TÊTE DE BÉLIER
Réduction d'une eau-forte de Charles Waltner, d'après le tableau de Troyon.
portait la nouvelle école, il l'avait suivi, appuyé, défendu en homme qui pouvait prêcher d'exemple. Il avait trouvé une note à lui, créé pour son usage cette lumière argentine au milieu de laquelle il manœuvre ses animaux. Moins correct que Paul Potter, plus fougueux, mais coloriste bien moins distingué qu'Albert Cuyp, il a construit ses bestiaux solidement, en voyant de préférence aux contours que sa brosse dévorait avec soin, les plans, les reliefs et ces mille accents qui donnent à la forme sa signification, trahissent la vie et accusent le mouvement. Semés avec bonheur sur des frondaisons virgiliennes, sous des ciels gris qui s'enfoncent au loin et les baignent d'une douce clarté, ses bœufs ont la démarche pesante, la philosophique indolence, la calme résignation et ce vague du regard qui est le propre de leur race. Leur pelage est soyeux, épais, d'une richesse qui peut défier la nature.
Jamais pourtant ils n'occupent dans le tableau que la place impartie aux êtres animés par rapport à la nature immobile. Ils n'écrasent point la création ; ils sont faits pour le cadre dans lequel ils se meuvent comme celui-ci est fait lui-même pour les recevoir. Paysagiste d'abord, animalier en second lieu, — les deux personnes qui se disputaient Troyon, — aucune d'elles n'avait voulu abdiquer. Toutes deux étaient tombées d'accord pour ne point trop se sacrifier l'une à l'autre, convaincues que toutes deux pouvaient, à l'occasion, faire, sans se nuire, un mariage de raison. Là est précisément la supériorité de Troyon sur ses devanciers.
Il y a plus. Dans ses paysages aux lignes profondes, qu'il peuple de tout un monde bien réel et bien vivant, on trouve toujours un charme, une poésie, une saveur rustique que ceux-là seuls peuvent atteindre qui sont sincèrement épris de la nature, qui ne copient pas mais observent d'un œil attendri.
La composition et l'effet priment chez lui. Il ne peint pas avant d'avoir groupé savamment ses animaux, avant d'avoir trouvé de grands ensembles. Au rebours de Paul Potter, il recherche des effets sinon compliqués, du moins pittoresques, bien francs et bien écrits. Son exécution est magistrale, pleine ; sa couleur abondante, épaisse et riche.
La palette de Troyon est bien simple.
Van Marcke, son élève préféré, a bien voulu nous en faire connaître les éléments, en même temps qu'il nous comptait des souvenirs personnels que nous avons largement mis à profit. La voici :
Terre de Sienne naturelle, laque jaune, terre de Sienne brûlée, brun