SECTIONS
ACERS.
raorosAvs.
RëunioD , Homme-
Armé , Droit de
l'Homme, Arcis.
Paris.
Darthé.
Quinze-Vingts, In-
divisibilité , Popin-
court, Montreuil.
Cazîn.
Babeuf.
Fidélité, Frater-
nité, Arsenal, Cite.
Adery,
Darthé.
Fontaine de Gre-
nelle, Ouest, Inva-
lides, Unité.
Rerpino,
Bouîn.
Théâtre-Français ,
Luxembourg, Pont-
Babeuf et
Neuf, Thermes.
Spmbod,
Bu(Miarroti.
Panthéon, Finis-
terre , Jardin des
Plantes , Observa-
toire.
Moroy.
Bedon.
)3aïoiinetle9 aveuglément soumises a leurs GPéatures , et ils parvimrent , sous le préte^^te de main-^ tenir la tranquillité publique, à transformer Tenceinte de la représentation nationale, dont rattachement des citoyens était naguère la défense unique, en un camp qui menaçait leur liberté et leur vie.
Cette armée autour et au dedans de Paris, qui en germin^ et prairial de Tan III , avait aidé lés ennemis de la liberté à établir leur empire^ fut maintenue et augmentée par le gouvernement constitutionnel; on voyait à sa tête des ex-noWes, des détenus de Tan H, et généralement les hommes qui avaient donné d eclatans témoignages de leur haine pour la souveraineté du peuple.
La pi'ésence de forces nombreuses et dévouées a la tyrannie , comparées a Tétat de désarmement auquel Tautorité , sous le prétexte d'enlever les armes, tantôt aux royalistes-, tantôt aux terroristes, avait réduit le peuple , devait décourager la multitude et lui faire redouter le moindre choc.
Au nombre des obstacles qui pouvaient s opposer au succès de son entreprise, le directoire secret rangeait la résistance des troupes , et même ridée seule que le peuple pourrait s'en former. Aussi songea-t-il de bonne heure à la rendre nulle, en réveillant dans le cœur des soldats
l'amour de la démocratie , en leur rappelant le^ grands intérêts pom: lesquels ils avaient versé leur sang, et en les arrachant insensiblement k Fobéissance servile envers leurs chefs, de laquelle les tyrans leur faisaient un devoir impérieux. C'était encore par l'ascendant de la vérité , que les conjurés voulaient allumer dans l'armée la haine du gouvernement aristocratique, afin de joindre par un élan unanime ses forces k celles du peuple.
A. cet effet, le directoire secret ajouta successive- Agen» miiitein». ment aux a^ens d'arrondissement des agens mili* taires , chargés des mêmes fonctions auprès des bataillons stationnés k Paris et aux environs ; il accorda sa confiance
A Fion pour les Invalides J
A Germain pour la Légion de Police ;
A Sasemy pour les détachemens cantonnés à Franciade ;
A Vannée pour les troupes en général ;
A Georges Grisel pour le camp de Grenelle.
Le rôle que ce Grisel a joué dans le dénouement de la conspiration, exige que nous fassions connaître , dans toute leur étendue , les circonstances et les motifs qui lui donnèrent accès auprès des principaux défenseurs de l'égalité.
Outre les agens civils et militaires dont nous avons parlé , le directoire secret avait institué dejt
surveiUans qui eh examinaient la conduite, en rectifiaient la marche, et imprimaient à lem* ac* tion une nouvelle vigueur. Darthë et Glermain furent charges de ce soin important. Uxm et Fautre rendirent alors a la cause de Fégalité les services ks plus signales : c'était par eux que le directoire connaissait plus particulièrement ce qui se passait dans les rassemblemens; et c était eux qu'il chargeait des commissions les plus difficiles, doilt ik s'acquittaient avec l'exactitude et avec le courage qui décèlent une profonde conviction et un entier dévouement.
Darthé , infatigable et intrépide , habile à faire pass^ dans l'ame de ceux qui l'écoutaient la chaleur de la sienne, à réprimer les élans trop précipités , et à concilier les nuances d'opinion , s'attachait à encourager et réunir les amis de l'égalité , et à découvrir ceux qui pouvaient le niieux en servir la cause. Ce fiit dans ces vues qu'il fréquenta le café des Bains Chinois où se rendaient journellement plusieurs démocrates, et qu'il s'y lia avec Georges Grisel , d' Abbeville , alors capitaine .à la suite dans le troisième bataillcm de la trentehuitième demi -brigade de ligne ^ campée k la {daine de Graaelle près de Paris.
Grisel. Grisel qui parait, comme tant d'autres, n'avcnr
vu dans la révdiution qu'une occasion d'élévation ;pars<mneUe , recherchait les patriotes ; il parvint ^
çn imitant leur langage, à passer auprès d'eux pour un ardent révolutionnaire, et dès lors il n'eut pas de peine à captiver la bienveillance de quelques dé^iocrates qui le présentèrent a Darthé comme un honnne précieux à leur parti. Les éloges imprudens que prodiguèrent à Grisel ses introducteiu*s , ses discours et Fempressement avec lequel il se chargea de répandre parmi les troupes les écrits du directoire secret et rédigea lui-même , une brochure insurrectionnelle , tendant à provoquer Tinsubordination dans Tarmée ^ , persuadèrent le trop confiant Darthé de la pureté de ses intentions, et le déterminèrent a le proposer au diï'ectoire qui avait besoin d'un agent militaire auprès du camp de Grenelle* U fut nommé, et les instructions relatives à sa mission lui furent délivrées par Darthé le ^26 germinal a.
Dès que les agences qu on avait instituées fuh i^crit* cUmoenrent suffisamment organisées , le directoire secret s'occupa sans relâche de répandre les écrhs qu il destinait a détromper le peuple* Il s'agissaât de lui prouver que sa souveraineté avait été usurpée par l'autorité existante; que la constitution de 179^ était la seule légitime; que le bonheur de tous ne pouvait résulter que de la véritable égalité ;
. ' Cette brochure était intitulëe : Franc-Libre à son ami la Tev. reur. Voyez pièces justificatives , n© 9.
* Voyez ces instructions ibidem, n« 10.
et que les ooain qu'il attribuait a la révolution , venaient uniquement de ce qu'elle n'avait pas atteint son but.
Toutes les plumes démocratiques forent mises a contribution : Babeuf développait dans son Tribun du Peuple , Fesprit de l'institution insurrectionnelle, et Simon Duplay propageait les mêmes doctrines parmi les classes les plus laborieuses, au moyen d'une petite feuille , intitulée TÉclaireur. Les républicains qui dirigeaient le Journal des Hommes libres, rendir^it aussi à la démocratie d'importans services, parles discussions qu'ils osèrent établir sur la forme du gouvernement et sur legrand^ystèmedeFégalité, duquel ils firent édater la justice en provoquant de victorieuses réponses aux objections qu'ils mettaient en avant. Un des premiers soins du directoire secret fut de signaler au peuple, d'une manière positive , les points auxquels il devait se rallier; il le fit au moyen de VAnnlyse de la doctrine de Babeuf, qui fut distribuée et affichée le no germinal, avec une très grande provision; et, quoique le gouvernement s'efforçât de dérober cet écrit à la connaissance du puUic, il frappa tellement toutes les têtes , que les aristocrates le transcrivirent dans, leurs journaux, comme un chef-d'œuvre d'extravagance iet d'audace , et les patriotes en firent le sujet de leurs entretiens et de leurs espérances,
- Le 33 germinal parut V Opinion sur nos deux eonslMviions^:f\i^ 24onpublialaZettrerfe Franc- Xibre àson ami la Terreur ;\e aS fut mis en circulation l'écrit intitulé : Doit-on obéissamee à la consUUUion de 1795 2 ? le 27 on distribua \ Adresse du Tribun à l'armée 3 ; le" 29 fut répandue la Lettre en réponse à M. VA , et le premier floréal fut livré au pubKc Le Cri du peuple frtmçais contre ses oppresseurs ^.
Aux efforts du directoire secret prêtaient im Misère au pe^r prodigieux secours la persécution qui pesait en- ***" core sur la masse des patriotes, et U détresse toujours croissante qu'éprouvait la partie lalxin rieuse de la nation ; c'était le moment ou le dis-^ crédit pn^ressif des assignats, faisant resserrer les denrées , réduisait leç ouvriers a se priver du nécessaire ou a aliéner les meubles et les habiUe^ mens les plus ind
« Cette pièce a été perdue» . '
a Voyçz pièces justificatives , n© 11*
3 Ib., no 12.
4 /ô. , no i3.
5 On n'a pas pu trouver cette pièce.
^ Ce révoltant envahissement de la fortune déjà si réduite de la classe laborieuse , fut la suite de la suppression de la taxe des den.rèes et des- contributions en nature sur les riches , deux moyens fpî, avant le 9 thermidor, avaient éloigné la nécessité de recourir à une trop grande émission d'assignats ; depuis cette époque , l'approvisionnement public ayant été abandonné aux, soins des propriétaires et des marchands avides , pour la plupart ennemis des
Ce malaise y joiiit aux écrits par l^uels le directoire secret en montrait la cause et le remèds radical, produisit une fermentation si viVe et si générale que bientôt le mécontentement propagé pspr les réunions secrètes éclata publiquement et causa les nombreux rassembleméns que Ton vit , vers la moitié de germinal de l'an IV, dans les rues , sur les places et sur les ponts de Paris,
Alors les usurpateurs de la souveraineté popu-! ]s^ apprirent avec certitude qm leurs ennanis se réunissaient en force et que le peuplé , eh invo^ quant Fégalité et la constitution démocratique ^ donnait des regrets aux victimes immdées à la corruption et à Faristocratie , en thermidor de Tan II , et en prairial de Tan III. ^
Progrès de Cc qui se passdit a Paris , les opinions , les dis-« 1131°"*"*^'^ cours et le§ discussions du peuple et des soldats^i tout étkit journellement transmis au directoire secret par les rapports de ses agens et par les communications verbales diss surveillans admis dans son sein; il en était aussi instruit par plusieurs démocrates qui s'étaient adroitement introduits dans la police du gouvernement.
Bientôt le directoire secret s'aperçut que leffet de ses inspirations avait surpassé son attente et sentit qù^il était urgent de rassembler tous le»
réformes populaires , le pauvre fut dépouille du nëccssaire qui servit à augmenter le superflu et le liixe des gens opulens.
rectoire secret.
moyens par lesquds il comptait seconder , diriger et rendre utile Tébranlement populaire dont on voyait les avant-coureurs.
Les conjurés s'assemblaient presque tous les Travaux du disoirs dans Fasile de Babeuf, auprès de qui restè-^ i^eqt constamment déposés les principaux papiers et le cachet de la conspiration ; ce cachet , auquel les agens révolutionnaires reconnaissaient les ordres du directoire, portait les mots salut public autour d'un niveau.
Pendant les séances on examinait :
Les rapports dés agens et les projets de réponse ;
Les écrits à imprimer ;
Les propositions sur la forme de Finsurrection ;
Les dispositions législatives qui devaient la suivre;
Les institutions et lorganisation de la répu'* Hique.
Toutes les décisions que le directoire seoret rendait à la pluralité des voix , étaient coudiées sur un registre et servaient de, bases à la correspondance et aux travaux préparatoires qui étaient répartis entre les conjurés. Rien n'était signé. Babeuf que la proscription forçait & la retraite , fut presque le seul rédacteur des lettres et des instructions, dont les expéditions nécessaires étaient faites par un secrétaire et portées par Eriddy aux agens révolutionnaires.
( 13:^ ) AutoriiJisub*-. Après avoir arrêté qu'on devail; diriger lacriié cxi»unie/ tioii du pcuplecontre le gouYemement existant , et vers rétablissement de la œnstitution de 1 793 , le directoire secret eut a résoudre une question que les circonstances rendaient très épineuse; il s'agissait de déterminer par quelle forme d'autorité on remplacerait subitement celle dont on méditait la destruction.
On était convaincu qu'il n'était ni possible ni sans dangers d'appeler a l'instant les assemblées primaires a nommer un corps législatif et un gouvernement conformément a la constitution de 1793. D'abord il était évident qu'un intervalle de temps quelconque devait s'écouler entre l'insurrection et l'installation de la nouvelle autorité constitutionnelle, et il n'était pas moins sensible qu'il eut été de la dernière imprudence de laisser un moment la nation sans directeur et sans guide. D'autres considérations faisaient penser au directoire secret que cet intervalle de temps devait être plus long que celui qu'exigeaient strictement les élections etl'amvée des nouveaux députés : elles méritent d'être développées.
NéceuUc d'une Changer la forme de l'administration publi-
autorité anté' i/^». i ti.
rieurc à Porcire ^uc n ctait pas Ic scul Dut quc sc proposaicut nos
con.tituiiouaei. ^^^jurés ; ils voulaicnt , et c'était là la partie la
plus importante de leurs desseins, procurer à la
I France des lois bonnes et durables. Et , quoique
le directoire secret n'ignorât pas' que, le mode d'après lequel la loi est e'mise'et exécutée peut exercer quelque in^uence sur les institutions à établir , l'histoire et l'expérience de la révolution française lui avaient appris, que ïeflfet certain de l'inégalité est de diviser la cité, de créer des intérêts opposés, de fomenter des passions ennemies et de soumettre la multitude quelle rend ignorante, crédule et victime d'un travail excessif, à un' petit nombre d'hommes instruits et adroits , qui , abusant de la préférence qu'ils ont su obtenir, ne s'appliquent qu'à conserver et a renforcer , dans la distribution des biens et des avantages , l'ordre qui leur est exclusivement favorable : il concluait de là qu'un peuple , si étrangement écarté de l'ordre naturel 5 n'était guère capable de faire d'utiles choix , et avait besoin d'un moyen extraordinaire qui put le replacer dans un état ou il lui serait possible d'exercer effectivement et non fictivement la plénitude de la souveraineté.
De cette manière de penser naquit le projet de remplacer le gouvernement existant par ime autorité révolutionnaire et provisoire, constituée de manière à soustraire à jamais le peuple à l'influence des ennemis naturels de l'égalité , et à lui rendre l'unité de volonté nécessaire pour l'adoption des institutions républicaines.
convention.
Quelle sera cette autorité? était la question délicate qui fut scrupuleusement examinée par le directoire secret. Les trois propositions qui avaient été agitées chez Amar Airent reproduites : la première rappelait une partie de la convention i^ationale; la seconde créait la dictature; la troisième établissait un corps nouveau , chargé de terminer heureusement la révolution ^ Rappel de la Amar proposait dans Ic prcmicr comité dc rappeler la convention nationale ; ce corps , disait-il , qui ne pouvait être remplacé que par une autorité voulue par le peuple , l'ayant été en vertu çl une constitution et de lois contraires à sa volonté souveraine, est encore la seule autorité lé-
' L'expL'rience de la rëvolution française et plus particulièrement les troubles et les variations de la convention nationale ont, ce me semble , suffisamment démontré qu*un peuple , dont les opinions se sont formées sous un régime d'inégalité et de despotisme, est peu propre, au commencement d*une révolution régénératrice , à désigner par ses suffrages les hommes chargés de la diriger et de la consommer. Cette tâche difficile ne peut appartenir qu'à des citoyens sages et courageux qui , fortement épris d'amour pour la patrie et pour l'humanité , ayant long-temps sondé les causes des maux publics , se jont affranchis des préjugés et des vices com- . muns , ont devancé les lumières de leurs contemporains , et méprisant l'or et les grandeurs vulgaires , ont placé )eur bonheur à se rendre immortels en assurant le triomphe de l'égalité. Peut-être faut-il , à la naissance d'une révolution politique, même par respect pourra souveraineté réeUe du peuple, s'occuper moins de recueillir les suffi^ages de la nation que de faire tomber , le moins arbitrairement que possible , l'autorité suprême en des mains sagement et fortement révolutionnaires.
gitime. D'un autre côte, poiu^suivait Âmar, la légitimité des décrets dépendait de la liberté des députés , garantie par les formes établies pour la poursuite de ceux d'entre eux contre lesquels s'élèveraient des accusations graves : or , des membres de la convention furent arrêtés , déportés ou dépouillés de leurs droits politiques sans procès ni jugement , en germinal et prairial de Tan III ; donc les actes de la convention postérieurs à ces violences sont nuls, la rédaction de la constitution de Tan III doit être considérée comme non avenue , et les véritables mandataires du peuple sont encore ceux qui n'ont pas participé à ces abus de pouvoir ou qui en ont été les victimes.
0>nséquemment à ce raisonnement, Amar oujccuons. proposait de rappeler a l'exercice du pouvoir dirigeant, les membres de la convention nationale qui furent par elle déclarés inéligibles , et ceux qui, ayant été exclus du corps législatif, n'avaient pas participé à l'usurpation.
Cependant on reprochait à un grand nombre de ces conventionnels la part qu'ils avaient prise aux crimes du 9 thermidor; la proscription des démocrates sous les noms d'anarchistes , exclusife, terroristes , etc. ; la clôture des sociétés populaires; la rentrée dans la convention des soixante-treize girondins , et la mise en liberté de tous les aristocrates ; la faiblesse avec laquelle ils
avaient laissé égorger plusieurs de leurs collègues; le silence par eux garde sur la proposition, de changer la constitution ; un grand amour da pouvoir; les richesses* accpiises par quelques-uns , et en général une extrême pusillanimité dans la défense des droits du peuple ^ Ceux (jui étaient pénétrés de la nécessité de ne confier le sort de la patrie quWx plus sages et aux plus courageux, pouvaient-ils se décider à rappeler au pouvoir suprême ceux qui avaient mérité en l'exerçant d'aussi graves reproches?
Le directoire secret jugea que des raisons dW aussi grand poids devaient l'emporter sur l'avantage assez douteux qu'on se promettait d'une apparente légitimité , à l'aide de laquelle on espérait adoucir les ressentimens et vaincre ,les résistances.
Il pensa au contraire que , comptant uniquement pour la réussite de ses projets sur l'influence des démocrates de toute la république , qui y dan3 toutes les hypothèses, eussent secondé l'impulsion doni^éepar ceux deParis, il était prudéntde mettre décote les subtilités, et de donner la préférence a la voie qui offrait le plus de sûreté contre les erreurs et les faiblesses des hommes revêtus du pouvoir..
> Quoique le directoire secret se crut fondé à refuser sa con-
* fiance à beaucoup de ces conventionnels , il ne payait pas moins a
plusienn d'entre eux un tribut bien mérité d'estime et de respect.
( i37 ) Le rappel de la eonvention ainsi écarté , le di- Antonté pro-
• A ^1V1/ 1 /*• TÎsoire à la no-
rectoire secret s arrêta a lidee de taire nommer mination des inpar les insurgens de Paris, l'autorité provisoire k ■"^8«°*^«^*"»laquelle il fallait nécessairement confier le gouvernement de la nation. En efi*et , dans Timpos-* sibilité physique de recueillir sur-le-champ les suffrages de tous les Français , c'était là le seul moyen de rendre a la souveraineté du peuple tout rhommage compatible avec les circonstan-^ ces, A cet avantage se joignait celui d'une plus grande probabilité de bons choix de la part d'hommes dont le dévouement aux prindpes de la nouvelle révolution eut été attesté par le courage avec lequel ils allaient en prendre la défense.
On prévoyait que les rusés ennemis de l'éga- ce système <!tait Kté tenteraient de soulever les habitans des dé- J^"^*^"*»"***^^»
, la souveraineté
partemens contre ce qu'ils n'auraient pas man-^"P*^p'** que d'appeler ïempiètement des brigands de Paris sur les droits du souverain. Le directoire secret ne voulant rien faire que de juste , exa-. mina cette objection ; voici comment il la réfuta:
« Quand il y a tyrannie, tout citoyen a le droit » et est dans l'obligation de travailler à la dé- » truire. Cependant il est impossible que tous les » citoyens d'une vaste république se rendent , à » cet effet^ auprès de l'autorité qu'il faut renver-^.
» ser : c est donc a ceux qui rapprochent kprèn- » dre les armes les prémiers ; et , comme il est » important quWe autorité nouvelle succède » immédiatement à Tancienne , c est aux insur- » gens a y pourvoir.
» D'ailleurs , le droit d'abattre le pouvoir ty- » rannique étant par la nature des choses dé- » légué a la section du peuple qui ravoisine, » c'est à elle qu'est aussi délégué le droit que n nulle autre ne saurait exercer , de le remplacer » d'une manière provisoire et conforme, autant » que faire se peut, aux principes de la souve- » raineté tiationale. »
Âpres cela , il s'agissait de savoir quelle serait la forme provisoire à proposer au peuple parisien en insurrection. Sur ce point il y eut diversité d'avis : quelques membres du directoire secret opinaient pour la magistrature d'un seul ; les autres préféraient im corps nouveau, composé d'un petit nombre de démocrates éprouvés. Ce dernier avis prévalut.
Diciature rc- BedoTi ct Darthé qui proposaient la dictature , ^**^** attachaient a ce mot l'idée d'une autorité extraordinaire , confiée a un seul homme , chargé de la double fonction de proposer cm peuple ime légis^ UUion simple et propre à lui assurer Tégalité et V exercice réel de la sou^ermneté, et de dicter proinsoirement les mesures préparatoires tendant à
disposer la nation à la recevoir. Selon eux , une tâche si importante et si hardie , ne pouvant être bien remplie qu a Taide d'une parfaite unité de pensée et d'action , devait être conçue et exe'cute'e par une seule tête. A l'appui de leur opinion ils invoquaient l'exemple des peuples anciens , et rappelaient les suites funestes de la pluralité, desquelles ils voyaient des preuves récentes dans les divisions du comité de salut public.
n leur semblait que les dangers de l'abus qu'on pourrait £sdre d'une semblable magistrature , pouvaient être facilement évités par la vertu bien connue du citoyen qui en serait revêtu , par lexposition claire et légale du but qu'elle devait atteindre , et par les> limites posées d'avance a sa durée.
Dans ce système , la tache du directoire secret se réduisait a tracer en peu d'articles l'objet de la réforme , Ik fixer un terme à la nouvelle magisjtrature , à découvrir le citoyen le plus vertueux de la république, et à faire adopter son plan par les Parisiens insurgés >.
' Â quoi faut-il raisonnablement attribuer la perte de la démocratie et de la liberté en France , si ce n'est à la diversité des vues , à l'opposition des intérêts , au défaut de vertu , d'unité et de persévérance dans la convention nationale? Ce n'est pas , ce me semble, pour conserver, mais pour établir Tégàlité chez une nation corrompue , qu'on a besoin d'une autorité forte et irrésistible. Il est à présumer que si ,en Fan II ou en l'an III , on avait eu la sa-
Cependant , le directoire secret en jugea autrement : ce n'est pas qu'il me'connùt la vérité des motifs allégués en faveur de la dictature ; mais la difficulté du choix , la crainte de l'abus , la ressemblance apparente de cette magistrature avec la royauté , et , par dessus tout , le préjugé général qu'il semblait impossible de vaincre , firent préférer un corps peu nombreux, auquel on eût confié les mêmes pouvoirs , sans courir les mêmes dangers et sans avoir tant d'obstacles a surmonter. Corps com- I^ résultat de cette grave délibération fut crTttîr dir qu après la destruction de la tyrannie , le peuple tement.àpropo- ^jg Pans scrait enffaeé a créer une assemblée na-
«er au peuple de ^ o o ^ ^ ^
Paru en insur- tionalc , rcvêtuc dc l'autorité suprême, et composée d'un démocrate par départenient ' ; qu'en attendant , le directoire secret ferait des recherches scrupuleuses sur les démocrates a proposer ; et que , la révolution faite , il ne cesserait pas ses travaux et veillerait sur la conduite de la nou^ velle assemblée.
Pendant que les conjurés réglaient ainsi ces points majeurs, ils suivaient attentivement les moinçlres dispositions du peuple; ils ne négligeaient rien pour s'assurer la victoire au jour de
gesse (Tinyestir un homme de la trempe de Robespierre de la dictature que proposaient Bedon et Darthë , la révolution eût atteint son yéritable but.
' La répubtiqae française était alorç divisée en 97 départemens. .
rinsurrectioA qui eut pu être oelîii du combat. À la yërité ^ on était autorisé à penser que Tsu** mée s'abandbanerait à- Timpulsion populaire ; mais il eut été de la dernière imprudence de ne pas mettre en Ëgne.de compte Tinfluence que des ^fieiers , mauvais citoyens y auraient pu exercer sur des solxfats peu instruits et liabitués à Tobéissance.
Tout en redoublait d'efforts pour attirer à la i^ àir^uàn
m i.i-'iii 1 sccrel >vise ans
cause du peuple les soldats: augpu^mement , le moyens de r»directoireseeret ckerchait à ren(b?e lesdémocra- î^f^rt ue?^ tes plus forts qulemt,. danS: le cas oîi il. Êdlùt en "^^«"^ venir aux main&. Soa dessein.» était de créer subi-** tement une anuée populmre,.et', à.oet eSely il recueillit diea r^iseignemensr sur le nombre , la va^ leur et la capacité dés démocrates ,. sur les JEbrces de kursennemi&-et sur les lieux oii le peuple eût pu se pourvoir d'armes et de munitions ; il préparait dans. Pari» des^ logemen» aux républicains, qu'ill appdait dk toubes les parties^ de la France , a renfoiter les arnis^ de la ]ilMurta,.et maiypiait scngneusement les dépôts de> subsistances,, afin qa'au grand joiar de la rédemption ,. la. faim ne: contraigiiit pas k peuple ài abandonner ,, comme, en prairnd de Van Ili, fechamp^de batailler
Pëim» les patriotes dbsdépartemoui ^l^'I^y^^** Bi^pukUckns naisa^éntfiisépfaisparticidièiiementl'attentâân ^* ^''"' d» diiccÊoûre secret. Il f en avait h Paris qui
I' lO.
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avaient méçitë la confiance de Robespierre ; et ceux qui demeuraient a Lyon , y avaient déployé un tel caractère , qu'on était en droit d'en attendre les plus grands services. Ce fut à Bertrand , ancien maire de cette ville , que le directoire confia le soin de les réunir et de les diriger dans le sens de l'institution insurrectionnelle.
Grande fér- Au 20 gcmûnal dc Tan IV, il se mamfesta menution à Pa- ^^^ j^ pcuplc de Parfs unc violcntc agitation , que les factions criminelles travaillaient à mettre àprofit concurremment avec les démocrates. .
Deuxfacuons Dcux ÊBictions prlucipalcs existaient dès-lors ne^nl ^**"'''*" dans le gouvernement. Les hommes qui , sous les bannières de l'égalité , s'étaient adroitement emparé des richesses et*du pouvoir , et que j'ai nommés faua: amis de T égalité ow, égoïstes conqtté- Tans , formaient celle qui reconnaissait pour chefs Barraç , TàUien , Legendre ,Tréron, Merlin dé Thionville , Rewbell , etc. , etc. L'autre se composait des amis de l'ancieniordre d'inégalité, que j'ai compris sous la dénomination di égoïstes consers^ateurs ou vieux aristocrates : elle ralliait ks débris de la Gironde , les auteurs de la nouvelle constitution et même les royalistes qui se promettaient quelque avantage du cours que cette faction imprimait à l'opinion , et généralement de tout ce qui tendait à proscrire l'égalité; on comptait dans ses rangs Boissy d'Anglas , La-
rivière , Thibaudean , Dumolard , Camille Jordan , LareVeillère Lëpeaux, Lanji^nais , Portalis^ Pastoret, Siméon , etc., etc."
La première de ces factions ne voulait de la constitution , qu'autant qu'elle la maintiendrait en possession de la prééminence ; la seconde attendait de son exécution scrupuleuse de nouveaux succès. Celle-là, moins nombreuse , mais plus entreprenante et plus hardie, méditait des actes de violence contre celle-ci , qu elle accusait de viser au rétablissement de la monarchie , et qui de son côté , plus forte en nombre , mais plus hypocrite et plus' lâche , se proposait d'accabler ses adversaires par les armes constitutionnelles. Une aristocratie, quelle qu'elle soit, repousse a la fois l'égalité et toute aristocratie dont elle redoute la concurrence ; tout prétexte lui est bon pour écarter ses rivaux. Or ,' rien ne nuisant autant dans l'opinion du vulgaire aux hommes publics , que le dérèglement et la rapacité , les vieux aris^ tocrates s'efforçaient d'exciter par des reproches de cette nature , contre les amis vrais ou faux de régalité , l'indignation du peuple que ces derniers n'avaient que trop méritée.
Aux attaques de ce genre , les égoïstes conque- Lesfaaxamicde
.1 11. • • . P^galité veulent
rans opposaient la masse des hommes qm avjaient expuisei<dei'aa. pris k la révolution une part quelconque. Ils ^JjjJ^J^^'*"* avaient l'adresse de présenter indistinctement
tous les censeurs de leurs crimei , aunme autant d'ennemis de la république; ils effrayaient les répul)licains de toutes les. couleurs, par la crainte dW prochain retour à la royauté ; ils prétendaient quW oubliât les droits du peuple pour ne songer qu'aux comjJots des royalistes dont ik di* saient qu'eux seuk pouvaient réprimer l'audace ; ils mettaient enfin tout en œuvre pour se faire le centre du mouvement populaire dont ils ne se dissimulaient pas rapproche.
Dans le système de cette faction , l'insurrection
dontik comptaient s'emparer, ne devait avmr
d'autre objet que cdui d'arracher du ccnrps légis*
latif et du gouvernement les hommes qui leur
déplaisaient, tek que Boiasy d'Anglas , Isnard,
Cadroy , Rovère , Lariviè^ , etc '.
iu essaient ^ ce^^c fifi , OH fit retentir les enceintes des
Iw^^TerT- «^*^*^s législatifc dé violentes dédamations eon-
triotesietiepcu- 1^ jg^ massacTcs réocmment arrivés dans le midi
pie.
delà France, dont on accusait quelques-uns de eeax*<ci d'avoir été les instigateurs, et dont cq)endant leurs ennemis actuels avaient été long-temps les provoeateui^.
> A ces traits, il est aisé de reconnaître la faction qui triompha
et edfte qui SHCcomba le 18 fructidor de Tan V. Les événemens de
cetbs joHniée furent retardes par YmûeaàhûjÉté des répttbficàins'
qui , ne voulant pas plus de Tune de ces faetûais que de l'autre ,. les
. . forcèrent à réunir leurs eflbrts contre la démocratie , leur en-
D'hypocrites apostats se répandaient dans les lieux puHics pour exa^rer le nombre et les tentativesdeseonspirateurs royalistes, détourner Tattention du peupledes crimes des faux amis de Té^lité, et les remettre en possession de sa confiance.
Ainsi les républicains peu dairroyans ^ient placés entre les- séductions des réyolutionnaires parjures et les conseils des vrais démocrates.
De cette double imjnilsion naissaient de dangereux obstacles aux travaux du directoire qui sentît bientôt la nécessité de les faire cesser.
Ce fut encore dans la vérité qu'il chercha le ^^ diBeciorr* remède ; il dévoila le piège , et le piège fut déjoué, "j^gt "^^'^^ '^ Un numéro (hi Tribun du peuple ^ , consacré à mettre au grand jour les animes des transfuges du par ti popidaire, déooiker ta leurs éinissaireSy et rdn peut dire avec vérité que parmi les honunes qui avaient pris de bonne foi une part quelconque a la révolution, il ne leur resta aucun partisan, et il n'y eut plus qu'un vœu pour la prompte destruction de la tyrannie établiie par la constitution de l'an IIL
En même temps, le directoire apprenait que camia ae»
•*■ X X A conventiounels
Ricord , AlUnoget , Euduohoi, Amar , Huguet et proscnu. Javogues ? , tous conventionnels montagnards , proscrits aux mois de germinal et prairial de
I Voyez pièces justificatives n» i4.
* Haguet et Javogues furent assassinés par la commission militais; du Temple , 4 la suite du massacre du camp de Crénelle.
Van m, se concertaient pour se mettre à la tête de rinsurrection qulls prévoyaient , afin de rétablir la convention nationale et successivement la constitution de 1793. Ces tentatives, auxquelles on associait sans fondement Barrère et Vadier , parurent si importantes au directoire qu'il crut nécessaire d en faire lobjet d'une sérieuse discussion. Le directoire Faut-il cédcr la placc aux montagnards prosrefforû' "" crits ? Faut-il tâcher de se joindre k eux ? Faut-U s'opposer à leurs tentatives ? Telles ftu^nt les questions agitées a ce sujet dans le sein du directoire secret.
. Aux motifs qui avaient fait rejeter le rappel de la convention, se joignit , pour repousser le comité montagnard , la connaissance qu'on avait des opinions peu démocratiques de, quelques-uns de ses membres et de l'extrême faiblesse de quelques autres.. Mais, comme on reconnaissait les services qu'ils avaient autrefois rendus à la république, onsebornaarecoihmander aux agens révolutionnaires d'engager le peuple a se méfier des démarches qui pourraient être faites à l'instigation de ces montagnards ; on enjoignit en mémëiemps de veiller à leur sûreté et de les prévenir des mesures .^ que le gouvernement prenait contre eux , et dont le directoire était journellement averti par quelques agens principaux du ministère de la police. Le* faux amu A. la vuc du daugcr dont elles étaient également
menacées, les factions existantes dans les premiè- ae n^ut n res autorités de la république ne tardèrent pas k "mx'^io^ réunir leurs eflforts contre la démocratie. *" ""T ^ ^'
mocratie.
La rapidité avec laquelle se pn^ageaient de * nouveau les principes démocratiques, la hardiesse des écrits qui provoquaient une nouvelle et salu-< taire révolution , ces nombreux rassemblemens où les crimes des usurpateurs étaient proclamés et où la constitution de 1798 était hautement demandée , ce concert de vœux unanimes décelant un vaste plan dont il était difficile de saisir les mains directrices, Fimpatiencede la multitude et l'audace des conspirateurs -semèrent l'épouvante dans les rangs des ennemis de Tégalité , qui sentirent la nécessité de suspendre leurs querelles et de diriger toate3 leurs forces contre les incorrigibles apôtres des doctrines populaires.
Sur ces entrefaites , un message du directoire Message do diexécutif vint donner Féveil a tous les ennemis de la " ni^e u% *^dé . réforme publique ; les démocrates y étaient hor- ™'*"*^ riblement calomniés , et on invoquait contre eux des décrets de proscription et de mort.
A cette occasion , l'hypocrisie avec laquelle on avait cru justifier la clôture violente de la société du Panthéon lança plus méchamment encore ses traits empoisonnés. I^e gouvernement voulant rendre les démocrates universellement odieux, les accusait de chercher à plonger l'état dans une af-
-fpeuseanardhoe, dans ledoiâ^dlefisein de rëtahUr par là le despotisme royal et d« s'enridaâr en attendaiit par le brigandage ' .
C'était par de semUtdoies imputations que la convention post-thermidorienne éta^ pamenne à imposer à la France le joug de la noaTeUe aristo^ cratie* Cependant y avait-^il du bon sens à accuser de vénsilitë des bommesqui étaient sortis pauTres d'Une révdiution et des places .qui lear ataient oflfert tant d occasions de s'enrichir ? Aparté-
« C'ert a»ec k même bonne foi qu'on a feint d'attriboer au royalisme et à l'ennemi étranger, la pemée de toutes les grandes mesures par lesquelles le royalisme fut écrase et Pétranger vaincu , et qu'on a 4>rétendu transformer en royalistes déguises les hommes dont l'austérité et Je d^intécessement attestent le sublime dévouement à la cause de l'égalité et de la liberté. Cette manœuvre dont la Gironde donna le premier exemple , afin de justifier sa conduite dans le jugement du roi et: sa haine contre les vrais fondateurs de la république , a été depuis perfectionnée par ces eonuqnes politiques qui , incapables des mouvemens généreux qui sauvent et régénèrent les nations , se vengent de la nullité a laquelle ils sont condamnés , en ravalant les ^ands hommes dont les veitos leur jiaraissoit chimériques^. aux basses intrigues qui constituent loute leur science politique. A les entendre, l'action révolutionnaire fut conçue et dirigée par ceux qui en furent principalement atteints ; lei Êikeff de Louis Xyj avaient sollicité sa condanuiaticyi; les royalistes qui perdirent Ja vie les a et 3 septembre furejat immolés à la profonde politique de leurs amis; et cet enthousiasme populaire qui sauva 4a France de l'invasion , fîit l^œuvre de -ceux qui voalaie^ T^vahir!,...... Itoi des complots coi^tne la réBrol^tion
française furent sans doute ourdis par Taristocratie européenne ; mais en voir les traces dans ce qui fut si nuisible à celle-ci , c'est , ce mé semble , le comble de l'absurdité.
ïiaitÀi à ceux qui , après le 9 ibermidoir, avaient exercé tant de yidenoes , de si^iialer comme ded anarchistes ceux qui, au bout du compte, né demandaient que Fexécution de la loi que le peuple avait sanctionnée ? La véntable , la seule anarchie ^ disaient ks démocral;es, est dans les prétendues lois qui, violait les droits naturels des hommes , condamnait ks nations ou à des troubles toujours renaissans ouà moie mortelle léthargie. Leur col^s* tante conduite et les vœux qu'ils ne cessaient de former pour Fétaldissement d'une vraie républir que , répondaient suffi&ammoit au reproche de royalisme déguisé auquel personne n'ajoutait foi. ^Les royalistes applaudissaient a cette fourberie qui les débarrassait de leurs plus redoutables ennemis , et leur faisait même concevoir la vaine espérance de s'en faire des auxiliaires.
De si solides raisons ne confondirent pas Veffironterie du directoire exécutif; élevé sur la violation des droits du peuple , il ne songeait qu a les anéantir^ et cette odieuse détermination étei*gnait en lui tout sentiment de pudeur. Il crut qu'en persévérant dans la calomnie , il parviendrait à étouffes- la vérité , et se flatta de rallier à lui toutes les dasses des citoyens , par les couleurs effrayantes sous lesquelles il ne cessait de peindre ses ennemis*
Cependimt ce perfide message renfermait une
vérité qui faisait pâlir les méchans; il attestait Texistence d'une association courageuse qui se proposait de renverser la nouvelle tyrannie constitutionnelle.
Lois contraires Tcllc était dlors la comiption jet la lâcheté des
 la liberté de la j / • . / '"î ' - 1 • a ^
parole et de la dcputcs , quil Tij eii cut pas uu scul qui osat pres«î. prendre ouvertement la défense des droits dû
peuple ; à 1 exception de douze , tous l&s membres du conseil des Cinq-Cents s empressèrent d'accepter les funestes lois des 27 et 28 germinal de lan IV, auxquelles leurs dignes collègues de l'autre conseil donnèrent le même jour une sanction unanime.
Ces actes, indignés de porter le nom de lois , furent un attentat contre la liberté publique. Par eux, toute réunion paisible de citoyens peut être dissoute comme un attroupement séditieux; par eux ,' toute discussion sur les avantages ou les inconvéniens des diiSerens gouvernemehs peut être punie de mort; par eux , toute amélioration dans la constitution de l'état est presque rendue impossible ; par eux: enfin , on arracha aux Français, déjk dépouillés des droits de délibérer sur les lois et de se réunir en sociétés politiques, celui d'émettre librement leur pensée sur les affaires nationales.
Nouvelle pcr- Dès lors Ics agcus subalternes delà tyrannie
sécution contre i'ii>' 11 i 1 1
les dcixiocraies/ redoublèrent d audace contre les orateurs, les
écrivains et les colporteurs' du parti démocratique ; les moindres observations , les plus légers murmures , transformés en provocations séditieuses, fournissaient a tout moment des prétextes pour emprisonner les meilleurs citoyens , et lappareil militaire fut déployé contre les hommes paisibles qui allaient dans les lieux publics chercher, dans les épanchemens de Vamitié, quelques consolations à là douleur que les maux de la patrie leur faisaient éprouver. .
Une sainte colère s'empara de tous les amis indignation des •sincères de la liberté et leur fit prendre la réso- \é. lution de résister à Foppression ; ils disaient tout haut que le moment était venu de tenir le serment de vt\fre libres ou mourir.
Mais le directoire de salut public qiii s'était Le directoire
<! / " . 1) \ «1 •. 1 /• secret calme leur
place au point. d ou il pouvait mesurer les torces impaUcnce. de son parti et celles de ses ennemis , jugea qu'il ii'était pas encore temps de livrer le combat. Craignant un de ces éyénemens mal combinés qui avaient tant contribué à établir l'empire aristocratique, et regardant son entreprise comme le dernier effort dont le ihauvais succès eut perdu tout-à-fait la démocratie, il ne pouvait se résoudre à donner le signal de l'attaque avant d'avoir coordonné prudemment tous les élémens insurrectionnels qui lui paraissaient indispensables pour obtenir la victoire.
Quoique lès noms des directeurs secrets fiissent couverts dun ymle salutaire, leur association et leurs travaux étaient connus de tous les démocrates; cette connaissance , en soutenant leur espoir, les i«ndait dociles aux avis qui leur étaient adressés par la voie des agens révolutionnaires oii par celle du Tribun du Peuple et de VEclaireur.
Une si longue suite de revers avait enfin convaincu tout le monde que la véritable république ne pouvait attendre son salut que du concours de tous ses amis a seconder avec confiance les plans conçus et secrètement dirigés par un petit nombre d'hommes assez forts pour ne pas désespérer d une cause tant de fois proscrite et presque anéantie.
A Taide de cette confiance , le directoire secret put arrêter l'explosion prématurée, provoquée par les lois des 27 et ad germinal, que les plus modérés comparaient à Tancienne loi martiale. Mais tandis qu'il contenait d We main un débordement dangereux, il se hâtait de rassembler de Tautre tous les fils qui devaient le conduire a un dénouement prompt et a un triomphe certain.
La lenteur qui eut encouragé ses enn^nis , divisé et refi*<Hdi ses amis, ne lui paraissait pas moins dang^euse qu'une imprudente précipitation. Décidé k sauver promptement la liberté ou a périr avec die, il pressait les opérations
mesures insurrec-
des agens révolutioniiaires ^ redoublait de zélé pour s'attacher Tarmëe dont il n'était pas encore sûr , et s occupait assiduement a régler les f<»ines de rinsurrection et la légidiation qui devait la siiiTre.
Le premier objet qui se présentait naturelle- Qadques ment à la discussion ) était la manière d'opârer ||^^*^i/^' la dissolution des autorités illégitimes, et de mettre leurs membres dans l'impossibilité de rien enireprendjce contre Fégalité. Le dessein una-^ nime du directmre secret était d'atteindre ce dou^ ble but par un grand exemple de justice , capable d'ejSrayer les traîtres et d'en imposer à ceux que le peuple hojiorerait à l'avenir de sa confiance.
Une trahison révoltante et une usurpation manifeste étaient les crimes dont les membres des deux coiiseils et ceux du directoire exécutif s'étaient rendus évidemment coupables. Couverts du sang des meilleurs citoyens, ils avaient dépouillé le peuple de sa souveraineté, et avaient sacrifié la majorité de la nation aux prétentions d'une poignée de ridées insatiaUes et ambitieux. Une punition éclatante était nécessaire, mais l'indulgence et loubli eussent succédé ^ un jmir de terreur juste et salutaire , qui n'efrt laissé après lui que le souvenir d'une légitime et trop tardive explosion.
La plupart des Parisiens mécontens , inquiets ,
malheureux , jetaient les yeux en arrière et regrettaient les temps qui avaient précédé le 9 thermidor ; ik n'avaient besoin pour renverser les tyrans que d'être conduits par des républicains intrépides , qui attendaient eux-mêmes le signal de nos conjurés.
Dans cet état de choses , ceux-ci virent que le point important était de soustraire la foule des hommes laborieux a l'influence du gouvernement établi , et de les mettre exclusivement sous celle des démocrates'; ils arrêtèrent donc que le jour de l'insurrection, tous les rapports existant entre le gouvernement et les citoyens seraient 1 rompus , que le peuple se rangerait sous les bannières que le directoire secret délivrerait a des personnes de son choix , et que donner ou exécuter au nom de l'autorité tyrannique un ordre « quelconque , serait ce jour-là un crime national puni de mort sur le champ.
Acte insurrec Pour mettre de Tordre dans le grand mouve- ^' ment qui se préparait , le directoire secret jugea nécessaire de s'en déclarer ouvertement le chef, etd'indiquer en cette qualité aupeuple, lesdemandes qu'il devait former, la marche qu'il devait suivre , les oKstacles qu'il lui fallait vaincre , et les pièges qu'il lui importait de déjouer.
A cet effet, après une longue et sérieuse délibération, il adopta ce fameux acte insurrêcleuTy
dont la publication eût été le signal de la nouyelle révolution ^
Outre les dispositions directement relatives à la destruction de la tyrannie , cet acte renfermait les germes de plusieurs mesures législatives, destinées à justifier aux yeux du peuple les intentions bienfaisantes du directoire secret et la légitimité de son entreprise ; les voici :
Distribution aux défenseurs de la patrie et aux malheureux , des biens des émigrés , des conspirateurs et de sennemis du peuple ;
Logement immédiat des malheureux dans les maisonsvdes conspirateurs;
Restitution gratuite des effets du peuple , déposés au Mont-de-Piété ;
Adoption par le peuple des épouses, enfans, pères , mères , frères et sœurs des citoyens morts dans l'insurrection, etc. qui étaient nécessaires k leur existence.
On. aurait tort de considérer la promesse d'une La distribntion
IT.'V.» JT.* -• des Wens, ordon.
grande distribution de biens comme contraire nëeparractcma l'esprit de la communauté à laquelle on vou- j'^^^^^^^^J^ lait arriver. Le grand point était de réussir, et *=<*°^"»»"^^' le directoire secret qui n'adopta pas légèrement son' acte d'insurrection, avait senti que, pour y parvenir ^ il ne lui fallait ni trop de réserve, ce qui eût pu décourager ses vrais amis , ni tro]^ de pré-
• Voyez pièces justificatives , no i5.
eipitation , ce qui eût trop gros» le nombre de ses ennemis.
Par ht promesse de distribation , le dk'eetoire fixait Fattention et entretenait respérance de la classe laborieuse , sans indisposer cecfx qui y tout en haïssant la nouyeUe aristocratie , n aimaient pas pour cela Tégatité de fait. Distribuer ks biens, ne signifiait pas mfcrceler la pn^riété territoriale; car les téritables biens ne scmt pas les terres , mais les fruits qu'elles produisent; or , en dâstrifbuaiit les bmis , la promesse eut été complètemenl; exëoutëe, et c'est là ce que le directoire secret se proposait de faire ainsi quoa Ta le voir.
Assemblée du ÂussîtÀt aprës la destruction de la tyrannie , le rp)31iadL^c*^p€^^pl^d® P^ris devait être réuni en ass^nblée deiatyran. ^énévsAe à la pkco de la IléTolitfioii.Lk, le directoire secret lui eut rendu compte de sa conduite , lui eût démontré que tous les maux dont il se plaignait étaient les eflfets de Finégalité , lui eut rappelé les avantages qu'il était en droit d'attendre de la constitution de i jgi, et ïeût invité à approuver Facte insurrecteur.Ënsuite on eut proposé au peuple insui^nt de eréor sur le ckamp une auteorite provismre , chargée de ternnner la révolution , et de gouverner jusqu'à la mise en activité des inslitulîans populaires.
NonveUe as- A. Teffet d'obteuîr du pei:q)le victerieux wot dé^
•emblée nationa- . /. ^ ••^'*,.lj-^»
le. cret coniorme a ses vrais mterets, le directoure
tton nie.
comptait soumettre a ses sufl^ges les noms des démocrates qu'il jugeait les plus dignes dime si haute confiance. Cette nouvelle assemUëe serait venue contracter à la face du ciel rengagement de se déTouer pour le salut de tous, et jurer d exe* cuter fidèlement les ordres qu on se proposait de lui faire prescrire par le décret suivant :
c< Le peuple de Paris, après avoir terrassé la Décret &pro- » tjnrannie , usant des droits qu'il a reçus de la fn?i^cnt dTpa! » nature , reconnaît et déclare au peuple £ran- '^' » çais:
» Que rinégale distribution des biens et des » travaux est la source intarissable de l'esclavage >3 et des malheurs publics;
» Que le travail de tous est mie condition es- » sentielle du pacte social;
» Que la propriété de tous les biens de la y) France réside essentiellement dans le peuple » français , qui peut seul en déterminer et en » changer la répartition :
» Ordonne k rassemblée nationale qu'il vient
» de créer dans l'intérêt et au nom de tous les
» Français , d'améliorer la constitution de 1 798 ,
» d'en préparer la prompte exécution , et d'assu-
» rer , par de sages institutions fondées sur les
» vérités ci-dessus recounties , a la république
» française , une inaltérable égalité , la liberté
» et le bonheur: