‹ Conspiration pour l'égalité dite de Babeuf (volume 3)Chapitre 18 sur 46 · ARRÊTE ET LIS · texte numérisé non relu

ARRÊTE ET LIS

Un gouvernement insidieux , pervers , et dont le luxe insulte a la miscre publique , vient enfin de lever le masque; et, attaquant de front la liberté , il a osé fermer avec audace et calomnier impudemment les réunions patriotiques. C'est dans ces enceintes que les hommes énergiques du i4 juillet, du 10 août, du i3 vendémiaire, veillaient sur les droits du^ peuple , et , a peine échappés des bastilles et aux poignards des royalistes, se dévouaient encore pour la révolution. Ils dévoilaient la rentrée des émigrés , portée à un tel excès , que la liste de radiation excède celle où ils avaient été désignés au mépris des hommes et à la vengeance des lois ! Ils réclamaient hautement pour vos familles , les secours qui 1cm' étaient si justement garantis par la loi : et pour vous enfin , les biens que la j)atrie vous doit pour avoir versé votre sang pour elle contre les rois , et que Umt de décrets solennels vous assurent avec justice. Le directoire exécutif avait lui-même favorisé d'abord ces réunions , comme si un pouvoir injuste et arbitraire pouvait aimer la publicitë , 1 évidence et la vérité ; les patriotes , con-

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fiants et de bonne foi , s y pressèrent en foule. Le piège était adroitement caché ; ils y sont tombés : le dévouement et la bonne foi calculent peu. Les patriotes ne s'en repentent pas ; ils ont agi en hommes libres. En vain les traite-ton d'anarchistes. L'Europe plus juste , même aujourd'hui, à ce nom distingue les amis de l'égalité ; la postérité intègre confirmera ce jugement.

Mais d'où vient cette audace de quelques hommes revêtus d'un pouvoir passager ? Soldatscitoyens ! ils ont fondé l'espoir du succès de leur crime sur votre courage. Ils disent hautement :

Nos soldats nous défendent — Vous! leurs

soldats ! î . . . . Les vainqueurs des tyrans soutiendraient la tyrannie ! ! !... Désabusez -vous.... , tyrans corrupteurs î vous aurez beau , par des habits distingués , par des largesses iniques , par des boissons d'eau-de-vie et des liqueurs , vouloir capter des partisans et égarer le jugement de nos frères , leurs coeurs ne sont point traîtres à la patrie , ni rebelles a sa voix. Les mêmes moyens qui dévoilaient le crime de Capet et perdirent ce tyran , pourront-ils vous réussir ? Non ! soldats citoyens ! vous ne tirerez pas sur vos frères, ainsi qu'en germinal et en prairial.... On n'égarera plus vos coups î Portez-les sur la tyrannie; ce triomphe glorieux vous appartient encore. Semblables aux Grecs de l'Asie , entraînés

dans l'armëe de Xerxès , vous entendi'ez le cri de la patrie commune ! Vous lirez ces lignes que vos frères tracent sur votre passage ! et s'il arrive, le jour enfin d'une juste vengeance, vous saurez qui s'oppose encore à votre rentrée dans vos foyers , où vous fonderiez avec nous l'égalité et le bonheur commun !

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