‹ Conspiration pour l'égalité dite de Babeuf (volume 3)Chapitre 10 sur 46 · L.?8isiation de 'fôut eu méditant le renversement de la ty · texte numérisé non relu

L.?8isiation de 'fôut eu méditant le renversement de la ty

l'égalilé et lois . - . , , . . . / i •>

intermédiaires, ramiie , le comite n avait jamais cesse de s occuper de la législation définitive de 1 égalité , et de celle par laquelle on comptait y parvenir graduellement. A cette importante branche de ses travaux se rapportaient les mémoires et les projets qui , au moment où Ton saisit une partie des papiers de la conspiration, étaient auprès d'un membre du comité , dans un lieu que la police ne sut pas découvrir ; malheureusement ces pièces furent presque toutes détruites , par un effet de la terreur qui s'empara des esprits , et je n'ai pu me procurer que quelques fragmens cjui étaient déposés ailleurs. A l'aide de ces débris, et des souvenirs que plusieurs personnes ont conservés des faits et des discussions dont elles furent témoins, je tâcherai de donner vme idée approximative , mais aussi exacte qu'il me sera possible , du but et des intentions des conjurés. J'exposerai d'abord la forme civile et politique a laquelle ils désiraient amener graduellement les Français; je rapporterai ensuite quelques-unes des institutions transitoires , par lesquelles ils comptaient les y préparer et les y conduire.

La propriété Du décrct quc le comité insurrecteur voulait

de tous les biens ^^ 1 ii-rv.i.i^i

estime: elle ap- demander au peuple de Pans , devait découler

un nouvel ordre social ' . D'abord on y reconnais- pai ueni au peusait implicitement que la propriété individuelle, ^ loin d émaner de la loi naturelle , est une invention de la loi civile , et peut être, comme elle , modifiée ou abolie ; ensuite on y posait en principe , que la propriété de tous les biens renfermés dans le territoire national est une , et appartient inaliénablement au peuple , qui seul a le droit d'en répartir l'usage et l'usufruit.

Assurément la proclamation de ces vérités eut été très-agréable a la multitude , dont les souffrances et l'asservissement sont,depuis long-temps, les suites inévitables du système contraire ; cependant, elle n'eut été qu'une cruelle dérision, si on n'avait pas travaillé assiduement a en faire résulter des conséquences pratiques utiles à l'humanité.

Ëtant reconnu que le droit de régler, pour l'utilité commune, la distribution des biens et des travaux qui les produisent, appartient a la société, et que , de l'inégalité de cette distribution , découlent , comme d'une source intarissable , tous les maux qui pèsent sur les nations , il s'ensuit que la société doit pourvoira ce que cette inégalité soit détruite sans retour.

Il reste alors a décider si le remède à ces maux doit être cherché dans des modifications du

' Voyez ci-dcs5us page iS;.

droit de propriété , ou dans son entière abolition. On a vu dans le cours de cet ouvrage , ])ar quels motifs les conjurés s'étaient déterminés à adopter , pour but final de leur entreprise , la proscription de la propriété individuelle , et comment ils comptaient y parvenir par rétablissement de la communauté des biens et des travaux , seul moyen de tarir a jamais la source de toutes les inégalités, et d'extirper tous les préjugés et tous les maux qui en dérivent. Instruits par les leçons et par les exemples des grands hommes de l'antiquité et de la révolution, et encouragés par les dispositions qui s'étaient naguère manifestées en France, ils avaient conçu le dessein de donner aux Français d'autres mœurs , et d'en faire un peuple passionné pour la patrie et pour ses lois, lieureux au dedans , aimé , respecté et imité au dehors.

Droit de cha- Daus ccttc foi'mc socialc , les richesses particu-

cun à une exis- |.\ i> • 11*1 - t i

tence heureu- bcrcs clisparaisscnt , et le droit de propriété est se;obijgatioinjej,gj^ j^ç^ par cclui dc chaque individu a une

travailler, égale r r -l

pour tous. existence aussi heureuse que celle de tous les autres membres du corps social. La garantie de ce droit sacré , devenu le principe de toutes les institutions , est dans l'obligation imposée a chaque associé de se charger d'une partie du travail nécessaire pour assurer l'entretien , la prospérité et la conservation de la société , obligation qui , par

suite de la loi naturelle qui a donne ii tous un droit égal au bonheur , est égale pour tous.

Les premières et les plas importantes occupa- Agriculture et lions des citoyens doivent être celles qui leur as- ^^celiil^ ""^^^ surent la subsistance, Fhabillement et Thabitation , et ont pour objet l'agriculture et les arts qui servent à l'exploitation des terres, a la construction des édifices , a la confection des meubles et à la fabrication des étoffes. Et , comme toutes les terres ne sont pas également propres à là culture des mêmes denrées , un des principaux soins de ladministration publique doit être d établir, dans chaque canton , les productions et les travaux les plus conformes au sol et au climat, et les plus favorables à labondance et a légalité.

De même que toutes les terres ne peuvent pro^ Disintution des duire avec une égale fécondité toute espèce de '''^"y*^"*' denrées, de même les hommes ne peuvent s'occuper utilement de plusieurs genres de travaux. Afin que la société retire du travail égal et modéré de chacun de ses membres tout l'avantage qu elle doit en attendre , et que l'habitude en diminue les difficultés , il faut que les occupations soient distinctes, que chacun ait son état, et que ceux, par exemple , qui fondent les métaux , ne soient pas obligés de travailler le bois , de tisser les étoffes, etc., etc., etc.

De là naît, dans le système de la communauté

( ^lo )

des biens et des travaux , la néeessité de distribuer les citoyens en plusieurs classes, a chacune desquelles la loi attribue un genre particulier de travail , selon les besoins de la nation , et d après le principe suprême de légalité.

Elle prend sa Ccttc distributiou prcnd naissance dans les duTtioa puLii' niaisoîis d éducation publique dont il sera parlé 1"^- plus bas; les magistrats chargés de leur direc-

tion , y font exécuter toutes les branches de travail ordonnées par les lois, et attachent a chacune d'elles le nombre d'élèves proportionné aux besoins , en consultant lem^s forces et leurs penchans.

Abondance, oL. Le grand objct de cette activité générale , à laiéraL*^^^^ °^ quelle nul ne peut se soustraire que ceux que la vieillesse ou les infirmités en rendent incapables , est de procurer avec surabondance les choses nécessaires à tous , et de leur fournir celles d'agrément non réprouvées par les mœurs publiques. Ce qui n'est pas communiquable à tous, doit être sévèrement retranché.

Le travail est Daus l'ordrc dout il s'agit , les travaux nécesgiJepTririoi! " saires a la subsistance et aux agrémens du peuple sont des fonctions dent les lois prescrivent les règles, afin qu'elles ne dégénèrent jamais en fatigue, qu'elles ne causent que le moins possible de peine , qu'elles ne chargent jamais un citoyen plus qu'un autre , et que tous y soient appelés et encou-

rages par rhabiliide, par l'amour de la patrie, par l'attrait du plaisir et par l'approbation de l'opinion publique.

Ainsi , tandis que le plus grand nombre serait occupe' a labourer , ensemencer , moissonner , emmagasiner , les uns construiraient et répareraient les logemens , les édifices publics , les chemins , les ports, les canaux; d'auties veilleraient à la propagation et k la conservation des animaux; ceux-ci prépareraient et emploieraient les fils , les laines , les cuirs ; ceux-là fabriqueraient les meubles, les chars, les navires, ou travailleraient les métaux , etc. , etc. , etc. La durée de rigueur des travaux serait réglée par la loi qui , en ménageant les faibles , exciterait , par les encouragemens de l'opinion et par les louanges des magistrats, une plus grande activité chez les plus robustes, afin que tous se trouvassent soumis à des devoirs également proportionnés à leurs forces , et k la rudesse des travaux dont ils seraient chargés.

De crainte que la diversité des travaux ne Adoucissement

\ ' s .1 A^ . des travaux pë-

proiiuisit pour certamcs classes un surcroît trop aiiut. sensible de peine , on pensait : i" qu'il faudrait appeler les sciences k adoucir le travail des hommes, par rinvcntion de nouvelles machines et par le perfectionnement des anciennes » ; 2° qu'il

' Ce n'est que dans le 8yst<îrac de la communaut(} que Tusagé

serait bon cle charger , tour-a-lour , tous les citoyens valides des occupations trop incommodes , dont on se flattait qu une éducation mâle et les secours de la mécanique et de la chimie diminueraient successivement les dësagre'mens.

Peut-être eùt-il été convenable de distinguer les travaux de stricte nécessité en faciles eX pénibles, et d'obliger chaque citoyen à en exercer un d'une classe et un d'une autre. Peut-être aussi eût-il été juste d'établir une autre division des citoyens par âge , afin de proportionner le poids du travail à l'accroissement et a la diminution des forces : car , en ceci , l'égalité doit se mesurer, moins par l'intensité de la fatigue , que par la capacité du travaillant.

De la répartition impartiale et universelle du travail , de la réduction des occupations aux seules nécessaires au bien-être de tous , du meilleur emploi des animaux et du perfectionnement des instrumens et des machines , découlent deux consécjuences infiniment favorables au bonheur de l'espèce : 1° l'emploi utile de toutes les terres, et la multiplication des choses vraiment nécessaires ;

des machines serait un ve'ritable bienfait pour l'humanité dont elles diminueraient les peines , tout en augmentant l'abondance des choses ne'cessaires et agréables. Aujourd'hui , en supprimant une grande masse de travail manuel , elles enlèvent le pain à une foule d'hommes, dans l'intérêt de quelques spéculateurs insatiables dont elles augmentent le gain.

2° rabolitlon de Foisiveté , et par-la un grand adoucissement dans le travail individuel.

Tous ayant également concouru à féconder la Égaiiiédesjouitterre et a en préparer les productions , il est d'une justice sensible que tous participent également aux jouissances qui en résultent , et auxquelles la nature a attaché la conservation et le bonheur de Tespèce.

Afin que nulle partialité ne trouble la tranquillité sociale , il est nécessaire que toutes les productions de la terre et de l'industrie soient déposées dans des magasins publics , d'oii elles • sortiront pour être distribuées avec égalité aux citoyens , sous la surveillance des magistrats qui en sont comptables.

Si la société ainsi instituée était bornée au territoire peu étendu d'une commune ou d'un district , il régnerait dans son administration une extrême simplicité ^ ; car ses habitans n'am^aient

• En divisant la grande propriété nationale en autant de propriétés partielles qu'il y aurait eu de peuplades , chacune d'elles n*eût pu se procurer, que par l'échange de son superflu , les choses nécessaires dont elle aurait manqué ; celles qui , à cause de la stérilité du sol ou de l'intempérie des saisons , se seraient trouvées «ans superflu , eussent «'prouvé les désagrémens de la disette : ainsi se seraient évanouies cette fraternité générale et cette immense récij)rocité de secours qu'on voulait étahlir, et l'esprit égoïste et tracassier de trafic , qui eût bientôt présidé aux délibérations de toutes ces communautés, n'aurait pas tardé à réveiller l'uucieouc cupidité dans les cœurs des citoyens.

droit qu'aux choses qui y seraient produites. Mais , dans une vaste république , composée de plusieurs millions dliommes qui en assurent la force et la durée , la propriété des richesses de chacmie de ses parties appartient au peuple entier , et les habitans de chaque section ont un droit égal à la consommation et a F usage des denrées et des produits de toutes les autres ; les pays qui ont du superflu , doivent fournir à ceux qui manquent du nécessaire. De la naît dans l'administration d'une société fort étendue , une certaine complication qui embarrasse extrêmement ceux qui la considèrent superficiellement ; mais au fond tout ceci n'est qu'une affaire de simple calcul , susceptible de l'ordre le plus exact et de la marche la plus régulière , lorsque tout aliment étant enlevé a la cupidité par l'établissement des institutions dont il s'agit, on n'a plus à craindre les pertes que causent sans cesse dans l'ordre actuel les concussions des chefs et les pillèries des subordonnés.

Avantages de D'aillcurs , plus la commuuauté embrasse de

la communauté .... -, . , ^ ,• i ji

appliquée à uu tcrritou^c , plus est assurée la garantie quelle paysfortéiendu. ^^g-^,^ ^^ chaquc partie de celui-ci contre les disettes de toute espèce. D'un autre côté , de cette grande et fréquente communication d'hommes et de choses, doit nécessairement naître un sentiment de bonheur , de fraternité et de dévoue-

( ai5 )

ment si général et si fort , qu il est à présumer que nulle force humaine ne pourrait ni envahir le pays ni y détruire les institutions de légalité , dès qu'elles y seraient solidement établies.

Une si nombreuse association d'hommes épars DisuiLutioa

1 ' . • . 1 r égale des riches-

sur un soi si vaste exige un autre gem e de lonc- ses. tiens, sans lesquelles le lien fraternel qui unit fortement toutes les parties de la répul:)lique serait rompu , et le superflu d'un arrondissement deviendrait inutile pour lui et pour les autres. Ces fonctions ont pour objet le transport des productions de la terre et de l'industrie , des lieux cil elles excèdent les besoins , à ceux qui en manquent ; eUes sont de deux espèces : i° une magistrature supérieure compare la richesse du tout avec les besoins de chaque partie , indique les matières à déplacer , et désigne les lieux d'oii il faut les enlever , et ceux où on doit les transporter ; 2° des agens infériem^s surveillent et effectuent le transport.

Nous verrons bientôt par quels ressorts l'admi-* nistration suprême de notre répubbque eut pu aisément pourvoir a la communication non interrompue entre toutes ses parties ; ici , nous nous bornerons à remarquer que , dans cet ordre de cboBCS , les habitans des pays stériles , dont les fatigues cxlrcmcs ne leur valurent jamais qu'une extrême pauvreté , se seraient vus soulagés d'une

j^rtie de leurs peines et appelés à partager les richesses des terres les plus fécondes.

A regard du transport , le comité insurrecteur pensait que la société devait Tenvisager non-seulement comme un moyen indispensable d'approvisionnement , mais aussi comme une heureuse occasion de corroborer 1 amour de la patrie , en procurant à chacun la connaissance de ses beautés, de ses institvitions , et des bienfaits de l'égalité que les lois devaient y établir. Conséquemment , ils désiraient que tous les citoyens valides fussent alternativement appelés a cet emploi , ainsi qu a ceux de courrier , de porteur d'ordres, etc., etc.

Que ceux qui liront ces pages , se souviennent . que je n'ai pas sous les yeux tous les documens dans lesquels les conjurés avaient déposé leurs plus secrètes pensées; je ne saurais donc développer en détail toutes les parties de l'édifice qu'ils se proposaient de construire , et je suis forcé de me borner a rapporter , autant qu'il m'est possible de le faire à l'aide de ma mémoire et de quelques fragmens que j'ai pu recouvrer , leurs idées fondamentales et leurs principaux projets.

Commerce cxté- Tcllcs sout Ics habitudcs vicicuscs que nous avons contractées , telle est la multiplicité des besoins que nous nous sommes inconsidérément créés , qu'il est à présumer que l'on aurait en-

core été obligé de tirer des pays étrangers quelques-unes des matières premières que la France ne produit pas : tout au moins , il eût fallu y avoir recours pour celles que tous les climats fournissent a Fart de guérir.

Le peuple étant le propriétaire unique de tous les biens , il n'appartient qu a lui de traiter avec les étrangers pour rechange de son superflu contre le leur. D'ailleurs, les négociations de cette nature ne sauraient être confiées a d'autres qu'ù des magistrats responsables , sans retomber dans les maux que la propriété particulière entraîne après elle , et sans exposer l'état à une nouvelle corruption. Il suit de la que les relations commerciales avec les étrangers doivent être soumises à la direction suprême de la république t.

Il suit aussi de ces dévcloppemens , que la où Droit d'usufruit. la communauté serait établie , le citoyen n'acquerrait jamais sur aucune chose ce qu'on appelle droit de propriété ; il n'aurait que le droit d'usage ou d'usufruit sur les objets dont il serait mis en possession par la tradition réelle du magistrat. Dans cet ordre d'économie , la pro-

» 11 y a corruption clans la sociJto , lorsque les ('Icmmsdont. clh^ 8C compose sont divisés par la diversité et par l'opposition des intérêts. Une nation est donc corrompue , lorsqu'il existe dans son sein des hommes qui se sont fait des prétentions inconciliables avec le bicn-ôtre de tous.

pricte I demeure toujours a la république , qui peut en tout temps disposer des choses qui ne se détruisent pas par Fusage.

Ce régime une fois établi , la satisfaction des besoins futurs est éminemment garantie par le travail auquel tous se livrent, et par l'intérêt bien sensible de chacun ; on n a plus de raison d'être avide de biens ; tout motif d être inquiet pour l'avenir disparait , et la source de la plus grande partie des soucis et des chagrins qui rongent le cœur de l'homme civilisé se trouve tarie. Deux sentimens tourmentent ceux qui vivent de leur travail ou d'une fortune modique, la crainte de la misère , suite des infirmités de la vieillesse , et les appréhensions sur le sort de leurs enfans ; dans la communauté , ces sentimens douloureux seraient inconnus.

Vieillards et in- A l'obligatiou dc travailler imposée aux valifinnes. j^g ^ corrcspondcnt le droit a une existence heureuse , et celui d'être exempt du travail et d'être mieux soigné lorsque les infirmités ou l'affaiblissement des organes rendent le travail pénible ou impossible ; aussi , dans l'ordre de la communauté, le repos et le soulagement des vieillards et des infirmes sont placés au rang des principaux devoirs de la société. En revanche , la république

I C'est-à-dire , l'empire absolu ou la faculté de disposer à son gré,jiis utendi alque abutendi.

€Ùt reçu des vieillards les leçons de rexpe'rience , et en eût fait des sujets d émulation pour la jeunesse ; on les destinait à devenir les gardiens de la morale et des lois , les censeurs des mœurs et les conservateurs de la vertu.

Un des effets de ces institutions eut été , ce semble , d y attacher si fortement les citoyens , que l'amour de la patrie serait devenu leur passion prédominante. Par 1 éducation , le législateur eut pu subordonnera ce sentiment toutes les affections de famille et de parenté ; il eût pu le rendre si vif, que l'union vraiment fraternelle de tous les Français en eut probablement été l'heureuse et étonnante conséquence. Cette pensée faisait les délices de nos conjurés et était l'ame de tous leurs plans. Je me souviens qu'au milieu d'une discussion sur les avantages et les inconvéniens des liens de famille , on fit formellement la proposition de défendre aux enfans de porter le nom d'un père qui ne se serait pas distingué par de grandes vertus.

Ce qui devait embellir les derniers jours des vieillards , eut affermi la vertu des jeunes gens , et de cet échange de bonheur , joint aux heureux effets de l'éducation commune , toute à la charge de la société, la patrie eût reçu une augmentation de puissance par raccroissement de la population, dont nulle cause morale n'eut arrêté les progrès.

Propagation de Tout, clans Cet Qrdrc social, favorise la multipli-

l'espèce, favori- •• J 17 ^ 1 . t > i

s^c. cation de i espèce : la communauté écarte les cau-

ses qui rendent les approches des sexes moins fréquentes ; elle donne aux amcs une tranquillité qui nous est inconnue ; elle fortifie les corps par une activité douce et variée , et augmente les produits utiles à tous , en bannissant le luxe et loisiveté.

Supér.oriiéde C'est par des voies semblables que les législa-

celte institution . ■• -i ,i\-| il?.' '. / n . *

smceiiesdesan-teurs Ics plus celebrcs de 1 antiquité firent gouciens. i^gj. ^^ ^gg degrés différons a leurs concitoyens la

liberté et le bonheur. Lycurgue surtout atteignit presque le but de la société , marqué par la nature. Mais le droit des gens pratiqué par les anciens , et peut - être aussi un injuste égoïsme , avaient introduit dans toutes leurs institutions un usage inhumain , dont celle de nos conjurés n eut point été souillée. Par une différence remarquable , la liberté des uns n'y eut pas entraîné , comme en Grèce et à Rome , la servitude des autres.

Nouvelle ré- Dcpuis quc Tiiiégalité des fortunes a condamné partuiondesba-^^^ • v^ ^^ travail accaMaut , ceux-là à une

bilans. '

inaction corruptrice , les campagnes n'ont conservé que peu d'habitans , souvent insuffisans aux besoins de la culture , mais toujours écrasés par lexccs de la fatigue. Le surplus de la population s est entassé dans les villes , ou pour y dissiper

dans la mollesse , les richesses produites par les campagnards , ou pour se procurer des moyens faciles de subsistance , à Faide des voluptés des riches et de la complication de Fadministration publique.

En se rapprochant de Fégalitë , la société' verrait nécessairement disparaître ces grands rassemblemens destructifs des moeurs et de la population ; les hommes qu'il est juste de rendre au travail , retourneraient auprès de ceux qui en sont surchargés , pour les soulager ; les citoyens industrieux iraient embellir la vie de ceux qui les nourrissent ; la simplicité du gouvernement en éloignerait cette foule d'employés, enlevés a Fagriculture et aux arts utiles ; et le maintien de l'ordre, dépendant de Fexactitudc de chacun à remplir ses vrais devoirs, serait alors incompatible avec ces cohues dans lesquelles il est si facile de dérober ses actions a la censure publique.

Plus de capitale , plus de grandes villes * ; in- Affaii.iisscmpnt

' Si je ne me trompe , l'existence des grandes villes est un symptôme du malaise public et un avant-coureur infaillible de convulsions civiles. Les gros propricftaires, les grands capitalistes et les riches negocians en forment le noyau , autour duquel viennent se grouper une foule de gens qui vivent à leurs ddpcns , en pourvoyant à leurs besoins, en flattant leurs goûts , en se prêtant à leurs caprices et en encourageant leurs vices.

Plus une ville est peuplde et plus on y rencontre de domestiques , de femmes débordées, d'écrivain» faraéli<|ucs, de poètes, <lr niu-

des grandes vil- seiisiLlemeiit le pays se couvrirait de villages , bâtis dans les lieux les plus sains et les plus commodes , et disposés de manière a communiquer facilement ensemble , au moyen des routes et

siciens , de peintres , de beaux esprits , de come'diens , de danseurs , de prêtres , d'entremetteurs , de voleurs et de baladins de toute espèce.

De l'échange perpe'tuel des services et des salaires , naît chez les uns l'habitude de l'autorité et du commandement , et chez les autres celle de la soumission et de la servitude. Ceux-ci , tout en rampant, contractent les mœurs , les airs , la morgue et les manières de ceux-là , et s'accoutument à exercer aussi la supériorité sur ceux que la fortune a moins favorisés. Les uns et les autres , dédaignant le bonheur réel, veulent être riches, puissans et préférés, et surtout le paraître.

Ces palais somptueux , ces vastes jardins , ces riches ameublemens , ces brillans équipages , ces livrées nombreuses et ces bruyans salons qui sont, dit -on, les ornemens des grandes villes, font de funestes impressions sur l'arae de ceux dont ils attirent les regards. D'un côté , ils enflent l'orgueil de ceux qui les possèdent, et les disposent à voir, dans ceux qui en sont privés , des ennemis que la jalousie et la misère poussent sans cesse à les en dépouiller et à se venger de l'état d'humiliation et de dénuement auquel ils sont réduits. De l'autre , ceux qui en sont exclus , ou se pervertissent par la convoitise et par la haine , ou , tombant dans l'abjection et dans l'avilissement , deviennent les appuis de l'ambition et de la tyrannie. Toutes ces choses là font le malheur réel de ceux qui en jouissent et de ceux qui les désirent ; car , tandis que les uns sont tourmentés par l'ennui et par les soupçons , les autres sont rongés par l'envie des biens imaginaires dont il leur paraît que des mortels plus heureux sont en possession.

Ceux qui vont chercher dans les grandes villes les distractions , It faste etles hommages , peuvent se passer de travailler, et ont déjà rejeté sur d'autres la part de peine que la nature impose à chaque houame. Alors la tâche de ceux qui demeurent aux champs a dépassé les limites naturelles , et les travaux de l'agriculture et des

des nombreux canaux, quil serait de Fintérêt général d'ouvrir en tout sens.

Il est a présumer que , tout cédant a la loi su- simplicité des

A iiwT^l •/! 1-. habitations.

preme de 1 egahte , la somptuosité des chiiteaux

arts nécessaires sont devenus pour eux plus assujettissans et plus pe'niblcs. Le mal , en faisant toujours des progrès , empire au point que l'état de laboureur et d'ouvrier , peu différent de celui de galérien , est enfin honni et abandonné. Chaque paysan tourne alors ses regards vers la grande ville et court, s'il le peut, y chercher des biens dont son imagination lui exagère les attraits. Quand on a fait la folie de s'y rendre , il faut y vivre : les exemples séduisent ; la foule met le vice à l'abri de la censure ; les sens s'embrasent ; ce qui paraissait repoussant , prend petit à petit les couleurs du bon ton et du savoir faire ; bientôt on préfère l'argent et les applaudissemens au devoir et à la vertu ; à force d'être souple et poli , on devient hypocrite , menteur et fripon ; et , si la fortune sourit , on atteint cette hauteur où , sans être heureux , on le paraît , et où l'on devient le point de mire d'une foule d'imprudens qui se précipitent au devant de l'infortune par la voie des mécomptes et des illusions.

Cependant le nombre des concurrens que l'attrait des richesses , des plaisirs et de la dissipation rassemble dans les grandes villes s'accroît au point que la plupart d'entre eux , réduits à de modiques salaires , épuisés par les excès et surchiargés d'enfans , vont se confondre dans cette multitude de malheureux qui blessent la vue et affligent le cœur partout où il existe de grandes villes.

L'agriculture et les arts de première nécessité étant les vrais nourriciers de la société , c'est là où on les cultive que les hommes sont naturellement appelés à vivre, soit qu'ils exploitent la terre, soit qu'ils fournissent aux agriculteurs des commodités et des délassemens.

Aux maux qui sont les suites immédiates de l'inégalité , la grandeur des états , la centralisation de l'administration , l'tmormité des impôts , les dettes publiques , le luxe des traitemens et l'éclat trompeur des cours en ajoutent une foule d'autres qui sont inséparables de ces grandes capitales , où les femmes , dit

( iA )

eut fait place a la salubrité , a la commodité et

à la propreté de toutes les habitations disposées

' avec une élégante symétrie , pour lagrément

des yeux et pour le maintien de Tordre public.

Magnificence Quaud il u'y aurait plus de palais , il n'y au-

des édifices pu- • i i i • • •

nics. rait plus de masures ; les maisons seraient sim-

ples, et la magnificence de Farchitecture et des arts qui en rehaussent l'éclat , serait réservée aux magasins publics , aux amphithéâtres , aux cirques , aux. aqueducs , aux ponts , aux canaux , aux places , aux archives , aux bibliothèques et

Jean- Jacques , ne croient plus à l'honneur , ni les hommes à la Vertu.

Plus ces entassemens de population sont conside'rables et plus ils supposent d'ine'galité dans les fortunes et dans les conditions.; et, comme le malaise et le mécontentement publics augmentent avec l'intfgalite , là où ces entassemens ont lieu il y a plus de causes de discorde et de bouleversement : c'est là aussi qu'il y a plus d'obstacles à franchir pour e'tablir la ve'ritable liberté.

' On se plaint de l'imposture des prêtres , de la violence des militaires , de la duplicité des courtisans et de la perfidie des espions ; plaignons-nous plutôt de cette monstrueuse inégalité qui les rend nécessaires. Comment pourrait-on, sans tromper et sans effrayer, se flatter de maintenir une apparence de paix parmi cette foule d'hommes que les mœurs , les institutions et les lois forcent à "s'envier , à se haïr et à se combattre ?

Ces capitales qu'enfante l'inégalité et où se forgent les élémens des révolutions , ces capitales qui furent tant de fois les instrumens de la tyrannie , furent aussi quelquefois les foyers de la liberté ; elles pourraient aider efficacement à établir l'ordre véritable , si des esprits sages parvenaient à en diriger les mouvemens , et savaient ensuite en faire disparaître l'engorgement et la bouffissure.

surtout aux lieux consacres aux delîLerations des magistrats et à Texercice de la souveraineté po-' pulaire.

Rien dans une société bien instituée ne doit s ecarter de l'esprit du législateur ; rien dans une^ véritable république ne doit contrarier le principe de l'égalité qui en est le but , le lien et la force : pour peu que les citoyens commencent à en goûter les douceurs , toutes les branches de la vie civile y seront bientôt ramenées*

Les mêmes règles sont applicables aux habille- Mcubics et lia-

, , Y, • 1 1 1 LiUcmcns.

mens et aux meubles. H est essentiel au bonheur des individus et au maintien de l'ordre public , que le citoyen trouve habituellement dans sescompatriotes des égaux , des frères , et qu'il ne rencontre nulle part le moindre signe d'une supériorité même apparente , précurseur de la. puissance et de la soumission servile. L'égalité et la simplicité n'excluent pas l'élégance et la propreté ; des couleurs et des formes différentes eussent pu servir à distinguer les âges et les occupations , et rien n'eut empéclié que le citoyen n'eût pas , dans les ateliers , le même costume que dans les assemblées et dans les fêtes , que les filles ne fussent pas habillées comme les femmes , et que le Jeune homme , l'adulte , le vieillard , le magistrat et le guerrier n'eussent chacun leur costume particulier.

A cet égard , le comité insurrecteur était d avis qu il fallait accorder tout a la salubrité et au développement des organes , rien li la mode et à la frivolité ; il désirait aussi que le peuple français adoptât un costume qui le distinguât de tous les autres peuples.

Suites iicureu- Pour bicu scutir Futilité d'un si grand changement , ceux qui lurent cet ouvrage doivent répéter souvent le raisonnement par lequel le comité se démontrait la justice de son entreprise et s'encourageait à y persister. Si , disait-il , on n arrête ses regards que sur cette classe dliommes qui , par ses richesses , par son babil , par son bel esprit , par son désœuvrement et par son insolence , attire l'attention du public et se dit la partie saine et intéressante de la nation, il faut avouer qu'elle aura beaucoup de privations a éprouver dans le passage à la nouvelle vie du corps social ; ceux d'entre nous a qui une éducation vicieuse fit contracter de funestes habitudes, doivent être quelquefois étonnés delà régénération qu'ils vont subir . Mais si, au contraire, on considère l'état de fatigue , de misère, de souffrance et de servage auquel sont réduits , pour la plus grande partie , nos concitoyens , si l'on songe qu'il n'y a pas pour le riche un plaisir qui ne leur coûte des peines et des privations, on se convaincra que tout retour Il l'égalité prévient le renouvellement d'une infi-

nité de chagrins , et ouvre un champ immense aux be'nédictions qui , quoique peu }3ruyantes peut-être , ne sauraient être mises en balance avec les murmures d une poignée d'usurpateurs corrompus que, pour leur véritable bonheur et pour celui de tous et de la postérité , il faut ramener , de gré ou de force , a des sentimens plus raisomiables.

Le travail nécessaire au maintien de la société , Occupations

,, , . l'T'i ^• 1 non productives.

également reparti sur tous les mdividus valides , est , pour chacun d'eux , un devoir dont la loi exige l'accomplissement. Cependant , il reste dans la vie humaine un long intervalle de temps dont il faut empêcher la mollesse et l'ennui de s'emparer; c'est du sage et libre emploi de ce temps que dépend le bonheur des citoyens et , par conséquent , la liberté , la prospérité et la durée de la société. Fortifier lame , en donnant de la vigueur au corps , fermer , sans contraindre , toutes les voies a la corruption , charmer tous les momens de la vie , faire naître l'enthousiasme de la vertu , et rendre la patrie le seul séjour supportable a ses enfans,sont les grands effets qu'un législateur vraiment populaire , fait jaillir des occupations par lesquelles cet intervalle est librement rempli.

Là où des institutions vicieuses , faisant de l'amour des richesses le principal ressort de Té-

Bonnes mœur?.

lat , placent le talent de les acquérir au rang des qualités honorables, on tenterait en vain d'y introduire le goût de semblables occupations ; si on essayait de les allier a l'esprit d avarice et de trafic , elles tomberaient bientôt dans le dernier mépris, et celui qui , pour s y livrer , négligerait le soin de ses affaires , passerait pour dupe et porterait infailliblement la peine de ses bonnes intentions.

Ces occupations qui ont pour objet l'exercice du corps , la culture de l'esprit , l'éducation de la jeunesse , l'instruction générale , le maniement des armes , les évolutions militaires , les honneurs à rendre à la divinité , l'apothéose des grands hommes , les jeux publics , l'embellissement des fêtes , le perfectionnement des arts utiles, l'étude des lois , l'administration et les délibérations du peuple , diffèrent des autres en ce qu elles ne sont ni indispensables pour l'existence des hommes, ni pour la plupart commandées par la loi. On doit s'y livrer volontairement et sans contrainte. Pour en obtenir un bon résultat , le législateur habile y attache les citoyens par leur libre choix. En ceci , le chef-d'oeuvre de la politique est de modifier par l'éducation , par l'exemple , par le raisonnement , par l'opinion et par l'attrait du plaisir , le cœur humain , de façon qu'il ne puisse jamais former d'autres désirs que

ceux qui tendent à rendre la société' plus libre , plus heureuse et plus durable. Quand une nation en est à ce point , elle a de bonnes mœurs ; alors les devoirs les plus pénibles sont remplis avec plaisir ; on obéit librement aux lois ; les limites posées à Findépendance naturelle sont regardées comme des bienfaits ; les propositions raisonnables ne rencontrent pas d'opposition ; et il y a dans le corps politique unité d'intérêt , de volonté et d'action.

Il y eut au comité insurrecteur , quelques jours avant sa violente dissolution , une longue conférence sur cette partie des nouvelles institutions , dont j'ai grand regret de ne pouvoir rapporter toutes les circonstances ; pour m'acquitter , autant qu'il est en moi , des devoirs que je me suis imposés , je dirai tout ce dont je trouve des tra- ^

ces dans ma mémoire , sans essayer de remplir les lacunes , de crainte de substituer ma pensée à celle du comité.

Dans le plan des conjurés, le moule des mœurs L'éducation,

/•l i>/i • t'il* source iltf»

était dans 1 éducation commune qu us plaçaient sous la direction immédiate de la république; par la suite , elles se seraient fortifiées dans la cité , où les jeunes gens eussent trouvé les mêmes sentimens , les mêmes opinions et les mêmes usages qu ils auraient appris a aimer dans les premières années de leur vie. Je parlerai de cette édu-

source mœurs.

cation, après avoir complète l'idée de redificc dont elle devrait être la base éternelle. Travaux non Nous avons VU cjuc Ics travaux indispensables

sujets à partage. ■• •il • / / i • a

pour la conservation de Ja société , doivent être distribués entre les différentes classes destravaillans : il en est d'autres auxquels il importe, pour le maintien de la liberté , d'appeler également tous les citoyens ; ce sont ceux qui ont pour objet l'administration et la défense de la république.

Direction des Lc comlté iiisurrectcur pensait que l'égalité et quel et défense ^^ bbcrté nc pcuvcnt avoir lieu dans la société , de la patrie, qu'autaut ciuc tous Ics citoyens participent à la

communes a ■* -l J L l

tous. confection des lois , peuvent être chargés de l'ad-

ministration publique , et sont toujours prêts à porter les armes pour la défense du territoire ^ et des lois.

Dangers d'une S'il sc formait , disait-il , dans l'état une classe

classe exclusive- , . /» • i • • i ii

ment instruite cxclusivemcnt au lait des principes de 1 art soverner '^^ ^ ^ " ^^^^ 7 ^^^ ^^^^ ^^ ^^ l'admiiiistratiou , elle trouverait bientôt dans la supériorité de son esprit , et surtout dans l'ignorance de ses compatriotes , le secret de se créer des distinctions et des privilèges ; exagérant l'importance de ses services , elle parviendrait aisément a se faire regarder comme la protectrice nécessaire de la patrie ; et , colorant ses audacieuses entreprises du prétexte du bien public , elle parlerait encore de liberté et d'éga-

lité il ses peu claii voyans concitoyens, déjà soumis l\ une servitude d autant plus dure , qu elle paraîtrait légale et volontaire.

Les lois primordiales ne suffisent pas a un état; L'exercice de

, . . 1 -, \ ^^ puissance Ic-

elles ne peuvent m tout prévoir, m s adapter a g;siative,i\iaportous les temps, et il en faut souvent de nouvelles cu^y^L''"' pour maintenir l'esprit des institutions et poiu^voir aux cas imprévus.

Il est , d'ailleurs , dans la nature de l'homme , d'améliorer ses ouvrages par l'expérience , et , afin que le but de la société soit complètement rempli , il est nécessaire que les lois en appliquent successivement les résultats a l'administration publique.

S'il faut à l'état une puissance législative permanente , si cette puissance ne peut , comme nous le verrons dans un moment , résider que dans le peuple entier, un des plus importans devoirs de l'instituteur d'une république est donc de mettre tous les citoyens en état de l'exercer , cest-à-dire , de donner au peuple la possibilité d'être réellement souverain. Les décisions éclairées du peuple sur des objets généraux ne sauraient contrarier ni l'égalité ni le bonheur de la soci(!té ; mais elles ne peuvent être telles qu'autant que l'égalité existe dans toute la force du mot.

De ce devoir fondamental émanent pour tous

les citoyens trois espèces d occupations qui , par Fimpor tance de leur objet , par l'attention qu'elles exigent et par Telëvation qu elles donnent aux esprits , cliar mer aient une grande partie de la vie; ces occupations consistent dans la conservation et dans la propagation des principes de Finstitution sociale et des lois , dans Fapprentissage , dans» rexercice.

Je parlerai ailleurs des magistratures chargées de l'éducation et de Tinstruction publique , ainsi que du régime de la jeunesse ; ici , je me bornerai à dire à cjuoi Ion destinait les jeunes gens sortant des maisons communes d'éducation par lesquelles ils devaient tous passer.

Age et capacité Dc tous Ics droits sociaux , il n'en est pas de plus dr^tle suffrl°r ™portans que ceux qui se rapportent a la formation des lois , car c'est par elles que la société vit et se meut ; viennent ensuite les fonctions des magistrats, chargés de faire exécuter les volontés souveraines. Ces droits ne peuvent être utilement exercés , ni ces fonctions exactement remplies que par des hommes instruits , expérimentés et pru-dens ; aussi , d'après le plan du comité insurrecteur , le législateur devait marquer l'âge avant lequel aucun n'eût pu participer, ni a la souveraineté ni aux magistratures : il fut même question d'interdire l'exercice des droits de cité à quiconque ne fournirait pas des preuves de sa ca-

pacitë ; mais la crainte de donner par là un prétexte pour exclure des assemblées souveraines un trop grand nombre de citoyens , faisait d'autant plus pencher le comité pour la négative , que r«n y était convaincu que , légalité réelle une fois établie , la multiplicité et l'opposition des intérêts se trouveraient anéanties , et l'art de régler les affaires publiques, étant devenu fort simple , serait bientôt a la portée de tout le monde.

En sortant des maisons d'éducation, les jeunes Français n eussent pas été jetés imprudemment dans les comices ; on comptait les assujettir à y assister pendant quelque temps en silence et à une place marquée , pour apprendre la forme et l'ordre des discussions , et pour s'y habituer à la gravité et a la décence. On désirait aussi qu'avant d'entrer en possession du droit le plus éminent de l'homme en société , les jeunes gens fréquentassent les réunions où il eut été loisible à chacun d'émettre son opinion ; ils y eussent entendu les hommes les plus versés dans la science des lois , et médité les livres que la république leur eût mis sous les yeux.

En outre , on ne serait parvenu a l'exercice du droit de suflVage, qu'après avoir vécu un certain temps dans les camps et dans les travaux militaires; les jeunes gens eussent été constamment sous les yeux de la patrie qui , ne perdant jamais de

vue leur destination future , les eût constamment entretenus de ses bienfaits , de ses lois et de leurs devoirs.

Les droits de Lc comitc regardait comme un grand vice ,

cité s'acquièrent ••, l l i .

par le consente- 1 usagc dc placcr au raug des citoyens , tous '"'^°*' ceux que le hasard fait naître dans un pays,

sans aucune délibération de leur part , et de présumer ainsi un consentement qui doit avoir tant d'influence sur toute leur vie ; il pensait que la soumission aux lois de la société dont on fait partie , doit être le résultat formellement exprimé d une volonté éclairée et libre.

A cet effet , il songeait a établir une solennité par laquelle les engagemens réciproques de la société envers les citoyens et des citoyens envers la patrie eussent été formellement constatés.

A des jours marqués , les jeunes hommes de lage requis , après avoir parcouru les degrés d'instruction civile et militaire prescrits par les lois , seraient venus demander à l'assemblée des citoyens leur inscription sur le registre. Après la délibération de cette assemblée , on aurait expliqué la nature du pacte social , les droits qu'il confère et les devoirs qu'il impose aux candidats , qui eussent été interpellés de déclarer s'ils consentaient à faire partie de la société française aux

conditions qu'ils venaient d'entendre et dont ils avaient ete' instruits dans le cours de leur éducation. Ceux qui s'y seraient refusés, eussent été bannis a perpétuité de la république et accompagnés aux frontières , pourvus , pour un certain temps , des choses nécessaires à la vie.

Quant aux autres, il serait intervenu entre eux et le souverain , un contrat solennel , à la suite duquel ils eussent reçu les marques de leur nouvel état ; revêtus par les magistrats du costume des citoyens , ils eussent été salués citoyens français , et leurs noms eussent été inscrits sur le registre civique, porté avec pompe au milieu du peuple ; puis on eût remis a chaque nouveau citoyen un habit militaire et un armement complet sur lequel devait être gravé son nom , afin que la crainte d'être déshonoré en le perdant , le rendit plus fier dans les combats , et l'engageât a défendre , au prix de la vie , les choses confiées à ses soins par la patrie.

Depuis son inscription sur le registre civique AsscmLUcs po. jusqu'à la mort , le citoyen n'eut cessé d'être ap- ?"^'^7„ /^^^ pelé aux assemblées où le peuple devait exercer ^ouyerMoen. sa souveraineté. On verra , par les développemens que Je me propose de donner aux théories du comité insurrecleur sur la forme d'aulorité qui devait être le dernier résultat de ses succès , que ces assemblées se seraient réunies :

Pour discuter , admettre ou rejeter les lois proposées au peuple par ses mandataires ;

Pour délibérer sur les lois demandées par un certain nombre de citoyens ou par d'autres sections du souverain ;

Pour connaître et publier les lois approuvées par le peuple entier.

Formation et Lcs mcmcs dévcloppcmcns feront aussi connaîaction du gou- ^^,^ ^es occuDations auxquelles auraient donné

vcrnement. 1 1

lieu 1 élection des magistrats , leur installation et Fexercice de leurs fonctions.

Le point essentiel était de rendre ces occupations agréables et recherchées, et nos réformateurs espéraient y parvenir par l'éducation , parle souvenir soigneusement entretenu des maux infinis dont l'égalité avait délivré les Français , et par l'estime et la reconnaissance dont les lois , les mœurs et l'opinion eussent enfin environné ceux qui se seraient dévoués au maniement des affaires publiques. Les assemblées ^^ ^c scrait attaché à embellir les lieux de ces publiques sont asscmblécs , par tout ce que les arts , la mai esté ,

des occasions de A A j

délassement et lordrc ct la liberté ont de plus attrayant. Si l'on considère d'ailleurs, que le trouble causé aujourd'hui dans ces réunions par l'opposition des intérêts qui les fait souvent dégénérer en cohues , en serait banni ; si l'on réfléchit , en outre , qu'attendu la grande simplicité de l'ordre politique , tous auraient pu facilement apprécier l'utilité de

d'émulation.

ces assemblées , on demeurera convaincu que , la véritable égalité une fois posée , elles deviennent nécessairement des objets d'intérêt, de délassement et d'utile émulation.

La défense de la patrie contre les agressions Tout citoyen

.| ■• -■ ,. . est sold;it.

toujours possibles des étrangers , est une partie »

essentielle de la sagesse des lois ; car les meilleures institutions intérieures ne sauraient préserver un peuple inhabile à la guerre , de l'invasion d'un voisin injuste et belliqueux.

Mais si , d'un coté , les armes sont utiles a la république , elles lui deviennent , de l'autre , trèsfunestes , lorsque , habituellement et exclusivement confiées à une partie des citoyens , ceux-ci , séduits par l'appât du butin ou d'une fausse gloire , les tournent contre la liberté des autres , au profit de l'ambition et de la tyrannie. Pour prévenir un si dangereux abus , il est d'une bonne politique de donner des armes a tous les citoyens , et de les rendre tous également habiles a s'en servir. Outre un préservatif contre le danger dont nous venons de parler , la république trouverait dans une semblable institution l'avantage de se bàre mieux respecter par ses voisins , et celui non moins précieux d'accoutumer les citoyens a lobéissancc légale , et d'en augmenter la vigueur par la fatigue et par le mépris de la douleur et de la mort.

( 238 ) Lcsnnf;msL'ic Aussi , clcs quc Ics cnfans en auraient eu la

vés dans l'amour /» 1 '.11*.' . 'f . •

dciaputriccideiorce , on les aurait habitues aux travaux militaila vraie gloire. j,gg Eu parlant clc la première e'ducatiou je dirai comment on voulait leur inspirer la fermeté et le courage ; je me borne ici à faire remarquer ^ que , dans Fesprit des membres du comité , Feffet

des institutions , a ce relatives , eût été de n'introduire les jeunes gens dans la vie sociale , que déjà préparés à la discipline et aux privations des camps , enflammés de Famour de la patrie et brûlant de la servir.

La jeunesse Autant Ics nouvcllcs institutions auraient augconstammcnt j^^^^^^ j^ forcc défcnsivc dc la nation , autant elles lui auraient inspiré de sentimens d'équité envers les étrangers et d'aversion pour les conquêtes. Un peuple agricole , sans monnaie et sans luxe , n'ayant d'autres soldats que les citoyens , et goûtant les douceurs de Fégalité , de la liberté et de Fabondance , n'a ni la volonté , ni le pouvoir de prendre les armes pour opprimer ses voisins , ou de prolonger la guerre quand il y est engagé pour sa défense.

Cependant , son respect pour le droit des gens ne le mettant pas a l'abri de l'inquiétude de ses voisins et des entreprises d'un conquérant , il doit se tenir sur ses gardes. Son armée composée de tous les citoyens valides , punirait bientôt l'audace des envahisseurs ; mais n'est-il pas

campée aux Iroulières.

plus prudent de les arrêter aux frontières , de pre'server le pays des ravages d'une invasion et de donner a la nation le temps de courir aux armes ? Aussi le comité' pensait-il que , dans Felat où se trouvait alors l'Europe et jusqu'à ce que la raison et la liberté eussent fait de nouveaux progrès , il serait nécessaire de tenir la jeunesse française constamment campée ou cantonnée sur, la lisière de la république.

Avant d'entamer le chapitre de l'éducation militaire , il est bon de jeter un coup d'œil sur la formation , sur la force et sur les mouvemens de l'armée nationale.

Nous avons vu qu'elle devait se composer de tous les Français en état de porter les armes. Les lois eussent déterminé l'âge auquel cette capacité est présumée commencer et finir.

Tous les citoyens, distribués en corps de force ohic miiiégale , sont prêts à marcher k la voix de la pairie en péril. Il y a dans la vie militaire un temps exclusivement consacré a l'obéissance ; les chefs sont nommés pour un temps par le peuple *.

' h» perp<^tiiit<i des grades militaires est , si je ne me trompe, un des plus grands flëaux de la liberté publique, et c'est par elle qu'un eertain despotisme s'éb've sur la ruine des lois. Les officiers , jadis bons citoyens, se voyant placés à jamais au-dessus du simple soldat, séparent insensiblement leurs intérêts de ceux du peuple; se créent de nouveaux besoins ; se font, des services qu'ils rendirent à la pairie , des titres pour sVmparcr des distinctions , des trésors

taire.

Quelques membres du comité' insurrecteur pensaient qu'il serait utile d'appeler des magistrats civils aux fonctions supérieures de l'armée ; nous reviendrons sur cette opinion en parlant du gouvernement.

Occupations Eu tcmps dic paix , l'institution militaire ten- ^°"^ ^"'sfil ^^^^^ ^ préparer les citoyens aux fatigues et aux

militaire est source,

et de la puissance ; ne portent plus les armes que comme on exerce un métier , et finissent par former dans l'e'tat un corps aristocratique qui , pour plaire à ses chefs auxquels il doit tout , accrédite kl doctrine de l'oliéissance aveugle , et s'efforce d'étouffer dans ses subordonnés jusqu'au souvenir de leurs droits.

Il est de l'intérêt de la tyrannie de persuader aux peuples que la guerre ne peut être faite avec avantage , que par ceux qui en font exclusivement leur état; c'est une erreur démentie par l'expérience. Les âmes libres renferment un ressort plus puissant que toutes les règles de la tactique. Un peuple uni et sagement institué en saura toujours assez pour confondre l'audace de ses ennemis , et aura des vieillards et des magistrats suffisamment expérimentés pour diriger ses opérations militaires.

Sparte eut-elle des officiers inamovibles ? Les Grecs qui défirent l'armée innombrable de Xerxès avaient-ils à leur tête des chefs perpétuels? Dans les beaux jours de Rome y eut-il des comraandans à vie? Nest-ce pas avec des armées de paysans et de bergers, que les Suisses , les Hollandais et les Américains repoussèrent les troupes de leurs oppresseurs , disciplinées , façonnées à la servitude et commandées par des officiers de métier ? Une poignée de Corses grossiers battirent constamment les soldats disciplinés des aristocrates génois, et résistèrent long-temps à une armée nombreuse et policée de Français. Enfin, c'est à des soldats inexpérimentés et à des chefs nouveaux, que la France dut, à une époque où elle marchait à grands pas à la liberté , les prodiges de valeur par lesquels la soldatesque de tous les dominateurs de l'Europe fut repoussée et défaite.

manœuvres de la guerre , à fortifier le physique et le moral des hommes , a ouvrir au peuple un vaste champ d'amusemens et d émulation.

De fréquentes assemblées se seraient formées :

Pour rinscription des nouveaux défenseurs ;

Pour élire et proclamer les chefs ;

Pour exécuter les évolutions militaires ;

Pour assister aux exercices de la course , de Téquitation, de la natation , etc.;

Pour former les grands campemens ;

Pour distribuer les prix et les triomphes décernés au zèle et a la valeur.

Jusqu'ici les fonctions militaires remplissent Levc^cdupcu agréablement une partie du vide que laissent l ^^xlcàilv. dans la vie humaine les occupations nécessaires dont elles ne dérangent ni la distribution ni riiarmonie; mais, la guerre arrivant , elles passent au rang des travaux essentiels au maintien de la société , dont les besoins sont alors consideV rablement augmentés.

C'est a lautorité , chargée de l'administration suprême , qu'il appartient d'appeler les citoyens a la défense commune , et de désigner, d'après les règles établies par la loi , ceux qui doivent marcher lorsque le concours de tous n'est pas nécessaire.

Les rôles , les armes , les habillemens et l'instruction militaire étant toujours en bon état sur

tous les points de la république , la levée du peuple entier n'offre pas plus de difficulté que la marche d'un régiment. Quelle est la nation qui peut opposer a ses ennemis une force si redoutable P Cependant, si le peuple prend en totalité ou en partie les armes, et s'éloigne de ses foyers , les travaux productifs étant suspendus ou diminués il y aura faute des choses c[u'on a 1 habitude de consommer , à moins cju'une sage administration ne trouve , dans le cours ordinaire de la société , des préservatifs contre les accidens imprévus. Accidens ir». Ccs accidcus uc se bornent pas aux ravages de

prévus etprécau- 1 ^ , . , .,

lions. la guerre et a la suspension des travaux ; il en est

que la prudence humaine ne peut ni prévoir, ni empêcher ; telles sont les inondations , la sécheresse , la grêle et la stérilité dont de frécjuentes révolutions frappent la terre fécondée par la main de l'homme. Faute de bonnes institutions sociales, des contrées florissantes sont trop souvent dépeuplées par de semblables événemens ; et, ce qui est beaucoup plus affligeant pour toute ame honnête , c'est que la disette fait périr de misère la classe laborieuse , non par le défaut réel des subsistances , mais parce que les ouvriers c[ui sont alors moins recherchés , ne peuvent pas atteindre le haut prix auquel les riches élèvent les denrées, que seuls ils ont pu entasser dans les années d'abondance.

Chez un peuple équitablement institue' , les biens et les maux doivent être également partages entre tous ses membres. La rareté des choses nécessaires doit , quand elle a lieu , s'y faire sentir également partout; mais , avant d'en venir aux privations , on doit épuiser toutes les précautions que la fertilité ordinaire du sol et l'activité des habitans rendent praticables.

Le travail de tous les citoyens valides produirait sans doute beaucoup au-delk des l^esoins publics y puisque , dans Tordre qui régit actuellement la société, il y a tant d oisifs, et tant de choses utiles converties en superfluités. Pour obvier aux accidens imprévus , il ne faut donc que recueiUir et conserver le sm-abondant des années fertiles, presque entièrement dissipé aujourd'hui en usages frivoles qui , en flattant l'orgueil , la vanité et des goûts dépravés , nous rendent médians et malheureux.

De la connaissance facile de la quantité des productions et des l>esoins , l'administration suprême déduit les dispositions nécessaires pour assurer partout l'approvisionnement actuel , et pour pourvoir aux besoins imprévus de l'avenir.

Rien n'est aujourd'hui plus rare que l'exactitude des dénombremcns , parce que chaciui , se croyant d'autant plus à l'abri de l'adversité qu'il entasse davantage, s'efforce, par défausses déclara-

lions , de soustraire son bien aux charges publiques. Mais, la oii la propriété unique de la patrie remplace les propriétés particulières , personne ne pouvant être tranquille sur Favenir qu'autant que la républiqu.e est riche et peut administrer et distribuer avec équité les fruits du travail commun , la même inquiétude qui porte aujourd'hui les hommes a ne songer qu'à eux , les invite a se rapprocher , à se confondre , à s'entr'aider et a se communiquer, sans fraude , leurs besoins et leurs ressources. Que l'on pèse, disait le comité insurrectem*, toutes les circonstances, et on verra que les bienfaits de l'état social sont presque anéantis par l'introduction de la propriété individuelle , et que ce ne sera que lorsqu'elle aura disparu , que chacun sentira combien il est intéressé au bien-être de tous ses co-associés.

La science de l'administration que le froissement de tant d'intérêts contraires rend si épineuse , se réduit , par la communauté des biens , à un calcul qui n'est pas au-dessus de la capacité de nos plus ineptes marchands.

C'était au moyen de grand réservoirs , remplis dans les temps d'abondance , que la république eut pourvu aux accidens imprévus ; au moindre danger extérieur , les subsistances nécessaires au peuple armé en eussent été extraites , pour être transportées aux lieux de ses rassemblemens.

Dans l'ordre actuel, lorsqu on veut se préparer a la guerre, la plus grande difficulté nest pas dans la direction à donner aux mouvemens des hommes armés , mais dans leur réunion et dans leur entretien.

Si l'on parvient à -vaincre jusqu'à un certain point les résistances qu'opposent la mollesse et l'égoïsme , il reste encore beaucoup à faire pour recueillir l'argent qu'on ne donne qu'à regret , et pour assurer les provisions de toute espèce, ou par des achats directs, que le renchérissement subit et les pillerics inévitables des employés rendent fort onéreux , ou à l'aide des entrepreneurs dont rien ne peut assouvir l'insatiable et adroite cupidité.

Quelquefois la crainte d'un joug étranger, ranimant, au moins pour quelque temps , l'amour de la patrie , favorise la levée des contributions extraordinaires ; mais ce n'est qu'en portant un coup funeste à l'agriculture et a l'industrie et en faisant une foule de mécontens, qu'on se procure les moyens de repousser l'agression étrangère.

Dans le système politique de nos conjurés, Entmicn de toutes ces difficultés disparaissent; les approvisionncmcns sont tout faits, et les corps armés peuvent a chaque moment se mettre en route pour les frontières , sans qu'il soit nécessaire de retrancher aux citoyens la moindre partie de leur

entretien habituel; leur nombre demeurant le même , la consommation n augmente pas , quel que soit le lieu où elle s opère.

Ressources ex- Cependant, s'il fallait réitérer les campagnes , la masse du travail nécessaire et le nombre des consommateurs ne diminuant pas, tandis qu une partie des citoyens se livre a des occupations non productives , il y aurait a la fin , dans les apprôvisionnemens , un déficit qui pourrait devenir une cause de malheurs et de désordres.

Alors une nouvelle application des principes de légalité fournit de nouvelles ressources ; les citoyens qui font la guerre portant un fardeau auquel il est impossible de rien ajouter, il est juste que, par une nouvelle répartition de la charge commune, il s opère un accroissement dans le travail de ceux qui ne prennent pas les armes. Une demi-heure ou une heure de travail de plus par jour serait le maximum de la charge que ferait peser sur le peuple la guerre la plus malheureuse. Que Ton nous montre , s'écriaient quelquefois les conj urés , un ordre social où de si grands effets soient produits par des moyens plus simples et plus faciles a être mis en action ! Précautions D,e la facilité avec laquelle un peuple ainsi instidela guerre."* tué pouiTai t dévcloppcr SCS forces , on aurait tort de conclure qu il serait toujours disposé a. inquiéter ses voisins ; il est au contraire a présumer qu'il

s'imposerait lui-même des règles , soit pour prévenir la précipitation et Tinjustice dans les déclarations de guerre , soit pour diriger la conduite des guerriers pendant les hostilités.

Probablement un tel peuple ne ferait la guerre que pour repousser Tinvasion , ou pour soutenir un voisin injustement opprimé ; content des richesses d'un sol fécond , et n ayant dans son sein ni gueux , ni fripons , comment pourrait-il être tenté d'aller disputer a ses voisins des productions dont il ne saurait que faire ? Agricole , simple , heureux et attaché à ses mœurs et à ses lois, lamour du pillage lui serait aussi étranger que la passion des conquêtes , et ses institutions commerciales ne l'exposeraient jamais a épouser les querelles de ses marchands , espèce d'hommes qui lui serait inconnue ^

« La paix étant le premier des biens après la liberté? , il n'est utile et juste de recourir aux armes que lorsque celle-ci est menace'c. Hors ce cas , la guerre la plus heureuse est un attentat contre l'humauité et une source de maux pour le vaintjueur lui-m<5me.

L'histoire nous apprend que la gloire militaire fut plusieurs fois le marche-pied de la tyrannie. Il est d'autant plus nt'cessairc <lc brider par les lois et par les mœurs l'esprit militaire , que les conquêtes et le pillage corrompent les citoyens, poussent les vaincus au desespoir et à la vengeance, introduisent dans les opinions un honneur chevaleresque et ambitieux , et élèvent au-dessus des lois, des chefs rebelles, qui osent exercer sur la patrie le desjx)tisme auquel ils avaient façonné les soldats , sous le prétexte de les discipliner. Ces traîtres , aidés par la passion de l'or et des distinctions , ({u'ils fomentent adioilcnieut dans leurs inq^rudcns compagnons d*ar-

On pensait , au comité insurrecleur , que la loi devait défendre toute guerre offensive , et obliger Tarmce à attendre sur le territoire de la république les attaques de l'ennemi ; on y voulait que, pour préserver la nation de la corruption que les dépouilles des vainqueurs traînent à leur suite , tout butin individuel fût interdit , et que tout soldat fut obligé de rapporter au dépôt public, tout ce qui pourrait tomber sous sa main.

Cependant on ne se dissimulait pas que la meilleure sûreté contre la licence militaire résulterait du mépris des trésors des peuples esclaves , que Féducation commune graverait dans tous les cœurs. Sous la tente , au milieu des combats , le soldat citoyen n'eût eu d'autre passion que l'amour de l'égalité et de la patrie , ni d'autre guide que ses lois.

Respect pour A l'auiour dc Icur république , les conjurés joignaient celui de l'humanité , au bonheur de laquelle se rapportaient au fond tous leurs projets. Si leurs vœux avaient été accomplis , il n'eût pas tenu a eux que le même esprit d'égalité et de justice qui devait régner entre les citoyens , ne dirigeât la conduite de la république envers les étran-

mes , sèment partout la corruption , proscrivent la vertu , se proclament insolemment les sauveurs des nations qu'ils chargent de fers, et après avoir outrage l'humanité' et s'être moques de toute idée religieuse, ils portent l'effronterie jusqu'à placer leur puissance criminelle sous la protection dc la divinité et de la justice.

■gers ; ils désiraient cjue le peuple français , se considérant comme un membre de la grande société humaine , contribuât par sa sagesse et par son exemple , a assurer la paix universelle , et à faire respecter en tout lieu les droits que la nature a accordés à tous les hommes.

Les occupations qui ont pour objet l'administration et la défense de l'état ne sont pas moins essentielles que celles qui contribuent à satisfaire les besoins des hommes , parce que, sans elles , l'ordre intérieur ne saurait être maintenu et les dangers extérieurs ne pourraient être prévenus. Elles sont en outre des devoirs pour tous, parce que , s'il en était autrement , elles cesseraient bientôt d'avoir uniquement pour objet l'intérêt public.

Celles dont je vais parler en diflfèrent , en ce que non moins nécessaires pour la conservation de la liberté et pour le bonheur de la société , elles sont d'autant plus fécondes en bons résultats, qu'au lieu d'être commandées , elles sont volontaires et recherchées , qu'elles font du plaisir une source de vertu, et qu'elles fortifient le sentiment et l'amour de l'égalité.

Le comité désirait que , dans la république , les Avant ig.» .?« citoyens lissent en commun tout ce qu ils avaient q„cniMde»cià faire. La présence, disait-il, d'un public nom- ^^y^"** breux et incorruptible , réprime les impulsions

secrètes de Fégoïsme, rend plus sensible le besoin de s'entr aider, et entretient dans le cœur de chacun le désir d'obtenir l'approbation ge'nérale pra l'exactitude a s'acquitter de ses devoirs.

S'agit-il de dëlassemens ? il est très-conforme h l'esprit d'égalité qu'on n'aime a goûter de plaisir que lorsqu'il est partagé. Aussi les peuples libres ont-ils de fréquentes assemblées , et les esclaves n'en ont point. Le bonheur est plus ou moins dans l'état, à mesure qu'on y préfère davantage les amusemens publics , ou que l'on aime mieux s'enfermer , et se rendre insensible aux souffrances et à l'ennui de la multitude.

Sous la main d'un législateur sage , les événemens de la nature , de la vie et de la société deviennent autant d'occasions d'instruire et d'amuser. Par les uns , il appelle l'attention des citoyens sur les œuvres de la divinité et sur les merveilles de l'ordre social ; par d'autres , il célèbre les vertus des grands hommes et leur suscite des imitateurs : tantôt il enflamme le courage , tantôt il réchauffe l'amour de l'égalité ; et , en occupant sans cesse les âmes d'objets sublimes, il les préserve des appétits et des passions vicieuses qui les énervent et les pervertissent.

Quatre classes Lc couiité insurrcctcur distinguait , si je ne me trompe , quatre classes d'assemblées du peuple. Il rangeait dans la première , celles qui avaient

pour objets l'exercice de la souveraineté , les jugemens et Fadministration ; j'en ai dit un mot et j'en parlerai encore en rendant compte de la forme de gouvernement. Celles de la seconde classe étaient relatives à Tordre militaire dont j'ai fait mention. A la troisième appartenaient les assemblées exclusivement destinées a l'instruction ; j'en parlerai en traitant de l'éducation et du développement des facultés intellectuelles. Par celles de la quatrième enfin , le comité se proposait d'entretenir et de fortifier dans les cœurs des Français l'amour de la vertu. Je vais essayer de peindre brièvement l'idée qu'il s'en était formée.

Il commença par jeter les yeux sur les événe- Fèics. mens les plus remarquables de la vie civile, et jugea qu'il était conforme a l'esprit de ses institutions , d'en faire les sujets d'autant de fêtes populaires. L'union des sexes, la présentation des nouveau-nés , Ventrée des en fans dans les maisons d'éducations, le départ des jeunes gens pour les frontières , leur retour et leur admission au rang des citoyens eussent pu donner lieu a des solennités publiques , célébrées sur tous les points de la France.

En cas de guerre , le départ des guerriers , leur retour, les honneurs à rendre aux défenseurs de la patrie morts dans les combats , et les triomphes à décerner aux plus vaillans, eussent ctë

les occasions d'autres fcles , propres k élever les âmes et a conserver Fesprit martial. AssemLiécsde D'autrcs assemblécs e'taient destinées par le plan du comité , a entretenir le désir de l'approbation et la crainte du blâme publics. A des époques marquées, on y aurait exercé une espèce de censure sur la conduite des citoyens et principalement sur celle des magistrats : on a vu que l'agrément du peuple eut été nécessaire pour l'inscription des jeunes gens sur le registre civique ; il en eut été de même pour les honneurs à décerner aux vieillards , et pour accorder aux morts une mémoire glorieuse.

D'après les vues du comité , les vieillards auraient joué un grand rôle dans le gouvernement de la république , soit en éclairant les délibérations, soit en veillant a la conservation des moeurs , soit enfin en dirigeant l'éducation de la jeunesse. Distingués par un costume particulier et par une place marquée dans les assemblées publiques , ils avaient en corps l'initiative de l'avis sur toutes les propositions faites au peuple; d'importantes fonctions et la principale influence sur la censure leur étaient réservées; et, récompensant en eux , par un respect filial plein de déférence , une vie sans reproche , on préservait les délibérations publiques de la légèreté et de la précipitation d'un âge moins mûr.

Nos conjures désiraient aussi instituer des ju- jugcmem dps gemens , auxquels tous les magistrats sortant de pXikr"^'^"' charge eussent été soumis ; nul n eût pu être appelé à une nouvelle magistrature , qu'autant que sa précédente gestion eût été approuvée.

Et afin qu'il restât toujours quelque chose a Jugement dos désirer ou à craindre au citoyen le plus couvert de gloire , on imaginait de naturaliser en France une coutume de l'ancienne Egypte , par laquelle la vie des morts était soumise a un jugement qui leur accordait ou leur refusait les honneurs de la sépulture.

Des lieux embellis par la nature et par l'art , devaient être consacrés à recevoir les dépouilles mortelles des bons citoyens. Des monumens érigés par le peuple aux plus dignes , et l'inscription des noms et des vertus de tous auraient transmis à la postérité un vaste champ d'instruction et de patriotisme , et les vieillards , a qui la garde de ces enceintes sacrées eut été confiée , auraient , parleur exemple, invité la nation entière a rendre un utile hommage a la mémoire des hommes de bien.

Des fêtes allaient être consacrées à célébrer les Anniversaires

, , , ^ - ••11 ^^^ évenemcns

evenemens mémorables qui avaient le plus con- mcinorabi,.s. tribué à établir et à affermir l'égalité. En mettant sous les yeux du peuple les causes qui les firent naître , les circonstances dont ils furent ac-

compagnes , et le bien ou le mal qui en fut la suite, on lui eut fait faire un cours d'histoire nationale, de morale et de politique , et il eût appris a connaître les écueils contre lesquels pouvait se briser , faute de sagesse , le vaisseau de la république.

Jeux et spcc- On voulait aussi que quelques-uns de ces évënemens tussent mis en action , et des-lors quel parti le législateur n eut-il pas pu tirer de la poésie , de la musique , de la danse et de la peinture , pour graver profondément dans les cœurs les sentimens qu il visait a inspirer ; à l'aide des récompenses décernées par l'opinion , il eut mis en honneur le courage , l'agilité , la tempérance , la modestie , l'amour du travail , et toutes les qualités physiques et morales qui sont les ornemens et les appuis de l'égalité et de la liberté.

Il semblait au comité que les amusemens que le peuple entier ne partage pas , doivent être retranchés d'un état bien institué , de crainte , disait-il , que l'imagination débarrassée de la surveillance d'un juge sévère , n'enfantât bientôt des vices monstrueux , si contraires au bonheur de tous.

Divinité , et Toutes CCS iustitutious , et les mœurs républi-

immortalité de» ini'.' . ^ „

l'âme. cames qu elles devaient créer et conserver , eus-

sent trouvé un dernier et important appui dans les idées religieuses dont les lois et l'éducation

allaient jeter les semences dans tous les esprits. La république française , ne reconnaissant aucune révélation , n'eût adopté aucun culte particulier ; mais elle eut fait de légalité le seul dogme agréable a la divinité , dont les bienfaits eussent été proclamés par des solennités populaires et elle eut fortement gravé dans le cœur des bons citoyens l'espérance d'une heureuse immortalité ^ .

Ce qui paraissait au comité insurrecteur le Lien qui unit

1 T/Y» •! 1 ni • 1 VI 1 • toutes les parties

plus difncile dans 1 ordre social quii voulait dciarépubiiîiuc. établir, c'était le maintien de ce lien secret qui

« On pensait an comitd que les dogmes de l'existence de l'Être suprême et de l'immortalité de l'ame sont les seuls dont la socie'té régénérée soit véritablement intéressée à maintenir la croyance , parce que , disait-on , il lui importe que les citoyens reconnaissent un juge infaillible de leurs pensées et de leurs actions secrètes , que les lois ne peuvent atteindre , et qu'ils tiennent pour certain cju'un bonheur étemel sera la suite nécessaire de leur dévouement à l'humanité et à la patrie. Quant au culte, on voulait qu'il fut borné au respect pour le pacte social , à la défense de l'égalité et à certaines fêtes publiques. Toutes les prétendues révélations eussent été reléguées , par les lois , parmi les maladies dont il fallait extirper graduellement les semences. En attcntUint, libre à chacun d'extravaguer, pourvu que l'ordre public, la fraternité générale et le pouvoir des lois ne fussent point troublés. Telle fut la doctrine religieuse des priacipaux défenseurs de l'égalité pendant la révolution française , telle fut celle de Robespierre qui dut , en grande partie, an courage avec lequel il la défendit, la sanglante proscription dont il fut la victime. L'égarement des athées, les erreurs des luîbertistes , Tinmioralité des dantonistes , l'orgueil comprime des girondins , les menées sourdes des royaliste^ et l'or de l'Angleterre déçurent, au 9 thermidor, les espérances du peuple français et du genre humain.

tient étroitement unies toutes les parties de la république , et fait que chacune d'elles , loin de se regarder comme un tout séparé , indépendant et indifférent au sort des autres , sent que sa prospérité dépend de la leur , et que ce n'est que par une volonté et par une action commune qu'elle peut la conserver et l'accroître.

11 y a dans tout pays un peu étendu , des lieux fertiles oîila terre fournit un abondant superflu, et d'autres oii elle suffit à peine aux besoins des liabitans. L'intérêt c[ui, dans le système de la communauté , lierait ceux-ci à ceux-là , est sensible ; mais comment empêcher que les communes favorisées par la nature , ne regardent comme onéreuse leur association à celles qui ne le sont pas , et ne prétendent demeurer , par une violation de la loi de l'égalité , en possession d'une existence plus commode ?

Peut-être l'instituteur dun peuple nouveau verrait, dans la possibilité de ce désordre, un motif pour étendre ou pour resserrer son territoire : on le préviendrait probablement , en variant les productions , de manière que chaque commune eut cjuelque chose à attendre des autres ; mais c'est principalement par la réciprocité des bienfaits , et par la connaissance des avantages de l'ordre social , que le lien dont il s'agit peut être rendu indissoluble. Lorsque l'habitant du midi

de la république connaîtra combien lui sont utiles ceux qui demeurent au nord , par les jouissances qu ils lui procurent, par l'importance du terrein qu'ils défendent , et par les sentimens fraternels qu engendre en eux la conformité' des mœurs et des lois , il sentira son ame s'agrandir , il admirera le mécanisme social par lequel tant de millions d'hommes conspirent a le rendre heureux , et il se convaincra que , dans l'intérêt même de cette égalité qu'il chérit, il est nécessaire que , franchissant les limites de sa commune , elle comprenne toute l'étendue de la république ï.

Rien n'est plus propre a faire naître et à en- commun

. . 1 • • tions enl

tretemr ces sentimens , que les communications citoyens. fréquentes entre les habitans des diverses parties d'un état ; elles redoublent leur zèle , en leur prouvant Tempresscment de tous à servir la patrie. Aujourd'hui les commerçans font, pour s enrichir,

» Le pacte rdel ou tacite^ sur lequel repose la société , renferme nécessairement la mise en commun de toutes les forces et de toute la puissance des individus -, car, autrement, ceux-ci se trouvant, dès le commencement inégalement, partagés, il serait tout à Tavantage des uns , et au détriment des autres. Il résulte de cette convention fondamentale , que le territoire , quelle que soit son étendue , est tout entier la propriété originaire du peuple qui I'occujkî ; or , celui-ci ne pouvant vouloir traiter les uns plus favorablement que les autres , entend nécessairement , quand il exerce complètement ses droits, (pic la prcnluction inégale de travaux égaux soit compcn« êée par une distribution impartiale.

icatiuns entre 1«&

ce que Ton devrait faire pour remplir sa tâche, pour s'instruire et pour devenir meilleur. Mais la passion dont ils sont animes étant étouffée par la proscription de la propriété individuelle , le législateur qui ne veut pas enfermer sa république dans l'enceinte d une ville , doit lui substituer des mobiles innocens et féconds en bons résultats. Le transport des denrées, la transmission des ordres, les fonctions du gouvernement et de la guerre font parcourir le pays a un grand nombre de citoyens : ce nest pas tout; aux communications de devoir, il faut en ajouter d'autres , provoquées par l'amour seul des plaisirs de Tesprit et du cœur, et il paraît qu'on ne saurait mieux les entretenir et les faire rechercher , que par la fréquence et la variété des fêtes publiques.

Fêtes. Chaque commune , chaque département eut eu ses fêtes particulières ; d autres , plus générales , n'eussent été célébrées qu'auprès du gouvernement de la république ; d'autres enfin eussent embelli alternativement plusieurs points qui auraient eu tour a tour Fhonneur de fixer les regards de la nation entière ^

' La divinité , les grands phénomènes de la nature , les arts utiles, les vertus, les révolutions politiques, favorables à l'humanité , et les grands hommes qui l'ont servie et honorée , étaient les sujets que ces fêtes devaient graver dans l'esprit du peuple , et dont la première idée avait été donnée par le décret de la convention nationale, rendu à la suite du rapport mémorable de Robespierre sur les idées religieuses.

C'était par de semblables institutions , que les Nécessité d'une meml^res du comité insurrecteur croyaient qu on '''^^°'^'^^' devait fonder solidement la liberté, et qu'en changeant graduellement les mœurs , on rendrait les Français heureux, unis, chéris, respectés et invincibles. Cependant les soins des réformateurs eussent été insuifisans , s'ils n'avaient pas avisé aux moyens de préserver leur ouvrage des atteintes de la force et de la corruption , et de l'améliorer successivement.

Quelle que soit la sagesse des institutions , elles entraîneront bientôt dans leur chute l'égalité qu'elles ont établie , si le législateur ne leur donne pas un garant plus actif que les efforts de l'égoisme ; il n'en est pas de plus sur que la réunion de toutes les forces individuelles en une seule grande force commune, toujours prête à ramener k la règle de l'intérêt général ceux qui s'en écartent : c'est la création du corps politique.

Mais cette force est elle-même dangereuse et La puissance nuisible , si elle n'obéit pas à une volonté qui sera j f^'J le^peûpir contraire au bien et a la liberté du peuple , si elle n'en émane pas directement. Il faut donc que la déclaration de la volonté nationale ou la loi soit l'ouvrage du peuple.! Aussi était-ce au peuple que le comité insurrecteur entendait rendre le soin de maintenir , par le» actes de sa volonté , le grand principe de l'égalité.

Quoique les institutions primitives soient sagement conçues , elles ne peuvent ni prévoir tous les dangers et tous les besoins futurs de la société, ni se placer dans toutes les circonstances où elle pourra se trouver; notre république eut donc eu , comme tous les corps politiques , besoin d'une législation successive, et par conséquent dune puissance législative permanente qui , ainsi que nous venons de le voir , ne pouvait résider que dans le peuple.

Après avoir posé les bases de l'économie sociale, propre à maintenir l'égalité , le comité insurrecteur songea a disposer les choses , de manière que le principe de la souveraineté du peuple ne fût jamais violé , c'est-à-dire à faire en sorte que nulle obligation ne put être imposée au peuple sans son consentement réel , qu'il put facilement émettre sa volonté , et qu'il portât dans ses délibérations toute la maturité désirable.

Afin d'atteindre ce but , il fallait déterminer les élémens dont le peuple se compose , les formes à suivre pour provoquer l'émission de sa volonté , et en connaître les arrêts, et les précautions à prendre pour forcer les magistrats à s'y soumettre.

Avant de rendre des projets du comité , relativement à l'autorité publique , un compte aussi fidèle que me le permettent le laps du temps et le

faible et unique secours de ma mémoire , je dois prévenir qu'ils tendaient tous a assurer l'exécution du dogme fondamental : le peuple délibère sur les lois j consacré par la constitution de i -ygS , dont il forme le caractère distinctif ; au surplus, je suis loin de donner ces projets comme des points définitivement arrêtés.

Le peuple, disait le comité , est la totalité des hommes vivant en frères sous la même loi politique ; et , la nature faisant dépendre de l'égalité des droits le bonheur des individus et la tranquillité durable de la société , il ne saurait y avoir, au sein de la nation , un seul individu inégalement partagé , sans qu'il y ait aussitôt une semence de désordre et de dissolution. Conséquemment, tous les habitans qui , parvenus , à l'âge oii se développent les facultés intellectuelles, consentent à vivre dans le pays et à se soumettre aux décrets du peuple souverain , sont citoyens et membres de la puissance législative.

En parlant des vues du comité insurrecteur Étrangers. sur le commerce extérieur, j'ai dit qu'il comptait en confier la direction a des magistrats. Non-seulement il opinait, en cela, conséquemment au principe de la communauté des biens, mais il se proposait d'écarter , par le même moyen , la contagion des exemples pernicieux qui pourraient énerver la force des mœurs et l'amour de l'égalité , garans

(les droits et du bonheur de tous. On aurait donc élevé entre la France et ses voisins des barrières hérissées d'obstacles : cependant elles n'eussent pas été impénétrables ; Taraour de Hiumanité les eut ouvertes aux amis malheureux de la liberté , aux bienfaiteurs des nations , attires par le désir de connaître les institutions françaises, et aux hommes las de servage , qui seraient venus avec un cœur pur chercher dans notre république l'égalité et le bonheur K

I Cette précaution , à l'égard des étrangers , était dictée , non par un esprit malveillant d'isolement , mais par le désir de mieux remplir les offices d'humanité et de fraternité, que tous les peuples se doivent réciproquement. Le premier de ces devoirs est celui qui astreint un peuple à aider les autres dans le recouvrement et dans la défense de leurs droits naturels , et le comité insurrecteur pensait que la république française devait s'en acquitter en donnant , avant tout à la terre , l'exemple éclatant d'une institution forte, fondée sur l'égalité et sur la liberîé. Dans sa manière de voir , un si grand bienfait ne pouvait être communiqué par la force des armes , soit parce que l'invasion porte nécessairement avec elle l'idée de la conquête et de la domination, soit parce que les accens de la fraternité se concilient mal avec les violences que la guerre entraîne à sa suite. Voulant donc rendre efficace le grand exemple qu'on préparait au monde , il fallait écarter soigneusement du nouvel ordre social tout ce qui pouvait en retarder ou en empêcher l'établissement , et par conséquent éloigner sévèrement du territoire français , cette foule d'étrangers que les gouvernemens ennemis n'eussent pas manqué d'y répandre , sous des couleurs philanthropiques , dans l'intention perfide d'y semer la discorde et d'y créer des factions ; d'ailleurs l'expérience de l'an II était trop récente pour qu'on négligeât de se tenir sur ses gardes. Une parfaite communication n'eût pu avoir lieu avec les nations étrangères, avant qu'elles eussent

Rien n eut été épargné pour éloigner impitoyablement tout introducteur de frivolités et de modes étrangères ; les curieux eussent été soumis a de rudes épreuves et à une rigoureuse surveillance, et quant aux aspirans de bonne foi aux droits de cité , la loi eut exigé que lacté national qui devait les leur conférer, fut précédé d un long et scrupuleux noviciat.

Chez un peuple nombreux, répandu sur un A as te territoire , on ne peut réunir tous les citoyens en une seule assemblée , pour recueillir d'un seul jet la volonté nationale. De la naît la nécessité de régler , d une manière uniforme et commode, les sections dans lesquelles le peuple entier se distribue, et de trouver un mode prompt et facile d en comparer les vœux , sans s exposer à les voir méconnus ou dénatiu*és. Le comité croyait que ce but serait atteint au moyen des trois établissemens suivans :

i" Les assemblées de souveraineté ;

2" L assemblée centrale des législateurs ;

3° Le corps des conservateurs de la volonté nationale.

Les deux premiers sont consacrés par la constitution de I -793 ; le troisième devait être l'objet

adopte les principes politiques de la France ; jusque-là , celle-ci n'eût vu que des dangers pour cUc-mémc dans leurs mœurs, dans leur» institntioni^et sartout dans leurs gouvememcns.

d'un supplément que le comité jugeait nécessaire. AssemLi.?es de Pour formcr les assemblées de souveraineté , on

souveraiueté, .,..,,

aurait divisé la république en arrondissemens , aussi étendus que la commodité des réunions pouvait le permettre. Il y aurait eu dans chaque arrondissement :

L'assemblée de souveraineté, composée de tous les citoyens ;

Un sénat composé de vieillards nommés par l'assemblée susdite;

Un président et des secrétaires choisis par la même assemblée ;

Un amphithéâtre orné et commode pour les assemblées du peuple ;

Des archives ;

Des officiers chargés de convoquer les réunions et d'y maintenir l'ordre.

Assemblée cen. L'assciTiblée ccntralc des législateurs se compo-

trale deslégisla- . o ' ' i • • l o l

leurs. sait, contormement a la constitution de 179^, de

délégués nommés directement par le peuple, avec la double mission de proposer des lois , et de rendre des décrets pour en assurer l'exécution et pour diriger et surveiller le gouvernement. Par une différence remarquable entre les dispositions de la constitution susdite et les projets du comité insurrecteur, les législateurs eussent été en certains cas responsables de leurs opinions.

conseryateurs Lc corps dcs conscrvatcurs de la volonté natio-

nale était une institution nouvelle , destinée à re- ^^ ^^ voiomé nacueillir les actes des assemblées de souveraineté , et à proclamer la volonté du souverain.

On comptait en outre faire de ce corps une espèce de tribunat, chargé de veiller à ce que les législateurs, abusant du droit de rendre des décrets, n'empiétassent pas sur la puissance législative.

Je ne me souviens pas qu'on eut pris un parti à l'égard du nombre des conservateurs et de la durée de leurs fonctions; mais je me rappelle fort bien qu'on était convenu d'engager le peuple à les tirer, par ses suffrages immédiats , du corps des sénateurs.

Ceci posé, on concevait deux manières de for- Formation de mer la loi ; elle eut pu prendre naissance , ou dans l'assemblée centrale des législateurs, ou dans chacune des assemblées de souveraineté.

Dans le premier cas , l'assemblée centrale adressait aux assemblées de souveraineté ses projets avec l'exposé de ses motifs. Les résultats des délibérations populaires étaient envoyés aux conservateurs qui proclamaient le vœu de la nation, en publiant les votes de chaque fraction du souverain ^ Dans le second cas, chaque assemblée de

> D'après la constitution de 1798, Facquicsccment tacite des neuf dixièmes des asscmbldes primaires de la moiticMcs dcpartcmcns , plus un , (équivaut à un consentement gen(5ral. Cette disposition avait pour objet de ne pas fatiguer le peuple par de trop fréquentes

souveraineté pouvait proposer une loi nouvelle ou l'abrogation d'une loi ancienne ; la même proposition étant faite par la majorité de la nation , les conservateurs en donnaient connaissance aux législateurs, qui étaient tenus de rédiger et de soumettre à l'approbation du peuple la loi par lui demandée.

Garantie con- S'il était arrivé que l'assemblée des législaire les empiète- jg^^-g g^^|. empiété sur la puissaucc souveraine ,

mens de 1 assem- 1 JT '

Liée des légisia- g^ rcudaut sous la forme de décrets des actes

leurs.

législatifs contraires aux lois existantes , l'action des conservateurs serait devenue nécessaire pour provoquer le jugement du peuple. A l'égard de cette action, il y avait au comité diversité, ou tout au moins incertitude d'opinions; car, si tous reconnaissaient la nécessité d'élever une digue contre la précipitation ou l'ambition d'une assemblée revêtue d'une grande autorité, tous n'étaient

assemblées, et était une conséquence du droit de propriété individuelle , conservé par la déclaration des droits qui précède cette constitution. Ce droit étant détruit ou considérablement restreint, le danger de voir le peuple détourné des affaires publiques par le soin des affaires particulières disparaît , et il est juste d'être plus difficile sur les preuves du consentement national , dont la présomption pourrait être souvent fondée sur un silence, effet de l'ignorance et des manœuvres criminelles. On aurait tort de craindre la multiplicité des assemblées politiques , dans un pays où l'égalité simplifie la législation , si l'on considère d'ailleurs que les actes qui ne statuent pas sur des matières générales ne sont pas des lois.

pas d'accord sur le pouvoir dont il convenait de revêtir les conservateurs : les uns pensaient que leur intervention devait se borner a un appel fait au peuple ; d'autres croyoient qu'il était utile de les autoriser à suspendre , jusqu'à la de'cision du souverain , l'eflfet des décrets attaques.

Tout demeura a cet égard dans le vague,, hormis Partage aei'au-

, , r ^^ -1 • in ii/ lorité de cette as-

la cramte réelle des usurpations de 1 assemblée semblée.

centrale, crainte qui avait aussi enfante' le projet de partager cette assemblée en deux sections , dont une se fut bornée a rédiger les lois , tandis que l'autre , retenue dans ses attributions par les conservateurs, eut, par ses décrets , dirigé et contenu le gouvernement. ^

On apercevra aisément que la dispersion du Avantage de la pouvoir souverain en un si ffrand nombre d'assem- '^•«p<="»o^^"°» "

Jr î3 ganes de la legis.

blées, a un grand avantage sur sa concentration en i^^i»'»un corps unique, plus exposé à devenir le jouet des factions et d'une fausse éloquence. L'inconstance et la précipitation reprochées aux démocraties ne sont plus a redouter, dans un système où les délibérations passent par tant de degrés avant d être converties en lois. Sous ces rapports, cette manière de former la loi est d'autant préférable à toute autre , qu'elle a pour appuis la simplicité des mœurs et l'uniformité des intérêts , et que , par l'institution déjà citée des sénats, elle offre une garantie trcs-rassurantc contre les erreurs humaines. .

Le peuple doit La puissancc souveraine appartenant de droit coiftrf Tertr- ^^^^^^"^1 ^^ peuplc , il nc peut , sans se détruire , reurs, soumettrc ses actes à aucune volonté , ni recon-

naître jamais de supérieur. Ses décisions vrai- , ment législatives, sont nécessairement dictées par des intentions droites ; mais, étant composé d'hommes , il peut se tromper, et il est de sa prudence et de son intérêt de prendre des précautions pour se garantir des erreurs.

Voilà pourquoi, s'il est contraire aux droits imprescriptibles des peuples de les déposséder de l'exercice du pouvoir souverain, ou en les condamnant au silence, ou en soumettant à une sanction particulière les actes de leur volonté , il est juste et nécessaire , pour le maintien de ces mêmes droits , de les environner de lumières et de conseils , afin qu'ils ne prononcent que des décisions éclairées et utiles.

Sénats. Ces soutiens, le comité insurrecteur les cher-

cha dans la nature , et , à l'exemple des anciens législateurs, il les trouva dans l'expérience et dans la prudence de la vieillesse; il désirait qu'une assemblée de souveraineté ne put valablement délibérer sans avoir préalablement entendu l'avis de son sénat, dont les fonctions se réduisaient à conseiller, après quoi les sénateurs auraient voté avec les citoyens. On a vu que les conservateurs eussent été tirés des sénats , et il

Première formation des sénats.

fut question d'en extraire également un conseil d'anciens , chargé uniquement d'éclairer par ses avis l'assemblée centrale des législateurs.

Cependant on ne se dissimulait pas que le temps seul pouvait donner à cette institution son utilité et son efficacité. On sentait que la même force d'habitude qui attacherait un jour les vieillards aux institutions de l'égalité , les attachait alors comme aujourd'hui aux illusions de la monarchie héréditaire, aux erreurs des religions, aux prestiges de la propriété et aux préceptes d'une morale servile.

Les sénats qu'on voulait établir devaient être les conservateurs de l'égalité et des mœurs démocratiques , et la plupart de nos vieillards ne connaissent ni l'un ni l'autre. D'ailleurs il eut fallu qu'au commencement ces corps fussent les propagateurs du nouvel ordre dont ils seraient devenus ensuite les gardiens.

Ainsi le comité insurrccteur ne comptait composer d'abord les sénats que des citoyens les plus vertueux , les plus zélés et les plus amis des nouvelles institutions; pendant un certain temps, ils se seraient adjoint les vieillards les plus estimables et les plus agréables au peuple de leurs arrondissemens.

Il résulte de tout ce qui précède que , pour le ^j fj^J^^" '" comité insurrccteur, le bonheur et la liberté dé- * .8.

pendaient bien plus du maintien de légalité et de rattachement des citoyens aux institutions qui rétablissent , que de la distribution des pouvoirs publics. Il y avait dans leur république une institution de Vétat et une constitution de V autorité j et il est, dans l'une et dans l'autre, des points fondamentaux que le peuple lui-même ne peut ni violer ni modifier, parce qu'on ne saurait y toucher sans dissoudre à l'instant la société; tels sont, dans la première, \ égalité rigoureuse , et dans la seconde , la souveraineté populaii^e. L'inviolabilité de ces dogmes eut été solennellement reconnue par la loi qui devait autoriser la résistance et l'insurrection , dans le cas où une partie des citoyens tenterait , en les méconnaissant , de s'arroger le droit d'asservir l'autre. Rectification A- l'cxccption dc CCS poiuts capitaux de droit

de la constitu- , / • i i / \ i

tion. naturel, tout le reste était subordonne a la vo-

lonté du peuple qui eut pu modifier et changer a son gré l'autorité par lui établie. Pour rendre hommage a cette doctrine et préserver en même temps la république des dangers que les intrigues et les tumultes auraient pu lui faire courir , on voulait que les assemblées de souveraineté fussent périodiquement appelées à s'expliquer sur la constitution, et que , dans le cas où elles invoqueraient des changemens, un petit nombre de sages fussent chargés de proposer régulièrement les ré-

formes demandées; on voulait aussi qu'à des époques marquées , Tétat de la nation fut examiné par des commissaires spéciaux qui auraient proposé au peuple des mesures propres à extirper les abus dont ils auraient reconnu l'existence.

Pour apprécier les avantages qu'oflPrirait une Peu de lois «uf-

1 / ' ^ ,' •• 1 / 'in fisent à un peu-

puissance législative ainsi ordonnée, il faut se pie q„i jouit de rappeler, par-dessus tout, qu un peuple, sans pro- ^'^^s^iité. priété et sans les vices et les crimes qu'elle enfante, sans commerce, sans monnaie, sans impôts , sans finances, sans procès civils et sans indigence, n'éprouverait pas le besoin du grand nombre de lois sous lesquelles gémissent les sociétés civilisées d'Europe.

Avant de terminer ce qui a rapport au pou- La direction

. ....,, de l'agriculture

•voir souverain , je crois utile de remarquer que et des arts utiles

kj' -• \ lit •!. .1 . est une des prin-

direction suprême de 1 agriculture et des arts ^i paies attribu-

eût été une de ses principales attributions. Les''""'''"i'°"'^°'''

A ■* souverain.

règles générales tracées par les lois eussent été développées par l'assemblée centrale et mises cn\ pratique par l'autorité executive dont nous allons entretenir nos lecteurs.

Si toutes les précautions sont prises afin que la Autorité exé. volonté du peuple soit toujours connue, si les mandataires , chargés d'en préparer et d'en proclamer les arrêts, sont dans rheureuse impuissance d'y substituer la leur, il ne reste qu'à ordonner l'autorité chargée de la faire exécuter, de manière

cuUye.

Causes de sa

(juen aucun cas, les magistrats ne puissent contraindre les citoyens a obéir à d'autres volontés qu'à celles des lois et que leur conduite soit une leçon permanente de bonnes mœurs et de dévouement à la patrie.

Le magistrat doit €tre fort de toute la puissance nationale pour faire respecter la volonté du peuple , mais il ne doit rencontrer que difficultés et obstacles dès que, par erreur ou par prévarication , il est tenté de s'en écarter. y^^^^. Une telle administration est le résultat du

mode de nomination de ses membres, de leur nombre, du partage et de la durée de leurs fonctions, de la surveillance qu'on exerce sur eux , des comptes qu'on en exige , des peines et des récompenses qu'on leur distribue et surtout des mœurs de la nation et de l'attachement éclairé des citoyens a la patrie et à ses lois. Supplément à jj se^iji^i^- ^u comité insurrecteur que les dis-

la constitution de X

»793 positions de la constitution de i ng3 , relatives au

conseil exécutif, étaient bonnes quoique insuffisantes. 11 applaudissait à l'article qui borne son action a l'exécution des lois et des décrets , et à celui qui le rend responsable de leur inexécution ; il approuvait la séparation que cette constitution consacre, des fonctions administratives du ressort de ce conseil d avec les judiciaires attribuées aux tribunaux , et adhérait à ce qu'elle statue sur

le nombre des magistrats suprêmes et sur la durée de leur exercice; mais il pensait qu'il impor tait de déterminer un mode pour l'examen de leiu" conduite, d'assigner une peine à chaque infraction de leurs devoirs , de régler les formes a suivre pour leur distribuer les éloges ou le blâme qu'ils pourraient mériter, et d'instituer des voies promptes et faciles pour poursuivre les mandataires et les magistrats suprêmes accusés d'infidélité envers le peuple.

La sûreté , la défense , et, dans le système du Nature et ob-

..,1 -t.. ^ 1 i .. jets des ditféren-

comite, la subsistance même du peuple exigent t« magistrature» impérieusement que l'impulsion , donnée par les premiers dépositaires des lois, se propage rapidement et uniformément jusqu'aux extrémités de la république ; il est donc nécessaire que le pays soit enveloppé d'une longue chaîne dont chaque anneau réponde -a l'instant a l'ébranlement imprimé au sommet. Ces anneaux sont les magistrats inférieurs, institués pour rappeler sur tous les points du territoire les citoyens a leurs véritables intérêts et pour pourvoir aux besoins du peuple , exprimés par les lois.

Il y a donc, dans la république, une échelle de magistratures descendant , par divers degrés de juridiction, du conseil exécutif aux magistrats qui forment le point de contact entre le souverain et les sujets.

Une échelle semblable toute judiciaire , remonte des magistrats , charge's de constater et de poursuivre les infractions aux lois, au tribunal suprême dont la tâche est de maintenir partout Funiformité de la législation.

Des magistrats dirigent les occupations productives et règlent la distribution impartiale des biens qui en dérivent ; d'autres maintiennent Fharmonie entre les citoyens ; ceux-ci veillent à la défense de letat et jettent dans les âmes les semences du courage et de la valeur; ceux-là appesantissent la sévérité des lois sur ceux qui les enfreignent; les uns soutiennent les faibles et éclairent les égarés; les autres fournissent sans cesse de nouveaux alimens à lamour de la patrie , par la liberté, par la majesté, par la décence et par l'allégresse qu ils font régner dans les réunions et dans les fêtes publiques.

Il serait aussi long qu inutile d'entrer dans tous les détails de cet ordre dont les bases sont posées par la constitution de 1 798 ; elle institue , d'un côté des tribunaux , et de l'autre des administrations intermédiaires et des corps municipaux auxquels on eut subordonné d'autres magistrats chargés de Féconomie nationale.

Réunion des A CCS mcmcs corps municipaux se rattachait

fonctions civiles ,, -, .,. . ,.-,,. ■• / J /*

aux militaires. 1 ordrc militaire qu ils étaient charges de tormer et de surveiller. On désirait que les places supé-

rieiires de Farinée fussent occupées par des magistrats civils , afin , disait-on , que la guerre ne fut jamais faite que dans Tesprit du gouvernement et du peuple, que tout conflit devint impossible , et qu on eût moins à craindre Fambition des généraux.

Laissant au lecteur judicieux à suivre toutes les branches de l'autorité qui découlent, comme autant de conséquences , des principes ci-dessus établis , je me bornerai à expliquer par quels moyens on se flattait de pouvoir contenir dans les limites légales un si grand nombre de magistrats.

En eflfet , jamais nation n'en eût autant ; sans compter que , sous certains rapports , chaque citoyen eût été un magistrat sm^ veillant soi-même et les autres, il est certain que les fonctions publiques eussent été très-multipliées et les magistrats fort nombreux.

L'ensemble des fonctions se composant de toute Faction nécessaire pour nourrir, habiller, loger, élever , éclairer , diriger et défendre le peuple , à proprement parler tout citoyen est ou a été fonctionnaire. La différence qu'il y a entre les fonctions auxquelles tous participent et celles que les lois attribuent aux magistrats , consiste en ce que celles-ci ont uniquement pour objet de diriger et protéger les autres ; nous les appelons fonctions publiques.

ne coûtrpaTi'ius Cependant ce serait a tort qu'on s'effraierait que le simple ci- (J'^q si grand nombre de magistrats qui , presque tous astreints au travail auquel ils président , n'ont pour toute autorité que l'exemple d'une plus grande activité , ou sont tirés de la classe que l'âge dispense des occupations pénibles ; pas un d'entr'eux ne coûte plus à la république que le citoyen le plus obscur.

La simpiicitë (]'est un ffraud prodige d'ordre social que le

des mœurs est uu o x o 1

garant de la fidé- magistrat , chargc d'appliquer les lois d'un grand

lité des magis- r - ■> - î

trats. peuple a une de ses tractions , s attire , en s y con-

formant strictement, Testime et l'amour de cette fraction, au point qu'il ne puisse lui déplaire qu'en les violant. Si ce prodige peut se réaliser , ce n'est que lit où la simplicité des mœurs donne a toutes les parties de l'état le même esprit et les mêmes intérêts, et c'était précisément là le but auquel tendaient les efforts du comité insurrecteur.

Echelle des

Dans sa manière de voir, le peuple était le créa-

niagistraturcs. J- ^

teur, le surveillant et le soutien de ses magistrats; voulant lui épargner le regret d'avoir mal placé sa confiance , le comité avait tourné ses regards vers ces lois par lesquelles nul ne peut s'élever , parles suffrages populaires, aux magistratures les plus éminentes, sans avoir fait preuve d'un grand amour de l'égalité et sans avoir exercé graduellement toutes les magistratures inférieures de la même classe. Cette disposition que le comité n'ap-

pliquait aucunement à lexercice de la souveraineté , dans lequel il croyait qu il fallait laisser au peuple une liberté illimitée , lui paraissait réunir à lavanlage de n'appeler aux fonctions les plus importantes que des hommes d un âge mur, celui de mieux conserver Fesprit de la réforme qui au reste ne pouvait attendre un succès complet que de l'abandon de la vanité , de l'orgueil et de l'avarice, et d'un hem^eux changement dans la morale et dans les mœurs des citoyens.

Ici revient naturellement l'observation qui a Au conuneu-

, , P ' 1 -i , T 1 * / cément de la ré-

ete laite en parlant des sénats. Les hommes âges, forme, les magispropres un jour a conserver l'égalité établie , sont ^l^^YllJé^Zl incapables et dangereux quand il s'agit de réta-''^"^'^'^^<*'"^'«>°" blir. Il n'appartient de fonder vme république véritable qu'aux amis désintéressés de l'humanité et de la patrie , dont la raison et le courage ont devancé la raison et le courage de leurs contemporains. L'esprit de la république assise forme celui des citoyens- et des magistrats; mais au commencement ce sont les plus sages et les plus ardens instigateurs de la réforme qui seuls peuvent créer celui de la république. Le comité tenait donc fortement a ce que les magistratures, composées d'abord et exclusivement des meilleurs révolutionnaires , ne se renouvelassent , par l'application entière des lois constitutionnelles, que graduellement et proportion-

nellement aux progrès de la régénéralion publique.

Quiconque lira jusqu'ici cet e'crit, se formera, j e Fespère , une idée suffisante des principes politiques de nos conjurés et des moyens par lesquels ils se proposaient de les appliquer à la république française.

dudu^^* ^^* ^^^^ je crois, ne leur fera Tin jure de penser qu^ils eussent le fol espoir de les voir mis en pratique d'un coup de baguette et par un acte semblable a celui de la création. Ils ne se dissimulaient pas les obstacles qu'ils avaient a' vaincre , mais ils étaient convaincus que la réforme qu'ils projetaient était le seul moyen de fonder une république vigoureuse et durable, et ils voyaient dans les progrès de l'esprit public , dans l'activité renaissante des élémens révolutionnaires , dans la réunion des démocrates i , dans l'extrême mécontentement du peuple et dans le courage des citoyens dévoués , des matériaux suffisans pour commencer et pour consolider successivement la révolution dont ils avaient jeté les fondemens. L'éducatiou, Parmi les moyens que l'on peut imaginer pour

moyen de con- ^■, i • • i, • • • j

sommer et de combattrc 1 ambitiou et 1 avarice , inspirer de

for^r^^"^ ^ "^^ nouvelles mœurs, et donner a la bonté naturelle

au peuple tout l'essor dont elle est susceptible ,

il en est un qui , quoique lent dans ses effets , est

» Les hébertistes et les robespierristes s'ëtaient ralliés sous les mêmes drapeaux.

infaillible, si ceux qui réforment 1 état saventFemployer dans toute son e'tendue : c'est Féducation. L'éducation, remise aux mains des réformateurs, eût complètement changé la face de la nation , en rendant sacrés Famour de la patrie et les principes de la liberté et de Fégalité. Le grand édifice une fois élevé , c'était encore a Féducation à Faméliorer , à le fortifier et à le rendre immortel.

C'est donc sous deux points de Yue que nous aurons à considérer Féducation ; d'abord comme une institution conservatrice dans les mains de la république fondée ; ensuite comme un moyen de régénération dans celles des réformateurs.

Il est un âge pendant lequel nos sentimens et notre intelligence sont modifiés par Faction de tout ce qui nous frappe ; c'est dans cette action que consiste notre éducation ; elle nous fait bons ou médians , citoyens ou brigands.

La société ne pouvant ctre libre, heureuse et La lodété doit

f, . t . 1 /» diriger l'tjducsi-

ilorissante que par les sentimens et pai^ les lorces tioa. de ses membres , rien n'est plus clair que le droit qu'elle a de veiller directement sur tout ce qui peut exercer sur leur éducation une influence quelconque ; elle doit le faire parce que son sort futur en dépend.

De la division naturelle de l'espèce naissent deux sctparaiio» d»

^ sexes.

branches d'éducation ; l'une pour les garçons , Fautrc pour les filles. Le but que la société doit se

proposer est le même , mais les difFe'rences que la nature a mises entre les sexes , nous avertissent qu'on ne saurait, sans contrarier ses lois, employer indistinctement les mêmes proce'dës pour Fun et pour lautre; il importe d'ailleurs à la vigueur et a la conservation des individus que le développement de l'amour qu'accélère le mélange des sexes , soit retardé ; il est donc bon qu'ils soient élevés séparément.

D'après les vues du comité insurrecteur l'éducation devait être

Nationale,

Commune ,

Égale '.

L'éducation est Nationalô : c'est-à-dire , dirigée par les lois et surveillée par les magistrats. L'éducation devant compléter la réforme , maintenir et affermir la

» Michel Lepelletier qui eut la gloire de sceller de son sang la république naissante , eut aussi celle d'imaginer le premier depuis ia re'volution , un plan d'éducation nationale, commune et égale. Ce plan, monument éternel de la vertu de son auteur, devait cependant se concilier avec toutes les misères qui découlent en foule de la propriété individuelle , véritable boîte de Pandore , et dés-lors , il dut renfermer des ménagemens qui en restreignent considérablement les avantages. Lepelletier proposait d'élever les enfans en commun , de cinq à douze ans , et de les rendre ensuite à leurs familles. N'était-il pas à craindre que les impressions encore faibles à cet âge, ne fussent en grande partie effacées par les fausses opinions et par les mauvais exemples dont les jeunes gens, ainsi rejetés dans un tourbillon de vices et de préjugés, eussent éprouvé nécessairement l'influence?

république, celle-ci est le seul juge compétent * des mœurs et des comiaissances qu'il lui importe de donner a la jeunesse. D'un autre côté, le principal objet de l'éducation doit être de graver profondément dans tous les cœurs les sentimens de fraternité générale, que contrarie et repousse le régime exclusif et égoïste des familles.

Commune : c'est-à-dire administrée simulta- ''™"™"'^ nément a tous les enfans vivant sous la même discipline. Il est essentiel que les jeunes gens s'accoutument de bonne heure a ne voir dans tous leurs concitoyens que des frères, à confondre leurs plaisirs et leurs sentimens avec ceux des autres , et à ne trouver de bonheur que dans celui de leurs semblables. Les communautés d'éducation sont les images de la grande communauté nationale , a laquelle tout bon citoyen doit rapporter ses actions et ses jouissances.

Égale : parceque tous sont également les en- ^^'''' fans chéris de la patrie ; parce que tous ont les mêmes droits au bonheur que trouble nécessairement l'inégalité ; parce que de l'égalité d'éducation doit dériver la plus grande égalité politique.

Pour nous faire une idée des projets du comité ^'«^'lucatioa

* ■' est dirigée par

insurrccteur a cet égard, représentons-nous une """ ni;,(^isirature magistrature suprême, composée de vieillards blanchis dans les fonctions les plus importantes delà république, dirigeant, a l'aide des magistrats

f;incc.

inférieurs, tous les ëtablissemens d'éducation, s assurant par des inspecteurs , tirés de son sein , de Texécution des lois et de ses ordres , et ayant auprès d'elle un séminaire d'insli tuteurs dont elle soigne renseignement.

Soins de l'en- Daus lordrc social conçu par le comité , la patrie s'empare de l'individu naissant pour ne le quitter qu'a la mort. Elle veille sur ses premiers momens , lui assure le lait et les soins de celle qui lui donna le jour, écarte de lui tout ce qui pourrait altérer sa santé et énerver son corps , le garantit des dangers d'une fausse tendresse et le conduit par la main de sa mère a la maison nationale oii il va acquérir la vertu et les lumières nécessaires à un vrai citoyen.

On voulait établir dans chaque arrondissement deux maisons d'éducation ; une pour les garçons et l'autre pour les filles ; les lieux en bel air ; la campagne , l'éloignement des villes , le voisinage des rivières eussent été préférés.

Difftirences na- L'hommc, dcstiué par la nature au mouvement

turelles des deux \ i-, . i.. • . i 'O ^ i .•

xe^es. et a 1 action, doit nourrir et deienare la patrie ;

la femme doit lui donner des citoyens vigoureux; celle-ci , plus faible que l'homme, sujette aux incommodités de la grossesse, aux douleurs de l'enfantement et aux maux c[ui en sont souvent les suites , et douée des charmes qui exercent tant d'empire sur l'autre sexe , paraît réservée pour

des travaux moins rudes et moins bruyans, et semble avoir reçu en partage , de la nature , le don de calmer la violence des pi"êsions, d adoucir les maux de rhumanite' et de donner un plus grand prix à la pratique de la vertu. Il suit de ces différences ineflfaçables que l'éducation des deux sexes ne saurait être en tout la même. Parlons d abord de celle des garçons.

D'après les idées du comité insurrecteur, Tédu- objets de ré-

, 1 . . , . ducation,

cation nationale devait se proposer trois objets :

I®. La force et Tagilité du corps ;

2°. La bonté et l'énergie du cœur ;

3°. Le développement de l'esprit.

La santé et la force des citoyens sont des condi- i^* «-orps. tions d'où dépendent essentiellement le bonheur et la sûreté de la république ; elles s'acquièrent et se conservent par l'action des organes et par l'éloignement des causes qui troublent les fonctions animales. De la, la nécessité de la fatigue, de l'exercice , delà sobriété et de la tempérance. La jeunesse , espoir de la patrie , doit donc être exercée aux travaux les plus pénibles de l'agriculture et des arts mécaniques , contracter l'habitude des mouvemens les plus difficiles et vivre dans la plus stricte frugalité. Les manœuvres militaires , la course , l'équitation , la lutte , le pugilat , la danse , la chasse et la natation étaient les jeux et les dâammens que le comité insurrccteur préparait

à la génération naissante ; il voulait que la paresse et le désœuvrement fassent bannis des maisons nationales d educatiïïn , et que la mollesse et l'amour des voluptés ^e pussent trouver une seule voie pour se glisser dans les cœurs des jeunes Français.

Disposition des Qu coucevait les maisons d'éducation , distri-

jnaisons d'éduca- ^

tion. buées en autant d appartcmens qu elles auraient

contenu d âges difFérens : ici , des salles pour les repas communs ; la , des ateliers où chaque élève se serait exercé a Fart qu'il eut préféré ; d un côté , de vastes campagnes où Ton eût vu la jeunesse , tantôt livrée aux travaux de l'agriculture et tantôt logée militairement sous la tente ; de l'autre , des gymnases pour les jeux ; ailleurs , des amphithéâtres pour l'enseignement.

Le coeur. J)es occupatious toujours renaissantes de nos jeunes gens devaient résulter en eux des sentimens analogues aux principes de l'état. On les aurait accoutumés à rapporter a la patrie , maîtresse de tout , lesbeautés dont ils étaient témoins et à attribuer a ses saintes lois leur santé , leur bien-être et leurs plaisirs ; vivant constamment ensemble , ils eussent enfin confondu leur bonheur avec celui des autres ; et, autant à l'abri de la contagion de l'intérêt et de l'ambition, que convaincus par l'expérience et par les récits , de la tendresse de la patrie , le désir de la servir et de mériter son

approbation serait devenu le mobile unique de leurs actions.

Tout eût e'té mis en œuvre pour garantir la jeunesse des idées de supériorité' et de préférence . Rien , dans ces lieux d'innocence et de paix , ne pouvant éveiller la soif de l'or et du pouvoir, l'amour brûlant de l'égalité et de la justice s'y serait uni aux premières sensations des jeunes citoyens à qui les vertus , inspirées par l'institution et recommandées au nom d'une si douce patrie , seraient bientôt devenues familières.

Quelques arts sont indispensables pour le bon- . ^*^*' *"' "'^" heur de la société dont l'ordre et la conservation exigent que ses membres soient pourvus de plusieurs connaissances.

Laissera-t-on Tesprit humain vaguer sans guide et sans frein dans les vastes champs de l'imagination ? Laissera-t-on introduire dans la société, sous le prétexte de la polir et de l'améliorer, une infinité de besoins factices , d'inégalités , de disputes , de fausses idées de bonheur .? ou imposera-t-on des bornes a l'industrie, en écartant des maisons d'éducation tout ce qui n'est pas rigoureusement nécessaire au bien-être de la république ?

Notre comité, voulant délivrer ses concitoyens de la gène des superfluités et de l'amour des jouissances cjui énervent les hommes , ou n'ont de prix que par les distinctions dont elles sont les signes ,

avait unanimement arrêté de restreindre, dans les maisons d'éducation , les travaux des arts et métiers aux objets facilement communicables à tous; il désirait que la prétendue élégance des meubles et des habillemens fît place a une rustique simplicité. L'ordre et la propreté, disait-il, sont des besoins de lesprit et du corps , mais il importe que le principe de l'égalité auquel tout doit céder , fasse disparaître la pompe et la délicatesse qui flattent la sotte vanité des esclaves. Esprii, scien- A Fégard des connaissances spéculatives, les membres du comité insurrecteur, avertis par les sages de l'antiquité , instruits par quelcpies vrais philosophes des temps modernes , et convaincus que rien n'importe moins à une nation que de briller et de faire parler d'elle , voulaient enlever a la fausse science tout prétexte de se dérober aux devoirs communs , toute occasion de flatter l'orgueil , d'égarer la bonne foi et d'offrir aux passions un bonheur individuel autre c[ue celui de la société. Ils voyaient dans l'abolition de la propriété, celle de cette volumineuse jurisprudence , désespoir de ceux cjui l'étudient et de ceux dont elle prétend défendre les intérêts ; ils étaient bien décidés à faire main basse sur toute espèce de discussion théologique , et sentaient que la cessation des salaires nous eut bientôt guéris de la manie d'étaler le bel esprit et de faire des livres.

Les connaissances des citoyens , disaient-ils , doivent leur faire aimer l'e'galite' , la liberté et la patrie , et les mettre en état de la servir et de la défendre. Il faut donc , ajoutaient-ils , que tout Français sache parler, lire et écrire sa langue , parce que , dans une si vaste république , les signes écrits sont les seuls moyens possibles de communication entre ses parties , et parce que les autres connaissances en dérivent; que la science des nombres soit familière à tous , parce que tous peuvent être appelés a garder et à distribuer les richesses nationales; que chacun s'habitue a raisonner avec justesse et à s'exprimer avec brièveté et précision; que personne n'ignore l'histoire et les lois de son pays ; l'histoire , qui apprendra à connaître les maux que la république a fait cesser et les biens dont elle est la source ; les lois , par l'étude desquelles chacun sera instruit de ses devoirs et deviendra capable d'exercer les magistratures et d'opiner dans les affaires publiques ; que tous connaissent la topographie , l'histoire naturelle et la statistique de la répidiliquc , afin qu'ils aient une idée juste de la puissance qui les protège et de la sagesse des institutions qui font concourir toutes les parties d'un si grand corps a la félicité de chaque individu ; que pour embellir les fêtes , tous soient versés dans la danse et dans la musique.

Telle était à peu près l'éducation que le comité

insurrecteur destinait à la jeunesse française ; c'était pour lui un objet de prédilection , parce qu'il la considérait comme le fondement le plus solide de l'égalité sociale et de la république.

Ainsi habitués à la fatigue , exercés à Fagriculture et aux arts nécessaires , pourvus des connaissances utiles, les jeunes gens seraient insensiblement devenus Fespoir et la consolation de tous les citoyens qui eussent reçu d eux un grand soulagement dans leurs travaux , et d'agréables et touchantes distractions dans les fêtes publiques.

Plus d'éducation domestique, plus de puissance paternelle ; mais ce que la loi allait enlever d'autorité individuelle aux pères, elle le leur eût rendu au centuple en commun. Les sénats dont il a été fait mention devaient être, dans chaque arrondissement, les surveillans des maisons d'éducation; et sous leur direction , les femmes aussi eussent été appelées à veillera l'éducation des filles, élevées en commun jusqu'au moment de leur mariage.

Education des Afin quc la cité ne renferme que des hommes robustes et laborieux , on doit assurer une bonne constitution à celles que la nature destine à donner des citoyens à l'état; il est donc nécessaire d'endurcir leurs corps a la fatigue par le travail et par l'exercice. Le mouvement et l'occupation sont, disaient les conjurés, les grands ressorts de

1 éducation républicaine; ils concourront avec l'absence de la propriété et des distinctions a affaiblir le penchant a la coquetterie et a retarder les élans de lamour.

Les filles , poursuivaient-ils , seront dressées aux travaux les moins pénibles de l'agriculture et des arts , parce que le travail qui est la dette commune est aussi le frein des passions , le besoin et le charme de la vie domestique ; elles seront pudiques , parce que la pudeur est le gardien de la santé et Tassaisonnement de l'amour ; elles aimeront la patrie , parce qu'il importe qu'elles la fassent aimer aux hommes, et elles participeront par conséquent aux études propres a leur faire admirer la sagesse de ses lois ; elles seront exercées au chant des hymnes nationales qui doivent embellir nos fêtes ; enfin elles prendront part , sous les yeux du peuple , aux jeiLx des garçons , afin que la gaieté et l'innocence président aux premiers mouvemens de l'amour et soient les avant-coureurs des unions prochaines.

Il m'est impossible d'entrer dans tous les détails d'une institution si nouvelle , dont le co^ mité avait à peine ébauché le plan ; il suffit au reste de savoir cjue le grand but de l'éducation nationale , commune et égale , devait cire de former des ciloyens vigoureux qui eussent servi

Education militaire.

Assemblées d'inslriiction.

avec dévouement la république par l'habitude de bien faire , et pour le plaisir de contribuer au bonheur d'une si aimable patrie.

Dans le système du comité , les jeunes gens passaient des maisons d'éducation aux camps établis près des frontières; là, toujours prêts à repousser les agressions extérieures , ils se seraient perfectionnés dans l'art militaire; la, vivant dans une parfaite communauté de travaux et de jouissances , ils auraient acquis par la fatigue , par l'application et par la frugalité , les qualités requises pour obtenir, à leur retour dans leurs foyers , l'exercice des droits de cité.

Du succès des premiers essais de ce genre dépendait , -selon les conjurés , celui de leur projet de réforme; cela seul, disaient-ils, suffira pour affermir l'égalité et achever la révolution , car cela seul prouvera l'existence des mœurs et des opinions républicaines que la génération actuelle ne saurait adopter c|u'imparfaitement.

Afin de mieux conserver l'esprit des nouvelles lois et les principes de la morale publique , on eut ouvert des assemblées d'instruction où il eut été loisible à chaque citoyen d'expliquer au public les préceptes de la morale et de la politique , et de Tentretenir des affaires de la nation. Auprès de ces assemblées, l'autorité eut

fait établir des imprimeries et des bibliothèques.

Dans cet ordre de choses , l'imprimerie est le Liberté de l. moyen de communication le plus actif et le ^""*' meilleur rempart contre l'usurpation de la souveraineté du peuple. Elle seule peut mettre les citoyens d un vaste état à même de prononcer mûrement sur les projets de loi qui lui sont soumis ; elle seide améliore graduellement l'ordre public ; elle seule déjoue les machinations des ambitieux.

Mais la propriété individuelle étant abolie, et tout intérêt pécuniaire étant devenu impossible , il faut aviser aux moyens de retirer de la presse tous les services qu'on peut en attendre , sans risquer de voir mettre de nouveau la justice de l'égalité et les droits du peuple en question, ou de livrer la république à d'interminables et funestes discussions.

Au sujet de la liberté de la presse , les articles suivans avaient été soumis à l'examen du comité insurrecteur :

I® Nul ne peut émettre des opinions directement contraires aux principes sacrés de 1 égalité et de la souveraineté du peuple ;

2^ Tout écrit sur la forme du gouvernement et sur son administration doit être, imprimé et envoyé à toutes les bibliothèques , sur la demande d'une assemblée de souvcrainet(; , ou d'un nombre

déterminé de citoyens au-dessus de trente ans ;

3® Aucun écrit touchant une prétendue révélation quelconque ne peut être publié ;

/\° Tout écrit est imprimé et distribué , si les conservateurs de la volonté nationale jugent que sa publication peut être utile a la république.

En parlant de l'éducation, nous avons vu que le comité insurrecteur entendait s opposer à ce que le raffinement des arts et l'étude dçs sciences introduisissent dans la république des mœurs efféminées , de fausses idées de bonheur , de dangereux exemples et des aiguillons à l'orgueil et à la vanité. On revint sur cet article qui , comme beaucoup d'autres , n'était pas épuisé , lorsque le comité fut forcé de renoncer à son entreprise.

Avantages des i^^iV Ics prosfrès dcs arts , disait-on quelquefois , les travaux indispensables peuvent être adoucis , les communications par terre et par eau peuvent devenir plus faciles , et de nouvelles jouissances peuvent être ajoutées à la masse des jouissances communes..

Que seraient les arts, poursuivait-on, sans les sciences qui en fixent les théories et en éclairent la pratique ? Par les sciences , les maladies sont quelquefois guéries ou prévenues ; elles apprennent à l'homme à se connaître , elles le préservent du fanatisme religieux, le mettent

arts et des scien-

sur ses gardes contre le despotisme , charment ses loisirs et élèvent son ame aux plus hautes vertus.

Mais, considérant les choses sous d'autres as- ^^^'^"^ *i"' "^^

découlent.

pects , on voyait naître du raffinement des arts, le goût des superfluités , le dégoût des mœurs simples, l'amour de la mollesse et des frivolités ; on craignait que les hommes qui se voueraient aux sciences , ne se fissent insensiblement de leurs connaissances réelles ou supposées , des titres aux distinctions , à la supériorité et à Texemption des travaux communs, et que l'opinion qu'on aurait de leur savoir , alimentant leur vanité , ne les engageât enfin à de funestes entreprises sur les droits des gens simples et moins instruits , dont ils tromperaient la bonne foi , a l'aide d'une hypocrite et dangereuse éloquence. Au poids de ces tristes réflexions se joignait celui de l'opinion de J. J. Rousseau qui avait dit, d'après l'histoire , que jamais les mœurs et la liberté n'avaient été réunies à l'éclat des arts et des sciences.

Pendant les discussions qui curent lieu plusieurs fois sur cette matière , on observa que la plupart des maux qu'on reprochait aux arts et aux sciences, ayant pour cause Tavidilé du gain qui engage a s'y livrer , il était probable qu'ils disparaîtraient, et que le nombre des étu-

dians diminuerait considérablement, dès que Te'tablissement de la communauté aurait anéanti la misère et détruit la possibilité d'assouvir Tavarice. Rien ne fut statué sur les points suivans qui avaient été proposés :

I** Aucune étude ne donne droit àlexemption des travaux communs ;

2° Des magistrats seront chargés de conserver et d'accroître le dépôt des connaissances humaines ;

3° Les jeunes gens, qui auront fait paraître de grandes dispositions, seront, à leur sortie des maisons d'éducation, envoyés auprès de ces magistrats pour y poursuivre leurs études.

Objections Tels sont les premiers linéamens de l'ordre

civil et politique vers lequel étaient dirigés les efforts du comité insurrecteur. On lui a objecté tantôt l'injustice de ses projets , tantôt l'impossibilité de les mettre a exécution. Quant à l'injustice , nous avons , dans le cours de cet ouvrage , mis nos lecteurs à même d'en juger ; pour ce qui regarde l'impossibilité d'exécution , objection bannale de ceux que la moindre réforme contrarie , nous nous bornerons a observer que , quand on s'est formé une idée juste de l'état de la France , pendant les deux premières années de la république , on demeure convaincu que le dévouement du peuple français à la cause

de l'ëgalitë , et sa confiance en ses conducteurs étaient alors si grands qu'il n'y avait aucune institution démocratique qu'il n'eut adoptée avec enthousiasme. Ces heureuses dispositions furent a la vérité affaiblies par l'affreux événement du 9 thermidor *, mais elles paraissaient encore en grande partie a découvert , lors des travaux du comité insurrecteur et même long-temps après ; d'ailleurs étant naturelles au peuple , elles ne tardent pas à se montrer dès que les causes qui les compriment cessent d'agir. Les obstacles à une réforme radicale ne viennent pas du plus grand nombre; ils sont tous dans la dépravation de ceux qui ont trouvé le secret de rejeter sur d'autres leur part de travail : forcez-les au silence , tout le reste vous applaudira et vous secondera.

Au demeurant , le comité , je le répète , loin de prétendre nous donner l'égalité de fait, le lendemain de l'insurrection, quoique décidé à ne rien négliger de ce qui pouvait en hâter l'établissement complet, ne se croyait pas en état d'en fixer l'époque. Il sentait la nécessité d'une marche graduelle en rapport avec le progrès de

' Les résultats de cette journdc furent d'autant plus funestes, qu'ils amenèrent à désespérer du bonheur de la patrie et de l'humanité, beaucoup d'hommes qui s'étaient élevés à toute la hauteur de la vertu.

l'opinion et avec le succès des premières mesures dont nous allons rendre compte ; n'cùt-il fondé solidement que l'éducation commune, il eût beaucoup fait pour Fhumanité « .

I Ce que les démocrates de l'an IV ne purent exécuter en France , un homme généreux a dernièrement essayé de le mettre, par d'autres moyens , en pratique dans les îles britanniques et en Amérique. L'Écossais Robert Owen, après avoir établi à ses frais, dans son pays , quelques communautés fondées sur le principe de l'égale distribution des jouissances et des peines , vient de former aux États-Unis , divers établissemens semblables , où plusieurs milliers d'hommes vivent paisiblement sous le doux régime de la parfaite égalité.

Par les conseils de cet ami de l'humanité , la société coopérative , établie à Londres , travaille depuis quelque temps à propager les principes de la communauté et à démontrer, par des exemples pratiques , la possibilité de leur application.

Babeuf tenta de réunir un peuple nombreux dans une seule et grande communauté -, Owen , placé en d'autres circonstances, voudrait multiplier dans un pays les petites communautés , qui» unies ensuite par un lien général , deviendraient autant d'individus d'une grande famille. Babeuf voulait que ses amis s'emparassent de l'autorité suprême par l'influence de laquelle il espérait effectuer la réforme qu'ils avaient projetée ; Owen compte réussir par la prédication et par l'exemple. Puisse-t-il montrer au monde que la sagesse peut opérer un si grand bien sans le secours de l'autorité ! puisse-t-il , surtout , ne pas éprouver la douleur de voir échouer ses nobles efforts , et de fournir , par une expérience sans succès , aux adversaires de l'égalité , un argument contre la possibilité d'établir, d'une manière quelconque , un ordre social, auquel des passions violentes opposent une résistance redoutable, et qui paraissait ne pouvoir être le résultat que d'une forte <:ommotion politique chez les nations policées !

On a opposé au système d'Owen plusieurs objections , qui s'appliquent également à celui de Babeuf; nous allons les rapporter avec les réponses qui en font voir la futilité. '

( 297 ) Les premiers soins des insurges ^ après la vie- P^^mi^resme-

, , , ^ sures après l'in-

toire, eussent ëtë de se concilier l'opinion du peu- surrection. pie, de placer partout l'autorité' en des mains dévouées aux principes de la nouvelle révolution,

!«■« Objection. Les d(//erences physiques qui existent entre les hommes, ne permettent pas d'établir, dans la répartition des travaux et des objets de consommation, cette parfaite égalité qui est . le but de la communauté.

Réponse. Ici , Fégalitë doit se mesurer par la capacité du travaillant, et par 1^ besoin du consommateur, et non par l'intensité' du travail et par la quantité des objets consommés. Celui qui, doué d'un degré de force , soulève un poids de dix livres . travaille autant que celui qui , ayant une force quintuple , en déplace un de cinquante. L'homme qui , pour apaiser une soif ardente , boit une bouteille d'eau, ne jouit pas plus que son semblable qui, faible» ment altéré, en avale une chopine. Le but de la communauté en question est l'égalité des jouissances et des peines , et nullement celle des choses à consommer ou de la tâche du travaillant.

2""^ Objection. La bonté inégale des objets de la même espèce comme fruits , légumes, laitages , viandes, boissons, etc., etc., introduirait dans la distribution une inégalité réelle , qui engendrerait la jalousie et les altercations , et ferait de la société un séjour de discorde et d'inimitié.

Réponse. On ne raisonne ainsi que parce qu'on juge d'hommes élevés sous un régime tout fraternel , d'après nous-mêmes que les mauvaises institutions rendent vains , jaloux et ennemis les uns des autres. C'est faire injure à l'auteur de la nature, que de supposer que les hommes sont naturellement portés à s'envier, à se haïr et à s'cntre-déchirer pour la saveur d'un fruit, ou pour la suavité d'une fleur , lorsque les fi-uits et les fleurs abondent autour d'eux. Otcz aux hommes la propriété individuelle, vous câlinerez leurs passions le» plus funestes, et vous leur enlèverez, à peu prés , tout moyen de se nuire. D'ailleurs , ne pourrait-on pas rendre les petite» inégalités dont il s'agit, encore moins sensibles, par le sort, ou par l'alternative dans l'ordre des distributions? En morale , en politique et en économie, l'égalité n'est pas

de ne pas laisser aux ennemis bien connus de Fe'galité , le temps d'ourdir les complots auxquels ils n'auraient pas manqué d'avoir recours.

l'identitë mathématique , et elle n'est pas altérée par les petites difrérences. Le bon sens et l'esprit d'égalité et de concorde aplanissaient à Sparte toutes les faibles difficultés, qui, aujourd'hui même, ne troublent pas la paix des familles nombreuses, des pensionnats et des logemens militaires.

3iiie Objection. La société se chargeant de pourvoir aux besoins de chacun, personne n'éprouverait la nécessité de travailler pour se procurer la subsistance , et les hommes naturellement enclins à la paresse , se livreraient à une insouciance générale quj. rendrait tout travail impossible.

Réponse. L'homme bien constitué a besoin de mouvement, et, pour dissiper l'ennui , il recherche le travail auquel il ne répugne qu'autant que ce travail est excessif et qu'il en porte exclusivement le fardeau. Ni l'un ni l'autre de ces cas n'a lieu dans la communauté , où , tous travaillant , la tâche de chacun est la plus douce possible.

À ces causes d'activité , il faut ajouter la conviction que tous auraient de la nécessité du travail, la flétrissure que l'opinion commune ferait rejaillir sur le paresseux, et la rigueur de la loi qui punirait l'oisiveté volontaire des peines qu'on inflige aujourd'hui aux voleurs.

/j^me Objection. Par le même motif, il n'y aurait plus aucun progrès de l'esprit et de l'industrie.

Réponse. Les productions frivoles que le besoin d'un chétif salaire fait éclore , et qui n'ont de prix qu'aux yeux de la vanité et de la fainéantise, disparaîtraient sans retour. Certes ce ne serait pas un mal. Mais à coup sûr, il n'en serait pas de même des études et des recherches , tendant à affermir l'amour de la patrie et à améliorer le sort de tous ; on s'y livrerait avec d'autant plus d'ardeur qu'on en aurait généralement le loisir , et qu'on y serait encouragé par la reconnaissance publique et par l'attrait d'une gloire sagement décernée , qui fût , dans tous les temps , le mobile àes grandes actions et des inventions vraiment utiles.

( 299 ) A cet effet, le comité avait arrêté le plan d'une „ ,

' A Proclamatum

proclamation aux Français , dont un de ses mem- J"iJ"'"^^'' ^'''" bres écrivait les premières lignes , lorsqu'il fut

5me Objection. Le régime régulier et minutieux de la communauté ferait de la société ci\^ile un courent de moines , et nuirait ^ à la liberté.

Réponse. Les moines propriétaires ou mendians ne se livrent à aucune occupation de l'agriculture ou de l'industrie, tandis que, dans la communauté de Babeuf et d'Owen , chacun sert le public par son travail. Les moines sont célibataires , et dans la communauté, on ne renonce pas à l'imion conjugale. Les moines obéissent aveuglément à leurs chefs , et, dans la communauté , on n'est soumis qu'à la loi que tous concourent à former, à modifier et à anéantir. Les moines oisifs font retentir l'air d'inutiles prières , tandis que sous le régime de l'égalité, on rend à la divinité, par l'exercice de la vraie charité , le seul culte digne d'elle. Les moines enfin sont astreints à conformer toutes leurs actions à une règle sévère ; au contraire , les hommes de la communauté disposent de leur temps , à un court travail prés , au gré de leurs penchans et de leur volonté.

Pour décider si la liberté des actions est plus respectée dans le régime de la communauté, que dans celui de la propriété individuelle, il suffit de considérer que, sous le dernier, la pluralité des habitans , que la nécessité assujettit à un travail long et pénible , est toujours plus ou moins privée du libre usage de sa volonté, même lorsque la loi semble lui en assurer la jouissance. Il y aura certainement plus de cette liberté dans un pays, où tous travaillent trois ou quatre heures par jour, que dans celui où quatre cinquièmes de la population sont astreints à un travail de dix ou douze heures, afin que l'autre cinquième nage dans les voluptés , et se déprave par l'oisiveté.

6'ui- Objection. La vie commune ramènerait la société à Cétat de barbarie.

Réponse. L'absence des sciences et des arts, jointe à la grossièreté des manières et à la violence des caractères , constitue ce qu'on appelle communément barbarie. Or , rien de tout cela ne se-

( 3oo )

s^isi par les satellites de la tyrannie ». Par cette proclamation , on devait mettre sous les yeux du peuple le long tissu de crimes, au moyen desquels l'égalité et les droits des citoyens avaient été indignement outragés ; montrer que les causes des maux publics , que la révolution qu'ils avaient amenée n'avait pas encore déracinés, étaient toutes dans l'inégalité et dans les vices qu'elle enfante ; proposer a la nation la conduite du peuple de Paris comme le modèle qu'elle devait suivre ; appeler hautement les Français à l'égalité, et prendre solennellement l'engagement de la leur

rait la suite nécessaire de la communauté telle que Babeuf et -Owen l'ont conçue. Cette communauté, au lieu d'exclure les études et l'industrie , qui concourent réellement au bonheur et au maintien de la société , les encouragerait par l'intérêt commun , par l'opinion et par le loisir. Les sciences et les arts, ne servant plus d'aliment à l'avarice et à la vanité , s'y dépouilleraient de tout ce qui n'est ni vrai, ni profitable pour tous. D'un autre côté, l'éducation commune , et l'échange non interrompu des secours et des bienfaits , feraient naître dans les sentimens cette fraternité qui adoucit les manières et tempère l'impétuosité des caractères. Par la suppression de la misère et de la bassesse , suites inévitables de la propriété individuelle , seraient bannies de la société la dissimulation et l'hypocrisie qui en font un champ de bataille , un enfer véritable. On serait bon sans fard, et fier sans brutalité. Loin de retomber dans la barbarie , nous entreverrions alors la possibilité d'atteindre , par l'établissement de la communauté, un bonheur durable et une civilisation réelle et parfaite.

» Voici ces lignes : « Le comité insurrecteur du saljit public. Le

peuple a vaincu , la tyrannie n'est plus , vous êtes libres » Ici

l'écrivain fut arrêté et saisi.

( 3oi )

assurer , moyennant quelques mois de calme , de courage, de patience et de docilité.

La même proclamation eût érige en principe de législation le décret du peuple parisien en insurrection * , et eut consacré la constitution de 1793 comme le dernier terme du nouveau régime politique ; sauf quelques supplémens et l'établissement préalable des institutions , sans lesquelles la constitution la plus populaire sera toujours un corps sans ame , en butte à la fureur des factions.

Voici quelques-unes des dispositions dont cette proclamation devait être suivie:

Dissolution immédiate de toutes les autorités civiles et judiciaires et mise hors la loi de tout individu qui eut osé en exercer les fonctions;

Rétablissement subit des commissions executives , des administrations de département et de district , des municipalités , des comités révolutionnaires , des justices de paix et des tribunaux criminels, tels qu'ils étaient avant le 9 thermidor de l'an II;

Ordre à tout citoyen, exerçant a cette époque des fonctions quelconques dans les autorités cidessus , de les reprendre a Tinstant , sauf le cas d'empêchement légitime;

Exclusion de tout emploi public , sous peine dv

' Voyez ci-dcMU8 , pag. iSy.

I ao.

mort , de tout individu connu pour avoir augmenté sa fortune dans lexercice d'une fonction publique quelconque;

Publication de l'acte insurrecteur dans toute la république ;

Application à toute la république des art. 1,2, 18 et 19 dudit acte ;

Apposition des scellés sur toutes les caisses nationales ;

Abolition de tout impôt direct et des patentes , a compter du i^"^ vendémiaire an IV , en faveur des citoyens qui , exerçant eux-mêmes les travaux de l'agriculture et des arts de première nécessité , n'avaient que le simple nécessaire pour eux et pour leurs familles ;

Répartition progressive sur les riches de la totalité des contributions directes précédemment frappées ;

Recouvrement de ces contributions en nature ; Paiement en nature des baux des biens nationaux;

Etablissement de magasins publics dans chaque commune et de grands magasins militaires à 20 lieues des frontières couvertes par les armées ; Invitation à tous les citoyens de donner à la patrie des effets d'habillement pour ses défenseurs ; Ordre aux municipalités de veiller à ce qu'aucune partie du territoire ne restât inculte ;

Déchéance, au profit du peuple, des propriétaires qui négligeraient de cultiver leurs terres selon Fusage du pays ;

Suspension de la vente des biens nationaux ;

Abolition immédiate de tout traitement en argent dans Fintérieur de la république ;

Fourniture du nécessaire en nature aux agens publics dont les besoins seraient prouvés;

Semblable fourniture aux familles indigentes des défenseurs de la patrie et à tous les vieillards ou infirmes pauvres ;

Exhortation aux riches de céder de bonne grâce a la voix impérieuse de la justice , d'épargner à la patrie des déchiremens et à eux-mêmes une longue suite de maux, et de se réduire au simple nécessaire par un généreux abandon de leur su^ perflu au peuple ;

Oubli de tout fait ou opinion contraire a l'égalité , a Fégard de ceux qui , dans un délai déterminé , eussent prouvé , d'une manière non équivoque , un retour sincère à la vérité et à la patrie ;

Réintégration dans les maisons d'arrêt , sous peine d'être mis hors la loi, de tous ceux qui étaient détenus le 8 thermidor de l'an II , a moins qu ils n'eussent cédé a l'exhortation do se réduire au nécessaire en faveur du peuple;

Révocation de tous les décrets rendus depuis

le 9 thermidor en faveur des émigrés ou accusés d'émigration , des conspirateurs ou leurs héritiers ;

Arrestation de tout individu connu pour avoir exécuté ou provoqué , depuis le 9 thermidor, l'assassinat des républicains.

Ce n'était là que le commencement des grandes réformes que méditait le comité insurrecteur ; ce n'était que le passage forcé de l'autorité publique en des mains populaires.

Ce comité comptant conserver après l'insurrection, une utile influence dans les délibérations , s'était occupé d'un plan d'opérations immédiates et préparatoires de la législation définitive à laquelle il désirait arriver ; je vais en donner une légère idée.

Commissaires Q^ g^|. envové , sans délai , dans les départe-

generaux. ./ ' ' i

mens et aux armées , des commissaires généraux, pris hors de la nouvelle convention , revêtus d'amples pouvoirs , chargés de vaincre toutes les résistances par la force des républicains; autorisés à employer à propos la sévérité et l'indulgence ; armés du pouvoir de destituer , d'envoyer en jugement , de récompenser ; astreints a déclarer, avant d'entrer en fonctions , l'état de leur fortune et responsables de leur conduite k un tribunal spécial , érigé tout exprès pour recevoir le compte de leur gestion , et punir ceux

qui auraient méconnu le but de leur mission.

On regardait, comme un objet de la plus haute ^éminaire nor importance, la prompte réunion auprès de l'autorité insurrectionnelle d'un séminaire normal oii les citoyens des départemens seraient venus, dans un ordre déterminé , puiser les principes de la nouvelle révolution , se pénétrer de l'esprit des réformateurs et apprendre à diriger par la conviction publique, l'exécution des lois qui devaient changer la face de la nation.

Aux commissaires 2;énéraux allait être confié ^*p"^ ,p"^^'«=

^ et sociétés po-

le soin important d'éclairer et réunir les repu- puiaires. blicains et surtout de leur faire partager les vues et l'esprit des directeurs de l'insurrection ; ils devaient se les attacher par la sagesse de leurs mesures , par la chaleur de leur zèle , par leur désintéressement et par des mœurs irréprochables. En véritables apôtres, ils eussent porté la lumière de l'égalité dans toutes les communes, et particulièrement dans les sociétés populaires qu'ils devaient ouvrir , et dont on désirait que l'opinion devançât les actes réformateurs du législateur. • Cinq projets de décrets révolutionnaires étaient Décrets réro-

. ^ 1 1. . 1 • / • iulionnaires.

soumis a la discussion du comité insurrccteur, au moment de sa dissolution , savoir :

Projet d'un décret de police ,

— — militaire,

— — sur l'éducation ,

lice.

taire.

Projet d'un décret économique , • — — sur les fêtes nationales.

Décreu depo- Par la vigueur du de'cret de police , on \oulait effrayer et déconcerter ceux qui eussent été tentés de renouveler les scènes qui ensanglantèrent la république après le 3i mai 1793. Tel était le but des camps intérieurs , de l'armement général des citoyens et de la nouvelle formation de la garde nationale. Tous ceux qui n'étaient pas intéressés au succès complet de la réforme allaient être réduits a la plus profonde impuissance. Aussi , tout homme qui ne servait pas la cité par un travail utile, en eut été exclu. On songeait enfin à faciliter l'exécution du plan général par le concours même des mécontens qui eussent été forcés d'y chercher, a leur corps défendant , la seule voie de salut '.

Décret miii- Du décrct militaire devait résulter une sorte d'éducation républicaine pour la jeunesse qui ne pouvait plus en recevoir les bienfaits dans les maisons d'éducation; ce décret renfermait, entre beaucoup d'autres articles , les suivans.

Tout Français sert activement dans l'armée, depuis l'âge de vingt ans jusqu'à vingt-cinq;

Nul ne peut exercer un commandement dans l'armée , s'il n'a pas porté les armes , comme simple soldat , pendant ans ;

» Voyez Pièces justificatives , n'^ 28.

Les subordonnes concourent, dans chaque corps, à la nomination de leurs chefs périodiquement amovibles ;

Il n'y a plus de solde militaire en argent ;

La république fait distribuer journellement une ration militaire a tout individu composant Tarmée ;

Elle loge, habille, éclaire, chauffe, blanchit et entretient également tous les défenseurs de la patrie;

La ration militaire est la même que celle des fonctioimaires publics ;

Les défenseurs de la patrie vivent en commun , sous la direction de leurs chefs et d'après les règles qui seront établies ;

Le pillage individuel est défendu ; tout défenseur de la patrie promet , avant d'entrer en campagne , de rapporter aux administrateurs de l'armée tout ce qu'il pourra légitimement enlever a l'ennemi ;

Après des fatigues extraordinaires, les militaires qui les ont endurées , reçoivent une distribution plus cx)pieuse de vivres ;

L'insubordination est punie de mort ;

Sont punis de la même peine les généraux et officiers qui se rendent coupables de vol, d'ivresse , de viol , de jeu , de mépris des lois , de voies de fait et d'actes arbitraires envers leurs subordonn(Ls.

Il sera établi, dans les armées, des travaux, des études et des fêtes ;

La république décerne des récompenses aux actions d'éclat ;

Tous les citoyens sont exercés au maniement des armes et aux évolutions militaires.

Décret sur lé- Lc décrct sur l'éducation était destiné a mettre

ducatioa.

sur-le-champ a exécution le plan dont i>ous avons parlé. En effet il n y avait point de ménagement à garder envers lenfance qui, n ayant pas d'habitudes formées, était prête a contracter toutes celles qu'on voulait lui donner.

Toute la difficulté se réduisait à cet égard à vaincre la répugnance de quelques familles et à trouver un nombre suffisant d'hommes capables de diriger les maisons d'éducation dans l'esprit de la réforme.

On espérait venir à bout du premier obstacle par l'influence des républicains , par l'enthousiasme qu'allait réveiller la propagation des principes de légalité , par le soulagement immédiat que cette mesure allait apporter a la classe indigente et par l'évidence des avantages qu'elle allait assurer aux enfans.

Quant au bon esprit , a la moralité et a la capacité de ceux a qui on allait confier la direction des maisons d'éducation , on comptait s'en assurer a l'aide du séminaire normal oii l'on devait

employer à les former le temps nécessaire pour faire agréer au peuple le nouveau système et pour disposer les lieux où la jeunesse allait être réunie.

Obtenons, disait le comité insurrecteur, que les jeunes gens et les soldats s'affectionnent aux mœurs de l'égalité, et le plus important sera fait : car, dans quelques années, ces jeunes gens et ces soldats composeront presque la totalité de la nation; cependant, afin de ne pas rendre inutiles les bonnes dispositions que leur aura données l'éducation nationale , ne souffrons pas qu'en entrant dans la société , ils y trouvent un ordre qui en contrarie les effets ; que la destruction de l'esprit de propriété commence dès ce moment et marche de front avec les progrès de la jeunesse et de l'armée dans les doctrines et dans les mœurs de l'égalité. C'est à quoi le comité destinait le décret économique.

Ce décret embrassait toutes les parties de l'ad- Décrcuécono ministration publique : l'agriculture , les arts , le commerce , la navigation , les finances et les travaux publics étaient de son ressort et allaient en recevoir une nouvelle vie.

On sait que rétablissement de la grande et parfaite communauté nationale était le dernier but des travaux du comité. Cependant il se serait bien gardé d'en faire l'objet d'un ordre le lendemain de son triomphe, et de contraindre les op-

( 3io )

posaiis à y prendre part; toute violence individuelle , tout changement non ordonne par les lois eût été interdit et puni. Le comité pensait que le législateur devait se conduire de manière a déterminer le peuple entier à proscrire la propriété par besoin et par intérêt.

Mais comment amener tant d'hommes dépravés par Toisiveté , par les Jouissances factices et par la vanité a désirer un état de simplicité auquel ils avaient opposé une si vive résistance .f* en établissant par les lois , répondait le comité , un ordre public dans lequel les riches , tout en gardant leurs biens, ne trouvent plus ni abondance , ni plaisirs, ni considération. Faisons, ajoutait-il, en sorte que tous les hommes laborieux jouissent, moyennant un travail très-modéré et sans recevoir de salaire , d'une honnête et inaltérable aisance, et le bandeau tombera bientôt des yeux des citoyens égarés par les préjugés et par la routine ; alors il arrivera que les propriétaires des biens ou des signes, forcés d'offrir une main-d'oeuvre supérieure à l'entretien commode et gratuit assuré par la république , et de dépenser la plus grande partie de leurs revenus en frais de culture et de préparation et en impôts , ne pouvant plus se procurer ni un plaisir ni un service , accablés sous le poids des taxes progressives , éloignés des affaires , privés de toute influence , méprisés , ne

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formant plus dans l'état qu'une classe suspecte d'étrangers, ou ëmigreront en abandonnant leurs biens, ou se hâteront de sceller de leur propre adhésion rétablissement pacifique et universel de la communauté ^ .

Appelons à nous, ajoutait le comité insurrecteur, les petits propriétaires , les marchands peu fortunés , les journaliers , les laboureurs , les artisans , tous les malheureux que nos vicieuses institutions condamnent à une vie surchargée de fatigue , de privations et de peines ; qu'ils renaissent à l'humanité ; que la patrie assure immédiatement a tous ceux qui lui consacreront franchement leurs facultés et leurs travaux une existence commode , à l'abri des revers , et débarrassée des craintes et des soucis qui ne sont pas moins les eflfets de la propriété que de la misère ; créons dès ce moment une grande communauté nationale , dotons-la d'un immense territoire, incorporons-y tous les immeubles sur lesquels la nation ou les communes ont des droits a exercer ; conférons a ceux qui lui feront un abandon absolu de leurs personnes et de lem^s biens le droit imprescriptible a tout ce qui constitue un bonheur que tous peuvent partager ; veillons a ce que ce bonlieur

« Pour bi«n comprendre ceci, il faut lire tout de suite le fragment du décret ëconoraique , inséré aux Pièces justificatives, sous Un» 39.

soit réel et prompt ; empêchons que les beaux-esprits ne viennent le troubler par des sophismes et des exagérations ; forçons toutes les branches de l'autorité a marcher dans le sens de l'égalité ; recevons dans le sein de la patrie tous ceux qui s'y jetteront avec sincérité ; tarissons toutes les sources d'où l'orgueil pourrait encore tirer de quoi étaler , aux yeux du peuple , un faste trompeur; rendons l'or plus onéreux que le sable et les pierres; frappons hardiment les premiers coups et laissons au désir naturel du bonheur et à la sagesse, aidée par l'enthousiasme public, à achever successivement une si sublime entreprise.

Cette opération préparatoire étant une fois consommée , la nation n'eut existé que dans les participans a la communauté ; mais tout portait le comité insurrecteur a penser qu'elle ne tarderait pas a se confondre avec la nation entière , par la rentrée successive des défenseurs de la patrie , par l'incorporation des biens des non participans décédés et par l'heureux changement d'opinion qui eut été infailliblement la suite d'une semblable réforme. Le jour fût bientôt arrivé oîi l'obligation et la contrainte eussent pu succéder sans danger aux exhortations , a l'exemple , et à la force de la nécessité ; dès-lors le mot propriétaire n'eût pas tardé a devenir barbare pour les Français. Dëcietssmics £j^ parlant des assemblées du peuple, nous

letes nationales. * ri'

avons fait mention des fêtes nationales et des principes sur lesquels le comité comptait les instituer. Le même esprit régnait dans le projet révolutionnaire qu'il discuta peu de temps avant sa dissolution. Ces fêtes eussent été nombreuses et variées; chaque jour de repos eût eu la sienne. Dans Topinion du comité , il importait souverainement a la cause de légalité de tenir sans cesse les citoyens en haleine , de les attacher a la patrie en leur faisant aimer ses cérémonies , ses jeux et ses amusemens , d'écarter l'ennui de tous les momens de loisir et d'entretenir par de fréquentes communications les sentimens de fraternité entre toutes les parties de la république.

De l'affermissement de ces institutions et surtout de celles que le décret économique allait créer, dépendait , selon la manière de voir du comité, Taccomplissement de la révolution et l'exercice complet de la souveraineté populaire , c'està-dire que le jour où le peuple eut joui paisiblement de l'égalité , eut été celui où il aurait pu exercer, dans toute sa plénitude, le droit de délibérer sur les lois , consacré par la constitution dv

Jusque-là le pouvoir souverain ne devait être t^*'<"t:"npar. rendu au peuple que graduellement et en raison cive .i. u consndu progrès des mœurs. L'autorité des sénats tempérant par différentes combinaisons , pendant la

durée de la réforme, l'influence du grand nombre, Feùt préservé des troubles et des dangers auxquels les anciennes habitudes et les pièges des médians l'eussent infailliblement exposé.

Une foule de détails se sont effacés de ma mémoire ; elle n'a conservé le souvenir que des traits les plus saillans et une idée bien nette de la progression successive et simultanée des institutions et de la constitution. On sentira facilement que le comité insurrecteur lui-même ne pouvait ni prévoir toutes les mesures que les circonstances auraient pu rendre nécessaires , ni déterminer d'avance l'époque oii la tâche du réformateur eut été finie.

Qui eut pu calculer toute la résistance des passions effrayées ? Qui eut pu prédire jusqu'à quel point les ennemis extérieurs de la république auraient multiplié leurs efforts contre la nouvelle réforme qui sans doute leur eût été plus odieuse que toutes les précédentes ? ces calculs et ces prévoyances étaient subordonnés à la célérité avec laquelle l'opinion démocratique eût repris son ancien ascendant.

On peut seulement assurer, d'après la façon de penser bien connue des conspirateurs , que les hostilités extérieures n'auraient été prolongées d'un jour ni par l'ambition de conquérir ou de dominer, ni par la jalousie de commerce.

Tant d'elForts auxquels on ne refusera pas le Arrcsiat... mérite de quelque vertu furent rendus vains par ' " '^''"J"'^*^' la trahison de Grisel ; aidés par les ruses de ce perfide, les oppresseurs de la France firent arrêter, le matin du 2 1 floréal de l'an IV, la plupart des chefs de la conspiration ^ Babeuf et Buonarroti furent saisis au milieu de quelques papiers , dans la chambre où ils avaient passé la nuit à méditer et a préparer l'insurrection et la réforme ; Darthé , Germain , Eriddy , Drouet et plusieurs autres le furent, enméme temps, chezDufouroù ils étaient assemblés pour fixer le jour du mouvement populaire. L'armée de l'intérieur sous les armes protégeait l'expédition contre la démocratie , et le peuple parisien , à qui l'on fit croire qu'on venait

« Alors s'ouvrait cette brillante campagne d'Italie, qui fraya à un soldat audacieux le chemin à la puissance suprême. L'amour de la liberté commença dès-lors à faire place, dans le cœur des Français, à celui de la gloire militaire et des conquêtes, qui fut ensuite la cause la plus active de leurs revers et de leur asservissement total. Selon toute apparence, le succès de la conspiration dont on vient de lire le récit, en arrachant le pouvoir aux hommes faibles et corrompus qui l'exerçaient depuis le 9 thermidor, eût rendu à la république la vigueur de ses premières années , et il est à présumer que le peuple français, échappant par-là aux complots aristocratiques sous lesquels il succomba, eût été préservé de Tambition de Buonapartc et de» funestes conséquences de ces excursions lointaines, dont les rois coalisés tirèrent un si grand parti pour le replonger sous le joug de ses anciens maîtres, en déchaînant contre lui, à l'aide d'insidieuses promesse» de liberté, plusieurs nations éveillées par l'éclat de la révolution, et aigries par les maux d'une guerre d'envahissement et de spoliation.

cl arrêter des voleurs, fut spectateur immobile de Femprisonnement des conjurés dont il essaya inutilement , quelque temps après, de briser les fers.

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