‹ Constantin GuysChapitre 2 sur 13 · L'IMPRIMEUR - GÉRANT : G. C OUST AL · texte numérisé non relu

L'IMPRIMEUR - GÉRANT : G. C OUST AL

A Pierre Baudin

onstantin Guys*), d'origine française, vit le jour en Hollande. L'acte de naissance, que retrouva M. Roger Marx, au cours d'une halte à Flessingue, est ainsi rédigé: «Ernestus-Adolphus-Hyacinthus-Constantinus Guys, né à Flessingue, le 3 décembre 1805, d'Elisabeth Betin et de François-Lazare Guys, commissaire en chef de la marine^française.» Et l'extrait de baptême, daté du 26 janvier 1806, porte la mention qu'il eut pour parrain un de ses oncles «commissaire des relations de la République Française à Rotterdam».

C'est à peu près tout ce que nous savons aujourd'hui de son enfance. Et, de sa vie nous ne saurons guère plus — en dépit de deux ou trois repères auxquels nous nous reporterons, en temps voulu — jusqu'au moment où naîtra l'artiste, où, cet admirable déclassé occupera enfin, dans le monde et la société, les places pour lesquelles il avait été créé.

On voudrait cependant rêver un peu, à l'occasion de cette aventure qui fit naître ce pur Français dans une des provinces lointaines de l'Empire, au temps où se renouvelait l'épopée prestigieuse de Rome.

Par son père et par son parrain, nous savons qu'il appartenait à une famille de fonctionnaires français, issue de nos provinces du Midi. Ce fut donc au hasard, qu'il dut de voir le jour dans cette petite ville hollandaise — poste stratégique de la Zélande — posé en sentinelle avancée, aux frontières marines du pays. L'île de Walcheren, qui la couvre, ne se contente pas de ce rôle d'observation; industrieuse, elle veille à préparer la guerre depuis des siècles, par ses arsenaux et ses chantiers. Et, comme tous les lieux où se sculptent les 'grandes flottes belliqueuses, pimpantes sous le vent des mers lointaines, elle comporte une population cosmopolite et pittoresque, séduisante pour un jeune regard qui s'amuse des coloris et des gestes nouveaux, qui les saisit et les transporte à jamais dans sa mémoire fraîche . . . Population étrange d'ouvriers, de débardeurs, de manœuvres et de marins, que Guys retrouvera d'ailleurs au cours de ses longs voyages, à travers le monde, dans les Orients sacrés, tout embaumés de la fleur des épices enivrantes,

*) Guys déclarait parfois à ses amis que son nom exact était Guys de Sainte- Hélène.

qui lui devient, dès ce temps, familière et qui meuble de silhouettes, de mouvements, de nuances imprévues, son génie pour longtemps encore inconscient. C'est, sur ces débarcadères, dans ce havre industrieux, qu'il acquiert indubitablement ce sens des foules qu'il excellera plus tard à rendre, lorsqu'il peindra les bazars de la Turquie et les armées mouvantes, prenant place, au matin d'une bataille ou d'une solennité d'apparat . . .

Nous ne savons pas si les hasards de la carrière paternelle firent connaître à l'enfant d'autres pays. Mais il serait bien curieux que, seul le commissaire en chef de la marine française eût échappé aux randonnées, qu'imposait César à tous ses fonctionnaires. Si l'on songe que Guys fut hanté toute sa vie, au temps même où comme un vieux corsaire, il se reposait de ses équipées lointaines, par la nostalgie de l'Orient, il est bien probable que François-Lazare fut appelé en des Dalmaties lointaines, vers ces provinces de l'Illyrie, chères à Fouché, duc d'Otrante et inhospitalières à Charles Nodier, bibliothécaire impérial in-partibus de ces pays. Et si même un jour, le jeune Constantin, épris de romantisme, vola au secours de la Grèce révoltée, avec une ardeur aussi prompte, c'est peut-être bien qu'il connaissait déjà la vieille terre, aïeule de nos arts et de nos politiques.

Enfin, on peut encore induire, du goût que Guys manifesta toute sa vie à l'égard du métier des armes et des parades qu'il comporte, pour*):

Le Hussard rapide

Parant de gerbes d'or sa poitrine intrépide,

Et le panache blanc des agiles lanciers,

Et les dragons mêlant sur leur casque ge'pide

Le poil taché du tigre aux crins noirs des coursiers,

qu'il vécut plus ou moins dans les camps — ou tout au moins que pendant les congés paternels, sa famille revenant à Paris, il suivit avec enthousiasme, porté dans les bras de son père, ces revues du Carrousel

*) V. Hugo, «Mon enfance» — Odes et Ballades; 1823.

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