‹ Conspiration pour l'égalité dite de Babeuf (volume 3)Chapitre 29 sur 46 · A GRACCHUS BABEUF · texte numérisé non relu

A GRACCHUS BABEUF

TRIBUN DU PEUPLE i.

Et moi aussi je voudrais Fégalité réelle. Je suis bientôt sexagénaire , je n'ai rien ou presque rien en propriété. Je suis chargé de six enfans , trop jeunes encore pour travailler. J'ai le malheur de ne point savoir de métier, je ne suis ni commerçant, ni com'tier, ni agioteur, ni banquier , pas même commis de bureau ; combien de motifs pressans de désirer l'égalité réelle ! mais hélas ! est-elle possible ? A quoi sert de me montrer cette béatitude , dans un lointain si obscur , que je désespère d'y arriver jamais ? Comment lui donner l'existence ? Toujours le mot , et jamais la chose.

J'ai lu qu'il y a eu des partages de terre , mais cela n'a pas duré ; et pourquoi P c'est cela qu'il faut approfondir.

Il ne s'agit donc pas seulement de partage, mais encore qu'il soit durable.

Les terres ne sont pas tout ce qu'il faudrait partager , et je n'ai lu nulle part qu'on ait rqéme

« La lettre dont il est question au texte était une réponse à celle-ci.

teiité dé partager ces productions de Tesprit et de Tinvention , que dans des oommunautés reli-^ gieuses, ou à-peu-près telles. Nous diviseron^^ nous en petites communautés? Supposons que cela soit , et que je porte par exemple , mon charmant tableau, ma machine parfaite, mon invention excellente , mes découvertes en phy* sique , en chimie , en hydraulique , en histoire naturelle , mon poème , . ma musique , ma volubilité sur le violon , la harpe et le clavecin , les sons harmonieux de ma voix , etc. , etc. , etc., au magasin général de 1 égalité réelle , avec mon voisin le savetier pour reccvoit nos bons égaux de viande , de pain , de liqueur , etc. , etc;, ce n'est pas tout ; il faut que cela soit durable , il faut que cela n anéantisse pas le goût, le génie et la passion du beau , et de la perfectioti dans les arts et métiers. Mais supposons que je sois capable de Talmégation d'un moine , pour mes goûts et mes penchants ks plus doux , pour l'égalité réelle de mon voisin le savetier , ne faudra-t-il pas des supérieurs , des prieurs , des abbés , des directoires exécutifs , etc. , etc. , car les noms n'y font rien? ne faudra-t-il pas des lois? c'est-a-dire des conventions mutuelles. Ne faudra-t-il pas confier aux chefs parfaitement désintéressés, une force égale en action, à la réaction qu'il faut toujours calculer, et calcu-

1er bien juste, aussi juste que le poids d'un tourne-broche , ou que le ressort d'une montre. Quelle multitude de réflexions ne tiennent pas s'offrir ici ?

J'entends citer J. J. Rousseau et Mably; le premier a dit positivement : que pour vivre sous une démocratie pure , il fallait être des demidieux. Le second est bien loin de croire k la possibilité de l'égalité réelle , sur un sol d'une étendue aussi considérable et aussi peuplé que le notre : quand j'y songe , et j'y songe souvent , ma tète s'y perd.

Tribun ! donne -nous un plan; prouve -nous bien clairement la possibilité de l'égalité réelle; qu'elle peut être durable; et donne -nous bien positivement le moyen d'y parvenir; c'est-adire que nous ne soyons pas des années dans l'anarchie , et qu'après des démarches et des sacrifices douloureux et inutiles , nous ne nous voyons pas plus mal que nous le sommes dans

ce moment.

Signé M.....: V*

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