‹ Conspiration pour l'égalité dite de Babeuf (volume 3)Chapitre 8 sur 46 · TABLEAU DES AGENS RÉVOLUTIONNAIRES · texte numérisé non relu

TABLEAU DES AGENS RÉVOLUTIONNAIRES

ARROHDISSEMENS,

Réunion, Homme- Arme , Droit de l'Homme, Arcis.

Quinze-Vingts , Indivisibilité , Popincourt, Montreuil.

Fidelitd , Fraternit<? , Arsenal , Cite'.

Fontaine de Grenelle < Ouest, Invalides , Unitt^

Thëâtre-Français , Luxembourg, Pont- Neuf, Thermes.

Panthdon , Finisterre , Jardin des Plantes , Observatoire.

Paris.

Cazin.

Adery.

Rerpino.

Sombod.

Moroy.

PROPOSANS.

Darthe.

Babeuf.

Darlhé.

Bouin.

Bal)euf et Buonarroti.

licdon.

baïonnettes aveuglement soumises ii leurs créatures , et ils parvinrent , sous le prétexte de maintenir la tranquillité publique , à transformer leneeinte de la représentation nationale, dont rattachement des eitoyens était naguère la défense unique , en un camp qui menaçait leur liberté et leur vie.

Cette armée autour et au dedans de Paris, qui en germinal et prairial de Tan IIÏ , avait aidé les ennemis de la liberté à établir leur empire , fut maintenue et augmentée par le gouvernement constitutionnel ; on voyait à sa tête des ex-nobles, des détenus de Fan II, et généralement les hommes qui avaient donné d éclatans témoignages de leur haine pour la souveraineté du peuple.

La présence de forces nombreuses et dévouées à la tyrannie , comparées à Fétat de désarmement auquel lautorité , sous le prétexte d'enlever les armes, tantôt aux royalistes, tantôt aux terroristes , avait réduit le peuple , devait décourager la multitude et lui faire redouter le moindre choc.

Au nombre des obstacles qui pouvaient s opposer au succès de son entreprise, le directoire secret rangeait la résistance des troupes , et même ridée seule que le peuple pourrait s en former. Aussi songea-t-il de bonne heure à la rendre nulle, en réveillant dans le cœur des soldats

1 amour de la démocratie , en leur rappelant les grands intérêts pour lesquels ils avaient versé leur sang, et en les arrachant insensiblement à lobéissance servile envers leurs chefs, de laquelle les tyrans lem* faisaient un devoir impérieux. C'était encore par Tascendant de la vérité , que les conjurés voulaient allumer dans l'armée la haine du gouvernement aristocratique, afin de joindre par un élan unanime ses forces a celles du peuple.

A cet effet, le directoire secret ajouta successive- Agem militaire». ment aux agens d'arrondissement des agens militaires , chargés des mêmes fonctions auprès des bataillons stationnés à Paris et aux environs : il accorda sa confiance

A Fion pour les Invalides ;

A Germain pour la Légion de Police ;

A Sasemy pour les détachemens cantonnés à Franciade ;

A Vannée pour les troupes en général ;

A Georges Grisel pour le camp de Grenelle.

Lé rôle que ce Grisel a joué dans le dénouement de la conspiration , exige que nous fassions connaître , dans toute leur étendue , les circonstances et les motifs qui lui donnèrent accès auprès des principaux défenseurs de r<îgalité.

Outre les agens civils et militaires dont nous avons parlé , le directoire secret avait institue des

surveillans qui en examinaient la conduite, en rectifiaient la marche , et imprimaient à leur action une nouvelle vigueur. Darthe et Germain furent charges de ce soin important. L un et l'autre rendirent alors a la cause de Fcgalite' les services les plus signales : c'était par eux que le directoire connaissait plus particulièrement ce cjui se passait dans les rassemblemens ; et c'était eux qu'il chargeait des commissions les plus difficiles , dont ils s'acquittaient avec l'exactitude et avec le courage qui décèlent une profonde conviction et un entier dévouement.

Darthé ^ infatigable et intrépide , habile à faire passer dans lame de ceux qui l'écoutaient la chaleur de la sienne, à réprimer les élans trop précipités , et a concilier les nuances d'opinion , s'attachait à encourager et réunir les amis de l'égalité , et à découvrir ceux qui pouvaient le mieux en servir la cause. Ce fut dans ces vues cju'il fréquenta le café des Bains Chinois oii se rendaient journellement plusieurs démocrates, et qu'il s'y lia avec Georges Grisel , d'Abbeville , alors capitaine à la suite dans le troisième bataillon de la trentehuitième demi -brigade de ligne , campée à la plaine de Grenelle près de Paris.

Grisel. Q r isel c|ui para î t , comme tant d'autres , n'avoir

vu dans la révolution qu'une occasion d'élévation personnelle , recherchait les patriotes ; il parvint \

en imitant leur langage, à passer auprès deux pour un ardent révolutionnaire, et dès lors il n eut pas de peine à captiver la bienveillance de quelques démocrates qui le présentèrent à Dartlie comme un homme précieux à leur parti. Les éloges imprudcns que prodiguèrent a Grisel ses introducteurs , ses discours et Tempressement avec lequel il se chargea de répandre parmi les troupes les écrits du directoire secret et rédigea lui-même une brochure insurrectionnelle , tendant a provo- €juer l'insubordination dans Tarmée * , persuadèrent le trop confiant Darthé de la pureté de ses intentions, et le déterminèrent à le proposer au directoire qui avait besoin d'un agent militaire auprès du camp de Grenelle. Il fut nommé, et les instructions relatives à sa mission lui furent délivrées par Darthé le 26 germinal 2.

Dès cjue les agences qu on avait instituées fu- Écrits démocra-

(Y* . , , ,. . tiques.

rent suihsamment organisées , le du'ectoire secret s'occupa sans relâche de répandre les écrits qu'il destinait à détromper le peuple. Il s'agissait de lui prouver que sa souveraineté avait été usurpée par l'autorité existante; que la constitution de 1793 était la seule légitime; que le bonheur de tous ne pouvait résulter que de la véritable égalité ;

* Cette brochure était intitulcc : Franc-Libre à son ami la Terreur. Voyez pièces justificatives, no 9,

' Voyez CC8 inatruclion» ibidem, n«> 10. ' '^ ;

et que les maux quil attribuait à la révolution , venaient uniquement de ce qu'elle n'avait pas atteint son but.

Toutes les plumes démocratiques furent mises à contribution : Babeuf développait dans son Tribun du Peuple^ l'esprit de l'institution insurrectionnelle, et Simon Duplay propageait les mêmes doctrines parmi les classes les plus laborieuses, au moyen d'une petite feuille , intitule'e l'Eclaireur. Les républicains qui dirigeaient le Journal des Hommes libres , rendirent aussi à la démocratie d'impor tans services, parles discussions qu'ils osèrent établir sur la forme du gouvernement et sur le grand système de l'égalité , duquel ils firent éclater la justice en provoquant de victorieuses réponses aux objections qu'ils mettaient en avant. Un des premiers soins du directoire secret fut de signaler au peuple, d'une manière positive , les points auxquels il devait se rallier; il le fit au moyen de VAnulyse de la doctrine de Babeuf y qui fut distribuée et affichée le 20 germinal, avec une très grande profusion; et, quoique le gouvernement s'efforçât de dérober cet écrit à la connaissance du public, il frappa tellement toutes les têtes , que les aristocrates le transcrivirent dans leurs journaux, comme un chef-d'œuvre d'extravagance et d'audace , et les patriotes en firent le sujet de leurs entretiens et de leurs espérances.

nk

Le 23 germinal parut Y Opinion surnos dèuœ constitutions '^ ; le 24 on publia la Lettre de Franc- Libre à son ami la Terreur ;\c ^5 fut mis en cir^ culation Tecrit intitule' : Doit-on obéissance à la constitution de 1 796 2 ? le 27 on distribua Y Adresse du Tribun à V armée 3 ; le 29 fut répandue la Lettre en réponse à M.FA^ et le premier flôre'al fut livré au public Le Cri du peuple français contre ses oppresseurs ^.

Aux efforts du directoire secret prêtaient un Misùre du peuprodigieux secours la persécution qui pesait en- ^' core sur la masse des patriotes, et la détresse toujours croissante qu'éprouvait la partie laborieuse de la nation ; c'était le moment où le discrédit progressif des assignats, faisant resserrer les denrées , réduisait les ouvriers a se priver du nécessaire ou à aliéner les meubles et les habillemens les plus indispensables ^.

« Cette pièce a ete perdue.

2 Voyez pièces justificatives , n® 11.

5 Ib., n« 12.

4B.,noi3.

5 On n'a pas pu trouver cette pièce.

fi Ce révoltant envahissement de la fortune déjà si réduite de la classe lalioricuse , fut la suite de la suppression de la taxe des denrées et des contributions en nature sur les riches , deux moyens qui , avant le 9 thermidor, avaient éloigné la nécessité de recourir à une trop grande émission d'assignats ; depuis cette (fpoque , l'approvisionnement public ayant été abandonné aux soins des propriétaires et des marchands avides , pour la plupart ennemis de»

Ce malaise, joint aux écrits par lesquels le directoire secret en montrait la cause et le remède radical , produisit une fermentation si vive et si générale que bientôt le mécontentement propagé par les réunions secrètes éclata publiquement et causa les nombreux rassemblemens que Ion vit , vers la moitié de germinal de Tan IV, dans les rues , sur les places et sur les ponts de Paris.

Alors les usurpateurs de la souveraineté populaire apprirent avec certitude c[ue leurs ennemis se réunissaient en force et que le peuple , en invoquant l'égalité et la constitution démocratique , donnait des regrets aux victimes immolées à la corruption et à l'aristocratie, en thermidor de l'an II , et en prairial de l'an III.

progrt s de Cc c]ui sc passait a Paris , les opinions , les dis-

l'csprit insurrec- i T • i i i i i

tioaiiei. cours et les discussions du peuple et des soldats ,

tout était journellement transmis au directoire secret par les rapports de ses agens et par les communications verbales des surveillans admis dans son sein ; il en était aussi instruit par plusieurs démocrates cjiii s'étaient adroitement introduits dans la police du gouvernement.

Bientôt le directoire secret s'aperçut cjuc l'effet de ses inspirations avait surpassé son attente et sentit c|u'il était urgent de rassembler tous les

reformes populaires , le pauvre fut dépouille du nécessaire qui servit à augmenter le superflu et le luxe des gens opulens.

recloiro secret.

moyens par lesquels il comptait seconder , diriger et rendre utile Fébranlement populaire dont on voyait les avant-coureurs.

Les conjures s'assemblaient presque tous les Travaux du cu soirs dans Tasile de Babeuf , auprès de qui reste rent constamment déposes les principaux papiers et le cachet de la conspiration ; ce cachet , auquel les agens révolutionnaires reconnaissaient les ordres du directoire , portait les mots salut public autour d un niveau.

Pendant les séances on examinait :

Les rapports des agens et les projets de réponse ;

Les écrits à imprimer ;

Les propositions sur la forme de Tinsurrection ;

Les dispositions législatives qui devaient la suivre ;

Les institutions et l'organisation de la république, r

Toutes les décisions que le directoire secret rendait à la pluralité des voix, étaient couchées sur un registre et servaient de bases à la correspondance et aux travaux préparatoires qui étaient répartis entre les conjurés. Rien n'était signé. Babeuf que la proscription forçait à la retraite , fut presque le seul rédacteur des lettres et des instructions , dont les expéditions nécessaires étaient faites par un secrétaire et portées par Eriddy aux agens révolutionnaires.

( i3-2 ) Autoriiéisubs- Après avoir arrête qu on devait diriger Fac-

titucr à l'auto- • i i i

liié exisianie. tioii uu pouplc coiitrc 16 gouvemcment existant , et vers rétablissement de la constitution de 1 798 , le directoire secret eut a résoudre une question que les circonstances rendaient très épineuse ; il s'agissait de déterminer par quelle forme d'autorité on remplacerait sul^itement celle dont on méditait la destruction.

On était convaincu qu'il n'était ni possible ni sans dangers d'appeler a Tinstant les assemblées primaires a nommer un corps législatif et un gouvernement conformément à la constitution de 1793, D'abord il était évident c[u'un intervalle de temps quelconque devait s'écouler entre l'insurrection et l'installation de la nouvelle autorité constitutionnelle , et il n'était pas moins sensible qu'il eut été de la dernière imprudence de laisser un moment la nation sans directeur et sans ffuide. D'autres considérations faisaient pen-

pei

ser au directoire secret que cet intervalle de temps devait être plus long que celui qu'exigeaient strictement les élections et l'arrivée des nouveaux députés : elles méritent d'être développées. NécessUc d'une Changer la forme de l'administration publi-

autorilc anlé- •» / • i i i

ricurc A l'ordre quc u ctait pas Ic scul Dut quc se proposaient nos

constituuonnei. ^^^^^^^.^^ . ^^ voulaicut , ct c'était Ik la partie la

plus importante de leurs desseins, procurer à la

France des lois bonnes et durables. Et , quoique

le directoire secret n ignorât pas que le mode d'après lequel la loi est émise et exécutée peut exercer quelque influence sur les institutions a établir , Tliistoire et Texpérience de la révolution française lui avaient appris que leffet certain de riné"falité est de diviser la cité, de créer des intérêts opposés, de fomenter des passions ennemies et de soumettre la multitude quelle rend ignorante , crédule et victime d'un travail excessif, a un petit nombre d'hommes instruits et adroits , qui , abusant de la préférence qu'ils ont su obtenir , ne s'appliquent qu'à conserver et a renforcer , dans la distribution des biens et des avantages , l'ordre qui leur est exclusivement favorable : il concluait de là qu'un peuple , si étrangement écarté de l'ordre naturel, n'était guère capable de faire d'utiles choix , et avait besoin d'un moyen extraordinaire qui put le replacer dans un état où il lui serait possible d'exercer cfTcctivcment et non fictivement la plénitude de la souveraineté.

De cette manière de penser naquit le projet \ de remplacer le gouvernement existant par une autorité révolutionnaire et provisoire, constituée de manière à soustraire à jamais le peuple à l'influence des ennemis naturels de l'égalité , et à lui rendre lunitc de volonté nécessaire pour ladoption des institutions républicaines.

coiivenlioij.

Quelle sera cette autorité F était la question délicate qui fut scrupuleusement examinée par le directoire secret. Les trois propositions qui avaient été agitées chez Amar furent reproduites : la première rappelait une partie de la convention nationale; la seconde créait la dictature ; la troisième établissait un corps nouveau, chargé de terminer heureusement la révolution i. Rappel tie la Auiar proposait dans le premier comité de rappeler la convention nationale ; ce corps , disait-il , qui ne pouvait être remplacé que par une autorité voulue par le peuple , Tayant été en vertu d'une constitution et de lois contraires à sa volonté souveraine, est encore la seule autorité lé-

ï L'expérience de la révolution française et plus particulièrement les troubles et les variations de la convention nationale ont , ce me semble , suffisamment démontre qu'un peuple , dont les opinions se sont formées sous un régime d'inégalité et de despotisme , est peu propre , au commencement d'une révolution régénératrice , à désigner par ses suffrages les hommes chargés de la diriger et de la consommer. Cette tâche difficile ne peut appartenir qu'à des citoyens sages et courageux qui, fortement épris d'amour pour la patrie et pour l'humanité , ayant long-temps sondé les causes des maux publics, se sont affranchis des préjugés et des vices communs , ont devancé les lumières de leurs contemporains , et méprisant l'or et les grandeurs vulgaires , ont placé leur bonheur à se rendre immortels en assurant le triomphe de l'égalité. Peut-être faut-il , à la naissance d'une révolution pohtique, même par respect pour la souveraineté réelle du peuple, s'occuper moins de recueillir les suffrages de la nation que de faire tomber , le moins arbitrairement que possible , l'autorité suprême en des mains sagcmnît et fortement révolutionnaires.

gitime. D'un autre côté, poursuivait Amar, la légitimité des décrets dépendait de la liberté des députés , garantie par les formes établies pour la poursuite de ceux d'entre eux contre lesquels s'élèveraient des accusations graves : or , des membres de la convention furent arrêtés , déportés ou dépouillés de leurs droits politiques sans procès ni jugement, en germinal et prairial de l'an III; donc les actes de la convention postérieurs à ces violences sont nuls , la rédaction de la constitution de l'an III doit être considérée comme non avenue , et les véritables mandataires du peuple sont encore ceux qui n'ont pas participé à ces f abus de pouvoir ou qui en ont été les victimes, j

Conséquemment à ce raisonnement , Amar oi.joctions. proposait de rappeler a l'exercice du pouvoir dirigeant, les membres de la convention nationale qui furent par elle déclarés inéligibles , et ceux qui, ayant été exclus du corps législatif, n'avaient pas participé a l'usurpation.

Cependant on reprochait à un grand nombre de ces conventionnels la part qu'ils avaient prise aux crimes du 9 thermidor; la proscription des démocrates sous les noms d'anarchistes , exclusifs , terroriste» , etc. ; la clôture des sociétés populaires; la rentrée dans la convention des soixante -treize girondins, et la mise en liberté de tous les aristocrates ; Ui faiblesse avec lacfuelle ils

avaient laisse égorger plusieurs de leurs collègues; le silence par eux gardé sur la proposition de changer la constitution ; un grand amour du pouvoir; les richesses acquises par quelques-uns , et en général une extrême pusillanimité dans la défense des droits du peuple * . Ceux qui étaient pénétrés de la nécessité de ne confier le sort de la patrie qu aux plus sages et aux plus courageux , pouvaient-ils se décider à rappeler au pouvoir suprême ceux qui avaient mérité en lexerçant d'aussi graves reproches ?

Le directoire secret jugea que des raisons d'un aussi grand poids devaient l'emporter sur l'avantage assez douteux qu'on se promettait d'une apparente légitimité , a l'aide de laquelle on espérait adoucir les ressentimens et vaincre les résistances.

Il pensa au contraire que , comptant uniquement pour la réussite de ses projets sur l'influence des démocrates de toute la république , qui , dans toutes les hypothèses, eussent secondé l'impulsion donnée par ceux de Paris, il était prudent de mettre décote les subtilités, et de donner la préférence à la voie qui offrait le plus de sûreté contre les erreurs et les faiblesses des hommes revêtus du pouvoir.

I Quoique le directoire secret se crût fondé à refuser sa confiance à beaucoup de ces conventionnels , il ne payait pas moins à ftr plusieurs d'entre eux un tribut bien me'rité d'estime et de respect.

( i37 ) Le rappel de la convention ainsi ëcartë , le di- Amonié pro-

, , \ iT 1 / 1 r* • visoire à la no-

rectoire secret s arrêta a 1 idée de tan^e nommer mination tUs inpar les insm^gens de Paris, Fautorité provisoire a ^"'s^nsdcPans. laquelle il fallait nécessairement confier le gouvernement de la nation. En effet , dans l'impossibilité physique de recueillir sur-le-champ les suffrages de tous les Français , c'était là le seul moyen de rendre à la souveraineté du peuple tout rhommage compatible avec les circonstances. A cet avantage se joignait celui d une plus grande probabilité de bons choix de la part d'hommes dont le dévouement aux principes de la nouvelle révolution eut été attesté par le courage avec lequel ils allaient en prendre la défense.

On prévoyait que les rusés ennemis de l'éga- ce système tUait lité tenteraient de soulever les habitans des dé- T

la

partemens contre ce qu'ils n'auraient pas man- "^^ i''^"!'^'' que d'appeler V empiétement des brigands de Paris sur les droits du souverain. Le directoire secret ne voulant rien faire que de juste , examina cette objection ; voici comment il la réfuta :

« Quand il y a tyrannie, tout citoyen a le droit )) et est dans l'obligation de travailler à la dé- » truire. Cependant il est impossible que tous les » citoyens d'une vaste r(;publique se rendent , à » cet effet, auprès de l'autoritc qu'il faut renver-

en harmonie avec souveraineté

)) ser : c est donc a ceux qui l'approchent à prcn- » dre les armes les premiers ; et , comme il est » important qu'une autorité nouvelle succède )) immédiatement a l'ancienne , c'est aux insur- » gens a y pourvoir.

» D'ailleurs , le droit d'abattre le pouvoir ty- » rannique étant par la nature des choses dé- » légué k la section du peuple qui Tavoisine, » c'est il elle qu'est aussi délégué le droit que )) nulle autre ne saurait exercer , de le remplacer » d'une manière provisoire et conforme , autant n que faire se peut , aux principes de la souve- » raineté nationale. »

Après cela , il s'agissait de savoir quelle serait la forme provisoire à proposer au peuple parisien en insurrection. Sur ce point il y eut diversité d'avis : quekjues membres du directoire secret opinaient pour la magistrature d'un seul ; les autres préféraient un corps nouveau , composé d'un petit nombre de démocrates éprouvés. Ce dernier I avis prévalut.

Dictature rc- Bedou ct Darthé qui proposaient la dictature , '^*^^' attachaient a ce mot l'idée d'une autorité extraordinaire , confiée à un seul homme , chargé de la double fonction de proposer au peuple une législation simple et propre à lui assurer Vécjalité et V exercice réel de la souveraineté, et de dicter provisoirement les mesures préparatoires tendant à

disposer la naiio7i à la recevoir. Selon eux , une tâche si importante et si hardie , ne pouvant être bien remplie qu a Faide d une parfaite unité de pensée et d'action , devait être conçue et exécutée par une seule tête. A Fappui de leur opinion ils invoquaient l'exemple des peuples anciens , et rappelaient les suites funestes de la pluralité , desquelles ils voyaient des preuves récentes dans les divisions du comité de salut public.

Il leur semblait que les dangers de l'abus qu'on pourrait faire d'une semblable magistrature , pouvaient être facilement évités par la vertu bien connue du citoyen qui en serait revêtu , par l'exposition claire et légale du but qu'elle devait atteindre , et par les limites posées d'avance à ^ durée.

Dans ce système , la tache du directoire secret se réduisait à tracer en peu d'articles l'objet de la reforme , à fixer un terme ii la nouvelle magistrature , a découvrir le citoyen le plus vertueux de la république, et à faire adoptef son plan par les Parisiens insurgés » .

' A quoi faut-il raisonnablement attribuer la perte de la dt^mocratio et de la liberté' en France , si ce n'est à la diversité' des vues, h l'opposition des intt'r/^ts , au défaut de vertu , d'unité et de per- «rfv<?ra!ire dan» la convention nationale? Ce n'est pas , ce me semble, pour conserver, mais pour c'tablir l't'RalittJ chez une nation corrompue , qu'on a b<*soin d'une autorité' forte et irrcisistible. Il est à présumer qii€ si ,cti Tan II ou en Tan ÏII , on avait eu la sa-

Cependant , le directoire secret en jugea autrement : ce n'est pas qu il méconnût la vérité des motifs allégués en faveur de la dictature ; mais la diiTiculté du choix , la crainte de Tabus , la ressemblance apparente de cette magistrature avec la royauté , et , par dessus tout , le préjugé général qu'il semblait impossible de vaincre , firent préférer un corps peu nombreux, auquel on eût confié les mêmes pouvoirs , sans courir les mêmes dangers et sans avoir tant d'obstacles a surmonter. Coqis corn- ï^c résultat de cette grave délibération fut LTtl^ rd-fr- qii'après la destruction de la tyrannie , le peuple tement,àpropo- Jg Paôs scrait cugagé à. créer une assemblée na-

ser au peuple de ^

Paris en insur- tioiialc , rcvètuc dc l'autorité suprême, et composée d'un démocrate par département i ; qu'en attendant , le directoire secret ferait des recherches scrupuleuses sur les démocrates à proposer ; et que , la révolution faite , il ne cesserait pas ses travaux et veillerait sur la conduite de la nouvelle assemblée.

Pendant que les conjurés réglaient ainsi ces points majeurs , ils suivaient attentivement les moinches dispositions du peuple ; ils ne négligeaient rien pour s'assurer la victoire au jour de

gesse d'investir un homme de la trempe de Robespierre de la dictature que proposaient Bedon et Darthé , la révolution eût atteint son véritable but.

' La répubiic(ijie française était alors divisée en 97 départemens.

rinsurrection qui eût pu être celui du combat. A la vérité , on était autorisé à penser que l'armée s'abandonnerait a l'impulsion populaire ; mais il eut été de la dernière imprudence de ne pas mettre en ligne de compte l'influence que des officiers , mauvais citoyens , auraient pu exercer sur des soldats peu instruits et habitués à l'obéissance.

Tout en redoublant d'efforts pom* attirer à la i^c directoire

, I , 111' ,1 secret avise aux

cause du peuple les soldats du gouvernement , le moyens de rendirectoire secret cherchait a rendre les démocra- "^^ .^^ ^''"f^^

plus fort quel ar-

tes plus forts qu'eux , dans le cas oii il fallut en "^*^^' venir aux mains. Son dessein était de créer subitement une armée populaire , et , a cet effet , il recueillit des renseignemens sur le nombre , la valeur et la capacité des démocrates , sur les forces de leurs ennemis et sur les lieux oii le peuple eût pu se pourvoir d'armes et de munitions ; il préparait dans Paris des logemens aux républicains qu'il appelait de toutes les parties de la France , à renforcer les amis de la liberté , et marquait soigneusement les dépôts de subsistances , afin qu'au grand jour de la rédemption , la faim ne contraignît pas le peuple a abandonner ^ comme en prairial de l'an IIÏ , le champ de bataille.

Parmi les patriotes des d('*partemens , les Lyon- R.'i.ui.iiciam

n > \ • !•> 11 ..■ â.* <'" Lyon.

hais avaient fixe plus particulièrement l attention du directoire secret. 11 y en avait k Paris <{ui

avaient mérité la confiance àe Robespierre ; et ceux qui demeuraient a Lyon , y avaient déployé un tel caractère , qu on était eri droit d'en attendre les plus grands services. Ce fut à Bertrand , ancien maire de cette ville , que le directoire confia le soin de les réunir et de les diriger dans le sens de Tins titiition insurrectionnelle. Grande for- Au 20 gcrmiual de Tan IV, il se manifesta

rnentation ù Pu- j^^^ j^ peuplc dc PaHs uuc violcntc agitation , que les factions criminelles travaillaient a mettre à profit concurremment avec les démocrates. Deui factions Dcux factious principalcs existaient dès-lors

nement. ^°"^'^'^" daus Ic gouvcmemcnt. Les hommes qui , sous les bannières de Tégalité , s'étaient adroitement emparé des richesses et du pouvoir , et que j'ai nommés faiiœ amis de V égalité om égoïstes conquérans , formaient celle qui reconnaissait pour chefs Barras , Tallien , Legendre , Fréron , Merlin de Thion ville , Rewbell , etc. , etc. L'autre se composait des amis de l'ancien ordre d'inégalité , que j'ai compris sous la dénomination à' égoïstes conservateurs ou vieux aristocrates : elle ralliait les débris de la Gironde , les auteurs de la nouvelle constitution et même les royalistes qui se promettaient quelque avantage du cours que cette faction imprimait à l'opinion , et généralement de tout ce qui tendait à proscrire l'égalité ; on comptait dans ses rangs Boissy d'Angias , La-

rivière , Thibaudeau , Dumolard , Camille Jordan , Lareveillère Lëpeaux, Lanjuinais , Portalis , Pastoret , Sime'on , etc. , etc.

La première de ces factions ne voulait de la constitution , qu'autant quelle la maintiendrait en possession de la pre'ëminence ; la seconde attendait de son exécution scrupuleuse de nouveaux succès. Celle-là , moins nombreuse , mais plus entreprenante et plus hardie , méditait des actes de violence contre celle-ci , qu elle accusait de viser au rétablissement de la monarchie , et qui de son côté , plus forte en nombre , mais plus hypocrite et plus lâche , se proposait d'accabler ses adversaires par les armes constitutionnelles. Une aristocratie , quelle qu'elle soit , repousse à la fois l'égalité et toute aristocratie dont elle redoute la concurrence ; tout prétexte lui est bon pom* écarter ses rivaux. Or, rien ne nuisant autant dans l'opinion du vulgaire aux hommes publics , que le dérèglement et la rapacité , les vieux aristocrates s'efforçaient d'exciter par des reproches de cette nature , contre les amis vrais ou faux de Fégalité , l'indignation du peuple que ces derniers n'avaient que trop méritée.

Aux attaques de ce genre , les égoïstes conque- Lcsfauxamiide

, , , . . r«'galilt'! veulent

rans opposaient la masse des hommes qui avaient cxpuUordcraupris k la révolution une part quelconque. Ils ^""|*^ '" ""*"' avaient l'adresse de présenter indistinctement

( ^44 ) tous les censeurs de leurs crimes , comme autant d'ennemis de la republicpe ; ils effrayaient les républicains de toutes les couleurs , par la crainte d'un prochain retour à la royauté ; ils prétendaient qu'on oubliât les droits du peuple pour ne songer qu'aux complots des royalistes dont ils disaient qu'eux seuls pouvaient réprimer l'audace ; ils mettaient enfin tout en œuvre pour se faire le centre du mouvement populaire dont ils ne se dissimulaient pas l'approche.

Dans le système de cette faction , l'insurrection dont ils comptaient s'emparer , ne devait avoir d'autre objet que celui d'arracher du corps législatif et du gouvernement les hommes crui leur

jui

déplaisaient , tels que Boissy d'Anglas , Isnard ,

Cadroy , Rovère , Larivière , etc '.

Ils essaient A. ccttc fiu , on fit rctcutir les enceintes des

d^eux Ter °a- conseils législatifs de violentes déclamations con-

tnotesetiepeu ^^^^ j massacrcs réccmmcut arrivés dans le midi

pie.

de la France , dont on accusait quelques-uns de ceux-ci d'avoir été les instigateurs, et dont cependant leurs ennemis actuels avaient été long-temps les provocateurs.

* A ces traits , il est aisé Je reconnaître la faction qui triompha et celle qui succomba le i8 fructidor de l'an V. Les e'véncmens de cette journe'e furent retardés par l'inflexibilité des républicains qui , ne voulant pas plus de l'une de ces factions que de l'autre , les forcèrent à réunir leurs efforts contre la démocratie , leur ennemi commun.

D'hypocrites apostats se répandaient dans les lieux publics pour exagérer le nombre et les tentatives des conspirateurs royalistes, détourner l'attention du peuple des crimes des faux amis de l'égalité, et les remettre en possession de sa confiance.

Ainsi les républicains peu clairvoyans étaient placés entre les séductions des révolutionnaires parjures et les conseils des vrais démocrates.

De cette double impulsion naissaient de dangereux obstacles aux travaux du directoire qui sentit bientôt la nécessité de les faire cesser.

Ce fut encore dans la vérité qu'il chercha le i^e aircctoirc remède ; il dévoila le piège , et le piège fut déjoué. !|î^„c. Un numéro du Tribun du peuple * , consacré k mettre au grand jour les crimes des transfuges du parti populaire, déconcerta leurs émissaires, et l'on peut dire avec vérité que parmi les hommes qui avaient pris de bonne foi une part quelconque à la révolution, il ne leur resta aucun partisan, et il n'y eut plus qu'un vœu pour la prompte destruction delà tyrannie établie par la constitution de l'an ÏII.

En même temps , le directoire apprenait que Comiic^ .lo» Ricord, Allino(jetf Euduchoi, Amar, Huguet et prosmu. Javogues » , tous conventionnels montagnards , proscrits aux mois de germinal et prairial de

I Voyez pièce» justificatives n" i4.

• Huguet et Javogues furent assassinds par la commiRsion militaire du Temple , à la suite du massacre du camp de Grenelle.

Van III, se concertaient pour se mettre à la tête de rinsurrection qu'ils prévoyaient , afin de rétablir la convention nationale et successivement la constitution de 1793. Ces tentatives, auxquelles on associait sans fondement Barrère et Vadier, parurent si importantes au directoire qu'il crut nécessaire d'en faire l'objet d'une sérieuse discussion. Le directoire Faut-il ccdcr la place aux montagnards prosnrefforu'^""' crits ? Faut-il tâcher de se joindre a eux? Faut-il s'opposer à leurs tentatives ? Telles furent les questions agite'es a ce sujet dans le sein du directoire secret.

Aux motifs c[ui avaient fait rejeter le rappel de la convention, se joignit , pour repousser le comité montagnard , la connaissance qu'on avait des opinions peu démocratiques de quelques-uns de ses membres et de l'extrême faiblesse de cjuelques autres. Mais, comme on reconnaissait les services qu'ils avaient autrefois rendus a la république , on se borna à recommander aux agens révolutionnaires d'engager le peuple a se méfier des démarches qui pourraient être faites à l'instigation de ces montagnards ; on enjoignit en même temps de veiller à leur sûreté et de les prévenir des mesures que le gouvernement prenait contre eux , et dont le directoire était journellement averti par quelques agens principaux du ministère de la police. Les laux amis A la vuc du daugcr dont elles étaient également

e se réunissent aux vieux arislocra-

menacées , les factions existantes dans les premic- do ivgaiii

res autorités de la république ne tardèrent pas à

réunir leurs efforts contre la démocratie. ^^' ''''°^'" ^'^ '^^'

mocratie.

La rapidité avec laquelle se propageaient de nouveau les principes démocratiques, la hardiesse des écrits qui provoquaient une nouvelle et salutaire révolution , ces nombreux rassemljlemcns oii les crimes des usurpateurs étaient proclamés et où la constitution de 1 793 était hautement demandée , ce concert de voeux unanimes décelant un vaste plan dont il était difficile de saisir les mains directrices , l'impatience de la multitude et laudace des conspirateurs semèrent l'épouvante dans les rangs des ennemis de l'égalité , qui senti- , rent la nécessité de suspendre leurs querelles et de diriger toutes leurs forces contre les incorrigibles apôtres des doctrines populaires.

Sur ces entrefaites , un message du dii-eçtoire Mcs^ase du diexécutif vint donner l'éveil a tous les ennemis de la réforme publique ; les démocrates y étaient horril)lement calomniés , et on invoquait contre eux des décrets de proscription et de mort.

A. cette occasion , l'hypocrisie avec laquelle on avait cru justifier la clôture violente de la société du Panthéon lança plus méchamment encore ses traits empoisonnés. IjC gouvernement voulant rendre les démocrates universellement odieux, les accusait de chercher a plonger l'état dans une af-

contre les dt mocratcs.

freuse anarchie , dans le double dessein de rétablir par la le despotisme royal et de s'enrichir en attendant par le brigandage i.

C'était par de semblables imputations que la convention post- thermidorienne e'tait parvenue a imposer à la France le joug de la nouvelle aristocratie. Cependant y avait-il du bon sens a accuser de vénalité des hommes qui étaient sortis pauvres d'une révolution et des places qui leur avaient offert tant d'occasions de s'enrichir ? Apparte-

ï C'est avec la même bonne foi qu'on a feint d'attribuer au royalisme et h l'ennemi étranger, la pensée de toutes les grandes mesures par lesquelles le royalisme fut écrasé et l'étranger vaincu , et qu'on a prétendu transformer en royalistes déguisés les hommes dont l'austérité et le désintéressement attestent le sublime dévouement à la cause de l'égalité et de la liberté. Cette manœuvre dont la Gironde donna le premier exemple , afin de justifier sa conduite dans le jugement du roi et sa haine contre les vrais fondateurs de la république , a été depuis perfectionnée par ces eunuques politiques qui , incapables des mouvemens généreux qui sauvent et régénèrent les nations , se vengent de la nullité à laquelle ils sont condamnés , en ravalant les grands hommes dont les vertus leur paraissent chimériques , aux basses intrigues qui constituent toute leur science politique. A les entendre, l'action révolutionnaire fut conçue et dirigée par ceux qui en furent principalement atteints ; les frères de Louis XVI avaient sollicité sa condamnation; les royalistes qui perdirent la vie les 2 et 3 septembre furent immolés à la profonde politique de leurs amis ; et cet enthousiasme populaire qui sauva la France de l'invasion , fut Toeuvre de ceux qui

voulaient l'envahir! Bien des complots contre la révolution

française furent sans doute ourdis par l'aristocratie européenne ; mais en voir les traces dans ce qui fut si nuisible à celle-ci , c'est , ce me semble , le comble de l'absurdité.

nait-il à ceux qui , après le g thermidor , avaient exercé tant de violences , de signaler comme des anarchistes ceux qui, au bout du compte, ne demandaient que l'exécution de la loi que le peuple avait sanctionnée ? La véritable , la seule anarchie , disaient les démocrates , est dans les prétendues lois qui , violant les droits naturels des hommes , condamnent les nations ou à des troubles toujours renaissans ou à une mortelle léthargie. Leur constante conduite et les vœux qu'ils ne cessaient de former pour l'établissement d'une vraie répul^liquc , répondaient suffisamment au reproche de royalisme déguisé auquel personne n'ajoutait foi. Les royalistes applaudissaient à cette fourberie qui les débarrassait de leurs plus redoutalîlcs ennemis , et leur faisait même concevoir la vaine espérance de s'en faire des auxiliaires.

De si solides raisons ne confondirent pas l'effronterie du directoire exécutif; élevé sur la violation des droits du peuple , il ne songeait qu'à les anéantir, et cette odieuse détermination éteignait en lui tout sentiment de pudeur. Il crut qu'en persévérant dans la calomnie , il parviendrait a étouffer la vérité , et se flatta de rallier k lui toutes les classes des citoyens , parles couleurs effrayantes sous lesquelles il ne cessait de peincUe ses ennemis.

Cependant ce perfide message renfermait une

vérité qui faisait pâlir les mcchans ; il attestait l'existence d'une association courageuse qui se proposait de renverser la nouvelle tyrannie constitutionnelle.

Lois contraires TcUe était alors la corruption et la lâcheté des

à la liberté de la i / . / vi t . l • a

parole et de la dcputcs , C[u il Tij cu cut pas uu scul qui osat presse. prcudrc ouvertement la défense des droits du

peuple ; à l'exception de douze , tous les membres du conseil des Cinq-Cents s'empressèrent d'accepter les funestes lois des 27 et 28 germinal de l'an IT, auxquelles leurs dignes collègues de l'autre conseil donnèrent le même jour une sanction unanime.

Ces actes , indignes de porter le nom de lois , furent un attentat contre la liberté publique. Par eux , toute réunion paisible de citoyens peut être dissoute comme un attroupement séditieux; par eux , toute discussion sur les avantages ou les inconvéniens des différens gouvernemens peut être punie de mort; par eux , toute amélioration dans la constitution de l'état est presque rendue impossible ; par eux enfin , on arracha aux Français, déjà dépouillés des droits de délibérer sur les lois et de se réunir en sociétés politiques, celui d'émettre librement leur pensée sur les affaires nationales.

iNouvcUe per- Dès lors Ics agcus subalternes de la tyrannie

sédition contre iii\ ni i . 1

les démocrates, rectoublerent d audace contre les orateiu^s , les

écrivains et les colporteurs du parti démocratique ; les moindres observations , les plus légers murmures , transformes en provocations séditieuses , fournissaient à tout moment des prétextes pour emprisonner les meilleurs citoyens , et l'appareil militaire fut déployé contre les hommes paisibles qui allaient dans les lieux publics chercher, dans les épanchemens de Famitié, quelques consolations à la douleur que les maux de la patrie leur faisaient éprouver.

Une sainte colère s'empara de tous les amis indignation des

\ llTli'.l t* . 11 • amis de la libcr-

smceres de la liberté et leur ht prendre la reso- té. lution de résister à l'oppression ; ils disaient tout haut que le moment était venu de tenir le serment de vwre libres ou mourir.

Mais le directoire de salut public qui s'était Lc directoire

1 , • H > "1 • 1 P secret calme leur

place au pomt cl ou il pouvait mesurer les torces i„,paiience. de son parti et celles de ses ennemis , jugea qu'il n'était pas encore temps de livrer le combat. Craignant un de ces événemens mal combinés (]ui avaient tant contribué à établir l'empire aristocratique, et regardant son entreprise comme le dernier effort dont le mauvais succès eut perdu tout-u-fait la démocratie, il ne pouvait se résoudre a donner le signal de l'attaque avant d'avoir coordonné prudemment tous les élémens insurrectionnels qui lui paraissaient indispensables pour obtenir la victoire.

Quoique les noms des directeurs secrets fussent couverts d'un voile salutaire, leur association et leurs travaux étaient connus de tous les démocrates ; cette connaissance , en soutenant leur espoir , les rendait dociles aux avis qui leur étaient adresses par la voie des agens révolutionnaires ou par celle du Trihun du Peuple et de YEclaireur.

Une si longue suite de revers avait enfin convaincu tout le monde que la ve'ritable république ne pouvait attendre son salut que du concours de tous ses amis a seconder avec confiance les plans conçus et secrètement dirigés par mi petit nombre d'hommes assez forts pour ne pas désespérer d une cause tant de fois proscrite et presque anéantie.

A l'aide de cette confiance , le directoire secret put arrêter l'explosion prématurée, provoquée par les lois des 27 et 28 germinal, cjue les plus modérés comparaient a l'ancienne loi martiale. Mais tandis qu'il contenait d'une main un débordement dangereux , il se hâtait de rassembler de l'autre tous les fils qui devaient le conduire a un dénouement prompt et à un triomphe certain. La lenteur qui eut encouragé ses ennemis , divisé et refroidi ses amis , ne lui paraissait pas moins dangereuse qu'une imprudente précipitation. Décidé k sauver promptement la liberté ou a périr avec elle, il pressait les opérations

es mesures illSlUTCC-

des agens révolutionnaires, redoiiljlait de zèle pour s'attacher Tarmee dont il n'était pas encore sur , et s'occupait assiduement a régler les formes de Tinsurrection et la législation qui devait la suivre.

Le premier objet qui se pre'sentait naturelle- Qudqu ment a la discussion , était la manière d'opérer '"onneiies! - la dissolution des autorités illégitimes , et de mettre leurs membres dans l'impossibilité de rien entreprendre contre l'égalité. Le dessein unanime du directoire secret était d'atteindre ce double but par un grand exemple de justice , capable d'effrayer les traîtres et d'en imposer à ceux que le peuple honorerait a l'avenir de sa confiance.

Une trahison révoltante et une usurpation manifeste étaient les crimes dont les membres des deux conseils et ceux du directoire exécutif s'étaient rendus évidemment coupables. Couverts du sang des meilleurs citoyens , ils avaient dépouillé le peuple de sa souveraineté, et avaient sacrifié la majorité de la nation aux prétentions d'une poignée de riches insatiables et ambitieux. Une punition éclatante était nécessaire, mais l'indulgence et l'oubli eussent succédé à un jour de terreur juste et salutaire , cpii n'eut laissé après lui que le souvenir d'une légitime et trop tardive explosion.

La plupart des Parisiens mécontens , inquiets ,

malheureux , jetaient les yeux en arrière et regrettaient les temps qui avaient précédé le 9 thermidor ; ils n'avaient besoin pour renverser les tyrans que d'être conduits par des républicains intrépides , qui attendaient eux-mêmes le signal de nos conjurés.

Dans cet état de choses , ceux-ci virent que le point important était de soustraire la foule des hommes laborieux à l'influence du gouvernement établi , et de les mettre exclusivement sous celle des démocrates ; ils arrêtèrent donc que le jour de l'insurrection, tous les rapports existant entre le gouvernement et les citoyens seraient rompus , cjue le peuple se rangerait sous les bannières que le directoire secret délivrerait à des personnes de son choix , et que donner ou exécuter au nom de l'autorité tyrannique un ordre quelconque , serait ce jour-la un crime national puni de mort sur le champ.

Acte insurrcc- Pour mcttrc dc l'ordrc dans le grand mouvement c[ui se préparait , le directoire secret jugea nécessaire de s'en déclarer ouvertement le chef, et d'indiquer en cette qualité au peuple, les demandes qu'il devait former, la marche qu'il devait suivre , les obstacles qu'il lui fallait vaincre , et les pièges c[u'il lui importait de déjouer.

A cet effet , après une longue et sérieuse délibération , il adopta ce fameux acte insurrecteur,

leur.

dont la publication eût été le signal de la nouvelle révolution ^

Outre les dispositions directement relatives à la destruction de la tyrannie , cet acte renfermait les germes de plusieurs mesures législatives , destinées à justifier aux yeux du peuple les intentions bienfaisantes du directoire secret et la légitimité de son entreprise ; les voici :

Distribution aux défensem^s de la patrie et aux malheureux , des biens des émigrés , des conspirateurs et de sennemis du peuple ;

Logement immédiat des malheureux dans les maisons des conspirateurs ;

Restitution gratuite des effets du peuple , déposés au Mont-de-Piété ;

Adoption par le peuple des épouses, enfans, pères , mères , frères et sœurs des citoyens morts dans l'insurrection , etc. qui étaient nécessaires à Iciu* existence.

On aurait tort de considérer la promesse d'une La «listribution

^ f . '^ .' Il* •• des biens, ordon-

grande distribution de biens comme contraire nc'c par lado ina lesprit de la communauté l\ laquelle on vou- d"jri amener lâ lait arriver. Le grand point était de réussir, et '^°'""""*"^^' le directoire secret qui n'adopta pas légèrement son acte d'insurrection , avait senti que , pour y parvenir , il ne lui fallait ni trop de reserve, ce qui eut pu décourager ses vrais amis , ni trop de pré-

• Voyez pièces justificatives , n» i5.

cipitation , ce qui eut trop grossi le nombre de ses ennemis.

Par la promesse de distribution , le directoire fixait l'attention et entretenait l'espérance de la classe laborieuse , sans indisposer ceux qui , tout en haïssant la nouvelle aristocratie, n'aimaient pas pour cela l'égalité de fait. Distribuer les biens, ne signifiait pas morceler la propriété territoriale; car les véritables biens ne sont pas les terres , mais les fruits qu'elles produisent ; or , en distribuant les fruits , la promesse eut été complètement exécutée, et c'est la ce que le directoire secret se proposait de faire ainsi qu'on va le voir. AssemLie'e du Aussitôt après la destruction de la tyrannie , le Tprès la destruc- pc^plc dc Paos dcvait être réuni en assemblée tjou de latyrau- générale a la place de la Révolution. La , le directoire secret lui eut rendu compte de sa conduite , lui eut démontré que tous les maux dont il se plaignait étaient les effets de l'inégalité , lui eut rappelé les avantages qu'il était en droit d'attendre de la constitution de 1 798, et l'eut invité a approuver l'acte insurrecteur. Ensuite on eut proposé au peuple insurgent de créer sur le champ une autorité provisoire , chargée de terminer la révolution , et de gouverner jusqu'à la mise en activité des institutions populaires.

Nouvelle as- A l'effet d'obtcuir du peuple victorieux un dé-

semblée nationa- p y ••/ait

le. cret coniorme a ses vrais intérêts , le directoire

ris.

comptait soumettre à ses suffrages les noms des démocrates qu'il jugeait les plus dignes d'une si haute confiance. Cette nouvelle assemblée serait venue contracter à la face du ciel l'engagement de se dévouer pour le salut de tous, et jm^er d'exécuter fidèlement les ordres qu'on se proposait de lui faire prescrire par le décret suivant :

c( Le peuple de Paris , après avoir terrassé la Décret i pro- » tyrannie , usant des droits qu'il a reçus de la ffislTseut arPa- » natm-e , reconnaît et déclare au peuple fran- M çais :

)) Que l'inégale distribution des biens et des » travaux est la source intarissable de l'esclavage » et des malheurs publics;

» Que le travail de tous est une condition es- » sentielle du pacte social ;

» Que la propriété de tous les biens de la » France réside essentiellement dans le peuple » français , qui peut seul en déterminer et en » changer la répartition :

» Ordonne à l'assemblée nationale qu il vient » de créer dans l'intérêt et au nom de tous les » Français , d'améliorer la constitution de 1 793 , » d'en préparer la prompte exécution , et d'assu- » rer , par de sages institutions fondées sur les » vérités ci-dessus reconnues , à la république » française , une inaltérable égalité , la liberté » et le bonheur:

i II.

» Enjoint à ladite assemblée de rendre compte^ » dans un an au plus tard, a la nation, de Texécu- » tion du présent décret ;

)) Et s engage enfin a faire respecter les dé- » crets de cette assemblée , conformes aux ordres » ci-dessus, et à punir de la peine des traîtres, » ceux de ses membres qui s'écarteront des dew voir s qu'il vient de leur prescrire. »

Nous verrons plus bas, par quelles lois le directoire secret se proposait de fixer la destinée de la république : avant tout , suivons dans ses développemens la marche de la conspiration dont il importe de faire connaître tous les détails. Insurrection de Taudis quc uotrc dircctoirc mûrissait dans le ég.on de po- ^iigj^çg toutes les parties de sa grande entreprise , les effets de ses inspirations commençaient à se manifester dans les corps armés stationnés a Paris et aux environs , et particulièrement dai>s la légion de police et parmi les grenadiers chargés de la garde du corps législatif. .

Rien n'alarmait le gouvernement autant que cet esprit d'opposition dont les militaires laissaient déjà apercevoir de nombreux symptônies; par la s'évanouissait à ses yeux le seul rempart qu'il se flattait de pouvoir opposer à la colère du peuple. Aussi , après avoir épuisé auprès de la légion de police les moyens de séduction, il fut forcé de donner l'ordre de sortir de Paris aux

lal lice,

deux bataillons les plus insubordonnés de cfe corps qui , par la loi de son institution , n'aurait jamais du servir hors de cette ville. Cet ordre, signifié le 9 floréal , fut suivi d une désobéissance formelle dont la suite immédiate fut un surcroît d agitation dans le peuple ; on crut toucher au moment où Ion pourrait avoir bon marché de la tyrannie.

Le directoire secret qui , sans avoir provoqué directement la résistance des légionnaires , avait cependant contribué à la faire éclater par les maximes qu'il ne cessait de répandre , crut aussi toucher au moment du succès , et quoiqu'il n'eut pas encore en son pouvoir tous les renseignemens qu'il avait demandés, il se serait déterminé à donner le signal de l'insurrection , s'il avait eu la certitude de trouver dans la légion de police , une force suffisante pour repousser les premiers eflbrts du gouvernement et augmenter par là la con-* fiance du peuple.

Tout fut mis en œuvre pour former ce point d'appui , et on eut un instant lespoir de rendre rinsurreclion générale dans l'armée de l'intérieur '. Des agens révolutionnaires se répandaient parmi les troupes; d'autres se tenaient prêts à faire marcher le peuple ; un comité subi-

I On appelait ainsi Varmée que , depuis le 9 thermidor, on faisait camper autour de Paris pour en imposer aux amis de la libcrtd.

lemcht formé au sein d^ la légion de police, communiquait déjà par l'entremise de Germain avec le directoire secret ; un manifeste de la légion au peuple , et la réponse de celui-ci ^ faite en son nom par les conjurés , indiquaient aux bons citoyens la tâche qu'ils avaient a remplir; les démocrates étaient sous les armes; tout allait s'ébranler , lorsque la soumission inattendue des bataillons insurgés obligea a arrêter le mouvement , de crainte d'attirer sur la patrie un échec irréparable.

Son licencie- Un décrct de licenciement étouffa l'insurrection dans son berceau. Un nombre assez considérable de légionnaires s'y soumirent avec joie, et on eut lieu de se convaincre c|ue la crainte des dangers des frontières avait été pour plusieurs d'entre eux le vrai motif de la résistance que les soldats républicains avaient trop légèrement attribuée a un généreux patriotisme.

Les icg-.onnai- Ouol c|u'il cu soit dcs causcs , pcut-étre incon- Xez les paS^^^^ î <^^G ccttc iusubordinatiou, Ics démocrates en '"• retirèrent l'avantage d'avoir a leur disposition ,

en les retenant dans leurs demem^es , non-seulement les légionnaires bien intentionnés, mais aussi presque tous ceux qui avaient obtempéré ^ux ordres du gouvernement. De cette nombreuse désertion se forma le corps que le direc-

.' * Voyez Pièces justificatives, n" i6.

tolre secret comptait placer à l'avant- garde de larmëe insurrectionnelle. Cet événement tumidtueux redoubla Timpatience du peuple , dont rimpe'tuosite' toujours croissante avertissait le directoire secret que le dénouement de la conspiration ne pouvait plus être difFëre' sans un danger extrême. Des mouvemens partiels , évidemment infructueux , allaient éclater , et , d'un autre côté , la perte de quelques légionnaires arrêtés pour avoir provoqué leurs camarades à la résistance , paraissait inévitable; il fallait prévenir les fausses démarches et briser la liàclio des tyrans : ces circonstances engagèrent le directoire secret à presser le moment de Tinsurrection. On était au I G floréal.

Deux choses paraissaient indispensables à nos conjurés, la prudence sans laquelle tout succès est impossible , et laudace cjui écarte les obsta-^ clés que nul ne peut prévoir; ils se firent constamment un devoir de celle-ci, en prenant celle-là pour guide. Voulant hâter la catastrophe , comptant, pour mettre en mouvement les Parisiens , sur l'énergie des démocrates , instruits de l'imjîaticnce publique , suffisamment rassurés sur l'esprit des trou[)CS et maîtres des hîgionnaires déserteurs , ils songèrent a donner à leurs forcçs les dispositions Lcspluscouvenables,ctccfut pour y parvenir qu'ils jugèrent nécessaire de s'entou-

rer des citoyens qui reunissaient à Tamour de la démocratie , rexpérience des opérations militaires. Fion, Germain, Rossignol, Massart et Grisel , tous officiers ou généraux , furent appelés auprès du directoire secret, Faprès midi du 1 1 floréal ; Grisel y fut admis à cause de Tiniïuence qu'on le croyait exercer sur le camp de Grenelle.

séance poli- A ccttc asscmbléc assistèrent Babeuf, Buonar- IT flôrir de ''^^^ ' Bedon, Darthé, Maréchal, Eriddi et les l'an IV. cinq militaires ci-dessus *. Le directoire secret fit

d'abord connaître à ces derniers le but de ses travaux , le point où il était parvenu et la route qui lui restait à parcourir; il leur donna ensuite connaissance de l'acte insurrecteur qu'ils approuvèrent, et finit par les inviter à délibérer avec lui sur les moyens a prendre pour assurer le triom^ phe du peuple.

Il fut décidé que le directoire secret , se réservant la conception de toutes les mesures et la direction suprême du mouvement , confierait à un comité militaire le soin de préparer l'attaque et la défense , et lui remettrait les renseignemens et les plans à ce relatifs.

» En convoquant cette assemble'c , le directoire secret de'rogea à l'article troisième de l'arrêté qui Je créa , et cette faute , sans laquelle Grisel n'eût pas connu les chefs de la conspiration , fut la cause principale de la ruine de leurs projets.

Les cincf militaires ci-dessus furent nommes membres de ce nouveau comité , dont la première se'ance fut fixée au lendemain chez Eris , rue du Montblanc.

Dans l'assemblée générale dont nous venons de parler, Germain se montra ardent démocrate, Massart ne démentit pas le caractère cjuil avait manifesté chez Amar, Grisel joua parfaitement le rôle de républicain , Fion et Rossignol tout en applaudissant aux vues du directoire secret , regrettaient de ne pas y voir quelques ex-conventionnels montagnards .

Peu d'heures après cette réunion, la retraite de Babeuf et les séances du directoire secret furent transférées au faubourg Montmartre, dans la maison diOurechy oîi était aussi réfugié le rédacteur de FEclaireur du Peuple, qui, connaissant déjà une partie de la conspiration , eut alors quelque part aux travaux auxquels elle donnait lieu.

Germain était le seul organe par lequel le Comii.:- miu-

. , . . 1 T taire.

nouveau comité communicjuait avec le directoire secret. Ce comité qui , du domicile d'Eris, se transporta quelques jours après chez Creœel près de la Halle-au-Bled , prit diligemment connaissance de Taffaire qui lui avait été confiée , et soumit, le i5,audircctoii'e susdit, le résultat de son examen.

Parmi les nombreuses propositions que les con- on iroi.ose .1..

faire

concourir j^p^s rccevaient de tout côté, deux attirèrent

les royalistes à . • l-r

l'entreprise des Icur attcntion particulicrc.

Par lune , on les engageait a faire adroitement concourir au renversement du gouvernement , les royalistes qui en étaient aussi ennemis, et dont on eût ensuite trompé les espérances par l'annonce du véritable but de l'insurrection . Cette proposition fut rejetée , parce qu'on jugea qu'il serait fort dangereux de mettre d'abord les armes à la main de ceux qu'il faudrait bientôt combattre, et parce qu'on sentit que leur présence seule dans les rangs des insurgés suffirait pour décourager les républicains et détruire en eux la confiance qu'ils accordaient aux mesures du directoire secret i. On offre de Par la sccoudc , deux officiers de la légion de police 2 offraient de poignarder, dans la nuit même," les membres du directoire exécutif auprès duquel un d'eux était de garde avec un détachement de soldats patriotes : ils demandaient qu'on les soutint par un corps de démocrates , et qu'on commençât ainsi l'insurrection ; pour faciliter l'exécution de leur projet, ils communiquèrent le mot d'ordre. Cette proposition fut également rejetée , par le motif que rien ne devait être tenté qu'au moment où le concours simidtané de toutes les mesures rendrait la victoire presque certaine.

ï Voyez Pièces justificatives, no 17.

2 Pèche et Steve. Ili?^^^

poignarder le di rectoire cxécu tif.

A. la vérité de grandes disposilions étaient faites;! édifice législatif avançait tous les jours; les patriotes actifs étaient connus et classés ; l'acte insiUTecteur et les guidons autour desquels le peuple devait se rallier , étaient imprimés et distribués aux agens ; Fimpatience publique était extrême.

31ais , outre que le comité militaire ne s'était pas encore prononcé sur les moyens à employer pour opérer partout a la fois le grand ébranle- Icment du peuple , le directoire secret n était pas encore pourvu de l'argent dont il avait besoin pour faire subsister quelques hommes fort utiles , dénués de fortune , et n avait pu s'assurer des poudres dont il était essentiel de munir les insurgens.

La pénurie d'argent est peut-être le trait le Les conjurés plus caractéristisque de notre conspiration ; l'amour des richesses était jugé criminel par les conspirateurs , et le directoire secret ne chercha jamais à se procurer par les contributions des patriotes , que ce qui lui était absolument nécessaire pour l'impression de ses écrits et pour l'entretien des démocrates pauvres qu'il employait. Cependant des moyens de ce genre étaient indispensables , soit pour acheter quelques agens de la tyrannie, soit pour fournir aux démocrates des occasions de flatter et de désabuser les soldats égarés. On lit quelques démarches pour en ob-

mi'prisaicull'iirgciU.

tenir; mais la plus forte somme que le directoire secret eut a sa disposition , fut celle de deux cent quarante francs en numéraire, envoyée par le ministre d une république alliée ; elle fut saisie par les agens de la police , qui s'introduisirent , le 2 1 floréal , dans le lieu oii s'assemblaient les conjurés. Qu'il est difficile de faire le bien par lés seuls moyens que la raison avoue! quil en coûte au républicain austère de se relâcher des devoirs < ju elle impose , et d'employer les hommes qui les méconnaissent, afin de ne pas voir échouer ses tentatives et de ne pas être le témoin de nouveaux malheurs ! Telle était la situation pénible dans laquelle se trouvaient les membres du directoire secret depuis la création du comité militaire. ' Rossignol et Gcrmaiu ne tarda pas à s'apercevoir que Ros-

Fion sollicitent . , ^. i i • /» l 1

lu réunion des siguol ct T lou u adoptaicut pas tranchement la montagnards au j^j^rche du dircctoirc secret : fortement attachés

directoire se-

*="'• aux députés montagnards , ils voyaient avec peine

que ceux-ci n'en faisaient pas partie ; bientôt ils ne s'occupèrent plus que de cette idée , et donnèrent lieu de douter de leur dévouement dans le cas oii elle ne serait pas agréée.

Les montagnards dont il est ici question, sont les conventionnels proscrits après le g thermidor, que nous avons vus réunis en comité, dans le dessein de rétablir la constitution de 1 798 , et dont le directoire avait jugé nécessaire d'entraver les efforts.

Aux yeux de Fion et de Rossignol , les motifs qui avaient fait écarter ces montagnards n étaient d'aucun poids; les affections particulières remportaient chez eux sur les considérations polilitpies , et ils paraissaient convaincus que l'apparition de ces anciens législateurs produirait un effet magique , effacerait les nuances des opinions re'publicaines , propagerait rapidement l'insurrection et vaincrait dans les dëpartemens toutes les re'sis tances.

Plusieurs citoyens partageaient cette opinion ; et , cjuand même Fion et Rossignol eussent ete' sans imitateurs , les avances qui leur avaient été faites et les services qu'on en attendait, par l'influence que Rossignol surtout exerçait sur les habitans du faubourg Antoine , obligeaient le directoire secret a prendre leur avis en grande considération.

Sur ces entrefaites, on rapportait à notre direc- Les momatoire que le comité montagnard , auquel Robert fCmparcracHa- Lindet venait d'être adjoint, loin d'avoir perdu '"""^'°" de vue l'objet pour lequel il s'était formé , comptait le remplir à l'aide du mouvement préparé par les démocrates , dont il espérait s'emparer en faisant paraître ses membres au milieu de l'insurrection , et en les montrant au peuple comme ses seuls représentans.

D'un autre côté Drouct , célèbre par son dé- Drou.i «t mô

avec rcs.

les conju- vouement et par son courage , connaissait les projets de Babeuf , était intimement lié avec Dartîié , et désirait aussi une révolution favorable à l'égalité ; le directoire secret comptait faire de sa popularité un levier d'insurrection. Mais Drouet n'était pas étranger aux travaux des montagnards , ses anciens collègues, et paraissait pen-» cher pour la fusion des deux conspirations en une seule.

incpriituJc cîu Eufin Gcrmaiu vint mettre le comble a la

tîirecLoire se- i«'iT • «i -p !• •

cret, perplexité du directoire ; il mamiesta de vives m- -

quiétudes sur les intentions de Fion et de Rossignol , et parut alarmé des obstacles qu'allait élever l'ambition des montagnards , dont les desseins venaient de lui être confiés par Ricord et par Allinoget, qui lui avaient fait en même temps la proposition formelle de la réunion ; il ne doutait pas qu'ils ne fussent d'intelligence avec les deux membres du comité militaire , ci-dessus nommés.

Bedon qui avait toujours pris une part active aux travaux du directoire secret , ne put entendre de sang -froid la proposition d'y associer ces montagnards , à qui il reprochait les maux qui pesaient sur la France : « Souiller ez-vous , s'é- )) criait-il , votre noble entreprise , en appelant à » la gloire de sauver la liberté ceux qui , ou par )) ambition , ou par vanité , ou par jalousie , ou » par ignorance, la perdirent P N'est-ce pas parmi

» eux que sont ceux cpi , en assassinant , au g » thermidor, les plus fermes soutiens de la patrie, » rendirent a l'aristocratie le pouvoir qu elle avait » perdu , et relevèrent les espe'rances des royalisw tes ? Oublierez- vous que, les premiers , ils aigui- » sèrent les poignards des contre-révolutionnaires » contre les amis de légalité ? Craignez de leur » rendre la moindre influence ; ils s en serviraient » pour tromper et diviser les républicains. Par- » leriez-vous avec respet de Piobespierre et de ses » compagnons de martyre? ils vous prodigue- » raient encore les épi thé tes d'exclusifs , de bu- » veurs de sang , de dictatoriauœ , de satellites » de la tyrannie; rendriez-vous hommage à la » vertu , à la morale , a la divinité ? ils vous nom- » meraient fanatiques, modérés, sophistes; don- » neriez-voLis au peuple de sages conseils? ils » prétendraient qu'ils sont les seuls dépositaires )) du pouvoir de tout prévoir et de tout diriger. . . : » avec eux vous n'auriez qu'opposition et dis- » corde. On vous dira qu'ils ne furent qu'égarés; » je pense qu'ils n'en conviendront jamais : qu'on » leur pardonne , qu'on oublie leurs fautes ; mais » qu'on les réduise à un silence éternel , parce )j qu'il est impossible de marcher avec eux dans )) le sentier de la vérité et de la justice. »

L'impossibilité de faire concourir , d'une manière quelconque , ces montagnards au rétablisse-

( lyo )

înent de la chose pulilique , paraissait si évidente à Bedon, qu'il inclinait à penser qu'une inertie complète serait préférable a la réunion proposée. Cette idée de renoncer à la conspiration déplut au directoire secret, et un de ses membres en fut si frappé, qu'il s'oublia au point d'accuser Bedon de pusillanimité. L'altercation qui s'ensuivit fut bientôt apaisée, mais l'opinion qui y avait donné lieu , demeura profondément gravée dans l'esprit des conjurés ; ils sentirent plus que jamais combien il leur fallait de prudence afin de ne pas sacrifier les meilleurs démocrates , sans aucun avantage pour le peuple, qui n'en eût été que plus opprimé.

On ne se dissimulait pas que , de la réunion aux montagnards , allait résulter un état de choses moins favorable à la réforme qu'on avait en vue ; mais leur audace et surtout les opinions de Fion et de Rossignol paraissaient des obstacles capablés d'enrayer tous les rouages de la conspiration.

Les fautes des montagnards et les maux épouvantables qui en avaient été les suites, revenaient sans cesse a l'esprit des conjurés, et il était évident pour eux qu'on ne pouvait attendre, des déterminations libres de ces ex-conventionriels , l'établissement tant souhaité d'une inaltérable égalité.

Persister dans la conspiration tout en renour

çant à cette égalité, eut été s'avouer inconséquent et ambitieux ; briser les fils de la conspiration au moment oii tout en promettait un prompt succès, eût été se rendre criminel aux yeux des patriotes et de la postérité : il fallait donc persévérer dans les premières résolutions , et tirer, des circonstances , le parti le plus favorable a la cause populaire.

A la suite dune longue et vive discussion , le ii arrête <ie se

. Il'* ' réunir aux mon-

directou^e secret adopta la réunion proposée , et tagaards. résolut en même temps de prendre de grandes précautions pour contenir l'ambition des montargnards et pour les forcer a concourir à l'exécution de ses desseins.

D'après les explications qui avaient été données , en adoptant cette réunion , on s'engageait a rétablir la convention nationale , c'est-à-dire la partie de ce corps qu'Amar regardait comme la seule légitime et existante encore de droit ; si cela avait été fait sans aucune modification , la France ^ùt été à la merci de ceux a qui on faisait de si graves reproches. Pour éviter un aussi grand malheur , le directoire secret décida que le rappel de la convention n'aurait lieu qu'autant que les montagnard* consentiraient préalablement :

I** A adjoindre à la convention nationale, com- Condition» do posée exclusivement des députés proscrits, un de- *'^"*"^*'"°'°°mocrale par département, nommé par le peuple insurge sur la présentation du directoire secret ;

1^ A faire exécuter , sans restriction et sur le champ , les dispositions de l'article i8 de l'acte insurrecteur ;

3° A se soumettre aux décrets qui seraient rendus par le peuple de Paris , le jour de Tinsurrection.

Dès que cette resolution fut prise , Germain reçut l'autorisation d'amener le lendemain un membre du comité montagnard au directoire secret qui se transféra à l'instant chez Tissot , rue de la grande Truanderie , où il avait précédemment tenu quelques-unes de ses séances.

Un envoyé du Lc 1 5 floréal au matin, Germain amena au

comité monta- ■,. . T» • i ' i • '

gnard est pré- uircctoire sccrct nicord , envoyé par le comité

irresirret." ï^o'^^^ê^^^'^- ^^ ^^^ ^^9^ P^^ ^^ discours i daus lequel on lui fit connaître l'état des choses , les motifs qui avaient fait écarter toute idée de réunion avec ses commettans , et ceux d'après lesquels cette réunion avait été ensuite agréée. On donna au député montagnard lecture de lacté d'insurrection , et la discussion s'établit aussitôt sur les changemens a faire a l'article concernant l'autorité provisoire qu'il était indispensable de créer. On convint sans peine cjue l'on rappellerait au pouvoir suprême les membres proscrits de la convention nationale, mais on fit en même temps entendre à l'envoyé , que toute négociation serait

* Voyez Pièces justificatives , n" i8.

rompue si les montagnards ne donnaient pas des garanties irréfragables de leurs intentions populaires. On lui parla sans me'nagement et sans détour , et on lui déclara qu'on se méfiait de ses commet tans a qui on faisait de graves reproches.

Il fut impossible à Ricord de justifier la totalité de ses confrères , parmi lesquels il en est , disait-il , qui n'ont pas mérité le blâme du peuple. On lui exposa les trois conditions ci-dessus rapportées , auxquelles on ajouta de concert :

La suspension de toutes les lois et de tous les arrêtés rendus depuis le 9 thermidor de Tan II ;

l! expulsion de tous les émigrés rentrés.

Ricord consentit a tout , sauf la ratification de Refus des mon ses collègues ; le lendemain il vint annoncer leur *''^°'"^ '" refus.

D'après les idées du comité montagnard , l'effet immédiat et unique de l'insurrection devait être la réinstallation d'environ soixante conventionnels proscrits , a qui il aurait fallu s'en rapporter aveuglément pour toutes les mesures consécutives.

L'adjonction d'un démocrate par département était repoussée par les montagnards, comme une atteinte a la souveraineté nationale dont ils se * prétendaient les seuls dépositaires; les ordres qu'on voulait leur faire prescrire par les insurgés , étaient à leurs yeux autant d'cmpiètcmens I 12.

rectoirc secret.

sur les droits du peuple français, qu'il appartenait à eux seuls de représenter; ils voulaient bien mettre le peuple en possession des logcmens et des biens promis par lacté d'insurrection , mais ils entendaient céder poli ticpiement par la a un mouvement de générosité , et nullement exccuter un ordre , ni reconnaître un droit ; enfin ils offraient aux membres du directoire secret de les nommer au conseil exécutif cju ils se proposaient d'établir.

Képonse du di- Q^^ gg^a g^ns doutc bien aise de lire la réponse qui fut faite à l'envoyé montagnard ; la voici:

ce En concGvirant au rétablissement provisoire » d'une partie de la convention , nous n'enten- » dons servir cjue le peuple. La seule récom- >:> pense à laquelle nous aspirons, est le triomphe )) complet de l'égalité. Nous combattrons et nous » exposerons la vie pour rendre au peuple la » plénitude de ses droits , mais nous ne concew vons pas qu'on puisse se prétendre généreux » envers le maître de toutes choses. Si vous dési- )) rez réellement travailler avec nous a la grande » entreprise qui nous occupe , gardez-vous d'é- )> mettre des propositions et de faire des offres » qui jettent'du louche sur vos intentions.

» Plusieurs de tes collègues ont trahi la con- )*) fiance du peuple , et nous serions infiniment » plus répréhensibles qu eux , si nous consen-

» lions à le livrer de nouveau a leurs passions et » h leurs faiblesses. Il est inconcevable que , pour » rétablir la souveraineté du peuple , il faille » employer les instrumens qui la perdirent. C'est » à ceux de qui la nation attend la destruction » de la tyrannie , qu elle délègue nécessairement » le droit de prendre les mesures provisoires )) indispensables.

» Nous ne voulons pas anéantir un gouver- » nement oppresseur , pour lui en substituer un » qui ne le serait pas moins. Il est bon de par- » donner a Terreur , mais il y aurait de la folie )> a confier de nouveau le sort de la patrie à ceux )) dont les erreurs la perdirent.

w Mieux vaut périr par les mains des patriotes » qui , indignés de notre inaction, pourront nous » accuser de pusillanimité et de trahison , ovi par )) , celles du gouvernement qui pourra enfin avoir n connaissance de nos tentatives , que de mettre » encore le peuple à la merci de ceux qui im- » molérent au 9 thermidor ses meilleurs amis, et w laissèrent, depuis , lâchement proscrire les ré- » publicains et démolir Tédifice démocratique. »

En se retirant , Ricord déclara qu il communiquerait au directoire secret la résolution définitive de ses comme ttans.

Tandis que ceci se passait entre le directoire Alarme, de* p».

, . , 1 1 1 • • • Ifiotcs.

secret et le comité montagnard , des bruits sims-

très alarmaient et décourageaient les patriotes ; les principaux conjures étaient en butte aux soupçons et à la calomnie , et le calme qui avait succédé à une si vive fermentation , était généralement considéré comme Favant-coureur de nouveaux malheurs. Ces funestes pressentimens gagnaient insensiblement les agens révolutionnaires, a qui on avait recommandé de contenir les élans prématurés, afin de se ménager le temps de tout coordonner ; commençant eux-mêmes a se déconcerter , ils mandaient au directoire secret qu'un plus long retard leur ferait perdre la confiance des hommes les plus décidés a prendre les armes. Afin de dissiper toutes les alarmes , le directoire résolut de mettre sous les yeux de ses agens, la position où il se trouvait et les obstacles qui entravaient sa marche ^ ; mais les circulaires qu'on leur destinait , n'étaient pas encore transcrites , lorscju'il apprit que les montagnards venaient de souscrire à ses propositions.

Réunion du di- Eu cfFet , Ic soir du 1 8 floréal , Darthé rapporta

rectoire secret au l* . • . 1 l l / \

comité monta- ^^ du^ectoire secret , que dans une assemblée a gnard. lacjuelle il avait assisté , le comité montagnard ,

après de violens débats , avait consenti a l'adjonction d'un démocrate par département , aux dispositions favorables a la classe malheureuse et s^b ?^«n >i l'exécution du décret qu'on se proposait de de-

I Voyez pièces justificatives , n» 19.

mander au peuple de Paris en insurrection. Il raconta en même temps , que les objections dont avait parlé Ricord avaient été victorieusement réfutées par Amar et surtout par Robert-Lindet , qui , après avoir justifié la méfiance du directoire secret , parla longuement de la nécessité d'impri- / mer a la révolution un caractère véritablement / populaire, sans lequel elle n'est, dit-il, qu'un jeu de parti. Cette nouvelle fut annoncée a l'instant aux agens , et dèslors on ne songea plus qu'à hâter le dénouement de la conspiration.

Pendant les négociations qui eurent lieu entre Quelques poinu

^ -*■ relatifs au mou-

le comité montagnard et le directoire secret , les vementin.urreccommunications de celui-ci avec le comité militaire , fuient très-fréquentes : ils demeurèrent d'accord

Que l'insurrection se ferait le jour ;

Que des généraux conduiraient, sous les ordres dudirectoire secret, le peuple contre ses ennemis;

Que les insurgens seraient divisés par arrondissemcns , et subdivisés par sections ;

Que les arrondisscmens auraient des chefs , et les sections des sous-chefs ;

Que toute subordination envers les autorités existantes serait rompue , et tout acte de cette nature puni de mort sur-le-champ.

Pour mieux s'entendre , pour établir entre tous les principaux acteurs une parfaite confiance , et

pour coordonner toutes les mesures à prendre, au principe de la re'union qui venait d'être conclue , une assemblée ge'nërale du directoire et des deux comite's fut indiquée pour le 19 au soir, chez Drouet, près la place des Piques.

TraiiisondeGri- A côtë dc tant dc géueVcux défenseurs des droits de rhumanilë , se trouva un infâme hypocrite qui , afin de perdre la cause a laquelle ils s'e'taient voues , avait malicieusement emprunté auprès d eux leurs principes et leur langage : ce pervers est Georges Grisel.

Soit dans le dessein de se frayer un chemin à la fortune , dont la connaissance des projets des conjures lui enleva ensuite toute espérance , soit dans l'intention immédiate de servir la tyrannie, Grisel s'efforça de se concilier la confiance des démocrates. Après avoir engagé Darthé à lui livrer l'instruction destinée aux agcns militaires , il n'épargna rien pour entretenir l'opinion favorable qu'on avait conçue de lui ; admis depuis a une séance du directoire secret , et nommé membre du comité militaire , il s'y montra le démocrate le plus outré et le plus impatient ; il voulait tout connaître , et ne vivait a rien moins qu a débarrasser d'un seul coup la tyrannie de tous les amis de l'égalité , et a lui découvrir toutes les pensées de la démocratie K

« Voyez les lettres que Grisel dérivait au directoire insurrectcur (Pièces justificatives, nos 20 et 21).

Ayant enfin connu les principaux conjures et n dénonce u une partie de leur plan , il les dénonça le i5 flo- eonspiraiioa. réal au gouvernement a qui il promit de les livrer avec les papiers de la conspiration.

A ce trait de perfidie , Grisel ajouta depuis tous les jours de nouvelles trahisons ; très-assidu au comité militaire , il pressait ses confians colr lègues , il aplanissait les difficultés , suggérait les mesures , et n'oubliait jamais d'affermir les courages par la peintm^e exagérée du dévouement du camp de Grenelle à la démocratie.

Diaprés les rcnseignemens donnés par Grisel , des ordres furent expédiés pour surprendre, le i8, les conjurés dans une réunion qu on supposa devoir avoir lieu chezRicord; on ne trouva personne, et de nouvelles mesures furent prises pour investir le lendemain au soir Thabitation de Drouet , oîi le traître savait que les conjurés devaient s assembler.

En effet , cette assemblée eut lieu depuis huit Assemblée <ic« heures et demie jusqu a onze heures moins un ^^'^^Zl^ ' * quart; Babeuf, Buonarroti , Darthé, Eriddi , Fion , Massart , Rossignol , Robert - Lindet , Drouet , Ricord, Allinoget et Javogues y assistèrent. Grisel s'y rendit aussi : le perfide ! il venait de vendre ses associés à la tyrannie; il attendait la leurs bourreaux et il les embrassait, les applaudissait et leur pnxliguait, sans rougir , les tcmoi* gnages de la plus franche amitié.

recloire secret.

Les conjurés assembles chez Drouet étaient dans la plus parfaite sécurité ; Fardeur de leurs senlimens et la sainteté de leur cause bannissaient toute méfiance : l'assurance et la verbosité de Grisel écartaient de lui tous les soupçons. Rapport du di- Le directoire secret , par lorgane d'un de ses membres , exposa les motifs qui lavaient déterminé a se faire le centre des efforts des démocrates contre la nouvelle tyrannie, a Souvenez-vous , dit ):> l'orateur aux conjurés, de vos sermens ; souve- )) nez-vous des maux produits par l'oubli des » principes que vous jurâtes de sceller de votre » sang. Le moment de tenir vos engagemens est » venu ; il faut combattre. Le triomphe de la » plus noble des causes , la liberté du peuple » français , la confiance c[u'il vous témoigne , la » fureur de ses ennemis et votre propre sûreté » vous en imposent impérieusement le devoir.

)> Jamais conspiration ne fut plus légitime : » il ne s'agit point de choisir des maîtres ; aucun » de ilous n aspire ni a la fortune ni au pouvoir ; » des traîtres nous forcent a prendre les armes , » et c'est pour l'existence , pour la liberté et pour » le bonheur de nos concitoyens , qu'une armée w de libérateurs , par nous secrètement réunis , » n'attend que notre signal pour fondre sur cette » poignée de tyrans qui oppriment le peuple.

» Tout était dans la stupeur. Après l'inutile

» victoire du 1 3 vendémiaire , Taristocratie ne

» rencontrait aucun obstacle ; un grand nombre

» de démocrates désespérant de la liberté , al-

w laient transiger avec d'odieux oligarques , gor-

» gés du sang de vos amis.

M A notre voix renaquit Fespérance et repa-

» rut l'ancienne énergie , et déjà , grâces au zèle

» infatigable de tant de courageux républicains ,

» le peuple impatient demande a grands cris le

» signal du combat.

» Tous les bons nous sont connus ; les mé-

» chans tremblent. Au jour que vous marque-

» rez , les armes que la tyrannie s'efforce en vain

» de vous dérober , se trouveront entre les mains

» de nos frères. Vous avez voulu que la révokition

» que nous préparons soit complète , et que le

» peuple n'ait plus li se contenter d'une liberté

» spéculative et d'une égalité dérisoire.

» L'égalité réelle et légale, voila le grand ca-

» ractère qui doit distinguer votre sublime en-

» tr éprise de toutes celles qui la précédèrent.

» Toutes les difficultés sont vaincues ; l'amour

» de la patrie nous a réunis. Les conditions aux-

» quelles ceux qui représentèrent autrefois la

» nalion ont souscrit, et les dispositions de l'acte

» d'insurrection arrêtées de concert, annonce-

y> ront et garantiront au peuple la justice et l'u-

» tilité de son insurrection.

( iS2 )

» Les momens pressent ; rimpatience publi- » que est extrême ; ne risquons pas de perdre par » un plus long retard , une occasion qu il ne nous w serait peut-être plus possible de ressaisir.

» Nous vous prions :

» D'ajouter aux mesures que nous avons pri- » ses, celles que vous jugerez nécessaires ;

» De fixer le moment de Tinsurrection.

» Nous périrons dans le combat , ou nous » mettrons fin , par la victoire et par Fégalitc , à » une si longue et si sanglante révolution. »

Robert-Lindet démontra la justice de Tinsurrection , justifia le rappel de la convention , et insista long-temps sur la nécessité d'imprimer à la prochaine révolution , par la pratique de la plus stricte égalité , un caractère particulier et absolument populaire.

Quant a moi , disait Grisel , je vous réponds de mes braves camarades du camp de Grenelle ; et, pour vous faire voir combien je prends à cœur le triomphe de la sainte égalité , je vous dirai que j'ai trouvé le moyen d'arracher à mon aristocrate d'oncle , la somme de 10,000 livres , que je destine à procurer des rafraîchissemens aux soldats insurgés.

Nouvelle adbé- Lc uouvcl actc d'insurrcctiou fut de nouveau

sion des monta- , - . , . .

gnards. approuvc par les conventionnels , qui promirent

de se rendre, le jour de l'insurrection , avec leurs

collègues a Fendroit que le directoire secret indicjuerait , pour rinstallation de la convention , et de concourir sincèrement a l'exécution des mesures arrêtées et des décrets que prononcerait le peuple en insurrection.

Massart rendit compte , au nom du comité' mili- Rapport du co-

-,. Il 1, *i* • mite militaire.

taire, des bases du plan d attaque qiu lui avait paru le plus conforme aux vues du directoire secret. D'après Tavis du comité , les douze arrondissemens de Paris , réunis en trois divisions , devaient être conduits par autant de généraux siu* le corps législatif, sur le directoire exécutif et sur 1 etat-major de l'armée de l'intérieur : les premiers pelotons devaient être formés par les démocrales les plus ardcns ; et telle était l'impatience publique , que l'on regardait comme chose de facile exécution , la levée en masse de tous les hommes laborieux , à la voix des agens révolutionnaires et des amis actifs de l'égalité. 11 ajouta que , pour se prononcer sur le moment de l'insurrection, le comité avait besoin de quelques nouveaux éclaircissemens sur le nombre des démocrates et sur la capacité de quelquesuns d'entre eux, ainsi rjue sur les lieux où étaient déposées les armes et les munitions dont il fallait nécessairement s'emparer au commencement de Taction.

L'assemblée arrêta :

( iB4 ) Arrête? de l'a». ^^ q^q \q directoîve secret hâterait le dénoue

semblée. ^

» ment delà conspiration ;

» Qu'il donnerait à ses agens des instructions » conformes au plan du comité' militaire ;

)> Qu elle se réunirait deux jours après , pour » entendre un rapport final sur 1 état des choses » et fixer le jour du mouvement. »

ves'tit le domicile ^ pcinc lasscmbléc était-elle dissoute , que de Drouet. \q ministrc de la police , suivi d'un détachement d'infanterie et de cavalerie , pénétra de vive force et au mépris des lois ^ dans l'appartement de Drouet , oîi il espérait saisir les conjurés ; on n'y trouva que Drouet et Dartlié , que le ministre ne crut pas prudent d'arrêter. Un ordre mal conçu ou mal donné fit ainsi avorter , pour le moment , les sinistres desseins de la tyrannie régnante.

Grisai rassure les Mais cct événcmcut qul cùt dù inspirer de la

conjurés. . n i i

méfiance aux conjurés , ne fit qu accroitre leur sécurité. Grisel , qui avait su les convaincre de sa bonne foi , dissipa leurs alarmes et leur persuada que toute nouvelle précaution était inutile.

D'abord , le directoire secret attribua à la trahison le danger qu'il avait couru, et, dans l'examen qu'il s'empressa d'établir pour en découvrir Fauteur , il arrêta un moment ses soupçons sur

» La constitution d'alors défendait les visites domiciliaires pendant la nuit.

un des plus sincères amis de la cause populaire. Germain n'avait pas assisté à rassemblée qui avait eu lieu chez Drouet , et cette absence , a laquelle il s'était condamné a cause des poursuites dont il était déjà lobjet , éleva contre lui quelques nuages que le souvenir de sa moralité , de sa conduite , de ses sacrifices et de sa franchise fit bientôt évanouir. Toute méfiance ultérieure fut dissipée par un raisonnement suggéré à Darthé par Grisel lui-même. S'il y avait , disait- il , un traître parmi les conjurés , il aurait conduit la police à la fois chez Drouet oii nous étions hier au soir, et dans le lieu où nous nous assemblâmes tous le 1 1 , parce que les papiers de la conspiration y sont déposés ^ : cela n'ayant pas eu lieu , on doit en conclure qu'il n'y a pas de trahison, et que la démarche de la police n'est que l'efFet des soupçons cju'elle a conçus et de la surveillance extraordinaire qu'elle s'est imposée. Par la furent dissipées toutes les alarmes, et lé directoire secret jugea inutile de prendre aucune des précautions par lesquelles il lui eût été si facile d'éviter les malheurs dont il fut bientôt accablé.

En exécution des ordres du directoire secret , Af^semhUeàet il V eut , le 20 au soir , une nouvelle assemblée ''^'''" *=''" ^""

•^ ' sart.

k laquelle intervinrent Darthé , Eriddi, Gcr-

» Criscl (Idclara depuis devant les tribunaux , qu'il n'avait pas pu se souvenir du lieu où s'dtait tenue l'asscmblc'c du 1 1 .

main , Fion , Massart , Rossignol , Grisel et tous les agens cVarrondisscment. Cette assemble'e , qui fut tenue chez Massart, eut pour objet de consulter chacun de ces citoyens, dont l'expérience était connue , sur les moyens les plus propres a faire éclater simultanément le mouvement , et a en assurer le succès , et d'apprendre de cliaque agent révolutionnaire, quelles étaient , au juste, ses ressources en hommes , en armes , en munitions et en dévouement.

Propositions des Claudc Fkjuct , agent du 6^"^ arrondissement , suggéra de barricader le faubourg Antoine , afin de protéger la dissolution des troupes campées à Vincennes , si elles étaient bien intentionnées , ou de les empêcher de pénétrer dans la ville si elles avaient de mauvais desseins.

Paris, agent du 7"^*^, rendit compte d'un plan d'attaque proposé par un général que le directoire secret l'avait engagé a consulter ; il dit comment on pourrait facilement arrêter le directoire exécutif, et proposa de s'assurer des issues souterraines du Luxembourg , par où ses membres auraient pu se soustraire a la justice.

Cazin , agent du 3"^^, voulait qu'on assurât par un pont de bateaux , la communication entre les faubourgs Antoine et Marceau , et qu'on s'emparât , dès le commencement , des hauteurs de Montmartre , soit pour foudroyer de la les aris-

tocrates qui oseraient résister , soit pour s y l'allier en cas d échec.

Somhod y agent du 1 1 '"^, désirait que Imsurrection se fit un jour oii le décadi coïnciderait avec un dimanche, afin de reunir plus aisément les ouvriers encore attachés aux pratiques du christianisme, et ceux qui y avaient renoncé. Il proposa de se servir des femmes et des enfans pour rompre les rangs des soldats et les entraîner à se confondre avec le peuple.

A l'égard de Tesprit public , les agens révolutionnaires répétèrent ce qu'ils avaient mandé au directoire secret ; ils dirent que l'impatience était générale et extrême , et que la chute de la tyrannie était certaine , à moins que les soldats ne se décidassent à faire main basse sur le peuple ; dans ce cas , ils comptaient sur le nombre et sur le courage des démocrates , secondés par des dispositions militaires mûrement concertées.

Cependant , les renseignemens donnés par les lc comité miagens , ne parurent pas suffisans au comité mili- ^^^^'^^ ^^^I mu. taire, nui désira plus de précision , et voulut que veaux renseigneles Citoyens destinés à jouer dans l'insurrection un rolc imj)orlant, fussent consultés, de manière 41 ne pas se méprendre sur leurs intentions. Ces nouveaux rapports devaient être remis à Massart , et communiqués par lui a une assemblée

générale indiquée pour le lendemain matin chez Dufour , au faubourg Poissonnière.

Tandis que lagitation , toujours croissante , faisait présager généralement un choc prochain , le directoire secret mesurait dans le silence les forces qu'il avait ralliées , combinait les mouvemens a leur imprimer , et mûrissait les plans par lesquels il se proposait d atteindre le grand but de la révolution , c'est-k-dire , 1 égale répartition des biens et des peines.

Forces de la dé- En portaut Ics TCgards autour de lui, il se mocratie. yoyait à la tête d'une armée composée d'un grand nombre d'amis ardens de la révolution, ralliés par ses soins a un but commun, et impatiens de se mesurer avec la tyrannie ; des membres des autorités en exercice avant le 9 thermidor; des canonniers de Paris , célèbres par leur esprit démocratique ; des officiers destitués ; des patriotes des départemens , qu'il avait appelés a Paris ou qui y étaient venus pour se soustraire a la persécution ; des militaires détenus pour cause de civisme ou d'insubordination ; des grenadiers du corps législatif; de presque toute la légion de police , et du corps entier des Invalides ^ Mécontente- Il apcrccvait cu outrc une grande inquiétude

We du peu- parmi les soldats campés autour de Paris, et en-

pie.

I On peut , sans exagérer , porter à dix-sept mille les hommes

prêts à prendre l'initiative de l'insurrection , qui se trouvaient alors

tendait les murmures des hommes laborieux dont l'indignation éclatait sans ménagement dans les réunions secrètes et dans les immenses rassemblemens qui se formaient journellement sous la voûte des cieux.

On était d'ailleurs convaincu que le zèle des prolétaires , seuls vrais appuis de l'égalité , redoublerait, lorsqu'ils verraient exécuter , dès le commencement de l'insurrection , les dispositions tant de fois ajournées , par lesquelles leur sort allait être adouci ; et le directoire secret était d'autant plus assuré des forces de son parti , que sesagens, en lui peignant la véhémence du peuple, lui demandaient hardiment le signal du combat.

A coté du tableau de ses forces, il avait devant Force de h tyles yeux celui des forces que la tyrannie pouvait lui opposer : il savait que des corps armés pour-

à Paris , sans compter la classe très-nombreuse des ouvriers dont le raccontcnteiuont et l'impatience éclataient de toute paît. Voici l'état qui servit de base aux dëterminations du directoire secret :

Révolutionnaires 4>ooo

Membres des anciennes autorités i,5oo

Canonniers , . . . . 1,000

Officiers destitués 5oo

Révolutionnaires des départemcns 1,000

Grcnaïliors du corps législatif i,5oo

Militaires détenus 5oo

Légion de Police 6,000

Invalides f,ooo

ranaie.

raient , quoique faibles , entraver la marche du peuple ; que les royalistes prendraient probablement la défense du gouvernement qu'ils haïssaient , pour ne pas subir la loi de légalité qui leur était encore plus odieuse ; que la pluralité des riches qui commandaient exclusivement la garde nationale , Terraient avec peine le triomphe de la démocratie ; que les principaux avaient des armes , et que le gouvernement pourrait en fournir aux autres.

Ressources tiu Dc Icur côté , Ics conjurés avaient à leur dispopcupie. sition les armes et les munitions dont les grena* diers du corps législatif et les légionnaires étaient pourvus , et comptaient s'emparer de celles qui étaient déposées chez les armuriers , aux chefslieux des sections , aux Tuileries , aux Fcuillans et aux Invalides, a laide des citoyens les plus audacieux et de la connivence de ceux qui étaient préposés à la garde des magasins. Ils comptaient en outre sur l'artillerie du camp de Vinccnnes, qui leur était dévouée, et espéraient que les troupes se joindraient au peuple, que l'éclat subit d'une immense population frapperait d'effroi les partisans de la tyrannie , et que le peuple trouverait un puissant auxiliaire dans la lâcheté si naturelle aux favoris de la fortune, sur lesquels le gouvernement fondait ses principales espérances. Le directeur Est-cc pour sc soustrairc à la juste haine du

services aux cou-

peuple, est-ce pour seconder les conjurés ou ^^"as offre ses pour les connaître et les perdre , que le direc- jurts teur Barras eut , le 3o germinal , avec Germain à ce autorisé par le directoire secret , une longue conférence, dans laquelle il le sonda sur les causes de lefFervescence qui se manifestait dans le peuple ; et que , le 20 floréal au soir , il fit offrir aux principaux conjurés par lorgane de Rossignol et de Louel , ou de se mettre avec son état-major à la tête de Finsurrection , ou de se constituer en otage au faubourg Antoine ? Ceux qui voudraient donner a ces faits une interprétation honorable pour le directeur Barras , auraient aussi à expliquer pourquoi il ne fit pas prévenir de la dénonciation qui avait été faite contre eux au directoire exécutif, le i5 floréal, ceux a qui il paraissait témoigner le 20 , tant d'intérêt et de confiance ^

I Un fait postdricur à notre conspiration paraît cclaircir ce mystère. Apres la dissolution violente du directoire secret et l'emprisonnement de plusieurs de ses membres, d'autres démocrates entreprirent de briser leurs fers et de continuer leur ouvrage. Deux amis du directeur Barras s'introduisirent auprès d'eux et leur persuadèrent que celui-ci paitigeait leurs vœux et ddsirait seconder efficacement leurs efforts. Ce fut par leurs conseils qu'on forma le projet de faire fraterniser les démocrates et les militaires du camp de Grenelle, avec lesquels ib se seraient portés ensuite sur le diitsc* toirc exécutif pour opérer les cliangemens désirés. Les promesses faites , au nom de Barras , par ses amis , une somme d'environ a4,ooo francs par eux distribuée , et les protestations de quchjues officiers du camp, détermiuèrcnt eu cfTct les démocrates à s'y pré-

Après s être rendu compte des forces de la démocratie à Paris , après avoir recueilli les vues des patriotes les plus éclaires , et après avoir entendu le comité militaire , le directoire secret crut devoir tracer un mode d'insurrection , afin que tous les efforts tendissent miiformément vers le même but , et afin que l'entreprise n écKouat pas faute de prudence. L'exactitude de l'histoire exige que l'on consigne ici les points auxquels le directoire secret avait donné son assentiment , sauf les cliangemens que les circonstances eussent pu rendre nécessaires.

Ordre du mou- On avait r ccwinu depuis long-temps Ta van tage

vemedt insurrec, ^«1 •• > * T* .• H

tionnei, qvi H j aurait a ouvrir imsurrection par 1 an-

nonce publique d'un directoire insurrectionnel .auquel tout devait se rallier , et dont chacun devait suivre l'impulsion.

Cette annonce devait se faire par la promulgation de l'acte insurrecteur , arrêté de concert avec le comité montagnard *,

Dans cet acte , ainsi que dans ceux qui auraient paru pendant et après l'insurrection , le directoire secret prenait le titre de comité insurrecteur de salut public , pour se rapprocher des formes sous

seritcr en foule sans armes , aux cris de Vive la République 1 et en chantant des hymnes patriotiques ; au lieu de la fraternité' qu'on leur avait promise , ils y trouvèrent la mort. Qui tendit ces pièges? qui voulut détruire d'un seul coup le parti démocratique ? ' Voyez Pièces justificatives, n» 22.

lesquelles on avait préparé Tegalité avant lè 9 thermidor , et pour éviter toute ressemblance avec celles que l'aristocratie avait instituées.

Le partage de l'armée insurgente en trois divisions, avait été adopté. Trois généraux devaient les commander sous les ordres d'un général en chef, soumis à ceux du comité insurrecteur; à chaque général de division eussent été subordonnes des chefs d'arrondissement, et à ceux-ci , des chefs de sections, subdivisées elles-mêmes par pelotons.

A l'égard des généraux , les vues du comité se portaient sur Fion, Germain, Rossignol et Massart. Les chefs et les commandans de pelotons, désignés par le même comité , devaient se présenter pour former les rangs du peuple , au moment où la proclamation de l'acte insurrecteur , le toc^ skn , tes trompettes et la voix des amis de la liberté , l'eussent appelé à reconquérir ses droits.

Un point essentiel était d'attacher a chaque section , des démocrates éclairés , chargés d'expliquer au peuple les dispositions de l'acte insurrecteur, et de lui en démontrer la justice et l'utilité.

L'armée jx>pulaire étant ainsi composée , a l'aide de l'insurrection qu'on se flattait de rendre géné^ raie dans les classes laborieuses, il fallait la diri*ger contre la tyrannie et l'opposer ù ses forces.

Des colonnes devaient marcher sur le corps le'gislatif, sur le directoire exe'cutif, sur letat-major, et sur les hôtels des ministres pour soutenir les républicains , chargés d arrêter les usurpateurs.

Les sections les plus aguerries et les mieux armées eussent été dirigées vers les dépôts d armes et de munitions , et surtout vers les camps de Grenelle et de Vincennes, oii il n'y avait pas plus de huit mille hommes que Ton croyait prêts a se joindre au peuple.

Pour hâter cette jonction , on se proposait d'employer l'appareil d'uae grande force autant que le langage de la persuasion ; des orateurs eussent rappelé aux soldats les crimes du gouvernement et leui-s devoirs envers la patrie; les femmes leur eussent présenté des couronnes et des rafraîchissemens ; les Invalides les eussent invités à suivre leur exemple. Au pis aller, des dispositions étaient prises pour encombrer les rues et pour faire pleuvoir sur les troupes des torrens d'eau bouillante mêlée avec du vitriol , et une grêle de pierres , de tuiles , d'ardoises et de briques.

Le reste de l'armée populaire eut été employé à garder les issues de Paris , à maintenir les communications entre les différens corps du peuple , à protéger l'approvisionnement de la ville , a empêcher tout rassemblement anti-populaire , a intercepter toute correspondance aristocratique ,

à repousser toute tentative de pillage , et a exécuter les ordres des autorités insurrectionnelles ^ Des accidens imprévus , semblables k ceux qui causèrent les malheurs de prairial , auraient pu rendre douteux le succès de l'entreprise , si on n'avait pas songé a les prévenir. Parmi ces accidens , le défaut de subsistances qui eut empêché le peuple de rester sous les armes tout le temps nécessaire , était infiniment a redouter ; aussi le comité insurrecteur avisait-il aux moyens de faire approvisionner abondamment tous les lieux où le peuple pourrait s assembler , et c'était principalement dans cette vue , qu'il avait arrêté de faire installer, dès le commencement du mouvement, dans cliaque section , trois membres du comité révolutionnaire qui était en exercice au 9 thermidor , et de les charger de mettre à l'instant sous la main des citoyens insurgés , les vivres dont ils pourraient avoir besoin , en saisissant les denrées déposées dans tous les magasins publics et privés , et d'exécuter , sur-le-champ , les premiers soulagemens promis aux malheureux.

• On aurait tort de confondre la distribution régulière destogcmcnfl et des habillcmcns, avec le pillage qui s'oppose à toute aradliomtioD parles pertes irréparables qu'il cause à Ih société ^ par les nouvellts im-galitcs qu'il produit , par la dépravation des moeurs qu'il entretient et accroît , et par les difliculles qu'il oppose à la rdccption des bonnes lois : c'est aux lois seules à r(ita|)lir Végalild.

Logement et Afiii dc (lonner au peuple une idée sensible de pauvres. la nouvclle révolution , et d'affermir son zèle , le

comité insurrecteur se proposait de publier pendant l'insurrection , deux arrêtés , en vertu desquels les pauvres eussent été immédiatement habillés aux frais de la république, et logés le même jour dans les maisons des riches, à qui on n'aurait laissé que le logement indispensable i.

puniuon des H est bou dc faire connaître l'idée que le co-

iraîtres. . , . i , • n / i •

mite insurrecteur s était formée du jugement populaire , auquel il voulait soumettre les principaux coupables , c'est-a-dire les membres des deux conseils et ceux du directoire exécutif. Le crime était évident, la peine était la mort, un grand exemple était nécessaire.

Cependant on voulait que cet exemple portât l'empreinte d'une rigoureuse justice et du sentiment profond du bien public. Il était convenu que le peuple insurgé entendrait un rapport détaillé et individuel sur les trahisons dont il avait été la victime , et serait invité à excepter de la proscription , ceux d'entre les accusés , à qui un égarement excusable , des mœurs simples et populaires , ou quelque service éclatant rendu à l'égalité pendant Tinsurrection , auraient pu faire pardonner les fautes politiques 2. Il y avait auco-

* Voyez Pièces justificatives , n» 23, 2 Voyez ibid. , n^ 24.

mité insurrecteur , des avis d'après lesquels les condamnés eussent été ensevelis sorus les décombres de leurs palais , dont les débris auraient rappelé aux générations les plus reculées , la juste punition infligée aux ennemis de l'égalité.

Toutes les mesures d attaque et de défense allaient être indiquées aux agens d'arrondissement et aux généraux que le comité était sur le point de nommer i .

De l'insurrection heureusement terminée , devait nécessairement découler un nouvel ordre de choses , dont il était pinident de poser d'avance quelques bases , afin de préparer les dispositions les plus urgentes : le comité insurrecteur en avait fait l'objet de ses méditations.

On a vu comment , avant sa réunion aux montagnards , il comptait faire établir , par le peuple insurgé , la nouvelle autorité et les règles de sa conduite; aux changemens rendus nécessaires par cette réunion, la méfiance que les démarches équivoques des montagnards firent naître , en fit ajouter d'autres.

Triompher de la tyrannie eût été bien peu de chose , si on n'avait pas eu la certitude qu'elle serait remplacée par des conducteurs animés du plus pur amour de l'égalité. Il fallait des hommes dont les doctrines, les mœurs et la vie entière

■ Toycz Pi<^ccs justiGcativcs , n» s5.

fussent en parfaite harmonie avec l'esprit des ins^ titutions qu ils étaient appelés a créer.

Dans le premier système , le comité insurrectem' était certain que Fesprit dont il était animé , passerait tout entier dans la nouvelle assemblée nationale , et c'était en cela qu était la plus forte garantie quil pouvait oft'rir au peuple, du pro^ cliain établissement de 1 égalité et de la constitution populaire.

La conduite Mais dcs qu'ou se fut décidé à rappeler une montagnards né- partie dc la convention, le comité insurrecteur cessite de nou- ^^^^ ^^ ^^^ dcvoir dc Drémunir le peuple contre

velles precau- a Al

*^o'^*' les écarts de la nouvelle autorité ; les reproches

qu il faisait aux montagnards prouvent suffisamment qu il était loin d avoir en eux une entière confiance.

Aux anciens motifs de méfiance, la conduite récente de ces conventionnels en ajoutait de nouveaux. Le comité avait été frappé de la subtilité avec laquelle ils s'étaient efforcés d'écarter l'adjonction proposée, de la hauteur qu'ils apportaient dans les discussions , et de cet orgueil aristocratique qui leur faisait appeler concession gratuite , la restitution au peuple de ses droits.

Il était d'ailleurs instruit que l'on pratiquait clandestinement des manœuvres , afin d'éluder les conditions convenues , et de faire tomber exclusivement entre les mains des montagnards,

( 199 ) Fautorité suprême de la republique. Or, le comité était si fortement convaincu qu'il leur était impossible de faire le bien , qu il regardait comme un crime impardonnable le moindre mouvement qui, en leur livrant le pouvoir, ne ferait que substituer une tyrannie à une autre.

On avisa donc aux moyens de forcer les conventionnels rappelés, à tenir leurs promesses et à ne mettre aucun obstacle à rétablissement d une égalité effective et durable. C'était par le peuple que les conj urés avaient espéré de renverser la tyrannie ; c'était par l'ascendant de la vérité qu'ils avaient obtenu l'appui du peuple ; et ce fut encore à l'aide de la vérité et du peuple , qu'ils résolurent de déjouer les nouvelles machinations.

Nonobstant les dispositions de l'acte insurrec- Les dispositions

, -., «Il • insurrectionnel-

leur, par lesquelles une partie de Ja convention ks devaient cire nationale était rappelée à l'exercice du pouvoir, i^peu^ir"^ ' le comité voulait qu'elle fut rétablie par la volonté expresse du peuple insurgent ; que l'adjonction convenue fut par lui solennellement décrétée , et qu'il nommât lui-même les députés adjoints. Il voulait en outre , que le même peuple ordonnât aux magistrats , en activité au 9 thermidor , de rentrer sur-le-champ en fonctions ; confirmât toutes les dispositions insurrectionnelles; prescrivit la prompte exécution des arrêtés du comité , concernant le logement et riiabillcmcnt

des malheureux, et installât directement la nouvelle convention , après avoir prononce le grand décret dont nous avons parlé plus haut * .

A cet effet , le comité insurrecteur avait recommandé à ses agens , d'employer tous leurs soins à réunir, aussitôt après la destruction de la tyrannie, la masse des citoyens autour du lieu où il s'assemblerait. La, le comité eut rendu compte au peuple de tout ce qu'il avait fait pour briser le nouveau joug qu'on avait imposé a la nation , et lui eût demandé les décrets qu'il jugeait nécessaires au salut de la république. Le discours qu un des membres du comité devait prononcer dans cette grande circonstance, était rédigé et allait être soumis à la discussions.

Discussîon sur Uu poiut fort délicat fut mûrement discuté du romitTiusur" ^aus Ic comité insurrecteur. Il s'agissait de déterveilnuioritT" '^i'^^ï* quelle part auraient ses membres à l'exercice de la nouvelle autorité. Son dessein était de parler au peuple sans réticences et sans détours , et de rendre à sa souveraineté le plus éclatant hommage. S'il avait j ugé nécessaire, pour le succès complet de l'insurrection , d'être investi temporellement de tout le pouvoir national , il n'eût pas balancé à le demander. Mais toute institution de ce genre ayant été précédemment repoussée , il res-

1 Voyez à la page io5.

2 Voyez Pièces justificatives , n» 26.

tait seukment à examiner s'il convenait d'engager le peuple insurgent a instituer un corps peu nombreux , charge d'inspirer les mesures législatives a la nouvelle convention dont il exécuterait les décrets, ou s'il était plus utile d'abandonner à celle-ci ce soin important.

Quelle qu'eut été la décision du comité insurrecteur , il aurait encore fallu se demander si le succès de la nouvelle révolution n'exigeait pas que ses membres composassent exclusivement le corps dont il s'agit.

Rien n'ayant été statué à cet égard , je ne puis que rapporter les raisonnemens par lesquels le comité avait comparé les avantages et les inconvéniens des divers plans qu'il eut pu adopter.

On considéra d'abord, que la conversion de l'initiative insurrectionnelle en un pouvoir permanent et nécessairement très-étendu, ferait soupçonner les membres du comité insurrecteur de vues ambitieuses et intéressées; on craignit que de semblables inculpations , par la facilité avec laquelle elles s'accréditent et se propagent , n'entravassent leur marche, et ne leur laissassent pas le temps de réaliser le bien qu'ils se proposaient; et l'on se demanda si la présence des conjurés dans la nouvelle convention, leur union intime et la confiance dont ils seraient investis , ne suffiraient pas pour communiquer aux lois, l'esprit de leur

entreprise , et pour élever à la magistrature suprême des citoyens dignes d en exercer le pouvoir.

D'un autre côté , le comité insurrecteur ne voyait pas beaucoup dliommes en qui la pureté des principes se trouvât réunie au courage , à la fermeté et a l'intelligence nécessaires pour les réduire en pratique ; il sentait combien il était dangereux de ne pas laisser le soin d'achever l'ouvrage à ceux qui avaient eu la hardiesse de le commencer , et redoutait la duplicité de certaines personnes avec qui il allait se trouver en concurrence. Après avoir long-temps hésité , nos conjurés s'étaient presque décidés a demander au peuple un décret, par lequel l'initiative et l'exécution des lois leur seraient exclusivement confiées.

Bien des projets demeurèrent imparfaits , bien des travaux furent interrompus par la trahison qui livra a la vengeance de l'aristocratie ceux fjue les circonstances avaient portés a la tête du parti démocratique , et le récit de leur conspiration pourrait se terminer ici , si , pour en faire bien connaître toutes les intentions , il n'était pas nécessaire de jeter quelque jour sur l'idée qu'ils se formaient de l'état où se serait trouvée la nation , immédiatement après l'insurrection , sur le but final auquel ils visaient, et sur les moyens qu'ils comptaient employer pour l'atteindre. Aperçu de ré- Aumilieutlc l'épouvante qu'une révolution si

( 2o3 ) radicale eut imprimée aux aristocrates de toutes tat de Paris après

Page 1