‹ Conspiration pour l'égalité dite de Babeuf (volume 3)Chapitre 23 sur 46 · Le travail est pour chacun un précepte de la nature · texte numérisé non relu

Le travail est pour chacun un précepte de la nature

i^ Parce que lliomme isolé dans les déserts ne saurait, sans un travail quelconque, se procurer la subsistance.

2° Parce que l'activité que le travail modéré occasionne , est pour Thomme une source de santé et d'amusement.

2. Cette obligation n'a pu être affaiblie par la société ni pour tous ni pour chacun de ses membres.

1° Parce que sa conservation en dépend. 2° Parce que la peine de chacun n'est la moinr dre possible que lorsque tous y participent.

Art. 4-

Les travaux et les jouissances doivent être communs.

E application.

C'est-a-dire que tous doivent supporter une

égale portion de travail et en retirer une égale quantité de jouissances.

La justice de ce principe découle des preuves des articles i et 3 ci-dessus. Mais quentend-on par communauté de travail ? Veut-on que tous les citoyens soient astreints aux mêmes occupations ? Non ; mais on veut que les diffërens travaux soient répartis de manière à ne laisser un seul valide oisif; on veut que l'augmenta tion du nombre des travail lans garantisse Fabondancc publique,, tout en diminuant la peine individuelle ; on veut qu en retour chacun reçoive de la patrie de quoi pourvoir aux besoins naturels et au petit nombre de besoins factices que tous peuvent satisfaire.

Que deviendront , objectera-t-on peut-être , les productions de l'industrie , fruits du temps et du génie? N'cst-il pas a craindre que, n'étant pas plus récompensées que les autres , elles ne s anéantisscnt au détriment de la société ? Sophisme ! c'est à l'amour de la gloire et non à la soif des richesses que furent dus dans tous les temps les efforts du génie. Des millions de soldats pauvres se vouent tous les jours à la mort pour l'honneur de servir les caprices d'un maître cruel, et Ton doutera des prodiges que peuvent opérer sur le cœur humain le sentiment du bonheur , l'amour de l'égalitc et de la patrie , et les ressorts

dune sage politique? Aurions -nous d'ailleurs besoin de 1 éclat des arts et du clinquant du luxe , si nous avions le bonheur de vivre sous les lois de 1 égalité ?

Il y a oppression quand l'un s'épuise par le travail et manque de tout , tandis que l'autre nage dans l'abondance sans rien faire.

Prennes.

1 . Inégalité et oppression sont sinonymes : si opprimer cjuelqu'un , c'est violer à son égard une loi , ceux que l'inégalité siurcharge sont 'opprimés , parce que l'inégalité blesse la loi naturelle a laquelle il est absurde d'opposer les lois humaines.

2. Opprimer signifie, ou restreindre les facultés de quelqu'un , ou augmenter ses charges ; c'est précisément ce que fait l'inégalité en diminuant les jouissances de celui dont elle aggrave les devoirs.

Art. 6.

Nul n'a pu , sans crime , s'approprier exclusivement les biens de la terre ou de l'industrie.

Explication et preuves.

Si l'on démontre que l'inégalité n'a d'autre cause que cette appropriation exclusive , on aura

démontré le crime de ceux qui introduisirent là distinction du mien et du tien. ^ a'jh?iî(ni

Dès l'instant où les terres furent partagées na^ quit le droit exclusif de propriété. Alors cliacutt fut le maitre absolu de tout ce qu'il pouvait retirer des champs qui lui étaient échus et dô l'industrie qu'il pouvait exercer.

Il est probable que les hommes voués aux arts de première nécessité furent exclus en même temps de toute possession territoi^iale qu'ils n'avaient pas le temps d'exploiter. Les uns restèrent ainsi les maîtres des choses nécessaires a l'existence, tandis que les autres n'eurent droit qu'aux salaires qu'on voulait bien leUr payer. Néanmoins , ce changement li'en amena pas un sensible dans la distribution des jouissances, tant que le nombre des salariés n'excéda pas celui des possesseurs des terres. Mais aassitôt que les accidens naturels , l'économie ou l'adresse des uns , la prodigalité ou l'incapacité des autres , ayant réuni les propriétés territoriales en un petit nombre ^de familles , les salariés furent beaucoup plus nombreux que Icssalarians, ceuxci furent a la merci des premiers , qui , fiers de leur opulence , les réduisirent a une vie trèsfrugale.

De cette révolution datent les sinistres effets <le l'inégalité , développés au premier ftrticlefJ a lo.

Depuis , on a vu loisif vivre par une rëvollante injustice des sueurs de Thomme laborieux , accable' sous le fardeau des fatigues et des privations ; on a vu le riche s'emparer de letat et dicter en maître des lois tyranniques au pauvre violenté par le besoin , avili par l'ignorance et trompe par la religion.

Les malheurs et l'esclavage découlent de l'inégalité, et celle-ci de la propriété. La propriété est donc le plus grand fléau de la société : c'est un véritable délit public.

On nous dira que la propriété est un droit antérieur a la société qui a été instituée pour le défendre. Mais comment pouvait-on avoir l'idée d'un semblable droit avant que les conventions eussent assuré au propriétaire les fruits de son travail .r* Comment la société a-t elle pu devoir son origine à l'institution la plus subversive de tout sentiment social ?

Que l'on ne dise pas enfin qu'il est juste que l'homme laborieux et économe soit récompensé par l'opulence et que l'oisif soit puni par la misère. Sans doute , il est équitable que l'homme actif, en acquittant sa dette , reçoive de la patrie ce qu'elle peut lui donner sans se détruire; il est équitable qu'il en soit récompensé par la reconnaissance publique ; mais il ne saurait acquérir par la le droit d'empoisonner son pays , pas plus

qu'un soldat n'acquiert par sa valem^ celui de l'asservir.

Quoiqu'il y ait des mauvais sujets qui doivent imputer à leurs propres vices la misère où ils sont réduits , il s'en faut de beaucoup que tous les malheureux puissent être ranges dans cette classe. Une foule de laboureurs et de manufacturiers que l'on ne plaint point , vivent au pain et à l'eau , afin qu'un infâme libertin jouisse en paix de l'héritage d'un père inhumain , et qu'un fabricant millionnaire envoie à bas prix des étoffes et des joujoux dans les pays qui fournissent à nos sybarites fainéans les parfums de l'Arabie et les oiseaux du Phase. Les mauvais sujets eux-mêmes le seraient-ils sans les vices et les folies dans lesquels ils sont entraînés par les institutions sociales qui punissent en eux les effets des passions dont elles provoquent les développe*

mens?

Ari. 7. ' '^

Dans une véritable société * il ne doit y avoir ni riches ni pauvres.

Les riches qui ne veulent pas renoncer au superflu en faveur des indigens sont les ennemis

du peuple.

Art. 9.

Nul ne peut, pai' Tacciunulation de tous les

moyens , priver un autre de Tinstruction ne'cessaire pour son bonheur : rinstruction doit être commune.

Preuves.

1 . Cette accumulation enlève aux hommes de peine jusqu a la possibilité d'acquérir les connaissances nécessaires a tout bon citoyen.

2. Quoiqu'il ne faille pas au peuple une vaste instruction , il lui en faut une , afin qu'il ne soit pas la proie des rusés et des prétendus savans. Il lui importe de bien connaître ses droits et ses devoirs.

Art. 10.

Le but de la révolution est de détruire l'inégalité et de rétablir le bonheur commun.

Preuves.

Quel est l'honnête homme qui voudrait livrer ses concitoyens aux convulsions et aux maux d'mie révolution politique , ayant pour but de les rendre plus malheureux ou de les mettre dans un état d'où leur ruine totale doit nécessairement dériver ? Saisir adroitement le moment de la réforme , n'est pas la moindre tache d'un habile et vertueux politique.

La révolution n'est pas finie , parce que les riches absorbent tous les biens et commandent

exclusivement , tandis que les pauvres travaillent en véritables esclaves, languissent dans la misère et ne sont rien dans l'e'tat.

Art 12.

La constitution de 1793 est la ve'ritable loi des Français , parce que le peuple Ta solennellement acceptée ; parce que la convention n'avait pas le droit de la changer ; parce que , pour y parvenir, elle a fait fusiller le peuple qui en réclamait Texécution * ; parce qu elle a chassé et égorgé 2 les députés qui faisaient leur devoir en la défendant ; parce que la terreur contre le peuple et l'influence des émigrés ^ ont présidé à la rédaction et a la prétendue acceptation de la constitution de 1 796 , qui n'a eu pour elle pas même la quatrième partie des suffrages qu'avait obtenus celle de 1 798 ; parce que la constitution de 1 793 a consacré les droits inaliénables pour chaque cit(^en de consentir les lois , d'exercer les droits politiques , de s'assembler , de réclamer ce qu'il croit utile , de s'instruire et de ne

• Au !•" prairial an 3 et jours suivans.

a Bourboltc , Dcroy , Duqucsiioi, Goujon, Roninic et Soubrany furent mi» à mort; rcyssard fut ddportd , et Forestier condamne* à la détention.

^ On massacrait publiquement, ou on entassait dans les cachots les hommes populaires; un grand nombre d'c'migrds , et notamment tous ceux qui avaient dt'scrtt' apn^sla rc^volution du 3i mai , avaient dl<f rappelles depuis le 9 thermidor an 2.

pas mourir de faim; droits que l'acte contrere'volutionnaire de i jgS a ouvertement et complètement viole's.

Art. i3.

Tout citoyen est tenu de rétablir et défendre dans la constitution de 1793 la volonté et le bonheur du peuple.

Art. 14.

Tous les pouvoirs émanés de la prétendue constitution de i-ygS sont illégaux et contrerévolutionnaires.

Art. i5.

Ceux qui ont porté la main sur la constitution de 1793 sont coupables de lèse-majesté populaire.

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