‹ Constant TroyonChapitre 7 sur 31 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Expositions de province et de l'e'tranger. — Le Chariot de foin. — Mort de Troyon. Nature de son talent. — La palette de Troyon. — Troyon et Eugène Delacroix. — La galerie de Trcyon. — Ses habitudes de travail. — Chez M. Loisel — Quelques souvenirs de M. Fillonncau.

A partir de ce moment, Troyon délaissa le Salon de Paris pour s'en ten«ir aux expositions de province et de l'étranger. Déjà, en 1859, il avait envoyé à Manchester des Pêcheurs débarquant du poisson sur le rivage, qui furent achetés par un paysagiste, membre de la Royal Academy.

En 1859, il exposait à La Haye une toile qui ne fut point très goûtée, à en juger par les lignes suivantes, que lui consacra W. Burger (Théophile Thoré) dans son compte rendu à la Galette des Beaux-Arts:

« M. Troyon vient d'habitude, et partout, en première ligne. Les précédentes expositions d'Amsterdam, de La Haye, d'Anvers, ont laissé dans le Nord un profond souvenir de son talent valeureux. Mais, par

malheur, le tableau qu'il a envoyé, ou qu'on a envoyé pour lui, à la présente exhibition, est des moins réussis et doit être d'une époque assez éloignée déjà. On n'y trouve guère sa maestria actuelle. La toile est vide et la couleur faible. Vous connaissez sans doute, à Paris, cette composition intitulée le Chariot de foin. Le chariot, attelé de deux bœufs et d'un cheval blanc en flèche, est conduit par un paysan en blouse; ils vont passer un gué. Derrière la charrette, trois figurines de •faneurs. En avant, des troncs d'arbres et deux chiens, et, sur la droite, un pignon de chaumière. L'harmonie générale est, sans doute, très juste ; les animaux sont bien façonnés, la lumière y est, mais il faut voir et juger votre grand peintre d'après des œuvres plus récentes et plus heureuses. »

L'année suivante, nous le retrouvons à Bruxelles, où il envoie un grand paysage des environs de Suresnes et un chien d'arrêt. A Lyon, c'était un Chien de berger, noir, aspirant l'air humide, courant affairé autour du troupeau pour le ramener à l'étable. A l'horizon, un ciel orageux avec un rayon de soleil éclairant un coteau lointain.

A Bordeaux, c'était également une élude de chien, puis des Bœufs au labour, que le Conseil municipal de cette ville lui achetait pour les placer au Musée, qui ne possédait encore aucune toile de lui.

Enfin, la même année, figuraient, dans la galerie Goupil, des Vaches à l'abreuvoir, d'une solide facture; à l'Exposition de Troyes, des bestiaux, qui trouvèrent immédiatement acquéreurs, et à celle de Besançon, une Charrette de foin, qui fut assez critiquée.

En 1 86 1 , Troyon obtenait de nouveaux succès à Bordeaux, à Anvers et à Bruxelles où la médaille d'or lui était décernée. En 1862, c'était au Cercle de l'Union artistique et à Londres; enfin en 1864, c'était derechef à Bordeaux, où figurait une Vache qui se frotte, d'un beau dessin ; puis à Limoges, à Anvers et à Bruxelles.

Et ce fut tout.

Troyon peignit bien encore, pour l'Exposition du Cercle de la rue de Choiseul, la Plage, vaste toile où un attelage de bœufs vient chercher au bateau la pêche de la nuit. Mais si la main restait ferme, habile, l'intelligence déclinait rapidement. Elle sombra même à ce point que dans ses derniers mois il peignait des vaches dans les arbres. Le 20 mars 1 865 , Troyon s'éteignait à Paris, laissant après lui un grand vide dont l'école française porte encore le deuil.

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