‹ Conspiration pour l'égalité dite de Babeuf (volume 2)Chapitre 3 sur 34 · G. BABEUF , AU DIRECTOIRE EXÉCUTIF · texte numérisé non relu

G. BABEUF , AU DIRECTOIRE EXÉCUTIF

Lettre de B a - « Regarderiez-vous au-dessous de vous , citoyens

beuf au direc- ' i» * ■ ' 1 . • . • i

toire. directeurs, de traiter avec moi comme de puis-

sance à puissance ? Vous avez vu a présent de quelle vaste confiance je suis le centre ! vous avez vu que mon parti peut bien balancer le vôtre ! vous avez vu quelles immenses ramifications y tiennent ! j'en suis plus que convaincu , cet apperçu vous a fait trembler.

» Est-il de votre intérêt , est-il de lïnte'rêt de la patrie de donner de 1 éclat à la conjuration que

vops a vea découverte? je ne le pense pas. Je motiverai commenl moft opinion ne peut êttè suspecte: i » Qu'arriverait-il , si cette affaire paraisait au grand jour? que j'y jouerais le* plus glorieux dé tous les rôles ; j'y démontrerais avec toute là grandeur damé , aveeTénëfrgie «Jtfevotts me<x>n-? naisses, la sainteté de la conspiration dont jç rixi jamais mé (Féére memhrè:$^\àxft dé cette repte lâche et frayée des dénégations dont le commun des accusés se serl pour parvenir^ se justi* fier, j'oserais développer les grands principes, et plaider les droits éternel» du peuple avec tout l'avantage que dpnne l'intime, pénétration de lte beauté de ce $ujet ; j'oserais , dis- je, démontrer que ce procès ne serait pas celui de la justice , mais celui du fort <x>ntre le faible , des oppresseurs contre tes opprimés et leur» magnanimes défenseurs. On pourrait tae condamner a la déportation , à la mort ; mais mon jugement serait aussitôt réputé -prononcé par le crime puissant contre la vertu faible ; mon éehafeud figurerait glorieusement a côté de eehri de Bamevelt et de Sidney. Veut-on, efcdès le leiidemainde mon supplice , me préparer des autels auprès de ceux où l'on révère aujourd'hui comme d'illustres martyrs , les Robespierre et les Gùujcn? ce n'est point-la la wié qui assure les gouvernemens et les gouvernans.

» Vous avez vu , citoyens directeurs , que vous ne tenez rien lorsque je suis sous votre main ; je ne suis pas toute la conspiration , il s en faut bien : je ne suis même qu'un simple point de la longue chaîne dont elle se compose. Vous avez à redouter toutes les autres parties autant que la mienne : cependant vous avez la preuve de tout l'intérêt qu'elles prennent à moi; vous les frapperiez toutes en me frappant , et vous les irriteriez.

» Vous irriteriez, dis- je , toute la démocratie de la république française ; et vous savez encore que ce n'est pas si peu de chose que vous aviez pu d'abord l'imaginer : reconnaissez que ce n'est pas seulement à Paris qu'elle existe fortement ; voyez qu'il n'est pas un point des départemens oii elle ne soit puissante. Vous la jugeriez bien mieux , si vos captureurs avaient saisi la grande correspondance qui a mis à portée dé former des nomenclatures dont vous n'avez aperçu que quelques fragmens. On a eu beau vouloir comprimer le feu sacré ; il brûle , et il brûlera ; plus il parait dans certains instans anéanti , phis sa flamme menace de se réveiller subitement forte et explosive*

» Entrepr endriez-vous de vous délivrer en total de cette vaste secte sans-culottide qui n'a pas encore voulu se déclarer vaincue P II faudrait d'à-

bord en supposer la possibilité ; mais où vous trouveriez-vous ensuite ? vous n'êtes pas tout-àfait dans la même position que celui qui déporta , après la mort de Cromwel , quelques mil J liers de républicains anglais. Charles II était roi, et quoiqu'on en ait dit, vous ne l'êtes pas encore; vous avez besoin d x un parti pour vous soutenir; et y âtez celui des patriotes , vous êtes exclusivement vis-à-vis du royalisme. Que de chemin croyez-vous qu'il vous ferait voir, si vous étiez seuls contre lui ?

» Mais , direz-vous , les patriotes nous sont aussi dangereux que les royalistes, et peut-être plus. Vous vous trompez ; remarquez bien le caractère de l'entreprise des patriotes, vous n'y distingue-' r ez pas qu'ils voulaient votre ment , et c*est une calomnie de l'avoir fait publier. Moi , je puis vous dire qu'ils ne la voulaient pas ; ils voulaient marcher par d'autres voies que celles de Robespierre^ ils ne voulaient point de sang ; ils voulaient vous forcer à confesser vous-mêmes que vous avez fait du pouvoir un usage oppressif, que vous en avez écarté toutes les formes et les sauve-gardes populaires , et ils voulaient vous le reprendre : ils n'en seraient point venus là, si, comme vous aviez semblé le promettre après vendémiaire, vous vous étiez mis en mesuré de gouverner populairement. '

», Mpi-mème , ppr mes premiers numéros , je vous, en avais voulu ouvrir la porte : j'avais dit comment j'entendais que vous auriez pu vous couvrir des bénédictions du peuple : j'avais expliqué commentai iûe paraissait possible que vous fissiez disparaître tout ce que le caractère constitutionnel de votre gouvernement offre de contraste avec les véritables principes républicains.

» Eh bien ! il en est temps encore : la tournure de ce dernier événement peut devenir profitable et salvatrice pour vous-mêmes et pour la chose publique. Dédaigneriez-vous mon avis et mes conclusions, qui sont que l'intérêt de la patrie et le vôtre consistent à ne point don* ner de célébrité à l'affaire présente ? J'ai cru apercevoir que c'est aussi déjà votre avis de la traiter politiquement : il me semble que vous ferez bien. Ne croyez pas intéressée la démarche que je fais : la manière franche et neuve dont je ne cesse de me déclarer coupable dans le sens que vous. m'accusez , vous fait voir que je n'agis point par faiblesse : la mort ou l'exil seraient pour moi le chemin de rimaàor tab té 7 et j'y marcherai avec un zèle héroïque et religieux: mais ma proscription , mak celle de totifc les démocrates ne vous avanceraient point et n'assureraient pas le salut de la république. J'ai réfl&hi

qu'au bout du compte vous ne fûtes pourtant pas - constamment les ennemis de dette république ; tous fûtes naéme évidemment «répubèi^ eains de bonne foi t pourquoi) ne le seriez-vous pas encore p pourquoi ne croirait -cm pas que vous v qui elfes hommes , ne vous serfei pas temporairement égarés comme d'autre partfe*fet assez inévitable d'exaspérations' différentes des notre* y dam lesquelles 1er tàréoii5tiiïfe& vous out jetés ? pourquoi enfin ne revientdrions- nous pas tous de notre état extréttie, et n'embrasserions -nous pas un ternie ralstmnable? Les patriotes 7 la masse du peupleront le cœur tdoeré; feut-il le ku* ddckk$r ^frcore plus ? qu'en serait le dernier résultât ? né mériteraient-ils pas Heu , ces patriotes , au lifcft qu'on aggrave leurs blessures , qu'on Songe tqtèh à les guérir? Vous aurez , quand il *vou» plaira ', l'initiative du bien, parce qu'en vous réside toute la force de l'administration publique. Citoyens < directeurs i gouvernes populairement ; voilà tout ce que ces mêmes patriotes vous ôëmandent. Eïi paiiant ainsi pouf eux , je suiâti&r qu'ils n'intert^mproAt point ma voix ; je suie sur de netre pas par eut démenti. Je ne Vois qu'un parti sage à prendre : déclarez qu'il n'y a poitit eu de conspiration série=U9e. Cinq hommes, en se montrant grands et généreux , peuvent at*-

jourd'hui sauver la patrie. Je vous réponds encore que les patriotes vous couvriront de leurs corps , et vous n aurez plus besoin d'armées entières pour vous défendre. Les patriotes ne vous baissent pas , ils n'ont haï que vos actes impopulaires ; je vous donnerai aussi alors , pour mon propre compte , une garantie aussi étendue que - lest ma franchise perpétuelle. Vous savez quelle mesure d'influence j'ai sur cette classe d'hommes, je veux dire les patriotes: je l'emploierai à les convaincre que si vous êtes peuple , ils doivent ne faire qu'un avec vous.

* » Il ne serait pas si malheureux que l'effet de cette simple lettre fut de pacifier: l'intérieur de la France. En prévenant l'éclat de l'affaire dont elle est le sujet, ne préviendrait -on pas en même temps ce qui s'opposerait au calme de

l'Europe? » ;

Signé G. Babeuf,

Aveuglement Depuis long-temps il était évident, etla découmenf.° uvenie verte de la conspiration venait d'en fournir de nouvelles preuves , que la proscription des doctrines démocratiques avait causé une grande division parmi les anciens amis de la révolution , et qu'elle éteignait de plus en plus le zèle d? peuple pour la défendre.

Cet état de choses, augmentant les chances favorables au parti royaliste soutenu par l'étranger,

aurait dû , ce semble , tempérer la fierté des chefs de la nouvelle aristocratie, et les amener a adopter des modifications législatives qui , en leur rattachant les démocrates et par eux le peuple, eussent épargné a la république les luttes qui lui furent si funestes, et a eux-mêmes les malheurs dont ils ont été enfin atteints. C'était là ce que proposait Babeuf, autant dans la vue d'épargner ses amis que dans celle de rendre a l'esprit républicain la vigueur qui s'évanouissait. Mais l'orgueil effrayé peut-il écouter les conseils de la prudence ? Le nouveau gouvernement ferma les yeux , et, dédaignant de faire sagement en arrière un pas qui lui eût gagné l'affection du peuple qu'il n'eut jamais, il se livra imprudemment à une fureur aveugle, et la poussa jusqu'à prêter, en dépit du bon sens et de l'opinion, les intentions du royalisme aux citoyens que le royalisme abhorrait , et à proscrire en eux les seuls hommes de qui la république pouvait raisonnablement attendre un véritable et nécessaire dévouement.

Les révolutionnaires aristocrates ne songèrent qu'à profiter momentanément de la victoire qu'ils devaient à une infâme trahison , pour écraser le parti qui condamnait leur usurpation. Drouet fut mis en accusation et renvoyé par devant la hautecour de justice dont on fixa? le siège à Vendôme.

Nul, disait la constitution de l'an III , ne peut eu vioice.

( io )

être distrait de$ju(fes que la loi lui assigne par aucune conumssiovi ou par d'autres attribution* que Celles qui sont déterminées par une loi antérieure. Néanmoins une loi postérieure à la découverte de la conspiration décida que le député en* traînerait des coaccusés devant la haute-cour qui n était pas le tribunal que la loi leur avait assigné. Il y « , disait encore la même constitution, pour toute la république un tribunal de cassation quipronbnce sur les jugemens rendus en dernier ressort par tous les tribunaux. Cependant la loi susdite ordonna que les jugçmeasde la hautenûonr, qui était bien un tribunal > ne seraient pas sujets à cassation. '

. Ces dispositions contraires à la lettre de la constitution furent attribuées par les consors deDrouet à la crainte qu'eut le gouvernement d'un débat public sous les yeux du peuple de Paris, et considérées par eux comme les effets de cette animosité qui éclata pendant la discussion, et fit dire à un législateur furieux : il rijr faut pas tant prendre garde pour des factieux, et a un autre non moins passionné : il faudrait trop de tems si on coulait procéder contre de& factieux avec toutes les formes.

Accusais. Cinquante-neuf citoyens, sur lesquels dix-sept étaient contumaces, furent mis en accusation a Paris; beaucoup avec une légèreté inexcusable. En

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