AVANT-PROPOS
Un moment avant notre condamnation ^ Babeuf et Darthé ^ reçurent de moi , sur les bancs de k hautecour de Vendôme y devant la hache aristocratique qui allait les frapper , la promesse de venger leur« mémoire , en publiant un récit exact de nos inten* tions communes, que Tespritde parti avait si étrangement défigurées. Prés du terme de la vie, il est temps que je m*acquitte de cette obligation, que plusieurs eireonàtances m'ont empêché de remplit plus tôt.
D'autres devoirs, une longue ef rigourense dé« teolîon, suivie d'une surveillance plus longue et souvent fort gênante, sur trois extrémités opposées de la France, m'ôtérent pendant long- temps la possibilité de discuter , avec des témoins ocal»« res, les causes des grands événemens de la révolu-* tion , et de me .procurer quelques pièces qui m'é« taient nécessaires pour éclaircir certains faits que je me proposais de faire connattrCc Cependant il
< La peine de m^ yenait d*être requise ccmtre eux , et celle de la déportation ccMitre Germain, Moroy , Gazio , Bouin , Mëneiwier, Blondeau et moi. '
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m'eût été possible de publier cet ouyrage beaucoup plus tôt, si je n avais été arrêté par la crainte de fournir de nouveaux prétextes aux animosités et aux persécutions. Aujourd'hui , pressé par Tâge , je me décide à le faire paraître , avec d autant plus d'assurance, que d un côté , les hommes de Tépoque ont presque disparu, et que de laulre, les doctrines politiques actuelles étant à une distance infinie de celles que professaient les démocrates de l'an IV de la république française , nul rapprochement dangereux n'est plus à redouter. D'ailleurs il est juste .ique le parti démocratique «oit enfin connu sous ses véritables couleurs.
Ayant à rendre compte d'une entreprise fort audacieuse , j'^ai dû faire voir comment nous y fu* mes conduits , et il m'a semblé que je ne pouvais le faire qu'en rappelant l'état où était alors la révolution, les phases successives qui ly avaient amenée « et les vertus ou les vices qui nous paraissaient avoir exercé sur elle quelque influence. Aussi ai-je commencé :ma narration par'^un aperçu rapide de cette dévolution , jusqu'au temps oii se passer eist Içs événemens que je raconte : je nai pas prétendu en écrire l'histoire , et n'ai voulu que peindre les impressions que nous en avions reçues.
Pour remplir la tâché que je me suis imposée, flne su£Bsait pas. de narrer ce que. Babeuf et ses amis firent ou voulurent faire , afin de mettre leur plan à exécution, il fallait ;aussi expliquer le but final qu'ils se proposaient, et dire comment ils s'en
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flémontraient la justice et la nécessité : j'ai dotic dû faire marcher de front le récit des faits avec le développement de leurs doctrines et de leurs projets,
. Me9 souvenirs , les écrits des conspirateurs , lea pièces de la procédure qui fut instruite contre eux, çt quelques fragmens, jusquici inconnus sont les sources où j'ai puisé tout ce que j'affirme relativement à la conspiration.
Tous les papiers ne furent pas saisis par la police ; quelques-uns de ceux que Babeuf n avait pas auprès de lui, furent détruits par de trop prudens amis : j'ai pu en recouvrer d'autres que je publie dans l'état d'imperfection où ils m'ont été remis.
Je n ignore pas que les principes politiques et économiques que j'ai dlû. exposer, rencontreront beaucoup de désapprobateurs ; ce n'est pas une raison pour ne pas les publier: d'autres prétendues erreurs sont devenues des vérités incontestables. N'est-il pas des hommes que le clinquant de la société civilisée et les systèmes prônés par ceux qui s'arrogent le droit de diriger l'opinion , n'éblouissent pas? Ils apprécieront peut-être l'importance de ces principes , et donneront quelques regrets à la mémoire des citoyens courageux qui , pénétrés de leur justice et fiers d'exposer leur vie pour les soutenir, les scellèrent enfin de leur sang.
Fortement lié à eux .par la conformité de nos sentimens , je partageai leur conviction et leurs efforts , et si nous nous trompions, notre erreur était
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au moins complète : ils yperséyérérent jusqu'au tombeau; eimoi, après y avoir depuis et long-temps réfléchi , je suis demeuré convaincu que cette égalité qu'ils chérissaient, est la seule institution propre à concilier tous les vrais besoins, à bien diriger les passions utiles, à enchaîner les passions dangereuses , et à donner àla sociélé une forme libre I heureuse, paisible etdurable*
Philippe Bgonarroti.
POVB L*£6ÀIITÉ
Parmi les partis qui firent prendre à la ré^ partâctieun • volution française tant de couleurs diverses , il en !^"^'„t7a est un qui doit fixer les regards du sace, par le r^^yoïutiou dévouement constant avec lequel il consacra ses efforts à la délivrance réelle de rhumanité.
Tandis que l'ambition ,. la jalousie , Favidité et Tamour irréfléchi des innovations entretenaient une lutte déplorable entre^ des hommes dont les uns combattaient pour rétablir l'ancienne monarchie , d'autres pour placer sur le trône de France une dynastie nouvelle , d'autres enfin pour transporter le pouvoir d une caste à une autre caste , les uns et les autres pour s'attribuer exclusivement l'autorité et les jouissances dont elle est la source , il se forma lentement une classe de citoyens qui, mus par des principes bien différens , désiraient aussi un grand changement politique , mais un changement opposé aux
vues et aiix passions de tant d'instigateurs intéressés de troubles civils.
On vit en effet plusieurs sectes politiques chercher a donner à la France de nouvelles formes d'administration ; mais peu d'hommes aspirèrent, en faveur de la masse du peuple, à la réforme entière de la société.
Cest ainsi que la foule de ceux qui figurèrent sur la scène de la révolution , bornèrent leurs efforts à faire prévaloir un ordre de gouvernement sur un autre , sans trop s'occuper du sort de ceux en favçur de qui tout gouvernement légitime doit exister : c est ainsi que tant de prétendus législateurs ont cru avoir fondé une république, par cela seul qu'ils avaient condamné un roi , et substituç Taulorité de plusieurs à celle dun seul.
L'intérêt et les principes furent les causes de nos divisions pendant la révolution. Tandis que les uns défendaient un système parce qu'ils le croyaient bon , d'autres en bien plus grand nombre se jetaient dans le parti qui leur paraissait plus favorable a leurs vues de fortune ou d'ambition : les premiers suivirent constamment la voie qu'ils s'étaient tracée , les seconds changèrent de conduite au gré des circonstances et des passions.
Ce ne fut que successivement que Ion put
attribuer à chaqae secte politique son caractère ' particulier ; car plusieurs d'entre elles durent paraître agir dans le même sens, tant qu'elles eurent des ennemis communs à combattre. A chaque pas vers un nouveau degré d'amélioration, il se forma une nouvelle classe d'opposans intéressés au maintien des vices contre lesquels il était dirigé.
Si quelques nobles de rassemblée constituante parurent populaires a Vaurore de la révolution ^ ils ne tardèrent pas à suivre une route opposée, dès que les premiers vœux pour la véritable égalité se firent entendre : si d autres s'élevèrent contre la famille régnante dans le dessein de lui en substituer une autre , on lés vit se ranger sous les drapeaux de la royauté, lorsque l'espoir fiit enlevé a toutes les dynasties: si des prêtres applaudirent aux efforts des réformateurs contre les usurpations du haut clergé , ils devinrent les plus acharnés propagateurs du fanatisme, aussitôt que la nation se refusa a l'entretien de toute espèce de culte : si ceux qui avaient voulu exploiter à leur profit la royauté constitutionnelle se montrèrent, dans les mêmes vues, républicains , ils furent en opposition ouverte avec les plus ardens défenseurs de la république, dès que le peuple prétendit qu'elle fût la chose de tout le monde.
A travers les orages que devait nécessairement
(MTodttire le mélange de tant d'élémens discoF» dans, les hommes qui , depuis le commencement de la révolution , avaient omçu Tespoir d'assemr en France lempire de la vraie justice , saisissaient avec empressement les occasions fréquentes que présentait une si grande fermentation, pour habi* tuer leurs concitoyens à réfléchir sur leurs droits, et pour les amener graduellement à désirer la chute de toutes les institutions vicieuses qui leur en interdisent la jouissance.
Les passions utiles ou dangereuses qui agitaient les Français en diflerens sens , ont été, pour ainsi dire, réprésentées dans les assemblées qui ont exercé , depuis la révolution , le pouvoir suprême : Ik se développèrent les vices les plus abjects et les vertus les plus sublimes ; là fut donné le signal de tant de combats : là les membres de diverses sectes politiques saisirent et firent naître les occasions d*en faire prévaloir les systèmes et lea intérêts.
Le parti qui demeura constamment attaché à la cause du peuple , vit à des époques marquées , se séparer de lui pcHor sVnéantir, les factions qui avaient concouru au triomphe de ses projets, jusqu'au moment où ils furent eA contradiction avec leurs vues particulières.
Tant que la monarchie exista en France , le parti républicain parut très-nombreux y et quoi-
(pCon eût depuis long-temps aperçu les diffiéren-^ ces essentidles qui nuançaient œux qui se ran^ geaient alors sous les bannières de la république, le 10 août 179a vit combattre contre la cour une foule d'hommes qui se divisèrent ensuite, et parmi lesquels il en est qui ont défendu depuis la cause des rois.
On comptait au nombre des oombattans contre le gouvernement royal et de ceux qui applau* dirent à leur triomphe , les hommes qu'animaient la jalousie et le ressentiment , et ceux que la probabilité d'une régence ou d'un changement de dynastie flattaient par l'espoir d'une prochaine influence; cependant tout porte à croire que la plupart voulaient alors un gouvernement repu* blicain, quoiqu'il y eut entre eux de grandes divergences, et sur ridée qu'ils s'en formaient , et sur les passions qui le leur faisaient désirer.
Tous les systèmes de politique et dMconomie publique servirent de motifs ou de prétextes aux dissensions de la convention nationale. Le9 tins prônaient rinfluence exclusive dé la classe favinri- 8ée par la fortune et par l'éducation ; les autres regardaient la participation de tous a la souverain neté comme une condition essentielle du bonheur et de la tranquillité durables de la société; ceux-là soupiraient après les richesses , les superfluités et l'éclat d'Athènes ; cei^x - ci voulaient la fiai^lité,
(6) la simplicité et la modestie des beaux jours dé Sparte.
Cependant , ce n'est pas bien rendre la nature de ces dissensions , que de les comparer aux systèmes politiques des anciens : il faut la chercher dans nos moeurs et dans nos connaissances en droit naturel.
Ce qui se passa en France immédiatement après la création de la république , est à mes yeux l'explosion de la discorde toujours subsistante entre les partisans de Topulence et des distinctions d'un côté , et les amis de l'égalité ou de la nombreuse classe des travailleurs de l'autre.
Système En rcmoutaut plus haut, on trouvera lasource «Tégoïsme. desdiscussious qui eurent lieu à cette époque, dans la doctrine anglaise des économistes * d'une part , et de l'autre , dans celle de J.-J. Rousseau , Mably et quelques autres sages modernes.
Rappelons - nous que de nombreux écrivains ont fait consister la prospérité des nations dans la multiplicité de leurs besoins , dans la diversité toujours croissante de leurs jouissances matérielles , dans une immense industrie , dans un commerce illimité , dans la rapide circulation des
> Je comprends sous cette dénomination les écrivains et les administrateurs qui ont voulu soumettre à des rëglemens l'industrie et le commerce, ainsi que ceux qui ont opind pour leur laisser la liberté la plus étendue.
métaux nninnoyés et , en dernière analyse, dans Yinquiète et insatiable cupidité des citoyens i* Tantôt on a préféré Tentassement des propriétés territoriales en peu de mains , tantôt on s'est prononcé pour la multiplication des petits propriétaires; et tandis que les uns ont cru la misère et Tabrutissement de la partie productive nécessaires à Topulence et à la tranquillité du tout , d'autres /en offrant la liberté illimitée de Imdus* trie et des transactions comme un moyen de remédier à rinégalité établie , ont frayé le chemin Il une nouvelle corruption et a de nouvelles inégalités.
Dès qu'on eut placé le bonheur et la force de la société dans les richesses , on fut nécessairement conduit a refuser l'exercice des droits politiques a tous ceux qui n'offrent pas , par leur fortune, une garantie de leur attachement a unpareil ordre , réputé le bien par excellence.
Dans tout système social de ce genre , la grande majorité des citoyens constamment as-
> Il fut toujours difficile aux hommes de s'entendre pour établir un ordre social raisonnable. Ce fut par le commerce des superfluiti^s et par les arts de luxe , que nos pères arrachèrent sans violence aux favoris de la féodalité une partie de leurs richesses. Des esclaves devenant ainsi nécessaires à leurs maîtres , en ajQaiblirent la puissance. Un mal^qui servit de remède à un autre, fut pris pour le aupeèmc bien, au point, que pour beaucoup de gens i la liberté n'est autre chose. que la faculté illimitée d'acquérir.
sujettie k des traTaux pënibleff^ e$t condamnée de fait k languir danff la misère, dans Fignoranœ et dans l'esdavage >.
Système Rousscau proclama les droits inséparables delà égailla. j^|.m,g humaine ; il plaida pour tous les hommes sans distinction ; il plaça la prospérité de la société dans le bonheur de chacun de ses membres, et sa force dans rattachement de tous aux lois. La richesse publique est pour lui dans le travail et dans la modération des citoyens., et la liberté réside dans la puissance du souverain, qui est le peuple entier, et dont chaque élément conserve l'influence nécessaire à la vie du corps social par 1 effet de l'impartiale répartition des jouissances et dès lumières.
Cet ordre social qui soumet a la volonté du peuple les actions et les propriétés particulières, encourage les arts utiles à tous , proscrit ceux qui ne flattent que le petit nombre, développe sans prédilection la raison de chacun , substitue k la
> Du grand nombre des salaries et du petit des salarians résulte nécessairement la misère des premiers. L'ignorance est , a la fois » une nécessité pour les traraillans surchargés , et une précaution pour ceux qui <mt rejette sur eux leur propre fardeau. De la misère et de Fignorance natt chez nous l'esclayagè , qui est partout où les hommes ne peuvent ou ne savent pas faire usage de leur volonté.
Birai-je que les économistes ont enfin trouvé un remède aux maux qui résultent du trop grand nombre des salariés? Us coBseU-» lent aux ouvriers de ne piis faire tantd'enfans. Jtisum toneoUs!,»
cupidité Tamour de la pfitrie et de la gloire , fait de tous les dtoyens une seide et paisiMe fanûlle , assujettit chacun à la Tolonté àe tous, personne à celle d'un autre , fut de Umt temps Tobjet des ▼œux secrets des vrais sag^s, et eut, dans tous les sièdes, d'illustres défenseurs : tels furent dans Tantiquité, Minos, Platon, Lycorgue et le législateur des chrétiens ; et dans les temps plus rapprochés de nous, Thomas Morus, Montesquieu > et Mably ^. On a nommé oràb^ d'égoïsme ou d'aristocratie ^ celui des économistes , et celui de Rousseau ordlre d'égalité 4.
s Esprit deê dois , liv. 4 9 ckap. 6.
a Principes de Lé^lsiticm et tîUeurSy/ytfifim.— Mably oansidère la communtaué des biens^ comme le seul ordre conforme au vrai but de la sociëtë , qui est le bonheur durable de tous ses membre». Selon lui , tous les maux qui affligent la société humaine étant les effets de l'ayarice et«de l'ambition , la politique se réduit à Tart de compjrimer efficacement ces passions : Tavarice ne peut être étouffée que par la communauté des biens; celle-ci détruit la propriété individuelle, et diminuant en même temps les attraits du pouvoir, elle est un rempart contre l'ambition ^ qui doit être aussi contenue par les mœurs et par les institutions.
3 Cette dénomination a pour objet de faire entendre que,, dans ce système , le ressort unique des sentimens^ et des actions dea citoyens, est l'intérêt purement personnel et indépendant de tout rapport avec le bien général.
4 L'égalité^ dont l'idée est la base de la socnbilité et la conscdation des malheureux , n'est une dûmére qu'aux yeux dea hommes dépravés par l'amour de la richesse et de la puissance.
Tout système et toute passion à part , quel est l'homme qui, au fond de son cœur, ne reconnaisse un égal dans un individu de son espèce quel qu'il soit ? Quel est l'homme qui, placé dans la même situa-
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Dès que Von pfut saisir les tendances des différentes sectes politiques qui s^agiterent sut le théâtre de la révolution , les esprits égarés par des cœiirs corrompus s'attachèrent aux promoteurs deYordre cTégoïsme, elles cœurs purs, dirigés par
tion , n'^ronre un égal frémissement de pitië, à Vaspect des souffrances de chacun de ses semblables?
Ce sentiment , effet de nos premières expëriences , est justifié par la raison qui nous enseigne que la Rature a fait les hommes égaux: mais comment et en quoi ? c'est ce qu'il importe de bien con^ naître.
Ceux qui approuvent les inégalités sociales, prétendent qu'elles sont inévitables , parce que , selon eux , elles tirent leur origine de celles que la nature a mises entre les individus dé Fespéce humaine.
Les hommes , disent-ils , différant naturellement par le sexe , par la taille , par la couleur , par les traits , par l'âge et par la vigueur' des membres, ne peuvent être égaux ni en puissance, ni en richesse ; l'égalité, soit naturelle , soit sociale , est donc un véritable être de raison.
Cependant , de ce que les différences dont nous venons de parler existent réellement , s'ensuit-il que les inégalités d'institution en sont les conséquences nécessaires ? A ce compte , l'opulence et l'autorité iraient toujours de pair avec la force , avec la grandeur , avec la beauté ; ce qui n'est pas vrai à beaucoup prés.
Il est , entre les hommes , disent les partisans de l'inégalité , une autre différence naturelle qui en met nécessairement une dan» leurs lumières et dans leur position sociale; c'est celle de l'esprit. On est allé jusqu'à prétendre reconnaître dans les éminences plus ou moins saillantes du cerveau , les signes infaillibles de nos penchans et de nos passions.
Cependant un sentiment secret parait nous avertir que les choses n'ont pas été ordonnées ainsi par l'auteur de la nature, et que , si les hommes communément bien organisés , n'ont pas tous la même aptitude à l'esprit , la différence qui existe entre euiç sous
des esprits droits, dùt*ént nëoessairement s'inte* resser au triomphe complet de Vordre dégaliîé.
Mais parmi les partisans du système basé sur aêw^iïtl. Tégoisme, outre ceux que de vieux préjuge^ y at-
ce rapport', est bien moins l'eHbt de la diversité de leur confonna^ ticm , que de ceUedes circcmstances dans lesquelles ils se sont trouye*s placés. Qui peut douter que beaucoup d'hommes ignou rans ne l'eussent pas été , s'ils avaient eu l'occasion de s'instruine ? Le pâtre le plus grossier ne met-il pas dans la direction de ses tra* vaux et dans la discussion de ses intérêts , autant de finesse d'esprit, qu'il en a fallu à Newton pour découvrir les Icms de l'attrac* tion ?:TQut dépend de l'objet : vers lequel notre attention se dirige.
D'ailleurs, l'inégalité d'intelligence fût-elle aussi naturelle qu'on le prétend , il serait impossible d^y voir la souree des différences de richesse * et de puissance qui existent dansia aociété-, car il n'est point vrai que les biens et l'autorité y soient communément le partage du savoir et de la sagesse.
Mais est' ce bien dti qualités dont nous venons de parler qu'ils'agit ? aucunement. L'égalité naturelle qu'on a en vue; est cette uniformité de besoins et de sentimens qui naissent avec nous, ou se développent par le premier usage que nous faisons de nos sens et . de nos organes.
Xe besoin de se nourrir et celui de se reproduire *, l'amour de soi • la pitié ; l'aptitude à sentir , à penser , à vouloir , à communiquer ses idées et comprendre celles de ses semblables , et à conformer ^eu actions à la régie; la haine de la contrainte et l'amour de la liberté, existent, à peu prés au même degré, chez tous les hommes sains et bien constitués. Telle est la loi de la nature d'où émanent, pour tous les hommes , les mêmes droits naturels.
Aux yeux de quiconque se reconnaît composé de deux substances de jiature différente , une nouvelle raison en faveur de régalité naturelle se tire de la spiritualité du principe pensant ; ce principe, qui constitue à lui seul tout le moi humain, étant indivisible et pur , et dérivant toujours de la même source , est né"» çessairement égal dans tous les individus de notre espèce.
Il n'est pas douteux que l'inégalité des forces physiques ne puisse
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tachaient) il y en avait qui aspiraient à conserver, et d'autres qui voulaient conquérir les jouissances exclusives et la prééminence. Ceux-ci , dénués de toute vertu, affichèrent Tamour de légalité, et pa«
troubler )ûii moin» tnomentsoiëmetitj la jouissance de ré^Bt^ nà-^ tureile \ ce fut prokiblement pour ol>vier à ce mal qu'on eut recours aux comyentions , et quo k société civile fut instituëe.
Faute de prévoyance , on s'est précipité dans un malheur pln^ gpraûd cpie celui qu'on avait voulu prévenir. L'égalité établie par la nature et avouée par la raison $ a été violée dans la société par une suite de ces mêmes conventioBS qui furent destinée» à U maintenir. Aux inconvéniens passagers , produits par TinégaKté dei forces physiques , ont été substitués d^autres inconvéniens plus funestes , plus permanens et plus inévitables i par l'inégalité con-^ ventionnelle de ricfaeste et de puissance. Ainsi , ,par une étrange métamorphose , les plus sots, les plus vicieux , les plus faibles et les moins nombreux sont parvenus à surcharger de pénibles devoirs et à priver de la liberté naturelle , la masse des plus forts 9 . des plus vertueux et des plus instruits.
De l'inégale répairtition des biens et du pouvoir naissent tous les désordres dont se plaignent avec raison les neuf dixièmes des ha^ bitans des pays civilisés. De là viennent pour eux les p rivations» les souffrances , les humiliations et l'esclavage. De là vient aussi cette inégalité de lumières , que, par des motifs intéressé», oft attri* bue faussement à l'inégalité exagérée des esprits.
C'est donc à resserrer dans de justes bornes la richesse et la puissance des individus , que doivent tendre les institutioDS' d'une véritable société ; la puissance , en soumettant également tovts les citoyens à la loi émanée de tous ; la richesse , en ordonnant les choses de manière que chacun ait assez, et que personne n'ait rîen de trop. Voilà en quoi consiste Fégalité dont on parle dans cet ouvrage.
A la vérité , au point où en sont les choses , cette égalité se réduit à peu près à celle des richesses, qui forment, presque à elles seules aujourd'hui , le prix de la puissance, aussi bien aux yeux de ceux qui commandent , qu'aux yeux de ceux qui obéissent.
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mrent en affectionner les amis sincères , tant qu'ils purent se flatter d'en empêcher établissement, et de faire tourner k leur profit la fermentation générale qu'ils avaient eux-mêmes provoquée.
Depuis les premiers jours de la révolution , les ESbruet proamis de légalité , c-est-îi-dîre de la justice , s^étaient SL vé^m!^^ efforcés d'en préparer le triomphe , en s'opposant de Imn aux vues des partis qui en étaient les enr nemis. Sous l'assemblée constituante, ils coinbatr tirent l'injuste distinction des ditoyens en àcti& et non actifs , la contribution du marc d^argent exigée pour condition d'éligibilité à la représentation nationale, le veto royal et la loi martiale ; ils tonnèrent à la fois contre les royalistes déclarés et contre ceux qui se cachedent sous un vernis de patriotisme; proposèrent llmpât prc^ressif; s^opposèrent à la réhabilitation du roi, après son retour forcé de Varennes; soutinrent le courage des patriotes près de sVvariouir après le massacre du Champ-de-Mars, et démêlèrent les complots aristocratiques de ceux qui demandaient prématurément la répuMique : sous la première l^s^ lature, fls dénoncèrent le renvoi des militaires patriotes; firent voir le piège caché sous la déclaration 4e guerre à l'Autriche; firent décerner des couromids aux soldats suiâses de Château- Vieux; démasquèrent la ^simidation de la cour, les crimes des ministres, les trahisons de Narbonne
et la marche tortueuse de la Gironde ; et conservèrent le feu sacre que les puissans et les riches voulaient étouffer par la calomnie et par la persécution.
Ce fiit surtout après le lo août 1793 , que les hommes que je viens de désigner conçurent les plus flatteuses espérances^ et redoublèrent d'efforts pour assurer le triomphe^de leur cause. sublime. Au mérite des conceptions de Jean -Jacques, ils ajoutèrent la hardiesse de l'application à une société de vingt-cinq millions d'hommes. A la même époque, lailutte entré. les amis de légalité et lés partisans de Tordre d'égoisme devint plus caractérisée et plus animée. Le projet de gouverner .sous des formes républicaines en apparence , Tétat institué comme sous la monarchie , fut publiquement soutenu; ceux qui dans les crises politiques «craignent de perdreleurs jouissances s'y rallièrent; et , comme la même crainte les avait attachés au royalisme , ils donnèrent lieu d'accuser les coryphées d'une semblable république, de conspirer pour le rétablissement du trône ^Tels étaient alors Son triomphe. Iq nombre et le crédit des amis sincères de l'éga-
' Il y en avait qui étaient efTectivement dévoaés à la cause royale ; (Taulres 8*accommodaient également de tous les régimes par lesquels ils espéraient conserver la considëratioD et le pouvoir. L'intérêt que les uns et les autres prirent à la vie du roi , traduit devant la convention, donna un grand poids à l'inculpation de royalisme dirigée contre eux.
lite , que les poignards de Taristocratie n avaient pas encore moissonnés; telle était lacliyité que lespérance d un prochain adoucissement entretenait dans la multitude, et telle était la force de ceux qui, aspirant à remplacer les anciens grands, se faisaient les apôtres hypocrites de Tégalité qulls abhorraient, que les partisans de Tordre d'égoïsme furent attaqués, vaincus et forcés au silence : c'est la ce qui produisit les divisions de la convention nationale, avant le 3i mai 1798 , et la guerre civile qui suivit cette mémorable journée.
De la victoire du i o août résultèrent immédiatement quelques progrès de la cause populaire : peu de jours après la chute du trône , lexercioe des droits politiques fiit rendu à tous les citoyens; tous furent déclarés éligibles aux fonctions publiques , et il fut solennellement reconnu que nulle constitution ne peut être imposée au peuple sans son consentement. En même temps, le mariage fat légalement débarrassé de cette désespérante indissolubilité, qui le rend souvent aussi contraire au bonheur des individus et des familles que faneste aux moeurs et à la liberté. Cest un fait digne d'observation que Vaccroissement ou la diminution de Yéneae^ nationale pour la défense de la révolution , selon que les lois semblaient fa* voriser l'égalité ou s'en éloigner. Ia classe labo-
rieuse et si injuatement mëprisee, a enfanté tant de prodiges de dévouement et de vertu ; presque tout le reste a constamment entravé la régénération publique. • Aristocrates Nul doutc que VcKxlre d^égoïsme ou dWistocra* verttio!! na^o- 1*® ^ *^'^* ^^^^ ^^ conveutiou nationale de nom- 3^ *^ J*^^ i>reux et adroits défenseurs :les preuves en sont dans les astucieuses harangues et dans les écrits des Yergniaud , des Guadet , des Rabaud , des Brissot, des Gorsas, des Condorcet, des Lanjuinais , des Louvet , des Barbaroux , et de tant d'autres de la même couleur: dans leurs transactions avec là cour; dans leurs perpétuelles invectives contre tout ami de légalité; dans la haine qu'ils vouèrent aux véritables directeurs de lïnsurrectiondu lo août; dans leurs liaisons avec Narbonne, Dun^ouriez, Gustine, et autres généraux infklèles; dans leur constante opposition à rétablissement de limpôt progressif ^ ; dans Tintérét i]U ils prodiguèrent au roi , traduit au tribunal de la nation ; dans leurs mesures hostiles contre les partisans de la démocratie ; dans Tefifroi qu'ils
■ L'aristocratie ou pouvoir souyeraiii exercé par use partie de la Qatioii sur le tout, est une «uite inévitable de Finégalité comacpëe par Fordre d'ëgoïsme.
a LUmpôt progressif diffère de Fimpèt proportîomie! , en eeiriê le rapport de celoî-ci au rerenu > «pel^e élevé qu'il aoit , est toujours le même , taudis cpie dans celui-là ce rapport crott avec le superflu. L'impét progressif empêche Jés grandes fortunes et ménage les petites.
s'eflforcèrent d'inspirer aux riches et aut hommes corrompos ; dans les In^andons de la discorde secoués par eux sur la France entière; et dans leur opiniâtre persévérance a faire consîlfcrer par les lois leurs principes anti-populaires > .
Il s'agissait de donner une constitution a la république naissante; le besoin d une autorité ré* gulièresefaisait généralement sentir, et on pensait assez communément qu'une bonne distribution des pouvoirs suffirait seule pour assurer au peuple les bién&its de Tégalitë et de la libarté , après les* quels il soupirait.
Cependant les plus clairvoyans parmi les amis Les amis de de l'égalité ne parlageaient pas cette manière de ^Zl^^Jt^u penser. Ouoîcni^on en ait dit, les aristocrates de la ^"* ''««•'•^
V XI ' cupe d une
convention étaient plus pressés de travailler à^ cette constitution que les amis de l'égalité , qui , étant bien moins nombreux , sentaient que , sans un événement propre a effrayer leurs adversaires, non seulement on ne pouvait obtenir une réforme dans les élémens civils de la société , mais il était même impossible d'établir une organisa-
.' La liberté d'une nation résulte : lo de l'égalité que les lois font régner dans les conditions et dans les jouissances des citoyens ; 20 de la plus grande extension donnée à l'exercice de leurs droits politi(jues. Le projet du premier comité de constitution de la convention nationale, composé presque en totalité de girondins, en négligeant absolument la première condition, livrait le peuple à l'influence des riches , des oisifs et des intrigans. par le développement qu'il semblait donner à la seconde.
I «onstitulion.
tion fondée sur 1 égalité des droits politiques. Cet empressement des aristocrates était donc une branche de la vaste conspiration contre les droits naturels de» hommes , et il fallait en éloigner les principaux instigateurs , avant que Ion put compter sur la réussite des efforts d'une poignée de gens de bien.
< Cette faction fut appelle girondine parce (ju'eUe reconnaisaait pour chefs presque tous les députés du département de la Gironde à l'assemblée législative et à la convention.
Lorsque la première déclaratitm des droits fut proclamée par l'assemblée constituante , l'application franche et entière des principes d'équité naturelle dont quelques-uns y étaient consacrés » répugnait déjà aux hommes égarés par une fausse science ou corrompus par les vices de la civilisation \ ils méditaient dès-lors comment ils éluderaient ces principes, tout en paraissant y applaudir*
Ce fut là l'origine des factions qui, sous les trois premières assemblées nationales /s'eflforcèrent d'arrêter l'élan du peuple français vers son affranchissement total , et dé fixer la révolution aux systèmes politiques qu'ils jugeaient les plus favorables à leurs passions ou les plus conformes à leurs doctrines. jElles nuisirent à rétablissement de la liberté , beaucoup plus que l'opposition ouverte des castes privilégiées, parce qu'elles trompèrent le peuple en empruntant le langage du patriotisme*
A la fin de l'assemblée constituante , l'esprit de ces factions y était prédominant , et le parti qui demeura fidèle à la cause publique y eût été inaperçu , s'il ne s'était pas fait remarquer par Fénergie de ses réclamations. C'est à cet esprit qu'il faut attribuer les pas rétrogrades et les contradictions de cette assemblée.
Au mépris de l'égalité des droits qui avait été décrétée , des millions de citoyens furent privés du droit de suiSrage et d'éligibilité. Une loi de sang fut opposée aux plaintes qu'excitait le malaise du peuple et la marche équivoque du législateur. Celui-ci s'obstina , en dépit du bon sens et du vœu national , à replacer le dépôt de la constitution entre les mains de ce roi qui venait de s'en déclarer
On conspira contre les nombreux conspiratenr? coupiratioa qui s'étaiait introduits dans les principales anto^ ** * "^ *'^'
ouvertement rennemî, et dont il augmenta alors la puissance au r'A ^ ~ ' '
lieu dé la restrdndre ; il fit couler au Champ-de~Mars le sang de» - ,«;V'
citoyens qui s'apprêtaient à solliciter une décision contraire ; il
ibrça le peuple à recourir à la violence pour obtenir une justice
qu'un simple décret eât alors paisiblement (^ërée ; il porta atteinte
au droit de s'assembler , et voulut enchaîner à jamais la naticm au
char de l'aristocratie.
Le mépris réel que l'assemblée constituante eut pour la masse du peuple , lui inspira ces ménagemens , avec lesquels eUe sapa d'une main timide le pouvoir royal dont elle voulut , tout en l'ébréchant, se faire un rempart contre l'effervescence démocratique. De là vint aussi sa négligence à profiter de l'enthousiasme populaire et des fautes de la cour , pour anéantir la monarchie on pour la resserrer dans des limites qui eussent pu en faire à peu près une république véritable.
Tels sont les motifs des méfiances qui s'élevèrent contre les Lameth, contre La Fayette, contre la minorité de la noblesse et contre plusieurs membres màrquans du tiers-état. Les mêmes vues furent partagées par ce fameux Mirabeau que Textréme corruption de ses mœurs porta à se faire , à beaux deniers comptant , le cham-^ pion de la monarchie qu'il venait de combattre.
Mais l'amour du luxe , la soif de l'or et le désir de briller et de dominer n'étaient pas le partage exclusif de la noblesse. Il y avait ^ entre elle et la classe immense des hommes laborieux , ime autre classe nombreuse de roturiers qui brillaient par les richesses , par la politesse des manières, par la finesse de l'écrit, par le babil ^ par le relâchement des mœurs et par l'irréligion. Celle-ci dédaignait aussi la masse du peupfe, se croyait faite pour la maîtriser , se prétendait la partie saine de la nation , et ajoutait la souplesse et la jalousie aux vices dès nobles qu'elle aspirait à remplacer.
Cette classe se composait en grande partie d'avocats , de procureurs, de médecins, de banquiers', de riches marchands, de bourgeois opulens et d'hommes de lettres failant de la science un trafic et un moyen de parvenir. Avide , vaine et remuante , elle se livra aux premiers mouvemens de la révolution et y fit participer
rites dé la rëpoUique : on conspira pour la défimse d€S droits imprescriptibles dé rhumanité ^
la nwltitcide ^ae le besoin et le détâut d'instruction mettaient dans sa dépendance. Ses membres , matti^s en beaucoup de lieux des tribunes aux harangues et des administrations, parvinrent» par les sttffirages de leurs anUs, a Fassemblëe législative et à la oonVeation, où ils formèrent le noyau de la (action girondine,
Bn général les girondins ne voulaient pas de l'ancien régime dans toute sa laideur; mais ils ne voulaient pas non plus ^e le nouveau allât jusqu'à les confondre avec ce qu'ils af^elaient le bas peuple , t% le* dépouillât de cette supériorité qui leur était si profitable. Que la France fût gouvernée monarcbiquement ou républicainementy au fond, ils ne s'en inquiétaient guère, pourvu qu'eux et les leurs demeurassent les possesseurs et les dispensateurs des faveurs qui émanent de la puissance , et que la souveraineté du peuplé ne fût ^ en réalité, qu'un mot heureusement inventé , pour mieux assurer la soumission et l'obéissance du public aux lois par eux imagii^ées et exécutées.
Aussi les vit-on » sous TassemUée législative , combattre et favoriser tour à tour les intérêts particuliers de Louis XVI , selon que celui-^cî prétendait suivre les plans de ses anciens courtisans ou se conduire d'après les conseils de cette faction. Les vues personnelles de ses chefs, dans les négociations secrètes qu'ils entamèrent avec le roi , dans les conseils officieux qu'ils lui donnèrent à l'effet d'affermir son pouvoir, furent prouvées par pièces écrites et par témoins. Des girondins notables dans leur parti , n'ont pas craint de déposer dans leurs Mémoires l'aveu de leur attachement à la monarchie» et du désir qu'ils enrentde la rétablir quand elle n'existait plus.
C'est I ce me sonble» une erreur grossière de croire que les girondins étaient de vrais amis de la liberté ou de francs républicains. S'ils l'avaient été % se seraient-Us tant acharnés à dénigrer et à poursuivre oette municipalité parisienne du lo août, à laquelle fat {Principalement dû le triomphe de cette journée ? eussent-ils •engé , pendant que^e combat durait encore , à refroidir , sous prétexte de rétablir l'ordre , l'enthousiasme populaire qu'il était si important d'entretenir et d'accroître ? eussent-ils tant déclamé
contre lorgoeil et lavarioe qui la désolent; et^ tandis que les aristocrates que la convention rencontre ces txéeaûoûa terribles mais iir^rables des s et 3 itptevfare , éndemment résolnes dons riotentk» d'aficfmîr la rérolution , et suites déplorables des hostilités patentes et cachées des ennemis de la liberté , et des dangers graves et îmminens dont le peuple français était alors menacé ? eusscntrils converti le s^ctuaire des lois en une arène de gladiateurs par leurs violentes et calomnieuses accusations, intentées contre ceux qui avaient le plus concouru à soutenir le courage du peuple? eussent-ils e0rajé les riches, semé la division et parlé de fédéraliser la Prance , au moment où la plus parfaite unité lui était nécessaire pour repousser la coalition armée des rois? eussent-ils » même après leur expulsion de la convention , élevé autel contre autel, allumé la guerre civile , et cherché à armer les départemens contre cette commune de Paris à laquelle en voulait principalement Pennemi étranger? eussent -ils, enfin, pu ignorer que le moyen unique de bronzer la révolution et d^étemiser la liberté» le bonheur et la paix , était de seconder le peuple , de satisfaire les vœux secrets de tant de millions d'opprimés , et de répandre éga* lement les bienfaits de la société sur chacun de ses membres ?
Malheureuse Gironde ! ce ne fut pas non plus sans raison qu^on t'attribua le dessein de relever le trône. N'y avait-il pas quelques royalistes parmi ces girondins qui se battirent à Lyon contre la république , sous les ordres d'un officier du roi , et reçurent dans leurs rangs les émigrés qu'ils tirèrent de prison ou qui accoururent en foule dans cette ville révoltée? N'y avait-il pas quelques royalistes parmi ces autres girondins qui livrèrent Toulon à l'ennemi et y rétablirent le même jour le gouvernement royal ?
L'esprit servile de la Gironde parait à découvert dans la proposition qu'elle soutint avec opiniâtreté , de soumettre à la ratification des assemblées primaires le jugement contre Louis. Vainement prétendit^Ile qu'elle rendait , par-là , hommage à la souveraineté du peuple , puisqu^l s'agissait d'un acte judiciaire et nullement d'une loi. Pouvait-elle se flatter de graver dans le cœur des Français la haine de la royauté , sur quoi devait reposer la république , en introduisant, en faveur du roi captif, un privilège si nouveau?
fermait dans son sein, donnaioitle signal de la proscription générale des amis de Fégalité , appelés par eux anarchistes , le peuple de Paris porta Teffiroi dans l'ame des députés infidèles, et
Comment ne craignaît-eUe pas d'exposer la France à des longueurs et à des déchiremens qui eussent pu creuser le tombeau de la liberté? Un tel exemple d*irrësolution , de crainte et de respect aervile pour un trône en poussière était-il un bon moyen de renforcer dans Tame des citoyens le courage et la vertu qui leur étaient ti nécessaires pour échapper aux violences et aux pièges desennemb delà révolution? est-ce en tergiversant qu'on élève les caractères? est-ce en tremblant qu'on brise les chaînes des nations ? Si l'on veut à tout prix voir des républicains dans les girondins , il faut , au moins ^ avouer que leur conduite fut absurde , et que s'ils désiraient une république, elle était telle , que l'oppression qu'elle eut fait peser sur le peuple , lui aurait bientôt fait regretter l'ancienne servitude.
Malheureuse Gironde ! jouet de ta vanité , tu ne sus être ni franchement royaliste , ni positivement républicaine ; tu nous fis d'autant plus de mal , que tu couvris tes fautes des apparences du patriotisme et de la modération , et que tu rendis urgente et nécessaire cette sévérité qui sauva d'abord la république , mais qui fournit ensuite tant d'auxiliaires à ceux par qui elle a été successivement démantelée et détruite.
Malheureuse Gironde ! en combattant les hommes sincèrement voués au bonheur du peuple , tu les livras sans défense aux pervers qui les immolèrent au 9 thermidor ; n'écoutant que les conseils de la vengeance , tu provoquas après cette époque le massacre des républicains ; et ton esprit aristocratique créa la constitution de l'an III , à laquelle nous dûmes la tyrannie de Buonaparte qui fut en grande partie ton ouvrage. Que d'autres vantent Téloquence des girondins, nous ne pouvons faire leur éloge, sous aucun rapport , parce que nous sommes convaincus que leur influence a été une des causes les plus actives de la décadence de la révolution, de la chute de la république et de la perte de la liberté.
les força ' alivrer II la justice nationale les clie& de leur complot. La liberté de la convention fut violée pour sauver ceUe du peuple; lepouvœr des mandataires fut comprimé pour faire respecter la souveraineté nationale dontlamajoritéd'entre eux se jouait impudemment.
A défaut des écrits , des discours et des £adts qui prouvent la réalité de cette trame , on la recounakrait &dJement dans la coalition de presque tous les riches contre la révolution du 3i mai 1 793 y et dans la rapidité avec laquée se propagèrent depuis les vérités démocratiques^
Il ne faut pas croire que les révolutionnaires fran- D^momue çais aient attaché à la démocratie qu'ils deman- *°^"^[ 4laientlesens.qu'y attachaient les anciens.PersonnÇ ne s'avisa enFrance d'appeler le peuple entier a délibérer sur les actes de gouvernement. Pour eux la démocratie est VordrepubHo dans lequel V égalité et les bonnes mceurs mettent le peuple à même d'exercer tUilement la puissance législative.
Lés événemens postérieurs ont , je crois, suffi- Petit nombre
, . . , p d'amis sincères
samment prouve que les démocrates ne turent de rëgaiité dans
• . 1 11 .. .«lia convention
jamais nombreux dans la convention nationale ; nauonaie. il s'en fallut beaucoup que Imsurrection du 3 1 mai eut transmis la suprême influence aux seuls amis sincères de l'égalité : ses faux et intéressés défejiseurs parurent triompher avec elle; mais,
> Le 3i mai 1793 et jours saivans.
destructeurs acti& à leur profit, ils se jetèrent dans le système qu'ils avaient combattu , quand il fallut réédifier pour le peuple.
Parmi les hommes qui brillèrent dans Tarène révolutionnaire , il en est qui , dès le commencement, se prononcèrent pour TalSfranchissement réel du peuple français. Marat, Maximilien Robespierre et Saint-Just figurent glorieusement avec quelques autres dans la liste honorable des défenseurs de Tégalité. Marat et Robespierre atta* quèjrentlle front le système anti-populaire; qui prévalut dans rassemblée constituante; dirigèrent , avant et après le i o août , lesr démarches des patriotes : arrivés k la convention , ils y furent en butte à la haine et aux calomnies du parti de Tégoisme qu'ils confondirent; s'élevèrent dans le jugement du roi à la plus haute philosophie , et eurent une grande part aux événemens du 3i mai et jours suivans ', dont les faux amis de Tégalité détruisirent enfin l'heureuse influence.
I La France dut à la politique raisonnable et vigoureuse qui suivit ces ëvënemens , cet élan généreux e\ universel , qui lui fît écraser en peu de temps les factieux de ^intérieur et les années des rois coalisés contre la liberté , auxquelles les vues aristocratiques et la conduite équivoque de la Gironde préparaient un triomphe assuré.
Ce fut là un effet du courage et de la fermeté des montagnards , opposés aux girondins dans la convention nationale : à cette époque la Montagne était composée des vrais amis de Tégalité et de ceux qui , pour des vues personnelles, en alBehaient les principes.
Avant la chute de la faction girondine ^ Ilobes- BétUw^unu
dcsdraks
Robes-
pierre croyait que la convention , dominée par J^ elle, était dans Timpossibilitë d^enfanter de bon- 1**"'*nés lois ; il pensait d'ailleurs que , dans les circoiistances critiques de ce temps-là^ le juremier soin des mandataires du peuple devait être d^anéantir les nombreux ennemis qui , au-dedans et au-dehors, menaçaient Fexistence de la rëpuUique : mais ^ voyant que les Girondins étaient pressés de consacrer par la législation leurs principes aristocratiques, il opposa à leiu's projets sa Déclaration des droits , dans laquelle ses intentions populaires paraissent à découvert. En rapprochant les doctrines politiques renfemiées dans cet écrit et dans les discours que Robespierre prononça dans ks derniers temps de sa vie , de la pureté de ses moeurs, de son dévouement , de son courage , de sa modestie et de son rare désintéressement , on est forcé de rendre un éclatant hommage à une si haitfesagesse , et on ne peut que détester la perversité ou déplorer Fincompréhensibie aveuglement de ceux qui ourdirent et consommèrent son assassinat'.
I On a tant eaknomé cet ittntire mntfr de Fëgalîté , qu'il est du devoir de tout écrivain honnête de consacrer sa plume à en venger la mé;noîre ; je ne saurais mieux le faire qu'en transcrivant kâ son projet es dëcUpratiw des drcnts : cette pièce remarquable jett« le plus grand jour sur le Viéritable but que se proposaient les hommes , si furieusement proscrits depuis la mort de ce célèbre
GoDstitatiott Cependant la constitution de 1 798, rédigée à la " suite de Titisurrèctiôn du 3 1 mai par la partie de
législateur* On y admirera la définition du droit de propriété, qui cesse d'être au nombre des droits principaux, pour faire place à celui de pourvoir à la conseryation de l'existence ; les limites posées à ce même droit de propriété ; l'institution de l'impôt progressif; le concours de tous à la formation de la loi; l'extirpation de la misère; l'instruction assurée à tous les citoyens; et le droit de résistance à l'oppression, déterminé de manière à devenir un obstadie insurmontable à l'arbitraire des agens publics et à la tyrannie même des lois.