SEIZIÈME PIECE
9 floréal.
Le peuple sans -culotte de Paris ^ à la légion de police.
Généreux frères ,
Votre signal est entendu , votre démarche est approuvée , votre ferme résolution nous charme. Le moment est-il venu de briser des sceptres nouveaux ? La liberté a-t-elle fixé aux jours où nous sommes le terme de la commune oppression ? Le peuple est prêt.
Non , vous ne nous quitterez pas. Non , vous n'irez pas vous faire immoler sous le fer des esclaves étrangers ^ complices des nôtres. Voila ce qu'on vous réserve. Nos tyrahs ont fait un affreux pacte avec ceux que nous combattons depuis six ans : ils sont convenus de leur livrer en holocauste tous les fidèles défenseurs de la patrie ; vous méritez , nos frères, d être sacrifiés les premiers : vous avez pris les intérêts du peuple ; vous vous êtes récriés avec lui contre tous les attentats de ses oppresseurs ; vous avez manifesté que vous ne voudriez point faire partie de ses bourreaux , à la vue des préparatifs assassins qu'on dispose. Paris bloqué , Paris menacé d'être mis en sang et en feu , parce qu'il se plaint d'être , avec toute la république , affamé , dépouillé , avili ; Paris en-
fin sous le joug d'une poignée d'usurpateurs barbares , est devenu pour vous un objet de compassion et de vif inte'rét. Précieux camarades , il dépend de vous de nous sauver et de vous couvrir de gloire. Vous pouvez prendre l'initiative entre les libérateurs du peuple. Vous la prendrez : vos amis , vos frères , vos épouses , vos parens , réclament qu'en ne vous rendant pas à l'égorgerie qu'on vous a destinée , vous ne les abandonniez point à une autre égorgerie dans ces murs. Vous avez déjà fait entendre la vérité à vos frères séquestrés dans le camp ; votre exemple achèvera de les convaincre. Ils apprendront , malgré toutes les consignes et les défenses de communication avec les autres mortels , que , dans la lutte du peuple contre ceux qui le gouvernent, c'est le peuple qui a raison. Ils sauront que ce n'est pas lui qu'il faut immoler. Faisons un appel à ces braves, ils vont aussi venir à nous. Quant au peuple , lui-même il le répète, il est prêt. Ses conducteurs vont lui donner le signal. Il les entend, il est a coté de vous. Ses tyrans se dispersent, la liberté reparaît ; l'abondance , le bonheur ressuscitent ; la république triomphe de toutes parts, et les mesures sont bien prises pour qu'elle ne succombe plus.