‹ Conspiration pour l'égalité dite de BabeufChapitre 5 sur 7 · I II · texte numérisé non relu

I II

>> En j^ttt à lacUte assemUée de rfanire compte, n dafns un an au plus tard, klanatian^ dfô rexécu* » tion du jMrésent dëeret ;

» Et s'engage enfin a &ire rèspedter le&dé- » crets de cette assemhlee , eonforB[ie& ara ordres » ci-dessus, et à punir de la peine des trakres^ » ceux de ses membres^ s'écarteront dea de- » voirs qu'il vient de leur prescrire. »

Nous Terrons plus bas, par quelks lois le direc-

. toire secret se proposait de fixer la. destinée de

la république : avant tout , suivons dans ses dé-

velo^pemèns la màrdie de la conspiration dont

il îinporte de faire comiaitre toujs les détail^.

imurreciiondc Taudis quc uotTc di^'G^^toire mûrissait dans le

ikl!*^*'" ^^ ^ âleiKfi toRsIes les parties de sa grande enifreprise,

les effets de ses inspirations cxwotmençaient a se

snanifester dans les corps armés statîomiés à

Farts et.axixenviro(it&, et partiettKèrement dans

la légion de police et parmi les grenadiers diargés

de la garde du corps légidatif.

ïU0n n'alarmait le gouveitiément autant que cet esprit d'o|)^p(o»ti|iiii dcwjb les i^lijt^ires lais- ^saient déjà apercevoir de nombreux symptômes; par 11 s'évanouissait à ses yeux le seul repart qu'il se flattait de pouvoir opposer ii la colère du peuple. Aussi , après avdr épuisé auprès de la légion de police les moyens de seduc^i<m> il fii<t forcé de donner l'ordre de sortir dte Paris aux

( tSg )

cleiîi bataillons tes plus insubordonnés de ce corps qui ,. par la loi de son institution , n^auratt jamais dà servir hors de cette 'rille. Cet ordre, signifié le 9 floréal , fat suivi dWe désobéissance fornidUe dont la suite immédiate fut un surcroit d^agitation dans le peuple ; on crut toucher au moment où Ton pourrait avoir bon marché de la tyrannie.

Le directoire secret qui , san^ avoir provoqué directement la résistance des légionnaires , avait cependant contribué à la faire éclater par les maximes qu'il ne cessait de répandre, crut aussi toucher au moment du succès , et quoiqu'il n'eût pas encore en son pouvoir tous les renseignemens qu'il avait demandés, il se serait déterminé à donner le signal de l'insurrection , s'il avait eu la certitude de trouver dans la légicm de pcdice , une force suffisante pour repoussefrles premiers eflSorts du gouvernement et augn^enter par là la confiance dti penj^ê-

Tout fat mis en oeuvre p<Mir former oe point d'appui , et oii eut un instant l'espoir de rendre l'insurrection générale dans l'armée de Finie* iritcur «. Des agens tévoltitionïfâiïes se répandaient parmi lés troupes; d'autres pe tenai^ttt prêts k faire marcher lé peuple ; un comité subi*

1 On appelait ainsi l'armée qae , depuis le 9 thermidor, on faisait camper autour de Paris pour eii imposer «ut mis dfr la libeité.

tement formé au sem de la légion de poUce^ communiquait déjà par Fentremise de Germain avec le directoire secret ; nn manifeste de la légion au peuple , et la réponse de celui-ci ' faite en son nom par les conjurés , indiquaient aux bons citoyens la tadie qu'ils avaient a remplir; les démocrates étaient sous lés armes; tout allait s'ébranler , lorsque la soumission inattendue des bataillons insurgés, obligea à arrêter le mouvement 9 de crainte d'attirer sur la patrie un échec irréparable.

Son licencie- Uu décTet dc licenciement étouffa l'insurrection '°''°^ dans son berceau. Un nombre assez considérable de légionnaires s'y. soumirent avec joie , et on eut lieu de se convaincre que la crainte des dangers, des frontières avait été pour plusieurs d'entre eux le vrai motif de la résistance que les soldats républicains avaient trop légèranent attribuée à un généreux patriotisme.

Leii^gionnai- Quoi qu'il cn ,soit des causes , peut-être inconcheturp^r* nues , de cette insubordination, les démocrates en retirèrent l'avantage d'avoir à leur disposition, en les retenant dans leurs demeures , non-seulement les légi<»maires bien intentionnés, mais aussi presque tous ceux qui avaient obtempéré aux ordres du gouvernement. De cette nombreuse désertion se forma le corps que le direc-

. * Voyez Pièces justificatîyes , vfi i6.

tel.

toire secret comptait placer à Tavant-garde de Tarmëe insurrectionnelle. Cet événement tmuidr tiieux redoubla Fimpatience du peujde, dont l'impétuosité toujours croissante avertissait le directoire secret que le dénouement de la conspiration ne pouvait plus être différé dans un <{angjer extrême; Des mouvemens partiels , évidemment infructueux , allaient éclater , et , d ua autre côté, la perte de quelques légionnaires lurétés pour avoir provoqué leurs camarades à la résistance , paraissait inévitablie; il fallait prévenir les fausses démarches et hriser la hache des tyrans : ces circonstances engagèrent le directoire secret à presser le moment de Tinsurrection. On était au* i o floréal.

Deux choses paraissaient indispensables à nos conjurés, la prudence sans laquelle tout succès est impossible , et laudace qui écarte les obstar clés que nul ne peut prévoir ; ils se firent constamment un devoir de celle-ci, en prenant €elle4à pour guide. Voulant hâter la catastrophe , comptant , pour mettre en mouvement les Parisiens , sur Ténergie des démocrates ,. instruits de Fimpatience publique , suffisamment rassurés sur Tesprit des troupes et maîtres des légionnaires déserteurs, ils songèrent à donner k leurs forces les dispositions lesplusconvenables,etcefut pour y parvenir qu'ils jugèrent nécessaire de s'entou-

rer des cîtoyeni qui retuiissaient à rameur de la démocratie, 4 Wpërience des opérations militaires. Fion, Gtermain, Rossignol, Massart et Grisel , tous officiers ou généraux , furent appe^ lés auprès du dirtsctoire secret, Taprès midi du 1 1 floréal ; Grisel y fut admis k cause de Tin^ flùence qjOL on le croyait exercer sur le camp de Grenelle.

sëance poli- A cctto asscmbléc assistèrent Babeuf, Buonar- „*''*^réJ'^%"rotî, Bédon, Darthé, Maréchal, Eriddi et \g& ran IV. ^jjjq militaires ci-dessus » . Le directoire secret fit

d'alx)rd coniiaitre k ces derniers le but de ses travaux , le point où il était parvenu et la route qui lui restait k parcourir ; il leur donna ensuite connaissance de l'acte insurrecteûr qu'ils approctvèrent, et finît par les inviter à délibérer ayec lui sui* Ifes moyens a jn'endre pour assurer le trîônyphe du peuple.

n fiiit décidé que le directoire secret j se réservant la . conception de toutes les mesures et là di^ rection suprême du liiôuvemeht, cotifierait k un comité militaire le soin dé préparer lattaque et la défense , et lui remettrait les renseignemens et les plàhsk ce relatifs.

« En convoquant cette assemblée , le directoire secret dérogea à l*artîcle troisième de l'arrêté qui le cr^a, et cette faute, sans laquelle Grisel n'eût pas connu les chefs de la conspiration , fut la cause principale de la ruine de leurs projets.

Leis cinq militaires ct-^esgâfi ^fotneat npimnei manbres de ce nouveaji comité , dont la jHi^mîère séance &t fixée au lendemain chez Eris /me du Montblanc»

Dan$ FassemUée g^'rale dent nous venons de parler , Geranain se niontra ardent déipocrate ^ Massart ne démentit pas le caractère qu'il avait manifesté chez Amar, Grisel joua par&iteoient le rôle de républicain , Fion et Rossignol tout en applaudissant aux vues du directoire secret , regrettaient de ne pas y vwr qudques eof-i^çfwen^ tiownels montagnards.

Peu d'heures après cette réunion, la reisraite de Babeuf et les s^an^es d^ directoire secret fu^ rent transférées au faubourg MonUuarti^, dans la maison d'Owvcle, pii éta^t aussi réfugié le rédac* leur de rÉclaîrèur du Peuple, qui , conns^issant déjà une partie delà conspiration , eut alors quelr que part aux travaux auxquds elle donnait lieu.

Germain était le seul organe par lequel le comité miu-

. , . . 11' taire.

nouveau comité commuoàbquait avec le directoire secret, .Ce comité qui , du domiôlé âHjSris, se transporta qudiqu^ jours après chez Creofel près de la HaUe^u*Bled^ prit diligemnient <2Qnnais^ ssa^çe de TaflEatire qui lui avait été confiée , et sour mit, le 1 5, au directoire susdit^ le résultat <le son examen.

Parmi les nombreuses propositions que les con- on i>roposc ae

( i64 ) fair^ concourir ixités recevaient de tout côté , deux attirèrent

les royalisles à ^ , • l«^

l'entreprûe des IcuT attention particuiier^

démocrate^. p^^ j,^^^ ^ ^^ l^ engageait à faire adroitement

concourir au renversement du gouvernement , les iroyalistes qui en étaient aussi ennemis , et dont on eut ensuite trompé les espérances par Tannonce du véritable but de l'insurrection. Cette proposition fut rejetée, parce qu'on jugea qu'il sai'ait fort dangereux de mettre d'abord les armes à la main de ceux qu'iltaudrait bientôt combattre^ et parce qu'on sentit que leur présence seule dans les rangs des insurgés suffirait pour décourager les républicains et détruire en eux la confiante qu'ils accordaient aux mesures du directoire secret K On oflre de Par la sccoudc 5 deux officiers de la légion de porertdw «ew licc ^ ofiBraieut de poignarder, dans la nuit même, **^- les membres du directoire exécutif auprès duquel

uii d'eux était de garde avec un détachement de soldats patriotes : ils demandaient qu'on les soutînt par un corps de démocrates , etqu'on commençât ainsi l'insurrection; pour faciliter l'exécution de leur projet, ils communiquèrent le mot d'ordre. Cette proposition fut également rejetée , par le motif que rien ne devait être tenté qu'au moment oii le concours simultané de toutes les mesures rendrait la victoire presque certaine.

« VoyezPièces justificatives, no 17. =» Pèche et Steve.

A la vérité de grandes dispositions étaient hir tes;rédifice législatif avançait fous les jours; les patriotes acti& étaient connus et classés ; Tacte in* surrecteur et les guidons autour desquels le peuple devait se rallier, étaient imprimés et distribués aux agens ; Timpatience publique était extrême*

Mais , outre que le comité militaire ne s'était pas encore prononcé sur les xiioyens à employer pour opérer partout à la fois le grand ébranlelement du peuple, le directoire secret n'était pas encore pourvu de l'argent dmit il avait besoin pour faire subsister quelques hommes fort utiles, dénués de fortune, et n'avait pu s'assurer des poudres dont il était essentiel de munir les insurgens.

La pénurie d'argent est peut-être le trait le Le» awimi» plus caracteristisque de notre conspiration ; 1 a- geou mour des richesses était jugé criminel par les conspirateurs , et le directoire secret ne chercha jamais k se procurer par les contributions des patriotes , que ce qui lui était absolument néces* saire pour l'impression de ses écrits et pour l'entretien des démocrates pauvres qu'il employait^ Cependant des moyens de ce genre étaient indispensables , soit pour acheter quelques agens de la tyrannie, soit pour fournir aux démocrates des occasions de flatter et de désabuser les soldats égarés. On fit quelques démarches pour en ob-

toiii* ; mais la pli» forte somme que le directoire secret eut à sa disposition , fat celle de deux cefiJt ^tiara»le /r<mê^ en nimiéraire, envoyée par le nûnistre d'une république alliée; die lut saisie par les agens de la police, qui slntrodiiisîreaat , le 2 1 ik»réal , dans le lieu oàs'assemblaientles conjurés^. Qu'il est difficile de faire le Inen par les seuls moyens que la raison avoue! qu'il en coûte au républicain austère de se relâcher des devoirs qu'elle impose , et d'employer les hommes qui les méconnaissent, 9&n de ne pas voir échouer ses tentatives et de ne pas être le témoin de nouveaux malheurs ! Tdh était la situation pénible dans laquelle se trouvaient les meml»^ du directoire secret depuis la création du comité militaire. Rossignol et Germaîu ne larda pas a s'apeî>cevoir que Rosla réuniol des siguol et Fion n'adoptaieut pas franchement là "j;;;^"*^'.;" mardie du directoire.secret : fortement attachés aux députés moiltagnards , ils vôyadent avec p«ne que ceux-ci n'en faisaient pas partie; bientôt ils ne s'occupèrent plus que de cette idée , et donnèrent lieu de douter de leur déyouement dans le cas où elle ne serait pas agréée.

Les montagnards dont il est ici question, sont les conventionnels proscrits après le 9 thermidor, que nous avons vus réunis en comité, dans le dessein dfe rétablir la constitution de 1798 , et dont le directoire avait jugé nécessaire d'entraver les efforts.

cret.

Aux yeux de Fion et de Rossignol , les motife qui avatient fait écarter ces rDohtagnardsii'etaient d^àucun poids; les affections particulières remportaient chez eux sur les considérations politiques , et ils paraissaient convaincus que Tappari^ tien de ces anciens législateurs pîroduirait un eJBfet magique , effacerait les nuances des opinions républicaines , propagerait rapidement Tinsurrection et vaincrait dans les départemens toutes les résistances.

Plusieurs citoyens partageaient cette opinion ; et , quand même Fion et Rossignol eussent été sans imitateurs , les avances qui leur avaient été faites et les services qu'on en attendait, par lînr fluence que Rossignol sm^tout exerçait sur les habitans du faubourg Antoine , obligeaient le directoire secret à prendre leur avis en grande considération. •

Sur ces entreEaites^ on rapportait à notre direo- Xes monutoire que le comité monta^ard , auquel Robert Jemparerdtna- Lindet venait d'être adjoint, loin d'avoir perdu ''^"*'**°'** de vue l'objet pour lequel il s'était formé , comptait le remplir à l'aide du mouvement préparé par les démocrates , dont il espérait s ^emparer en faisant ps^raître ses m^nbres au milieu de l'insurrection , et en les montrant au peuple comme ses seuls représentans.

D'un autre côté Drouét , célèbre par son dé^ crouei est né

aTe« lei conja- , vouenieiit et par son courage , connaissait les projets de Babeuf , était intimement lie avec Darthé , et désirait aussi une révolution favorable à Tégalité ; le directoire secret comptait faire de sa popularité un levier d'insurrection. Mais Drouet n'était pas étranger aux travaux des montagnards , ses anciens collègues, et paraissait pen^ dber pour la fusion des deux conspirationsen une seule.

Incertitude du Enfin Gcrmaîn vint mettre le comble à la

cr«i. '''' perplexité du directoire ; il manifesta de vives inquiétudes sur les intentions de Fion et de Rossignol , et parut alarmé des obstacles qu'allait élever Fambition des montagnards , dont les desseins venaient de lui être confiés par Ricordet par^Z/inoget, qui kii avaient fait en même temps la proposition formelle de la réunion ; il ne doutait pas qu ils ne fussent d'intelligence avec les deux memr bres du comité militaire , ci-dessus nommés.

Bedon qui avait toujours pris une part active aux travaux du ctrectoire secret , ne put entendre de sang -froid la proposition d'y associer ces montagnards, à qui il reprochait les maux qui pesaient sur la France : « Souillerez-vous , s'é- » criait-il , votre noble entreprise , en appelant a » la gloire de sauver la liberté ceux qui, ou par » ambition , ou par vanité, ou par jalousie , ou » par ignorance, la perdirent? N'est-ce pas parmi

» eux que sont ceux qui, en assassinant, au g

» thermidor, les plus fermes soutiens de la patrie,

» rendirent aFaristocratie le pouvoir qu'elleavait

» perdu , et relevèrent les espérances des royalis*

» tes ? OubUerez-vous que, les premiers , ils aigui-

» sèrent les poignards descontre-révdutionnaires

» contre les amis de Tëgalité ? Craignez de leur

» rendre la moindre influence ; ils s en serviraient

>^ pour tromper et diviser les républicains. Par-*

» leriez-vous avec respet de Robespierre et de ses

» compagnons de martyre? ils vous prodigue-

» raient encore les épithètes d'eœclttsifs , de bt^

» vetiTS de sang, de dictaUiriauœ , de satellites

» de la tyrannie; rendriez- vous hommage à la

>» vertu , à la morale , a la divinité ? ils vous nom-

s> meraient fanatiques, modérés, sophistes; don^

» neriez-vous au peuple de sages conseils? ib

» prétendraient qu'ils sont les seuls dépositaires

» du pouvoir de tout prévoir et de tout diriger...:

» avec eux vous n auriez qu'opposition et dis-

» corde. On vous dira qu'ils ne furent qu'égarés;

» je pense qu'ils n'en conviendront jamais : qu'on

» leur pardonne , qu'on oublie leurs fautes ; mais

» qu'on les réduise à un silence éternel , parce

» qu'il est impossible de marcher avec eux dans

» le sentier de la vérité et de la justice. »

L'impossibilité de faire concourir , d'une ma-^ nière quelconque , ces montagnards au rétablisse-

ment de la chose puUique , paraissait si évidente à Bedon, qu'il inclinait à penser qn une inertie ccHnplète serait préférable à la réunion prc^posee. Cette idée de renoncer à la conspiration déplut au directoire secret, et un de ses membres eh fat si frappé, qu'il s'oublia au point d'accuser Bedon de pusillanimité. L'altercation qui s'ensuivit fiit bientôt apaisée, mais l'opinion qui y avait donn,ë Ueu , demeura profondément gravée dans l'esprit des conjurés ; ils sentirent plus que jamais combien il leur fallait de prudence afin de ne pas sacrifier les meilleurs démocrates , sans aucun avantage pour le peuple, qui n'en eût été que plus opprimé.

On ne se dissimulait pas que, de la réunion aux montagnards , allait résulter un état de choses moins favorable a la réforme qu'on avait en rue ; mais leur audace et surtout les opinions de Fion et de Rossignol paraissaient des obstacles capables d'em^ayer tous les rouages de la conspiration.

Les fautes des montagnards et les maux épouvantables qui en avaient été les suites, rêvesnaient sans cesse à l'esprit des conjurés, et il était évident pour eux qu'on ne pouvait attendre, des déterminations libres de ces ex-conventionneb , rétablissement tant souhaité d'une inaltérable égalité.

Persister dans la cons[âration tout en renon*

çaixt à cette égalité, eut été s'avouer iiiGonséquent et ambitieux ; briser les fila de la conspiration au moment où tout en promettait un prompt succès, eàt été se rendre crimindt aux yeux des patriotes et de la postérité : il fallait donc persévérer dans les premières résolutions^ et tirer, des circonstances , le parti le plus £aivorable à la cause populaire.

A la suite d'une longue et vive discussion, le n arrête de se

,. . 11/* / rëanir aux mon-

cbrectoire secret adopta la reunion proposée , et ugaards. résolut en même temps de prendre de grandes précautions pour contenir Tambition des montagnards et pour les forcer à concourir à Texécution de ses desseins.

D'après les explication3 qui avaient été données , en adoptant cette réunion , on s'engageait à rétablir la convention nationale , c'^st^a-dire la partie de ce corps qu'Âmar r^ardait comme la seule légitime et existante encore de droit ; si cela avait été fait sans aucune modification, la France eut été à la merci de ceux à qui on faisait de si graves reproches. Pour éviter un aussi grand malbeur y le directoire secret décida que le rappel de la convention n'aurait lieu.qu^autant que les montagnarde consentiraient préalablement :

I ^ A adjoindre a la convo^tion nationale, oono^ conditions de posée exclusivement des députés proscrits, un: dé- *^*^*®'*''*"***°xuocrate par départeiûent, nommé par le peuple insurgé sur la présentation du directoire secret;

^^ A feîre exécuter , sans restriction et sur le champ , les dispositions de Tartide iB de Facte insurrecteur;

3^ A se soumettre aux décrets qui seraient ren* dus par le peuple de Paris , le }our de Tinsurrection.

Dès que cette résolution fiit prise , Germain reçut l'autorisation d amener le lendemain un membre du comité montagnard au directoire secret qui se transféra à Tinstant chez Tissot , rue de la grande Truanderie , oii il avait précédemment tenu quelques-unes de ses séances.

unenvoyjda Le i5 floréal au matin, Germain amena au

comité monta- i.. Tk«i / i •/

gnard est pré- directoite sccrct Kicord , envoyé par le comité to^seLt^*'' montagnard. Il fat reçu par un discours ^ dans lequel on lui fit connaître Fétat des choses , les motifs qui avaient fait écarter toute idée de réunion avec ses commettans , et ceux d'après lesquels cette réunion avait été ensuite agréée. On donna au député montagnard lecture de l'acte d'insur?rection , et la discussion s'établit aussitôt sur les changemens a faire a Farticle concernant l'autorité provisoire qu'il était indispensable de créer. On convint sans peine que l'on rappellerait au pouvoir suprême les membres proscrits de la convention nationale, mais on fit en même temps entendre k l'envoyé , que toute négociation serait

' Voyez Pièces justificatives , n» i8.

rompue si les montagnards ne donnaient pas de^ garanties irréfragables de leurs intentions popu* laires. On lui parla sans ménagement et sans détour , et on lui déclara qu on se méfiait de ses commettans à qui on faisait de graves reproches.

n fut impossible à Ricord de justifier la totalité de ses confrères ^ parmi lesquels il en est , di^ ^t-il , qui n ont pas mérité le blâme du peuple. On lui exposa les trois conditions ci-dessus rap* portées , auxquelles on ajouta de concert :

,Xa 9Uêpen$ion de toutes les Uns et ds tous les arrêtés rendus depuis le 9 thermidor de Tan H;

L'eûppulsion de tous ks émigrés rentrés.

Ricord consentit à. tout , sauf la ratification de Refas des m< ses collègues ; le lend^nain il vint annoncer leur ^^''"^' refus.

D après les idées du comité montagnard , l'effet immédiat et imique de VinsurrecticNa devait être la réinstallation d'envinm soixante conventiomiels proscrits , a qui il aurait fallu s en rapporter aveuglément pour toutes les mesures consécutives.

L'adjonction d'un démocrate par département était repoussée parles montagnards, comme une atteinte à Ifi souveraineté naticmale dcoit ils se prétendaient les seuls dépositaires; les ordres qu'tm voulait leur faire prescrire par les insurgés ^ étaient à lem*s yeux autant d'empiètemens I 12.

rectoire scrret.

sur. les droits du peuple français, qu'il appartenait à eux seuls de représenter; ils voulaient bien mettre le peuple en possession des logemens et des biens promis par Tacte d'insurrection , mais ils entendaient céder politiquement par la à un mouvement de générosité , et nullement exécuter un ordre , ni reconnaître un droit ; enfin ils offraient aux membres du directoire secret de lea nommer au conseil exécutif qu'ils se proposaient detablir.

Réponse du di^ ' Qj^ sg^a saus doutc bicu aise de lire la réponse qui fut faite a l'envoyé montagnard; la voici:

<c En 'Concourant au rétablissement provisoire î) ' d'une partie -de la convention , nous n'enten- » dons servir que le peuple. La seule récom- » pense à laquelle nous aspirons, est le triomphe » complet de l'égalité. Nous combattrons et nous » exposerons la vie pour rendre au peuple la ^> plénitude de ses droits , mais nous ne conce- » vous pas qu'on puisse se prétendre généreux » envers le maître de toutes choses. Si vous dési- » rez réellement travailler avec nous a la grande » entreprise qui nous occupe , gardez-vous d'é- . » mettre des propositions et de faire des oflfres » qui jettent du louche sur vos intentions^

» Plusieurs de tes collègues ont trahi la con- )) fiance du peuple , et nous serions infiniment » plus répréhensîbles qu'eux , si nous consen-

» . tions à le livrer de nouveau a leurs passions et » a leurs faiblesses. Il est inconcevable que , pour » rétablir la souveraineté du peuple, il faille » employer les instrumens qui la perdirent. C'est ». à ceux de qui la nation attend la destruction » de la tyrannie , qu'elle délègue nécessairement » le droit de prendre les mesures provisoires » indispensables.

» Nous ne voulons pas anéantir un gouver- » nement oppresseur , pour lui eïi substituer un » qui ne le serait pas moins. Il est bon de par- » donner a Terreur , mais il y aurait de la folie » a confier de nouveau le sort de la patrie a ceux » dont les erreurs la perdirent.

» Mieux vaut périr par les mains des patriotes » qui , indignés de nôtre inaction, pourront nous » accuser de pusillanimité et de trahison , ou par w celles du gouvernement qui pourra enfin avoir » connaissance de nos tentatives , que de mettre » encore le peuple à la merci de ceux qui im- » molèrent au 9 thermidor ses meilleurs amis, et » laissèrent, depuis , lâchement proscrire les ré- » publicains et démolir l'édifice démocratique. »

En se retirant , Ricord déclara qu'il communiquerait au directoire secret la résolution définitive de ses commettans.

Tandis que ceci se passait entre le directoire Alarmes de* j>»secret et le comité montagnard , des bruits sinis-

très alarmaient et décourageaient les patriotes ; les principaux conjurés étaient en butte aux soupçons et à la calomnie , et le calme qui avait succédé à une si vive fermentation , était généra* lement considéré comme Tavant^coureur de nou^ veaux malheurs. Ces funestes pressentimens gagnaient insensiUement les agens révolutionnaires, à qui on avait recommandé de contenir les élans prématurés, afin de se ménager le temps de tout coordonner ; commençant eux-mêmes à se décon-* certer , ils mandaient au directoire secret qu'un plus long retard leur ferait perdre la confiance des hommes les plus décidés a prendre les armes. Afin de dissiper toutes les alarmes , le directoire résolut de mettre sous les yeux de ses agens, la position où il se trouvait et les obstacles qui entravaient sa marche^ ; mais les circulaires quon leur destinait , n étaient pas encore transcrites , lorsqu'il apprit que lesmonts^ards venaient de souscrire à ses propositions.

R^nniondadi. Eueffet, Ic soir du iS floréal, Darthé rapporta éri!ltr*monta" ^^ dircctoirc secret , que dans une assemblée a «°"^- laquelle il avait assisté , le ccmiité montagnard ,

après de violens débats, avait consenti à Tadjonction d un démocrate par dépairtement , aux dispositions favorables a la classe malheureuse et a Texécution du décret qu'on se proposait de de-

I Voyea pièces justificatires , n» 19.

mander au peuple de Paris en insurrection. Il raamia en même temps , que les objections dont avait parlé Ricord avaient été victorieusement rëfiitées par Àmar et surtout par Robert-Lindet ^ qui , après avoir justifié la méfiance du directoire secret , parla longuement de la nécessité d'imprimer a la révolution un caractère véritablement populaire, sans lequel elle n'est, dit-il, qu'un jea de parti. Cette nouvelle fut annoncée ^ l'instant aux agens, et dèslors on ne songea plus qù^ bâter le dénouement de la conspiration. .

Pendant les négociations qui eurent lieu entre Qneiquespoinu

^ •* relatifs au mou-

le comité montagnard et le directoire secret , les vementimucreccommunications de celui-ci avec le G<«nité nôli- """^^ taire , furent très-fréquentes : ils demeurèrent d'accord

Que l'insurrection se ferait le jour ;

Que des généraux conduiraient , sous les ordres du directoire secret, le peuple contre ses ennemis;

Que les insurgens seraient divisés par arron* dissemens , et subdivisés par sections ;

Que les arrcHidissemens auraient des chefs , et les sections des soùs-cbefs ;

Que toute sub(Hrdination envers les autorités existantes serait rompue , et tout acte de cette na- ture puni de mort sur-le-champ.

Pour mieux s'entendre , pour établir entre tous les principaux acteurs une par£dte confiance , et

pour coordonner toutes les mesures à prendre, au principe de la réunion qui venait d^étre conclue , une assemblée générale du directoire et des deux comités fut indiquée pour le 19 au soir, chez Drouet, près la place des Piques. , >

Trahison de Gri- A. coté dc tant dc géuércux défcnscurs des droits de Thumanité , se trouva un infâme hypocrite qui, afin de perdre la cause a Laquelle ils s^étaient voués , avait malicieusement emprunté auprès d eux leurs principes et leur langage : ce pervers est Greorges Grisel.

Soit dans le dessein de se frayer un chemin à la fortune , dont la connaissance des projets des conjurés lui enleva ensuite toute espérance , s<nt dans Tintention immédiate de servir la tyrannie, Grisel s'efforça de se concilier la confiance des démocrates. Après avoir engagé Darthé a lui livrer l'instruction destinée aux agens militaires , il n'épargna rien pour entretenir l'opinion favorable qu'on avait conçue de lui ; admis depuis à une séance du directoire secret , et nommé membre du comité militaire , il s'y montra le démocrate le plus outré et le plus impatient; il voulait tout connaître , et ne visait à rien moins qu'à débarrasser d un seul coup la tyrannie de tous les amis de l'égalité , et à lui découvrir toutes les pensées tle h, démocratie ' .

» Voyez les lettres que Grisel écrivait au directoire insurrecteur (Pièces justificatives , no* 20 et 21).

Ayant enfin connu les principaux conjurés et u dénonc. k une partie de leur plan , il les dénonça le i5 flo- ««'^'p^^'^'^ réal au gouvernement à qui il promit de les livrw avec les papiers de la conspiration.

A ce trait de perfidie , Grisel ajouta depuis tous les jours de nouvelles trahisons ; très-assidu au comité inilitaire ,^1 pressait ses confians collègues , il aplanissait les difficultés y suggérait les mesures , et n'oubliait jamais d'affermir les courages par la peinture exagérée du dévouement du camp de Grenelle a la démocratie.

D'après les rensagnemens donnés par Grisel, des ordres furent expédiés pour surprendre, le 1 8, les conjurés dans une réunion qu'on supposa devoir avoir lieu chezRicord ; on ne trouva personne, et de nouvelles mesures fiirent prises pour investir le lendemain au soir Tbabitation de Drouet , où le traître savait queles conjurés devaient s'assembler :

En effet , cette assemblée eut lieu depjuis huit AuemiAéeâL heures et demie jusqu'à onze heures moins unJJ'^^^" *'^** quart; Babeuf, Buonarroti , Darthé, Eriddi, Fion , Mâssart , Rossignol, Robert - Lindet ,, Drouet, Ricord, Allinoget et Javogues y assistèrent. Grisel s'y rendit aussi : le perfide ! il venait de vendre ses associés à la tyrannie; il attendait la leurs bourreaux et il les embrassait, les applau- : dissait et leur prodiguait , sans rougir , les^ téuioignages de la plus franche amitié.

Les cc»)jttrés assemUés chez Drouet étaient dans la plus parfaite sécurité ; Tardeur de leurs sentimens et la saintetéde leur cause bannissaient toute méfiance : l'assurance et la verbosité de Grisel écartaient de lui tous les soupçons.

Rapport du di. Le directoire secret , par Torgane d'un de ses recioiwsccret mçjjj^jjpçg ^ cxposa Ics motifs qui l'avaient déterminé à se faire le centre des efforts des démocrates contre la nouvelle tyrannie. « Souvenes-vous , dit n lorateur aux conjurés, de vos sermens ; souve- » nez-vous des maux produits par Toubli dea » principes que vous jurâtes de sceller de votre » sang* Le moment de tenir vos engagemens est » venu ; il faut combattre^ Le triomphe de la » plus noble des causes ^ la liberté du peuple » français ^la confiance qu'il vous témdigne , la » fureur de ses ennemis et votre propre sûreté » vous en imposent impérieusement le devoir.

» Jamais conspiration ne fut plus légitime :

» il ne s'agit point de choisir des maîtres ; aucun » de nous n'aspire ni à la fortune ni au pouvoir ; » des traîtres nous forcent à prendre les armes , » et c'est pour l'existence , pour la liberté et pour » le bonheur de nos concitoyens, qii^une armée » de libérateurs, par nous secrètement réunis , » n'attend quenotre signal pour fondre sur cette » poignée de tyrans qui oppriment le peuple.

» Tout était dans la stupeur. Après l'inutile

» victoire du i3 vendémiaire y Taristocratie ne » rencontrait aucun obstacle ; un grand nombre ^ de démocrates désespérant de la liberté , al- » laient transiger avec d'odieux oligar<]ues , ^r- » gés du sang de vos amis. . » A notre voix renaquit Tespérance et repa- » rut Tancienne énergie , et déjà , grâces au zèle » in&tigable de tant de courageux répuUicains , » le peuple impatient demande a grands cris le » signal du combat.

, » Tous les bons nous sont connus ; les mé»

» chans tremblent. Au jour que vous marque- » res, les armes que la tyrannie s'eflforce en vain » de vous dérober, se trouveront entre les mains » de nos frères. Vous avez voulu que la révolution » que nous préparons soit complète , et que le » peuple n ait plus à se contenter d'une liberté » spéculative et d'une égalité dérisoire.

3> L'égalité réelle et légale, voilà le grand ca- » ractère qui doit distinguer votre sublime en- » treprise de toutes celles qui la précédèrent.

» Toutes les difficultés sont vaincues ; l'amour » de la patrie nous a réunis. Les conditions aux* » quelles ceux qui représentèrent autrefois la » nation ont souscrit, et les dispositions de l'acte » d'insurrection arrêtées de concert , annonce- » ront et garantiront au peuple la justice et l'u- » tilité de son insurrection.

» Les momens pressent ; l'impatience publi- » que est extrême; ne risquons pas de perdre par » un plus long retard , une occasion qu'il ne nous » serait peut-être plus possible de ressaisir.

» Nous vous prions :

» D'ajouter aux mesures que nous avons pri- » ses , celles que vous jugerez nécessaires ;

» De fixer le moment de Tinsurrection.

» Nous périrons dans le combat , ou nous » mettrons fin , par la victoire et par l'égalité , à » une si longue et si sanglante révolution. »

Robert-Lindet démontra la justice de l'insur^ rection , justifia le rappel de la convention , et insista long-temps sur la nécessité dWprimer à la prochaine révolution , par la pratique de la plus stricte égalité , un caractère particulier et absolument populaire.

Qua^t à moi , disait Grisel , je vous répondsde mes' braves camarades du camp de Grenelle ; et , pour vous faire voir combien je prends à cœur le triomphe de la sainte égalité, je vous dirai que j'ai trouvé le moyen d'arracher à mon aristocrate d'onde , la somme de 10,000 livres , que je destine à procurer des rafiraichissemens aux soldats insurgés.

Nouvelle adKé. Le nouvel acte d'insurrection fut de nouveau

sion des moata- ^ . • • .

goacds. approuve par les conventionnels , qui promirent

de se rendre, le jour de Tinsurrection , avec leurs

comité militaire.

collègues a Tendroit que le directoire secret indiquerait , pour Tinstallation de la convention , et de concourir sincèrement à 1 exécution des mesures arrêtées et dès décrets que prononcerait le peuple en insurrection.

Massât rendit compte , au nom du comité mili- Bapport a» taire, des bases du plan d'attaque qui lui avait paru le plus conforme aux vues du directoire secret. D'après Favîs du comité , les douze arrondissemens de Paris, rémiis en trois divisions, devaient être conduits par autant de généraux sur le corps législatif, sur le directoire exécutif et sur Tétat-major de l'armée de rintérieur : les premiers pelotons devaient être formés par les démocrates les plus ardens ; et telle était Fimpatience publique , que Ton regardait comme chose de facile exécution , la levée en masse de tous les hommes laborieux , a la voix des agens révolutionnaires et des amis actifs de Tégalité. Il ajouta que , pour se prononcer sur le moment de Finsurrection , le comité avait besoin de quelques nouveaux éclaircissemens sur le nombre des démocîrates et sur la capacité de quelquesims d'entre eux^ ainsi que sur les lieux où étaient déposées les armes et les munitions dont il fallait nécessairement s'emparer au commencement de Faction. '

L'assemblée arrêta :

Affûté de i»M. ^^ Q^Q le directoire secret Iiaterait le dénoue $> ment de la conspiration ;

» Qu^l donnerait à ses agens des instructions n conformes au plan du comité militaire ;

» Qu elle se réunirait deux jours après , pour » entendre un rapport final sur Tétat des choses » et fixer le jour du mouyement. »

Tc^uiedomiiuc ^ P^*"^ lasscmblée était-elle dissoute , que

de Drouet. Jg ministrc de la police , suivi d'un détachement d'infanterie et de cavalerie , pénétra de vive force et au mépris des lois < dans Tappartement de Drouet , oii il espérait saisir les conjurés ; <m n'y trouva qUe Drouet et Darthé , que le ministre ne crut pas prudent d'arrêter. Un ordre mal conçu ou mal donné fit ainsi avorter , pour le moment , les sinistres desseins de la tyramiie régnante,

Griseimsureies Jfais cct événement qui eût dû inspira de la

conjures. , * *

méfiance aux conjurés , ne fit qu'accroître leur sécurité, Grisel , qui avait su les convaincre de sa bonne foi , dissipa leurs alarmes et leur persuada que toute nouvelle précauticm était inutile.

D'abord, le directoire secret attribua a la trahison le danger qu'il avait couru, et', dans l'examen qu'il s'empressa d'établir pour en découvrir l'auteur , il arrêta mi moment ses soupçons sur

> la constitution d'alors défendait les visites domiciliaires pendant la nuit.

un des plus sincères amis de la cause populaire. Germain nWait pas assiste à rassemblée qui avait eu lieu chez Drouet , et cette absence , à laquelle il s^était condamné à cause des poursui* tes dont il était déjà Fobjet, eleya contre lui quelques nuages que le souvenir de sa moralité , de sa ccmduite , de ses sacrifices et de sa firan^ chise fit bientôt évanouir. Toute méfiance ultérieure fut dissipée par un raisonnement suggéré à Darthé par Grisel lui-même. S'il y avait , disait-il , tui traître parmi les conjurés , il aurait conduit la police à la fois chez Drouet où nous étions hier au soir, et dans le lieuoii nous nous assemblâmes tous le 1 1 , parce que les papiers de la conspiration y sont déposés ' : cela n'ayant pas eu lieu , on doit en concliure qu'il n'y a pas de trar hison, et que la démarche de la police n est que l'efiet des soupçons qu'elle a conçus et de la sur^ veillance extraordinaire qu'elle s'est imposée. Par la furent dissipées toutes les alarmes, et le directoire secret jugea inutile de prendre aucune des précautions par lesquelles il lui eut été si facile d'éviter les malheurs dont il fut bientôt accablé.

En exécution des ordres du directoire secret , Assemhiéeàt» il y eut j le 20 au soir , une nouvelle assemblée *|5^' "^^ ^"" à laquelle intervinrent Darthé , Eriddi, Ger-

» Grisel déclara depuis deyant les tribunaux ,qu*iln'ayait pas pu se souyepir du lieu où s'était tenue rassemblée du ii.

main , Fion , Massart , Rossignol , Grisel et tous les agens d'arrondissement. Cette assemblée , €jui fut tenue chez Massart, eut pour objet de consulter chacun de ces citoyens , dont rexpéricnce était connue , sur les moyens les plus propres à faire éclater simultanément le mouvement , et à en assurer le succès , et d'apprendre de chaque agent révolutionnaire , quelles étaient , au juste, ses ressources en hommes , en armes , en munitions et en dévouement.

Propositions des Claude Fiquct , agent du 6"^« arrondissement , "**"** suggéra de barricader le faid>ourg Antoine , afin de protéger la dissolution des troupes campées à Vincennes , si elles étaient bien intentionnées , ou de les empêcher de pénétrer dans la ville si elles avaient de mauvais desseins.

Paris, agent du 7"*^, rendit compte d'un plan d'attaque proposé par un général que le directoire secret l'avait engagé à consulter ; il dit comment on pourrait facilement arrêter le directoire exécutif, et proposa de s'assurer des issues souterraines du Luxembourg, par où ses membres auraient pu se soustraire à la justice.

Cazin , agent du 3™*^, voulait qu'on assurât par un pont de bateaux , la communication entre les faubourgs Antoine et Marceau , et qu'on s'emparât, dès le commencement, des hauteurs de Montmartre , soit pour foudroyer de la les aris-

tocrates qui oseraient résister , soit pour s y rallier en cas d'échec.

Sombod, agent du 1 1 ™^, désirait que Tinsurréction se fit un jour oii le décadi coïnciderait avec un dimanche , afin de reunir plus aisément les ouvriers encore attachés aux pratiques du christiànisjne, et ceux qui y avaient renoncé. Il proposa de se servir des femmes et des enfans pour rompre les rangs des soldats et les entraîner à se confondre avec le peuple.

A regard de l'esprit public , les agens révolutionnaires répétèrent ce qu'ils avaient mandé au directoire secret ; ils dirent que l'impatience était générale et extrême , et que la chute de la tyrannie était certaine , à moins que les soldats ne se décidassent à faire main basse sur le peuple ; dans ce cas , ils comptaient sur le nombre et sur le courage des démocrates , secondés par des dispositions militaires mûrement concertées.

Cependant , les renseignemens donnés par les Le comité magens , ne parurent pas suffisans au comité mili- ^^^^^ ^ae'JuI taire, qui désira plus de précision , et voulut que veau» renseigne. les citoyens destinés à jouer dans l'insurrection un rôle important, fussent consultés, de manière à ne pas se méprendre siu: leurs intentions. Ces nouveaux rapports devaient être remis à Massart , et communiqués par lui a une assemblée

générale indiquée pour le lendemain matin chez Dufour , au faubourg Poissonnière;

• Tandis que l'agitation , toujours croissante y faisait présager généralement un choc prochain , le directoire secret mesurait dans le silence les forces qu^il avait ralliées , combinait les mouve-^ mens à leur imprimer , et mûrissait les plans par lesquels il se proposait d'atteindre le grand bat de la réyolution , c'est-a*dire , Fégale répartitioa des biens et des peines.

Forces de la dé- ^^ portaut ks rcgards autour de lui , il se mocrauc. y^yj^j^- ^ \^ |.^jç dWc arméc composée d'un gratid nombre d'amis ardens de la révcdution, ralliés par ses soins à un but commun, et impatiens de se mesurer avec la tyrannie ; des membres des autorités * en exercice avant le 9 thermidor; des canonni^rs de Paris , célèbres par leur esprit démocratique; des officiers destitués ; des patriotes des départemens , qu'il avait appelés à Paris ou qui y étaient venus pour se soustraire à la persécution ; des militaires détenus pour cause de civisme ou d'insubordination ; des grenadiers du corps légis- " latif ; de presque toute la légion de police , et du corps entier des Invalides ^ Mécontente- Il apcrccvait cn outre une grande inquiétude

dc^nce du' peu- parmi les soldats canfipés autour de Paris, et en-

ple.

• I On peut , sans exagérer , porter à dix-sept mille les Lommes

prêts à prendre rinitiatire de llnsurrection , qui se trouvaient alors

tendait les murmures des hommes laborieux dont Tindignatioii éclatait sans ménagement dans les réunions secrètes et dans les immenses rassem- Memens qui se formaient journellement sous la voûte des cieux.

On était d'ailleurs convaincu que le zèle des prolétaires , seuls vrais appuis de Tégalité , redoublerait , lorsqu'ils verraient exécuter , dès le commencement de l'insurrection , les dispositions tant de fois ajournées , par lesquelles leur sort allait être adouci ; et le directoire secret était d'autant plus assuré des forces de son parti , que ses agens, en lui peignant la véhémence du peuplé; lui demandaient hardiment le signal du combat.

A côté du tableau de ses forces, il avait devant Force de la ty- Ics yeux celui des forces que la tyrannie pouvait lui opposer : il savait que des corps armés pour-

à Paris , sans compter la classe* très-nombreuse des ouvriers dont le mécontentement et l'impatience éclataient de toute part. Voici rëtat qui servit de base aux déterminations du directoire secret :

Révolutionnaires 4>ooo

Membres des anciennes autorités i,5oo

Canonniers i,ooo

Officiers destitués ; . . . 5oo

Révolutionnaires des départemens i,ooo

Grenadiers du corps législatif . i,5oo

Militaires détenus . 5oo

Légion de Police 6,000

Invalides. 1,000

rannie.

raient , quoique faibles , entraver la marche du ' peuple; que les royalistes prendraient probablement la défense du gouTernement qu'ils haïssaient , pour ne pas stid>ir la loi de 1 égalité qui leur était encore plus odieuse ; que la pliu^lité des riches qui commandaient exclusivement la garde nationale , verraieixt avec peine le triomphe de la démocratie ; que leg principaux avaient des armes, et que le gouvei^neml^nt pourrait en fournir aux auti?es.

Bestonrce. du Dc IcuT côté j Ics^onjurés ^vai^t à leur dispojpeupie. ^\iÎQj^ 1^ armes et les mumtiov^ dont les grenadiers du corps lé^slatif et les légionnaires étaient pourvu^ , et comptaient s'emparer de celles <px étaient déposées chez les armuriers , ^lux chefslieux des sections , aux Tuileries , aux FeuiUans et aux Invalides , à Taide des citoyens les {dus audacieux ^t de la connivence de ceux qui étaient préposés h. la garde des magasins. Ils comptaient en outre sur lartiUerie du camp de Vincennes, qui leur était dévouée, et espéraient que les troupes se joindraient au peuple, que Téclat subit d^une immense population frapperait d'effroi les partisans de la tyrannie , et que le peuple trouverait un puissant auxiliaire dans la lâcheté si naturelle aux favoris de la fortune, sur lesquels le gouvernement fondait ses principales espérances. L« direcuur Est-cc pouT sc soustrairc à la juste haine du

{ I9Î ) peuple, est-ce pour seconder les coniarés ou Narras offr« ses

, ^ , - iT services aux con-

pour les connaître et les perdre , que le direc- jurés. teur Barras eut , le 3o germinal , avec Germain à ce autorisé par le directoire secret , une Icmgue conférence^ dans laquelle il le sonda sur les causes de Teffervescence qui se manifestait dans le peuple ; et que , le 20 floréal au soir , il ût offrir aux principaux conjurés par l'organe de Rossignol et de Louel , ou de se mettre avec son état-major à la tête de l'insurrection , ou de se constituer en étage au faubourg Antoine ? Ceux qui voudraient donner à ces faits une interprétation honorable pour le directeur Barras , auraient aussi à expliquer pourquoi il ne fit pas prévenir de la dénonciation qui avait été faite contre eux au directoire exécutif, le i5 floréal, ceux a qui il paraissait témoigner le 3o , tant d^intérét et de confiance ».

1 JUn fait postdrieur à notre conspiration parâtt éclaircir ce mjrstère. Après la dissolution violente du directoire secret et Tempri- 3onnement de plusieurs de ses membres^ d'autres di^mocrates entreprirent de briser leurs fers et de continuer leur ouvrage. Deux amis du directeur Barras s'introduisirent auprès d'eux et leur persuadèrent que eelui-ci partageait leurs vœux et désirait seconder (dficacement leurs efforts. Ce fut par leurs conseils qu'on forma, le projet de faire fraterniser les démocrates et les militaires du camp de Grenelle, avec lesquels ils se seraient portés ensuite sur le directoire exécutif pour opérer les changemens désirés. Les promesses faites , au nom de Barras , par ses amis , une ^qmme d'environ 24)000 francs par eux distribuée , et les protestations de quelques officiers du camp, déterminèrent en effet les démocrates à s'/ pré-

Après s'elre rendu compte des forces de la democratie a Paris , après avoir recueilli les vues des patriotes les plus éclairés , et après avoir entendu le comité militaire , le directoire secret crut devoir tracer un mode d'insurrection, afin que tous les efforts tendissent uniformément vers le même but, et afin que l'entreprise n'échouat pas faute de prudence. L'exactitude de l'histoire exige que l'on consigne ici les points ^auxquels le directoire secret avait donné son assentiment, sauf les changemens que lescjrcons- •tances eussent pu rendre nécessaires.

Ordre du mou. On avait rccounu depuis long-temps l'avanlage

▼ement insurrec;. ,«i •. > • i7« .• 11

tionnei. qu il y^auTRit A ouvrir Imsurrection par 1 an-

nonce publique d'un directoire insurrecticrnnel auquel tout devait se rallier , et dont chacun dexvait suivre l'impulsion.

Cette annonce devait se faire par la promulgation de l'acte insurrecteur , arrêté de concert avec le comité montagnard ^

Dans cet acte , aânsi que dans ceux qui auraient j)aru pendant et après l'insurrection , le directoire ^cret prenait le titre de comité insurrecteur de salut public , pour se rapprocher des formes sous

scnter en foule sans armes , aux cris de Vive la République ! et en ciiantant des hymnes patriotiques ; au lieu de la fratemitë qu'on leur avait promise , ils y trouvèrent la mort. Qui tendit ces piégea? qui voulut détruire d'un seul coup le parti démocratique ? • Voyez Pièces justificatives , n® 22.

lesquelles on avait préparé Tëgalité avant lé 9 thermidor , et pour éviter toute ressemblance avec celles que Faristocratie avait instituées. .' Le partage de Tarmée insurgente en trois dî^ visions , avait été adopté. Trois généraux devaient le3 commander sous les ordres dW général en chef, soumis à ceux du comité insurrecteur; st chaque général de division eussent été subordon-' nés des che& d'arrondissement, et à ceux-ci , des chefs de sections; subdivisées elles-mêmes pan pelotons.

A tégard des généraux , les vues du comité sç portaient sur Fion, Germain, Rossignol et Mas* sart. Les chçfs et les commandans de pelotons, désignés par le même comité , devaient se présenter pour former les rangs dépeuple , au mcmient oîi la proclamation de Tacte insurrecteur , le toc* sin, les trompettes et la voix des amis de la liberté y Teussent appelé a reconquérir ses droits.

Un point essentiel était. d'attacher à chaque section , des dânocrates éclairés , chargés d'expli^ quer au peuple les dispositions de Facte insurrecteur, et de lui en démontrer la justice et llutilité. -

, Karmée populsure étant ainsi composée , àVaide de rinsurrection'quV>n se flattait de rendre générale dans les classes laborieuses, il fallait la diriger contre la tyrannie et Vopposer à ses forces.

|>e$f oolomlGS devaient marcher sur le corps législatif^ sur le directoire exécutif, sur letaf^majar, et sur les hôtels des minbtres pour soutenir les républicains , chargés d'arrêter les usurpateurs.

Jbes siBctions les plus aguerries et les mieux ar* mées eussent été dirigées vers les dépôts d'armes el de muniti<»is , et surtout vers les camps de Grenelle et de Yincennes, oii il n'y avait pas plus de huit mille hommes que Yùa croyait prêts à se joindre au peuple.

Pour hâter cette jonction , on se proposait d'anployer l'appareil d'une grande force autant que le langage de la persuasion ; des orateurs eussent rappelé aux soldats les crimes du gouvernement et leurs devoirs envers la patrie; les femmes leur eussent présenté des couronnes et des rafraîchissemesè; les Invalides les eussmt invités à suivre leur exemple* Au pis aller, des dispositions étaient ^ises pour encombrer les rues et pour Ëiir e pleuvoir sur les troupes des torrens d'eau bouillante mêlée avec du vitriol , et une grêle de {ùerres , de tuiles , d'ardoises et de briques.

Le reste de l'armée populaire eût été employé à garder les issues de Paris, à maintenir les communications entre les différens corps dû peuple, à prot^r l'approvisionnement de la ville , a empêcher tout rassemblem^it anti-populaire, à intercepter toute correspondance aristocratique,

à Repousser toute tentative de piHage , et à exé^ cuter les wdres des aulior ités insurrectionnelles ' . Des accideiis imprévus, semblables à ceux qui causèrent les malheurs de prairial , auraient pu rendre dcmteux le succès de Fentreprise ^ si on n^avait pats songe à les prévenir. Parmi ces accidens, le défaut de sid^sistances qui eût empêché le peuple de rester sous les armes tout le temps néeessairç , â:ait infininient k redouter ; aussi le cojoiité insarrecteur avisait-il aux moyens de faire approvisiomier abondamment tous les I^eux où le peuple pourrait s'assembler, et c'était principalement dans cette vue , qu'il avait arrêté de £siire installer, dès le commencement du mouve* ment, dans chaque section , trois membres du co^ mité réMolutionnaire qui était en exercice au 9 thermidc»* , et de les charger de mettre à l'instant 150US la main des citoyens insurgés , les vivres dont ils pourraient avoir besoin , en saisissant 1^ dennes déposées dans tous les magasins publics et privfô, et d'cxoîuter, sur-lenchamp , les premiers soulagemens promis aux malheureux.

« On aurait tort de confondre la distribution régulière des logemens et des habillemens, avec le piUage qçii s'oppose à toute ttnëlîaratien par les pertes irriépar^d^les qu'il eause à la société , parles nouvelles inégalités q^Hl produit , par la dépravation des mœurs qull entretient et accroit , et par les difficultés qu'il oppose à la réception des bonnes lois : c'est aux lois seules à rétablir l'égalité.

Logement et Afiti de doiffler au peuple une idée sensiUiede pauvre*" " la nouvelle révolution, et.d'aflTermir son zèle, le coniité insurrectèur se proposait de publier pendant rinsurrection , deux arrêtés, en vertu desquels les pauvres eussent été inunédiatement habillés aux frais de la république, et logés le même jour dans les maisons des riches , à qui on n^aurait laissé que le logement indispensable >.

Ponitioa des H est boii de faire connaître Tidée que le comite msurrecteur s était formée du jugement populaire, auquel il voulait soumettre les principaux coupables , c^est-à-dire les membres des. deux conseils et ceux du directoire exécutif. Le crime était évident, la peine était la mort, un grand exemple était nécessaire.

Cependant on voulait que cet exemple portât Fempreinte d'une rigoureuse justice et du sentiment profond du bien public. Il était convenu que le peuple insurgé entendrait un rapport détaillé ^t individuel sur les trahisons dont il avait été la victime , et serait invité à excepter de la proscription , ceux d'entre les accusés, à qui un égarement excusable , des mœurs simples et populaires, ou quelque service éclatant rendu à Tégalité pendant l'insurrection , auraient pu faire pardonner les fautes politiques ^. Il y avait auco-

' Voyez Pièces justificatiTes , n» a3.

» Voyez ibid. ,np a4.

mité insurrecteur, des avis d'après lesquels les condamnés eussent été ensevelis sons les décom^ bres de leurs palais , dont les débris auraient rappelé aux générations les plus reculées, la juste punition infligée aux ennemis de Fégalité.

Toutes les mesures d'attaque et de défense allaient être indiquées aux agens d'arrondissement et aux généraux que le comité était sur le point de nommer I .

De l'insurrection heureusement terminée , devait nécessairement découler un nouvel ordre de choses , dont il était prudent de poser d'avance quelques bases , afin de préparer les dispositions les plus urgentes : le comité insurrecteur en avait fait l'objet de ses méditations.

On a vu comment , avant sa réunion aux montagnards , il comptait faire établir , par le peuple insurgé , la nouvelle autorité et les règles de sa conduite ; aux changemens rendus nécessaires par cette réunion, la méfiance que les démarches équivoques des montagnards firent naître , en fit ajouter d'autres.

. Triompher de la tyrannie eut été bien peu de chose , si on n'avait pas eu la certitude qu'elle serait remplacée par des conducteurs animés du plus pur amour de l'égalité. H fallait des hommes dont les doctrines, les mœurs et la vie entière

' Voyez Pièces justificatives -, n» a5.

fassent en pariaite harmonie avec l'esprit des institutions qu'ils étaient appelés à créer.

Dans le premier système , le comité insurreo* teur était certain que Fespr it dont il était anime ^ passerait tout entier dans la nouvelle assemblée nationale , et c était en cela qu'était la plus forte garantie qu'il pouvait ofirir au peuple, du prochain établissement de légalité et de la constitution populaire.

La conduite Mais dès quW se fiit décidé a rappeler une monu^^snX partie de la convention, le comité insurrecteur vdîe. "**«€»" ^^"^^ ^® ^^ devoir de prémunir le peuple contre ^°'- les écarts de la nouvelle autorité ; les reproches

qu'il faisait aux montagnards prouvent soflSsamment qu'il était loin d'avoir en eux une entière cûi^nce.

Aux anciens motifs de méfiance, la conduite ré* cente de cies conventionnels en ajoutait de nou* veaux. Le comité avait été frappé de la subtilité avec laquelle ils s'étaient efforcés d'écarter Tad^ jonction proposée, de la hauteur qu'ils apportaient dans les discussions, et de cet orgueil aristocratique qui leur fsiisait appeler concession gratuite , la restitution au peuple de ses droits.

Il était d'ailleurs instruit que Ton pratiqiiait dandestinement des manoeuvres , afin d'éluder les conditions convenues , et de £iire tomber exdiusivement entre les mains des montagnards,

rautoritë suprême de la répiUi>lk|ae. Ot , le ockmité était si fortement convaincu qii^il leur était impossible de faire le bien ^ qu'il regardait c(Hnme un crime impardcmnable te moindre mouvement qui , en leur lin^ant le pouvoir^ ne ferait que substituer une tyrannie à une autre.

On avisa donc aux moyens de forcer les con* ventiounds raj^lés, à tenir leurs promesses et à ne mettre aucun obstacle a rétablissement d une égalité effective et durable. C était par le peuple que les conjurés avaient espéré de renverser la tyrannie; c'était par lascendant de la vérité qu'ils avaient obtenu FappiU du peu{de ; et ce fut enciire à Faid^ de la vérité et du peuple , qu'ils résolurent de déjouer les iwuvelles machinations.

Ncmobstant les dispositions de l'acte inswrec- Uidkpoàtiaa teur , par lesquelles une partie de la convention i«,d«vaieatêira nationale était rappelée à l'exercice du pouvcwr , iT^'„^S!^'*^ le comité voulait qu'elle fût rétablie pm: la volonté expresse du peuple îmurgait ; que l'adjonction convenue fut par lui solennellement décrétée , et qu'il ncMnmàt lui-même les députés adjoints. Il voulait en outre , que le mâme peuple ordonnât aux magistrats , en activité au 9 thermidor^ de rentrer sur-le-champ en fonctions ; confirmât toutes les dispositions insurrectionndles ; . prescrivît la prompte exécution des arrêtés du comité , concernant le logement et l'habillement

des malheureux^ et installât directement la nouvelle convention , après avoir prononcé le grand décret dont nous avons parlé plus haut >.

A cet eflFet , le ccnnité insurrecteur avait recommandé à ses agens , d'employer tous leurs^ soins à réunir, aussitôt après la destruction de la . tyrannie, la masse des citoyens autour du lieu où il s'assemblerait Xà, le comité eut rendu compte au peuple de tout ce qu'il avait fait pour briser le nouveau joug qu'on avait imposé a la nation, et lui eût demandé les décrets qu'il jugeait nécessaires au salut de la république. Le discours qu'un des membres du comité devait prononcerdans cette grande circonstance , était rédigé et allait être soumis à la discussion 3. * iKsciisEîoiisar Un poiut fort déUcat fut mûrement discuté àa Toi^té^Lu^ dans le comité insurrecteur. Il s'.agissait de déter« ~iî*^J^^**"' miner quelle part auraient ses membres à l'exercice de la nouvelle autorité. Son dessein était de parler au peuple sans réticences et sans détours , et de rendre à s^ souveraineté le plus éclatant hommage . S'il avait j ugé nécessaire, pour le succès complet de l'insurrectioa , d'être investi teinporellement de tout le pouvoir national , iln'eût pas balancé à le demander. Mais toute institution de ce . genre ayant été précédemment repoussée , Ures-

' Voyez SL la page xo5.

a Voyez Pièces justificatives , n» 26.

tait seulement a examiner s'ii convenait d'engager le peuple insurgent à instituer un corps peu nombreux , chargé d'inspirer les mesures législatives a la nouvelle convention dont il exécuterait les décrets, ou sll était plus utile d'abandonner k celle-ci ce soin important.

Quelle qu eût été la décision du comité insurrecteur, il aurait encore fallu se demander si le succès 4e la nouvelle révolution n'exigeait pas . que ses membres composassent exclusivement le corps dont il s'agit.

Rien n'ayant été statué à cet égard , je ne puis que rapporter les raisonnemens par lesquels le comité avait comparé les avantages et les inconvéniens des divers plans qu'il eût pu adopter.

On considéra d'abord, que la conversion de l'initiative insurrectionnelle en un pouvoir permanent et nécessairement très-étendu, ferait soupçonner les membres du comité insiu*recteur de vues ambitieuses et intéressées; on craignit que de semblables inculpations , par la facilité avec laquelle elles s'accréditent et se propagent , n'entravassent leur marche, et ne leur laissassent pas le temps de réaliser le bien qu'ils se proposaient; et l'on se demanda si la présence des conjurés dans la nouvelle convention, leur union intime et la confiance dont ils seraient investis , ne suffiraient pas pour communiquer aux lois, l'esprit de leur

( ioa )

entreprise , et pôiur élever à la magistrature suprême des citoyens dignesd'en exercer le pouvoir. D'un autre côté , le comité insurrecteur ne voyait pas beaucoup d'hommes en qui la pureté des principes se trouvât réutaie au courage, à la fermeté et à rintelligence nécessaires pour les téduire en pratique; il sentait combien il était dangereux de ne pas laisser le soin d'achever Fouvrage à ceux qui avaient eu la hardiesse de le commencer , et redoutait la duplicité de certaines personnes avec qui il allait se trouver en concurrence. Après avoir long-temps hésité , nos conjurés s'étaient presque décidés à demander au peuple un décret, par lequel l'initiative et l'exécution des lois leur seraient exclusivement confiées. Bien des projets demeurèrent imparfaits , bien des travaux furent interrompus par la trahiscm qui livra a la vengeance de l'aristocratie ceux que les circonstances avaient portés à la tête du parti démocratique , et le récit de leur conspiration pourrait se terminer ici, si, pour en faire bien connaître toutes les intentions , il n'était pas nécessaire de jeter quelque jour sur l'idée qu'ils se formaient de l'état où se serait trouvée la nation, hnmédiatement après l'insurrection, sur le but final auquel ils visaient, et sur les moyens qu'ils comptaient employer pour l'atteindre.

Aperçu de vé- Au milieu de l'épouvante qu'une révolution si

( ao3 ) radicale eut imprûnëe aux aristocrates de toutes tatdeParuaprè*

1* .11** l'L • Vinsurrection.

les nuances , et de la joie que des changemens si populaires eussent excitée dans la dasse nom* breuse des hcmunes laborieux et des malheureux , allait s'éleyer là nouvelle convention > , portée k fonder solidement légalité par les principes de presque tous ses membres , et par les vœux du peuple dont elle eut été entourée.

A coté d'elle , le comité insurrecteur secondé par les magistrats installés par Tinsurrection , eût présidé, au moins provisoirement , a l'exécution •des dispositions de Tacte qui devait mettre les cp toyens en mouvemait; à sa voix, 1 énorme masse des pauvres de Paris eût été subitement tirée de ses taudis , et transportée dans des logemens sains et commodes ; des habillemens eussent été fournis aux malheureux, et les eflPets, déposés au montde-piété , leur eussent été gratuitement rendus*

En même temps on eut veillé soigneusement k assurer la subsistance du peuple ; les principes de la nouvelle révolution auraient été expliqués auxcitoy^DS , dans les assemblées qu'on devait rou* vrir ; une nombreuse garde populaire aurait contenu les malveillans et. facilité toutes les opéra* lions qu'on aurait jugées nécessaires pour l'affermissement du nouveau système.

Il est impossible de déterminer avec exactitude

' Composée d'environ 170 dëputc^s.

combien il eût fallu déployer de force ; les conjurés voulaient remporter a tout prix et étaient bien décidés a vaincre ou a s'ensevelir sous les ruines de la patrie. Hors le cas de résistance , la sévérité à employer n'eut pas excédé la punition des usurpateurs en chef, et Tarrestation des hommes dangereux , dont le comité insurrecteur avait fait faire la nomenclature.

Aux préparatifs , jugés nécessaires pour renverser lechafaudage construit par la nouvelle aristocratie , il avait fallu joindre ceux qui paraissaient les plus propres à rendre la révolution de Paris commune à toute la république , et à y établir les institutions de TégaUté et la souveraineté du peuple.

DéparumeDs. Dès Ic Commencement de son existence , le co* mité insurrectçiu* s'était occupé des départemens et des armées ; partout il avait fait circuler ses écrits; partout les démocrates connaissaient ses projets et étaient prêts à y coopérer. H y avait auprès d'un membre du comité , une correspondance volumineuse , qui indiquait les lieux où les démocrates étaient en force, et les hommes en qui on pouvait placer le plus de confiance; de toute part on apprenait que les révolutionnaires, abandonnant les nuances d'opinion qui les avaient divisés, se ralliaient unanimement au parti de la pure égalité.

A 1 égard des armé^ , le comité savait combien les commissaires de la convention avaient eu de peine a y étouffer, après le 9 thermidor, ce qu'ils appelaient Fesprit d'anarchie et dinsubordination; il n^ignorait pas que la constitution de Fan III avait fait murmurer des armées entières ; il était instruit que les soldats supportaient impatiemment le commandement des officiers réintégrés à la suite du 9 thermidor , et que , parmi les che& dont quelques-uns correspondaient avec lui , il y en avait plusieurs qui étaient encore fortement attachés aux principes de la démocratie < ; il était d'ailleurs autorisé à compter sur le concours de quelques conventionnels , que le directoire exécutif avait envoyés auprès des armées de la république.

Au surplus , ilétait vraisemblable queFex^mple de Paris donnerait au peuple de toute la France une impulsion que la connaissance de là, vérité eut rendue irrésistible. A Teffet de répandre parmi les soldats cette connaissance sur laquelle le comité insurrecteur fondait principalement ses espérances, on devait leur envoyer des commissaires,: et leur adresser des proclamations > conformes à celles par lesquelles on se préparait

I Ils nVtaient pas encore couverts des dépouilles de Flta^ic , de la Cuisse , de TÊgypte , de FAUemagne et de TEspagne.

» Voye?s-cn Tesprit dans celle insërëe aux pièces justificatives , n» 27.

( ao6 )

à annoncer au peuple français la nouvelle de sa rédemption.

i^gisïsttitm de Tout ' cn méditant le renversement de la ty-

Pëgalilé et lois • i • ^ ) • • • ^ i >

intennédiairet. rannic , le comite -n avait jamais cesse de soccupefr de la législation définitive de Tégalité , et de celle par laquelle on comptait y parvenir graduellement. À cette importante branche de ses travaux se rapportaient les mémdires et les projets qui, au moment où Von saisit une partie des papiers de la conspiration, étaient auprès dW membre du comité , dans un lieu que la police ' ne sut pasdécouvrir ; malheureusement ces pièces furent presque toutes détruites , par un effet de . la terreur qui s'empara des esprits , et je n'ai pu me procurer que quelques fragmens qui étaient déposés ailleurs. A Taîde de ces débris, et des ^souvenirs que plusieurs personnes ont <x>nservés des faits et des discussions dont elles furent témoins, -je tacherai de donner une idée approxi* mative , mais aussi exacte qu'il me sera possible , du but et des intentions des conjurés. J'exposerai d'abord la forme civile et politique à laquelle ils désiraient amener graduellement les Français; je rapporterai ensuite quelques-unes des insti-^ tutions transitoires , par lesquelles ils comptaient les y préparer et les y conduire.

La propriété . Du décret que le comité insurrecteur voulait

de tous les biens j , ■

«tune : eUe ap- demander au peuple de Paris , devait découler

( ao7 )

un nouvel ordre social ' . D^abord on y reconnais»- parUent au pcusait implicitement que la propriét;^ individuelle, ^ ** loin d émaner de la loi natureUe , est une inven-* tion de la loi civile , et peut être, comme elle , mo' difiëe ou abolie ; ensuite on y posait en pi^incipe , que la propriété de tous les biens renfermés dans le territoire national est une, et aj^rtient ina* liénablement au peuple , qui seul a le droit d'en répartir Tusage et Tusufrùit.

Assurément la proclamation de ces vérités eut été très-agréable à la multitude , dont les souffrancesetras6ervissementsont,depuis long-temps, les suites inévitables du système contraire ; cepen^ dant , elle n eût été quhme cruelle dérision , si on n avait pas travaillé assiduement à en faire résul^ ter des conséquences pratiques utiles à Thumanité.

Ëtant reconnu que le droit de régler, pour Futi* lité commune, la distribution des biens et des « travaux qui les produisent, appartient a la société, et que , de l'inégalité de cette Viistribution , décou*lent, comme d'une source intajf issable , tous les maux qui pèsent sur les nations, il s^ensuît que la société doit pourvoir à ce ^Hpxe cette inégalité soit détruite sans retour.

n reste alors à décider si le remède a ces maux: doit être cherché dans des modifications du

* Voyez ci-dessus page 157.

(aeS)

-droit de propriété , ou dans son entière abolûion. On a Yu dans le cours de cet ouvra.ge , par quels motiÊ les conjurés s'étaient déterminés à adopter, pour but final de leur entreprise , la proscription'de ht propriété individuelle , et comment ikcomptaient y parvenir par rétablissement de ]a communauté desbiens et des travaux, seul moyen de tarir à jamais la source de toutes les inégalités, et d'extirper tous les préjugés et tous les maux qui en dérivent. Instruits par les leçons èUpar les exemples des grands hommes de 'Fantiquité et'de la révolution, et encouragés par les dispositions qui s'étaient naguère manifestées en France, ils avaient conçu le dessein. de donner aux Français d autres mœurs, et d'en faire un peuple passionné pour la patrie et pour ses lois, heureux au dedans , aimé , respecté et imité au dehors* Droit de cha- iDans cctlc foruie sociale , les richesses particutence Tcurc^ Bèrcs '^isparaisscnt , et le droit de propriété est î^vïïifr ^^r^I remplacé par celui de chaque individu a une pour tous. existence aussi heureuse que celle de tous les autres membres du corps social. La garantie de ce droit sacré , devenu le principe de toutes les institutions , est dans l'obligation imposée à chaque associé de se charger dHme partie 'du travail nécessaire pour assurer l'entretien , la prospérité et la conservation de la société , obligation qui , par

suite de la loi naturelle qui a donné a tous un droit égal aabonheur , est égale pour tous.

Les premières et les plus importantes occupa- Agriculture et tions des citoyens doivent être celles qui leur as- "^'e^^'*^'*" surent la subsistance , Thabillement et l'habitatidn y et ont pour obj et Tagricultur e et les arts qui . servent à rëxploitation des terres, a laconstrucr tion.des édifices V à la confection des^meubles et à la fabrication des étoffes. Et , comme toutes les terris&ne sont pas également propres kht, cubure des mêmes denrées , un des principaux soins de radministration publique doit être d'établir, dans chaque canton, les productions et les travaux les plus conformes au sol et au climat , et les plus favorables à Tabondance et à légalité. .

De même quetoutesles terres ne peuveht pro+ Dis^ribuUon des duire avec une égale fécondité toute espèce de "^?y«"denrées^ de même les hommes ne peuvent s'occu^ per utilement de plusîeurs^enres de travaux. Afin que la société retire du travail égal et modéré dé chacun de ses membres tout lavantàge qu^elle doit en attendre , et que Thabitude en diminue les difficultés, il faut que les occupations soient distinctes , que chacun ait son état , et que ceux , par exemple , qui fondent les métaux , ne soient pas obligés de travailler le bois , de tisser les étoffes , etc. , etc. , etc.

De là nait , dans le système de la communauté

des bieiis et des travaux , la nécessité de distribuer les citoyens en plusieurs classes, a chacune desquelles la loi attribue un genre particulier de travail , selon les besoins de la nation , et d'après le principe suprême de Tégalité.

Elle prend sa Cette distribution prend naissance dans les à^ou puLU naaisons d'éducation publique dont il sera parle î"*®- plus bas; les magistrats chargés de leur direc-

tion , y font exécuter toutes les branches de travail ordonnées par les lois, et attachent à chacune d'elles le nombre d'élèves proportionné aux besoins , en consultant leurs forces et leurs penchans.

Abondance. oL. Lc grand objct dc cette activité générale, à lai^raL*""^" ^^ quelle nul ne peut se soustraire que ceux que la vieillesse ou les infirmités en rendent incapables , est de procurer avec surabondance les choses nécessaires k tous , et de leur fournir celles d'agrément non réprouvées par les moeurs publiques. Ce qui n'est pas communiquable a tous, doit être sévèrement retranché.

Le travail est Daus l'ordrc dout il s'agit , les travaux nécesgîéepTrTioi'^ saires à la subsistance et aux agrémens du peuple sont des fonctions dent les lois prescrivent les règles, afin qu'elles ne dégénèrent jamais en fatigue, qu'elles ne causent que le moins possible de peine , qu'elles ne chargent jamais un citoyen plus qu'un autre , et que tous y soient appeléset encou-

(an)

x-agés par Thabitude, par Famour àe la patrie, par Fjittrait du plaisir et. par Tai^robation de Vopinion publique.

Ainsi , tandis que le plus grand nombre serait occupé à labourer , ensemencer , moissonner , emmagasiner , les uns construiraient et répareraient les logemens, les édifices publics^ les chemins , les ports, les canaux; d autres veilleraient à la propagation et à la conservation des animaux; ceux-ci prépareraient et emploieraient les fils , les laines , les cuirs ; ceux-là fabriqueraient les meuhles y les chars , les navires^ ou travailleraient les métaux y etc. , etc. , etc. La durée de rigueur des travaux serait réglée par la loi qui j en ménageant les faibles, exciterait, parles encouragemens de lopinion et par les louanges des magistrats, une plus grande activité chez les plus robustes, afin que tous se trouvassent soumis a des devoirs également propcM*tionnéa à leur^ forces, et àla rudesse des travaux dont ilsseraient dbargés.

De crainte que la diversifié des travaux ne Adoucissement

, . . . , ' A^ . «Im travaux pé-

produisit pour certaines classes mi surcroît trop j^^^, sensible de peine , on pensait : i<* qu'il faudrait appeler les sciences a adoucir le travail des hommes^ par rinvention de nouvelles inachines et par le perfectionnement des anciennes » ; 2** qu'il

< Ce n'est cpiedans le système de la communauté que l'usage

( î>la )

serait bon de charger , tour-à-toûr , tous les citoyens valides des occupations trop incommodes , dont on se flattait qu'une éducation mâle et les secours de k mécanique et de la chimie diminueraient successivement les désagrémens.

Peut-être eut-il été convenable de distinguer les travaux de stricte nécessité en faciles elpéniUes, et d'obliger chaque citoyen à en exercer un d'une classe et un d'uiie autre. Peut-être aussi eutril été juste d'établir une autre division des citoyens par âge , afin de proportionner le poids du travail a l'accroissement et a la diminution des forces : car , en ceci , l'égalité doit se mesurer, moins par l'intensité de la fatigue , que par la capacité du travaillant.

De la répartition impartiale et universelle du travail , de la réduction des occupations aux seules nécessaires au bien-être de tous , du meilleur emploi des animaux et du perfectionnement des iïistrumens et des machines , découlent deux conséquences infiniment favorables au bonheur de l'espèce : I® l'emploi utile de toutes les terres, et la multiplication des choses vraiment nécessaires ;

des inachiDes serait un yërilable bienfait pour l'humanité dont elles diminueraient les peines , tout en augmentant l'abondance des choses nécessaires et agréables. Aujourd'hui , en supprimant une grande massé de travail manuel , elles enlèyent le pain à une foule d'hommes, dans l'intérêt de cpielques spéculateurs insatiables dont elles augmentent le gain.

, ( ii3 )

a^ Tabolition de loisiveté , et par-Ik un grand adoucissement dans le travail individuel.

Tous ayant également concouru a féconder la Egauudesjo terre et a en préparer les productions, il est d*xme justice sensible que tous participent également aux jouissances qui en résultent y et auxquelles la nature a attaché la conservation et le bonheur de Tespëce.

Afin que nulle partialité ne trouble la tranquillité sociale , il est nécessaire que toutes les productions de la terre et de l'industrie soient déposées dans des magasins publics , d'où elles scMTtiront pour être distribuées avec égalité aux citoyens, sous la surveillance des magistrats qui en sont comptables.

Si la société ainsi instituée était bornée au territoire peu étendu jiWe commune ou d'un district , il régnerait dans son administration une extrême implicite ' ; car ses habitans n'auraient

■ En divisant la grande propriété nationale en autant de propriétés partielles qu'il j aurait eu de peuplades , chacune d'elles s n'eût pu se procurer, que par l'échange de son superflu , les choses nécessaires dont elle aurait manqué ; celles qui , à cause de la stérilité du sol ou de l'intempérie des saisons , se seraient trouvées sans superflu , eussent éprouvé les désagrémens de la disette : ainsi se seraient évanouies cette fraternité générale et cette im* mense réciprocité de secours qu'on voulait établir, et l'esprit égoïste et tràcassier de trafic , qui eût bientôt présidé aux délibérations de toutes ces communautés , n'aurait pas tardé à réveiller l'ancienne cupidité dans les cœurs des citoyens.

drmt cpi^aux choses qui y seraient produites.. Mais , dans une vaste république , composée de plusieurs millions d^hommes qui en assurent la force et la durée , la propriété des richesses de chacune de ses parties appartient au peuple en^ tier , et les habitans de chaque section ont un droit égal à la consommation et a Tusage des den^ rées et des produits de toutes les autres ; les pays qui ont du superflu , doivent fournir à ceux qui manquent du nécessaire. De là nait dans Tadministration d'une société fort étendue, une certaine complication qui embarrasse extrêmement ceux qui la onisidèrent superficiellement ; mais au fond tout ceci n'est qu'une affaire de simple calcul , susceptible de Tordre le plus exact et de la marche la plus régulière , lorsque tout aliment étant enlevé k la cupidité par l'établissement des institutions dont il s'agit, on n'a plus a craindre les pertes que causent sans cesse dans l'ordre actuel les concussions des cheÊ et les pilleries des subordonnés.

Âyanuges de D'aiUeuTs , plus la communauté embrasse dé

la communauté . •. • i . ■ # i ^» i 11

appliquée ù uut^mtou'e , plus est assurée la garantie quelle paysfortctendu. ^g^.^ ^ chaquc partie de celui-ci contre les disettes de toute espèce- D'un autre côté , de cette grande et fréquente communication d'hommes et de choses , doit nécessairement naître un sentiment de bonheur , de fraternité et de dévoue-

ment si général et si fort , qu^il esta présumer que nulle force humaine ne pourrait ni envahir le pays ni y détruire les institutions de légalité, dès qu'elles y seraient solidement établies.

Une si nombreuse associati<m d'hommes épars Distribntioa

... • 11* égale des riches-

sur un soi si vaste exige un autre genre de lonc- «es. tions, sans lesquelles le lien fraternel qui unit fortement toutes les parties de la république serait rompu , et le superflu d'un arrondissement deviendrait inutile pour lui et pour les autres. Ces fonctions ont pour objet le transport des productions de la terre et de l'industrie , des lieux où elles excèdent les besoins , à ceux qui en manquent ; elles sont de deux espèces : i^ une magis* trature supérieure compare la richesse du tout avec les besoins de chaque partie , indique les matières a déplacer , et désigne les lieux d'où il faut les enlever, et ceux où on doit les transporter ; 2<^ des agens inférieurs surveillent et effectuent le transport. .

Nous verrons bientôt par quels ressorts l'administration suprême de notre république eut pu aisément pourvoir a la communicati<»i non interrompue entre toutes ses parties ; ici , nous nous bornerons à remarquer que , dans cet ordre de choses y les habitans des pays stériles , dont les fatigues extrêmes ne4eur valurent jamais qu^une extrême pauvreté , se seraient vus soulagés d'une

partie de leurs peines et appelés à partager les richesses des terres les plus fécondes.

A regard du transport , le comité insurrecteur pensait que la société devait l'envisager non-seulement conmi^ un moyen indispensable d'approvisioimement , mais aussi comme une heureuse occasion de corroborer Tamour de la patrie , en procurant à chacun la connaissance de ses beautés, de ses institutions , et des bienfaits de l'égalité que les lois devaient y établir. Conséquemment, ils désiraient que tous les* citoyens valides fiissent alternativement appelés a cet emploi , ainsi qu'a ceux de courrier , de porteur d'ondres, etc.,etc.

Que ceux qui liront ces pages, -se sourviiennent que je n'ai pas sous les yeux tous les documens dans lesquels les conjurés avaient déposé leurs plus secrètes pensées; je ne saurais donc développer en détail toutes les parties de l'édifice qu'ils se proposaient de construire , et je suis forcé de me borner a rapporter , autant qu'il m'est possible de le faire à l'aide de ma mémoire et de quelques fragmens que j'ai pu recouvrer , leurs idées fondamentales et leurs principaux projets.

commfl-ccexU- TcUes sout Ics habitudcs vicieuses que nous

rieur»

avons contractées , telle est la multiplicité des besoinà que nous nous sommes inconsidérément créés , qu'il est à présumer que l'on aurait en-

core été obligé de tirer des pays étrangers quelques-unes des matières premières que la France ne produit pas : tout, au moins ^ il eût fallu y avoir recours pour ceUes que tous les climats fournissent a Fart de guérir. '

Le peuple étant le propriétaire unique de tous les biens , il n'appartient qu a lui de traiter avec les étrangers pour l'échange de son superflu contre le leur. D'ailleurs, les négociations de cette nature ne sauraient être confiées a d'autres qu a des magistrats responsables , sans retomber dans les maux que la propriété particulière entraine après elle , et sans exposer l'état à une nouvelle / corruption. Il suit de la que les relations cmnmerciales avec les étrangers doivent élre soumises à la direction suprême de la république < .

Il suit aussi de ces développemens , que la où Drou d'Mufruit. la communauté serait établie , le citoyen n'acquerrait jamais sur aucune chose ce qu'on appielle droit de propriété ; il n'aurait que le droit d'usage ou d'usujBruit sur les objets! dont il serait mis en possession par la tradition réelle du magistrat. Dans cet ordre d'économie , la pro-

' ' Il y a corruption dans la société , lorsque les élémens dont elle se compose sont divisés par la diversité et par Fopposition des intérêts. Une nation est donc corrompue , lorsquMl existe dans son sein des hommes qui se sont fait des prétentions inconciliables avec le bien-être de tous.

priété I demeure toujours à la république , qui peut en tout temps disposer des choses qui ne se détruisent pas par Tusage.

Ce régime une fois établi , la satisfaction des besoins futurs est éminemment garantie par le travail auquel tous se livrent, et par l'intérêt bien sensible de chacun ; on n a plus de raison d'être avide de biens ; tout motif d être inquiet pour l'avenir disparait , et la source de la plus grande partie des soucis et des chagrins qui rongent le cœur de l'homme civilisé se trouve tarie» Deux sentimens tourmentent ceux qui vivent de leur travail ou d^une fortune modique, la crainte de la misère , suite des infirmités de la vieillesse , et les appréhensions sur le sort de leurs enfans ; dans la communauté , ces sentimens douloureux seraient inconnus.

Vieillards et in- A l'ôbligatiou de travailler imposée aux valifirmes. j^g ^ corrcspondcnt le droit à une existence heureuse, et celui d'être exempt du travail et d'être mieux soigné lorsque les infirmités ou l'aiSaiblissèment des organes rendent le travail pénible ou impossible ; aussi , dans l'ordre de la communauté^ le repos et le soulagement des vieillards et des infirmes sont placés au rang des principaux devoirs de la société. En revanche , la république

I C'est-à-dire , Tempire absolu ou la faculté de disposer à son gré ,jus utendi atque abutendi.

( aï9 ) eut reçu des vieillards les leçons de rexpérience , et en eût fait des sujets d'émulation pour la jeunesse ; on les destinait a devenir les gardiens de la morale et des lois , les censeurs des mœurs et les conservateurs de la vertu.

Un des effets de ces institutions eut e'té , ce semble , d'y attacher si fortement les citoyens , que Famour de la patrie serait devenu leur passion prédoipinante. Par 1 éducation , le législateur eût pu subordannçr à ce sentiment toutes les affections de famille et de parenté ; il eût pu le rendre si vif, que l'union vraiment fraternelle de tous les Français en eût probablement été l'heureuse et étonnante conséquence. Cette pen* sée faisait les délices.de nos conjurés et était l'ame de tous leurs plans. Je me souviens qu'au milieu d'une discussion sur les avantages etlesinconvéniens des liens de famille , on fit formellement la proposition de défendre aux enfans de porter le nom d'un père qui ne se serait pas distingué par de grsHides vertus.

Ce qui devait embellir les derniers jours des vieillards , eût aflfermi la vertu des jeunes gen$ , et de cet échange de Ixmheur , joint aux heureux effets de l'éducation commune , toute k la charge de la société ,1a patrie eût reçu une augmentation de puissance par l'accroissement de la population, dont nulle cause 0K)rale n'eût arrêté les progrès.

PMpapitioad« . Tout, dans cet ordre social^ favorisels^ multipli- ^«pèce, aron- ^j^tion dc l'espèce : la communauté écarte les causes qui rendent les approches ^des sexes moins fréquentes ; elle donne aux âmes une tranquillité qui nous est inconnue ; elle fortifie les corps par une activité douce et varient, et augmente les produits utiles a tous , en bannissant le luxe et Toisiveté.

sop^riorii^de C'est par des voies semblables que les législa* s^teill^dT.'l^ tci^s les plus célèbres del'ai^iquité firent goù- *^*"*- te; a des degrés difierens a leurs concitoyens la

lilr rté et le bonheur. Lycurgut surtout atteignit presque le but de la société y marqué par la nature. Mais le droit des gens pratiqué par les anciens, et peut -être aussi un iivjuste égoïsme, avaient introduit dans toutes leurs instituticms un âge inhumain , dont celle de nos conjurés n'e it point été souillée. Par une différence remarquable , la liberté des uns. n'y eut pas entraîné , comme en Grèce et à Rqme , la servitude des autres.

Tîouveiie ré- Dcpuis quc TinégaUté des fortunes a condamné j;;^^;*"^*'^' ceux-ci k un travail accablant, ceux-là a une . inaction corruptrice , les campagnes n'ont conservé que peud'habitans , souvent insuffisans aux besoins de la culture , mais toujours écrasés par Vex :ès de la fatigue. Le surplus de la population s'esc entassé dans les villes , ou pour y dissiper

( aai )

dans la mollesse , les richesses produites par les campagnards , ou pour se procurer des moyens faciles de subsistance , à Faide des voluptés des riches et de la complication de Tadministration publique. ;

En se rapprochant de légalité , la société verrait nécessairement disparaître ces grands rassemhlemens destructifs des mœurs et de la population ; les homnies qu^il est juste de rendre au travail , retouri^aient auprès de ceux qui en sont surchargés , pour les soulager ; les citoyens industrieux iraient embellir la vie de ceux qu^^les nourrissent; la simplicité du gouvernement. en éloignerait cette /ouïe d^employés , enlevés a l'agriculture et aux arts utiles ; et le maintien de Tordre , dépendant de l'exactitude de chacun à remplir ses vrais deVoirs, serait alors i';y/>nipatible avec ces cohues dans' lesquelles il t^*^ si facile de dérober ses actions a la censure publique.

Clus de capitale , plus de grandes villes ' ; in- Afiaihiisseraent

I Si je ne me trompe , Fexisteiice des grandes Tilles est un symptôme du malaise public et un avant-coureur infaillible de convulsions civiles. Les gros propriétaires, les grands capitalistes et les riches nëgocians en forment le noyau , autour duquel viennent se grouper une foule de gens (pii vivent à leurs dépens, en pourvoyant à leurs besoins , en flattant leurs goûts , en se prêtant à leurs capriqçs et en encourageant leurs vices.

Plus une ville es^ peuplée et plus ony rencontre de domesticpes , de femmes débordées , d'écrivains faméliques , de poètes , d^ biu-

les

des grandes vil- Sensiblement le pays se couvrirait de villages , bâtis dans les lieux les plus sains et les plus com*modes , et disposés de manière a communiquer facilement ensemble y au moyen des routes et

sîciens , de peintres , de beaux esprits , de comëdiens , de danseurs , de prêtres , d'entremelteurs , de voleurs et de baladins de toute espèce.

De rechange perpétuel des services et des salaires , nâtt chez les uns Fhabitude de l'autorité et du commandement , et chez les autres celle de la soumission et de la servitude. Ceua^-ci , tout en rampant, contractent les mœurs , les airs ^ la morgue et les manières de ceux-là , et s'accoutument i exercer aussi la supëriori^ sur ceuk • que la fortune a moins favorisés. Les uns et les autres , dédaignant le bonheur réel , veulent être riches, puissans et préférés , et surtout le par^tre.

Ces palais somptueux , ces vastes jardins , ces riches ameuUemens , cesbriUans équipages , ces livrées nombreuses et ces bruyans. salons qui sobt, dit -on, les ornemens des grandes villes, font de funestes impressions sur l'ame de ceux dont ib attirent les regards. D'un c^té , ils enflent l'orgueil de ceux qui les possèdent, et les disposent à voir, dans ceux qui en sont privés , des ennemis que la jalousie et la misère poussent sans cesse à les en dépouiller et a se venger de l'état d'humiliation et de dénuement auquel ils sont réduits. De l'autre , ceux qui en sont exclus , ou se pervertissent par la convoitise et par la haine ,-on , tombant dans l'abjection et dans l'avilissement , deviennent les appuis de l'ambition et de la tyrannie. Toutes ces choses là font le malheur réel de ceux qui en jouissent et de ceux qui les désirent ; car , tandis que les uns sont tourmentés par l'ennui et par les soupçons , les autres sont rongés par Tenvie des biens imaginaii>es dont il leur parait que des mortels plus heureux sont en possession.

Ceux qui vont chercher dans les graivles villes les distractions, le faste et les hommages > peuvent se passer de travailler, et ont déjà rejeté sur d'autres la part de peine que la nature impose à chaque homme. Alors la tâche de ceux qui demeurent aux champs a dépassé les limites naturelles , et les travaux de l'agriculture et des

des nombreux canaux, qu^il serait de Fintérêt général d'ouvrir en tout sens.

Il est a présumer que , tout cédant a la loi su- simpiiciu des

A iiïVt/i •/11* habitation».

preme de 1 egahte , la somptuosité des cnateaut

arUr nëcessaires sont devenus pour eu^ plus assujettissans et plu» pënibles. Le mal , en faisant toujours des progrès , empire au point que IVtat de laboureur et d'ouvrier, peu différent de celui de gal<îrien , est enfin honni et abandonné. Chaque paysan tourne alors ses regards vers la grande ville et court , s'il le peut , y chercher des biens dont son imagination lui exagère les attraits. Quand on a fait la folie de s'y rendre , il faut y vivre : les exemples séduisent \ la foule met le vice à l'abri de la censure ; les sens s'embrasent ; ce qui paraissait repoussant , prend petit à petit les couleurs du bon ton et du savoir faire ; bientôt on pre'fère l'argent et les applaudissemens au devoir et à la vertu ; à force d'être souple et poli , on devient hypocrite , menteur et fripon ; et y si la fortune sourit , on atteint cette hauteur où , sans être heureux , on le parait , et où l'on devient le point de mire d'une foule d'imprudens qui se précipitent au devant de l'infortune par la voie des mécomptes et des illusions.

Cependant le nombre des concurrens que l'attrait des richesses , des plaisirs et de la dissipation rassemble dans les grandes villes s'accroit au point que la plupart d'entre eux , réduits à de modiques salaires , épuisés par les excès et surchargés d'enfans , vont se confondre dans cette multitude de malheureux qui blessent la vue et adligent le cœur jpartout où il existe de grandes villes. ' L'agriculture et les arts de première nécessité étant les vrais nourriciers de la société , c'est là où on les cultive que les hommes sont naturellement appelés à vivre , soit qu'ils exploitent la terre , soit qu'ils fournissent aux agriculteurs des commodités et des délassemens.

Aux maux qui sont les suites immédiates de l'inégalité , la grandeur des états , la centralisation de l'administration , l'énormité des impôts , les dettes publiques , le luxe des traitemens et réclàt trompeur des cours en ajoutent une foule d'autres qui sont inséparables de ces grandes capitales , où les femmes , dit

-eût fait place à la salubrité^ à la ccnmnodité et; à la propreté de toutes les habitations disposées avec une élégante S3rmétrie , pour l'agrément des yeux et pour le maintien de l'ordre pùBtic Biagmfieenee Quaud il n'y aurait plus de palais, il n'y au- Uict. rait plus de masures ; les maisons seraient sim-

ples /et la magnificence de l'architecture et des arts qui en rehaussent l'éclat , serait réservée aux magasins publics , aux amphithéâtres y aux cir- . ques , aux aqueducs \ aux ponts , aux canaux ,

aux places , aux archives , aux bibliothèques et

^èân'-Iacques, ne cfoient>plas à Thonneur, ni les hommes àja vertu.

Hus ces entassemens de, population sont considérables et plus Ils supposent d'inégalité dans les fortunes et dans les conditions^ et, comme le malaise et le. mécontentement publics atigjnentent avec Tinëgalité /là où ces entassemens ont lieu il y a plufi[jde causes de discorde et de bouleversement : c^est là aussi qu'il y a plus d^obslacles à franchir pour établir la véritable liberté.

On se plaint de Timposture des prêtres , de la violence des militaires , de la duplicité des courtisans et de la perfidie des espions ; plaignons-nous plutôt de cette monstrueuse inégalité ig[ui les rend nécessaires. Comment pourrait-on , sans tromper et san^ effirayer , se flatter de maintenir une apparence de paix parmi cette fou^s d'hommes que les mœurs , les institutions et les lois forcent à s'envier , à se haïr et à se combattre?

Ces capitales qu'enfante l'inégalité et où se forgent les élémens ,des révolutions, ces capitales qui furent tant de fois les instrumens de la tyrannie , furent aussi quelquefois les foyers de la li« berté ; elles pourraient aider efficacement à établir l'ordre vérita- We, si des esprits sages parvenaient à en diriger les mouvemens , et savaient ensuite en faire disparaître l'eiigorgement et la boufjGssure.

( iîS ) '

surtout aux Ueuxr consacrés aux délibérations des: magistrats et a Fexercice de la souveraineté pa> pulaire.

Rien dans une société bien instituée ne doit s ecarter de Tesprit du législateur ; rien dans une véritable république ne doit contrarier le principe de Tégalité qui en est le but , le lien et la ^ force :'pour peu que les citoyens commencent a en goûter les douceurs ^ toutes les branches de la vie civile y seront bientôt ramenées*. ^

Les mêmes règles sont applicables aux habille* MeuUës e&]i«. mens et aux meubles. JR est essentieL au bonheuir des individus et au maintien de Tordre public v que le citoyen trouve babituelleicaent dans ses compatriotes 'des. égaux , des frères, et qu il ne i*encontre nuUe part le moindre signe dlune su-» périorité -même apparente ) précurseur de la puissance et de la soumission servile.X'égalité et la simplicité n'excluait pas Mégance et la pro-» prêté ; des couleurs et dès-: formes diflférentesr eussent pu servir a distinguer lés âges et lesoc-^ cupations , et rien n eût empêché que le citoyen n eût pas , dans les ateliers , te même costume que dans les assemblées et dans les fêtes , que les» Mes ne fussent pas habillées comme les femmes ,^ et que le jeune homme , Tadulte , le vieillard , le magistrat et le guerrier n eussent chacun lair costume particulier.

A cet égard ^ le comité însunrecteur étaitd^avis qu'il fallait accorder tout à la salubrité et au développement des organes , rien à la mode et a la frivolité ; il désirait aussi que le peuple français adoptât un costume qui le distinguât de tous les autres peuples.

Suites heureu. Pour bicn s^utir Futilité dW si grand chan-

ses de la réforme. . • T . . J • -

gement , ceux qui liront cet ouvrage doivent répéter souvent le raisonnement par lequel le comité se dém(»itrait la justice de son entreprise et s'endourageait a y persister. Si j disait-il , on n arrête ses regards que sur cette classe d'hommes qui , par ses richesses , par schi babil , par son bel es~ prit , par son désoeuvrement et par son insolence , attire l'attention du public et se dit la partie saine et intéressante de la nation, il faut avouer qu'elle aura beaucoup de privations à éprouver dans le passage à la nouvelle vie du corps social ; ceux d'entre nous a qui une éducation vicieuse fit contracter de funestes habitudes, doivent être quelquefoisétonnésdelarégénérationqu'ils vont subir . Mais si, au contraire, on considère l'état de fatigue , de misère, de souifrance et de servage auquel sont réduits , pour la plus grande partie , nos concitoyens , si l'on songe qu'il n'y a pas pour le riche un plaisir qui ne leur coûte de$ peines et des privations, on se convaincra que tout retour à l'égalité prévient le renouvellement d'une kifi-

DigitiJed

nî%êde chagrins , et ouvre im diamp immense auï: bénédictions cpii , quoique peu bruyantes peuMtre , ne sauraient être mises en balsmce ^vec hs murmures dime poignée d usurpateurs corrompus que , pour leur véritable bonheur et pour celui de tous et de U postérité , il faut ra* mener , de gré ou d^ force , 9^ des sentimois plus raispmiables.

Le travail nécessaire au maintien de la société , Occupation*

noB pcodttctivec*

également réparti sur tous les individus valides , est , pour chacun d'eux , un devoir dont la loi exige TaocomplisseiiaLent. Cependant , il reste dans la vie humnine un long intervalle de temps dont il faut empêcher &moll«5se eiFennui de s'emparer ; e'est du sage et libre emploi de ce temps que dépend le bonheur des citoyens et , par conséqu^nt , la liberté , la prospérité et la durée de là société* Fortifier lame , en donnant de la vigueur au corps , feriiier , sai^ contraindre , toutes les voies à la corruption , charmer tous les moments de la vie , faire naître Tenthousiasme de la vertu , et rendre la patrie le seul séjour supportable k ses en£sins,sonl^ les grands effets quun lé^lateur vraiment populaire y fait jaillir des occupa^ tions par lesquelles cet intervalle est librement rempli.

Là 011 des institutions ^cieuses, faiswt de Tamour des richesses le principal ressort de Té-

tat, placent le talent de les acquérir au rang des qualités honorables, on tenteicait en vain d'y introduire le goût de semblables occupations ; si on essayait de les allier k Tesprit d'avarice et de trafic , elles tomberaient bientôt dans le dernier mépris, et celui qui , pour s^ livrer , négligerait le soin de ses affaires , passerait pour dupe et porterait infailliblement la peine de ses bcHmes intentions.

Bonnes mœurs. Ces occupatious qui <mt pour objet Texercice du corps , la culture de Tesprit , Féducation de la jeunesse , l'instruction générale , le maniement des armes , les évolutions militaires , les honneurs à rendre a la divinité , l'apothéose des grands hommes , les jeux publics , l'embellissement des fêtes , le perfectionnement des arts utiles , l'étude des lois , l'administration et les délibérations du peuple , diffèrent des autres en ce qu'elles ne sont ni indispensables pour l'existence des hommes, ni pour la plupart commandée» par la loi. On doit s'y livrer volontairement et sans contrainte. Pour en obtenir un bon résultat , le législateur habile y attache les citoyens par leur libre choix. En ceci , le chef-d'œuvre de la politique est de modifier par l'éducation, par l'exemple , par le raisonnement, par l'opinion et par l'attrait du plaisir , le cœur humain , de façon qu'il ne puisse jamais former d'autres désirs que

ceux. qui tendent à rendre la société plus libre,* . plus heureuse et plus durable. Quand une nation en est a ce point , elle a de bonnesmœurs ; alors les devoirs les plus pénibles sont remplis avec plaisir ; on obéit librement aux lois ; les limites posées à rihdépéndance naturelle sont regardées comme des bienfaits ; les propositions raisonna-- Lies ne rencontrent pas d^opposition ; et il y a dans le corps politique unité d'intérêt , de vo^ lonté et d'action.

Il y eut au comité insurrecteur , quelques jours avant sa violente dissolution , une longue conférence sur cette partie des nouvelles instituticms , dont j'ai grand regret de ne pouvoir rappor^ ter toutes les circonstances ; pour m'acquitter, autant qu'il est en moi , des devoirs que je me suis imposés , je dirai tout ce dont Je trouve des traces dans ma mémoire , sans essayer dé remplir les lacunes , de crainte de substituer ma pensée a celle du comité.

Dans le plan des conjurés, le moule des mœurs L'éaucation, était dans l'éducation conomune qu'ils plaçaient ^^ "'''' sous la direction immédiate de la république; par la suite , elles se seraient fortifiées dans la cité , où les jeunes gens eussent trouvé les mêmes sentimens , les mêmes opinions et les mêmes usages qu'ils auraient appris à aimer dans les premières années de leur vie. Je parlerai de cette édu-

cation , après avmr complété Fidëe de Tëdifice dont elle devrait être la base éternelle.

Travaux non Nous avons VU que les travaux indispensables "*^* **' pour la conservation de la société , doivent être

distribués entre les différentes classes des travaillans : il en est d autres auxquels il importe, pour le maintien de la liberté , d'appeler également tous les citoyens ; ce sont ceux qui ont pour objet l'administration et la défense de la république.

Direction a«« Lc comité iusurrccteur pensait que Tégalité et ^r^lt défwnsê ^* liberté ne peuvent avoir lieu dans la société , ^miLcT*' *à qu'autant que tous les citoyens participent à la tow. confection des lois , peuvent être chargés de Fad-

ministration publique , et sont toujours prêts k porter les armes pour la défense du territoire et des lois.

Dangers d'une S'il sc formait , disaît-il , dans Tétat une classe ment initroite exclusivemcnt au fait des principes de Fart so^, ylne^^^^"""^ cial , dcs lois et de Tadministration , die trouverait bientôt dans la supériorité de son esprit , et surtout dans l'ignorance de ses compatriotes , le secret de se créer des distinctions et des privilèges ; exagérant l'importance de ses services , elle parviendrait aisément à se faire regarder comme la protectrice nécessaire de la patrie; et, colorant ses audacieuses entreprises du prétexte du bien public , elle parlerait encore de liberté et d'éga-

lite à ses peu clair voy ans concitoyens, déjà soumis à une servitude d'autant plus dure, quelle paraîtrait légale et volontaire.

Les lois primordiales ne suffisent pas a un état; L»exerdcc de

• , , «11 ^ '* puissance le-

elles ne peuvent m tout prévoir , m s adapter a gi8iative,àiapoitous les temps, et il en faut souvezii d« nouvelles ^toyc^r"* pour maintenir Tespiit des institiitions et pour-voir aux cas imprévus.

Il est , d ailleurs , dans la nature de Thomme, d'améliorer ses ouvrages par l'expérience , et , afin que le but de la société soit complètement rempli , il est nécessaire que les lois en appliquent successlvem^t les résultats a l'administralion publique. .

S'il faut à l'état une puissance législative per- Hianente , si cette puissance ne peut , comme nous le verrons dans un moment , résider que dans le peuple entier, un des plus importans devoirs de l'instituteur d'une république est donc de mettre tous les citoyens en état de l'exercer , c'est-à-dire , de donner au peuple la possibilité d'être réellement souverain. Les décisions éclairées du peuple sur des objets généraux ne sauraient contrarier ni l'égalité ni le bonheur de la société ; mais elles ne peuvent être tdles qu'autant que l'égalité existe dans toute la force du mot.

De ce devoir fondamental émanent pour tous

( aSa )

les citoyens trois espèces docenpations qui ,! par l'importance de leur objet , par l'attention qu'elles exigent et par 1 élévation quelles donnent aux esprits , charmeraient une grande partie de la vie; ces occupations ^consistent dans la conservation el dans la prc^pagation des principes de l'institution sociale et des lois, dans l'apprentissage , dans l'exercice.

Je parlerai ailleurs des magistratures cliargées de l'éducation et de l'instruction publique , ains» que du régime de la jeunesse ; ici , je me bornerai à dire a quoi l'on destinait les jeunes gens sortant des maisons communes d'éducation par lesquelles ils devaient tous passer.

Age et capacité Dc tous Ics droits sociaux:, il n'en est pas de plus d!^t de s^rag^ in^IH^rtans que ceui qui se rapportent k la formation des lois , car c'est par elles que la société vit et se meut ; viennent ensuite les fonctions des magistrats, chargés de faire exécuter les volontés souveraines. Ces droits ne peuvent être utilement; exercés , ni ces fonctions exactement rempliesque par des hommes instruits , expérimentés et pru« dens ; aussi , d'après le plan du comité insurrecteur , le législateur devait marquer l'âge avant lequel aucun n'eût pu participer, ni a la souveraineté ni aux magistratures : il fut même question d'interdire l'exercice des droits de cité a quiconque ne fournirait pas des preuves de sa ca-

pacité ; mais la cramte dedminer parla un prétexte pour exclure des assemble'es souveraines un trop grand nombre de citoyens > faisait d'autant plus pencher le comité pour la négative , que 1 on y était convaincu que , légalité réelle une fois établie , la multiplicité et l'opposition des intérêts se trouveraient anéanties , et Tari de régler les affaires publiques^ étant devenu fort simple , serait bientôt a la portée de tout le monde.

En sortant des maisons d éducation , les jeunes Français n'eussent pas été jetés imprudemment dans les comices ; on comptait les assujettir à y assister pendant quelque temps en silence et a i|he place marquée , pour apprendre la forme et l'ordre des discussions , et pour s'y habituer à la gravité et à la décence. On désirait aussi qu'avant d'entrer en possession du droit le plus éminentde l'homme en société , les jeunes gens fréquentassent les réunions où il eut été loisible a chacun d'émettre son opinion ; ils y eussent entendu les hommes les plus versés dans la science des lois ^ et médité les livres que la république leur eut mis sous les yeux.

En outre , on ne serait parvenu à l'exercice dû droit de suffrage, qu'après avoir vécu un certain temps dans les camps et dans les travaux militaires; les jeunes gens eussent été constamment sous les yeux de la patrie qui , ne perdant jamais de

vue leur destination future ^ les eût constamment entretenus de ses bienfaits , de ses lois et de leurs devoirs.

Les droits de Lo comitc regardait comme un grand vice ,

cité ft*ac(raièr«nt i« 11 1 •.

par le consente- Ittsage dc placcr au raug des citoyens, tous .'"*""'' ceux que le hasard fait naitre dans un pays ,

sans aucune délibération de leur part , et de présumer ainsi un consentement qui doit avoir tant d'influence sur toute leur vie ; il pensait que la soumission aux loi& de la société dont on fait partie , doit être le résultat formellement exprimé d'une volonté éclairée et libre.

A cet effet , il songeait a établir une solennité par laquelle les engagemens réciproques de la société envers les citoyens et des citoyens envers la patrie eussent été formellement constatés.

A des jours marqués , les jeunes hommes de 1 âge requis , après avoir parcouru les degrés d'instruction civile et militaire prescrits par les . lois , seraient venus demander h l'assemblée des citoyens leur inscription sur le registre. Après la délibération de cette assemblée , on aurait expliqué la nature du pacte social , les droits qu'il confère et les devoirs qu'il impose aux candidats , qui eussent été interpellés de déclarer s'ils consentaient à faire partie de la société française aux

conditions qu'ils venaient d'entendre et dont ils avaient été instruits dans le cours de leur ëducation. Ceux qui s^ seraient refusés, eussent été bannis à perpétuité de la république et accompagnés aux frontières , pourvus , pour un certain temps , des choses nécessaires k la vie.

Quant aux autres, il serait intervenu entre eux et le souverain ^ un contrat solennel , à la suite duquel ils eussent reçu les marques de leur nouvel état ; ï*evétus par les magistrats du costume des citoyens, ils eussent été salués citoyens frau'çais , et leurs noms eussent été inscrits sur le registre civique, porté avec pompe au milieudu peuple; puis on eût remis à chaque nouveau citoyen un habit militaire et un armement complet sur lequel devait être gravé son nom , afin que la crainte d'être déshonoré en le perdant , le rendit plus fier dans les combats , et l'engageât à défendre, au prix de la vie, les choses confiées a ses sœns par la patrie.

Depuis son inscription sur le registre civique A«MmM^ pojusqu'à la mort , le citoyen n'eût cessé d'être ap- f^^^ ^^^ pelé aux assemblées où le peuple devait exercer wuvewinctij. sa souveraineté. On verra , par les développemens que je me propose de donner aux théories du comité insurrecteur sur la forme d'autorité qui de^ vait être le dernier résultat de ses succès , que ces assemblées se seraient réunies :

aetioa da gou- Ternement.

Pour discuter y. admettre ou rejeter les lois proposées au peuple par ses mandataires ;

Pour délibérer sur les 1ms demandées par un certain nombre de citoyens ou par d'autres sections du souverain ;

Pour connaître et publier les lois approuvées par le peuple entier.

Formation et Lcs mémcs développcmcus feront aussi connaître les occupations auxquelles auraient donné lieu rélection des magistrats , leur installation et lexercice de leurs fonctions.

Le point essentiel était de rendre ces occupations agréables et recherchées, et nos réformateurs espéraienty parvenirpar réducation , parle souvenir soigneusement entretenu des maux infinis dont légalité avait délivré les Français, et par Festime et la reconnaissance dont les lois , les moeurs et Fopinion eussent enfin environné ceux qui se seraient dévoués au maniement des affaires publiques.

On se serait attaché à embellir les lieux de ces dM * IcarionTdc assemblées , par tout ce que les arts , la majesté , délassement et Tordrc ct la liberté ont de plus attrayant. Si Ton considère d'ailleurs , que le trouble causé aujourd'hui dans ces réunions par l'opposition des intérêts qui leis fait souvent dégénérer en cohues , en serait banni ; si l'on réfléchit , en outre , qu'attendu la grande simplicité de l'ordre politique , tous auraient pu facilement apprécier l'utilité de

Les assemblées

ces assemblées , cm demeurera convaincu que , la . véritable égalité une fois posée , elles deviennent nécessairement des objets dlntérét, de délassement et d utile émulation.

La défense de la patrie contre les agressions Tout dtoyeu

• •! 1 1 /. • est soldat.

toujours possibles des étrangers , est une partie essentielle de la sagesse des lois ; car les meilleures institutions intérieures ne sauraient préserver un peuple inhabile a la guerre , de Tinvasion d'un Voisin injuste et belliqueux.

Mais si, dW côté, les armes sont utiles a la république , elles lui deviennent , de l'autre , trèsfunestes, lorsque , habituellement et exclusivement confiées a une partie des citoyens, ceux-ci , séduits par lappât du butin ou d'une fausse gloire , les tournent contre la liberté des autres^ au profit de l'ambition et de la tyrannie. Pour prévenir un si dangereux abus, il est d'une bonne politique de donner des armes à tous les citoyens , et de les rendre tous également habiles a s'en servir. Outre un préservatif contre le danger dont nous venons dé parler , la république trouverait dans une semblable institution l'avantage de se faire mieux respecter par ses voisins , et celui non moins précieux d'accoutumer les citoyens a l'obéissance légale , et d'en augmenter la vigueur par la fatigue et par le mépris de la douleur et de la mort.

Lcsenfansiiie. Aus» , flès qi]€ ks ciifans en auraient eu lu Zi^^trieT de force , cm les aurait habitués aux travaux militaila vraie gloire, y^g £^ parlant de la premîeFe éducation je dirai comment on voulait leur inspirer la fermeté et le courage ; je me borne ici à faire remarquer que , dans Tesprit des membres du comité y leffet des institutions , à ce relatives , eut été de n'introduire les jeunes gens dans la vie sociale , que déjà préparés a la discipline et aux privations des camps , enflamma de Famour de la patrie^t brûlant de la servir.

La jeunesse Autaul Ics nouvcllcs institutious auraient aug- ^^^""^^ mente la force défensive de la nation , autant Jronuère». ^jjgg j^j auraient inspiré de sentimens d équité envers les étrangers et d'aversion pour les conquêtes. Un peuple agricole j sans monnaie et sans luxe , n ayant d'autres soldats que les citoyens , et goûtant les douceurs de l'égalité j de la liberté et de l'abondance, n a ni la volonté , ni le pouvoir de prendre les armes pour opprimer ses voisins , ou de prolonger la guerre quand il y est engagé pour sa défense.

Cependant , son respect pour le droit des gens ne le mettant pas a l'abri de l'inquiétude de ses voisins et des entreprises d'un conquérant , il doit se tenir sur ses gardes. Son armée composée de tous les citoyens valides, punirait bientôt l'audace des envahisseurs ; mais n'est-il, pas

plus prudent de les arrêter aux frontieFes , de présarver le pays des ravages d'une invasion et de donner a la nation le temps de courir aux armes P Aussi le comité pensait-il que , dai» leiat où se trouvait alors l'Europe et jusqu a ce que la raison et la liberté eussent fait de nouveaux progrès , il serait nécessaire de tenir la jeunesse française constamment campée ou cantonnée sur la lisière de la république.

Avant d'entamer le chapitre de l'éducation militaire y il est bon de jeter un coup d'oeil sur la formation , sur la force et sur les mouvemens de l'armée nationale.

Nous avons vu qu'elle devait se composer de tous les Français en état de porter les armes. Les lois eussent déterminé l'âge auquel cette capacité est présumée commencer et finir.

Tous les citoyens, distribués en corps de force ordre miuégale , sont prêts à marcher a la voix de la pa- ^'"'' trie en péril. Il y a dans la vie militaire \m temps exclusivement consacré a l'obéissance ; les chefs sont nommés pour un temps par le peuple ' .

' La perpétaitë dea grades militaires est , si. je ne me trompe, un des plus grands fléaux de la Ubertë publique, et c'estpar elle qu*un certain despelisiBe s'élève sur la ruine des lois. Les officiers , jadis bons citoyens, se rojant placés à jamais au-dessus du simple soldat , séparent insensiblement leurs intérêts de ceux du peuple ; se créent de nouyeaux besoins ; se font, des services qu'ils rendirent à la patrie , des titres pour s'emparer des distinctions , des trésors

Quelques membres du comité insurrecteur pensaient qu'il serait utile d'appeler des magistrats civils aux fonctions supérieures de l'armée ; nous reviendrons sur cette opinion ai parlant du gouvernement.

Occupation. Eu tcmps dc paix , l'institution militaire tenalL/crtU ^^*^ préparer les citoyens aux fatigues et aux

dont

mili

source.

ct'<le la puissance ; ne portent plus les armes que comme on exerce un métier , et finissent par former dans T^tat un corps aristocratique qui, pour plaire à ses chefs auxquels il doit tout, accre'dite la doctrine de l'obëissance aveugle , «t s'efforce d'étouffer dans «es subordonnés jusqu'au souvenir de leur* droits.

Il est de rintérêt de la tyrannie de persuader aux peuples que la guerre ne peut être faite avec avantage , que par ceux qui en font exclusivement leur état; c'est une erreur démentie par l'expérience. Les âmes libres renferment un ressort plus puissant que toutes les règles de la tactique. Un peuple uni et sagement institué en saura toujours assez pour confondre l'audace de ses ennemis , et aura des vieillards et des magistrats suflSisaroment expérimentés, pour diriger ses opérations militaires.

Sparte eut-elle des officiers inamovibles ? Les Grecs qui défirent l'armée innombrable de Xerxès avaient-ils à leur tête des chefs perpétuels ? Dans les beaux jours de ^Aome y eut-il des commandans à vie? Nest-ce pas avec des armées de paysans et de bergers, que les Suisses , les Hollandais et les Américains repoussèrent les troupes de leurs oppresseurs , disciplinées , façonnées à la servitude et commandées par des officiers de métier ? Une poignée de Corses grossiers battirent constamment les soldat? disciplinés des aristocrates génois, et résistèrent long-temps à ime armée nombreuse et policée de Français. Enfin , c'est à des soldats inexpérimentés et à des chefs nouveaux, que la France dut, à une époque où«Ue marchait à grands pas à la liberté , les prodiges de valeur par lesquels la soldatesque de tous les dominateurs de l'Europe fut repoussée et défaite.

manœuvres de la guerre , a fortifier le physique et le moral des hommes , à ouvrir au peuple un vaste champ d'amusemens et d'émulation.

De fréquentes assemblées se seraient formées :

Pour rinseription des nouveaux défenseurs ;

Pour élire et proclamer les che& ;

Pour exécuter les évolutions militaires ;

Pour assister aux exercices de la course, de 1 equitation , de la natation , etc. ;

Pour former les grands campemens ;

Pour distribuer lès prix et les triomphes décernés au zèle et a la valeur.

Jusqu'ici les fonctions militaires remplissent Levée du peu.

,■■1 . .•"■•i 1*. pi® entier facile

agréablement une partie du vide que laissent à exécuter. dans la vie humaine les occupations' nécessaires dont elles ne dérangent ni la distribution ni rharmonie ; mais , la guerre arrivant , elles passent au rang des travaux essentiels au maintien de la société , dont les besoins sont alors considér rablement augmentés.

. C'est a l'autorité , chargée de l'administration suprême , qu'il appartient d'appeler les citoyens à la défense commune , et de désigner, d'après les règles établies par la loi , ceux qui doivent mardier lorsque le concours de tous n'est pas nécesr saire.

Les rôles , les armes , les habillemens et l'instruction militaire étant toujours en bon état sur

tous les points de la republique , la levée du peu- {de entier n Wre pas plus de difficulté cpie la marche d un régiment. Quelle est la nation qui peut - opposer a ses ennemis une force si redoutable ? Cependant, si le peuple prend en totalité ou en partie les armes/et s'éloigne de ses foyers , les travaux productifs étant suspendus ou diminués il y aura faute des choses qu'on a l'habitude de consommer , à moins qu'une sage administration, ne trouve , dans le cours ordinaire de la société , des préservatifs contre les accidens imprévus.

Aeddeiu im. Ccs accidcus ne se bornent pas aux ravages dé

prêtas et prccatt-| ^ , . , .,

lions. ta guerre et a la suspension des travaux ; u en est

que la prudence humaine ne peut ni prévoir^ ni empêcher ; telles sont les inondations , la sécheresse , la grêle et la. stérilité dont de fréquentes révolutions frappent la terre fécondée par la main de l'homme. Faute de bonnes institutions sociales^ des contrées florissantes sont trop souvent dépeuplées par de semblables événemens; et, ce qui est beaucoup plus affligeant pour toute " ame honnête , c'est que la disette fait périr de misère la classe laborieuse , non par le défaut réel dies subsistances , mais parce que les ouvriers qui sont alors moins recherchés , ne peuvent pas atteindre le haut prix auquel les riches élèvent les denrées, que seuls ils ont pu entasser dans les années d'abondance.

Chez un peuplé équitablemient institué , les biens et les maux doivent être également parta^ gës entre tous ses membres. La rareté des choses nécessaires doit , quand elle a lieu , s y faire senttir également partout; mais , avant d'en venir aux privations , on doit épuiser toutes les pré^ cautions que la fertilité ordinaire du sol et Tacti»vite des habitans rendent praticables.

Le travail de tous les citoyens valides produis rait sans doute beaucoup au-delà des besoins p^blics , puisque , dans Tordre qui régit actuellement la société, il y si tant d'oisife , et tant de choses utiles converties en superfluités. Pour obvier aux accidens imprévus , il ne faut donc que recueillir et conserver le surabondant des années fertiles , presque entièrement dissipé aujomtlWi en usages frivoles qui , en flattant Forgueil , la vanité et des goûts dépravés, nous rendent médians et malheureux^

De la connaissance facile de b quantité des pnK ductions et des besoins y Tadministration suprême déduit les dispositions nécessaires pour assurer partout Vapprovisionnement actuel , et pour pourvoir aux besoins imprévus de lavenir.

Rien n'est aujourd'hui plus rare que Texacti*tude des dénombremens , parce que chacim, se croyant d'autant plus à l'abri de l'advw'sité qu'il entasse davantage, s'^orce , par défausses déclara-

lions , de soustraire son bien aux charges publiques. Mais, la oîi la propriété unique de la patrie remplace les propriétés particulières, personne ne pouvant être tranquille sur Tayenir qu'autant que la république est riche et peut administiier «t distribuer avec équité les fruits du travail commun , la même inquiétude qui porte aujourd'hui les hommes a ne songer qu a eux , les invite à se rapprocher , a se confondre , a s'entr'aider et a se communiquer, sans fraude , leurs besoins et leurs ressources. Que Ion pèse, disait le comité insurrecteuTy toutes les circonstances, et on verra que les bienfaits de Tétat social sont presque anéantis par Imtroduction de la propriété indi- . viduelle , et que ce ne sera que lorsqu'elle aura disparu , que chacun sentira combien il est intéressé au bien-être de tous ses co-associés.

La science de Tadministration que le froissement de tant d'intérêts contraires rend si épineuse, se réduit, par la commimauté des biens, à un calcul qui n'est pas au-dessus de la capacité de nos plus ineptes marchands.

C'était au moyen de grand réservoirs , remplis . dans les temps d'abondance , que la république eut pourvu aux accidens imprévus ; au moindre danger extérieur, les subsistances nécessaires au peuple armé en eussent été extraites , pour être transportées aux lieux de ses rassemblemens.

Dans Tordre actuel, lorsqu'on veut se préparer k la guerre , la plus grande difficulté n est pas dans la direction à donner aux mouvemehs des hommes armés , mais dans leur réunion et dans leur entretien.

Si 1 on parvient à vaincre jusqu'à un certain point les résistances qu opposent la mollesse et Tégoïsme, il reste encore beaucoup a faire pour recueillir Targent qu'on ne donne qu'à regret , et pour assurer les provisions de toute espèce, ou par des achats directs^ cpie le renchérissement subit et les piUeries inévitables des employés rendent fort onéreux , ou à l'aide des entrepreneurs dont rien ne peut assouvir l'insatiable et adroite cupidité.

Quelquefois la crainte d'un joug étranger, ranimant, au moins pour quelque temps , l'amour de la patrie , favorise la levée des contributions extraordinaires ; mais ce n'est qu'en portant un coup funeste à l'agriculture et à l'industrie et en faisant une foule de mécontens, qu'on se procure les moyens dé repousser l'agression étrangère.

Dans le système politique de nos conjurés, EntreUcn je toutes ces difficultés disparaissent; les approvisionnemens sont tout faits ^ et les corps armés peuvent à chaque moment se mettre en route pour les frontières , sans qu'il soit nécessaire de retrancher aux citoyens la moindre partie de leur

entretien habituel ; leur nombre demeurant le même, la consommation n augmente pas, quel que soit le lieu où elle s'opère.

Resionreesèx. Cependant, s'il fallait réitérer les campagnes ^

iraor s. j^ masse du travail nécessaire et le nombre des ' consommateurs ne diminuant pas, tandis quWe partie des citoyens se livre à des occupations non productives , il y aurait à la fin , dans les approvisionnemens , un déficit qui pourrait devenir une cause de malheurs et de désordres.

Alors une nouvelle application des principes de légalité fournit de nouvelles ressources ; les citoyens qui font la guerre portant un fardeau auquel il est impossible de rien ajouter , il est juste que, par une nouvelle répartition de la charge commune, il s'opère un accroissement dans le travail de ceux qui ne prennent pas les armes. Une demi-heure ou une heure de travail déplus par jour serait le maxtunwm de la charge que ferait peser sur le peuple la guerre la plus malheureuse. Que Fou nous montre , s écriaient quelquefois les conjurés , un ordre social où de si N grands effets soient produits par des moyens plus simples et plus faciles a être mis en action ! Précautions Dcla facilité avec laquelle un peuple ainsi insti^

de la guerre. ^^^ pourrait dévcloppcr ses forces, on aurait tort de conclure qu'il serait toujours disposé a inquiéter ses voisins ; il est au contraire a présumer qu'ï

s'imposerait liii-méme des règles , soit pour pré- Tenir la précipitation et Tinjustice dans les déclarations de guerre , soit pour diriger la conduite des guerriers pendant les hostilités.

Probablement un tel peuple ne ferait là guerre que pour repousser Tinvasion , ou pour soutenir un Yoîsin injustement opprimé ; content des richesses d un sol fécond , et n'ayant dans son sein ni gueux, ni fripons, comment pourrait-il être tenté d aller disputer a ses voisins des productions dont il ne saurait <pie faire f Agricole , simple , heureux et attaché à ses mœurs et à ses lois , l'amour du pillage lui serait aussi étranger que la passion des conquêtes , et ses institutions commerciales ne lexposeraient jamais a épouser les querelles de ses marchands , espèce d'hommes qui . lui serait inconnue ^

I La paix étant le premier des biens après la Hbertë , il n'est utile et juste de recourir aux armes que lorsque celle-ci est menacée. Hors ce cas , la guerre la plus heureuse est un attentat contre Thumanit^ et une source de maux pour le yainqucur lui-même.

L'histoire nous apprend que la gloire militaire fut plusieurs fois le marche-pied de la tyrannie. Il est d'autant plus nécessaire de brider par les lois et par les mœurs l'esprit militaire , que le8 conquêtes etlepilla^ corrompent les citoyens, poussent les vaincus au désespoir et à la vengeance , introduisent dans les opinions un honneur chevaleresque et ambitieux , et élèvent au-dessus des lois, des chefs rebeUes, qui osent exercer sur la patrie le despotisme auquel ils avaieot façonné les soldats , sous le prétexte de les discipliner. Ces traitres , aidés par la passion de l'or et des distinctions , qu'ils fomentent adroitement dons leurs imprudcns compagnons d'ar-

On pensait , au comité insurrécleur , que la loi devait défendre toute guerre offensive , et obliger Tarmée à attendre sur le territoire de la république les attaques de Tennemi ; on y voulait que^ polir préserver la nation de la corruption que les dépouilles des vainqueurs trament a. leur suite , tout butin individuel fût interdit , et que tout soldat fût obligé de rapporter au dépôt public, tout ce qui pourrait tomber sous sa main. Cependant on ne se dissimulait pas que la meilleure sûreté contre la licence militaire résulterait du mépris des trésors des peuples esclaves , que leducation commune graverait dans tous les cœm's. Sous la tente , au milieu des combats , le soldat citoyen n'eût eu d'autre passion que Tamour de Tégalité et de la patrie , ni d'autre guide que ses lois.

Respect pour A Tamour dc leur république , les conjurés joignaient celui de l'humanité , au bonheur de laquelle se rapportaient au fond tous leurs projets. Si leurs vœux avaient été accomplis , il n'eût pas tenu à eux que le même esprit d'égalité et de justice qui devait régner entre les citoyens, ne dirigeât la conduite de la république envers les étran-

mes , sèment partout la corruption , proscrivent la vertu , se proclament insolemment les sauveurs des nations qu*ils chargent de fers, et / après avoir outragé Thumanité et s'être moqués de toute idée religieuse , ils portent reffronterie jusqu'à placer leur puissance criminelle sous la protection de la divinité et de la justice.

gers; ik désiraient que le peuple français, se considérant comme un membre de la grande so^ ciété humaine , contribuât par sa sagesse et par son exemple , a assurer la paix universelle / et k faire respecter en tout lieu lés droits que la na- . , ture a accordés k tous les hommes.

Les occupations qui ont pour objet Fadministration et la défense de Tétat ne sont pas moins essentielles que celles qui contribuent a satisfaire les besoins des hommes , parce que, sans elles , Tordre intérieur ne saurait être maintenu et les dangers extérieurs ne pourraient être prévenus. Elles sont en outre des devoirs pour tous, parce que , s'il en était autrement , elles cesseraient bientôt d'avoir uniquement pour objet l'intérêt public.

Celles dont je vais parler en diflferent, en ce que non moins nécessaires pour la conservation de la liberté et pour le bonheur deda société , elles sont d'autant plus fécondes en bons résultats, qu'au lieu d'être commandées^ elles sont volontaires et recherchées, qu'elles font du plaisir une source de vertu, et qu'elles fortifient le sentiment et l'amour de l'égalité.

Le comité désirait que , dans la république , les Avantages des citoyens fissent en commun tout ce qu'ils avaient ^^^y^à.^^^a faire. La présence, disait-il, d'un public nom- ^^y^"*breux et incorruptible , réprime les impulsions

secrètes de régoïsme, rend plus sensible le besoin de s'ehtr aider, et entreti^it dans le cœur de chacun le désir d obtenir Tapprobation générale pra Texâctitude k s'acquitter de ses devoirs.

S'agit--il de délassemens ? il est très-confwme à Tesprit d égalité qu'on naime à goûter de plaisir que lorsqu'il est partagé. Aussi les peuples libres ont-ils de fréquentes assemblées , et les esclaves n'en ont point. Le bonheur est plus ou moins dans l'état, à mesure qu'cm y préfère davantage les amusemens publics , ou que l'on aime mieux s'enfermer, et se rendre insensible aux souffrances et à Tennui de la multitude.

Sous la main d'un législateur sage, les événemens de la nature , de la vie et de la société deviennent autant d'occasions d'instruire et d'amuser. Par les uns , il appelle l'attention des citoyens sur les œuvres de la divinité et sur les merveilles de l'ordre social ; par d'autres , il célèbre les vertus des grands hommes et leur suscite des imitateurs : tantôt il enflamme le courage , tantôt il réchauffe l'amour de l'égalité ; et , en occupant sa^s cesse les an\es d'objets sublimes, il les préserve des appé^ tits et des passions vicieuses qui les énervent el les pervertissent.

Qaatre classes Lc comité insurrcctcur distinguait , si je ne me V ^j.Qjjjpg ^ quatre classes d'assemblées du peuple, n rangeait dans la première , cellçs qui avaient

pour objets Texercice de la souveraineté, les ju- ^emens et radminîstration ; j^en ai dit un mot et j^en parlerai encore en rendant compte delaforme de gouvernement. Celles de la seconde classe étaient relatives à Tordre militaire dont j'ai fait mention. À la troisième appartenaient les assemblées exclusivement destinées a llnstruction ; j'en parlerai en traitant de l'éducation et du développement des facultés intellectuelles. Par celles de la quatrième enfin , le comité se proposait d'entretenir et de fortifier dans les coeurs des Français l'amour de la vertu. Je vais essayer de peindre brièvement l'idée qu'il s'en était formée.

Il commença par jeter les yeux sur les événe- Fêtes. mens les plus remarquables de la vie civile, et jugea qu'il était conforme à l'esprit de ses institutions , d'en faire les sujets d'autant de fêtes populaires. Lluimm de» sexes, la présentation des nouy^eau-nés , Ventrée des enfans dans les maisons d'éducations, le départ desjetmes gens pour les frontières , leur retour e* leur admission au rang des e/toyen^. eussent pu donner lieu à des solennités publiques, célébrées sur tous les points de la France.

En cas de guerre , le départ des guerriers , leur retour, les honneurs à rendre aux défenseurs de la patrie morts dans les combats , et les triomphes à décerner aux plus vaillans, eussent été

les occasions d'autres fêtes , propres à élever les âmes et à conserver l'esprit martial.

AssemLiéesde D'autTCs asscmblées étaient destinées par le ensurc. , ^j^^ j^ comité , k entretenir le désir de Fapprobaticm et -la crainte du blâme publics. A des époques marquées, on y aurait exercé une espèce de censure sur la conduite des citoyens et principalement sur celle des magistrats : on a vu que l'agrément du peuple eut été nécessaire pour l'inscription des jeunes gens sur le registre civique ; il en eut été de même pour les honneurs a décerner aux vieillards, et pour accorder aux morts une mémoire glorieuse.

D après les vues du comité , les vieillards auraient joué un grand rôle dans le gouvernement de la république , soit en éclairant les délibératicms, soit en veillant à la conservation des mœurs , soit enlSn en dirigeant l'éducation de la jeunesse. Distingués par un costume particulier et par une place marquée dans les assemblées publiques , ils avaient en corps l'initiative de l'avis sur toutes les propositions faites au peuple; d'importantes fonctions et la principale influence sur la censure leur étaient réservées; et, récompensant en eux , par un respect filial plein de déférence , une vie sans reproche , on préservait les délibérations publiques de la légèreté et de la précipitation d'un âge moins mur.

Nos conjarës désiraient aussi instituer des ju- jogemem des gemens , auxquels tous les magistrats sortant de pXûl™*''" charge eussent été soumis ; nul n^eùt pu être appelé a une nouvelle magistrature , quêtant que sa précédente gestion eût été approuvée.

Et afin quil restât toujours quelque chose à Jugem«nt des désirer ou a craindre au citoyen le plus couvert de gloire, on imaginait de naturaliser en France une coutume de Tancienne Egypte , par laquelle la vie des morts était soumise a un jugement qui leur accordait ou leur refusait les honneurs de la sépulture.

Des lieux embellis par la nature et par l'art, devaient être consacrés a recevoir les dépouilles mortelles des bons citoyens. Des monimiens érigés par le peuple aux plus dignes , et Finscription des noms et des vertus de tous auraient transmis a la postérité un vaste champ d'instruction et de patriotisme , et les vieillards , à qui la garde de ces enceintes sacrées eût été confiée , auraient , parleur exemple, invité la nation entière a rendre im utile hommage à la mémoire des hommes de bien. .

Des fêtes allaient être consacrées a célébrer les Anniversaires

,-,• , <,, .. . , 1 de» ëvénemens

evenemens mémorables qui avaient le plus con- mémorables. tribué a établir et à affermir l'égalité. En mettant sous les yeux du peuple les causes qui les firent naître, les circonstances dont ils furent ac-

compagnes , et le biai ou le mal qui en futla snite ^ on lui eût fait faire un cours d'histoire nationale , de morale et de politique , et il eut appris a connaître les écueih contre lesquels pouvait se briser , faute de sagesse^ le vaisseau de ta repu* Mique.

Jeux et spee» ^ On Youlait aussi que quelques-uns de ces événemens fussent mis en action , et dès-lors quel parti le législateur n^eut-il pas pu tirer de la poésie , de la musique , de la danse et de la peiu* ture , pour graver profondément dans les cœurs les sentimens qu'il visait à inspirer ; a Vaide des récompenses décernées par I opinion , il eut mis en honneur lé courage, Fagilitéf la tempérance^ la modestie, Tamour du travail, et toutes lea qualités physiques et morales qui sont les ememens et les appuis de légalité et de la liberté.

Il s^nblait au comité que les amusemens que le peuple entier ne partage pas , dcMvent être retranchés d'un état bien institué , de crainte , disait-il , que Vimaginatien débarrassée de la surveillance d'un juge sévère , n'œfantàt hientèt. des vices monstrueux , si contraires au bonheur de tous.

Diviniu , et Toutes ces institutions , et les moeurs rqpublî-

immorUlité de • î 11 J • -^ /

rame. ' cames qu eues devaient créer et conserver y eusr* sent trouvé un dernier et important appui dans les idées religieuses dont les lois et Féducation

GooqIc

allaient jeter les semences dans tous les esprits: La république française, ne reconnaissant aucune révélation, n^eùt adopté aucun culte particulier; mais eUe eût fait de Tégalité le seul dogme agréable k la divinité , dont les bienfaits eussent été proclamés par des solennités populaires et elle eut fortement gravé dans le cœur des bons ci-» toyens Tespérance d'une heureuse immortalité ^

Ce qui paraissait au comité insurrecteur le Lien qui unit plus difficile dans Tordre social qu'il voulait aTiar^uW^qùe! établir , c'était le maintien de ce lien secret qui

« On pensait au comité que les dogmes de rexistence de TÊtre suprême et de Fimmortalité de Tame sont les seuls dont la sociëtë régénérée soit rëritablement intéressée à maintenir la croyance , parce que , disait'-on , il lui importe que les citoyens reconnaissent un juge infaillible de leurs pensées et de leurs actions secrètes , que les lois ne peuvent atteindre , et qu'ils fiennent pour certain qu*un bonheur éternel sera la suite nécessaire de leur dévouement à rhumanité et à la patrie. Quant au culte, ou voulait qu'il fût borné au respect pour le pacte social , à la défense de l'égalité et à certaines fêtes publiques. Toutes les prétendues révélations eussent été Reléguées , par ks lois , parmi les maladies dont il fallaijt extirper graduellement les semences. En. attendant) libre à cha> cun d'extravaguer, pourvu que l'ordre public, la fraternité générale et le pouvoir des lois ne fassent point troublés. Telle fut la doctrine religiense des ptmcipaux défenseur» de l'égalité pendant la révolution française , telle fut celle de Robespierre qui dut , en grande partie, au courage avec lequel il la défendit, la sanglante proscription dont il fut la victime. L'égarement des albées , les erreurs des hébertisies , l'immoralité de» dantonistes , Torgueil comprimé des girondins , les menées sourdes des royalistes et l'or de l'Angleterre déçurent , au 9 thermidor , les espérances du peuple français et du genre humain.

lient étroitement unies toutes les parties delà république , et fait que chacune d^elles^ loin de se regarder conune un tout séparé , indépendant et indifférent au sort des autres , sent que sa prospérité dépend de la leur , et que ce n'est que par une volonté et par une action commune qu'elle peut la conserver et laccroître.

Il y a daiis tout pays un peu étendu , des lieux fertiles oiila terre fournit un abondant superflu, et d'autres oii elle suffit a peine aux besoins des habitans. L'intérêt qui, dans le système de la communauté, lierait ceux-ci à ceux-là , est sensible; mais comment empêcher que les communes favorisées par la nature , ne regardent comme onéreuse leur association à celles qui ne le sont pas , et ne prétendent demeurer , par une violation de la loi de l'égalité, en possession d'une .existence plus commode ?

Peut-être l'instituteur d'un peuple nouveau verrait, dans la possibilité de ce désordre, im motif pour étendre ou pour resserrer son territoire: on le préviendrait probablement , en variant les productions , de manière que chaque commune eut quelque chose à attendre des autres ; mais c^est principalement par la réciprocité des bienfaits , et par la connaissance des avantages de l'ordre social , que le lien dont il s'agit peut être rendu indissoluble. Lorsque l'habitant du midi

de la république connaîtra combien lui sont utiles ceux qui demeurent au nord , par les jouissances qu'ils lui procurent, par Fimportance du terrein qu'ils défendent, et par les sentimens fraternels qu'engendre en eux la conformité des mœurs et des lois , il sentira son ame s'agrandir , il admirera le mécanisme social par lequel tant de millions d'honunes confirent à lé rendre heureux , et il se convaincra que , dans l'intérêt mêine de cette égalité qu'il chérit, il est nécessaire que , franchissant les limites de sa commune , elle comprenne toute l'étendue de la république ï.

Rien n'est pIUs propre a faire naître et a en* CQmmunicatretenir ces sentimens, que les communications çj^^*"^ fréquentes entre les habitans des diverses parties d'un état ; elles redoublent leur zèle , en leur prouvant Fempressement de tous a servir la patrie. Aujourd'hui les commerçans font, pour s'enrichir ;

>" Le pacteréël oq tacite, sarifiqael repose la socîëtié , renfenne nécessairement la mise en commun de toutes les forces et de toute la puissance des individus ; car, autrement, ceux-ci se trouvant , dés le commencement inégalement, partagés, il serait tout à l'avantage des uns , et au détriment des autres. Il résulte de cette convention fondamentale , que le territoire , quelle que soit son étendue , est tout entier là propriété originaire du peuple qui l'occupe; or , celui-ci ne pouvant vouloir traiter les uns plus favorablement que les autres , entend nécessairement , quand il exerce complètement ses droits , que la production inégale de travaux égaux soit compen*^ séè par une distriBotion impartiale.

ce que Ton devrait faire pour remplir sa tache, pour s instruire et pour devenir meilleur. Mais la passion dont ils sont animés étant étouffée par la proscription de la propriété individuelle , le législateur qui ne veut pas enfermer sa république dans Tenceinte d une ville , doit lui substitua* des mobiles innocens et féconds en bons résultats. Le transport des denrées, la transmission des ordres, les fonctions du gouvernement et de la guerre font parcourir le pays à un grand nœnbre de citoyens : ce n est pas tout; aux communications de devoir, il faut çn ajouter d'autres , provoquées par Tamour seul des plaisirs de lesprit et du cœur, et il parait quon ne saurait mieux les entretenir et les faire rechercher , que par la fréquence et la variété des fêtes publiques.

Faes. Chaque commune , chaque département eut eu $es fêtes particulières ; d'autres , plus, générales , n eassent été célébrées qu'auprès du gouvemje^' ment de la république; d'autres enfin eussent embelli alternativement plusieurs points qui auraient eu tour à tour l'honneur de fixer les regards de la nation entière ^

« La divinité , les grands phénomènes de la nature , les arts utiles, les vertus, le* révolutions politiques, favorables àThumanité , et les grands hommes qui Vont servie et honorée , étaient les sujets que ces fêtes devaient graver dans Pesprit du peuple , et dont la première idée avait été donnée par le décret de la convention nationale, rendu à la suite du rapport mémorable de Robespierre sur les idées religieuses.

C'était par de semblables institutions , que les Néceisitéd'imt membres du comité insmrectem* croyaient gaW*^^""*' * devait fonder solidement la liberté, et qu en changeant graduellement les moeurs, on' rendrait les Français heureux, unis, chéris^ respectés et invineiUes. Cependant les. soins des réformateurs eussent été insuflSsans , s'ils n avaient pas avisé aux moyens de préserver leur ouvrage des atteintes de la force et de i^corruption , et de l'améliorer successivement.

Quelle que soit la^ sagesse des institutions , elles ^Itraineront bientôt dans leur chute Tégalité qu'elles ont établie , si le législateur ne leur donne pas un garant plus actif que les efforts de Yé^ goïsme ; il n'en est pas de plus sûr que la réunion de toutes les fiances individuelles en une seule grande force commune, toujours prête à ramener à la règle de Tintérét général ceux qui s'en écartent : c'est la création du corps politique.

Mais cette force est eUe-mém^ dangereuse et l» puissance nuisible , si elle n'obéit pas à une volonté qui sera dwTptupie^* contraire au bien et à la liberté du peuple , û elle n'en émane pas directement. Il faut donc que la déclaration de la volonté nationale ou la loi soit l'ouvrage du peuple. Aussi était-ce au peuple que le comité insurrecteur entendait rendre le soin de maintenir, par leâ actes de sa. v4)lonté , le grand principe de l'égalité.

Quoique les institutions primitives.soient sagement conçues, elles ne peuvent ni prévoir tous les dangers et tous les besoins futurs de la société, ni se placer dans toutes les circonstances oîi elle pourra se trouver; notre république eût donc eu, comme tous les corps politiques, besoin d'une législation successive, et par conséquent d'une puissance législative permanente qui , ainsi que nous venons de le voir , ne pouvait réisider que dans le peuple.

Après avoir posé les bases de Féconomie sociale, propre à maintenir Tégalité , le comité insurrecteur songea à disposer les choses , de manière que le principe de la souveraineté du peuple ne fut jamais violé , c'est-à-dire a faire en sorte que nulle obligation ne pût être imposée au peuple sans son consentement réel, qu'il pût. facilement émettre sa volonté , et qu'il portât dans ses délibérations toute la maturité désirable.

Afin d'atteindre ce but, il fallait déterminer les elémens dont le peuple se compose , les formes à suivre pour provoquer lemission de sa volonté , et en connaître les arrêts , et les précautions à prendre pour forcer les magistrats à s'y soumettre.

Avant de rendre des projets du comité , relativement à l'autorité publique , un compte aussi fidèle que me le permettent le laps du temps et le

faible et unique secours de ma mémoire , je dois prévenir qu^ils tendaient tous à assurer Fexécution du dogme fondamental r le peuple délibère sur. les lois, consacré par. la constitution de 1 798 , dont il forme le caractère distinctif ; au surplus, je suis loin de donner ces projets comme des points définitivement arrêtés.

Le peuple, disait le comité , est la totalité des hommes vivant en frères sous la même loi politique ; et , la nature faisant dépendre de 1 égalité des droits le bonheur des individus et la tranquillité durable de la société , il ne saurait y avoir, au sein de la nation , un seul individu inégalement partagé , sans qu'il y ait aussitôt une semence de désordre et de dissolution. Conséquemment, tous les habitans qui , parvenus , a lage où se développent les facultés intellectuelles, consentent a vivre dans le pays et à se soumettre aux décrets du peuple souverain , sont citoyens et membres de la puissance législative.

En parlant des vues du comité insurrecteur Étrangers. sur le commerce extérieur, j'ai dit qu'il comptait en confier la direction à des magistrats. Non-seulement il opinait, en cela, conséquemment au principe de la communauté desbiens^ mais il se proposait d'écarter , par le même moyen , la contagion des exemples pernicieux qui pourraient énerver la force des moeurs et l'amour de l'égalité , garans

des droits et du bonheur de tous. On aurait donc élevé entre la France et ses voisins des barrières hérissées d'obstacles : cependant elles n eussent pas été impénétrables ; Tamour de Thumanité les eût ouvertes aux amis malheureux de la liberté ^ a^ bienfaiteurs des nations , attirés par le désir de ^connaître les institutions françaises, et aux hommes las de servage , qui seraient venus avec un cœur pur chercher dans notre répuMique l'égalité et le bonheur » .

« Celte précaution , à IMgard des étrangers , était dictée , non |>ar un esprit malveillant d'isolement , mais par le désir de mieux remplir les offices d'humanité et de fraternité , que tous les peuples se doivent réciproquement. Le premier de ces devoirs^ est celui qui astreint un peuple à aider les autres dans le recouvrement et dan& la défense de leurs droits naturels , et le comité hi'^ surrecteur pensait que la république française devait s'en ac^ quitter en donnant , avant tout à la terre , l'exemple éclatant d'une institution forte, fondée sur l'égalité et sur la liber lé. Dans sa maniei'e de vrâr , un si grand bienfait ne pouvait être communiqué par la force des armes , soit parce que l'invasion porte nécessairement avec elle l'idée de la conquête et de la domination, soit parce que les accens de la fraternité se concilient mal avec les violences que la guerre entraine à sa suite. Voulant donc rendre efficace le grand exemple qu'on préparait au monde , il faUait écarter soigneusement du nouvel ordre social tout ce qui pouvait en retarder ou en empêcher l'établissement , et par conséquent éloigner sévèrement du territoire français , cette foule d'étrangers que les gouvememens ennemis n'eussent pas manqué d'y Irépandre , sous des couleurs philanthropiques , dans l'intention perfide d'y semer la discorde et d'y créer des factions ; d'ailleurs l'expérience de Fan II était trop récente pour qu'on négligeât de se tenir sur ses gardes. Une parfaite communication n'eût pu avoir lieu avec les nations étrangètes, avant qu'eiles^ eussent

Rien n'eut été épargné pour âoigner impitoyablement tout introducteur de frivolités et de modes étrangères ; les curieux eussent été soumis à de rudes épreuves et a une rigoureuse surveillance, et quant aux aspirans de bonne foi aux droits de cité , la loi eiit exigé que l'acte national qui devait les leur conférer, fut précédé d'un long et scrupuleux noviciat.

Chez un peuple nombreux, répandu sur un vaste territoire , on ne peut réunir tous les citoyens en une seule assemblée , pour recueillir d'un seul jet la volonté nationale. De la naît la nécessité de régler , d'une manière uniforme et commode , les sections dans lesquelles le peupk entier se distribue, et de trouver un mode prompt et facile d'en comparer les vœux , sans s'exposer a les voir méconnus ou dénaturés. Le comité croyait que ce but serait atteint au moyen des trois établissemens suivans :

i*" Les assemblées de souveraineté ;

a"" L'assemblée centrale des législateurs;

y Le corps des conservateurs de la vokmté nationale.

Les deux premiers sont consacrés par la constitution de 1793 ; le troisième devait être l'objet

adopté les principes politiques de la France ; jusque-là , celle-ci n'eût vu que des dangers pour elle-même dans leurs moeurs , dans leurs ÎB^titutions , et surtout dans leurs gouTernemens.

d'un supplément que le comité jugeait nécessaire. AMembiées do PouT fonner Ics assemblées de souveraineté , on aurait divisé la république en arrondissemens , aussi étendus que la commodité des réunions pouvait le permettre. Il y aurait eu dans chaque ar^* rondissement:

L'assemblée de souveraineté, composée de tous les citoyens ;

Un sénat composé de vieillards nommés par rassemblée susdite;

Un président et des secrétaires choisis par la même assemblée ;

Un amphithéâtre orné et commode pour les as<> semblées du peuple ;

Des archives;

Des officiers chargés de convoquer les réunions

et d'y maintenir l'ordre.

AsMmbiëecen. L'asscmbléc Centrale des législateurs se compo-

lûw. ** **** sait, conformément a la constitution de lygS, de

délégués nonmiés directement par le peuple, avec

la double mission de proposer des lois , et de rendre

des décrets pour en assurer l'exécution et pour

diriger et surveiller le gouvernement. Par une

différence remarquable entre les dispositions de

la constitution susdite et les projets du comité in>-

surrecteur, les législateurs eussent été en certains

cas responsables de leurs opinions.

CoiuerYateuri Lc corps des couscrvatcurs de la volonté natio*

( sf65 )

ttale était une institution nouvelle , clèstînëe à re- ^* ^* ^°*o"*« •"»cueillir le§ actes des assemblées de souveraineté , et à proclamer la volonté du souverain.

On comptait en outre faire de ce corps une espèce de tribunat, chargé de veiller a ce que les législateurs, abusant du droit de rendre des décrets, n'empiétassent pas sur la puissance législative.

Je ne me souviens pas qu on eût pris un parti à regard du nombre des conservateurs et de la durée de leurs fonctions ; mais je me rappelle fort bien qu'on était convenu d'engager le peuple à les tirer, par ses suffrages immédiats , du corps des sénateurs.

Ceci posé, on concevait deux manières de for- Formation de mer la loi ; elle eut pu prendre naissance , ou dans rassemblée centrale dès législateurs, ou dans chacune dés assemblées de souveraineté.

Dans le premier cas , l'assemblée centrale adressait aux assemblées de souveraineté ses projets avec l'exposé dé ses motifs. Les résultats des délibérations populaires étaient envoyés aux conservateurs qui proclamaient le vœu de la nation, en publiant les votes de chaque fraction du souverain '. Dans le second cas, chaque assemblée de

« D'après la constitution de 1798, racquiescement tacite des neuf dixièmes des assemblées primaires de la moitiédes départemens , plus un , équivaut à un consentement général . Cette disposition ava i t pour objet de ne pas fatiguer le peuple par de trop fréquentes

soaveraineté pouTait proposer une loi nouTelle ou rabrogation d'une loi ancienne ; la même proposition étant faite par la majorité de la nation , les conserrateurs en donnaient connaissance aux législateiu*s, qui étaient tenus de rédiger et de soumettre k l'approbation du peuple la loi par lui demandée.

. Garantie con- S'il était arrivé cpie l'assemblée des législatre le. empiète- ^^^^ g^t cmpiété sur la puissance souveraine ,

mens de 1 assem- F r '

biéc des légûu- en rendant sous la forme de décrets des actes

tcun.

législatifs contraires aux lois existantes , l'action des conservateurs serait devenue nécessaire pour provoquer le jugement du peuple. A l'égard de cette action, il y avait au comité diversité, ou tout au moins incertitude d'opinions; car, si tous reconnaissaient la nécessité d'élever une digue contre la précipitation ou l'ambition d'une assem* blée revêtue d'une grande autorité, tous n'étaient

assemblëes , et était une conséqpeoce du droit de propriété individuelle , conserré par la déclaration des droits qui précède cette constitution. Ce droit étant détruit ou considérablement restreint, le danger de voir le peuple détourné des afiaires publiques par le soin des affaires particulières disparait, et il est juste d'être plus difficile sur les preuves du consentement national, dont la présomption pourrait être souvent fondée sur un silence , effet de l'ignorance et des manœuvres criminelles. On aurait tort de craindre la multiplicité des assemblées politiques , dans un pays où régalité simplifie la législation , si l'on considère d'ailleurs que les actes qui ne statuent pas sur des matières générales ne sont pas des lois.

pas d'aocord sur le pouvoir dont il convenait de revêtir les conservateurs : les uns pensaient que leur intei::vention devait se borner a un appel fait au peuple ; d'autres croyoient qu'il était ulilo de les autoriser à suspendre , jusqu a la décision du souverain, l'effet des décrets attaqués.

Toutdemeura a cet égard dans le vague, hormis Partogcderaula crainte réelle des usurpations de rassemblée scmbiJ/' *^**^ centrale , crainte qui avait aussi enfanté le projet de partager cette assemblée en deux sections , dont une se fut bornée a rédiger les lois , tandis que l'autre , retenue dans ses attributions par les conservateurs, eut, par ses décrets^ dirigé et contenu le gouvernement.

On apercevra aisément que la dispersion du Aranugcdda pouvoir souverain en un si grand nombre d'a^em-* ^^^ll^H'''^ blées , a un grand avantage sur sa concentration en ia*»o°un corps unique, plus exposé à devenir le jouet des factions et d'ime fausse éloquence. L'inccmstance etla précipitation reprochées aux démocraties ne sont plus à redouter, dans un système oii les délibérations passent par tant de degrés avant d être convertiesenlois. Sous ces rapports, cette manière de f (wmer la loi est d'autant préférable à toute autre , qu'elle a pour appuis la simplicité des moeurs et l'uniformité des intérêts , et que , par l'institution déjà citée des sénats, elle offre une garantie très-rassurante contre les erreurs humaines.

u peuple doit La puissance souveraine appartenant de droit L^t^^î'^Terêr- naturelau peuple , il ne peut , sans se détruire , rcurs. soumettre ses actes a aucune volonté , ni recon-

naître jamais de supérieur. Ses décisions vraiment législatives, sont nécessairement dictées par des intentions droites ; mais , étant composé d'hommes, il peut se tromper, et il est de sa prudence et de son intérêt de prendre des précautions pour se garantir des erreurs.

Voilà pourquoi , s'il est contraire aux droits imprescriptibles des peuples de les déposséder de Fexercice du pouvoir souverain, ou en les condamnant au silence , ou en soumettant a une sanc* tion particulière les actes de leur volonté , il est juste et nécessaire , pour le maintien de ces mêmes droits, de les environner de lumières et de conseils , afin qu'ils ne prononcent que des décisions éclairées et utiles.

Sénats. Ces soutiens, le comité insurrecteur les cher-

cha dans la nature , et , à l'exemple des anciens législateurs, il les trouva dans l'expérience et dans la prudence de la vieillesse; il désirait qu'une assemblée de souveraineté ne put vala-^ blement délibérer sans avoir préalablement entendu l'avis de son sénat, dont les fonctions se réduisaient à conseiller , après quoi les sénateurs auraient voté avec les citoyens. On a vu que les conservateurs eussent été tirés des sénats , el il

fut question 'd'en extraire également Un conseil d'ahdens / charge unicjuement d'éclairer par se» avis rassemblée centrale des lëgislateursi -\

Cepenàajït on ne se dissimulait pstô ijiiei lé „ j^^^^'^ ^^^ temps seul pouvait donner a cette institution sc^ "•*•• utilité et son efficacité; On sentait que là niémè force d'habitude qui attacherait un jour lesvieiU lards ata institutions de l'égalité/ 1^ attachait alors comme aujourd'hui aux illusions de la monarchie héréditaire, aux erreurs- des religions; aux prestiges de la propriété et^ux préceptes d'une morale servile.

Les sénats qu'on voulait établir devaient être les conservateurs de l'égalité et des inceurs dé^ mocratiques^ et la plupart de nos vieïHards ^Hê coimaissent ni l'un ni Vautre. D'ailleurs il eût fallu qu'au commencement ces corps ftissent les propagateurs du nouvel ordre dont ils seraient deveniis ensiute les gardiens^ 1

Ainsi le comité însurrecteur ne comptait çom^ poser d'abord les sénats que des citoyens;!^ plus vertueux , les plus zélés et les plu& aniis des mnakvelles institutions ; pendant un certain temps', ils « se seraient adjoint les vieillards les plus estima^ blés et les plus agréa3)le8 au peu{de de leurs àrrondissemens. . < » •

Il résulte de tout ce.qui précède que ^ ■ pcw le ^J^^' ^' comité insurrecteur, le bonheur etiaiiberfSë àè- .1 . i8.

pendaient bien plu^.du maintien de Tëgalité et de r^ttachéib^t des citoyens aux institutions qui rétablissent, cpie. de la distribution des pou*- Yoirs pid>lics. Il y. avait dans leur république une infiiiutéon de Vétat et une constitution de Vtmlorité, et il e^^dans Tune et dans Tautre, des points fondamentaux .'que. le peufde lui-même ne. peut ni. violer ni, modifier, psorce quW ne saurait y toucher sansdi^oudre à Tinstant la sociqte ; tels sont, dans la première, VégàMié rigou* re%fise, et dans la seconde, lu soweraineté pa* pulaire. L'inviolabilité de ces dogmes eut été çoleraidyiement rçcokmue par la loi qui devait autoriser la résistance et rinsurrection , dans le cas où une partie. d^ citoyens tenterait, çn les méconnaissant,, de sVroger lé droit, d'asservir l'autre* Rectification A. l'cxccption de CCS points capitaux de droit uon. naturel^ tout le r^te était $ubord<»wé à la vo-

lonté du peuple qui eut pu modifier et changer à son gré l'autorité par lui établie. Pour rendre hommage a cette doctrine et préserver en même tnnpsla république desdangers que les intrigues et Jes. tumultes auraient pu kû faire courir, on voulait que les assemblées de souveraineté fussent périodiquemoit appelées ik s'expliquev sur la constitution, et que , dans le cas oii elles invoqueraient des changemens^un petit nombre de sages lussent d^rgés de pm^ôser r^ulièvânent les ré-

formes demandées; oh ypalait aussi qu'kdes époques marquées, Tétat de ta nalion fût eiaminé par des commissaires spédaux qiii auraient |)ro^ posé au peuple' des mesura proprés à extirper les abus dont ils auraient reconnu l'existence.

Pour apprécier les avantagea qû'oÉrirait-une Peuaeioiswfpuissaïice légidative ainsi ordonnée, il feiut se^pîrqui Puraê rappeler, par-dessus tout, qu un peuple, sans pro- ^'^^^**'^ priété et sans les Tices et les crimes qu'elle enfante , sans commerce, sans monnaie, sans impots , sans finances ,* sans procès civils et sans indigence, n éprouverait pas le besoin du grand nombre de lois sou^ lesquelles gémissent les sociétés civilisées d'Europe.

Avant de terminer ce qui a rapport au pôtî-* l« direction

., , de ragriculturç

vwr souteram, je crois utile, de remarquer que' et des arts uuies la direction suprême de l'agriculture et des arts "plj« ttiribûeût été une de ses principsdes attributions. Les**^"^"P^"^**^

JL ■ ^ souverain.

règles générales tracées par les lois eussent été développées par l'assemblée centrale et inises en pratique par l'autorité, executive dont nous allons entretenir nos lecteurs.

Si toutes les précautions sont prises afin que la Autorité exévolonté du peuple soit toujoursconime, si les man-^ dataires , chargés d'en préparer et d'en proclamer les arrêts, sont dans Theilreuse impuissance d'y substituer la leur, il ne reste qu'à ordonner l'autorité chargée^de la faire exécuter^ de manièt*é

qu'en ^cxm caSi les m^gisti^.ts Aè puissent œntraindrei les citoyens k obéir a d^aiitres vdontés qu a celles des Icôs et que lear conduite soit une leçon permanente de bonnes moeurs et dé dévouement à la pairie.

Le magistrat ^(Àt être fort de toute la puis* sance nationale pour faire irespeeter la volonté du peuple , na^s il ne doit rencontrer que ctifficultés et obstacles dès que^ par erreur ou par prévarication , il est tenté de s'en écarter.

Causes de sa Une tcUc admii^istratiou est le résultat du mode de nomination de ses membres, de leur nombre, du pairtage et! de la durée de leurs fonctions, de la surveillance, qu-on exerce sur ' eux, des comptes qu'on en exige, des peines et des récompenses qu'on leur distribue et surtout des mœurs de la nation et de l'attachement éclairé des citoyens à la patrie et à sesiois.

Supplément A H semblait au comité insurrecteur que les dis-

laeoDstittitionde . , . . ,

1793. positions de la cqpstitution de 1798 , relatives au

conseil exécutif, étaient bonnes quoique insuffisantes. Il applaudissait a l'article qui borne son action, a l'exécution des lois et d^ décrets , et à celui qui le rend responsable de leur in^éèutîon ; il approuvait la:séparation que cette constitution consacré , des fonctions administratives du ressort de Ç0 conseil d'^v^ les judiciaires attribuées, aux tribunaux , et adhérait k ce cfu'elle statiïe. tar

le nombre des magistrats suprêmes et sm: la durée de leur exercice ; mais il pensait qu'il importait de déterminer un mode pour l'examen de leur conduite, d'assigner une peine a chaque infraction de leurs devoirs , de régler les formes à suivre pour leur distribuer les éloges ouïe blâme qu'ils pourraient mériter, et d'instituer des voies promptes et faciles pour poursuivre les mandataires et les magistrats suprêmes accusés d^nfidélité envers le peuple.

La sûreté , la défense , et, dans le système du Nature et th-

• f..«., « 1 1 • ■ jets des diiféreii-

comite, la subsistance memed.u peuple exigent tesmagistratum. impérieusement que Timpiilsion , donnée par les premiers dépositaires des lois, se propage rapidement et uniformément jusqu'aux extrémités dé la république; il est donc n^essaire que le pays soit enveloppé d'une longue chaîne dont chaque anneau réponde à l'instant k l'ébranlement imprimé au sommet. Ces anneaux sont les magistrats inférieurs, institués pour rappeler sur tous les points du territoire les citoyens à leurs véritables intérêts et pour pourvoir aux besoins du peuple , exprimés par les lois.

n y a donc, dans la république, une échelle de magistratures descendant , par divers degrés de juridiction, du conseil exécutif aux magistrats qui forment le point de contact entre le souverain et les sujets.

Une échelle semblable toute judiciaire, re* monte des magistrats , charge's de constater et de poursuivre les ii^ractions aux lois, au tribunal suprême dont la tâche est de maintenir partout Tuniformité de la législation.

Des magistrats dirigent les ocpupations productives et règlent la distribution impartiale des biens qui en dérivent ; d'autres maintiennent l'harmonie «Qtre les citoyens; ceux-ci veillent à la défense de Tétat et jettent dans les âmes les « semences du courage, et de la valeur ; ceux-là

appesantissent la sévérité des lois sur ceux cpii les enfreignent; les uns soutiennent les faibles et éclairent les égarés; les autres fournissent sans .cesse de nouveaux alimens à Tamour de la patrie , par la liber té, par la majesté, par la décence et par Tallégresse qu'ils fopt régner dans les remuons et dans les fêtes piibliques.

n serait aussi long qu'inutile d'entrer dans tous les détails de cet ordre dont les bases sont posées par la constitution de 1793 ; elle institue , d'un pôté des tribunaux , et de l'autre des administrations intermédiaires et de$ corps n^unicipauX auxquels on eût subordonné d'autres magistrats chargés de Téconomie nationale/ Réunidn «de» A CCS mêmcs corps municipaux se rattachait auxmiiiuirc l'ordrc militaire qu'ils étaient chargés de former et de surveiller. On désirait que les places supé-

byGoogk

rieures de Tarinée fassent occapées par des magistrats civils, afin, disait-on , que la guerre ne fut jamais faite qae dans Tesprit du gouvernement et du peuple, que tout conflit devint impossiUe ^ et qu'on eut moins à craindre l'ambition des gàiëraux.

Laissant au lecteur judicieux à suivre tputes les branches de Tautorite qui découlent^ comme autant de conséquences, des principes ci-dessus établis , je me bornerai à expliquer par quels moyens on se flattait de pouvoir contenir dans les limites légales un si grand nombre de magistrats.

Ea eflfet, jamais iration n'en eût autant; sans compter, que , sous certains rapports , chaque citoyen eut ëte'im magistrat surveillant soi-même et les autres, il est certain que les fonctions publiques eussent été tres-multipliées et les magistrats fort nombreux.

L'ensemble des fonctions se composant de toute l'action nécessaire pour nourrir, habiller, l^er, élever, éclairer, diriger et défendre le peupte , à proprement parler tout citoyen est ou a été fonctionnaire* La diflférence qu'il y a entre les fonctions auxquellœ tous participent et celles que les lois attribuent aux magistrats, consiste en ce que celles-ci cmt uniquement pour objet de dnriger et protéger les autres ; nous les appelons fonctions publiques.

neÎJ^trpwpiu! Cependant ce serait h tort qu'on s'efirai^ait que le «impie ci- J'im si grand nombre de magistrats qui , presque tous ctôtreints au travail auquel ils président , n'ont j)Our toute autorité que l'exemple d'une plus grande actiTité, ou sont tirés de la classe que l'âge dispense des occupations pénibles ; pas ust d'entr'eux ne coûte plus à la république que le citoyen le plus obscur.

La «implicite C'est uu fiTaud prédise d'ordre social que le

des moeurs est un o x o a

garant de la fidë- magistrat, chargé d'appliquer les lois d'un grand inu. ** "*^^* peuple k une de sesfractions , s'attire , en s'y conformant strictement, l'estime et l'amour de cette fraction, au point qu'il ne puisse lui défaire qu'en les violant. Si ce prodige peut se réaliser , ce n'est que la oîi la simplicité des moeurs donne a touttô les parties de l'état le même esprit et les mêmes iaiéréts, et c'était précisémeiit là k but auquel tendaient les eflforts du comité insurrecteur. Éciieiie des ©aus sa manière de voir, le peuple était le créa-

inagistratures. ' jt #: .

teur, le surveillant et le soutien de ses magistrats; voulant lui épargner le regret d'avoir mal placé sa coniiance,, le comité avait tourné ses regards vers ces lois par lesquelles nul ne peut s élever , par les suffrages populaires, aux magistratures les plus éminentes, sans avoir fsàt preuve d'un grand amour de l'égalité et sans avoir exercé gradudlement toutes les magistratures inférieures de la même 'classe. Cette disposition que le comité n ap-

pliqijudt aucunement à rexercice de la souvçraineté , dans lequel il croyait qu^il fallait laisser an pei:q)le une liberté illimitée , lui paraissait réunir à Favantage de n'appeler aux fonctions les plus importantes que des hommes d'un âge mûr, celui de mieux conserver l'esprit de la réforme qui au reste ne pouvait attendre un succès complet que de l'abandon de la vanité , de l'orgueil et de l'avarice^ et d'un heureux changement dans la morale et dans les moeurs des citoyens.'

Ici revient natuirellement l'observation qui a Au commen- ^té faite en parlant des sénats. Les hommes âgés, forme, lesmagis* propres un jour à conserver l'égalité établie , gcmt ê"lTo*iifiéM7^ incapables ^t dangereux quand il s'agit de l'éta- ««^««voiuuonblir. Il n appartient de fonder une république véritable qu'aux £mûs désintéressés de l'humanité et de la patrie , dont la raison et le courage ont devancé la raison et le courage de leurs contemporains. L'esprit de la république assise forme celui des citoyens et des magistrats ; mais au compiencement ce sont les plus sages et les plus ardens instigateurs de la réforme qui seuls peuvent créer celui de la république» Le comité tenait donc fortement à ce que les magis-^ . i tratures, composées d'abord. et exclusivement des meilleurs révolutionnaires , ne se renouve-? lassent , par l'apipHcation entière des lois cons^ titutionnelles, que graduellement et proportion-

neUem^nt aux* progrès de la régénération publique.

Quiconque lira jusqu'ici tet écrit, se formera, je Tespère , une idée suffisante des principes pôlitiqueà de nos conjurés et des moyens par lesquels ilsse proposaient de 1^ appliquer k la république ' française.

dadu*"^* 8"" Nul, je crois, ne leur fera Finjure de penser qu'ils eussent le fol espoir de les voir mis en pratique d'un coup 4e baguette et par un acte semblable à celui de la création. Ilsne se dissimulaient pas les obstacles qulls ayaient a vaincre , mais ils étaient convaincus que la réforme qu^ils projetaient était le seul moyen de fonder ime république vigoureuse et durable , et ils voyaient dans les progrès de l'esprit public , dans l'activité renaissante des élémens révolutionnaires , dans k réunion des • démocrates ^ , dans l'èsttréme mécontentement du peujde et dans le courage des citoyens dévoués , des matériaux sui&isans pour ccHnmencer et* pour consolider successivement la révolution dont ils avaient jeté les fondemens. L»ëducaUoii, Parmilesmoyens que l'on peut imagin^ pour sommer et de Gombattrc l'auibition et l'avarice , inspurer de forme"*' * '^ nouvclles mœurs, et donner k la bonté naturelle au peuple tout l'essor dcmt elle est susceptible , il en est un qui , quoique lent dans ses effets , est

» , Les hëblertistes et les robespierristcs s'ëtaient rallié» soas les mêmes drapeaux.

infaillible, si ceux qui réformeat 1 état sayeutremployer dans toute son e'tendue : c'est 1 educaticm.

L 'éducation, remise auxxnainsdesréformateUFS, eût complètement changé la face de la nation , en rendant sacrés Tamour de la patrie et les principes de la liberté et dé Fé^lité. Le grand édifice une fois élevé, c'était encore a l'éducation à l'améliorer , à le fortifier et à le rendre immortel.

C'est donc sous deux points de vue que nous aurons a considérer l'éducation; d'abord comme une institution conservatrice dans les mains de la république fondée ; ensuite comme un moyen de régénération dans celles des réformateurs.

n est im âge pendant lequel nos sentûoaens et notre intelligence sont modifiés par l'action de • tout ce qui nous frappe; c'est dans cette action que consiste notre éducation ; elle nous fait bons ou médians , citoyens ou brigands.

La société ne pouvant être libre, heureuse et La «ociéudoit florissante que par les sentimenset par les force» tioa. de ses membres , rien n'est plus clair que le droit qu'elle a de veiller directement sur tout ce qui peut exercer sur leur éducation une influence quelconque ; elle doit le faire parce que son sort futur en dépend.

De la division naturelle de l'espèce naissent deux ««raration de* branches d'éducation ; l'une pour les garçons , l'autre pour les filles. Le but que la société doit se

proposer est le même , mais les diffSérences que la nature a mises entre les sexes, nous avertissent qu'on ne saurait, sans contrarier ses lois, employer ittdistinclement les mêmes procédés pour l'un et pour l'autre; il importe d'ailleurs a la vigueur et à la conservation des individus que le développe* ment de Tamour qu'accélère le mélange des sexes , soit retardé ; il est donc bon qu'ils soient élevés séparément.

D'après les vues du comité insurrecteur l'éducation devait être

Nationale,

Commune ,

Égale '.

r^ducationest Nationale : c'est-à-dire , dirigée par les lois et

naUpnale. . .

surveillée par les magistrats. L'éducation devant compléter la réforme , maintenir et affermir la

> Michel Lepelletier qui eut la gloire de sceller de sop sang la / république naissante , eut aussi celle d^imaginer le premier depuis la révolution , un plan d'éducation nationale , commune et égale. Ce plan, monument éternel de la vertu de son auteur, devait oe-> pendant se concilier avec toutes les misères qui découlent en foule de la propriété individuelle , véritable boîte de Pandore , et dés-lors , il dut renfermer des ménagemens qui en restreignent considérablement les avantages. Lepelletier proposait d'élever les enfahs en commun, de cinq à douze ans, et de les rendre ensuite, à leurs familles. N'était-il pas à craindre que les impressions encore faibles à cet âge, ne fussent en grande partie effacées par les fausses opinions et par les mauvais exemples dont les )eunes gens, ainsi rejetés dans un tourbillon de vices et de préjugés, eussent éprouvé nécessairement l'influence?

république, celle-ci est le seul juge compétent des inœur3 et de$ connaissances quHl lui importe de donner k la jeunesse. D'un autre côté, le principal objet de Féducation doit être de gravcir profondément dans tous les cœurs les sentimens de fraternité* générale , que contrarie et repousse le , régime ex^clusif et égoïste des familles.

Commune : c'est-à-dire administrée simulta- commune. nément à tous les en&ns viTant sous la même cUscipUne. n est essentiel que les jeunes gens s'accoutument de bonne heure à ne voir dans tons leurs concitoyens que des frèrdsy. à confcmdre leurs plaisirs et leurs sentimens avec ceux des autres, et à ne trouver de bonheur que dans, celui dejeurs semblables. Les cominunautés d'éducation sent les images de^la grande communauté nationale , à laquelle tout Inm citoyen doit rapporter ses actions et ses jouissances.

Égale : parceque tous sont également les en- Êgai». fans chéris de la patrie ; parce que tous ont lés mêmes droits au bonheur que trouble nécessairement l'inégalité ; parce qijie de l'égalité d'éducation doit dériver la plus grande égalité politique.

Pour noua faire une idée des projets du aunité L'^ducacidu insurrecteur à cet égard , représentons-nous .uile:^*e mlp^s JatS^ magistrature suprême, composée de vieillards ^°^*"**' blanchis dans les fonctions les plus importantes de la république^» dirigeant, à l'aide des magistrats

faace.

( aSa )

inférieurs; tous les établissemens ii'ëducation, s'assurant par des inspecteurs, tirés àe son sein , de 1 exécution des lois et de ses ordres , et ayant auprès d'elle un séminaire dlnstituteurs dont elle soigne renseignement.

Soins de ren. Daiis Tordre social conçu par le comité , la patrie s empare de l'individu naissant pour ne le quitter qu'a la mort. Elle veille sur ses premiers momens , lui assure le lait et les soins de celle qui lui donim le jour, écarte de lui tout ce qui pourrait altérer sa santé et énerver son corps , le garantit des dangers d'unfe fausse tendresse et le conduit par la main de sa mère à* la maison nationale où il va acquérir la vertu et les luniières nécessaires k tm vrai citizen.

On voulait établir dans chaque arrondissement deut maisons d-éducaàon ; une pour les garçons et l'autre pour les filles ; les lieux en bel air ; la campagne , l'éloignement des viUes , le voisinage des rivières eussent étë préférés.

Différences na- L'hommc, dcstiué par la nature au mouvement

turelles des deux . ,, . , . . i ,/. i i

et a 1 action^ doit nourrir et défendre la patrie ; la femme doit lui donner des citoyens vigoureux; celle-ci , plus faible que l'homme , sujette aux incommodités delà grossesse, aux douleurs de l'enfantement et aux maux qui en sont souvent les suites , et douée des charmes qui exercent tant d'empire sur l'autre sexe, paraît réservée pour

sexes.

des travauximoii» rudes et moins bruyans, et s»nble aToir reçu enpartage , de la natiure , le dende calmer la idolence des passions, d'adoucir les nai^ux de rhumauité et de domier un plus grand prix à là pràticpe de la vertu. Il suit de ces différences ineffaçables cpie Féducation des deux ^xes ne saurait être en tout la. même. Parlons d'abord de celledes.garçons. * )

D'après les idées du comité insurrecteur, ^édu^ objcu d« r^catibn nationale devait se proposer trois objets :

i^. Lafwceetragilitéducorps-; .

2?. La bbiKté et lener^e du cœur;

3*^. Le déyeloppémâit de l'esprit.

La santé et la force de» citoyens sont:de$ ci^di- i^* ^orp.. tions d'où dépendent easehtiellement lebonheur et la sûreté dé la république ; elles s'acquièrent et se conservent par l'actiwi des organes et par^ l'éloignement des causes .qui troublent les fonctions animi^es. De la, la nécessité de la fatigue, de l'exercice, 4€:la sobriété et de la tempérance* L^ jeunesse, espoir de la patrie s dmt dcuoc^etre exercée amc travaux les plus, pénibles de l'agriculture et d^ arts n^écaniques , contracter l'habitude des mouvemens les plus difllcil^ et vivre dms la . phis stricte frugalité. ; Les manœuvres militaires , la course ^; l'équitation , la lutjtq , le pugilat , la danse , la chasse et la natation étaient les jeux et les dâassemf^ que le comité inisurrecteur préparait

a la génération naissante ; il voulait que U paresse et le désœuvrement fussent bannis des mai^ sons nationales d'éducation , et que la mollesse et Famour des voluptés ne pussent trouva une seule voie pour se glisser dans les cœurs des jeunes Français.

Ditpotitiondei Qn conccvait les maisons d'éducation , distri^

nuisons <r^dacft- . -, i ii • .

lion. buées en autant d appartcmens qu elles auraient

contenu d'âges différens : ici, des saMes pour le^ repas communs ; là , des ateliers où dbaque éleTf^ se serait exercé a Tar t qu'il eût préféré ; d'un cètë , de vastes campagnes pii l'on eût vu la jeunesse, tantôt livrée aux travaux de l'agriculture et tan^ tôt logée militairement sous la tente; de l'autre, des gymnases pour les jeut ; ailleurs , des amphi^ théâtres pour l'enseignement, i^ «•"'• Des occupations toujours renaissantes de no5 jeunesgens devaient résulter en eux des sentimens analogues aux principes de l'état. On les aurait accoutumés k rapporter k la patrie , maitï*esse de tout , lesbeautés dont ils étaient témoins et k attribuer k ses saintes lois leur santé , leur bien-être et leurs plaisirs ; vivant constamment ensemble , ils eussent enfin confAndu leur bonheur avec celui des autres ; et, autant k l'abri de la contagion de l'intérêt et de l'ambition^ que convaincus par l'expérience et par les récits, delà tendresse de la patrie , le désir de la servir et de miériter son

approbation serait devenu le mobile unique de leurs actions.

: Tout eut été mis en œuTre pour garantir la jeunesse des idées de supériorité et de préférence. Rien , dans ces lieux d'innodence et de paix, ne pouvant éveiller la soif de Tor et du pouvrâr, TaniQur brûlant de légalité et de la justice s'y sfrait uni aux premières seasatii^s des jeunes d- ^ens a qui les vertus^ inspirées par Tin^itution <^^rec(»nmandécis au npm d'une si douce patrie , b«a"2^eni bientôt devenues familières.

'Quelqitesartsaont indispensables pour le bon- . ^^ ^*' '^' beur de la sociébé dont Tordre et la cmiservation exigent que ses^mcmbres isoi^t pourvus de plusieurs coiu|^âss9ijPes.

Laissera*t-08tl'esprit bumain TOguar sans guidé e^sans frein dans les vastes champs de l'imaginaiî^n ? Laissera-t-4m introduire dans la société, sous le prétexte de la pdir et de l'améliorier^ une infi^ nité de besoins factices , d'inégalités , de disputes « de fausses idées de bonheur ? ou imposera-t-on des bornes à l'industrie, en écai*tant des maisons d'éducation tout ce qui n'est pas rigoureusement nécessaire au bien-être de la république ?

Notre comité, voulant délivrer ses concitoyens de la gène des superfluités et de l'amour des jouissances qui énervent les hommes , ou n'ont de prix que par les distinctions dont elles sont les signes ,

ce%.

ayait unanimement arrête de restreindre , dans les maisons d'éducation , les travaux des arts et me'tiers aux objets facilement communicables à tous; il désirait que la prétendue élégance des meubles et des habillemens fît place a une rusti- 4pie simplicité. L'ordre et la propreté, disail-il, dont des besoins de 1 esplrit et du corps , tnsus il importe que le principe de fégalîté- auquel tout doit céder , fesse disparaître* la pompe et la délicatesse qui flattent la sotie vanité des esclaves. Esprit, sden. A Fégard des connaissances spéculatives^ les ; meml»«s du comité insurrecteur^^avertis par les sages de Tantiquite , instruits par quelques vrais philosophes des temps modernes , et convaincus que rien n'importe moins k une nation que de Imller et de faire parler d'elle , voulaient enlever à la fausse science tout prétexte de se dérober aux devoirs communs , toute occâsKOi de flatter Tor* gueil, d'égarer labonne foi et d'offirir aux passions un bonheur individuel autre que celui de la société. Ils voyaient dansFaboIition de la propriété, celle de cette volumineuse jurisprûdratice , désespoir de ceux qui l'étudient et de ceux dont dile prétend défendre les intérêts ; ils étaient b^n décidés à faire main basse sur toute espèce de discussion théologique , et sentaient que la cessation deS' sa<laires nous eut bientôt guéris de la manie d'étaler le bel esprit et de faire des livres.

Les connaissances des citoyens, disaient-ils, doivent leur faire aimer Tégalitë , la libesrté et la patrie , et les mettre en ëtat de la serrir et de la défendre. Il faut donc , ajoutaient-ils , cpie tout Français sacheparler,lire et écrire salangue,parce que , dans une si vaste république , les signes écrits sont les seuls moyens possibles de commu-*' nication entre ses parties , et parce que les autres connaissances &Ek dérivent; que la science des nombres sent familière a tous, parce que tous peuvent être appelés a garder et a distribuer les richesses nationales; que chacun s^habitue à raisonner avec justesse et à s'exprima: avec brièveté et précision ; que personne nlgnore Thistoire et les lois de son pays; l'histoire , qui apprendra à connaître les maux que la république a fait cesser et les biens dont elle est la source ; les lois ^ psur Tétude desquelles chacun sera instruit de ses devoirs et deviendra capable d'exercer les magistratures et d'opiner dans les affaires publiques ; que tous connaissent la topographie , l'histoire naturelle et la statistique de la république, afin qu'ils aient une idée juste de la puissance qui les protège et de la sagesse des institutions qui4bnt concourir toutes les parties d'un si grand corps à la félicité de chaque individu ; que pour embellir les fêtes , tpùs soient versés dans la danse et dans la musique.

Telle étaità pçu près l'éducation que le comité

insorrecteur destinait a la jeunesse française ; c*ëtait pour lui un objet de prédilection , parce qu'il la conâdérait comme le fondement le plus solide de réalité sociale et de la republique.

Ainsi habitués a la fatigue , exercés à Tagricul- ,ture et aux arts nécessaires , pourvus des connaissances utiles, les jeunes gens seraient insensiblement devenus Te^ioir et la consolation de tous les citoyens qui eussent reçu dWx un grand soulagement dans leurs travaux, et d'agréables et touchantes distractions dans les fêtes publiques.

Plus d'éducation domestique, plus de puissance paternelle ; mais ce que la loi allait enlever d'autorité individuelle aux pères, elle le leur eûtrëndu au centuple en commun. Les sénats dont il a été (ait mention devaient être, dans chaque arrondissement, les surveillans des maisons d'éducation; et sous leur direction, les femmes aussi eussent été appelées k veiller a l'éducation des filles, élevées en commun jusqu'au moment dé leur mariage.

Éaucation des Afiu quc la cité ne renferme que des hommes robustes et laborieux , on doit assurer une bonne constitution à celles que la nature destine k donner des citoyens à l'état; il est donc nécessaire d'endurcir leurs corps à la fatigue par le travail et par l'exercice. Le mouvement et l'occupation sont , disaient les conjurés , les grands ressorts de

( ïSg)

réducation républicaine; ib concourront avec Tabsence de la propriété et des distinctions a affaiblir le penchant k la coc[uetterie et a retarder les élans de Famour.

Les fiUes, poursuiTaient-ils , seront dressées aux trayaux les moins pénibles de ragriculture et des arts , parce que le travail qui est la dette commune est aussi le frein des passions , le be* soin et le charme de la vie domestique ; elles * seront pudiques , parce que la pudeur est le gardien de la santé et Tassaisonnement de Tamour ; dlés aimeront la patrie, parce qu'il importe qu'elles la fassent aimer aux hommes, et elles participeront par conséquent aux études propres à leur faire admirer la sagesse de ses lois ; elles seront exercées au chant des hymnes nationales qui doivent embellir nos fêtes; enfin elles prendront part, sous les yeux du peuple, aux jeux des garçons , afin que la gaieté et Finnocence président aux premiers mouvemeiis de Famour et soient les avant-coureurs des unions prêchâmes.

Il m'est impossible d'entrer dans tous les détails d'une institution si nouvelle , dont le co* mité avait à peiné ébauché le plan ; il sufiit au reste de savoir que le grand but de Féducation nationale , commune et égale , devait élre de former des citoyens vigoureux qui eussent servi

litaire.

avec défmieiii^rit la républî^e par l'habitude de bien faire, et pcnir le plaisir de contribuer au bonheur d^une si aimable patrie.

Édttcauonmi. Daiîs Ic systèmc du comité , les jeunes gens passaient des maisons d'éducation aux camps établis près des frontières; la, toujours prêts à repousser les agressions extérieures , ils se seraient perfectionnés dans Fart militaire; là, vivant dans une parfaite communauté de travaux et de jouissances , ils auraient acquis par la fatigue , par l'application et par la frugalité , les qualités t'equises pour obtenir, à leur retour dans leurs foyers , l'exercice des droits de cite. Du succès des premiers essais de ce genre dépendait , selon les conjurés , celui de leur projet de Téforme ; cela seul, disaient-ils , suffira pour affermir l'égalité et achever la révohition , car cda seul prouvera l'existence des mœurs et des opinions républicaines que la génération actuelle ne saurait adopter qu'imparfaitement.

Assemblées Afin dc uiieux conscrvcr l'esprit des nouvelles lois et les principes de la morale publique, on eût ouvert des assemblées dinstructicm où il eût été loisible à chaque citoyen d'expliquer au public les préceptes de la minrale et de la politique , et de l'entretenir des affaires de la nation. Auprès de ces assemblées, l'autorité eût

d'instraction.

( agi )

fait établir des imprimeries et des bibliothèques.

Dans cet ordre de choses, Fimprimerie est le Liberté de la moyen djef .eommmucation le plus actif et le****^' meilleur rempart contre l'usurpation de la souveraineté du peuple. Elle seule peut mettre les citoyens d'un vaste état à même de prononce mûrement sur :les projets de loi qui lui sont soumis ; elle seule améliore graduellement Tor* dre public ; elle seule déjoue les machinations des ambitieux.

Mais la propriété individudOie étant abolie , et ^ tout intérêt pécuniaire étaol devenu impossible, il Êiut aviser aux moyens, de retiper de . la presâe tous les services quW peut en ottea* dce y safi&risquer de voir mettre de nouveau la justice de Tégalité et les droits du peuple en question, ou dé livrer la république a d'interminaUes jet funestes discussions.

Au sujet de. la liberté de la presse , les artides suivans avaient été soumis a Texamen du comité insurrecteur :

i^ Nul ne peut émettre des opinions directement contraires aux principes sacrés de l'^galité et de la souveraineté du peuple ;

o^ Tout écrit sur la forme du gouvernement et sur son administraticm doit être imprimé et envoyé k toutes les bibliothèques , sur la demande d'une assemblée 4e souverflineté, oud'un nombre

( agîi )

déterufimé de citoyens au*d<^itô de trente ans;

3^ Aucun écrit touckaht une prétendue rêvé- ' latîon q[aelconqYie ne peut être pubHé;

4^ Tout écrit est imprimé et.distribué ^ si les amseiryateurs de la volonté lûitionale jugent que sa publication peut être utile à la république.

En parlant dé Féducation , nous avons va que le comité insurrecteur entendait s'opposer à ce que le raffinement des arts et l'étude des sciences introduisissent dans la république des moeurs efféminées , de ' Élusses idées de bonheur , de dangereux exemples et des aiguillons à ForgUeil et à la vanité. On revint sur cet article qui , comme beaucoup dWtres, n^était "pas épuisé , lorsque le comité fut forcé de: renoncer à son entreprise. .

.Avantages dei p„ j^g proforfes dcs ârts , disait^m quelque-

arts et de* scien- jt o ' x x

ces. fois y les travaux indispensables peuvent, être

adoucis, les communications pariterre etpar eau peuvent devenir plus £iciles , et de nouvdles jouissances peuvent être ajoutées k la masse des jouissances conmiunes.

Que seraient les arts, poursui vaitHm , sans les sciences qui en fixent les diéories et exi édai* rent la pratique ? Par les sciences , les maladies sont quelquefcns guéries ou prévenues ; elles apprennent à Tbomme à se connaître, elles le préservent du £uiatisme religieux, le mettent

sur ses gardes contre le despotisme , charment ses' loisirs et élàvent son ame aux plus hautes vertus.

Mais, consklërant les choses sous d^autres as- ,^^^ '^ ***

découlent..

pects , on y oyait naître du raffinement des arts, le; goût des superfluitës , le dégoût des moeurs simples, Tamour de la mollesse et des frivolités ; on eraignait qUe les hommes qui se' voueraient aux sciences, ne se fissent insensiblement de leurs connaissances réelles ou supposées, des titres aux distinctions , à la supériorité et à rexem{^n des tra,vaux communs, et que Topinion quW aurait de leur savoir, alimentant leur vanité V ne les engageât enfin à de fîttiestes «^reprises sur lès droits des gens simples et moins instruits , dont; Us tromperaient la bonne loi, à Taide dWe hypocrite et dangereuse éloquence. Au poids de ces tristes réflexions sie joignait «elui de Vopiîoioavde J. J. Rousseau qui avait dit, d'aprèsrhistoire ,.qu£ jamais les mœuW et la liberté n'avaient été réunies à l'éclat des arts et des sciences^

Pendant les discussions qui eurent lieu plusieurs fois sur cette matière , on observa que la plupart des maux qu'on reprochait aux arts et aux sciences, ayant pour cause Tavidité du gain qui «ngage à s'y livrer , il était probable qU'ils disparaîtraient, et que le nombre des étu-

dians diminaoraii oonsidërablementf dès «que l'ëtablîssaoïent de la communauté aurait anéanti la misère et détruit la possibilité d'assouvir Tavarice. Rien ne fut statue sur les points suiirans qui avaient été proposés :

i^ Àucuneiétudenedonne'droitàrexemptioii des travaux communs ;

jP Des magistrats seront chargés de consar* ver et d'accroître le dépôt des çonnaissuices humaines;

3<> Les jeunes gens, qui auront fiûit paraître de grandes dispoâtions, seront, 2i leur sortie des maisons d'éducation, envoyés auprès de ces magistrats pour y jpôursmvre leurs études.

objecUoDs Tels sont les premiers linéamèns de l'ordre civil et politique rers leqûd étaient dirigés les efforts du comité insuri^ecteur. On lui a objecté tantàl l'injustice de ses pr<^ets , tantât l'impos* sibililé de les mettre a exécution. Quant k l'injustice , nous avons y dans le cours de tit% oor vrage, mis nos lecteurs à même d'en juger; pour ce qui regarde l'impossibilité d'exécufion , objection bannale de ceux que la moindre réforme contrarie , nous nous bornerons à observer que , quand on s'est fermé une idée juste de l'état de la France, pendant les deux premières années de la république , on demeure convaincu que le dévouement du peuple français à la cause

de r^falilë , et sa confianœ en ses conducteurs étaient alors si grands qu'il n'y avait aucune institution déodocratique qu'il n'eut adoptée arec enthousiasme. Ces heureuses dispoûtions furent à la vérité affaiblies par Vaifreux événement du 9 thermidor ', mais elles paraissaient encore en grande partie à découvert , lors des travaux du comité insurrecteur et même long-temps après ; d'ailleurs ..étant naturelles au peuple , elles ne tardent pas à se montrer dès que les causes qui les compriment cessent d'agir. Les obstacles a une réforme radicale ne viennent pas du plus grand nombre; ils sont tous dans la dépravation de ceux qui ont trouvé le secret de rejeter sur d'autres leur part de travail : force&-les au silence , tout le ' reste vous applaudira et vous secondera.

Au demeurant , le comité , je le répète , loin de prétendre nous donner l'égalité de fait , le Imdemain de l'insurrection, quoique décidé à ne rien négliger de ce qui pouvait en hâter rétablissement complet, ne se croyait pas en état d'en fixer l'époque. Il sentait la nécessité d'une marche graduelle en rapport avec le progrès de

> Les résultats de cette journëe furent d'autant plus funestes , qu^ils amenèrent à désespérer du bonheur de la patrie et de Thu- *manitë, beaucoup d^hommes qui s'étaient éleyés a toute la hauteur delayertn.

i'opitiicKi et arec le saccès des premières mesures dmit nous ^ons rendre compte; n'eut-il fondé solidement que Fëducation commune, il eut beaucoup fait pour Thumanité >.

> Ce que les démocrates de Fan IV ne purent exécuter en France , un homme généreux a dernièrement essayé de le mettre , pav d^autrei moyens, en pratique dans lei'tles britanniques et en Amérique. L'Écossais Kobert Owen, après avoir établi à ses frais, dans son pays , quelques communautés fcmdées sur le principe de l'égale distribution des jouissances et des peines , vient de former aux Ëtats-Unis , divers ëtablissemens semblables , où plusienn milliers d'hommes vivent paisiblement sous le doux régime de la parfaite ^alité.

Par les conseils de cet ami de l'hunumté , la société coopérative , établie à Londres , travaille depuis quelque temps à propager les principes de la communauté et à démontrer, par des exemples pratiques , la possibilité de leur application.

Babeuf tenta de réunir un peuple nombreux dans une seule et grande communauté; Owen , placé en d'autres circonstances, voudrait multiplier dans un pays les petites communautés , qui» unies ensuite pa^ un lien général , deviendraient autant d'individus d'une grande fiuniUe. Babeuf voulait que ses amis s'emparassent de l'autorité suprême par l'influence de laquelle il espérait effectuer la réforme qu'ils avaient projetée ; Owen compte réussir par la prédication et par l'exemple. Fuisse-t-il mc»itrer au monde que la sagesse peut opérer un si grand bien sans le secours de l'aiftorité ! puisse-t-il , surtout , ne pas éprouver la douleur de voir échouer ses nobles efforts , et de fournir , par une expérience sans succès , aux adversaires de l'^alité , un argument contre la possibilité d'établir , d'une manière quelconque , un ordre social, auquel des passions violentes opposent une résistaifice redoutable, et qui paraissait ne pouvoir être le résultat que d'une forte commotion politique chez les nations policées !

On a opposé au système d'Owen plusieurs objections , qui s'appliquent également à celui de Babeuf; nous allons les rapporter avec des réponses qui en font voir la futilité.

( 297 ) s Les premiers soins des insurgés, après la vie- ^^«iiiUresnn toire, eussent été de se concilier Topinion du peu- «arrection. pie, de placer partout Fautwite al des mains déTOuées aux principes de la nouvelle révolution,

ire Objection. Les différences physiques qui existent entre les hommes y ne permettent pas et établir, dans la répartition des travaux et des objets de consommation, cette parfaite égalité qui est le but fie la communauté.

Réponse. Ici , réalité doit le mesurer par la capacité du travaillant, et par le besoin du consommateur, et non par l'intensité du travail et par la quantité des objets consommés. Celui qui, doué d'un degré de force ^ soulève un poids de dix livres , travaille autant que celui qui , ayant une force quintuple , en déplace un de cinquante. L'homme qui , pour apaiser une soif ardente , boit une bouteille d'eau , ne jouit pas plus que son semblable qui , faiblement altéré, en avale une chopine. Le but de la communauté en question est l'égalité des jouissances et des peines , et nullement ceQe des choses à consommer ou de la tâche du travaillant. ^

ame Objection. La bonté inégale des objets de la même espèce comme fruits, légumes, laitages, viandes, boissons, etc., etc., introduirait dans la distribution une inégalité réelle , qui engendrerait la jalousie et les altercations , et ferait de la société un séjour de discorde et et inimitié.

Réponse, On ne raisonne ainsi que parce qu'on juge d'hommes élevés sous un régime tout fraternel , d'après nous-mêmes que les mauvaises institutions rendent vains , jaloux et ennemis les uns des autres. C'est faire injure à l'auleur de la nature, que de supposer que les hommes sont naturellement portés à s'envier, à se haïr et à s'entre-déchirer pour la saveur d*un fruit , ou pour la suavité d'une fleur , lorsque les fruits et les fleurs abondent autour d'eux. Otez aux hommes la propriété' individuelle , vous calmerez leurs passions les plus funestes , et vous leur enlèverez , à peu prés , tout moyen de se nuire. D'ailleurs , ne pourrait-on pas rendre les petites inégalités dont il s'agit, encore moins sensibles , par le sort, ou par l'alternative dans l'ordre des distributions? Bn morale , en politique et en économie , l'égalité n*est pas

de ne pas laisser aux ennemis bien connus ide 1 égalité , le temps d'ourdir les complots auxquels ils n^auraient pas manque dViToir recours.

ridentité mathëinatique , et elle n'est pas altërée par les petites diffërencés. Le bon sens et l^esprit d'égalité et de conconk aplanissaient à Sparte toutes les faible^ difficultés » qui , aujourd'hui même, ne troublent pas la paix des familles nopibreuses, des pensionnats et des logemens militaires.

3me Objection. La socUtfi se chargeant de pourvoir aux besoins de chacun, personne n'éprouverait la nécessité de travailler pour se procurer la subsistance , et les hommes naturellement enclins à la paresse, se livreraient à une insouciance générale qui rendrait tout travail impossible.

Réponse, L'bomme bien constitué a besoin de nv>aTementy et, pour dissiper l'ennui , il recherche le travail auquel il ne répugne qu'autant que ce travail est excessif et qu'il en porte exclusire-* ment le fardeau. Ni l'un ni l'autre de ces cas n'a lieu dans la conpaunauté , où /tous travaillant, la tâche de chacun est la plus douce possible.

A ces causes d'activité, il faut ajouter la conviction que tous auraient de la nécessité du travail , la flétrissure que l'opinion commune ferait rejaillir sur le paresseux» et la rigueur de la In qui punirait l'oisiveté volontaire des peines qu'on inflige aujourd'hui aux voleurs.

^me Objection. Par le même motif, <^ ^'X ^w^^ P^ aucun progrès de t esprit et de i industrie.

Réponse, lits productions frivoles que le besoin d'un chétif ' salaire fait éclore , et qui n'ont de prix qu'aux yeux de la vanité et de la fainéantise, disparaîtraient sans retour. Certes cène serait pas un mal. Mais à coup sûr, il n'en serait pas de même des études et des recherches , tendant à affermir Tamour de la patrie et à améliorer le sort de tous ; on s'y livrerait avec d'autant plus d'ardeur qu'on en aurait généralement le loisir , et qu'on y serait encouragé par la reconnaissance publique et par l'attrait d*une gloire sagement décernée , qui fut , dans tous les temps , le mobile des grandes actions et des inventions vraiment utiles.

A cet eflFet, le comité avait arrête le plan d'une p^^^^^^^^^^ proclamation aux Français, dont im de ses mem- ''^^^^^'' '^"^ brcs écrivait les premières lignes , lorsqu'il fut

5me Objection. Le régime .régulier et minutieux de la communauté ferait de la société ci\'ile un courent de moines , et nuirait à la liberté.

Réponse. Les moines propriétaires ou mendians ne se livrent à aucune occupation de Fagriculture ou de l'industrie , tandis que, dans la communauté de Babeuf et d'Owen , chacun sert le public par son trayàil. Les moines sont célibataires , et dans la communauté, on ne renonce pas à Tunion conjugale. Les moines obéissent aveuglément à leurs chefs, et, dans la communauté , on n'est soumis c[u'à la loi que tous concourent à former j à mo^fier et à anéantir. Les moines oisifs fcmt retentir Tair d'inùtOes prières , tandis que sous le régime de l'égalité, on rend à la divinité, par Fexercice de la vraie charité , le seul culte digne d'elle. Les moines enfin sont astreints à conformer toutes leurs actions à une régie sévère ; au contraire , les hommes de la communauté disposent de leur temps , à un court travail prés , au gré de leurs penchàns et de leur volonté.

Pour décider si la liberté des actions est plus respectée dans . le régime de la communauté, que dans celui de la propriété individuelle, il sufBt de considérer que, sous le dernier, la pluralité des habitans , que la nécessité assujettit à un travail long et pénible , est toujours plus ou moins privée du libre usage de sa volonté, même lorsque la loi semble lui en assurer la jouissance. Il y aura certainement plus de cette liberté dans un pays , où tous travaillent trois ou quatre heures par jour , que dans celui où quatre cinquièmes de la population sont astreints à un travail de dix ou douze heures, afin que l'autre cinquième nage dans les voluptés , et se déprave par l'oisiveté.

6me Objection. La vie commune ramènerait la société à lét<U de barbarie.

Réponse. L'absence des sciences et des arts •<^ jointe à la grossièreté des manières et à la violence des caractères , constitue ce qu'on appelle communément barbarie* Or , rien de tout cela ne se-

saisi par lessateltites de la tyrannie <• Par cette proclamation , on devait mettre sous les yeux da peuple le long tissu de crimes, au moyen desquels Tégalité et les droits des citoyens avaient été indignement outragés ; montrer que les causes des maux publics , que la révolution qu'ils avaient amenée n'avait pas encore .déracina , étaient toutes dans rinégalité et dans les vices qu'elle enfante ; proposer à la nation la conduite du peuple de Paris comme le modèle qu'elle devait suivre ; appeler hautement les Français a légalité, et prendre solennellement Tengagem^it de la leur

rait la suite nécessaire de la communauté telle que Babeuf et Owen Font conçue. Cette communauté, au lieu d'exclure les études et l'industrie , qui concourent réellement au bonheur et au maintien de la société, les encouragerait par l'intérêt commun, par l'opinion et par le loisir. Les sciences et les arts, ne servant plus d'aliment à l'avarice et à la vanité, s'y dépouilleraient de tout ce qui n'est ni vrai, ni profitable pour tous. D'un autre côté, l'éducation commune , et l'échange non interrompu des secours et des bienfaits , feraient nattre dans les sentimens cette fraternité qui adoucit les manières et tempère l'impétuosité des caractères. Par la suppression de la misère et de la bassesse , suites inévitables de la propriété individuelle, seraient bannies de la société la dissiémulation et l'hypocrisie qui en font un champ de bataille, un enfer véritable. On serait bon sans fard , et fier sans brutalité. Loin de retomber dans la barbarie , nous entreverrions alors la possibilité d'atteindre , par l'établissement de la communauté , un bonheur durable et une civilisation réelle et parfaite.

> Voici ces ligxies : « Le comité insurrecteur du salut public. Le

peuple a vaincu , la tyrannie n'est plus , vous êtes libres » Ici

l'écrivain fàt arrêté et saisi.

( 3oi )

assurer , moyennant quelques mois de calme ^ de courage 9 de patience et de docilité.

La même proclamation eàt ërigé en prindpe de législation le décret du peuple parisien en insurrection ' , et eût consacré la constitution de 1793 comme le dernier terme du nouveau régime politique ; sauf quelques supplémens et rétablissement préalable des institutions , sans lesquelles la constitution la plus populaire sera toujours un corps sans ame , en butte à la furçur des factions.

Voici quelques-unes des dispositions doiit cette proclamation devait être suivie:

Dissolution immédiate de toutes les autorités civiles et judiciaires et mise hors la loi de tout individu qui eût osé en exercer les fonctions;

Rétablissement sul^t des commissions exécutif ves, des administrations de département et de district , des municipalités , des comités révolutionnaires , des justices de paix et des tribunaux criminels , tels qu'ils étaient avant le 9 thermidor de l'an II;

Ordre à tout citoyen, exerçant à cette époque des fonctions quelconques dans les autorités cidessus, de les reprendre à Vinstant , sauf le cas d'empéchementlégitime;

Exclusion de tout emploi public , sous peine de

' Voyez ci-dessus , pag. i5^.

I ao.

mpri y de tout individu connu pour avoir aiigmente sa fortune dang Texercice d'une fonclicm pvjblique quelcwque;

PublicaticHii de Vacte insurrecteur dans toute la république ;

Application à toute la république des art. 1,3, i8et iQduditacte;

Appositim d^ scellés sur toutes le& caisses nar ti<males;

Abolition de tout impôt direct et des patentes , à compter du i^^ vendémiaire an lY ^ en faveur des citoyensqui , exerçant eux*43[iemes lestravaux de lagriculture et des arts de première néces^ site , n'avaient que le simple nécessaire pour eux et pour leurs familles;

Répartition progressive sur les ricjies de la totalité, des contributions directes précédemment frappées;

Recouvrement de ces contributions en nature ;

Paiement en nature des baux des biens naitionaux;

Établissement de magasins publics dans chaque cconmime et de grands magasins militaires à M lieues des frontières couverte^^par les armé^ ;

Invitation à tous les citoyens de donner à la patrie des effets d'habillement pour ses défenseurs ;

Ordre aux municipalités de veiller à ce qu'aucune partie du territoire ne restât inculte ;

Déchéance, auprofitdu peuple, des propriétaires qui né^geraient de cultiver leurs terres se^ Ion Fusage du pays ;

Saspaatsim de la vente des biesis nationaux ;

Abolitioii immédiate ç^ tout traitement en argent dans Fintérieur de la ré|HJ^que ;

Fourniture du nécessaire eiji nature aux agens puUîcs àoat les besoins seraient prouvés;

Semblable fourniture ^ux familles indigentes des défensem^sde la patrie et à tous les vieillards QU infirm€s pauvre;

Exborlation aux riches de céd^de bonne grâce a la vcàx impérieuse de la justice y d'épargner à la patrie des déchiremens et à eux-mêmes une longue suite de maux, et de se réduire au simple nécessaire par un généreux abandon ^e leur superflu au peuple ;

Oubli de tout fait ou opinion contraire à legalité , a Tégard de ceux qui ^ dans un délai déti^miné , eussent prouvé , d'une manière non équivoque, un retour smcère à la vérité ^et à la patrie;

Réintégration dans les maisons d'arrêt , sous peine d'être mis hors la loi, de tous ceux qui étaient détenus le 8 thermidor de l'an II , à moins qu'ils n'eussent cédé a l'exhc^tation dç m réduire au nécessaire en faveur du peuple ;

Révocation de tous les décrets rendus depuis

le 9 thermidor en faveur des émigrés ou accusés d'émigration, des conspirateurs ou leurs héritiers ;

Arrestation de tout individu connu pour avoir exécuté ou provoqué , dépuis le 9 thermidor, Fas^ sassinat des républicains.

Ce n'était Ik que le commencetnent des grandes réformes que méditait le comité insurrecteur ; ce n'était que le passage forcé de l'autorité publique en des mains populaires.

Ce comité comptant' conserver après l'insurrection, une utile influence dans les délibérations , s'était occupé d'un plan d'opérations immédiates et préparatoires de la législation définitive à laquelle il désirait arriver ; je vais en donner une légère idée.

é^rZT'^^* On eut envoyé, sans délai, dans les départcmens et aux armées , des commissaires généraux, pris hors de la nouvelle convention, revêtus d'amples pouvoirs , chargés de vaincre toutes les résistances par la force des républicains; autorisés a employer à propos la sévérité et l'indulgence ; armés du pouvoir de destituer , d'envoyer en jugement, de récompenser; astreints a déclarer^ avant d'entrer en fonctions, l'état de leur fortune et responsables de leur conduite a un tribunal spécial , érigé tout exprès pour recevoir le compte de leur gestion , et punir ceux

qui auraient méconnu le but de leur mission.

On regardait, comme un objet de la plus haute ^éminaire-nor importance, la prompte réunion auprès de Fautorité insurrectionnelle d'un séminaire normal oii les citoyens desdépartemens seraient venus, dans un ordre déterminé , puiser les principes de la nouyelle révolution , se pénétrer de Fesprit des réformateurs et apprendre a diriger par la conviction publique, Texécution des lois qui devaient changer la face de la nation.

Aux commissaires généraux allait être confié ^p"^ p"*»^»*

j, , 1 . / • 1 ** sociétés pô-

le som important d eclau^er et réunir les repu- pniaires.

blicains et surtout de leur faire partager les vues et l'esprit des directeurs de l'insurrection; ils devaient se les attacher par la sagesse de leurs mesures , par la chaleur de leur zèle , par leur désintéressement et par des mœurs irréprochables. En véritables apôtres, ils eussent porté la lumière de l'égalité dans toutes les communes, et particulièrement dan» les sociétés populaires qu'ils devaient ouvrir , et dont on désirait que l'opinion devançât les actes réformateurs du législateur.

Cinq pro j ets de décrets révolutionnaires étaient Décrcu rctosoumis à la discussion du comité iiMirrecteur, au ' moment de sa dissolution, savoir :

Projet d'un décret de police ,

— — militaire ,

— — sur l'éducation^

lice

Projet d'un décret économique , — -^ \ sur les fêtes naticmàles.

Décrets depo- PaT la vigueuT 'êox décret de police , on voulait effirayer et déconcerter ceux qui eussent été tentés de renouveler les scènes qui ensanglantèrent la république après le 3i mai 1793. Td. âaitle but des camps intérieurs , de l'armement général des citoyens et de là nouvelle formation de la garde nationale. Tous ceux qui n'étaient pas in-r téressés au succès complet de la réformée allaient .être réduits à la plus profcmde impuissance. Aussi , tout homme qui ne servait pas la cité par un travail utile^ en eut été exclu. On songeait enfin à faciliter Vexécution du [dan général par le concours même des mécontens qui eussent été forcés d'y cherdœr, a leur corps défmdant, la seule voie de salut '.

Décret mui- Du décrct militaire devait résulter une sorte ^''^' d'éducation répuUicaine pour la jeunesse qui ne

pouvait plus en recevoir les bienÊiits dans les maisons d'éducation; ce décret renfermait, entre beaucoup d'autres articles , les suivans.

Tout Français sert activement ^bns l'armée, depuis l'âge de râigt ans jusqu'k vingt-cinq;

Nul ne peut exercer un oommandemcfnt dans l'armée, s'il n'a pas porté les armes, ccNfnme simple soldat , pendant ans ;

« Voyez Pièces justificatives , n*» 28.

.Les subordonnés concourent, dans ckaque corps , a la nomination de leurs chefs périodiquement amovibles ;

n n'y a plus de solde militaire en sorg^at ;

La république fait distribuer journellement une ration militaire à tout individu <;onip|Qsant larmée; '

ESlekge, hs^bilk, édâire, chaufie, blandiitetcafitretient ég^dement tous ks défenseurs de k patrie;

La ration militaire est la même que celle des fonctionnaires puMics ;

Les défenseurs de la patrie vir^ent en commun , sotts la direction de leurs cke& et d'après les règles qui seront étaUies ; '

Le pillage individuel est défendu; tout défenseur de la patrie promet , avant d'entrer en campagne , de rapporter aux administrateurs de l'armée tout €0 qu'il pourra légitimement eiile^^er a l'ennemi;

Après des fatigues extraordiilaires^ les militaires qui ks ont endurées , reçoivent une distribution plus bopieuse de vivres ;

L'insuboinlination «t punie dé mort ;

Sont punis de la même peine les généraux et officiers qui se rendent coupables de vol, d'ivresse, de viol, de jeu, de mépris des lois, de vmes de fait et d'actes arbitraires envers leurs suboldonnés.

Digitizèd

Il sera établi, dans les armées, des trayaux, des études et des fêtes ;

La république déœme des récompenses aux actions d'éclat ;

Tous les citoyens sont exercés au maniement des armes et aux évolutions militaires.

Décret sur l'é- Lc décrct sur réducation était destiné a mettre

dttcatioo.

sur4e-champ à exécution le plan dont nous avons parlé. En effet il n^ sivait point de ménagement a garder envers Tenfance qui, n'ayant pas d'habitudes formées, était prête k contracter toutes ceUes qu'on voulait lui donner.

Toute la difficulté se réduisait a cet égard a

vaincre la répugnance de quelques familles et à

trouver un nombre suffisant d'hommes capables

. de diriger les maisons d'éducation dans l'esprit de

la réforme.

On espérait venir à bout du premier obstacle par l'influence des républicains, par l'enthousiasme qu'allait réveiller la propagation des principes de Tégalité, par le soidagement immédiat que cette mesure allait apporter à la classe indi* gente et par l'évidence des avantages qu'elle allait assurer aux enfans.

Quant au bon esprit , à la moralité et à la capacité de ceux a qui on allait confier la direction des maisons d'éducation , on comptait s'en assurer a l'aide du séminaire normal où l'on devait

employer à les former le temps nécessaire pour faire agréer au peuple le nouveau système et pour disposer les lieux où la jeunesse allait être réunie.

Obtenons , disait le comité insurrecteur, que les jeimes gens et les soldats s'affectionnent aux mœurs de Fégalité, et le plus important sera fait : car, dans quelques années, ces jeunes gens et ces soldats composeront presque la totalité de la nation; cependant, afin de ne pas rendre inutiles les bonnes dispositions que leur aura données Féducation nationale , ne souffrons pas qu'en entrant dans la société , ils y trouvent un ordre qui en contrarie les effets; que la destruction de Tesprit de propriété commence dès ce moment et marche de front avec les progrès de la jeunesse et de Tannée dans les doctrines et dans les moeurs de Tégalité. Cest à quoi le comité destinait le décret économique.

Ce décret embrassait toutes les parties de Fad- Décreuécon»ministration publique ; Fagriculture , les arts , le commerce, la navigation, les finances et les travaux publics étaient de son ressort et allaient en recevoir une nouvelle vie.

On sait que l'établissement de la grande et parfaite communauté nationale était le dernier but des travaux du comité. Cependant il se serait bien gardé d'en faire l'objet d'un ordre le lendemain de son triomphe , et de contraindre les op-

miques.

( 3io )

posans à y prendre part; toute violence indmdueUe^ tout changement non ordonné par les lois eut été interdit et puni. .Le comité pensait que le législateur devait se conduire de manière à déterminer le peuple enti^ a proscrire la propriété par besoin et par intérêt.

Mais eraoïment amener tant d'hommes dépra*»

vés par Toisiveté, par les jouissances factices et par la vanité à désira un état de simplidté auquel ils avaient opposé une si vive résistance f en établissant par les lois , répondait le comité , un wdre public dans lequel les ridies , tout en gardant leurs biens, ne trouvent plus ni abondance , ni plaisirs, ni considération. Faisons, ajoutait-il, en sorte que tous les hommes laborieux puissent, moyennant un travail très-modéré et sans recevoir de salaire , d'une honnête et inaltérable aisance, et le bandeau tombera bientôt des yeux des citoyens égarés par les préjugés et par la routine; alors il arrivera que les propriétaires des biens oudes signes, forcés d'offiir une main-d'œu^ vre supérieure à Tentretien commode et gratuit assuré par la république , et de dépenser la plus grande partie de leurs revenus en frais de culture et de préparation et en impôts , ne pouvant pliss se procurer ni un plaisir ni un service , accablés sous le poids des taxes progressives , éloignés des affaires ^ privés de toute influence , méprisés , ne

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S&tmsmt plus dans l'état qu'une dasse suspecte d'étrangers, ou émigreronten abandonnant leurs biens, ou se kàterontde sceller de leuï- propre adhésion rétablissement pacifique et universel de la communauté ' .

Appelons k nocfô, ajoutait le comité insurrec- «cur, les petits propriétaires , les marchands peu fortunés , 1^ journaliers, les laboureurs , les artisans , tous les malheureux que nos vicieuses institutions condamnent k une vie surchargée de fatigue, de privations et de peines; qu'ils renaissent k rhumanité; qvela patrie assure immédiatement k tous ceux qui lui consacreront firanchement leurs facultés et leurs travaux ime existence conunode^ k Tabri des re^vers, et débarr»sée des . craintes et des soucis qui ne sont pas moins les effets de la propriété que delà misère ; créons dès ce moment une grande conmoiunauté nationale , dotons-la d'un immense territoire, incorporons-y tous les immeubles sur lesquels la nation ou les communes ont des droits k exercer; conférons k ceux <pi lui feront un abandcm absolu de leurs personnes et de leurs biens le droit imprescriptible a tout ce qui constitue un bonheur que tous peuvent partager; vallons k ce que ce bonheur

« Pour bien comprendre ceci , il faut lire tout de suite le fragment du décret économique , inséré aux Pièces justificatives, sous

soit réel et prompt ; empêchons que les beaox-esprits ne viennent le trouUer par des sophismes et des exagérations ; forçons toutes les branches de l'autorité a marcher dans le sens de F^alite ; recevons dans le sein de la patrie tous ceux qui s'y jetteront avec sincérité ; tarissons toutes les sources d'oîi Torgueil pourrait encore tirer de quoi étaler , aux yeux du peuple , un faste trompeur; rendons For plus onéreux que le sable et les pierres; frappons hardiment les premiers* . coups et laissons au désir naturel du bonheur et a la sagesse, aidée par Tenthousiasme public, à achever successivement une si subliipe entreprise.

Cette opération préparatoire étant ime fois consommée , la nation n'eut existé que dans les pàrticipans à la communauté ; mais tout portait le comité insurrecteur k penser qu'elle ne tarderait pas a se confondre avec la nation entière , par la rentrée successive des défenseurs de la patrie , par l'incorporation des biens des non pàrticipans décédés et par l'heureux changement d'c^inion qui eût été infailliblement la suite d'une semblable réforme. Le jour fut bientôt arrivé oii l'obligation et la contrainte eussent pu succéder sans danger aux exhortations , à l'exemple , et à la force de la nécessité ; dès4ors le mot propriétaire n'eut pas tardé a devenir barbare pour les Français. fa«^ MttoMil? ^^ parlant des assemblées du peuple , nous

avons fait mention des fêtes nationales et des principes sur lesquels le comité comptait les instituer. Le même esprit régnait dans le projet révolutionnaire qu'il discuta peu de temps avant sa dissolution. Ces fêtes eussent été nombreuses et variées ; chaque jour de repos eut eu la sienne. Dans Fopinion du comité , il importait souverainement à la cause de Tégalité de tenir sans cesse les citoyens en haleine , de les attacher a la pati'ie en leur faisant aimer ses cérémonies , ses jeux et ses amusemens , d'écarter lennui de tous les momens de loisir et d'entretenir par de fréquente» communications les sentimens de fraternité en* tre toutes les parties de la république.

De raffermissement de ces institutions et surtout de celles que le décret économique allait créer, dépendait , selon la manière de voir du comité, laccomplissement de la révolution et l'exercice complet de la souveraineté populaire , c'està-dire que le jour où le peuple eût joui paisiblement de l'égalité , eût été celui où il aurait pu exercer, dans toute sa plénitude, le droit de délibérer sur les 1ms , consacré par la constitution de

Jusque-là le pouvoir souverain ne devait être Exécauonpar- - * 1 11 . **®^^*' ®' succès-

rendu au peuple que graduellement et en raison ciy« deiaconsu-

du progrès des moeurs. L'autorité des sénats tempérant par différentes combinaisons , pendant la

durée de la réforme, rinfluence da grand nombre, Teùt préservé des troubles et des dangers auxquels les anciennes habitudes et les pièges des méchans l'eussent infailliblement exposé.

Une foule de détails se sont effacés de ma mémoire ; elle n a conservé le souvenir que des traits les plus saillans et une idée bien nette de la progreasi^m successive et simultanée des institutîoQS et de la constitution. On sentira facilement que le comité insurrecteur lui-même ne pouvait ni prévoir toutes les mesures que les ôrc(»istances auraient^ pu rendre nécessaires , ni déternuBer d'avance Tépoque où la tache da réformateur eût été finie.

Qui eut pu calculer toute la résistance des passions effirayées P Qui eût pu prédire jusqu'à quel point les ennemis extérieurs de la république auraient multi{dié leurs efforts ombre la nouvelle réforme qui sans doute leur «ût été plus odieuse que toutes les précédentes ? ces calculs et ces prévoyances étaient subordonnés a la célérité avec laquelle Topiniou démocratique eut repris son ancien ascendant.

On peut seulement assuf er , d'après la façon de penser bien connue des conspirateurs , que les hostilités extérieures n'auraient été prolongées d'un jour ni par l'ambition de conquérir ou de dominer, ni par la jalousie de commerce.

Tant d'efforts auxquels, on ne refusera fas le Arrestation mérite de quelque tertu forent rendus Tains par ^* *'**°^"'^ *' la. trahison de Grisel ; aidés par les ruses de ee perfide, les oppresseurs de la France firent arrêter, le matin du 2 1 floréal de Fan IV, la plupart des chefs de la conspiration ^ Babeuf et Buonarroti furent saisis au milieu de quelques papiers , dans la chambre où ils avaient passé la nuit à méditer et à préparer l'insurrection et la réforme ; Darthé , Germain , Eriddy , Drouet et plusieurs autres le / forent, enméme temps, chezDufouroii ils étaient assemblés pour fixer le jour du mouvement populaire. L'armée de l'intérieur sous les armes protégeait réexpédition contre la démocratie , et le peuple parisien , a qui l'on fit croire qu'on venait

< Alors s'ouvrait cette brillante campagne d'Italie , qui fra3ra à un soldat audacieux le chemin à la puissance suprême. L'amour de la liberté commença dés-lors à faire place, dans le cœur des Français, à celui de la gloire militaire et des conquêtes , qui fut ensuite la cause la plus active de leurs revers et de leur asservissement total. Selon toute apparence, le succès de la conspiration dont on vient de lire le rëcit, en arrachant le pouvoir aux hommes faibles et corrompus qui l'exerçaient depuis le 9 thermidor , eût rendu à la république la vigueur de ses premières années , et il est à présumer que le peuple français, échappant par-là aux complots aristocratiques sous lesquels il succomba, eût été préservé de l'ambition de Buonaparte et des funestes conséquences de ces excursions lointaines , dont les rois coalisés tirèrent un si grand parti pour le replonger sous le joug de ses anciens maîtres, en déchaînant contre lui , à l'aide d'insidieuses promesses de liberté , plusieurs nations éveillées par l'éclat de la révolution , et aigries par les maux d'une guerre d'envahissement et de spoliation.

d'arrêter des voleurs / fut spectateur immobile de remprisomaiement des conjurés dont il essaya inutilement , quelque temps après, de briser les fers.

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