PRÉFACE
À la fin de la même lettre, il revient sur ce sujet :
« Ne te gêne pas pour me dire (si c’est ton opinion) que tu trouves la dame turque très laide, je ne te crois pas très forte en beaux-arts, et cela ne diminue en rien ma tendresse et mon respect pour toi. »
MM. A. de la Fizelière et Georges Decaux, dans la notice qu’ils consacrèrent à Baudelaire en commençant leurs Æssais de Bibliographie contemporaine (Paris, Librairie de l’Académie des Bibliophiles), disent : « Cette curieuse et délicate étude sur les dessins et croquis de Constantin Guys a paru dans le Figaro, numéros des 26, 28 novembre et 3 décembre 1863, en trois feuilletons. » Cette étude de Baudelaire a été recueillie dans l’Aré romantique, troisième volume des œuvres complètes du poète, publiées chez Michel Lévy en 1869.
Elle n’est pas seulement le commentaire admirable de là vie moderne et de son peintre, elle est aussi une sourcé première de renseignements sur le caractère de Constantin Guys et sur son œuvre. Sur la personne de Guys, sur son métier de dessinateur, sur sa science spontanée, ce sont les indications les plus précises. Les pages de Baudelaire, parues quelques années après la guerre de Crimée, contiennent les notes les plus intéressantes sur cette partie de l’œuvre de Guys. Au moins, quelques-uns de ces dessins qui ne seront jamais
retrouvés, gardés qu’ils ont été dans les journaux, par les rédacteurs, par les graveurs, auront été catalogués et décrits, et par quelle plume experte et incisive |! Tout cela est caractérisé de profonde manière. Et aussi tous les types examinés par Baudelaire : le Militaire, le Dandy, la Femme, la Fille. C’est un historique et une philosophie de la vie moderne que Baudelaire écrit en ces pages de critique. Il savait fort bien ce qu’il faisait, puisqu’il a pris soin de dire que ce qui pouvait paraître une digression n’en était pas une : « Les considérations et les réveries qui surgissent des dessins d'un artiste sont, dans beaucoup de cas, la meilleure traduction que la critique en puisse Jaire; les suggestions font partie d'une idee mère, et, en les montrant successivement, on peut les faire deviner. »
Baudelaire a mis cette pensée en action. Il a montré Guys. Il l’a commenté, il a extrait de son art une philosophie, — et il a annoncé son immortalité, — l’immortalité de l’inconnu, de l’homme des foules, de M. G., du Peintre de la vie moderne.
GusTAvE GEFFROY.
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