QUATRIÈME PIÈCE
ÉGALITÉ. LIBERTÉ
BONHEUR COMMUN
Création d'un directoire insurrecteur .
Des démocrates français , douloureusement affectés , profondément indignés , justement révoltés de Tétat inoui de misère et d'oppression dont leur malheureux pays offre le spectacle ;
Pénétrés du souvenir que lorsqu'une constitution démocratique fut donnée au peuple et acceptée par lui , le dépôt en fut remis sous la garde de toutes les vertus ;
Considérant , en conséquence , que c'est aux vertus les plus pures, les plus courageuses , qu'appartient l'initiative de l'entreprise de venger le peuple , lorsque, comme aujourd'hui , ses droits sont usurpés , sa liberté ravie , et jusqu'à son existence compromise ;
Reconnaissant que c'est un reproche injuste que celui qui accuse le peuple de lâcheté , et que le peuple n'a jusqu'ici ajourné sa justice qu'à défaut d'avoir de bons conducteurs prêts à paraître à sa tête ;
Reconnaissant que le comble de la mesure des crimes d'une autorité usurpatrice a mûri l^s dis-
positions de toutes les âmes en faveur d une explosion rcTolutionnaire , au point que , pour la rendre fructueuse , pour mettre les régulateurs en mesure d'en assurer le succès , il sera peulétre nécessaire de tempérer plutôt que d'accéle'rer Télan des hommes libres ; Ont résolu ce qui suit :
Article premier.
Ils se forment dès ce moment en directoire insurrecteur , sous le nom de Directoire secret de salut public. Ils prennent en cette qualité Tinitiative de tous les mouvemens qui doivent mener le peuple à ressaisir sa souveraineté.
Art. 2.
Ce directoire est de quatre membres.
Art. 3.
Ce directoire sera secret ; les noms de ses membres ne seront même point connus des premiers agens. Il y aura entre ceux-ci et les membres du directoire des agens intermédiaires pour servir les communications des uns aux autres.
Art. 4- Le directoire secret de salut public s'engage à remplir l'immense étendue des devoirs que ce grand titre lui impose.
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!i'f> ii/evfil. Art. 5.
^- Il sera appose une marque distinctive aux ins- Iructions par écrit ^ qui seront indispensables a donner aux principaux agens , et cette marque servira a les prémunir contre toute surprise sur de fausses instructions ; elle leur garantira , malgré le défaut de signatures, Tauthenticité des actes qu'ils recevront du directoire secret.
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Organisation des agens principaux au nombre de douze y et des agens intermédiaires. Premières fonctions de chacun deux.
Le directoire secret de salut public a résolu ce
qui suit :
Article premier.
11 y aura douze agens révolutionnaires principaux , dont un pour chaque arrondissement de la commune de Paris*
Art. 2.
Chacun d eux est charge' d'organiser , dans son arrondissement, une ou plusieurs réunions de patriotes , d'y alimenter , d'y diriger l'esprit public par des lectures de journaux populaires , et par des discussions sur les di'oits du peuple et sur sa situation présente.
Art. 3. ''
Ces agens tiendront note du thermomètre journalier de l'esprit public. Ils rendront compte, (Lins ces notes, des dispositions plus ou moins favorables des patriotes ; ils signaleront les individas qu'ils remarqueront les plus capables de seconder la marche du mouvement qu'il convient d amener ; ils indiqueront le genre d'emploi ou la tâche révolutionnaire auxquels ils croiront que
chacun des individus est propre ; ils désigneront pareillement les intrigans , les faux frères qui tenteront de se glisser dans les rassemblemens , et ils rendront compte encore des entraves et des oppositions mises par ceux-ci au développement de Tënergie , à l'inspiration des bons principes et des idées régénératrices.
Art. 4- Il y aura des agens intermédiaires pour entretenir les communications entre les principaux agens et le directoire secret.
Art. 5.
C est à ces agens seuls que les douze agens principaux remettront les notes de leurs observations journalières. nmUiV -
Art. 6.
Les agens intermédiaires iront chercher successivement ces notes , tous les jours ou tous les deux jours , au domicile même de chacun des agens principaux.
Art. 7. ifoi
La présente organisation avec celle du directoire secret, et l'instruction suivante , seront remises k chacun des agens principaux.
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( ii3 ) SIXIÈME riÉce.
Première mstruciion du directoire secret , adressée à chacun des a^ens révolutionnaires principaux.
Citoyens ,
Il n'en est pas des temps de crise comme des temps ordinaires. Quand le peuple jouit de ses droits , quand les principes de la liberté triomphent , nul n'a de droit sur les autres sans leur concours ; aucun ne peut faire d'entreprise relative a Tinter et général sans consulter le peuple entier et sans avoir obtenu son assentiment. La raison est qu'alors c'est le meilleur ordre qui règne , et le meilleur ordre ne se perpétue que par le maintien rigide des principes. Celui qui , les choses en cet état , revêtirait de son chef un titre quelconque pour s'ériger , sans aucune concession , en magistrat public , sous le prétexte de vouloir améliorer la situation de ses concitoyens, serait un usurpateur , même en supposant que ses intentions, en dernière analyse, fussent trèsdroites. Le motif encore très-sensible de ceci , c'est que , quand le peuple est libre et qu'il peut être consulté , on ne peut pas présumer que d autres puissent mieux juger que lui-même ce qui lui est bon et avantageux.
Il n'en est pas ainsi lorsque le peuple est enchaîné , lorsque la tyrannie la mis dans l'impuissance d'émettre son vœu sur tout ce qui l'intéresse ; lorsqu'à bien plus forte raison , il lui est devenu impraticable d'ordonner des mesures de répression contre ses tyrans ; lorsqu'il lui est impossible de leur arracher le pouvoir usurpé dont ils se servent pour le faire souffrir et languir, pour l'asservir toujours de plus en plus , et jusqu'à des bornes dont 1 accroissement ne peut plus être calculé. Alors il y a justice , il y a nécessité que les plus intrépides , les plus capables de se dévouer , ceux qui se croient pourvus au premier degré d'énergie , de chaleur et de force , de ces vertus généreuses sous la garde desquelles a été remis le dépôt d une constitution populaire que tous les Français vraiment libres n'ont jamais oubliée; il y a alors justice et nécessité que ceux-là, convaincus d'ailleurs que Tinsupiratio de leur propre cœur, ou celle de la liberté elle-même , qui leur fait entendre plus fortement , plus particulièrement sa voix , les autorise suffisamment il tout entreprendre; il y a justice et nécessité que d'eux-mêmes ils s'investissent de la dictature de l'insurrection , qu'ils en prennent l'initiative , qu'ils revêtent le glorieux titre de conjurés pour la liberté , qu'ils s'érigent en magistrats sauveurs de leurs concitoyens.
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Tels sont les motifs qui nous ont semblé justifier notre résolution et lui donner un caractère de grandeur et de magnanimité. Après a^oir ainsi reconnu que notre mission donnée par nous-mêmes est éminemment légitime , puisque les circonstances qui rendent cette mission indispensable pour le salut de la liberté ne permettent pas qu elle soit transmise par la nation souveraine, nous avons en outre distingué cette vérité bien encourageante : que Taccusation de lâcheté dont on charge le peuple est un pur blasphème, et qu'à l'impatience générale qu'il manifeste pour vouloir rompre un joug en effet bien odieux , il n'est pas difficile de voir que si jusqu'à présent il n'a rien fait pour le briser , il faut en attribuer la seule cause à ce qu'il s'est vu sans guidas ; et nous avons remarqué que c'est avec le plus grand regret qu'il ajourne la répression des attentats accumulés contre lui. Tout nous a annoncé ce qu'il serait capable de faire s'il apercevait à sa tète des conducteurs dignes de toute sa confiance.
Animés par de telles dispositions , nous avons été immédiatement conduits à jeter nos regards sur des hommes capables de nous seconder dans la plus glorieuse entreprise. C'est vous , citoyens , qui , par une suite de conduite républicaine, par des actes multipliés d'un civisme pur pendant tout le cours de la révolution , par des épreuves
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terribles dans les jours de persécution de tout ce qui fut patriote et vertueux, c est vous sur qui ceux qui se sont constitués les premiers vengeurs de la patrie trahie, ont porté leurs vues pour transmettre leur première confiance, et vous déléguer les premières et principales divisions des opérations.
La portion du dépôt que le directoire secret de salut public vous communique , est précieuse et importante; sa garde exige beaucoup de discrétion , de prudence , d'activité , et d amour pour le bien de tous ; elle exige toutes les vertus d'hommes tels que le directoire vous a cru être.
Le directoire secret a pesé son organisation fondamentale et celle de ses rapports avec vous dans la balance de la sagesse et de la circonspection.
H a cru devoir créer douze agens municipaux dans les douze arrondissemens de la commune de Paris ; et il a tellement combiné leurs moyens de communication avec lui , qvie la correspondance sera presque directe , sans cependant que les douze agens principaux puissent connaître les membres du directoire. La raison de cette précaution est facile a saisir. On a senti que la partie la plus importante du secret de l'insurrection projetée , celle d où dépend le succès de toute la suite des opérations ; on a senti cjue la partie la
plus importante de ce secret n était pas autant Texistence d'un comité insurrectionnel que la connaissance des personnages qui le composent. En effet , que la tyrannie apprenne qu un tel comité existe , dès que ses membres sont inconnus il n'en peut résulter aucun mal pour eux ; il n'en résultera pas non plus .pour la patrie , si ce n'est d'avertir le despotisme de se tenir sur ses gardes ; et il y a long-temps qu'il s'y tient , parce qu'il y a long-temps qu'il sait que ses crimes doivent avoir inspiré toutes les âmes pures vers la disposition de conspirer contre lui. Il n'y aurait donc pas un grand danger dans la divulgation de l'existence d'un comité de révolution générale , et nous examinerons plus tard si même il ne sera pas sage , à certaine époque , d'en laisser transpirer le demi-aveu, afin d'encourager davantage la majorité malheureuse qui ne soupire qu'après l'occasion et le moment de sortir d'oppression ; au lieu que l'on perdrait tout par la découverte de» premiers conjurateurs : en les perdant, l'ensemble combiné des ramilications qui partent d'un centre unique serait détruit ; et un second effet certain et désastreux serait le déconcert el la tcrrification des [)lus courageux citoyens.
Ce s(jnl Ta, républicains» les motils qui ont déterminé le directoire de salut public , malgré la plus grande confiance qu'il a en vous , puis-
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qu'il vous choisit pour ses principaux et ses premiers agens ; ce sont la les motifs qui l'ont déterminé vers le parti de vous faire ignorer a vousmêmes quels sont ses membres. Le danger d'une imprudence oii celui d'une contre-de ter mina tion; celui encore que fait prévoir la connaissance de la faiblesse humaine , quij&upporte trop souvent comme un fardeau le poids d'une grande confidence , et semble se soulager en la déposant dans le sein de l'amitié, ou de ce qu'on croit être elle; tout cela , en outre , a été considéré par le directoire secret , et il n'a pas voulu abandonner peutêtre le salut delà patrie au hasard de telles chances : outre que , sous le rapport de la fidélité , il est encore très-difficile d'être assuré de celle également inébranlable de douze hommes institués les dépositaires de choses de la dernière importance. Le directoire secret a cru qu'il n'en parviendrait pas moins sûrement a vous inspirer à "vous-mêmes cette entière confiance que le salut de la chose exige , que de votre côté vous placiez en lui. Comment l'a-t-il cru ? En se persuadant que vous verriez dans la hardiesse , dans le dévouement , dans le fonds de vertu qu'il faut avoir pour embrasser une telle entreprise, des motifs de lui accorder cette confiance.
Il a encore cru que , pour seconde garantie a votre égard , il était un ton de vérité et de bonne
( 119 ) foi que la malveillance n a jamais su très-bien simuler, et que, ce ton, vous lapercevrez dans tous ses actes.
En même temps que nous nous sommes armés de toutes les précautions propres a nous rendre insaisissables et a rendre nos mesures impossibles à déconcerter , nous avons voulu que vous fussiez a Taljri de toute surprise , et qu'à des marques particulières , empreintes sur nos actes , vous soyez toujours en mesure d'en reconnaître Tauthenticité , indépendamment de ce qu'ils ne comporteront pas de signatures.
Le directoire secret a poussé la prudence jusqu'à isoler entre eux les douze agens principaux. Ils recevront tous les mêmes instructions ; ils seront chargés tous de faire les mêmes choses , de concourir à la même fin , et cependant ils ne se connaîtront pas entre eux. Nous avons pensé que cette connaissance réciproque n'était nullement nécessaire ; il neii pourrait résulter aucun bien , puisqu'évidcmmcnt il suffit que la marche de rimpulsion soit immédiatement reçue du directoire secret pai' chacun des agens , et puisqu'il est encore incontestable que le succès ne peut dépendre que de l'exécution très-ponctuelle , et qu'une concertation entre les douze agens pourrait n'amener que d(;s entraves , des retards ou des modifications qui peut-être s'éloigneraient des vues
et des combinaisons du directoire régulateur. IL en peut résulter le plus grand mal , si , dans un cas dont le soupçon sans doute doit être jeté bien loin de nous , d après le soin scrupuleux que nous avons mis dans le choix des principaux agens ( mais il faut tout craindre ^ tout supposer au pis, et tout prévenir d'avance , lorsqu'il s'agit d'objets aussi sérieux ) ; il pourrait, disons-nous , résulter le plus grand mal de la réciproque connaissance, de la mutuelle communication des premiers agens du directoire secret : dans le cas très-malheureux oîi l'un d'eux viendrait a commettre une indiscrétion ou une perfidie , il immolerait peut-être alors tous ses co-agens ; au lieu que ne les connaissant pas , les insurgens , par l'effet de sa maladresse ou de son infidélité , ne peuvent perdre que lui ; il ne peut ni entraîner personne dans sa défection , ni désorganiser l'entreprise et compromettre le sort de la liberté.
Les mêmes précautions d'isolement sont prises à Téfifard des aerens intermédiaires , mêmes soins
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agens
ont été apportés dans leur choix ; mais , indépendamment de cette attention , tout est encore arrangé par rapport a eux , de manière à ce qu'un seul ne puisse compromettre que lui ou n'enlève que sa personne à tout le parti des conjurés; il ne connaîtra d'ailleurs ni le rôle positif qu'il jouera , ni celui de l'agent principal qu'il appro-
chera et dont il sera l'un des ressorts de correspondance avec le directoire secret. Il sera induit a se croire employé pour tout autre objet ; il ne remettra pas ses paquets de correspondance directement au directoire secret , et le tout arrivera à ce même directoire sans qu'aucun intermédiaire puisse être dans la confidence : ainsi les agens principaux n'auront pas a craindre d'être trahis par leurs co-agens^ ni parles agens intermédiaires, puisque les uns et les autres ne les connaîtront pas pour ce qu'ils seront. Les agens principaux ne seront connus que des quatre membres du directoire secret ; et de ceux-là , telle chose qu'il arrive , sans doute , ils ne doivent pas s'en méfier.
En général , le directoire secret ayant adopté le grand système de tout isoler, de couper toutes les communications , il subordonnera toute son organisation à cet ordre , tellement que cliaque individu employé médiatement ou immédiatement par lui ne pourra traliir personne , et que sa perte n'enlèvera que lui aux révolutionnaires. Sans doute un tel plan, d'après lequel chacun u'aui^a uniquement a se défier que de soi , est fait pour rassurer tous ceux qui concourront à sa réussite.
Quant aux précautions que toujours l'extrême prudence nous commande de prendre nous- même» a votre égard , pour n'être point trompés par
les rapports et les renseignemens de quelquesuns de vous, cela nous regarde. INous n'exigeons ni n'établissons de marques particulières, ni de signatures pour nous garantir l'authenticité de ces rapports ; mais nous sommes sûrs de distinguer cette authenticité a des signes et à des preuves non équivoques.
Après vous avoir parlé, citoyens , de ce qui nous a paru légitimer notre entreprise , et de ce qui doit individuellement vous tranquilliser tous en y coopérant , il convient de vous tracer ce que le directoire secret estime que , dans ces premiers momens , vous avez à faire.
Les articles II et III de l'organisation que nous vous avons destinée , et qui précèdent cette instruction , vous l'indiquent.
« Organiser , dans votre arrondissement , une » ou plusieurs réunions patriotiques ; y alimenw ter , y diriger l'esprit public par des lectures » de journaux populaires , et par des discussions » sur Içs droits du peuple et sur sa situation » actuelle.
» Tenir des notes du thermomètre journalier » de l'opinion ; rendre compte , dans ces notes , » des dispositions plus ou moins bonnes , plus )) ou moins énergiques des patriotes; signaler les )) individus que vous remarquerez les plus capa- » blés de seconder la marche du mouvement à
n produire ; indiquer le genre d'emploi ou la tâche n révolutionnaire auquel vous croyez que chacun )) de ces individus serait propre ; designer les in- )3 trigans , les faux frères qui tenteront de se » glisser dans les rassemblcmens, rendre compte )» encore des entraves et des oppositions mises » par ceux-ci au développement de l'énergie , à )3 l'inspiration des bons principes et des idées » régénëi-atrices. »
Les articles IV et V de la même organisation déterminent les moyens par lesquels vous pourrez transmettre au directoire secret ces notes , renseigncmens ou rapports qu'il attend de vous.
Vous les remettrez aux agens intermédiaires , qui les iront recevoir directement de vos mains , de même qu'ils vous remettront les instructions ultérieures que le directoire secret se trouvera obligé de vous faire passer. ^jh toi J/i
Telle est, citoyen, dans ce premier moment , la détermination de votre tâche. Nous ne pourrons plus avoir à vous présenter c]ue quelques idées de détail, que vous modilicrez même au gré de votre prudence.
En voas invitant a organiser dans votre arrondissement une ou plusieurs réunions patriotiques, vous concevez (ju'il est convcnal>le (pie cela se fasse sans trop d'aQ'ectation ; et il est possible que (le telles réunions se forment par vous, et que
votre esprit devienne le leur , sans que vous ayez Tair d'en être ni le fondateur ni le meneur : sacrifions la gloriole de paraître k l'avantage d être et de faire réellement. Rien ne garantit de grands et véritables succès, rien ne peut donner ime meilleure satisfaction intérieure , comme de se rendre compte à soi-même que Ton est Tinstrument invisible par lequel se meuvent de grands ressorts. Nous rendons alors à. notre génie un hommage mérite , bien supérieur a celui que s'attribuerait la jactahce empressée de quiconque voudrait passer pour principal acteur dans une scène politique. 11 sera assez temps de cueillir les applaudissemens de nos frères lorsque nous les aurons sauvés.
Or donc , il nous paraît très-praticable que les agens principaux instituent , organisent et dirigent les clubs que nous désirons , sans avoir l'air d'instituer, d'organiser, de diriger rien : même en parlant d'organiser, nous croyons toujom's par les mêmes raisons de prudence qu'il doit falloir moins s'attacher a faire de nouvelles créations qu'a asseoir notre édifice sur d'anciens élémens , d'anciennes bases déjà existantes. Dans plusieurs arrondissemens vous avez des cafés où s'assemblent déjà habituellement les patriotes ; attachezvous tout simplement a les y attirer en plus grand nombre et plus souvent. Cherchez cependant à
multiplier plutôt ces points de réunion qu'à les encombrer d'une multitude trop considérable où Ton ne se connaîtrait plus, et où Ton donnerait lieu a Tautorité de concevoir de lombrage. Visitez tour-a-tour chacun de ces lieux; préférez encore de composer des rassemblemens dans les maisons particulières plutôt que dans les cafés : là , les patriotes seront plus complètement libres, moins exposés au mouchardage^ plus à portée de n'admettre parmi eux cpe les frères dont ils. seront surs. En général, évitez de donner une importance publique et extérieure à ces rassemblemens ; n'appelez pas cela des clubs , des sociétés , des réunions ; évitez tous les noms pompeux ; dites tout bonnement le café tel^ la maison telle; l'action de vous y rendre , nommez cela des promenades , des visites : que les choses y soient ,, mais non les mots.
Nous vous avons parlé d'une autre tâche après celle de l'établissement des lieux de réunion : c'est celle d'y alimenter et d'y diriger l'esprit public. Nous avons établi que pour cela des discussions sur les droits du peuple et sur son actuelle position difficile , jointes à des lectures de journaux populaires , suffiraient. Oh ! surtout des lectures de journaux populaires î le directoire secret vous recommande ce moyen comme le levier le plus puissant. Le choix de ces journaux ne
vous sera pas difficile : vous les connaîtrez aise'ment. Le directoire secret vous en fera passer, non-seulement pour distribuer dans vos réunions, mais encore particulièrement a tous les meilleurs patriotes. Outre les e'crits, tous autres moyens .d'agir et de faire agir vous seront fournis quand il en sera besoin. Les journaux dont nous venons de parler vous serviront , en grande partie , de boussole , et d'instructions générales après celle-ci : ils ont prêche' jusqu'à présent nos principes et ceux de tous les vrais démocrates. Nous croyons qu'ils continueront et que vous reconnaîtrez toujours dans leur doctrine notre doctrine. L'appuyer et l'applaudir , voilà presque oii peut se réduire votre rôle ostensible ; et pour cela , vous n'avez point à sortir du cercle des démonstrations qui ne peuvent faire voir en vous que de simples acteurs , de simples auditeurs et assistans, comme tous les autres. La partie des notes et rapports ne pouvant se faire qu'a huis clos , laisse encore votre mission ignorée. Cette dernière partie de votre mission ne nous engagera dans aucune observation de détail ; sa marche d'exécution est assez précisée par l'article III du règlement d'organisation , et par ce que nous avons dit plus haut dans cette instruction.
En vous disant que les journaux populaires qui vous seront fournis pourront être votre boussole
et suppléer principalement aux instructions ultérieures que nous vous donnerons (sauf celles contraires que vous pourriez recevoir de nous), c'est assez vous dire que vous ne devez pas monter le thermomètre de l'énergie au-delà du degré fixé par ces mêmes journaux; et cette observation rentre dans celle que le directoire a faite dans son acte de création lorsqu'il a dit : a Que » le comble de la mesure des crimes d'une au- » torité usurpatrice a mûri les dispositions de » toutes les âmes en faveur d'une explosion » révolutionnaire , au point que , pour la ren- » d/te fructueuse y pour mettre les régulateurs » en mesure d'en assurer le plem succès, il » sera peut -être nécessaire de tempérer plu- » tôt que d'accélérer lelan des hommes li- » bres. »
Or , autant il est essentiel d'entretenir les esprits a une bonne chaleur , autant il serait inutile et même dangereux de les embraser trop vite jusqu'à la suprême mesure. Il faut considérer que si l'opinion du peuple est faite , celle du soldat ne l'est pas; il est égaré par les perfides caresses d'un gouvernement qui veut s'en servir pour écraser ks citoyens et le soldat lui-même. Il faut le temps pour désabuser nos frères armés. Ce sera donc faire asagc de sagesse que de n'échauffer les têtes que dans la juste progression du thermomètre,
tlont le point variant sera toujours indiqué par le directoire secret.
Voila , citoyens , à peu près tout ce que nous avons à vous dire en débutant. Votre zèle , vos lumières, votre civisme, suppléeront à tout ce que nous pouvons avoir omis de vous tracer dans le plan d'une mission aussi majeure. La parfaite connaissance qu avant tout nous avons prise de vos vertus civiques , nous a dispensés de recourir à Fart pour enflammer votre énergie. Une simple exposition des choses dont la justice reconnue est dans vos cœurs comme dans les nôtres , nous a paru suffire pour vous convaincre de lessentielle nécessité de l'entreprise à laquelle nous vous engageons de concourir. Français ! il y va de votre salut et du nôtre. Il y va du salut de la race actuelle et de la postérité , du salut de notre république et de l'univers. Que notre courage soit le signal du réveil du véritable peuple ! Qu'électrisé par nous, il sorte enfin d'un sommeil mortel , et qu'il fonde à jamais le règne du bonheur, le règne de l'égalité et de la liberté ! Tout est prêt L'édifice législatif qui garantira l'abondance pour tous , l'égalité , la liberté pour tous , n'attend , pour sortir grand et majestueux , cjue le renversement du monument d'esclavage , d'oppression et de mort , dont il doit prendre la place. Préparons cette heureuse catastrophe. Il sera enfin durable et
éternel, le code que nous établirons , parce
qu'il assurera le bonheur de tous. Il ne sera point fait pour élever aucun homme , mais pour avantager a-la-fois tous les hommes auxquels on le destine. Il est temps que tous les ambitieux disparaissent, que l'orgueil hmnain soit confondu. Il est temps de résoudre enfin, dans la pratique, ce beau problème : que chacun de nous ne dépende que des institutions et des lois y et qii aucun de nous ne tienne personne sous sa dépendance.
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