‹ Conspiration pour l'égalité dite de Babeuf (volume 2)Chapitre 22 sur 34 · TRIBUN DU PEUPLE · texte numérisé non relu

TRIBUN DU PEUPLE

El moi aussi je voudrai* l'égalité réelle. Je Buis bientôt sexagénaire, je n'ai rien ou presque rien en propriété. Je suis chargé de six eiv &ns , trop jeunes encore pour travailler. J'ai le malheur de ne point savoir de métier, je ne fuis ni commerçant, ni courtier, ni agioteur, ni banquier , pas même commis de bureau ; combien de motife pressans de désirer 1 égalité réelle ! mais hélas ! est-elle possible ? A quoi sert de me montrer cette béatitude , dans un lointain si diseur , que je désespère d'y arriver jamais ? Com-r mçttt lui donner l'existence ? Toujours le mot, > et jamais la chose.

- J'ai lu qu'il y a eu des partagea de terre , mais cela na pas duré ; et pourquoi ? c'est cela qu'il faut approfondir.

•■ H ne s'agit dope pas seulement de partage, «nais encore qu'il soit durable.

Les terres ne sont pas tout ce qu'il faudrait partager , et je n'ai lu nulle part qu'on ait même

1 La lettre dont il est question au texte était une réponse à celle-ci.

tenté de partager ces productions de l'esprit et de 1 invention , que dans des communantës religieuses , ou à-pett-près' telles. Nous diviseronsnous en petites communaute's ? Supposons que cela soit , et que je porte pa* exemple , mon charmant tableau , ma machine parfaite, mon invention excellente, mes découvertes en physique , en chimie , en hydraulique , en histoire naturelle , mon poème , ma musique , ma Volubilité sur le violon , la harpe et le clavecin , les sons harmonieux de ma voîx e , ertc. , etc. , etc.; au magasin général de légalité réelle , avec mon voisin le savetier pour recevoir aos bons égaux de viande , depain , de liqueur , etc. , etc. , ce n'est pas tout ; il faut que cela soit durable ; il faut que cela n'anéantisse pas le goût , le génie et la passion du beau , et de la perfection dans les arts et métiers. Mais Supposons que je sois capable de l'abnégation dfW Moine , pour mes goûts et mes peiichaptà les plus dovx , pour l'égalité réelle de mon voisin le saVetier, ne faudra-t-il pas des supérieurs , des prieurs , des abbés , des directoires exécutifs , etc. , etc. ,'car les noms n'y font rien? ne faudra-t-il pas des lois? c'est-à-dire des conventions mutuelles. Ne faudra-t-il pas confier aux chefs parfaitement désintéressés, une force égale en action, à la réaction qu'il faut toujours calculer, et calcu-

la* bien juste , aussi juste que le . poids d'uni tourne-broche , ou que le ressort d'une montre. Quelle multitude de réflexions ne viennent pas s'offrir ici?

J'entends citer J. J. Rousseau et Mably ; le premier a dit positivement : que pour vivre sous une' démocratie pure , il fallait être des demidieux. Le second est bien loin de croire à la possibilité de l'égalité réelle , sur un sol d'une étendue aussi considérable et aussi peuplé que le nôtre : quand j'y songe , et j'y songe souvent, ma tête s'y perd.

Tribun ! donne -nous un plan; prouve -nous bien clairement la possibilité de l'égalité réelle; qu'elle peut être durable; et dontie-nous bien positivement le moyen d'y parvenir; c'est-adire que nous ne soyons pas des années dans l'anarchie , et qu'après des démarches et des sacrifices douloureux et inutiles , nous ne nous voyons pas plus mal que nous le sommes dans

ce moment.

Signé M V.

SUITE DE LA TBEIIli» PI A CE.

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