de la liberté avec la même chaleur qu'ils employaient jadis à combattre l'échafaudage de la féodalité et de la monarchie, nul doute que la chute du système barbare des propriétés particulières , ne ramène bientôt sur la terre le bonheur de laged ? or et de la fraternité de fait, que l'ambition et l'avidité ont entièrement bannies de nos monstrueuses sociétés.

Ames, généreuses, qui vous lançâtes dans la carrière révolutionnaire par le seul amour de l'humanité , le temps est venu d'attaquer avec les foudres de la raison , la cause toujours existante de tous les maux , de toutes les tyrannies , la richesse individuelle. La doctrine que nous prêchons a pour die les froids calculs de la philosophie et l'autorité des grands hommes de l'antiquité et de nos siècles. Elle seule offre un tenue raisonnable li la révolution , qui serait un * crime, si, en changeant la forme de l'oppression, JèUe laissait la multitude dans les malheurs et la servitude agravés par le fâufc espoir du &mîagemetit, et consolidés par l'accroissement du nombre et de la perversité des oppresseurs.

- Avant de jeter un coup "d'oeil sur les preuves de la possibilité , de la justice et des charmes du

( ai5 )

système de 1 égalité réelle , en réponse aux doutes dû C en M. V. , il feut rétablir k question qu'il semble méconnaître , lnrsqu'lprçs avoir parte du partage des terres , il ajoute : II ne s'agit p?ts seulement dé partage *• mais encore qu'il soit durable.

Point du tout. .Le système de l'égalité exclut x tout partage ; et c'est même à ce partage que nos sociétés , résultats des besoins , des passions et de l'ignorance de nos pères , doivent toutes les tyrannies , et tous les maux dont nous sommes tes victimes. ;

Avant que chacun dé nos aïeux ait pu dire qu un champ lui appartenait j il a fallu qu unte convention expresse ou tacite lui en assurât la jouissance. Heureux les hommèfe , si cette funeste convention n eut jamais existé;- C'est, elle qui a ramené dans l'état social les suites funestes de la force et de l'adresse , dont dn avait tant de raiseni de se plaindre dans l'état de nature x . C'est die qui a isolé les hommes , qui a exfcite leur cupidité et fondé sur ce vice destruoteur la conservation de* sociétés. C est elle qui a fourni a ht force, a la ruse et a la perversité , les moyens de se 9ous* traire aux conditions naturelles du pact$ social t

» Le droit de riatore diffère essefctièlleratrit de ce <{u*ofc afpélië état de nature. Le premier est le résultat de l'expérience et 44 la réflexion-, le second est le produit des premières impressions et de l'ignorance.

(ai6)

en livrant a 1 épuisement et k la douleur , la faiblesse , la simplicité et la vertu. C'est elle quia condamné à toutes les privations les producteurs de tous les biens et comble les oisifs de toutes les jouissances. C'est die qui a assujéti la multitude* forcement ignorante , aux pièges de l'ambition et du fanatisme. C'est elle enfin qui est la source de toutes les tyrannies; i° parce que sans l'espérance de nager dans le plaisir sans rien faire , personne ne voudrait être ni monarque , ni noble , ni gouvernant; z° parce qu'il est on ne peut plus perfide d'appeler libres ceux qui , condamnés à travailler jusqu'à l'épuisement , sans espoir de jouir , ne peuvent pasfairef entendre leur voix par le défaut de temps et par l'ignorance forcée dans laquelle les retient notre ordre social.

Voila comment rien n'est plus contraire a l'égalité et au bonheur que la propriété particulière , ou le partage des terres qui en est la première source.

Il y a plus. Ce partage des terres auquel, suivant quelques-iùis , se réduit le maximum de notre bonheur social , empirerait le mal, en ce qu'il effraierait l'égoïsme des propriétaires sur lequel seulement repose ce qu'on appelle aujourd'hui prospérité publique, et laisserait entrevoir le retour prochain des désordres dont on prétend qu'il serait le remède.

Voyons à présent ce qu'on entend par égalité réelle. Elle a pour base deux conditions essentielles : travaux communs ; jouissances communes.

D'abord , le travail étant une condition nécessaire sans laquelle l'association périrait , nul n'a pu s'y soustraire sans injustice : celui qui l'a fait a diminué la richesse publique , ou a rejeté sa tâche sur son voisin.

Deux considérations puissantes viennent à l'appui de ce système ; i° ce travail commun augmenterait les richesses de la société qui , dans l'état actuel , ne peut compter" que sur le travail utile d'une petite partie de ses membres; 2° le travail réparti sur tous les sociétaires valides , délivrerait d'un fardeau insupportable ceux que nous avons condamnés exclusivement a la fatigue et n'en transporterait aux autres qifune portion très-faible qui bientôt deviendrait pour tous une source de plaisir et d' amusement. Je ne conçois pas comment on peut de bonne foi regarder notre état comme le meilleur possible , tandis que la grande masse du peuple vit plus malheureusement que dans l'état de simple nature. Voyez le sauvage : chasse-t-il , pêche-t-il , cultive-t-il ; le fruit de ses sueurs est tout à lui , et il jouit de tout le bonheur qu'il connaît. Nos ouvriers journaliers , nos paysans , au contraire , loin de conserver la jouissance de leurs productions et de goûter

le bonheur dent notre civilisation leur donne l'idée , sont obligés de tout céder a des propriétaires avides et fainéans . et souffrent réellement la faim , là soif et la rigueur des saisons.

Que chacun travaille pour la grande famille sociale et que chacun en reçoive l'existence , les plaisirs et le bonheur ; voila la voix de la nature : voilà l'état où l'égalité n'est pas une chimère , et où la liberté de chacun est solidement assurée.

Tu parles, citoyen M. V. , d'abnégation de tous les goûts , de tous les penchans , de l'égalité qu'il y aurait entre la nourriture d'un artiste et celle d'un savetier ; et du dépérissement des beaux-arts , comme des suites funestes du système d'égalité réelle , dont tu prétends prouver par Fa l'absurdité. Cette objection prouve que tu n'es pas a l'abri de nos vieux préjugés. Croire que retourner à l'égalité soit devenir sauvage et bru* tal , c'est ne pas en concevoir la constitution. Nous objecter l'hideux des abnégations, quand ttous voulons mettre un terme aux privations incalculables et perpétuelles de la majorité des hommes ; quand nous voulons que le travail de chacun lui vaille une existence commode et agréable : c'est , oum pas comprendre , ou se montrer le complice de ceux que la mollesse et la haine du travail rendent les ennemis de l'égalité.

Ce serait vraiment une horreur hiouie , mon-

sieur M. V. , que. v$|re pain , votre viande, votre vin et vos habits sortissent du monte magasin et eussent le même goût que ceux d'un savetier L Mais aussi , pourquoi la nature $ eit-dle avisée do donner à ce sale animal un estomac et des sens Connue les vôtres ? Malheureux ! quand tous nagez dans l'abondance , vous faut - il aussi le tableau des douleurs d autrui pour compléter votre bonheur? Le prétendu dépérissement des métiers et des beaux-arts 9 est encore une des réponses tranchantes de ces gens d'esprit qui voudraient faire croire que tout est perdu quand on leur arrache leurs distinctions , leuis privilèges et leur considération usurpés. Certes , si ce dépérissement devait avoir lieu , la masse du peuple qui est entièrement étrangère aux avantages des beauxnarts , a eh éprouverait pai un changement désagréable. Mais un pareil événement n'est pas à craindre ; et il est évident que les arts recevraient, dans notre système d'égalité , des accroissemens d'utilité générale , et une empreinte sublime conforme aux grands sentimens qu une imdbense association d'heureux ferait nécessairement naître. Les citoyens seraient bien nourris , bien vêtus , bien amusés, sans inégalité , sans luxe : la république seule aérait riche, magnifique, toute puissante.

Quelques métiers , dont les produits servent à

désennuyer une très-petite portion de parasites et à pomper leurs masses énormes d'argent , céderaient , il est vrai , la place à d'autres qui augmenteraient le bonheur de la grande masse sociale. Mais quel est l'homme qui pourrait regretter* cet heureux changement ? Les sciences et lesbeaùxarts , débarrassés de l'aiguillon du besoin toujours renaissant , toujours gênant , l'homme de génie n'aurait plus d'autre guide que l'amour de la gloire , et secouant bientôt le joug de la flatterie et de l'égoïsme des Mécènes , son unique objet serait le bonheur du corps social

Aux poèmes frivoles , à l'architecture mesquine, aux tableaux sans intérêt , on verrait succéder les cirques , les temples et les portiques sublimes , où le souverain , logé aujourd'hui plus mal que nos animaux , irait puiser dans les monumens et dans les ouvrages de la philosophie la doctrine , l'exemple et l'amour de la sagesse.

Dans ce plan enchanteur , dont je ne fais qu'esquisser les charmes, on trouverait la solution du problème : Trouver un état où chaque individu , avec la moindre peine y puisse jouir de la vie la plus commode..

Ainsi les productions très- variées de tous , appartiendraient à la masse qui les distribuerait ensuite pour le plus grand bonheur de chacun. Tu vois donc , citoyen , M. V • , qu'il ne s'agit pas de

condamner les hommes aux abnégations; mais, au contraire , de diminuer les privations de la masse.

Tu dois aussi voir que , dans un pareil état , le déracinement de l'avidité faisant cesser les jalousies , les ruses et les méfiances y - les hommes seraient réellement des frères , strictement intér ressés à la conservation d'un ordre qui ferait le bonheur de tous.

Il était dû a la révolution française de mettre à exécution les conceptions de la philosophie que Ton regardait naguères comme chimériques. Nous avons commencé : finissons. Si nous nous arrêtions au point où nous nous trouvons , l'humanité n'aurait pas de grands remercimens à nous faire.

Pour passer de notre mauvais état à celui que je défends , il faut :

i°. Réunir toutes les richesses actuelles sous la main de la république ;

2°. Faire travailler tous les citoyens valides, chacun suivant sa capacité et ses habitudes actuelles; ,

3°. Utiliser les travaux , en rapprochant ceux qui s'aident mutuellement , et en donnant une nouvelle direction à ceux qui sont uniquement l'effet de l'engorgement actuel des richesses ;

4°. Réunir continuellement dais les dépôts

publics , toutes les productions de la terre et de l'industrie ;

5°. Distribuer également les productions et les plaisirs ;

6*. Tarir la source de toute propriété , de tout commerce particuliers , et leur substituer une distribution sage , confiée à l'autorité publique;

7°. Établir des maisons communes d'éducation , ou chacun s'accoutumerait au travaille plus conforme a ses forces et à ses pencàans;

Ainsi , l'égoïsme ne serait plus le mobile de l'activité et du travail des individus , qui , quels que fussent la variété et l'usage de leurs productions, recevraient la même rétribution de nourriture , d'habillement, etc.

De cette conséquence nos riches tirent les deux objections suivantes :

i°. Le besoin de s'alimenter et Fespoir d'améliorer son état , sont lfes sources du travail et de la reproduction : ce besoin et cet espoir détruits , le travail eesse , la reproduction se tarit , et la société périt.

2*. Si toute espèce 4e travail reçoit la même récompense , il n'existe plus de motif pour se livrer aux recherches scientifiques qui amènent des découvertes utiles & la société.

Je réponds :

- i°. Il est facile de faire entendre a tout le monde qu'une très-courte occupation journalière assumerait à chacun une vie plus, agréable et débarrassée des inquiétudes dont nous sommes continuellement minés ; et celui qui travaille aujourd'hui jusqu'à l'épuisement , pour avoir fort peu, consentirait sûrement a travailler peu pour avoir beaucoup.

Cette abjection d'ailleurs , repose entièrement sur l'idée douloureuse qu'on s'est formée du travail qui , sagement et universellement distribué , deviendrait, dans notre système, use occupation douce et amusante , à laquelle nul n'aurait ni envie , ni intérêt de se soustraire.

2P. Il est, je crois , assez prouvé que les progrès des sciences tiennent plus k l'amour de la gloire qu a l'avidité des biens ; et dans ce cas , notre société , vraiment philosophique , réunissant tous les moyens dhpnorer bien décisiveme*t et sans mélange ses bienfaiteurs , aurait droit d'y compter plus que nos associations corrompues , où le génie et la- vertu méprisés et voués a l'indigence , voient presque toujours la sottise et le crime comr blés de tous les biens.

J'en ai dit assez pour qu'en me lisant on se doute tout de bon que le principe d'avidité et d'égoïsrae , qui forme la base de toutes nos institutions , est détestable ; et que , pour mettre un

terme aux agitations, aux malheurs et aux tyrannies qui nous divisent et nous oppriment, il faut nous replacer dans un véritable état de société , où chacun , par sa mise égale , puisse en retirer un égal profit ; car tous les raisonnemens des économistes ne pourront jamais convaincre les hommes de bon sens et de bonne foi , qu'il est souverainement juste que ceux qui ne font rien aient tout, et enchaînent, avilissent et maltraitent ceux qui , faisant tout , n'ont presque rien.

Le citoyen M. V. oppose encore à notre système d'égalité , la nécessité d'un gouvernement et la trop grande étendue de la république.

La réponse est facile :

i ° Les personnes chargées de conserver ce système , dont les rouages seraient extrêmement simples , devraient être regardées comme des travail^ leurs nécessaires au bonheur commun ; et , ne pouvant jamais obtenir plus de jouissances que les autres citoyens trop intéressés à les surveiller, il ne serait pas a craindre qu'ils fussent tentés de conserver leur autorité au mépris de la volonté du]peuple;

2° Si toutes les difficultés que les préjugés opposent au travail et a la jouissance commune dans une petite peuplade , peuvent être facile* ment vaincues , rien ne. s'oppose à ce qu'elles le soient de même. dans une grande association

comme la France. D abord , quant au travail , on conçoit aisément comment tous les citoyens pourraient s'y livrer , chacun dans l'endroit où il serait placé et suivant la capacité du sol. Quanta la distribution égale des objets de consommation S^ toutes les communes de la république , ou a toutes celles qui pourraient y participer selon leurs rapports avec les différens climats , je ne vois pas pourquoi une autorité sage , débarrassée des obstacles qu'apporte aujourd'hui dans ces sortes d'opérations l'égoïsme avide des gouvernans et des gouvernés, ne pourrait pas l'exécuter avec plus de satisfaction pour les citoyens , livrés souvent , dans l'état actuel , à la disette par les calculs des spéculateurs.

Je vois dans un pareil ordre de choses :

i° Les arts, se placer , par la sagesse des institutions, là où ils pourraient être plus utiles ; et se rapprochant des agriculteurs , faire disparaître les grandes villes , réceptacle de tous les vices, et peupler la France de villages ornés d'une immensité d'habitans heureux , dont rien n'arrêterait la propagation ;

20 Les hommes , éclairés et habitués au travail par l'éducation commune , aimer la patrie plus qu'ils n'aiment aujourd'hui leurs familles ; et , délibérant avec connaissance de cause sur les affaires publiques , donner à l'univers le premier a i5.

exemple de la démocratie et de la vertu défendues avec le courage du lion par une immense population ;

3° Les Français, sans monnaie , sans privations, sans ennui et sans envie d'amasser pour l'avenir , payant gaiment a là patrie le tribut commun , le - travail ; goûter les plaisirs de la nature , et passer le reste du temps dans les fêtes publiques , k la discussion des lob et à l'instruction de la jeunesse;

4° La société , délivrée des procès , des haines , des jalousies et de toutes les funestes suites de la propriété.

5° La législation rendue à des principes trèssimples , n'être plus que Fart d'augmenter les connaissances et les plaisirs de la société.

6° La patrie en danger , trouver dans l'augmentation d'une demi-heure de travail par jour, plus de soldats et de ressources que ne peuvent en fournir aujourd'hui tous les financiers de l'Europe.

Oh! mes compatriotes , voilà la liberté, la paix et le bonheur. Voilà le remède unique à tant 4e déchiremens et de factions , qui ne peuvent finir que par l'esclavage ou par le bonheur de tous! Quels puissans obstacles s'opposent donc à ce que, revenant enfin à la raison , nous cessions de nous jalouser , de nous combattre , de nous détruire ? La bêtise des uns , la paresse des autres et les habitudes vicieuses qui ont enorgueilli le cœur de

ceux qui voient de sang froid la misère de leurs semblables , fruit de leur funeste opulence.

Amis de la patrie ! patriotes philosophes ! c'est à vous à finir la révolution. C'est à vos raisonnement à vos écrits, à extirper l'égoïsme, source de la tyrannie et du malheur. C'est à la vérité à détruire enfin le royalisme qui, effet et cause de l'énorme inégalité , subsistera sous quelque forme de gouvernement que ce soit , jusqu'à ce que l'égalité de Eut et la démocratie réunissent tous les intérêts, détruisent toutes les partialités et ôtent à quelques-uns la faculté anti-sociale de gêner, vexer, blesser et opprimer tous les autres.

Si la puissance n'avait pas intérêt à s'opposer aux progrès de la sociabilité humaine , je regarderais le succès de cette entreprise comme assuré. Car, si Ion parlait clairement et de bonne foi au peuple , je ne doute pas qu'il ne se décidât , immédiatement pour l'égalité. Mais , dès que cela ne convient pas au cœur vicié et à l'imagination troublée des puissans, ceux qui auront le courage de remplir leurs devoirs envers la masse , doivent s'attendre, non-seulement à être torturés de mille manières , mais a être qualifiés , ce qui arrive déjà, de brigands, d'incendiaires et de royalistes. On croira difficilement , il est vrai , que ceux qui ont détruit le trône , et qui ne peuvent supporter aucune inégalité , pas même celle

de l'oisiveté et de la richesse , aiment la royauté, maximum des inégalités. Mais enfin , il y aura des imbéciles qui le croiront , et il faut que les patriotes supportent avec magnanimité cette nouvelle injure : s'ils ne périssent pas en défendant le bonheur de tous, la révolution serait, aux yeux de la postérité , une tache pour la philosophie et un crime pour eux. .

Il me reste encore à dissiper le dernier doute du citoyen M. V. qui craint l'anarchie dans le passage du système actuel k celui de l'égalité.

Patriotes ! écriez-vous avec moi : Oh ! nos concitoyens ! jettons notre or a la mer , travaillons tous , jouissons tous , bannissons l'oisiveté et le luxe ; et ce langage flatteur appuyé par les raisonnemens de la sagesse , éloignera de la réforme toutes les incertitudes , tous les tiraillemens qu'on semble craindre. Mais, fût-il vrai que ce passage dût amener des écarts , qui cependant n'ont jamais accompagné nos grands mouvemens nationaux; je dis qu'ils seraient les derniers effets de l'anarchie mourante. A proprement parler , le désordre et l'anarchie existent réellement dans toutes les sociétés actuelles de l'Europe , où , sous différens prétextes et par différens moyens , le peuple est dépouillé de tous ses droits. Et certes , il vaudra bien la peine de courir le danger de quelques écarts momentanés pour mettre fin à la

grande anarchie organisée et perpétuelle; et pour rétablir un système de bonheur qui réalisant les prédictions des philosophes sur la révolution , ébranlerait enfin > suivant toutes les apparences , les gouvernemens qui nous inquiètent encore , parce que leurs sujets ji'ont pas aperçu jusqu'ici dans nos changemens , l'empreinte claire et décisive du bonheur général que nous avons tant préconisé.

Paris , 28 germinal , l'an 4 àe la république.

3 ÏO ) SUFPLBMEHT A LA TREIZIEME PIÈCE*

CHANSON NOUVELLE a l'usage des faubourgs ".

Ain : (Test ce qui me désole.

Mourant de faim , mourant dy froid , Peuple dépouille' de tout droit ,

Tout bas tu te désoles : bu t

Cependant le riche effronté, Qu'épargna jadis ta bonté ,

Tout haut, il se console. bis.

Gorgés d'or, dès hommes nouveaux , Sans peines , ni soins , ni travaux ,

S'emparent de la ruche : bis.

Et toi , peuple laborieux , Mange , et digère, si tu peux »

Du fer, comme l'autruche. bis.

Evoque l'ombre des Gracchus , Des Publicola , des Brutus *,

Qu'ils te servent- d'enceinte ï bu.

Tribun courageux , hâte- toi , Nous t'attendons : trace la loi

De V égalité sainte. bis .

Oui , tribun, il faut en finir.

Que tes pinceaux fassent pâlir

Luxembourg et Terone ! a bis.

Le régne de Y égalité . Ne veut , dans sa simplicité ,

Ni panaches-, ni trône ! 3 bU.

i Par Sylvain Maréchal.

» La royauté et l'aristocratie , dont les chefs résidaient au Luxembourg.

1 Les panaches étaient la décoration des membres du directoire.

Certes', un million d'opulena Retient depuis assez long-temps

Le peuple à la glandëe : bis.

Nous ne voulons , dans le faubourg , Ni les chouans du Luxembourg ,

Ni ceux de la Vendée. bis»

vous , machines à dëcrets , Jetez dans le feu ,- sans regrets ,

Tous vos plans de finance : bis

Pauvres d'esprit, ah ! laissez-nous :

L'égalité saura sans vous

Ramener l'abondance. bis.

Le directoire exécutif, En vertu du droit plumitif,

Nous interdit d'écrire : bis.

N'écrivons pas ; mais que chacun , Tout bas , pour le bonheur commun ,

En bon frère conspire. bis.

Un double conseil sans talens, Cinq directeurs toujours tremblans

Au nom seul d'une pique : bis.

Le soldat choyé, caressé, Et le démocrate écrasé :

Voilà la république. bis.

Hélas ! du bon peuple aux abois

Fiers compagnons , vainqueurs des rois ,

Soldats couverts de gloire ! bis.

Las ! on ne vous reconnaît plus.

Eh ! quoi ! seriez-vous devenus

Les gardes du Prétoire ? bis.

Le peuple et le soldat unis

Ont bien su réduire en débris

Le trône et la Bastille : bis.

Tyrans nouveaux , hommes d'état ,

Craignez le peuple et le soldat

Réunis en famille. bis.

Je m'attend» bien que la prison Sera le prix de ma chanson ;

C'est ce qui me désole; àis*

Le peuple la saura par coeur ; Peut-être , il bénira l'auteur :

C'est ce qui me console. lis

Page 1