II
même tems on épiait dans toute la république les moindres prétextes pour grossir le nombre des: accusés dont les puissans se flattaient que 1# hatite-couï ferait une hécatombe. Cherbourg , Arras , Rochefort , Bourg et Saintes fournirent leur contingent en accusés , si évidemment étrangers à l'affaire qu on ne put leur adresser une ombre de reproche.
Tandis qu'on préparait à Paris la tragédie qui Évasions. allait être jouée a Vendôme , les démocrates parisiens s'agitèrent pour délivrer leur compagnons : Drouet se sauva de la prison de l'Abbaye a laide d'un guichetier républicain; mais l'évasion des prisonniers du Temple , qui avait été concertée avec les soldats préposés à leur garde, échoua, faute de l'accord nécessaire. :
Pache fut le seul homme, hors de prison, qui embrassa ouvertement, dans un écrit imprimé, les opinions et la cause des accusés. Quelques écrivains périodiques opposèrent une faible digue au torrent d'invectives qu'on faisait pleuvoir sur les détenus; mais ils le firent maladroitement et sans courage, tantôt en niant des faits évidens, tantôt en insinuant que le gouvernement avait été le provocateur secret de la conspiration : jamais ils n'osèrent aborder la question de la légitimité des efforts des conspirateurs, et justifier leurs véritables intentions.
Tractation Dans la nuit du g au io fructidor de Tan IV,
des prisonniers ** .
à Vendôme. t ous j^ accusés détenus a Paris furent transférés k Vendôme ; l'état major de la place les fit fouiller minutieusement sous ses yeux , et les déposa luimême dans des cages grillées construites exprès pour les donner, comme des bêtes féroces, en spectacle aux ennemis de légalité et aux hommes trompés que ceux-ci ameutaient contre eux. Le convoi traversa Paris au milieu dWe nombreuse armée, et lut escorté dans toute la route par un fort détachement de gendarmerie et par des régimens de cavalerie. Les femmes , filles et sœurs des accusés, qui lés suivirent k pied, essuyèrent fréquemment les rigueurs de l'atmosphère et les sarcasmes des aristocrates. Ils eurent eux-mêmes autant a souffrir de la brutalité de l'officier qui commandait leur escorte , qu'ils eurent k se louer de l'accueil plein d'égards qu'ils reçurent des administrations municipales de Chartres et de Châteaudun.
À Vendôme on avait préparé tout exprès un tribunal et une vaste maison de justice dans laquelle les accusés présens furent enfermés le soir du 1 3 fructidor : Àntonelle et Fion arrêtés depuis la mise en accusation , ainsi que les accusés venus de Rochefort , de Cherbourg et d'Arras , y entrèrent successivement quelque tems après.
Des troupes de toute arme gardaient avec une grande sévérité les approches de la prison et les
avenues de la ville dont une loi du moment interdisait l'accès à dix lieues à la ronde; on eût voulu enlever aux débats qui allaient s'ouvrir toute espèce de publicité.
Le temps qui s'écoula «ntre l'arrivée des accusés et l'ouverture des séances de la haute-cour, fut employé par elle à se constituer, à interroger , à instruire les contumaces , a former le jury , et $ juger les demandes et les déclinatotres présentés par les accusés. Ceux-ci en profitèrent pour protester, pour convenir des récusations qu'ils avaient le droit d'exercer , et pour concerter et préparer leurs défenses.
Par les décrets peu constitutionnels dont il a été parlé plus haut , on avait ouvert un vaste champ aux protestations des accuses; plusieurs d entre eux, en déclinant la compétence de la haute-cour , entrevirent la possibilité d élever entre elle et le corps législatif une contestation qui eût pu amener des événemens favorables a la cause populaire ; vaine espérance ! La haute-cour se déclara compétente.
Sur la totalité des jurés nommés par les assemblées électorales des départemens, trente récusations non motivées pouvaient être exercées par les accusés. C'était une opération fort grave de laquelle pouvait dépendre le sort d'un grand nombre d'entre eux.
k l'aide des renseignemens incomplets et sou-
Protestations.
Récusations»
vent inexacts recueillis dans les département , les accuses convinrent , par une délibération commune ^ dès noms a tfejèkër ; trente se les distribuèrent , afin que chacun deux en récusât un*
Cependant, les élections de LanTV ayant été faites «n beaucoup de lieux en l'absence des républicains proscrits on violemment expulsés- dès as* semblées, et sous l'influence des ennemis de la résolution , il était «possible de ne laisser sur le tableau des jurés que de Trais amis de la liberté; force fut de se contenter des moins mauvais. Parmi ceux qui méritaient une confiance entière \ les uns furent exclus par le tribunal comme parens d'émigrés ; d'autres , sacrifiant à la peur r feignirent d'être malades et furent excusés : trois assistèrent aux débats.
a^ux coura- Dès que Babeuf fut privé de la liberté , sa pre~ *' ux de Babeuf * miére pensée fut d'avouer la conspiration et d'en soutenir la légitimité. Elle résulte de ses réponses an ministre de la police qui lui demandait s'il avait eu le dessein de renverser le gouvernement et s'il s'était associé à quelques personnes pour y parvenir. Les voici : ce Intimement convaincu que » legouvernement actuel est oppresseur , j'aurais » faftt tout ce qui était en mon pouvoir pour le » renverser. Je m'étais associé avec tons les dé* » mocrates de la république ; il n'est pas de mon » devoir d'en nommer aucun. » Interpellé par le
même ministre sur les moyens qu'il comptait employer , il repondit : «Tous les moyens legi- » times contre les tyrans; » et , peu après : « Je » n'ai pas à donner les détails des moyens qui » eussent été employés. Au surplus ils ne dépen- » daient pas seulement de moi; je n'agis que » ma voix dans le conseil des tyrannicides. »
Jnterrqgé quelques jours après par le directeur du jury, il repandit ainsi k l'imputation d'être l'auteur de la conspiration : » J'atteste donc » qu on me fait trop d'honneur en me décorant » du titre de chef de la conspiration ; je déclare » que je n'y. avais même qu'une part secondaire » et bornée à ce que je vais dire : je l'approuvai » cette conspiration , parce que je la croyais lé- » gitime , parce que je croyais et que je crois » encoife que le gouvernement actuel est souve- » rainement criminel j usurpateur de l'autorité , » violateur de tous les droits du peuple qu'il a » réduit au plus chétif dénuement , au plus » déplorable esclavage > criminel enfin de lèse- » nation au premier chef; et que je croyais et x» que je crois encore à la sainteté du principe , » que c'est un devoir rigoureux pour tous les » hommes libres de conspirer contre un tel gou- » vernement : alors je consentis volontiers a ai- » der de tous mes moyens les chefs et les me* » neurs d'une conspiration qui se forma contre
» lui. » Et après avoir établi le rôle qu'il avait joué dans la conspiration il ajouta : « Voilà des » détails qui détruiront sans doute la supposi- » tion absurde que j'étais le chef de la conspira- » tion ; et cela fondé sur la seule circonstance » que je me trouvais , au montait de mon arres- » ta tion, à coté dune partie des papiers des » conspirateurs. Je le répète , ce n est point que )> je veuille par là atténuer ma culpabilité ; je » ne veux qu'être de bonne foi et .ne point » paraître avec un râle plus brillant que je ne » mérite , avec un rôle qui n'est pas le mien. Je » consens après cela à porter cependant la plus )> forte peine du crime de tramer contre des » oppresseurs; car j'avoue encore que, quant à » l'intention , personne n'a pu conspirer contre » eux plus fortement que moi : j'ai la conviction » que c'est un crime commun à tous les Fran- » çais , du moins à toute la partie vertueuse , à » tout ce qui ne veut pas de l'affreux système » du bonheur d'un très petit nombre , fondé sur » l'opprobre et l'extrême misère de la masse ; je » me déclare complètement atteint et convaincu » du forfait , et je déclare que c'était celui de » tous les conspirateurs que je servais, p
Pendant la longue instruction faite par le directeur du jury , les principaux accusés détenus furent constamment au secret. Dans l'impossibi~
lité de se concerter avec Babeuf q«i était ts»^ le mieui instruit de raffalre,ks autrès,de'cr*inte de se contredire ou de se eOBû^remettoreirëctprocjuement , durent lui abandonner le odha de cfanh nêr des explications, et se maintenir dana: les bornes d'une rigoureuse circonspection; liés: mis méconnurent leur propre écriture , daut*efc imaginèrent -des- fables ; Darthé protesta continuellement contre la légalité de la procédure. ;
Sans la faiblesse de Pillé > arrêté avec Babeuf et Buonarroti , son) écriture et celle de quelques pvè> Tenus seraient demeurées inconnues. Craignant follement que lies nombreuses copiés qu'il atait faites des actes du comité insufrretteuF dont il avait été le secrétaire , n attirassent sur ^sa ( tétc l'accusation d'avoir trempé activement dans le projetai! se bâte de déclarer cÀ «pAl errait «fait et tu , et de fairoeonnaître les auteurs des'miamiscritsqu il aTait transcrits. Cet accuse dont la cont duite thn^de -cutde fuafcptés conséquences, jêHA adroitement da*is les prisons et «pendant lès débats le rôle dinobécille. Devant k;haulew)ur y ! il prétendit qu'uni esprit malfj^mtïravftit ^Kwwé chez Babeuf; a ^clawquîcmïpowuitpa^iriiirt pacte avec un démen pom? en être protégé oh pour amin* *; qoelqufup vMdlèlbfnil pour dortner , ditnil , des détails: Aucun des. ao-» cusés vraiment compromis ne chancela devdnt le
danger, capital 4t inuflinent dom ils étaient menaces, T<fapdq «»è gB ul iÉ<flb^ dans leur attachement au» doctrines qu'ils avaient dëfen^ d«€»/ et «Uns la: rcaofatioti de le& sceller de lew aahg; personne ne fut Compromis par leurs dé* clarati*n*v -\^.l. , ... ■ i fmmu des & lew;aî*rivée à Vendôme , tlfe étaient déjà
accusas. *
cdavenuade renoncer & toute rdûfcenbe t à tout faux -fuyant, à toute dénégation; davouÈr la cQbapiMfou et de se borner pour toute défelise à en démontre* là légitimité. Ils pensaient devoir ce dferni^r : témoignage * la justice de leur <£use, é% à la patrie wx .exemple mémorable dé persévérance ejt de fermeté. D'autres accuse* mtim cmyptmw et plueprudene fureht alarmé»
* oe plan de défense et se .mirent en devoir cfeto empêcher l'exécutiôii «Si tous avéuefc , di* saieitihils à leurs: camar adds , la réalité de la conspira tibn^ le jury pourrait-il la déclarer hon constante ? se pourrait-il que* parmi no& jures r il Jr ert eût quatre qui osassent justifier Vos intentions, ou répondre pdr un pîeux merisonge aux questions de &h qui leur seront soumis»? Caserait trop présumer)' d'bôiqmes élus darife uh. temps de corruption et de ptryersâte. Si la conspiration est Béikrée fcéelle ? ii'entrafaerefrvaus pas dans votre perte /nous qui sommés vos amis, et ces nbmbreiix ^républicains -qui sont déjk m butte
aux calomnie» et aux persécutions ? Craignez de mettre la vertu de nos juges à une trop: rode épreuve , et offres leur au moins un prétexte pour vous absoudre. »
Soit que ces remontrances fissent craindre aux Modifications principaux accusés qu il n éclatât pendant les débats une funeste division , soit qu'ils reculassent devant l'idée de blesser la patrie en nuisant à leurs amis , soit enfin qu'ils ouvrissent leur cœur au soin de leur propre conservation , le premier plan fut rejeté ; et on convint que la conspiratien formelle serait niée, que son but serait hypothétiquement défendu , et qu'on tâcherait de donner des explications vraisemblables aux pièces saisies et aux faits prouvés.
Cependant , le témoignage àa dénonciateur était détaillé et précis , et quoiqu'il fût unique sur le fond de l'accusation, il était tellement corroboré par les écrits nombreux et accablant ées accuses , qu'il semblait impossible que , imite considération pèKtique k part , un homme dé bonne foi niât , après le {dus léger examen , la réalité de la conspiration. ' ' «
Dès-lors, les accusés gravement eôvtprôiriis se proposèrent de se défendre en soutenant) que le concert qu'on prétendait établir n'avait pas existé, et qu'eût-il été réel, il était dénué de toute criminalité , soit par lé défaut de moyens
d'exécution , soit parce que , dans l'hypothèse la phis défavorable , le but qu'on leur attribuait était légitime et fondé en droit.
Antoneiic Ce que l'on préparait pour les débats , Antonelle l'exécuta d'avance auprès du public. Ce généreux citoyen fit alors le plus noble usage de ses talens et de ses biens. Quoique nulle présomption légale ne s'élevât contre lui , il épousa franchement la cause de ses amis détenus; par de nombreux écrits , il disposa l'opinion a accueillir favorablement leur défense ; et , du fond de son cachot, il accusa sans ménagement le gouvernement , rendit hommage a la constitution de 179^, justifia les intentions des conspirateurs et osa presque se déclarer leur complice.
A cette malheureuse époque, l'énergie rêpuWi^ caine était presque toute enfermée dans la prison de Vendôme. La les accusés s'encourageaient mutuellement k servir le peuple par l'exemple d'une inébranlable fermeté , et vivaient dans la fraternité la plus démocratique. Les nuances que Ton remarquait entre lès égaux .et les ex-conventionnels n'empêchèrent pas que l'harmonie ne fut complette ; elle s'accrut tous les jours par le rapprochement des opinions et par la fidélité avec laquelle chacun remplit son devoir devant le tribunal.
Le soir , des chants républicains auxquels tous
les prisonniers prenaient pari , retentissaient au loin, et les habitons de Vendôme, attirés par l'intérêt et par la curiosité sur une colline voisine , y mêlaient souvent leurs voix et leurs applaudis semens.
Pour des hommes qui avaient tant osé en faveur d'une cause à laquelle ils étaient si dévoues , le sort de la république était nécessairement le sujet permanent de leurs entretiens et de leurs inquiétudes. Un malheur horrible fournit aux unes et aux autres un nouvel aliment. À peine les accusés étaient arrivés a Vendôme , qu'ils apprirent le fatal événement de Grenelle , oîi , par un infâme guet-a-pens , perdirent la vie tant de purs démocrates qu y avait amenés le désir de briser les fers des prisonniers , et de rétablir les droits du peuple. Pair cette exécrable boucherie , la puissance de l'aristocratie s'accrut de toute la force qui fut arrachée au parti démocratique.
Peu de temps après , quelques conspirateurs royalistes, émissaires de la dynastie proscrite par les lois , et pris sur le fait , furent traités avec une scandaleuse indulgence par une grande partie de la législature qui les protégeait , et par la commission militaire qui les jugea.
Vers la même époque , les tribunaux chargés de juger les contumaces du i3 vendémiaire , dé-
datèrent non constante la conspiration qui ensanglanta ce jour4à la ville de Paris.
Cette condescendance judiciaire déplut au ministère; > crains disait un de ses membres, quelle ne fasse plcmehe pour les accusés de Vendôme : c était surtout deux que le gouvernement désirait se défaire.
onvcrtuM dct Enfin les débats furent ouverts le 2 Ventôse
débats.
de lan Y ; quarante-sept accusés étaient présens; dix-huit furent jugés par contumace. * Babeuf, Dârtbé , fiuonirroti , Germain , Cazin , Claude Ficqtaet, Bouin, Fiori> Ricord, Drouet, Lindet, Amar , Antonelle , Rossignol et dix autres avaient réellement trempé activement dans la conspiration; cinq y avaient participé indirectement; tous les autres y avaient été absolument étran- , gék-s , et ne furent traduits devant la haute-cour cjue par la fureur du parti qui aurait voulu faire de ce tribunal l'exterminateur de la démocratie.
'Accusés prcsens: Babeuf, Darthé, Germain , Blondeau, Coudas, Frossard, veuve Mounard, Buonarroti, Sophie Lapierre^ Goulard , Mugnier , Massard , Raybois , Fion , Cochet , Nayez , Boudin , Jeanne Breton , Vadiet, JUrignelot , Toulotte , Lambert , Lantberté , Bottofeux, Morel , Dufbur , Moroy , Clerex , Amar , Philip, Cazin , Nicole Martin, Taffoureau, Drouin, Roy^ Kllé, Breton, Didier, Antonelle , Antoine Fiequet , R&cord , Thierry , Adélaïde Lambert , Vergne, Duplay père, Duplay fils, Crépin.
Accusés contumaces : Drouet , Lindet , Vacret, Claude Ficauet , Guilhem , Chrétien , Monnier , Reys , Menessier, Mounard , Baude , Bouin , Parrain , Bodsom , Lepdietier, Rossignol , Jorry , Cordjebar.
Urieforce nombreuse gardait le trjb^naàjxîh^ que accusé était entre deux gendortnes Laçalle était vaste , et lenûçinfce réservée au public fui toujours remplie dg peuple qui applaudit souvent les 'accusas, jamais les accusateurs. ■
11 y eut plusieurs défenseurs ; ils prolongeants tes débats par les nombreux meidens qtf 'ijs devèreot , et contrarièrent quelquefois les vues des accusésidont ils nosèrent jamais justifier tes intentions. Les vrais défenseurs de la cause ftirent Babeuf, Germain, Àntonede et BuonarrotL -
Les femmes généreuses qui avaient suivi les accusés assistèrent assidûment $ toutes les séances jdu ttàbiinaL •-:;-:
. Parmi les accusés gravement compromis, Dai> Darih< thé seul r plus conséquent que tous les autiaes, persista dans sa protestation ; jamais )i ; ne reoeimttt dan» la haute-cour le pouvoir de le juger ; il refusa constamment 4e répondre et de s'expliquer, et 6e laissa oondamner sans se défendre. Après aweâr protesté de nouveau devant le jury , il prononça les mots sui vans : «Pour moi', y> si la pnmdeBce a fixé à cette époque le tonne » de ma carrière , je la terminerai .avec gloif e , » «ans crainte et $ans regret. Que pourrais-je » hélas i regretter . . . ï Quand la liberté sucofcïifbe; » quand l'édifice de la république se démolit » pièce à pièce; quand sou nom est devenu
» odieux ; quanti, les. amis, les adorateurs de l'é- » galitfe «mtpôtirsuras, errons, livrés a la rage »:droa9iassins,> ou aux angoisses de la plus af- » Creuse misère.; quand le peuple, en proie a » toutes les horreurs de la famine et de lindi- » gence » est dépouillé de tons ses droits , avîli , » méprise, et languit sous unjoiig de fer; quand » cette. sublime révolution , l'espoir et la oonso- », lation des nations opprimées , n'est plus qu'un » ■ fantôme; quand les défenseurs de la patrie » sont, partout abreuvés d'outrages , nuds , mal- » traités , et cour bés sous le plus odieux despo- » tisme; quand ^ pour prix de leurs sacrifices, de » leur sang versé pour la défense commune , 41s » sont traités de scélérats , d'assasins , de bri- » gands, et que leurs lauriers sont changés ency» » près; quand k royalisme est partout audacieux, » . protégé , honoré , récompensé même avec le » sang et les larmes des malheureux; quand le » fanatisme ressaisit , avec une nouvelle fureur , >>: ses poignards; quand la proscription et la » mort planent sur la tête de tous les hommes » vertueux, de tous les amis de la raison, qui ont » pris quelque part aux grands jet généreux ef- » forts enfaveur de notre régénération ; quand , » pour combla- d'horreur 9 c'est au nom de ce » qu'il y a de plus sacré 9 de plus révéré sur la )i terre , au nom de l'amitié sainte , de la res-
» pectable vertu , de l'honorable probité , de la » bienfaisante justice , de la douce humanité , » de la divinité même , que les brigands traî- » nent à leur suite la désolation , le désespoir » et la mort.; quand l'immoralité profonde , » l'horrible trahison , l'exécrable délation , le » parjure infâme , le brigandage et l'assassinat » sont officielleriient honorés , préconisés et qua- » lifiés du nom sacré de vertu ; quand tous les » liens sociaux sont rompus ; quand la France » est couverte d'un crêpe funèbre ; quand elle » n'offrira bientôt plus à l'œil effrayé du voya- » geur que des monceaux de cadavres et des » déserts fumans à parcourir ; quand il n'y a » plus de patrie , la mort est un bienfait
» Je ne léguerai à ma famille et à mes amis » ni l'opprobre ni l'infamie ; ils pourront citer » avec orgueil mon nom parmi ceux des défen- » seurs et des martyrs de la cause sublime de » l'humanité. Je l'atteste avec confiance, j'ai » parcouru toute la sphère révolutionnaire sans » souillure; jamais l'idée d'un crime ou d'une » bassesse n'a flétri mon ame ; lancé jeune en- » core dans la révolution, j'en supportai toutes » les fatigues , j'en portai tous les dangers sans » jamais me rebuter , sans autre jouissance que » l'espérance de voir un jour fonder le règne » durable de l'égalité et de la liberté ; unique^
nationaux.
» nient occupé de la sublimité de cette philan-
» tropique entreprise ^ je fis ht plus entière ab-
>> négation cte moi-même; intérêt personnel ,
» affairés de famille, tout foi oublié, négligé;
» mon cœur ne battit jamais que pour mes sem-
» blables et le triomphe de la justice. »
Esprit contre- Dès le commencement , les accusateurs natio-
révolutionnaire *
« e . $ !""t ateurs ïmuix firent éclater une haine acharnée , non seulement contre les accusés , mais aosss contre tout x ce qui avait été fait en faveur de la démocratie dans le cours delà révolution. Posant d'abord en fait l'existence d'une faction imaginaire d'être* mal f oiseau , monstres autrefois ineormtts , hypocrites , irréligieux , ambkmiœ , vindicatif*, fu* rieux , calomniateurs , homicides, fils deFanar* chie , nés dans son sein , ne oomutissant pas daidre élénumt ,V appelant sans cesse , et ne sou-* riant qu'à elle , ils lui attribuèrent tous les mouvemens et tous les actes révolutionnaires , et ne craignirent pas de ranger, avant toute discussion , parmi ses membres, les accuses que la haute-cour avait a. juger.
Telle avait >eté , ait dire des accusateurs , l'influence de cette faction , que ceux qmi les écoutaient ne purent démêler les événemens de k révolution <ju T il$ honoraient de leur approbation. D'après la définition qu'ils donnèrent d'une insurrection légitime /on dut conclure qu'au fond
de loir cœur ils n exceptaient de l'anathème par eux lancé contre les grands raouvemens nationaux, pas même celui du 14 juillet qui était le seul auquel ils paraissaient applaudir.
Il ne fut pas difficile aux accusateurs de prouver, à laide des nombreux écrite saisis chez les accusés, le concert qu'ils qualifiaient de conspiration criminelle ; mais, quant & l'intention, élément essentiel du crime , ils s'efforcèrent d'en écarter la discussion , et dans le peu qu'ils en dirent , ils la dénaturerait par des suppositions et par des inductions hasardées et absurdes.
Leur constant objet fut de rendre les accusés méprisables et odieux , et de les empêcher dé convaincre la France que leurs vues étaient bienfaisantes , que leur opposition à la constitution de l'an m était légitime , et que leurs tentatives avaient été justes et conformes k l'intérêt général. Que doit-on penser de ces accusateurs qui, chargés de poursuivre au nom delà république les auteurs d'un projet inexécuté, se permirent de justifier la conspiration et la révolte armée qui firent verser, au i3 vendémiaire de l'an IV, le sang de plusieurs milliers de citoyens , et dont le but final était de rétablir la royauté ?
De concert avec les accusateurs , les juges vou- Entraves n^es
J ^ . À la défense.
lant resserrer le débat dans les bornes étroites du fait , interposèrent plusieurs fois leur autorité
pour interdire aux accuses tonte discussion, même hypothétique , du fond de la conspiration , et tout examen de leurs écrits qui, cependant, étaient présentés par l'accusation comme les principaux et presque les uniques moyens des conspirateurs. Ainsi un tribunal qui paraissait devoir être l'appui des droits de la nation et le frein des hommes puissans , ne fat dans le fait que l'instrument de ceux qui , au mépris de la souveraineté du peuple, s'étaient emparés de l'autorité suprême par la violence et par la ruse. * Le» accus*! Quoique les accusés gravement impliqués eus-
défendent la ré- XI © r 1
voiution. ^^ renoncé à avouer formellement la conspiration , ils persistèrent a en défendre les principes. La révolution était à leurs yeux une chose sainte ; ils étaient consciencieusement fidèles àla souveraineté populaire et à la constitution de 1 793 qui la consacrait; fiers de ce qu'ils avaient fait pour les rétablir , ils s'honoraient des fers qu'ils portaient et du danger dont ils étaient menacés.
Une forte irritation , suite nécessaire de l'opposition qui s'était manifestée entre les vues des accusateurs et les sentimens des accusés , éclata a plusieurs reprises , par les déclamations virulentes du ministère public , par les interruptions partiales du tribunal, et par les impétueuses réclamations des détenus.
Pouvaient-ils , ceux-ci , entendre de sang-froid
calomnier les fondateurs de la république , et refuser aux plus fermes soutiens de l'égalité les talents , le courage et la moralité ? Pouvaientils , sans mot dire , s'entendre imputer dés sentimens vils et intéressés, eux dont la plupart avaient exposé mille fois lai vie pour la patrie et étaient sortis des fonctions publiques dans une honorable pauvreté ? eux , contre qui il ne s éleva dans le cours d'une si longue procédure pas une seule voix pour leur reprocher, une action infâme ?
Pendant les débats, le caractère des accusés ne se démentit jamais. En toute occasion ils rendirent d'éclatans hommages à la république et a 1 égalité ; plusieurs fois ils réfutèrent victorieusement les sophismes politiques des accusateurs , et firent , presque a chaque séance , retentir les voûtes du tribunal de leurs chants républicains.
Le traître par qui les hommes confians qu'il Traître. avait flattés , enflammés et caressés , furent dénoncés et livrés.... Grisel! figurait sur la liste des. témoins au nombre desquels il y avait d'autres espions de la police, qui , ayant horreur de sa profonde immoralité, refusèrent constamment de s'asseoir a ses cotés.
On se flatta d'écarter ce témoin , car la loi &*' fendait de faire entendre le dénonciateur , quand». il s'agissait de délits dont la dénonciation e$|uté?-> compensée pécuniairement par la loi* pu !<}**-,
que le dénonciateur peut de toute autre manière profiter de Teffèt de m dénonciation.
Dans l'opinion des accusés et de leurs défenseurs , lé mot peut exprimait une possibilité illimitée , et comprenait les récompenses que le dénonciateur de la conspiration pouvait raisonnablement attendre du gouvernement.
L'expédient qu'imaginèrent les accusateurs nationaux pour se tirer de l'embarras ah les jetait l'argumentation pressante des accusés, excita un rire universel ; ils osèrent soutenir que la qualification de dénonciateur n était pas applicable a Grisel, parce que , disaient-ils , ayant lait sa première déclaration tau directoire et non k un officier de police judiciaire , il n'était que simple révélateur* ii est témoin. Ce subterfuge ne fit pas fortune; néanmoins, le tribunal ayant décidé que la signification du mot peut devait être restreinte aux droits acquis au dénonciateur par l'effet de la dénonciation, ordonna, au grand scandale de beaucoup de personnes, que Grisel serait entendu.
Il y avait au procès environ cinq cents pièces de conviction, et plusieurs séances furent consacrées à les représenter au* accusés qui les reconnaissaient , ou à faire vérifier , pas* des experts, celles qu'on attribuait à ceux qui ne répondaient pas ou étaient contumaces.
( Si )
* On sépuisa en conjectures pour savoir quels Tnmnii étaient ^ dans une pièce à laquelle les accusateurs attachaient tuie grande importance , les ntftsque Babeuf a v^t couverts d'une grosse ïaché dlencre , «if paraphant c^jbte , pièce ches le «oinistre de la police. La fastidieuse discussion qui eut lieu à ce sujet: , otfcasionua de violentes invectives de part «d'ai)ti*,ettttar^ vaïtâble ; la séance fut brusquement levée au Hlilièudgs çtis dte accusateurs , des défenseurs et des accusés ; ceux-ci chantèrent avec véhédoence, efi se retirant; le couplet de rhymne des Marseillais ; Tremblez tyrans s *f vous perfides ! Le tribunal dressa du tout un ptfocès- verbal , sur lequel le corps-législatif passa a Tordre du jour.
Âla suite duJa reproche adressé par les accusés aff président ^ lés acctt&teiira se plaignirent de ce qu oïl voulait t eti entassant incidens sur incidens, prolonger indéfiniment les débats ; te tant de voix , ' » dirent-ils , sélè vent cdntre la lenteur desopéx> rations de la hante-cour !....» Quelles sont ces » voit si multipliées ? s'écria Babeuf; amis du » peuple , vous le devinée. Ce ne sont que celles » de cette caste improprement dite honnête, qui » n'est quW point j^ar rapport a la masse , mais » qui a bien l'insolence de prétendre être tout i » de vivre sans rien faire de l'expression des » suewrft du grand nombre , de éompteir pour
» rien cette masse exclusivement utile , de la » juguler , de l'affamer pour prix de l'emploi » perpétuel de ses bras , de son intelligence , de
» son industrie: Telle test , - républicain* , la poï- »• gnée de vaïn£i*e^ ctent on dit que toutes les » voix s'élèvent contre la lenteur des opération* » de eeux qui se sont promis de nous immoler, » Tels sont ceux à qui Ion s'empresse de corn* » plaire. Honnêtes gens , vous serez éatisfkifè ! » lisez les premières séances des débats de la » haute-cour , tous tous convaincrez comme » voua y êtes servis. Et tous , portion essentielle » et majeure du peuple , tous Terrez comme cm » tous traite dans la personne de ceux qui n'ont » pas abandonné vos intérêts. Vous aussi, amis , » ses défenseurs , compagnons de gloir*e , tous » Vivez entendu ; c'est te million doré qui appelle » votre crucifiement. Vous ne démêlez pas h trfc- » vers les clameurs de la borde dévoratriee , » tous ne démêlez pas les voix de ces vingt-qua- » tre millions d'opprimés dont vous ta vez k**u~ » tenir là belle cause. Ils gémissent en silence , » chargés de fers , dépouillés ; nuds , tombant » d'inanition, adressant leurs hommages et leurs » regrets aux mânes des glorieux ïnàrtyrs qui » nous ont précédés dahs la carrière de letablis- » sèment de la félicité publique , dont ils tous » ont légué l'apostolat sublime, de même que
» tous le traiismetfetez à d'autres; justes ; aus& zé~ » les et peut-être plus heureux que vous et vos » prédécesseurs. La vertu ne meurt *pm ; les ty-
» rans s'abusent dans leurs atroces persécutions ; » ils àe détruisent que des Corps ; Famé des hem- » mes de bien ne fait que ehatiger d'ertvelbppe ; » elle anime , sitôt la dissolution de l'une , d aU- » très êtres chez qui elle continue d'inspirer t> lesmouvemens généreux qui ne laissent jat- » mais de repos au crime dominateur. "'
» D'après ces dernières pensées, et d'après » toutes les innovations que je Vois introduirfe » chaque jour pour hâter mon holocauste , jfe » laisse à n*eà oppresseurs tôûfe la facilité qu'ils » désirent ; je néglige les détails inutiles de ma » défense ; qu ils frappent sans rien attendre ; je » m'endormirai en paix dans ld sein de la vertu, it
Grisel parla pendant deux séances et raconta ^position d* minutieusement tout ce qu'il avait foit pour connaître i seconder , tromper et trahir les accusés* Il dit vrai , sauf quelques additions dic^ tées par la vanité , et par lesquelles il se mit parfois en contradiction avec lui-même. Mais , quoi* qu'on ne pût le regarder comme un menteur, on ne fut pas moins révolte de ^effronterie avec laquelle il fit parade de sa perfidie et «les ruses au moyen desquelles il avait su capter la bien* veilkneede ceux dont il méditait la perte.
Par un mouvement naturel d'indignation , Antonelle peignit au vif l'hypocrisie du traître et imprima sur sep front le cachet ineffaçable de l'infamie.
, En parlant de quelques accuses » Grisel avait dit ; <t Je ne vois ici que des agens* pis un d'eux q netait le véritable tbef de là conspiration ; il » y avait derrière* le rideau des hommes qui fai- » saient mouvoir et agir deux-ci,;» Ce propos arracha a Germain les phrases suivantes : « Ah ! » si c'est trop peu de nous , dit-il , vas 6ur les » bords de l'Aude soustraire au sable qui le cou- » vre le cadavre de ma femme ; vas en disputer )i la pâture aux vers moins dignes que toi de le » dévorer; précipite toi comme un tigre affamé » sur ma mère ; joins k cet abominable festin » mes soeurs et leurs enfans; arrache mon fils » des faibles bras de sa nourrice et broie ses ten- » dres membres sous ta dent carnacière. Nos » soixante familles t'offrent la même dégoûtante » curée ; vas la saisir , vas. Eh quoi! cet appât » ne te tente point ? C'est que sans doute encore » tu dissimules. » Les mots, par lesquels Germain termina son éloquente défense , ne sont pas moins remarquables : <c J'attends , dit-il , » sans aucune espèce de crainte ni de faiblesse, » votre prononcé : quelqu'il soit , pourquoi » craindrais-je? pourquoi faiblirais-je ? En effet ,
» mort, la liberté n'aura pas tek ^o pkw'^ë- » vobë martyr; vivsftit, elle n*auw pas déplus » intrépide défenseur. » (
Grisel avait parle de l'insurrection d« i^t^t^ii- B«b«f iwiiae rial an llï, en l'attribuant au* anarchistes , dé* prairiaL no*nination soui laquelle il affectait, kfrrtStar des accusateurs, de comprendre tdus les ami$ sincères de légalité. « Prairial ! s'écria Babeuf, e'po* » que terrible; journées funestes , mais saintes et » révérées , qui ne Se représenterit jamais £ là » pensée des Français Tertuéux sans provoquer » l'attendrissement et les regrets, le souvenir » des plus grands crimes /celui des efforts gêné- 1 » reux de la vertu , et des plu$ grands malheurs
» du peuple Prairial ! journées désastreuses .
» , mais honorables , où le peuple et ses délégués » 'fidèles firent leur devoir , où 7 ses traîtres man- » dataires , oil ses afFameurs , ses assassins y les r> usurpateurs de la souveraineté et de lotis ses » droits mirent lé comble h des atrocités dent » aucune histoire n'offre l'exemple. . . . . : ft n ? y*eut » que vous , 6 Gracques ! 6 immortels Français l » il n^ eut que vous de généi^ifl ; il n'y eut que » vous qui osâtes vous déclarer les appuis et le^ » défenseurs du peuple ; il n'y eut que vous dont » le dé vouement entier appuya ses t^rop justes de- » mandes : Du pain et des loi*! Goujon , Dtffoyj r> Rommè, Soubrany , Duquesnoy , Itourbotté \
» illustres victimes ! vous tlont les noms à jamais p fcéUfrres ont déjà retenti dans cette enceinte i » ou ils retentiront encore plus d'Une fois ! vous » dont nous ne cessons d'honorer fefc mânes » par nos chants quotidiens ! vous dont la . cuns- ?' tance dans les fers et devant des juges-bour r » reaui nous servira ^d'exemple pour supporter » Ja captivité la plus longue et la plus dure ! » vous enfin, que les méchans ont tues, mais y qu'ils n'ont pu flétrir un seul jour ! glorieux *» , martyrs! intrépides soutiens de l'égalité sainte! » vous sauvâtes à la liberté , k la souveraineté » du peuple , k tous les principes garans de son i>. bonheur 9 l'opprobre d'être envahis sans une
? courageuse résistance Nous avons dû vous
p remplacer après votre chute ; tombés comme » vous , nous devons vous imiter et paraître dep vaut nos persécuteurs , inébranlables comme » vous ; et tout véritable républicain doit ho- » norer l'époque ou vous mourûtes victimes des » plus détestables ennemis de la république... » Là , le tribunal força Babeuf à se taire.
Des limiers de la police vinrent déposer contre des ouvriers accusés de s'être , depuis l'arrestation de Babeuf , coalisés pour le délivrer et pour exécuter ses 'projets ; ces hommes déhontes , parmi lesquels on voyait un faux monnoyeur qu'on avait tiré de prison , tout exprès pour en faire un
espion ,/atfaiéfltr encouragé pftr leur coticoUr^ ceux éèiitre lés^éls ils tendaient tëiWôigfiàge >
Au milieu dé tant' d'êtres JàîHfcrS^ pittrrèttt ùénéto*né d« deux infortunés jéuriè^ rttdhëurè , if>ar leto gën^rofeité et par leur cou-» rage , firent véfrse* àtix spectëtëurs des tarmei d'attendrissement . Jean-Bapti&è Meunier etvfean 1 Noël Barbier , l'un et l'autre soldats , avaient été condamnés à dix ans dé fers pbur dés faits relatifs a riïtëtoréèlkm de; la légion 1 de policé. Devant là commission ibilitaire qui les jugea , on leur âr* racha des aveux \ charge de quelques-uns des accusés ; ce fut pour confirme^ ces ateûx, qura les transféra a Vendôme. ' l
Maïs , loin de répondre k l'attente des accusateurs , Meunier et' Barbier dévouèrent Hau 1 tement tout de qu'ils avaient eu la faiblesse de confesser , et aimèrent mieux s'exposer à une nôuvelle condamnation , comme ifeftix témoins , que de proférer un seul mot contre les hommes qui étaient mis en jugement. ^ y
fls firent plus; ils s'inçlinètféiit définit les aéeu- •ses", ils lés saluèrent par dés : èhàfrtè*ëpublîcains ; il» les appelèrent amis du peuple ; ik demandèrent a partager leur gloire. Tant de vertu'ftft récompensée par une nouvelle Condamnation àufc fersJ. Otempsi].., "*;* * : " " - >' v "> : - : - • •<
Aucun des accusés n'était r pluS qiiè' Bafceuf Dcfeusa.
gépé 4ws » 4éfflppe , par fo résolution qui avait été prise en oon^muti r de . nier la conspiration. > Sa^^mvirou^m^c^uts pièces deicojivif^n^ saiçieff» rçgque ^ tes a^ès de lui ^ et contenant , • en toutes loutres > lorgani#iti(*tt , le plan , je* actes et la correspondance du comité insurtf ecteur * ily #n avait pltts 4e oent écrites de sa mai&; la dénopeiatioi) était toute centre lui ; cinq longues séances fareflJt^npbyées à l'inteijroger.
), t £ommçnt donner aux faits nopnbreux , résultant de: ces pièceâ, e| tonfirmés p^tr le dénonciatour, M muions tmt *>it peu wafeeiaMA- }$&?, W, principaux accusés essayèrent de le faire ; ils réussirent quelquefois /partiellement ; imU r daqs. l'en^mble r ils n'nbtinreqt d>i|tre succès que celui, de mettre un peu plus à l'aise -oqux^dcflLtre les jurés quj partageaient déjà leurs opinions. Sous ce rapport , leur défense ne fut . jju'un tissu peu cohérent de subtilités que lejirs jcoçurs désavouaient ,,çt gauxquellçs ils ne se. soumirent que par condescendance pour leurs compagnons d^nfactqne.
• . La vraie défende de ces accusés est tout entière dans lav^uqu Usj firent de lçurs doctrine démocratiqi^s y 4«W 1 Vwfcage solennel qu'ils ren- 4^e^t à la co^stitutipn de 179^ , et dans leur persévérance a justifier hypothétiquement le but de la inspiration.
Cette conspiration était tonte renfermée dan* l'acte de création d'un directoire insurrecteOr * ; que les accusateurs appelaient une usurpation de la souveraineté; c'était sur cette pièce que se fondait principalement l'accusation. Babeuf en justifia les motife , rintention et les moyens.
« Ce n'ept point ici , dit-il , un procès dindi- * vidus , c est celui de la république ; il faut , » malgré tous «eux qui n'en sont pas d'avis , le » traiter avec toute la grandeur r la majesté , le » dévouaient qu'un aussi puissant intérêt com-
» mande Cet acte, poursuivit-il , appartient
» à des républicains quelconques, et tous les ré^ » pnblicatns sont impliqués dans cette affaire ; » par conséquent, il appartient a la république,
» à la révolution , a l'histoire Je dois le dé-
» fendre. »
En comparant f un moment après , sa position actuelle à celle des démocrates non emprisonnés: » Génie de la liberté , s'écria-t-il , que de grâces » fai k te rendre de m'avoir mis dans une posi- » tion oit je suis plus libre que tous les autres *> hommes , par cela même que je suis chargé » de fers ! Quelle est belle ma place ! quelle est » belle ma cause ! elle me permet exclusivement
» le langage de la vérité Au milieu de mes
» chaînes, ma langue est privilégiée sur toutes
1 Voyex Piècei jtutifiçatires , n° 4-
gabelles de l'incalculable . nombre: des opprimés » et des malheureux , a chacun desquels on n'a »f pu , comme a joaoi , bâtir pour demeure un » : cachot. Ik5oufltenl,asont^^^ » accablés sous la plus cuisante détresse , cour-* » bés sous le plus odieux avilissement , et pour » comble d'atrocité il ne leur est plus permis de
» se plaindre Qu'au moins , ai la patrie est
» condamnée à mourir dans tous ceux deses en- » fans qui sont dans cette affaire , il soit dit » qu'en périssant , ils n'ont point trahi , qu'ils » ont courageusement professé les maximes de
» leur mère. Je parle aux vertus, elles seu-
>> les peuvent trouver eh nous des justes : s'il » n'en était plus pour m'entendre , ah ! sans » doute, il ne resterait qu'adresser Féchafaud. »
Mais , quand Babeuf parla avec amour de la constitution de 1 79$ , quand il commença à rappeler les violences par lesquelles on lavait arrachée au peuple , les accusateurs nationaux se mirent à invectiver les accuses, et prétendirent qu'ils conspiraient encore contre le; gouvernement. , Aussitôt Babeuf fut condamné à se taire.
Buonarroti entreprit aussi de justifier cette pièce ; il dit que le corps qu'elle établissait , n'avait d'autre , objet que celui de propager les doctrines démocratiques; il soutint que, lors même que ce corps eût préparé des projets législatifs à
soumettre au peuple , dont fcft connaissait le mécontentement et dont on prévoyait l'explosion \ il n eût fait qu'un acte de prudence nullement contraire siux lois; et, se plaçant. ensuite dans l'hypothèse , que le directoire secret eut voulu provoquer le peuple a examiner la forme dugouvernement , il démontra ique cette provocation est le droit de chaque citoyen , dans toutpays régi par une constitution qui , comme celle de Tan III , reconnaît que la souveraineté réside dans runiversaKté des citoyens. >
Plus tard, Babeuf revint adroitement sur -cet objet , et moyennant quelques raénagemens préalables , il put dire tout haut : « Provoquer le ré- » veil duvéritable peuple r le régne du bonheur, » - le régne de l'égalité et de la liberté , l'àbon» v » dance pour tous , l'égalité et la liberté de tous , » le bonheur de tous, voilà, les vœux de ces » prétendus fameux insurrecteurs qu on a peints «avec des couleurs si épouvantables aux yeux » de toute la France. j>
Venant ensuite aux moyens , il fit voir que darçs la réalité y ils se réduisaient a opérer une révolution dans les opinions , un mouvement général dans les esprits , dont il croyait que les auteurs de l'acte de création s'étaient exagéré les" effets : « Car, ajouta-t-il très judicieusement, il *> est trop sensible qu'une révolution morale ,
» résultat nécessaire de la conversion du plus » grand nombre des hommes et de la renon- » ci^ion à UmtesJe^ passions qui les subjuguent, » nest point une chose dont l'exécution , par le » se*l moyen de l'apostolat des vertus , soit fa- » cile à comprendre. Depuis qu'il existe chez ^ les nations des , édaireurs 5 des hommes géné- » reux qui se consacrent à prêcher lés maximes » de la suprême raison et à indiquer la route » de la vraie justice v on n'a guère vu leurs suc- » ces , et on les a vus presque tous en être vie- » times. »
Hiit {dus; il prouva que 9 lorsque le peuple est opprimé , l'insurrection , même partielle , est juste et nécessaire; et r s'appuyant de ses raisonnemens et de l'autorité de Mably , il réfuta complètement la doctrine léthargique des accusateurs nationaux qui avaient dit : « L'insurrection n'est » légitime que lorsque c est l'universalité des » citoyens qui la fiwt. » Autant valait-il dire , jamais.
Dçux fois Babeuf fat interpellé de nommer ses coopçrateurâ > et deux fois il repoussa cette provocation avec horreur.
Il repoussa avec la même indignation ce système mensonger par lequel quelques accusés et un défenseur auraient désiré qu'on se défendît en attribuant l'idée de la conspiration a la ty-
ranoie , et e» faisant de ses agens les provocateurs des actes ^es plus dangereux pour elle. Il s'agir sait de Ifaçte in^urrecteUp au sujet duquel Ricord s'était écrié ; a Cest Grisel qui Ta fait » : «Non,» / répondit fièren&ent Babeuf , c< il ne l'a pas fait » Ce n est pas ui*§ pièce, qui doive faire rougir » sep auteur , et Grisel est un trop grand soe- » lérat pour avoir fait un! pareil acte. »
Toutes les pièces de conviction étaient présentées par les accusateurs dans l'ordre avec lequel elles avaient été réellement faites , et Les réunissant naturellement en faisceau, ils en déduisaient facilement l'histoire véritable de la conspiration.
Ce que les accusateurs réunissaient y les* accusés , enchaînés par leurs conventions au système de dénégation , s cflbrcèrewt de le séparer en rapportant les pièces qu'Us avaient écrites à des causes isolées , àde&içbrçQnétancea fortuites et % des tems diiféreWvEn analysa** ces pièces , ils ne laissèrent échapper aucune occasion . d'avouer leurs principes démocratiques , de les justifier et de démontrer que la constitution qui régissait alors la France , n'était pas celle que le peuple français s était donnée.
C'est ajnsi qu'en expliquant un projet d'adresse aux soldats , dont il était l'auteur ( Voyez pièces justificatives , n° 23) , Buonarroti dit pour-
<juoi il ^vait servi activement là révolution française ; développa , ■ malgré les interruption* àk tribunal , les raisons qu'il avait eues de défendre la constitution cte ï *)tyi ; accusa le gouvernement d usurpation et lie tyrannie , et fit l'éloge des intentions et des actes du gouvernement révolutionnaire, ce Le serment , s'écria-t-il , que ye fis » de défendre le Gode qu'un peuple ~ immense » avait unanimement sanctionné dans ses jours » 4'uhion et de gloire, n'a pu s'efface* de mon » cœur , et la foi que l'on vit des esclaves conser- » *ei* a leurs maîtres, je l'avais conservée a un >* peuple magnanime qui m'accudillit généneuse- » ment dans son sein , et m'intima, dans ses jours » de liberté ,♦ sa volonté solennelle. >> Tenutirêiponr Ce ne fat pas sans être vivement émus;
délivrer les «c- , * # . .
custfs menacés, qu une foule de citoyens de Vendôme et des en-« virons assistèrent avec empressement' aux séances de la haute-cour. Ces véhémentes attaques , souvent répétées contre le gouvernement , ces argumentations pressantes , d'où les accusateurs ne sortirent pas toujours victorieux , cette franche défense des événemens les plus populaires de la révolution , ce vif attachement aux droits et aux intérêts du peuple, ces témoins à charge qui refusaient de parler et rendaient homniage a ceux contre lesquels on les faisait paraître , ces familles dévouées , présentes au combat dont elles at-
tendaient l'issue en tremblant , avaient inspiré aux spectateurs , en faveur des accusés T un pressant intérêt qu'augmentaient tous les jours les articles d'un journal , imprimé sur les lieux, et les entretiens des habitans presque exclusivement occupés de ce qui se passait au tribunal.
À ces dispositions bienveillantes se joignit bientôt le désir de garantir les accusés les plus impliqués des dangers 4° nt on les sentait menacés. D'un côté , on fit secrètement des tentatives pour faire insurger en leur faveur une partie des soldats qui les gardaient; elles n'eurent pas de succès. De Vautre , on songea & favoriser une évasion clandestine.
A, laide de quelques outils.,- furtivement introduits dans la prison , fut ouverte , en peu de jours , par les prisonniers , une large brèche par où ceux qui avaient quelque chose à craindre , allaient se dérober à leurs bourreaux 9 lorsque la conduite inconsidérée d'un des accusés donna l'éveil et fit évanouir toute espérance de ' fuite.
Environ trente têtes furent vouées a la meurt ducou» hos*
.... , . Ule des «ceiua-
par le long discours que les accusateurs natio- teu* n«uouaa*. naux prononcèrent à la suite des débats. Les pièces saisies étaient si nombreuses et si concluantes , qu'il leur fut très facile d'établir la vérité de la dénonciation et de prouver la réalité de la
conspiration. Ils ne réussirent pas de même à démontrer qu'elle était criminelle. ; ;
Lea aceu&és avaient soutenu à plusieurs reprises que, dans l'hypothèse même qtt'il L y eût eu conspiration , il n'y avait pas eu crime , parce que la constitution contré laquelle elle paraissait dirigée , étant siibyersire de la souveraineté du peuple j et n'ayant pais été acceptée par lui, n'était pas la toi véritable. Âcepokitïùâjeûr et décisif les accusateurs ne répondirent rien> et , se retranchant dans le fait, ils prétendirent écarter toute discussion sur la droiture des intentions. Laissait de côté l'objection la plus grave, ils s'amusèrent à combattre celles qui leur parurent les plus faibles , et visèrent surtout a effràyét lëâ aines craintives par la peinturé exagérée des rtioyens d'exécution , par l'exposition calomiiieufce des ifc+ tentions des accusés , et par le tableau fantastique de* conséquence^ faussement déduites de leurs projets. Rieii , en effet , ne parût plus ex-* travagant que cette conclusion où Ton affirmait , d'un ton doctoral , que ,~de la pratique de la souveraineté populaire et de l'égalité , devaient nécessairement jaillir la dévastation , la dépopulation et la désolation ie la France , et par suite , de fil m aiguille , le retaur d'un roi.
H serait aussi mutile que fastidieux de rapporter minutieusement les explications forcées , don-
accuses.
nées par tes accuses, aux pièces qu'on leur opposait, les dénégations par lesquelles ils repoussèrent les allégations du dénonciateur et les légères contradictions dans lesquelles celui-ci tomba, par défaut de mémoire , ou par l'envie de paraître plus prévoyant et plus rusé qu'il ne l'avait été en effet.
La dénonciation était vraie dans son ensemble, la conspiration avait été réelle, et les principaux accusés n'en nièrent l'existence que par un pieux mensonge , dont ils ne se promettaient aucun succes , et dont ils rougissaient dans leur cœur/
Mais ce qui ne doit pas être passé sous silence , Réponse» des c'est la partie de leur défense générale dans laquelle furent discutés les principes du droit pu-* bKc des Français ; la révolution y fut justifiée dans sa plus grande tendance a l'égalité et à là souveraineté du peuple , et nous allons en donner un court résumé , pour faire connaître les sfehtimens dans lesquels ces accusés persévérèrent ju£qu'au dernier moment.
Dans te système des accusateurs et du tribunal , les jurés devaient se borner à exarfrine* s'ily avait eu réelieiftent offense à la constitution de l'an III j dont ils prétendaient empêcher les accusés de discuter la légitimité.
Cependant , les plus impliqués d'entre eux ne persistèrent pas moins à développer et à justifier
les principes qu'ils avaient professes avec tant de chaleur , parce qu'ils les croyaient *rais et cbn* formes au bien-être de tous ; ils ne voyaient que là leurs véritables moyens de défense aux yeux du peuple et des jurés populaires.!
A P p«i «m pa- D'abord, ils s adressèrent h. la vertu dès jurés,
Iriolûme des ja- n ■■, , .«-■ 11 11 .•
rés. afin d éveiller dans leurs âmes un noble senti-
ment d'indépendance ; ils essayèrent de lés convainpe que la sublimité de leur cession leur imposait le devoir de remonter à la source de* choses , de s'élever ^tu-dessus de la constitution de Fan III , de soumettre l'origine et ^'essence de celle-ci à un rigoureux examen , et de prendre pouç guides de leurs décisions les vrais droits du peuple et .non les prétentions de l'autorité existante qui , en réalité , n'avait pas été créée par lui.
a . Il n'en est pas , » disait un accusé , « de cette afjEaire comme des procédures ordinaires. La puissance des accusateurs , la faiblesse et l'obscurité des accusés doivent appeler l'attention scrupuleuse des hauts- jures sur des considérations étrangères k la marche habituelle des tribunaux. Ce ne sera pas envain , citoyens , que les opprimés réclameront devait vous contre la cruauté de leurs oppresseurs. Ce* ne sera pas envain que le saint, enthousiasme de la liberté réclamera auprès de vousrespect et jus.
» tice pour les principes sacrés auxquels nous » dûmes la destruction des privilèges , la chute » du trône et les progrès de la raison publique
» vers légalité des droits Le peuple vous
» chargea de reconnaître le bien et non dadap- » ter les formules sèches de la jurisprudence aux » plans de l'ambition et de l'ineptie..... Repré- » sentans du peuple ! soyez lui-même ;• il. faut » avoir son cœur pour exprimer sa volonté. »
Avant d'entreprendre de démontrer que la véritable loi des Français était la constitution de 1793 , et que celle de l'an III n'était qu'un acte de spoliation et de violence , les accusés s'attachèrent a repousser l'horreur dont les accusa* teurs nationaux s'étaient efforcés d'entourer la loi démocratique et ceux qui lui demeuraient fidèles, par la peinture exagérée de la sévérité du gouvernement révolutionnaire avec lequel ils feignaient de la confondre.
« Vous rappelez toujours , » dirent les accu- ^^JJJJJJj; ses , « les mesures de 1 793 ; mais vous passez sous ™on^r£ oUl " » silence ce qui précéda la malheureuse néces- » site qui les fit employer . Vous oubliez de rappe- » 1er à la France les innombrables trahisons qui » firent périr des milliers de citoyens ; vous ou- » bliez de lui parler des progrès effrayans de la » guerre de la Vendée , de la livraison de nos » places frontières , de la défection de Dumou-
» riez et de la protection révoltante qu'il trouva
» jusqu'au sein de la convention nationale ; vous
» oubliez de «appeler les cruautés inouïes , par
» lesquelles les féroces Vendéens déchiraient
» par lambeaux , et fanaient expirer au milieu
» des tourmens les plus raffinés , les défenseurs
» de la patrie et tous ceux qui gardaient quel*
» que attachement à la république. Si tous évo-
» quez les mânes des victimes dune déplorable
» sévérité , amenée par les dangers toujours
» croissans dé la patrie, nous exhumerons les
d cadavres des Français égorgés par les contre-
» révolutionnaires à Montatfban ; . a Nancy , au
» Champ-de-Mars , dans la Vendée , à Lyon ,
» à Marseille v a Toulon ; nous éveillerons les
» ombres d'un «million de républicains , moisson*
» nés aux frontières par les partisans de la ty-
» ratoie , conspirant sans cesse pour elle , au
» sein même de la France , nous mettrons en ba*
» lance lé sang que vos amis ont fait couler , par
)> leurs froids calculs, avec celui que les patriotes
» ont versé à regret dam l'emportement de la
» défense , et dans l'exaltation de l'amour de la
» liberté Est-ce nous ou la liberté que les
» accusateurs nationaux se sont chargés de pour-
y> suivre,? Leur acharnement ne nous sera
*> pas inutile 7 et les hauts- jurés démêleront ,
»- sans -doute , dans la partialité de leurs ta-
» bleaux et dans l'affectation avec laquelle ils dé" )> na turent l'histoire , et entassent sur la tête des » accuses des faits qui leur sont étrangers , » cette haine secrète que les ennemis de la repu* » blique , plus adroits que nous , ont vouée à » ses intrépides et trop confians amis. »
S'être concertes , dans le dessein de renverser la constitution de Fan III pour lui substituer celle de 1793 , et dans celui de porter atteinte aux propriétés par rétablissement de la communauté des biens , étaient les deux grands chefs d'accusation dont les accusés avaient à se défendre.
« Assurément , dirent-ils , nous aimons la cons- » titution de 1 793 ; nous l'aimons parce qu'elle >> garantit au peuple le droit inaliénable de dé- » libérer sur les lois ; nous l'aimons parce qu'elle » fut solennellement acceptée presque à l'upani- >> mité par le peuple français. »
« Assurément * aioutaient-ils , nous considé- &o g e de u
' * m m 7 m cons titution de
» rons encore cette constitution comme la vérita- «793. » ble loi fondamentale de la France, parce que » celle de l'an III a dépouillé le peuple du droit » effectif de souveraineté , et parce qu'il est faux » que le même peuple l'ait acceptée. »
Les raisons et les calculs par lesquels les accusés démpntr aient la vérité de leurs assertions , étaient si convaincants , qu'après une longue argumentation de part et d'autre, l'accusateur
Viellart s'avoua vaincu en prononçant ces mots : Au surplus, j'obéis. têt accnstft « Veut-on , poursuiTaient les accusés , que
•ouliennent la ? r *
légiumittf dé îa » nous ayons appelé l'attention du peuple sur
conspiration. J * * * *
» cette étrange infraction de ses droits ? En cela ; » nous n'avons fait qu'user du droit de parler et » d'écrire que la constitution de Fan III garantit » à tous les Français.
» Prétend-on de plus que nous nous soyons
» concertés pour rétablir de gré ou de force la
» constitution de 1793, que nous regardons
» comme sacrée , comme la sauvegarde de la li-
t » berté publique? D'abord , ce concert que nous
» nions n'est pas prouvé, et l'absence des moyens
» d'exécution suffit seule pour écarter tout soup-
» çon de conspiration dangereuse et criminelle.
» Mais eussions-nous réellement conspiré a l'ef-
» fet de rétablir la constitution de 1 793 , nous
» n'aurions fait que suivre les mouvemens d'une
» conscience pure , nous n'aurions fait qu'obéir
)> à la loi véritable , nous n'aurions fait que ce
» que tout vrai citoyen doit faire , nous n'au-
» rions fait qu'accomplir le serment d'être fidè-
» les à la liberté , a la souveraineté du peuple et
» a la république. »
* Tandis que les accusateurs et le tribunal prétendaient que les jurés devaient se borner a examiner si on avait voulu attenter à la constitution de
Fan III , les accusés représentaient que , si on voulait k tout prix qu'ils eussent conspiré, leur conspiration n'était pas un crime , parce que l'autorité contre laquelle elle paraissait dirigée, n'ayant pas été agréée par le peuple , n'était pas légitime. Ce fut sur ce défaut de légitimité que les accusés appelèrent positivement la délibération du jury.
Quant au dessein d'établir la communauté des commonauu
v des biens dcfen
biens , il ne fut pas nécessaire aux accusés de le due p* r Babeuf discuter longuement , parce que les écrits qui renfermaient les plans successifs de législation n'ayant pas été saisis, et rien de semblable n'ayant été proposé devant le dénonciateur , cette partie de l'accusation était faiblement établie. Cependant, Babeuf qui avait fait souvent de celte communauté le sujet de son Tribun du Peuple , ne négligea pas d'en parler ; il exposa ses opinions démocratiques sur cette matière, etles justifia par le raisonnement , par le tableau des maux inévitables qui affligent la société , et par d'imposantes autorités. La propriété , dit-il , est sur la terre + la cause de tous les maux.
« Par la prédication de cette doctrine , proclamée depuis long-temps par les sages , j'ai voulu rattacher à la république le peuple de Paris , fatigué de révolutions , découragé par les malheurs, et presque royalisé par les menées des ennemis de la liberté. »
(54 ) përoraison <u Babeuf termina ainsi sa longue défense : « Si la
Babeuf. «
» hache menace ma tête , les licteurs me trouve- » ront tout prêt ; il est glorieux de mourir pour » lacausedelavertu... La décision des jurés varé- » soudre ce problême :1a France restera-t-elle une » république l , ou sera-t-elie la proie des brigands » q^ii la démembreront , et redeviendra-t-elie » une monarchie P. . ; . Citoyens jurés , condamne- » rez-vous des hommes que lamour de la justice a » seul conduits ? Voulez-vous accélérer la contre- » révolution et précipiter la chute des patriotes » sous les poignards des royalistes triomphans ?. . . » Cependant, si notre mort est résolue , si laclo- » che fatale a sonné pour moi, il y a long-temps » que je suis résigné. Constamment victime dans » cette longue révolution , je suis familiarisé avec » les supplices. La roche tarpéienne est tou- » jours présente à mes yeux , et Gracchus » Babeuf est trop heureux de mourir pour son » pays. Eh! tout bien considéré , que manqtte-t- » il à ma consolation ? puis-je jamais attendre de » finir ma carrière dans un plus beau moment
» de gloire ? J'aurai éprouvé , avant ma mort,
» des sensations qui ont accompagné rarement » celle des hommes qui se sont sacrifiés pour
» Thumanité la puissance qui fut bien forte
» pour nous opprimer long -temps, ne le fut
1 Quatre ans après , il n'en restait plus vestige.
» guères powr. rtouê diffamer. Nous rimes la vé-
» rite jaillir 4t tous les pinceaux pour buri-
r> ner , de* notre virant , les faits qui nous hono-
» rent et feront éternellement la honte de nos
» persécuteurs. L'histoire gravera nos noms en
x> traits honorables. Quels sont aussi ces hommes
» au malien desquels je suis traité comme cou-
» pable? C'est Drouet, c'est Lepelletier !
x> O noms chevs à la république !..... Voila donc
» mes complices !. ... Amis , irons qui m'entourez
i> de plus près sur ces gradins , qui êtes vous en-
» core ?...., je vous reconnais : vous êtes, presque
» tous, des fondateurs, des fermes soutiens de
» cette république ; si Ion voœ condamne , si
» Ton me condamne , ah ! je le vois , nous som-
» mes les derniers des Français , nous sommes les
y> derniers des énergiques républicains laf-
» freuse terreur royale va partout promener ses
» poignards ! . . . Ne vaut-il pas mieux emporter lai
» gloire de n'avoir pas survécu, p la servitude,
» d être morts pour avoir voulu en préserver nos
» concitoyens F. . . O mes enfans (des larmes coulè-
» rent de sesyeux) je n'ai qu'ira regret bien amer
» à vous exprimer : c'est qu'ayant désiré forte-
» ment de concourir a vous léguer la liberté ,
» source de tous les biens , je vois après moi l'es-
» clavage, et je vous laisse en proie a tous les
» maux. Je n'ai rien du tout à vous léguer !!! je
» ne voudrais pas. même vous léguer mes ver- » tus civiques , ma haine profonde contré la ty- » rannie , mon ardent dévoûment à la cause de » légalité et de la liberté , mon vif amour pour » le peuple : je vous ferais un trop funeste pré- )> sent. Qu'en feriez- vous sous l'oppression royale » qui va infailliblement s'établir? Je vous laisse » esclaves , et cette pensée est la seule qui déchi- » rera mon ame dans mes derniers inslans. Je » devrais dans ce cas , vous donner des avis sur » les moyens de supporter plus, patiemment yos » fers et je sens que je n'en suis point capable. » Questions «or Aux premières questions qui furent soumises à la délibération des jurés et qui ne portaient que sur la réalité de h conspiration et sur la participation que chaque accusé y avait eue , le tribunal , à la requête du chef du jury , en ajouta d autres touchantles provocations écrites ou verbales au rétablissement de la constitution de 1793. Cette addition produisit dans le titre de l'accusation un changement d'autant plus illégal qu'il soumit tout à coup à l'examen des jurés les écrits sur lesquels il n'avait jamais été permis aux parties de s expliquer *. Les plaintes que firent ace
1 Un jugement du tribunal criminel de la Seine a solennellement reconnu depuis , que les questions relatives aux provocations dont il s'agit, furent posées par la haute-cour en contravention à la loi.
sujet quelques accusés, soutenus en cela par l'avis des accusateurs nationaux, ne furent pas écoutées.
Les accusés s'élevèrent vivement, mais pas avec Un 2onnèî!ê. in " plus de succès , contre la manière dont fut posée la question intentionnelle et dans laquelle ils virent la preuve d'une haineuse partialité. La loi ordonnait sous peine de nullité qu'en toute circonstance le juré , après avoir déclaré le fait constant et l'accusé convaincu , ajoutât : « Il me paraît ou » il ne me paraît pas avoir commis tel fait mé- » chamment et à dessein. » C'était surtout sur le maintien de l'adverbe méchamment <ja insistaient les accusés , parce qu'ils y voyaient une invitation faite au jury , d'examiner la légitimité des motifs par lesquels ils avaient justifié hypothétiquement la conspiration.
Ce fut au sujet de la question intentionnelle que les accusés s'exprimèrent ainsi en s adressant aux jurés * « Descendez dans votre cœur , » vous y trouverez une voix sourde qui vous » crie: ces hommes enfin ne rêvaient qu'au bon-
» heur de leurs semblables La révolution
» ne fut pas pour tous un jeu d'intérêt person- » nel. Pénétrez-vous bien, citoyens /qu'il y eut » des hommes qui la regardèrent comme un évé- » nement important pour l'humanité ; soyez » bien convaincus qu'elle devint pour eux une » religion nouvelle à laquelle ils surent par un
» abandon absolu sacrifier les convenances , les » biens , le repos et la vie...... Frapper un ami
v » de la liberté , c'est tendre la main aux rois
*> Yens jugez la liberté : elle fut Seconde en » martyrs et en vengeurs de leur mémoire. Elle » expire , la liberté , quand on étouffe les pas- » sions généreuses , quand on présente aux » hommes qu'elle eniamme les têtes sanglantes » de ceux qui se dévouèrent pour elle...... Les
» accusateurs ont prétendu que nos argimens » fussent-ils vrais , les jurés ne pourraient pas d s'arrêter au* motifs qui ont pu déterminer les » accusés, ni voir dans leurs intentions autre » chose que l'intention de renverser la consti- » tutionde 1795. Si on admet cette étrange pré- » tention , il n'y a plus en France ni institution » des jurés , ni patrie. D'abord ce n'est pas sur » le renversement, de la constitution actuelle , » mais sdr celui dé l'autorité légitime , qu'il » faudrait porter l'attention des jurés ; car pour- » râient-ils déclarer coupable celui* qui tout en » agissant contre le gouvernement actuel aurait » fermement cm agir en faveur de la vérita- » bte loi ? À quoi se réduirait alors ce senti - » ment intérieur du bien ou du mal qui rend si » précieuse pour les âmes pures, l'institution » des jurés ? À quoi se réduirait le soin que la » loi a pris de concilier par les questions sur
» l'intention et sur l'excuse les contradictions » si fréquentes entre les préceptes de la loi nan turelle et ceux des lois positives? À quoi se *é- » duirait la loi sùprème de l'intérêt du peuple • » qui ordonne à ses mandataires de compter » pour principale circonstance dans le cœur des » accusés l'amour de la patrie et le dévouement » pour elle? *>
Quelques jurés se joignirent aux accusés pour demander que les questions sur l'intention fussent posées selon la formule prescrite par la loi ; ce fut en vain. La haute cour persistant dans son système , restreignit ces questions k ces termes ! ce l'acccusé a-t-ii conspiré ou provoqué dans Fin- » tention de conspirer ou de provoquer ? » Ainsi fut interdit tout examen concernant la moralité.
Il y avait seize jurés ; quatre suffisaient pour . iMehnowi du absoudre ; trois seulement furent constamment favorables aux accusés. Gauthier Biauzat que nous nommons , parce que nous savons qu'il a cessé de vivre, était au nombre de ceux-ci; il demeura
fidèle au peuple et il ne tint pas à lui que personne ne fut condamné.
Cependant toutes les questions relatives à la conspiration furent résolues négativement. Mais il fut malheureusement reconnu par treize jurés qu 1 il y avait eu des provocations verbales et écrites au rétablissement de la constitution de 1 793 ,
et que Babeuf, Darthé , Buonarroti , Germain , Cazin , Moroy , Blondeau , Menessier et Bouin y avaient participé ; les deux premiers sans circons- • tances atténuantes , tous les autres avec ces circonstances.
Dès l'aurore du 7 prairial de Tan V , le roulement des tambours , le bruit de l'artillerie et le mouvement extraordinaire des troupes firent pressentir aux habitans de Vendôme le triste dénouement du drame dont ils avaient été spectateurs. condamnation. Tout annonçait aux sept accusés ci-dessus qui étaient présens , leur fin prochaine; ils parurent pour la dernière fois devant le tribunal qu'entourait un morne silence ; un peuple nombreux et inquiet remplissait la salle dont toutes les avenues étaient gardées avec un grand appareil militaire.
À la déclaration fatale , prononcée d'une voix émue par le chef du jury , succéda de la part des accusateurs la demande de la mort de deux accusés et de la déportation de tous les autres.
Une dernière tentative fut faite : un de ceux-ci aidé d'un défenseur somma le tribunal de prononcer l'acquittement général sur le motif que la loi du 27 germinal de l'an IV , dont les accusateurs nationaux venaient de requérir l'application , étant prohibitive de la liberté de la presse ,
avait cessé d'être en vigueur , en vertu cftin article de la constitution portant que toute loi de ce genre n'aurait d effet que pendant un an au plus.
Le tribunal n'y fit aucune attention ; il dit à Babeuf et à Darthé ; Mourez , et aux sept autres : Allez traîner une vie malheureuse loin de la patrie dans des climats brtUans et meurtriers.
A l'instant un grand tumulte se fait entendre ; J^^^Z Babeuf et Darthé se frappent ; on crie de toute TttmttUe part on les assassine ; Buonarroti proteste et en appelé au peuple ; les spectateurs font un mouvement que cent bayonnettes tournées contre eux répriment aussitôt ; les gendarmes saisissent les déportés , les menacent de leurs sabres et les entraînent avec leurs compagnons mour ans hors de la vue du public.
Mais la faiblesse de leurs poignards qui se cassèrent ne permit pas aux deux condamnés à mort de s'ôter la vie. Ils passèrent une nuit cruelle dans les souffrances que leur causaient les blessures qu'ils s'étaient faites ; le fer était resté enfoncé près du cœur dans celle de Babeuf.
Leur courage ne se démentit point , et forts de | ^ cuUoD,an ' leur conscience ils marchèrent au supplice comme à un triomphe. Près de recevoir le coup fatal , Babeuf parla de son amour pour le peuple auquel il recommanda sa famille.
Un deuil général couvrit Vendôme au mo-
ment où perdirent la vie ces généreux défenseur s de légalité ; leurs corps mutilés que des barbares avaient fait jeter à la voirie , forent pieusement ensevelis par les cultivateur* des environs. vodier. Cinquante six accusés furent acquittés ; de ce nombre était Vadier ancien membre de la convention, à l'égard duquel la haute-cour prit une mesuré dont il est bon de relever l'injustice évidente. Ce malheureux vieillard , qui , par l'intégrité avec laquelle il avait rempli , av^nt le fu* neste thermidor, les fonctions difficiles de président du comité de sûreté générale , s'était attiré la haine aveugle des ennemis de la révolution et de la justice , venait à peine d'échapper à une sanglante proscription , lorsqu'on saisit un nouveau prétexte pour l'y replonger. Quoiqu'il n'eut eu aucune connaissance de la conspiration et qu'aucun soupçon ne s'élevât contre lui , il fut arrêté , traîné a travers mille dangers de Toulouse à Paris, mis en accusation et traduit à Vendôme.
Dans le cours des débats , il essaya en vain de justifier sa conduite publique , la parole lui futôtée. Cependant force fut de l'acquitter ; mais , tout en • l'acquittant , on ordonna que sa détention continuait , attendu, tel fut le motif allégué , qu'il existait un décret de la convention qui le déportait. Le croira-t-on ? Ce décret avait été révoqué e( n existait plus. Et ce fut par une erreur de fait
si facile a vérifier que des membres du premier tribunal de la république , auxquels une loi avait attribué le don de l'infaillibilité , infligèrent arbitrairement et sans interroger là dessus la partie intéressée , une peine très grave qui dura longtemps et eût été perpétuelle , si le grand crime du 18 brumaire n'y avait pas mis un terme.
Peu de temps après , les cinq déportés présens { G * n jj?f l ' *£ furent jetés avec Vadier dans le fort construit <*««dnt-LA. sur File pelée à l'entrée de la rade de Cherbourg. Us parcoururent cette longue route enchaînés et enfermés dans des cages grillées , tantôt exposés aux injures et aux menaces , tantôt recevant les plus touchantes marques d'affection et de respect. AFalaise , k Caen et à Valogne , ils coururent d'imminens dangers , mais ils furent accueillis avec amitié et honorés au Mellereau , à Argentan et à Saint-Lo. Dans cette dernière ville , le maire à la tête du corps municipal les complimenta et les embrassa en les appelant nos frères malheureux. Vous avez défendu, dît-il, les droits du peuple, tout bon citoyen vous doit amour et reconnaissance. Par arrêté du conseil général , ils furent logés dans la salle de ses séances où les secours et les consolations leur furent prodigués.
Pendant long-temps les bons habitans de Ven- B<mu de» ven. dome montrèrent avec attendrissement aux voyageurs la dernière demeure des martyrs de l'égalité.