‹ Conspiration pour l'égalité dite de Babeuf (volume 2)Chapitre 26 sur 34 · Acte d'insurrection · texte numérisé non relu

Acte d'insurrection

ÉGALITÉ. LIBERTÉ

BONHEUR COMMUN

Des démocrates français , considérant que l'op* pression et la misère du peuple sont a leur comble ; que cet état de tyrannie et de malheur est du fait du gouvernement actuel ;

Considérant que les nombreux forfaits des gouvernans ont excité contre eux les plaintes journalières et toujours inutiles des gouvernés ;

Considérant que la constitution du peuple jurée en 1 793 fut remise par lui sous la garde de toutes les vertus ;

Qu'en conséquence , lorsque le peuple entier a perdu tous ses moyens de garantie contre le despotisme , c'est aux vertus les plus courageuses , les plus intrépides, à prendre l'initiative de l'insurrection , et à diriger l'affranchissement de la masse ;

Considérant que les droits de l'homme reconnus à la même époque 93 tracent au peuple entier, ou à chacune de ses portions , comme le plus

sacré des droits et le plus indispensable des devoirs , celui de s'insurger contre le gouvernement qui viole ses droits ; et qu'ils prescrivent a chaque homme libre de mettre a l'instant a mort ceux qui usurpent la souveraineté ;

Considérant qu'une faction conspiratrice a usurpé la souveraineté , en substituant sa volonté particulière a la volonté générale librement et légalement exprimée dans les assemblées primaires de 1 793 , en imposant au peuple français , sous > les auspices des persécutions et de l'assassinat de / tous les amis de la liberté , un code exécrable , appelé constitution de g5 , à la place du pacte démocratique de 1 793 , qui avait été accepté avec tant d'enthousiasme ;

Considérant que le code tyrannique de 9$ viole le plus précieux des droits, en ce qu'il établit des distinctions entre les citoyens , leur interdit la faculté dé sanctionner les lois , de changer la constitution et de s'assembler, limite leur liberté dans le choix des agens publics , et ne leur laisse aucune garantie contre l'usurpation des gouvernant;

Considérant que les auteurs de cet affreux code se sont maintenus en état de rébellion permanente contre le peuple , lorsqu'ils se sont arrogé , au mépris de sa volonté suprême , l'autorité que la nation seule pouvait leur confier ; qu'ils se sont

crées , soit eux-mêmes , aoit a laide d'une poignée de factieux et d'ennemis du peuple , les uns, rois sous un nom déguisé ; les autres ,' législateurs indépendans;

Considérant que ces oppresseurs, après avoir tout fait pour démoraliser le peuple ; après avoir outragé , avili et fait disparaître les attributs et les institutions de la liberté et de la démocratie ; après avoir fait égorger les meilleurs amis de la république , rappelé et protégé ses plus atroces ennemis , pillé et épuisé le trésor public , pompé toutes les ressources nationales, totalement dis* crédité la monnaie républicaine , effectué la pluâ infâme banqueroute, livré k l'avidité des riches jusqu'aux derniers lambeaux du malheureux, qui , depuis près de deux ans , meurt , chaque jour, affamé; non çontens de tant de crimes, viennent , par un raffinement de tyrannie , de ravir au peuple jusqu'au droit de se plaindre ;

Considérant qu'ils ont ourdi et favorisé des complots pour entretenir la guerre civile dans les département de l'ouest , en trompant la nation par une pacification plâtrée , dont les articles secrets stipulaient des conditions contraires à la volonté , à la dignité , h la sûreté et aux intérêts du peuple français ;

Considérant que , tout récemment encore , ib ont appelé a eux une foule d'étrangers , et que

tous les principaux conspirateurs de l'Europe sont en ce moment à Paris pour consommer lfc dernier acte de la contre-révolution ;

Considérant qu'ils viennent de licencier et de traiter indignement ceux des bataillons qui ont eu la vertu de se refuser k les seconder dans leurs atroces desseins contre le peuple ; qu'ils ont osé mettre en jugement ceux des braves soldats qui ont déployé le plus d'énergie contre l'oppression , et qu'ils ont joint à cette infamie celle de qua r lifier d'inspiration royaliste leur généreuse résistance à la volonté des tyrans ;

Considérant qu'il serait difficile et trop long de suivre et de retracer complètement la marche populicide de ce gouvernement criminel, dont chaque pensée , chaque acte est un délit national ; que les preuves de tous ces forfaits sont tracées en caractères de sang dans toute la république ; que de tous les dép^rtemens* les cris qui appellent sa répression sont unanimes; qu'il appartient à la portion des citoyens la plus voisine des oppresseurs d'attaquer l'oppression; que cette portion est comptable du dépôt de la liberté envers l'état entier, et qu'un trop long silence la rendrait complice de la tyrannie ;

Considérant enfin que tous les défenseurs de la liberté sont prêts :

Après s'être constitués en comité insurrecteur

de salut public , prennent sur leurs têtes la responsabilité et l'initiative de l'insurrection, et arrêtent ce qui suit :

Article premier.

Le peuple est en insurrection contre la tyrannie.

Le but de l'insurrection est le rétablissement de la constitution de 1 793 , de la liberté , de l'égalité , et du bonheur de tous.

Aujourd'hui, dès l'heure même, les citoyens et les citoyennes partiront de tous les points , en désordre et sans attendre le mouvement des quartiers voisins qu'ils feront marcher avec eux. Ils se rallieront , au son du tocsin et des trompettes , sous la conduite des patriotes auxquels le comité insurrecteur aura confié des guidons portant l'insecription suivante :

Constitution de 1793.

ÉGALITÉ. LIBERTÉ

BONHEUR COMMUN

D'autres guidons porteront ces mots :

« Quand le gouvernement viole les droits du » peuple , l'insurrection est pour le peuple , et

» pour chaque* portion du peuple , le plus sacré » des droits et le plus indispensable des devoirs.

» Ceux qui usurpent la souveraineté doivent être mis a mort par les hommes libres. »

Les généraux du peuple seront distingués par des rubans tricolors flottant très-visiblement autour de leurs chapeaux.

Tous les citoyens se rendront avec leurs armes , ou , à défaut d'armes , avec tous autres instruirons offensifs , sous la seule direction des patriotes cidessus , au chef-lieu de leurs arrondissemens res^ pectifs.

Les armes de toute espèce seront enlevées par les insurgés partout où elles se trouvent.

Les barrières et le cours de la rivière seront soigneusement gardés : nul ne pourra sortir de Paris sans un ordre formel et spécial du comité insurrecteur ; il n'entrera que les courriers, les porteurs et conducteurs de comestibles ? auxquels il sera donné protection et sûreté.

Le peuple s'emparera de la trésorerie nationale , de la poste aux lettres , des maisons des

minisires, et de tout magasin public ou privé contenant des vivres ou des munitions de guerre.

Le comité insurrecteur de salut public donne aux légions sacrées des camps environnant Paris , qui ont juré de mourir pour légalité , Tordre de soutenir partout les efforts du peuple.

Les patriotes des départemens réfugiés a Paris, et les braves officiers destitués , sont appelés à se distinguer dans cette lutte sacrée.

Les deux conseils et le directoire , usurpateurs de l'autorité populaire , seront dissous. Tous les membres qui les composent seront immédiatement jugés par le peuple.

Tout pouvoir cessant devant celui du peuple , pul prétendu député , membre de l'autorité usurpatrice , directeur, administrateur, juge , officier, sous-officier de garde nationale , ou quelque fonctionnaire public que ce soit, ne pourront exercer aucun acte d'autorité , ni donner aucun ordre ; ceux qui y contreviendront seront à l'instant mis à piort. *

Tout membre du prétendu corps législatif , ou

directeur, trouvé dans les rues, sera arrêté et conduit sur-le-champ a son postç ordinaire.

Toute opposition sera vaincue sur-le-çhamp par la force. Les opposans seront exterminés. » Seront également mis à mort :

Ceux qui battront ou feront battre la générale ;

Les étrangers , de quelque nation qu'ils soient , qui seront trouvés dans les rues ;

Tous les présidens, secrétaires et commandans de la conspiration royale de vendémiaire qui oseraient aussi se mettre en évidence.

H est ordonné à tous les envoyés des puissances étrangères de rester dans leurs domiciles durant l'insurrection ; ils sont sous la sauve-garde du peuple.

Des vivres de toute espèce seront portés au peuple sur les places publiques.

Tous les boulangers seront en réquisition pour faire continuellement du pain , qui sera distribué gratis au peuple ; ils seront payés sur leur déclaration.

Le peuple ne prendra de repos qu'après la destruction du gouvernement tyrannique.

Tous les biens des émigrés , des conspirateurs et de tous les ennemis du peuple , seront distribués sans délai aux défenseurs de la patrie et aux malheureux.

Les malheureux de toute la république seront immédiatement logés et meublés dans les maisons des conspirateurs.

Les effets appartenans au peuple , déposés au mont-de-piété, seront sur-le-champ gratuitement rendus.

Le peuple français adopte les épouses et les enfans des braves qui auront succombé dans cette sainte entreprise ; il les nourrira et entretiendra ; il en sera de même à l'égard de leurs pères et mères, frères et sœurs, à l'existence desquels ils étaient nécessaires.

Les patriotes proscrits et errans dans toute la république recevront tous les secours et moyens convenables pour rentrer dans le sein de leurs familles. Ils seront indemnisés des pertes qu'ils auront souffertes.

La guerre contre la tyrannie intérieure étant celle qui s'oppose le plus à la paix générale , ceux des braves défenseurs de la liberté qui prouveront avoir concouru a la terminer, seront libres de retourner avec armes et bagages dans leurs foyers ;

ils y jouiront, en outre, immédiatement des récompenses depuis si long-temps promises.

Ceux d'entre eux qui voudront continuer de servir la république , seront aussi sur-le-champ récompensés d'une manière digne de la générosité d'une grande nation libre.

Les propriétés publiques et particulières sont mises sous la sauve-garde du peuple.

Le soin de terminer la révolution et de donner à la république la liberté , l'égalité et la constitution de 1 793 , sera confié à une assemblée nationale , composée d'un démocrate par département , nommé par le peuple insurgé sur la présentation du comité insurrecteur.

Le comité insurrecteur de salut public restera en permanence jusqu'à l'accomplissement total de l'insurrection.

(254) SBIIIÉMB PIÈCE.

9 floréal.

Lé peuple sans -culotte de Paris , à la légion dé

police.

Généreux frères ,

Voire signal est entendu , votre démarche est approuvée , votre ferme résolution nous charme. Le moment est-il venu de briser des sceptres nouveaux ? La liberté a-t-elle fixé aux jours où nous sommes le terme de la commune oppression ? Le peuple est prêt.

Non , vous ne nous quitterez pas. Non , Voué n'irez pas vous faire immoler sous le fer des esclaves étrangers , complices des nôtres. Voilà ce . qu'on vous réserve. Nos tyrans ont fait un affreux pacte avec ceux que nous combattons depuis six ans : ils sont convenus de leur livrer en holocauste tous les fidèles défenseurs de la patrie ; vous méritez , nos frères , d'être sacrifiés les premiers : vous avez pris les intérêts du peuple ; vous vous êtes récriés avec lui contre tous les attentats de ses oppresseurs ; vous avez manifesté que vous ne voudriez point faire partie de ses bourreaux , à la vue des préparatifs assassins qu'on dispose. Paris bloqué , Paris menacé d'être mis en sang et en feu , parce qu'il se plaint d'être , avec toute la république , affamé , dépouillé , avili ; Paris en-

fin sous le joug d'une poignée" d usurpateurs barbares , est devenu pour vous un objet de compassion et de vif intérêt. Précieux camarades , il dépend de vous de nous sauver et de vous couvrir de gloire. Vous pouvez prendre l'initiative entre les libérateurs du peuple. Vous la prendrez : vos amis , vos frères , vos épouses , vos parens , réclament qu'en ne vous rendant pas a l'égorgerie qu'on vous a destinée , vous ne les abandonniez * point a une autre égorgerie dans ces murs. Vous avez déjà fait* entendre la vérité à vos frères séquestrés dans le camp ; votre exemple achèvera de les convaincre. Us apprendront , malgré toutes les consignes et les défenses de communica- . tion avec les autres mortels , que , dans la lutte du peuple contre ceux qui le gouvernent , c'est le peuple qui a raison. Us sauront que ce n'est pas lui qu'il faut immoler. Faisons un appel à ces braves, ils vont aussi venir à nous. Quant au peuple , lui-même il le répète, il est prêt. Ses conducteurs vont lui donner le signal. Il les entend , il est a coté de vous. Ses tyrans se dispersent , la liberté reparaît ; l'abondance , le bonheur ressuscitent ; la république triomphe de toutes parts , et les mesures sont bien prises pour qu'elle ne succombe plus.

Page 1