ARTICLE PREMIER
La nature a donné à chaque homme un droit égal à la jouissance de tous les biens.
Preuves tirées de la discussion à laquelle cette pièce donna lieu.
1 . Avant leurs premiers rapprochemens tous les hommes étaient également les maîtres des productions que la nature répandait avec profusion autour deux.
2 . Dès que les hommes se furent rapprochés sur une terre inculte , f|ucst-ce qui put établir parmi eux l'inégalité de ce droit.? est-ce leur différence natiu'cUe ? ils ont tous les mcmçs organes et les mêmes besoins. Est-ce la dépendance des uns envers les autres ? mais nul n était assez fort pour asservir ses semblables que le plus léger mécontentement pouvait disperser ; et l'avantage des secours mutuels et de la bienveillance commune leur faisait à tous une nécessité de rcspcc-
ter dans les autres les droits dont ils se sentaient investis par la nature. Est-ce la férocité de leurs cœurs ? mais la compassion est la suite imme'diate de leur organisation et cette férocité naît de Texaspération des passions. Est-ce un penchant inné pour l'humiliation et la servitude ? mais la vue des distinctions est pour les êtres même les plus sauvages une sensation douloureuse , une source de jalousie et de haine.
3. Si les familles ont été les premiers modèles des sociétés elles sont aussi les preuves les plus frappantes du droit dont nous parlons. L'égalité y est le gage de la tendresse des pères , de l'union et du bonheur des enfans. Est-elle rompue ? le chagrin et la jalousie y introduisent le désordre et les violences. Tout , jusqu'à l'amour des parens inspire aux enfans la haine des partialités que les parens eux mêmes ne peuvent s'appliquer sans risquer d'introduire dans la famille des passions dangereuses.
4. L'égalité la plus stricte dut être consacrée par les premières conventions ; car qu'est-ce qui pouvait faire consentir aux privations et a l'infériorité , des hommes jusque la ennemis de toute distinction ?