‹ Conspiration pour l'égalité dite de Babeuf (volume 3)Chapitre 24 sur 46 · DE FRANC-LIBRE · texte numérisé non relu

DE FRANC-LIBRE

Soldat de l'armée Circo- Parisienne , *^

Soldai de T armée du Rhin.

Nous sommes f...... mon pauvre ami La Terreur; oui , nous sommes f , et sans ressource ,

si nous gobons jusqu'au bout la pillule quon nous a mise dans la bouche. En vain avons-nous ébre'chë nos sabres sur le casaquin des plats soutiens des loups couronnes; en vain avons-nous bivouaqué, jeune, combattu, sue sang et eau et tué des poux et des esclaves durant quatre ans, nous avons tire notre poudre aux moineaux ; et cette liberté , ce digne objet de nos vœux, ce but sacré de nos travaux , ainsi fpie la douce égalité , son inséparable compagne , ne sont plus que de vaines images empreintes sur les torchons de la cuisine des héritiers de C... , qu'une vaine fumée comme celle de ma pipe. Sous les mots d'ordre et de discipline, noiis , et tous nos frèî'cs les sans-culolles somînes cncliainés comme des chiens de basse-cour^ avec la différence qu'on

jette aux dogues de quoi se passer par le cou, lorsqu'ils aboyent , et que nous , on nous traite à bouche cousue.

Ahî nom d'un triple coquin de D... ! mon brave La Terreur, eussions-nous jamais abandonné nos foyers , nos femmes , nos enfans , nos pères , nos mères , pour terrasser les coquins qui menaçaient notre patrie , si nous avions cru que durant que nous f......... sur le bec aux émigrés , et sur la gueule aux rois , des tigres à poil doré, auraient étranglé^ déchiré et dévoré nos parens , nos an lis , la liberté même P Oui ^ mon ami , oui : quelque étrange que soit ce que je t'annonce , ce n'en est pas moins aussi vrai , qu'il

l'est de dire qu'un b comme toi, vaut mieux

que cent jean-f..... comme ceux qui nous gouvernent; et le croquis que je te vais faire du tableau que j'ai ici depuis dix mois sous les yeux , va t'en convaincre; je n'y ajouterai aucun serment pour te le faire croire; car depuis le serment de fidélité à la constitution de 1793, je n'ai vu que des grçdins sans âme et sans honneur, faire des sermensiug gainÎDiqmâ «9^r>inî è^uw^ ^\t ♦Mjo L'insolent orgueil de la coiu* et des ci-devant grands, nous a forcés à renverser le trône. Nous avions établis un gouvernement populaire ou comme dit le père Latulipe , chacun avait le dioit dese croire bourgeois. Durant que nous ramas-

sions de toutes parts au demi-cercle les jeanf..... qui trouvaient à redire sur ce qu'il nous avait plu de faire chez nous , des coquins de commis, auxquels nous avions confié le soin de nos affaires , après avoir égorgé ceux d entre eux qui voulaient nous être fidèles , ont établis sous le nom de directoire exécutif, cinq lions quils ont caparaçoîinés , harnachés , et panachés comme des mulets de Provence , et entourés de Scapins , deScaramouches et de Cartouches , qui, tous ensemble , ont quintuplé la morgue , Tinsolence, la tyrannie et le despotisme de feu co... C... , leur digne prédécesseur.

2® Le gouvernement que nous avions laissé en 93 , mettait l'égoisme à contribution , pour établir des magasins d'effets et de comestibles , nécessaires au salut de la patrie; celui que nos perfides commis lui ont substitué , n'établit d'autre magasin public que celui de Clamar, composé de milliers de cadavres de républicains morts de faim, qui viennent depuis dix -huit mois , a chaque heure par charretées encombrer cet horrible dépôt.

3*^ Ijes nobles nous avaient toujours trahis , et nous n'avons vraiment vaincu qu'après les avoir chass(îs de nos armées ; aujourd'hui les braves b d'officiers de tricot, qui nous ont conduits a la victoire, qui ont, ainsi que nous, la

peau toute recousue, sont indignement supprimes et remplaces par des chouans des castes nobles et musquées.

4^ Paris , ce beau Paris de 98 , où la liberté , légalité et l'abondance formaient, de tout le peuple , la plus heureuse famille , n'est plus qu'une aflfreuse foret remplie de loups dévorants et de brebis expirantes ; ces loups sont les gouvernans et les riches ; et les brebis , sont les patriotes , nos parens , nos frères.

5*^ Nos compagnons d'armes mutilés aux combats , sont ici écrasés ou éclaboussés , couverts de boue et de mépris, par les gouvernans et leurs bas-valets ; et la plupart d'entre eux sont réduits , en mendiants, à maudire l'ingratitude d'une patrie pour laquelle ils ont versé leur sang. Ils ont tort , cher camarade , diras-tu. Non , mon ami , ils ne l'ont point. Les douloureux accens de leur désespoir cesseront , cpiand nous les aurons vengés ; et cela ne tardera pas , j'espère , f.... . !

6« Les généraux qui nous commandent ici , vils flagorneurs et flagornés des cinq mulets panachés, nous tiennent, sous l'ombre de discipline, dans l'esclavage le plus abject. Parqués, comme un vil troupeau , a l'école militaire , on nous empêche de communiquer avec nos amis , nos parens. Ah ! sans doute, on craint que leurs larmes n'émeuvent nos coeurs , et n'inspirent à

notre courage une juste vengeance ; mais ils ont beau faire, f.....! cjuoiquon nous croie des machines oppressives , essentiellement obéissantes , les tyrans sauront bientôt que nous sommes aussi les vengeurs des droits de Thomme et de Thumanitë.

7^ Le gouvernoment de g3 nous avait assure , mon cher camarade , la dépouille des ennemis de la patrie , pour prix de la victoire. Le gouvernement actuel donne ^ sous le nom de restitution , à nos ennemis , ce que nous avions conquis sur eux , et ce qui servait de garantie à notre monnaie républicaine; d'où il resuite que les scélérats qui nous gouvernent , après avoir foulé aux pieds le bonnet rouge qu'ils étaient indignes de porter , sans pudeur , en ont mis un verd sur leur tête ; et que pour completter leur infamie , en continuant de nous promettre un milliard, ils nous réservent en réalité , pour récompense , les tentes dont ils nous ont privés depuis trois campagnes , pour nous faire a chacun une besace !

Je n'aurais jamais fini , mon cher La Terreur, si j'entreprenais de te tracer toutes les horreurs qui m environnent ici ; mais , plus habitué a me battre qu'à me plaindre , aussi patient dans la douleur que terrible dans la vengeance , je n'attends , mon cher camarade , avec dix millions de démocrates opprimes , que l'instant oîi la paix

extérieure te permettra, ainsi qua tes compagnons d'armes , de rentrer dans vos foyers. Alors, nous prouverons ensemble a la France et a l'univers, que nous savons aussi bien punir les traîtres et maintenir nos sermens de gS , que nous avons su vaincre la meute des r.... Salut et fraternité' ,

Ton frère, Signé Franc-Libre.

Paris , le 2(\ germinal an 4 de la re'publique démocratique à venir.

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