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que les chrétiens répètent, nprès quinze siècles, su toute la surface du globe; symbole qui expliquai] celui dont les apôtres et leurs disciples se servaien comme de mot d'ordre pour se reconnaître : en lee comparant, on remarque les progrès du temps, et l'introduction de la haute métaphysique religieuse, dans la simplicité de la foi.
a Nous croyons en un seul Dieu , Père tout-puis- » sant, créateur de toutes choses visibles et invisi- » blés, en un seul Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, » engendré du Père, Dieu de Dieu, lumière des » lumières, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré et » non fait, consubstantiel au Père, par qui toutes » choses ont été faites au Ciel et sur la terre... Nous » croyons au Saint-Esprit (1). »
ff Le concile de Nicée a fait ces choses immenses; il a proclamé l'unité de Dieu , et fixé ce qu'il y avait de probable dans la doctrine de Platon. Constantin , dans une harangue aux Pères du concile, déclare et approuve ce que ce philosophe admet : un premier Dieu suprême, source d'un second; deux essences égales en perfections, mais l'un tirant son existence de l'autre, et la seconde exécutant les ordres de la première. Les deux essences n'en font qu'une; l'une
(i) Floury. llisl. Ecclcs., Li\ . II, p. 122.
esl la raison de l'autre; et cette raison étant Dieu, est aussi Fils de Dieu (1).
» Et quels étaient les membres de cette convention universelle réunie pour reconnaître le monarque éternel et son éternelle cité? Des héros du martyre, de doctes génies, ou des hommes encore plus savants par l'ignorance du cœur et la simplicité de la vertu... Tous ces soldats d'une immense et môme armée ne s'étaient jamais vus; ils avaient combattu sans se connaître , sous tous les points du Ciel , dans l'action générale, pour la même foi....
» Des philosophes païens étaient accourus à ce grand assaut de l'intelligence. Vous venez de voir que Constantin même, dans une harangue , s'expliqua sur la doctrine de Platon. Un vieillard laïque, ignorant et confesseur, attaqua l'un de ces philosophes fastueux , et lui dit tout le christianisme en peu de mots : « Philosophe, au nom de Jésus-Christ, écoute : II n'y a qu'un Dieu , qui a tout fait par son Verbe, tout affermi par son esprit. Ce Verbe est le Fils de Dieu ; il a pris pitié de notre vie grossière; il a voulu naître d'une femme, visiter les hommes et mourir pour eux. »
» Transportez- vous en pensée dans l'ancien monde,
[l) CoH'il. mdiju in orut. , rnp IX.
pour vous faire une idée de ce qu'il dut éprouver lorsqu'au milieu des hymnes obscènes , enfantines oi absurdes à Vénus, à Bacchus , à Mercure, à Cybèle . il entendit des voix graves chantant au pied d'um autel nouveau : « 0 Dieu, nous te louons 1 ô Seigneur, nous te confessons ! ô Père éternel , toute la terre le révère ! » La prière latine , composée pour les soldais, n'était pas moins explicite que l'hymne de saint Ambroise et de saint Augustin.
» L'esprit humain se dégagea de ses langes : la haute civilisation , la civilisation intellectuelle sortie du concile de jVicée , n'est plus retombée au-dessous de ce point de lumière. Le simple catéchisme de nos enfants renferme une philosophie plus savante et plus sublime que celle de Platon, L'unité de Dieu est devenue une croyance populaire : de celte seule vérité reconnue date une révolution radicale dans la législation européenne, long-temps faussée par le polythéisme, qui posait un mensonge pour fondement de l'édifice social (1). »
Les Pères du concileadresséren t une lettre synodale à l'Eglise d'Alexandrie et aux fidèles de l'Egypte , de la Lybie et de la Pentapole , parce que l'hérésie d'Arius avait pris naissance dans ces pays. Ils exposè-
(i) Chateaubriand. Eludes liistoriques, élude 2*'. ire partie.
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rent ce qui avait clé décide à Nicée, et le jour auquel il fallait à l'avenir célébrer les PAques. Constantin écrivit aussi une lettre à l'Eglise d'Alexandrie, dans laquelle il remercia Dieu d'avoir confondu l'erreur et fait triompher la vérité. Il exhorta ceux qui s'étaient séparés de l'Eglise de rentrer au plus tôt dans son sein , et finit par ces paroles :
« La sentence prononcée par trois cents évêques doit être révérée comme sortie de la bouche de Dieu même; c'était le Saint-Esprit qui les éclairait et qui parlait en eux; qu'aucun de vous n'hésite à les écouter. Rentrez tous avec empressement dans la voie de la vérité, afin qu'à mon arrivée , je puisse , de concert avec vous, rendre grâce à celui qui pénètre le fond des consciences. »
Le prince ordonna de nommer désormais les sectateurs d'Arius Porphyriens , pour les déshonorer par ce nom du philosophe païen , dont les ouvrages étaient alors couverts de mépris. Il prescrivit aussi de livrer aux flammes tous les écrits sortis de la plume de l'auteur de cette hérésie détestable.
A peine les Pères du Concile étaient-ils partis de Nicée, que Théognis, évèquc de celte ville, et Eusèbe de Nicomédie recommencèrent leurs intrigues et prêchèrent de nouveau l'arianisme. Constantin, qui s'était bercé de l'espoir de voir enfin la paix religieuse rétablie dans ses états, furieux contre ces deux prélats , fil assembler quehjues évêques
pour avoir leur avis sur la conduite à tenir envers eux. Ils furent condamnés et déposés, puis relégués dans les Gaules. Constantin écrivit une lettre aux habitants de Niconiédie , dans laquelle il représente Eusèbe, leur évêque, comme un fourbe qui s'était prêté autrefois à la tyrannie de Licinius pour persécuter les catholiques ; il le traite comme son ennemi personnel et menace de punir ceux qui prendraient son parti. Ces deux évoques furent remplacés sur leurs sièges; mais ils parvinrent , quelques années après , à rentrer dans leurs diocèses et à continuer ce déplorable schisme.
Cinq mois après la célébration du concile de Nicée, l'Eglise d'Alexandrie eut à déplorer la perte de son saint évéque Alexandre. Au moment où il allait paraître devant le juge suprême, il conjura son clergé de rester attaché à la foi que cette célèbre assemblée avait proclamée la seule vraie , et de lui donner pour successeur le jeune diacre xVthanase , son plus fidèle disciple, qu'il prévoyait bien devoir être un jour la colonne de l'orthodoxie dans ce pays.
Lorsque Aihanase apprit ce désir du vénérable prélat, il prit la fuite et se cacha; mais, après la mort d'Alexandre, les évèqucs de l'Egypte s'étant assemblés à Alexandrie pour élire un patriarche , les fidèles entourèrent l'église où ils s'étaient réunis, pour les prier de n'en pas nommer d'autres qu'Athanase. Les prélats cédèrent à ce vreu général. C'est
ce qui est attesté par le concile d'Alexandrie, tenu treize ans après par près de cent évoques , dans une lettre adressée aux èvêques catholiques de tout l'univers ; et cependant les ariens eurent le front de soutenir qu'Athanase avait été ordonné furtivement par sept évêques , qu'on avait d'abord ga{înés à la cause de cet homme. Philostarge pousse la calomnie plus loin , et prétend qu'Athanase avait forcé deux évéques, qu'il avait trouvés dans l'église de Saint- Denis pendant la nuit, à lui imposer les mains.
Alhanase fut sans doute suscité par le Pasteur suprême de l'Eglise pour défendre la vraie foi contre des ennemis acharnés et que les défaites rendaient plus hardis et plus entreprenants ; aussi peut-on dire que son épiscopat de quarante-six ans ne fut qu'un combat. Chassé cinq fois de son siège par la cabale des ariens , il ne se laissa abattre ni par les violences ni par les privations auxquelles il fut en proie. Son noble caractère , la fermeté de son âme , son attachement à la véritable Eglise se montrèrent dans mille circonstances et lui méritèrent l'estime même de ses ennemis. Cet homme sut conserver intact le dépôt sacré de la foi catholique au milieu du choc des contradictions et des efforts des factieux pour faire lrion)[)lier la cause do l'hérésie.
Constantin profita de ce calme momentané poor publier |)lusiouis lois utiles concernant la possession (les biens, il i>idont;a que les lénioins, dans toutes
les causes , devaient prêter le serment avant que de parler ; que les témoignages auraient plus ou moins de valeur selon le rang et le mérite des déposants ; que la déposition d'un seul témoin , quel que fût son rang , ne suffirait pas.
Mais une loi plus sage et qui lui fit plus d'honneur, ce fut celle par Jaquelle il abolit les combats des gladiateurs. Il condamna à travailler dans les mines ceux qui par sentence des juges avaient été condamnés à servir dans ces jeux abominables. Celte loi ne fut pourtant pas exécutée sur-le-champ dans tout l'empire; car on célébra encore des combats de gladiateurs , en 328 , à Anlioche.
L'empire était tranquille, la religion chrétienne s'étendait de plus en plus. Constantin , heureux comme monarque , devait être en proie à des malheurs domestiques , et les calamités qui désolèrent la famille du premier empereur païen parurent se reproduire dans la famille du premier empereur chrétien. Ce prince avait eu de Minervine, sa première femme , un fils nommé Crispe , dont il a déjà été question plusieurs fois et qui le seconda si bien dans la guerre contre Licinius. Soit que Fausta , la seconde femme de Constantin , fût éprise du jeune César , soit qu'elle fût jalouse de ses brillantes qualités qui paraissaient éclipser celles de ses propres enfants , elle l'accusa auprès de son époux. Constantin , emporté par sa colère et sans plus ample infor-
niaiion , chassa son fils et le fit conduire à Pola, en Istrie, où il eut la tête tranchée. D'autres historiens disent qu'il mourut parle poison.
Hélène, cette femme vertueuse, que l'Eglise a mise au nombre des Saints, cette digne mère de Constantin , alla faire des reproches à celui-ci sur la précipitation avec laquelle il avait agi. L'empereur reconnut sa faute et se livra au désespoir. II passa quarante jours à pleurer l'infortuné Crispe, s'abstint de bains et ne prit presque point de nourriture. Le souvenir des belles qualités de Crispe le poursuivit partout , et , à en croire quelques auteurs dont le témoignage n'est pas d'un grand poids , il lui fit élever une statue d'argent dont la tête était d'or et sur le front de laquelle aurait été inscrite cette parole : « Mon fils injustement condamné. »
Fausta devint l'objet de l'indignation publique. Ses désordres parvinrent aux oreilles de Constantin , qui , cette fois encore , se laissa entraîner par le premier mouvement de sa colère et fit étouffer Fausta dans une éiuve. Eutrope ajoute que plusieurs otticiers du palais furent de même misa mort à cette occasion, sans doute pour les punir d'avoir porté de faux témoignages contre Crispe.
Saint Jérôme , qui passa sa jeunesse à Rome pour y faire ses études, dépeint dans sa chronique le meurtre de Crispe et du jeune fils de Licinius comme des crimes atroces. La mort de ces deux jeunes Césars
devait assurer lo trône avec toute sa pompe aux trois fils de Fausta ; et cette femme tomba la première , victime de sa perfidie, et une malédiction vint plus tard frapper toute la maison impériale , frères , fils et neveux de Constantin. Les fils donnèrent à l'empire le spectacle hideux de la discorde. L'un d'entre eux succombe dans une guerre contre son frère ; l'autre est assassiné; le troisième meurt à un àgo peu avancé, et toute cette famille , que Constantin avait laissée si florissante, repose à la fin sur Julien l'Apostat, qui fut lui-même enlevé au milieu de sa carrière ambitieuse , trente-sept ans après la mort de Crispe.
L'historien Zosime , ennemi de Constantin , prétend qu'après ces sanglantes exécutions l'empereur s'est adressé aux prêtres païens pour apaiser par des purifications et des sacrifices la colère des dieux , mais que ceux-ci lui répondirent qu'il n'y avait point de rémission à espérer pour des crimes de cette nature. Comment les divinités de l'Olympe auraientelles pu donner une telle réponse , puisque l'idolâtrie avait trouvé des dieux indulgents pour Néron et Tibère? D'ailleurs il est incontestable que Constantin ait professé le christianisme quatorze ans avant ces scènes tragiques; il ne pouvait donc plus, surtout après les preuves qu'il avait données de son zèle au concile deNicée, aller consulter les dieux fabuleux de la Mythologie pour leur demander un remède et un soulagement dans l'affliction où il se trouvait.
Quelques lenips après ces terribles cvénemenls , sainte Hélène (juitla Rome, tant pour s'arracher à de poignants souvenirs que pour prouver à son fils combien l'avaient attristée ces crimes d'un empereur et d'un chrétien. Elle emporta avec elle les bénédictions de la population clirétienne de toute l'Italie , où ses vertus, surtout ses inépuisables charités lui avaient gagné tous les cœurs. Comme son fils lui avait accordé des pouvoirs étendus , elle délivra une foule de prisonniers , rappela des personnes qui gémissaient dans l'exil , fit partout de grandes largesses au peuple , et édifia singulièrement les fidèles lorsqu'on la vit , vêtue comme une femme de condition ordinaire, prosternée au pied des autels.
Constantin avait résolu de construire une église sur le Colgotha , à l'endroit même où Jésus-Christ termina sa vie sur la croix ; parce que l'empereur Adrien avait profané et couvert les lieux sanctifiés par la mort et la sépulture de l'Hïomme-Dieu, La grotte du saint Sépulcre avait été comblée , et les statues de Jupiter , de Vénus érigées au-dessus d'elle; l'idolâtrie exerçait son culte impur là où avait été consommé l'augusle sacrifice pour la rédemption du genre humain.
Hélène , de concert avec saint Macaire , évéquede Jérusalem, qui s'était illusiié à Nicée pour la défense de la foi orthodoxe, se mil à rechercher les saints f.icux. Kllc parvint , après avoir fait(lis[)arj t ■
trc les abominations du culte profane et avoir fait [iialiquer des fouilles, à découvrir la grotte du Saint- Sépulcre. Près de là on trouva aussi trois croix , les clous qui avaient percé les mains et les pieds du Fils de Dieu ainsi que l'inscription, qui avaient été placés au-dessus de sa croix. Mais comme cette planche , quoique s'adaptant mieux à une croix qu'à l'autre, ne désignait cependant pas bien la véritable croix qu'on cherchait , Hélène et Macaire se virent dans une grande perplexité , ne sachant à laquelle des trois croix donner la préférence.
Alors Macaire, homme de foi, mettant sa confiance en Dieu , et sans doute par inspiration divine , essaya un moyen qui fut couronné de succès.
11 se trouvait alors à Jérusalem une dame qui était mourante. On lui appliqua , en présence de l'impératrice, de Macaire et du peuple , une des croix , puis la seconde , mais sans résultat ; enfin , ayant à peine louché la troisième , elle se leva et fut parfaitement guérie. Ce miracle a été attesté par d'innombrables témoins et est un des faits les mieux avérés de l'histoire.
Hélène envoya à Constantin les clous et une partie de la croix ; elle eu fit enchâsser la plus belle portion dans l'argent et la remit à Macaire pour la conserver à la postérité. L'empereur, ayant reçu ces dons précieux , écrivit à ce prélat et le chargea de faire construire à l'endroit où notre Seigneur est ressuscité
d'entre les morts une église qui surpassât en richesses et en magnificence toutes les églises de l'univers. II ordonna aux gouverneurs de toutes les provinces de l'Orient de fournir tous les matériaux nécessaires à cette entreprise. L'évêque s'occupa aussitôt de cette construction , qui s'éleva sous les yeux d'Hélène. Cet édifice , devenu célèbre sous le nom d'église du Saint- Sépulcre, consistait en un bâtiment immense renfermant deux églises jointes ensemble par des galeries de pierres ; c'est pourquoi les historiens parlent quelquefois d'une , quelquefois de deux églises.
Euscbe a fait une description de ce temple magnifique, que Constantin enrichit de vases et d'ornements du plus grand prix. Il ne fut achevé que vers l'année 335 , où il fut solennellement dédié.
Hélène jouit du bonheur de voir enfin un bâtiment somptueux et digne de la religion chrétienne remplacer les saletés de la Mythologie païenne; et elle, la mère d'un puissant empereur, âgée alors de soixante-dix-neuf ans , en témoigna sa reconnaissance au Seigneur par un redoublement de charité , en visitant les pauvres et en assignant des sonnnes d'argent à une foule de jeunes vierges qui se consacrèrent au service de Dieu. La grotte de Bethléem , qui avait aussi été [)olIuée par les mystères infâmes du [laganisme, fut de même purifiée et convertie en un temple de Jésus-Christ. Constantin lui fit aussi sentir l'effet de ses largesses, l'ne belle église fut aussi con-
struite sur le mont des Oliviers , à rondroit où notre Seigneur monta au Ciel.
Hélène quitta ensuite la Palestine et se rendit auprès de Constantin , probablement à Nicomédie. Bientôt après , elle tomba malade , fit connaître ses dernières volontés à l'empereur qu'elle institua son héritier avec ses trois fils. Elle donna ensuite plusieurs conseils à Constantin , pria le Seigneur pour lui , pour le salut de l'empire, et rendit l'esprit, dans les bras de ce cher fils , à l'âge de quatre-vingts ans.
Constantin s'était toujours conduit en fils soumis et vertueux tant envers son père qu'envers sa mère , et il ne cessa d'honorer celle-ci encore après sa mort ; car il lui fit ériger une statue à Constantinople sur une des places publiques qui fut appelée à cette occasion Augustéon. Il érigea en ville le bourg deDrépane en Bythinie , pour honorer la mémoire du martyr saint Lucien , dont les reliques y étaient alors conservées, et l'appela /7é/énopo/is, du nom de sa mère. Sozomène fait encore mention d'une ville de la Palestine que Constantin nomma de même Hélénopolis , ainsi que d'une partie de la province du Pont qu'il appela Ilélénopont , nom que Justinien étendit plus tard à toute la province.
Trois ans après avoir été envoyés en exil , les évêques ariens Eusèbe de Nicomédie, Théognis et Maris furent rappelés par Constantin, qu'ils étaient sans doute parvenus à tromper par des professions de foi
équivoques. On croit que cette mesure de clémence avait été inspirée à Constantin par sa sœur Constantia, laquelle, malgré le meurtre de son fils Licinius, s'était rapprochée de l'empereur sur lequel elle exerça même un certain empire depuis la mort d'Hélène.
Quand on lit la lettre que Constantin avait écrite aux habitants de Nicomédie, dans laquelle il accuse Eusèbe, leur évêque, de faits si graves , surtout de la part que ce prélat avait prise à la persécution de Licinius contre des évéques catholiques, on ne peut concevoir queIle]confiance le prince pouvait placer dans un homme pareil , et on est obligé de conclure ou qu'il avait agi avec trop de précipitation la première fois , ou qu'il avait été induit en erreur la seconde.
Eusèbe reprit possession de son siège qu'Amphion fut obligé de lui céder, tout comme Clirestus céda celui de Nicée à Théognis : Constantin leur rendit sa confiance et honora surtout le premier. Ils avaient eu soin d'envoyer aux principaux évéques une rétractation par écrit et conçue en ces termes :
« Ayant été condamnés par votre piété sans connaissance de cause, nous devons souffrir en patience votre jugement ; mais de peur de donner nous-mêmes par notre silence un prétexte aux calomnies, nous déclarons que nous convenons de la foi , et (ju'ayant examiné le sens du mot de consubstantiel , nous sommes entièrement portés à la paix , n'ayant jamais suivi riiérésic. Mais après avoir représenlé pour la
tranquilité des églises ce qui nous venait à l'esprit, et avoir persuadé ceux que nous devions satisfaire , nous avons souscrit à la profession de foi. Il est vrai que nous n'avons pas souscrit à l'anathème , non que nous trouvions à redire à la profession de foi , mais parce que nous ne croyons pas que l'accusé fût tel que vous pensiez, étant assurés du contraire par des lettres qu'il nous a écrites et par ce qu'il nous a dit luimême. Mais si votre saint concile l'a cru coupable , nous ne nous opposons pas à votre jugement , nous y acquiesçons et nous vous assurons par cet écrit de notre consentement , non que nous ayons de la peine à supporter l'exil, mais pour nous purger de tout soupçon d'hérésie; car si vous voulez bien nous admettre en votre présence , vous nous trouverez entièrement soumis à votre jugement. Au reste, puisque vous avez usé d'indulgence envers l'accusé lui-même , jusqu'à le rappeler, il serait étrange de nous rendre suspects par notre silence , tandis que celui qui semblait coupable est rappelé et justifié. Ayez donc la bonté, comme il est digne de vous, d'en parler à l'empereur , de remettre en ses mains cette enquête, et de résoudre au plutôt ce que vous croirez devoir faire pour nous (1). »
(i) FleuH' Tlisl. Eccl., Liv. 11.
D'après cette lettre, il paraîtrait que le rappel d'Arius précéda celui des trois évêques susdits, ce que d'autres auteurs contestent. Cet écrit composé avec artifice, distingue entre le droit et le fait, condamne l'hérésie et excuse les personnes , tactique qui s'est souvent renouvelée dans l'Eglise. L'occasion du rappel d'Arius paraît avoir été celle-ci.
Constantia, sœur de Constantin, avait auprès d'elle un prêtre arien , qui avait su , par une piété apparente et des manières souples , gagner la confiance de la princesse. Il profita si bien de l'ascendant qu'il prit sur l'esprit de la veuve de Licinius, «qu'il parvint, sous les dehors de la modestie , à la gouverner entièrement. II lui persuada qu'Arius élait l'innocente victime de l'envie , que sa conduite ainsi que sa doctrine étaient à l'abri de tout reproche.
Sur ces entrefaites , Constantia tomba malade. L'empereur lui fit de fréquentes visites, et elle lui dit un jour en montrant ce prêtre qui était présent :
« Prince , je vous recommande ce saint personnage , je me suis bien trouvée de ses sages conseils , donnez-lui votre confiance , c'est la dernière grâce que je puis obtenir de vous , » et c'est pour votre salut que je la demande. Je meurs, et toutes les affaires de ce monde vont venir indifféronles pour moi; mais je crains pour vous la colère de Dieu ; on vous séduit : n'êtes-vous pas coupable de voijs prêter à la
séduclion et de tenir en exil des hommes justes et vertueux ? »
Ces paroles produisirent leur effet sur Constantin , ({ui , subjugué, par la douleur de perdre une sœur qu'il chérissait tendrement , se montra disposé à on rapprochement et prit en affection le prêtre en question. Celui-ci jouit désormais de la confiance du prince et en abusa jusqu'à la fin de son règne. Il fit entendre à Constantin qu'Arius était prêt à souscrire aux décrets du concile de Nicée. — « Qu'il vienne donc , s'écria l'empereur , et s'il fait ce que vous promettez, je le renverrai avec honneur à Alexandrie. » Arius fut donc rappelé , et pour le malheur de l'Eglise , Constantin fut dès ce moment gagné à l'hérésie.
Arius tarda à venir , et Consrantin , ardent dans ses désirs , lui écrivit une lettre bienveillante dans laquelle il lui fait des reproches du peu d'empressement qu'il mettait à revenir de son exil , lui ordonna de se servir des voitures publiques et lui promit l'accueil le plus favorable. L'hérésiarque partit sur-le-champ, accompagné du diacre Euzoius, un des premiers adhérens que l'évêque saint Alexandre avait autrefois déposé à cause de son attachement à l'erreur. Tous deux présentèrent à l'empereur une formule de foi conçue en ces termes :
« Nous croyons en un seul Dieu, père tout-puissant, oi en notre Seigneur Jésus-Christ, son Fils,
Dieu engendré par lui avant tous les temps, le Verbe par qui tout a été fait de ce qui est fait dans les cieux et sur la terre ; qui descendit , se fit homme , souffrit , ressuscita et monta au ciel , et reviendra juger les vivants et les morts; et au Saint-Esprit, et à la résurrection de la chair , à la vie éternelle , au royaume des cieux, à une Eglise catholique qui s'étend d'un bout du monde à l'autre. Cette foi , nous l'avons reçue par les saints Evangiles où le Seigneur dit à ses disciples : Allez , enseignez toutes les nations , les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Que Dieu nous juge maintenant et au jugement à venir si telle n'est pas notre foi telle que l'enseignent l'Eglise universelle catholique et les saintes Ecritures auxquelles nous ajoutons foi. »
Ils ajoutèrent la demande , qu'en leur qualité d'ecclésiastiques , l'empereur voulût bien , après avoir mis fin à toutes les discussions, les réconcilier avec l'Eglise leur mère; demande insolite qui conférait au monarque un pouvoir qui n'appartenait pas à la puissance séculière, mais à l'Eglise seule. Constantin se réjouit de cette démarche d'Arius et crut que cet intriguant était revenu de ses erreurs et se soumettait à la véritable doctrine. Et en effet, si Arius avait fait une pareille profession , en appelant Jésus- Christ Oiru , on ne lui aurait jamais fait le re[)r()clie d'être un hérétique; mais comme il s'était exprimé tout autrement et n'avait regarde le Fils de Dieu que Constantin-lc-Grand. 1 1
comme une créature ; comme ses adhérons se servaient des mêmes expressions que lui , et que luimême ne voulut jamais employer le mot de consubstantiel qu'il eut soin d'omettre encore maintenant, l'empereur aurait dû agir avec plus de circonspection et se méfier de cette protestation de soumission à l'Eglise, d'autant plus qu'Arius ne dit pas un mot du concile de Nicée , expression si frappante de la doctrine de l'Eglise universelle représentée par plus de trois cents évêques accourus de toutes les parties du monde. Quoique Constantin parût se contenter de cette rétractation , Arius n'atteignit par son but ; les catholiques la trouvèrent défectueuse , n'étant pas assez explicite , et les ariens la rejetèrent , parce qu'elle renfermait l'expression de Dieu appliquée au Fils de Dieu , ce qui les choqua , comme étant en contradiction avec les premiers sentiments exprimés par cet homme : cette versabilité les mécontenta au point qu'un grand nombre d'entre eux déserta sa cause pour suivre la doctrine une et invariable de l'Eglise catholique.
Con<rtantin /ait comSattre contre des hetes féroces cfeuor princes ,'îlleiiiainl.r ses prisonniers .
YUI
On a depuis quinze siècles beaucoup écrit sur los motifs qui en{i[af;èrent Constantin à transportor lo sic{]C de son empire à Bysance et à déshériter la ville de Rome de son ancienne splendeur. Les motifs qui ont pu décider rompereur à une mesure (jui déplaça tant d'intérêts et changea en quelque sorte la face de l'empire sont nombreux et militent les uns pour, les autres contre cette résolution.
Depuis lonfj-temps les empereurs, auxquels l'autorité du sénat faisait ombra{;e, auxtiuels lep{'U[)le
était à charge , s'étaient arrêtés de préférence dans les provinces soit de l'Orient, soit de l'Occident avant que Dioclétien ne fixât sa résidence à Nicomédie, qu'il embellit. Constantin , né à Naisse , en Mœsie , avait passé sa jeunesse dans l'Orient et avait probablement vu Rome pour la première fois lorsqu'il y entra triomphant après sa victoire sur Maxence. Les Romains ne l'aimaient pas trop , parce qu'il était chrétien ; le sénat, au contraire, tenait encore, au moins en majorité, aux superstitions païennes. Le souvenir des scènes sanglantes qui y eurent lieu , et qui souillèrent la mémoire de Constantin , dut aussi influer sur la décision de ce prince à choisir une autre capitale, où , loin des murs d'une ville qui lui rappelaient de sinistres méfaits, il pût goûter les loisirs d'une paix que ne lui offrait plus la vieille Rome. L'idée d'une nouvelle capitale paraît avoir déjà germé dans l'idée de Jules César ; car Suétone rapporte que ce prince avait formé le projet de transférer le siège de l'empire dans la Troade , sur l'Hellespont, où devait s'élever un autre Ilion. On raconte la même chose d'Auguste (1). Les Romains regar-
(i) Un écrivain moderne a fait observer, non sans quelque fondement, que ce fui à loccasion de ce projet, et pour l'en dclonrner, que Horace composa sa belle ode Juttum et tmacem. du llle livre , ode 3e.
liant Troie comme le berceau de leur race , ces deux empereurs pouvaient concilier l'idée d'abandonner la cité de Romulus avec celle de réédifier Ilion, puisqu'ils se rapprochaient par là de leur origine ; mais Constantin n'était pas tenu a cette considération, et l'Hellespont, situé entre l'Europe et l'Asie, dans une contrée charmante, devaient sourire d'autant plus à son projet , qbe l'ambition avait aussi sa part à cette résolution , puisqu'il pouvait espérer qu'un reflet de la gloire de l'antique Ilion, chantée par le prince des poètes, rejaillirait aussi sur celui qui la retirerait de ses ruines. La position géographique de Troie convenait d'ailleurs mieux à une capitale du monde que celle de Rome , située dans une contrée malsaine, et dont le port, Ostium , à l'embouchure du Tibre , était souvent impraticable.
Si, plus de trois siècles auparavant, des empereurs païens pouvaient former la résolution d'abandonner la reine des cités , la ville par excellence , Urbem , la Rome éternelle , qui était regardée connue une divinité par ses propres habitants, le premier empereur chréiion pouvait regarder comme une chose convenable et même utile à la propa;;ation de la vraie foi ûc négliger cette ville , ivre du sang des martyrs, souillée de toutes les abominations de la supersliiion , de l'impudicité et de l'injustice , cette second»! Habylone , pour en élever une autre qui dùi «Hre le centre de l'enifùrc et e\em[»te de tout cull(-
idolâtrique. Dieu permit cette translation d'après des décrets impénétrables ; mais, humainement parlant, la religion y perdit plus qu'elle n'y gagna.
Parmi les évoques de celte seconde Home , qui furent appelés patriarches comme ceux d'Alexandrie , d'Antioche et de Jérusalem , il s'est trouvé des hommes éminents par leur sainteté et iQi^^umières ;
mais l'histoire a aussi enr^fctré les nomsae quelques prélats , qui , abusanUdja^P^ position , se sont érigés au-dessus de leurs frères , et ont même jeté un regard de coupable jdiousie sur le siège de l'antique Rome, siège fondé par le prince des apôtres, auquel le divin maître a donné le pouvoir de paître les agneaux et les brebis. Ils ont, il est vrai , reconnu la primauté de ce siège, le centre de l'unité catholique; mais ils parvinrent , à force de cabales et de mensonges , à détacher presque tout l'Orient de la chaire de saint Pierre, pour tomber eux-mêmes dans une espèce d'ilotisme et d'indifférence coupable. Quoique l'idolâtrie ne trouvât pas accès dans cette cité, cependant les mœurs des habitants ne répondirent pas à la sainteté de leur foi , tandis que la vieille Rome , fécondée du sang des martyrs , conserva le dogme dans toute sa pureté et n'eut jamais à gémir sur le fléau d'aucune hérésie qui y prît naissance, comme ce fut le cas à Constantinople. Cette cité moderne gémit, depuis plus de quatre siècles, sous le joug d'empereurs infidèles, et courbe sa tête.
iKiguère si fièrc , sous roin[)iic (l'un culte faux et stupide, tandis que l'Eglise de Kome poursuit ses nobles destinées et continue à être, mal.oré les tempêtes qui ont si souvent grondé dans son sein , à être la mère et la maîtresse de toutes les églises , persévérant à répéter au monde ces paroles du Verbe éternel : « Quiconque n'amasse point avec moi , dissipe. »
Constantin ne choisit d'abord pas l'emplacement m:'me où avait été construite l'ancienne Troie, mais la plaine située entre cette ville et la mer, la campagne dans laquelle les héros d'Homère s'étaient illustrés. Les constructions s'élevaient à une certaine hauteur lorsque l'empereur fit arrêter les travaux.
Sozomène , auteur un peu crédule , prétend que le prince eut pendant la nuit une vision qui lui enjoignit d'abandonner celte entreprise et de choisir, pour sa nouvelle résidence, la ville de Bysance. Sans recourir à une manifestation de la volonté divine, on peut facilement concevoir que Constantin dût préférer la position de cette dernière ville, si admirablement située, à celle que lui offrait le voisinage des ruines de Troie.
(( Les Grecs , jaloux des merveilles qui ont ennobli la naissance de Kome , font ici usage de leur fécondité dans l'invention, ils promènent le lecteur de miracle en miracle. iVous nous dispensons d'en citer aucun. Il n'en fallait point d'autre pour attirer Cous-
lantin à Bysance que l'admirable situation de celte ville; elle est unique dans l'univers. Située sur un coteau , dans un isthme , à la pointe de l'Europe et à la vue de l'Asie , dont elle n'était séparée que par un détroit de sept stades , elle joignait les avantages de la sûreté et du commerce à toutes les faveurs de la nature et les charmes de la perspective. C'était la clé de l'Europe et de l'Asie, du Pont-Euxin et de la mer Egée. Les vaisseaux ne pouvaient passer d'une mer à l'autre sans le congé des Bysantins. Baignée au Midi par la Propontide , à l'Orient par le Bosphore, au Septentrion par un petit golfe nommé Chrysocéras , ou la Corne-d'Or ; elle ne tenait au continent que par le côté occidental. La température du climat, la fertilité de la terre, la beauté et la commodité de deux ports , tout contribuait à en faire un séjour délicieux. Les poissons, et surtout les thons, qui viennent en quantité du Pont-Euxin dans la Propontide, effrayés d'une roche blanche qui s'élève presque à fleur d'eau du côté de Chalcédoine, et se rejetant vers Bysance, y procuraient une pêche abondante. La ville avait quarante stades de circuit, c'est-à-dire près de deux lieues, avant qu'elle eût été ruinée par l'empereur Septime Sévère.
» Les Bysantins (1) ne manquaient pas de faire
(0 Lebeau . Hist. du Hos-flmpire , l. IV
remonter leur origine jusqu'aux temps fabuleux. Ce qu'il y a de plus certain , c'est que les Mégariens ayant bâti Chalcédoine de l'autre côté du détroit , Bysas , chef d'une autre colonie de Mégare, vint fonder Bysance dix-sept ans après , et plus de six cent-cinquante ans avant l'ère chrétienne. On ajoute que l'oracle d'Apollon lui avait ordonné de bâtir sa ville vis-à-vis des aveugles : c'étaient les Chalcédoniens, assez peu clairvoyants pour ne s'être pas aperçus de l'avantage que leur offrait le terrain audelà du Bosphore.
Cette ville, d'abord indépendante, tomba successivement sous la puissance de Darius, des Ioniens, de Xerxès. Pausanias l'assujettit aux Lacédémonicns, l'augmenta et y établit une nouvelle colonie; ce qui l'a l'ait passer pour le second fondateur de Bysance. Sept ans après, les Athéniens s'en emparèrent, et les deux républiques s'en disputèrent long-temps la possession. A la faveur de ces querelles, les Bysantins reprirent leur liberté, rendirent respectables leurs forces maritimes, résistèrent à Philippe de Macédoine, qui les assiégea inutilement, et sortirent avec honneur de plusieurs guerres contre de puissants ennemis. Ils cédèrent, avec le reste de la Grèce; à la valeur romaine; et leurs nouveaux maîtres, pour les payer do leurs bons services dans la guerre contre Mitliridate, leur accordèrent le privilège de se gouverner par leurs [)rofiros lois.
» Bysance était alors riche, ^^jeuplée et embellie âc mafjnifiques statues; elle avait le titre de métropole. Vespasien lui ôta sa liberté. Pescennius Niger, qui disputait l'empire à Sévère , s'en étant emparé , et ayant perdu la vie, elle demeura fidèle au parti de ce prince, même après sa mort, et soutint pendant trois ans , contre le vainqueur, un des sièges mémorables par l'opiniâtre défense des assiégés et par les extrémités les plus affreuses. Sévère, maître enfin de Bysance , traita sa conquête avec la plus grande cruauté. Les principaux habitants furent mis à mort ; les murs, renommés par leur structure, furent rasés ; la ville fut ruinée et réduite à la qualité de simple bourg , soumis à Périnthe ou à Héraclée. Sévère se repentit bientôt d'avoir réduit un si fort boulevard de l'empire; il la releva, à la prière de son fils, Cararacalla ; mais elle ne recouvra pas sa première étendue et son ancien éclat. Sous Gallien, elle fut encore détruite , et les habitants passés au fil de l'épée , sans que l'histoire en donne la raison. Il ne resta des anciennes familles que ceux que leur absence déroba à cet horrible massacre. Elle fut aussitôt rétablie par deux de ses citoyens, Gléodame et Athénée. Du temps de Claude II , une flotte d'Hérules , ayant traversé les Palus-Méotides et le Pont-Euxin , prit Bysance et Chrysopolis, située vis-à-vis, au-delà du détroit, mais furent obligés d'abandonner leur [)roie. Cette ville resta fidèle à Licinius , tant que ce prince conserva quelque espérance.
» L'origine de l'Eglise de Bysance est moins constatée que celle de la ville. Les Grecs modernes , pour ne pas céder à l'Eglise romaine l'avantage de l'ancienneté, en attribuent la fondation cà l'apôtre saint André. Ils donnent depuis ce temps-là une suite d'évêques. D'autres disent, avec plus de vraisemblance, que le siège épiscopal n'y fut établi que du temps de Sévère, sous lequel il y avait en effet à Bysance beaucoup de chrétiens. Quelques-uns même ne lui attribuent pour premier évêque que Métrophane, qui mourut huit ou neuf ans avant le concile de Nicée. Alexandre lui avait succédé et gouvernait cette Eglise sous la métropole d'IIéraclée. — Tel fut l'éclat de Bysance , lorsque Constantin entreprit d'en faire le siège principal do l'empire. »
Constantin renonça donc à l'honneur de fonder une ville nouvelle , et se contenta d'agrandir et d'embellir Bysance, dont la situation effaçait celle de Nicomédie et d'ilion. Constantinople s'appropria toutes les merveilles d'art que possédait encore la Grèce, et reçut une brillante jeunesse, tirée de la Grande-Bretagne et de rAIlcmagnc , qui alla y tenir garnison , et sur la fidélité de laquelle Constantin pouvait compter d'autant plus, qu'il la lr;iita toujours avec une noble générosité, et la renvoya ensuite dans rapatrie, émerveillée de ce ((u'ellc avait vu sur les rives enchantées du Bosphore. Nous devons à celte ville la conservation des riches trésors do
î'éiudilion grecque. Sous des princes puissants, l'esprit humain aurait du répandre au loin , par toute l'Europe, les lumières des connaissances utiles et les bienfaits de la civilisation, basée sur la religion de Jésus-Christ; un gouvernement fort aurait du opposer une digue à l'invasion de ces hordes barbares, campées entre le Danube et le Don , et qui inondèrent tantôt l'Asie, tantôt l'Europe, pour laisser partout les traces de leur fureur destructive. Mais la faiblesse et les vices de la plupart des empereurs grecs anéantirent l'espérance que les peuples avaient placée dans la ville de Constantin , et que son admirable position entre l'Orient et l'Occident aurait si facilement pu comprimer.
L'enceinte nouvelle de Constantinople fut prolongée de quinze stades au-delà de l'ancienne , et fermée par une muraille qui s'étendit du golfe à la Propontide, mais qui ne fut achevée que sous le règne de Constance. Les empereurs Théodose-le-Grand, Théodose-le-Jeune, Héraclius et Léon l'Arménien, voyant l'augmentation toujours progressive de la population , reculèrent celte enceinte , de sorte que la ville eut quatorze mille soixante et quinze pieds de longueur en ligne droite, depuis la Porte-d'Or à l'occident, jusqu'au Bosphore, et six mille centcinquante pieds dans sa plus grande largeur. Le terrain était accidenté comme celui de Rome et présentait l'aspect de sept collines.
Constaniin voulut faire jouir sa nouvelle capitale de tous les avantages que possédait l'antique Rome. Il y fit construire plusieurs magnifiques palais , un capitole , des bains publics , des aqueducs, un vaste arsenal renfermant toutes sortes d'armes , deux superbes édifices pour les séances du sénat, deux autres pour servir de trésor. Deux belles places faisaient un des principaux ornements de la ville , dont l'une était carrée, embellie de portiques avec deux rangs de colonnes et servant comme de perron au palais impérial et à l'église métropolitaine; ces deux édifices furent construits aux deux extrémités opposées et présentaient le plus ravissant aspect ; cette place fut surnommée l'Augustéon , à cause de la statue d'Hélène qui y fut placée ; au milieu se trouvait aussi le millidirc d'or auquel devaient aboutir tous les grands chemins do l'empire et d'où l'on parlait pour mesurer les distances.
L'autre place était ronde , située au centre de la ville et portait le nom de Constantin. Un portique formé de deux grandes arcades et coupé en deux demi-cercles opposés l'un à l'autre l'entourait. Elle était embellie de statues et décorée au centre d'une fontaine sur laquelle était élevée la figure du bon Pasteur. Mais le plus précieux ornement de cette place était la fameuse colonne de porphyre que Constantin fit venir de Home et sur hupiello il fil placer son image couronné [de rayons. L'empereur fil
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aussi enlever des temples païens une foule de statues-, objets d'un culte sacrilège que leur rendaient les peuples, et en orna sa ville ; on voyait entre autres l'Apollon Pythien , celui de Sminthe , le trépied de Delphes , les muses d'Hélion , Pan , Cybèle , Minerve , et celles qui avaient été célèbres par les oracles devenus muets par la propagation du christianisme et que le peuple couvrait alors de mépris et de ridicule.
Constantin porta son zèle pour la vraie foi jusqu'à proscrire l'idolâtrie de sa nouvelle capitale et pour ôter aux païens l'occasion de se livrer aux folles cérémonies de leur culte , il fit abattre les temples des dieux ou les dédia aux anges , aux apôtres et aux martyrs. Il fît construire plusieurs belles églises, embellit et augmenta celle dite de la paix qui était fort ancienne. Constance en fit bâtir une nouvelle tout auprès de cette ancienne et les fit enfermer dansla même enceinte, on l'appela Sainte-Sophie, ou la Sagesse incréée. Celle des saints apôtres fut destinée à la sépulture des empereurs.
La reconstruction de cette ville s'avança avec une telle rapidité, qu'on put en faire la dédicace solennelle en 330; cette cérémonie eut en effet lieu le 11 mai; mais Constantin commit la faute de tous les architectes qui précipitent trop leurs ouvrages : plusieurs de ses édifices manquèrent de solidité,et la belle église des apôtresexigea de grandes réparations vingt ansaprès.
L'empereur eut soin d'enrichir les églises du Code sacré des saintes Ecritures et chargea Eusèbc de lui en fournir cinquante exemplaires transcrits sur du beau parchemin , pouvant être transportés facilement d'un lieu à l'autre. Son intention était, à ce qu'il paraît, d'en rendre la lecture et l'étude accessibles à toutes sortes de personnes. Il est probable qu'il donna encore à d'autres évêques la commission de transcrire les saintes Ecritures.
La fête de la dédicace de cette ville dura quatre jours et ne fut plus célébrée comme autrefois sous le paganisme, par des cérémonies superstitieuses, mais les évêques catholiques sanctifièrent la ville par des prières. et des supplications publiques. Des jeux dans le cirque , des largesses et des grâces accordées au peuple en marquèrent le souvenir qui se renouvelait chaque année. Lors de l'anniversaire et sous les empereurs suivants, l'on promenait sur un char enrichi d'or et de pierreries , la statue de Constantin que suivaient les officiers du palais et des soldats en armes, et portant chacun un cierge et chantant des hymnes. Le monarque , alors régnant , était assis sur un trône surmonté d'un dais et érigé dans l'Hippodrome. A l'arrivée du char, il se levait de son siège et saluait la statue. Le peuple mêlait sa voix à celles du cortège et poussait des acclamations en l'honneur de Constantin. On rcplarail ensuite la statue sur la colonne de porphyre d'où l'Ilc avait été
descendue et l'on se livrait avec joie aux fêles qui avaient lieu chaque année. Constanlinople avait été dédiée sous l'invocation de Marie que l'on regarda toujours comme la patronne et la protectrice de la ville.
On peut dire que la fondation de Constantinople commença une ère nouvelle pour l'empire romain. La nouvelle Rome effaça bientôt l'ancienne ; car tous les hommes qui jouissaient de quelque considération, de richesses ou de la faveur publique quittèrent l'Italie pour aller s'établir sur les rives du Bosphore, tant pour faire leur cour à l'empereur que pour satisfaire leur ambition et continuer à servir le prince sous ses yeux même. Rome devint en quelque sorte déserte et ressembla à une reine déchue , qui étalait , en effet , encore le luxe de sa grandeur , mais qu'avaient fuie les courtisans autrefois attaché? à son sort. Et si , pendant de courts intervalles , quelques lueurs de son antique splendeur brillaient sur son front , ce ne fut que pour lui faire mieux sentir sa disgrâce par le silence succédant à un tumulte momentané , par le vide qu'on remarqua dans ses rues. Cette ville qui avait donné tant de maîtres au monde , qui avait disposé en souveraine des sceptres et des couronnes des souverains , fut tout-à-coup déshéritée de son éclat , et privée de maître ; elle dut obéir à son tour et subir le joug de l'obéissance, après avoir si souvent usé et abusé du pouvoir de comman-
der. Ce sénat autrefois si auguste , ne fut plus qu'une ombre ou plutôt il cessa d'être , les nouveaux empereurs s'étant créé un conseil qu'ils ne consultaient presque plus, puisque le despotisme exercé souvent par de vils eunuques se cachant à l'ombre du trône, exerçait avec une rare insolence la domination dont le sénat avait autrefois partagé, au moins en partie, l'autorité.
Mais si Rome perdit quelque chose du côté du pouvoir temporel , le Seigneur sut l'en dédommager en lui accordant un empire plus noble , plus étendu même que celui qu'elle avait exercée sur les peuples, celui de la religion ; en la choisissant pour être la mère spirituelle des nations , il la fit briller d'un éclat réel et bien plus vif , éclat qu'elle n'emprunta plus aux armes, aux triomphes sanglants, mais qu'elle dut à la foi , à la vertu , à la charité , aux lumières pures qu'elle propagea et propage encore avec tant de zèle et de succès.
Le Seigneur , en rendant la paix à son Eglise , permit que ce calme devînt l'instrument de ses miséricordes pour plusieurs peuples plongés , jusque là, dans les ténèbres de l'idolâtrie. Les peuples dos environs du Rhin , de la Gaule, vers l'Océan , les Goths et les autres nations habitant les contrées arrosées par le Danube , virent briller , au milieu deux , le flambeau des vérités évangeliques. Le christianisme adoucit insensiblement l'Apreté de leurs numu s et les
dépouilla de la rouille de barbarie, triste apanage de leur condition. Les Goihs avaient commencé à connaître le christianisme dans les excursions qu'ils firent sous l'empereur Gallien ; les évoques captifs leur inspirèrent, par leur vie édifiante et par l'éclat de leurs miracles, l'amour de la religion de .lésus-Christ, en instruisirent un bon nombre et fondèrent quelques églises.
Les Arméniens [connaissaient le christianisme depuis long-temps. Sozomène rapporte que leur prince Tiridate , avait embrassé la religion chrétienne à l'occasion d'un miracle arrivé dans son palais, et ordonné à ses sujets d'embrasser la même foi qui s'étendit dans les pays voisins. Le commerce la fit pasfer en Perse oii il y avait déjà beaucoup de chrétiens au quatrième siècle. Constantin profita d'une ambassade , que lui envoya Sapor II avec de riches présens , pour lui recommander les chrétiens de ses états. Dans la lettre que l'empereur écrivit à ce prince, il releva les avantages de la foi catholique , parla de la punition que le Seigneur infligea à ceux qui la persécutèrent et particulièrement de l'empereur Vaientinien pris par les Perses et qui , même après sa mort, servit encore de trophée à cette nation.
w Un philosophe nommé Métrodote , poussé par la curiosité de voir le pays et de connaître le monde , alla jusqu'à l'Inde ultérieure, comme parlent les an-
ciens, mais qui n'était qu'une partie de l'Ethiopie. A son retour , il présenta à Constantin des perles et des pierreries , et se plaignit de ce que le roi de Perse Sapor lui avait enlevé des choses bien plus précieuses.
» A l'exemple de Métrodote , un autre philosophe tyrien , nommé Mérope , entreprit le même voyage , par le même motif, et mena avec lui deux enfants qu'il instruisait , parce qu'ils étaient ses parents. Le plus jeune s'appelait Edèse et l'autre Frumence. Le philosophe ayant contenté sa curiosité , se mit en route pour revenir, et le vaisseau qui le portait mouilla dans un port pour faire de l'eau. C'était la coutume chez ces barbares , d'égorger tous les Romains qui se trouvaient chez eux , quand ils avaient appris de leurs voisins que leurs traités avec les Romains étaient rompus. On attaque le vaisseau , le philosophe et tous les gens de l'équipage sont tués. On trouve sur le rivage , assis sous un arbre , les enfants étudiant et apprenant leurs leçons. Les barbares en ont pitié et les mènent à leur roi. Edèse est destiné à le servir à table, et Frumence, qui marquait plus de dispositions , est chargé de soigner les écritures et les comptes. Depuis ce temps , ces deux jeunes gens jouirent de l'amour et de la confiance du roi. Celui-ci laissa en mourant, le royaunîe à sa femme et à un fils encore enfant, et donna la lil)erlé à ï!dèsc et à l'iuiiicuce. Mais la reine, (pii n(! comp-
tait pas de sujets plus fidèles dans son royaume, les pria instamment de rester auprès d'elle et de partager les soins du gouvernement, jusqu'à ce que son fils fût en âge de régner.
» Frumence ayant ainsi obtenu une part dans l'administration de ce royaume. Dieu lui inspira le dessein de chercher avec soin s'il y avait des chrétiens parmi les Romains qui venaient y trafiquer , de leur accorder une certaine liberté, surtout celle de s'assembler pour prier en commun à la manière des chrétiens. Lui-même leur en donna l'exemple, leur fournit des places pour construire des édifices religieux et montra le plus grand zèle à répandre et à faire fructifier le christianisme,
» Le jeune roi ayant atteint l'âge de gouverner , Edèse et Frumence lui rendirent un compte fidèle de leur administration et retournèrent dans leur pays , malgré les prières de la reine et du jeune roi et les efforts que l'on fit pour les retenir. Edèse s'empressa d'aller à Tyr revoir ses parents; mais Frumence prit le chemin d'Alexandrie , disant qu'il n'était pas raisonnable de cacher l'œuvre de Dieu. Il expose à saint Athanase , qui en était évéque , tout ce qui s'était passé , et l'exhorte à choisir quelqu'un qui fût digne d'être envoyé comme évêque à ce grand nombre de chrétiens déjà réunis à ces églises construites sur les terres des barbares.
» Saint Athanase, considérant attentivement les
iliscours et les actions de Frumence dans une assemblée d'Evêques, dit, comme Pharaon à Joseph : « Et quel autre pourrons-nous trouver qui ait l'esprit de Dieu comme vous et qui puisse exécuter de si grandes choses? » Puis , l'ayant ordonné évoque, il lui ordonna de retourner avec la grâce de Dieu au lieu d'où il venait. Ce fut Auxume , en Ethiopie , où Frumence fit des miracles comme les Apôtres, et convertit une infinité de barbares.
» La conversion des Ibériens , peuples voisins du Pont-Euxin , ne fut pas moins merveilleuse. Une femme chrétienne, étant captive chez eux, attira leur admiration par la pureté de sa vie, sa sobriété , sa fidélité, son assiduité à l'oraison qui lui faisait veiller des nuits entières. Les barbares étonnés lui demandèrent ce que cela voulait dire. Elle déclara simplement qu'elle servait ainsi le Christ son Dieu. Ce nom leur était aussi nouveau que le reste ; mais sa persévérance excitait la curiosité naturelle des femmes pour savoir si ce grand zèle de religion était de quelque utilité.
h C'était la coutume , quand un enfant était malade , que la mère le portait par les maisons pour s'informer si quelqu'un savait un remède, l^ne femme , ayant ainsi porté son enfant, vint aussi trouver la captive. Celle-ci lui dit qu'elle ne connaissait aucun remède humain; mais que son Dieu, Jésus-Christ, qu'elle adorait, pouvait donner la santé aux mala-
(les les plus désespérés. Ayant donc placé l'enfant sur le cilicc qui lui servait de couche, et ayant récité sur lui une prière, elle le rendit guéri à sa mère. Le bruit de ce miracle se répand et parvient aux oreilles de la reine, qui était malade, souffrant de {grandes douleurs et réduite au désespoir. Elle prie qu'on lui amène la captive, qui refuse d'y aller, craignant de paraître avoir trop bonne opinion d'elle-même et de manquer même contre la bienséance de son sexe. La reine se fait donc porter à la cellule de la captive , qui la place de même sur son cilice , et, ayant invoqué le nom de Jésus-Christ , la fait lever aussitôt en parfaite santé. Elle lui apprend que c'est Jésus-Christ , Dieu et Fils du Dieu souverain , qui l'a guérie et l'exhorte à l'invoquer , disant que c'est lui qui donne, la puissance aux rois et la vie à tous les hommes.
» La reine retourne chez elle remplie de joie. Le roi lui demanda comment elle avait été guérie si prompiement , et , l'ayant appris , il commanda que l'on portât des présents à la captive. Mais la reine lui répondit : « Seigneur , elle méprise tout cela , elle ne veut ni or ni argent , le jeûne est sa nourriture ; la seule récompense que nous pouvons lui donner , c'est d'adorer Jésus-Christ , ce Dieu qu'elle a invoqué pour me guérir. »
» Le roi différa pour lors et négligea de se convertir , quoique sa femme l'en pressât souvent. Mais un
jour qu'il chassait dans les bois , il survint une obscurité si épaisse en plein jour que toute sa suite s'écarta de lui , et lui resta seul , s'é^arant de plus en plus et ne sachant comment se retrouver. Dans cet embarras, il eut la pensée que si ce Christ dont la captive avait parlé à sa femme le délivrait de ces ténèbres et le sauvait de ce danger , il quitterait le culte de tous les autres dieux pour l'adorer.
» Dès qu'il eut fait ce vœu , le jour revint et il parvint à se reconnaître et retourna à la ville. Il raconta la chose à la reine. La captive fut mandée aussitôt. Il lui déclara qu'il ne voulait plus honorer d'autre Dieu que Jésus-Christ et la pria de lui enseigner la manière de le servir. Celle-ci lui expliqua la doctrine chrétienne et demanda qu'on fit construire une église dont elle indiqua la forme.
» Le roi , ayant assemblé son peuple , raconta ce qui était arrivé à lui et à la reine , et l'instruisit luimême , selon la connaissance qu'il en avait, dans la religion chrétienne. La reine , de son côté , instruisit les femmes. On s'empressa d'un commun consentement à bâtir une église. Les murailles étaient déjà élevées. Il était temps de poser les colonnes. On plaça la première et la seconde; mais quand on en vint à la troisième , après l'avoir élevée en penchant , on ne put jamais passer outre quoi qu'on fît. On essaya plusieurs fois sans [)ouvoir mémo l'ébranior. On no savait plus (juo faire, le roi commençait à se; décou-
rager. Tout le monde s'étant retiré à la fin du jour , la captive demeura dans l'église et y passa la nuit en prières. Le roi, inquiet, vint de grand malin avec les siens et vit la colonne posée à plomb sur sa base , mais à un pied de distance , de sorte qu'elle était suspendue en l'air.
» Tout le peuple commença à louer Dieu et à dire que la religion de la captive était vraie. Alors, aux yeux de tous les spectateurs , la colonne descend lentement sur sa base sans que l'on y touchât. Les autres furent si faciles à placer que l'on acheva de les poser le même jour.
» L'église étant bâtie, comme ce peuple désirait ardemment d'être instruit dans la foi, on adressa, par le conseil de la captive , une ambassade au nom de toute la nation à l'empereur Constantin. On lui exposa la chose , et on le pria d'envoyer des evéques pour achever l'œuvre de Dieu. Il les envoya avec honneur et ressentit plus de joie de cette conversion que d'une grande conquête. » Nous tenons ce récit de Rufin , qui l'avait appris , à Jérusalem , de Bacurius , homme instruit et digne de foi (1).
Constantin avait épuisé ses trésors et dépeuplé plusieurs autres villes pour peupler Constantinople. Il
[0 Fleuiy, Uiil. Eci'lés , Liv. 11.
s'occupa de la subsistance de cette multitude d'habitants accourant de toutes parts pour profiter des avantages qu'offrait la nouvelle capitale de l'empire. La flotte d'Alexandrie , qui auparavant amenait le blé à Rome , reçut ordre de le porter à Constaniinople, et le préfet d'Egypte fut chargé d'y pourvoir à la fin du mois d'août de chaque année. Il en répondit sur ses propres biens. On en distribuait chaque jour une certaine quantité au peuple, et plus tard on y ajouta du vin , de l'huile et de la viande de porc. Zosime prétend que Constantin établit un nouvel imf)ot sur les marchandises de toute espèce , que même les esclaves , les mendiants et toutes autres personnes trafiquant n'en furent pas exempts; qu'on frappa d'une taxe les chevaux, les mulets, les bœufs, les ânes , les chiens même. Mais comme cet écrivain est le seul qui charge de cet invention la mémoire de Constantin , on a lieu de croire que c'est une exagération ; car, loin de voir ce prince avide d'argent , l'histoire rapporte qu'il déchargea ses sujets du quart de la taxe perçuç avant lui sur les terres, et fit dresser une nouvelle table de répartition , l'ancienne paraissant injuste.
Pour donner à sa ville le lustre de l'ancienne Rome, il divisa le peuple en curies et en tribus, institua la même distinction entre les ordres et les magistrats , auxquels il conféra les mêmes droits que possédaient ce\ix de Rome. Il y établit un sénat;
mais ces sénateurs n'y jouissaient jamais de la même considération que ceux de Rome , et , quoiqu'on les appelât aussi pères Conscrits , ce litre ne les releva pas aux yeux du peuple. Ce n'est point que les princes ne fissent des efforts pour donner de l'éclal à ce nouveau sénat , mais cette assemblée ne resta jamais qu'une ombre de celle de Rome. Les sénateurs portaient en effet un beau nom , mais ils n'eurent aucune part dans les affaires du gouvernement; on ne les consulta que pour la forme , on se passa même de leur suffrage , et dès-lors il est facile de concevoir que leur considération ne dut pas être fort grande.
L'empire fut partagé en deux sections. Constantinople devint la capitale des pays compris du nord au midi entre le Danube et les extrémités de l'Egypte, d'orient en occident entre le golfe Adriatique et les frontières de Perse. 11 y établit un préfet du prétoire pour l'Orient. L'évêque de la ville ne fut cependant nommé patriarche qu'en 451, au concile de Chalcédoine. Rome resta la capitale des pays occidentaux. Des deux consuls , l'un résidait dans cette ville et l'autre à Constantinople.
L'empereur s'occupa aussi de l'instruction de la nouvelle ville , y établit des écoles aux professeurs desquelles il acccorda de grands privilèges. Ces écoles subsistèrent jusqu'au règne de Léon l'Isaurien , prince barbare qui fit brûler la belle bibliothèque commencée par Constantin , et qui , brûlée sous Ra-
silique , fut rétablie par Zenon. Elle contenait cent vingt mille volumes. Constantin s'occupa aussi des morts, et , pour subvenir aux dépenses des funérailles des personnes indigentes , il donna à l'église de Constantinople neuf cent cinquante boutiques qu'il exempta de tout impôt et dont le loyer était destiné à faire enterrer les morts. Les personnes qu'il chargea de la répartition de ces fonds furent au rang des clercs. L'empereur Anastase en porta plus tard le nombre à onze cents.
Cependant Arius , rappelé de son exil , se rendit à Conslantinopie , où il vit l'empereur , pour aller de là à Alexandrie , muni de lettres de recommandation de ce prince. Mais il dut prévoir que , malgré la protection du chef de l'empire, saint Athanase refuserait de le recevoir à la communion et de le réintégrer dans ses fonctions , et c'est ce qui arriva. Athanase déclara qu'un concile ayant excommunié Arius , celui-ci ne pourrait être admis à la communion de l'Eglise qu'après s'étre]soumis auxjdécisions
— -iw —
de ce concile en souscrivant à la doctrine. Arius ne se laissa pas rebuter , recommença à prêcher ses erreurs , ce qui occasiona de grands désordres.
Mais avant d'aller plus loin , nous allons voir ce que le parti de cet hérésiarque entreprit dans l'Orient avant de se commettre avec saint Athanase, le bouclier de l'orthodoxie. Eusèbe, de Nicomédie, ourdit des trames infâmes contre saint Eustache, évêque d'Antioche, et l'une des colonnes de la vraie foi. Sous prétexte d'aller examiner la construction de l'église de la Résurrection à Jérusalem (projet qui dut plaire à Constantin , il partit avec Théognis, de Nicée, son confident et fondateur de l'hérésie comme lui. Leur route les conduisit à Antioche, où saint Eustache les reçut et les traita avec les égards dus à leur rang , mais dont ils payèrent la généreuse hospitalité par la plus noire ingratitude. En Palestine, ils virent Eusèbe , de Césarée ; Patrophile , de Sciihopolis ; Actius , de Lydda; Théodore, de Laodicée, et plusieurs autres évêques de leur faction. Ceux-ci accompagnèrent à leur tour les deux premiers jusqu'à Antioche.
Là ils eurent la bassesse de gagner une femme de mauvaise vie, qui déclaraquesaintEustachel'avaitrendue mère de l'enfant qu'elle avait. Aussitôt ils se réunissent en concile à Antioche même , font comparaître rinfàme prostituée dont ils reçoivent le serment comme une preuve convaincante du crime en question,.
et violent le texte des saintes écritures (saint Paul à ïiniothée) qui défendent de recevoir une accusation contre un prêtre à moins qu'elle ne soit attestée par deux ou trois témoins; ils condamnent Eustache à être déposé comme coupable d'une chose horrible. Eustache eut beau demander qu'elle produisît des témoins, elle jura à haute voix qu'il était le père de son enfant. Les évêques qui n'étaient point du complot, réclamaient ouvertement contre la sentence qu'ils représentaient comme étant contre toutes les règles , ils ne gagnèrent rien ; les accusateurs l'emportèrent, Eustache fut déposé.
A la place de ce saint homme si indignement calomnié, on voulut mettre Eusèbe de Césarée, qui jouissait d'une grande réputation et que Constantin estimait beaucoup. Le concile en écrivit à l'empereur , témoignant que les évêques désiraient cette translation à laquelle le peuple consentait aussi ; mais la [)lus grande partie des habitants d'Antioche tenait pour Eustache et il éclata une violente sédition dans celte ville qui faillit périr par suite de cette division. (Constantin fut obligé de déployer de la sévérité pour calmer les esprits échaud'és de part et d'autre ; il envoya à Antiochc un des comtes de l'empire et ordonna à Lustache de se rendre sur le champ auprès de lui. Avant de partir, Eustache assembla son peuple, lui Ht «le touchants adieux , et ne lui demanda pour dernière marque d'affection cju'une chose, ce fut dr
rester attaché à la vraie foi et de ne pas se laisser gagner à l'erreur.
Constantin entendit Eustache et quoique celui-ci lui prouvât son innocence, le prince ne revint point de la première impression qu'avait faite sur lui la calomnie si adroitement préparée, confirma la sentence de déposition et l'exila dans une ville d'Illyrie, ou, selon d'autres historiens, à Philippi en Macédoine. Ce saint prélat mourut en exil par suite du chagrin que lui avait causé celte infâme persécution ; on ignore l'époque de sa mort. Eustache est auteur de quelques homélies , d'un traité sur l'âme et de beaucoup de lettres. Théodoret et plusieurs autres écrivaints ont conservé des fragments de ses ouvrages.
Eusèbe de Césarée eut le bon esprit de refuser la place que lui avaient offerte ses confrères; on nomma donc pour remplacer Eustache , Paulin , évêque de Tyr, qui mourut six mois après, puis Eulalius que la mort enleva de même peu de temps après. Euphron succéda à celui-ci , mais mourut une année après pour se voir remplacé par Flacille ou Placille; tous ces hommes étaient dévoués secrètement à l'arianisme. Les catholiques d'Antioche se séparèrent d'eux, ce qui les fit surnommer Eustachiens.
La prostituée dont la calomnie avait servi de prétexte pour déposer Eustache tomba malade et déclara devant beaucoup de prêtres que tout ce qu'elle avait avancé contre ce digne prélat, était faux et lui avait
Ole suggéré par les ennemis de l'évéque; elle avoua qu'elle n'avait pas cru faire de parjure en dénonçant le nom d'Eustache, puisqu'en effet le père de son enfant portait ce nom, mais était un serrurier de la ville.
Asclépas, évêque de Gaza, fut aussi déposé par le parti arien, ainsi que saint Eutrope, évoque d'Andrinople , prélat connu par son zèle pour la vraie foi. Basiline , seconde femme de Jules Constance , frère de Constantin , et mère de Julien l'apostat , joua un des principaux rôles dans cette intrigue , parce qu'elle haïssait les défenseurs de l'orthodoxie. Eusèbe, de Césarée, et Patrophile, de Scythopolis, élevèrent aussi des discussions avec saint Macaire , de Jérusalem ; mais celui-ci se sépara de leur communion. Ces hommes fanatiques et fauteurs dos erreurs d'Arius cherchèrent surtout à placer sur les sièges épiscopaux fondés par les apôtres des gens de leur parti, pour se donner du relief; mais leur fureur se déchaîna particulièrement contre saint Aihanase, que l'Orient regardait comme le boulevard de l'orthodoxie ; Eusèbe, de Nicomédie , n'omit rien de ce qui pouvait blesser ce grand homme. Dès son retour de l'exil , ce prélat avait réuni les ariens et les mélétiens. Le chef de ces derniers était Arcaph , que Mélèce , mourant , avait nommé patriarche de sa secte , malgré les décisions du concile de Nicce , et avec lequel aucun patriarche catholique ne pouvait, par consé-
quent, communiquer. Aihanase ne pouvait donc pas entrer en communication avec Arcaph , ni reconnaître comme prêtres ceux que Colluthe , simple prêtre lui-même , avait ordonnés , et que le grand Osius a^ait déjà condamnés en 324.
Dans une de ses tournées épiscopales, Athanase apprit qu'un de ces soi-disant prêtres faisait des fonctions ecclésiastiques dans un village dépendant de son diocèse. Il lui envoya aussitôt un curé et un prêtre, pour lui dire de venir le trouver; mais celui-ci étant malade, Athanase se rendit auprès de ses parents, les priant d'engager leur fils à s'abstenir des fonctions .ecclésiastiques. Au lieu de reconnaître cette bonté de l'évêque, le prétendu prêtre s'en irrita et embrassa le parti des mélétiens, qui en instruisirent le parti d'Eusèbe de Nicomédie.
Cette chose si peu importante fut une bonne fortune pour Eusèbe, qui avait déjà écrit plusieurs fois à Athanase, pour l'inviter à recevoir Arius à la communion , qui l'avait même menacé en cas de refus ; à quoi Athanase n'avait cessé de répondre qu'un prêtre, frappé d'anathème par un concile, ne pouvait être reçu à la communion sans avoir souscrit à la doctrine de l'Eglise.
Athanase répondit avec la même fermeté à deux lettres que Contantin lui avait adressées par deux personnages influents de la cour et dans lesquelles il menaçait le Patriarche de la déposition et de l'exil au
cas où il persistât à refuser do communiquer av* c Arius. Cette fois Athanase parvint à persuader à l'empereur (ju'il n'était point permis à un évoque catholique d'aller contre les décrets d'un concile {jénéral et de recevoir Arius à la communion. Mais les ennenemis du digne patriarche d'Alexandrie ne perdirent point courage , et trois mélétiens allèrent trouver l'empereur pour lui dénoncer Athanase d'avoir frappé d'un impôt consistant en linge l'église d'Alexandrie. Macaire, de Jérusalem, et un autre évoque dévoué à la vraie foi se trouvèrent dans ce moment à la cour et prouvèrent à Constantin la fausseté de cette accusation. Constantin écrivit donc une lettre à Athanase , l'invitant à se rendre auprès de lui. Le prélat y alla et fut très-bien reçu de l'empereur. Et cependant Eusèbe, de Nicomédie, ne rougit point d'employer ces mômes hommes qui venaient d'échouer dans leur dénonciation pour une nouvelle intrigue. Ils accusèrent Athanase d'avoir envoyé une boîte pleine d'or à un certain Philomènc qui s'était rendu coupable de haute trahison. On lui reprocha de même d'avoir envoyé le prêtre Macaire à Maréotis, où celui-ci devait avoir trouvé à l'autel le prêtre Ischiras célébrant les saints Mystères et avoir renversé l'autel, brisé le calice et brûlé les saintes Ecritures. Ce prêtre , qu'on Ht passer pour un homme d'une éminente sainteté , avait été ordonné par Colluthe , simple prêtre etcpii ne pouvait en ordonner d'autres.
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Ces accusations furent examinées avec soin et l'on trouva qu'elles étaient fausses. On ne peut concevoir la faiblesse de Constantin , qui laissa impunies des calomnies si odieuses et si souvent répétées; on attribue cette conduite à l'influence d'Eusèbe, de Nicomédie. Athanase et Macaire furent traités avec honneur à la cour , renvoyés à leurs églises. L'empereur donna au premier une lettre dans laquelle il recommanda ce digne prélat aux fidèles d'Alexandrie.
Bientôt après son retour , Ischyras alla se jeter aux pieds d'Athanase , lui avoua, en versant des larmes, que tout ce qu'il avait avancé contre lui n'était qu'un tissu de mensonges. Il lui remit en même temps un écrit , signé par six prêtres et sept diacres , attestant qu'on l'avait battu pour le forcer à faire une dénonciation, et il nomma les auteurs de ces voies de fait. C'étaient des mélétiens.
Malgré ces échecs, les ennemis de saint Athanase continuèrent à l'attaquer par leurs calomnies. Ils l'accusèrent d'avoir tué Arsène , évêque mélétien d'Hypseb , en Thébaïde. En effet Arsène avait disparu tout à coup , et les mélétiens montraient une main droite desséchée, qu'ils portaient dans une boîte, qu'ils disaient être la main d'Arsène, se plaignant avec larmes qu'on avait caché le reste du corps. Le principal auteur de cette invention était Jean Arcaps , chef des mélétiens. L'accusation fut déféiée à l'em-
poreur, et la main lui fut présentée. Il écrivit, à Antioche, à son frère Delmace, lui enjoignant de prendre des informations sur cette affaire. Delmace écrivit aussitôt à Athanase de se rendre auprès de lui pour répondre sur ce grief qu'on lui imputait.
« Fort du témoignage de sa conscience, Athanase , qui avait jusqu'alors méprisé cette calomnie, commence à la prendre au sérieux , voyant que l'empereur y avait ajouté foi. Il écrivit aux évoques d'Egypte pour s'informer où pouvait être Arsène , qu'il n'avait pas vu depuis cinq ou six ans , et envoya un de ses diacres le chercher. Celui-ci mit tant de soins dans son investigation qu'il apprit qu'Arsène était caché au monastère de Ptémencyre , au territoire d'Antéople , dans la Thébaïde. Il y alla aussitôt, accompagné de quelques autres personnes; mais il ne l'y trouva plus : car Pinnès , supérieur du monastère , l'avait fait embarquer sur un bateau avec un moine nommé Elio, pour descendre par le Nil dans la Basse- Egypte.
» Le diacre , ne trouvant plus Arsène , se saisit de Pinnès et d'Elie, qu'il fit conduite à Alexandrie. On les présenta au duc de la province : c'était l'officier qui y commandait les troupes. Ils avouèrent qu'Arsène était vivant et qu'il avait été caché chez eux. Pinnès donna aussitôt avis de tout cela à Jean Arcapz, afin qu'il n'insistât pas davantage à accuser saint Athanase de la mort d'Arsène , [)uisque toute (.'<)nslatilin-lr-(if 0)1(1. 1 3
l'Egypte savait qu'il était vivant; mais la lettre tomba entre les mains d'Athanase.
» Il fallait donc trouver Arsène. Il était sorti d'Alexandrie et s'était rendu à Tyr. Des domestiques du consulaire Archélaiis, ayant entendu dire dans un cabaret qu'Arsène était caché dans une certaine maison , remarquèrent ceux qui l'avaient dit et en avertirent leur maître. On le chercha et on le trouva (>n effet. Arsène , se voyant pris, nia qu'il fût Arsène jusqu'à ce qu'il eût été présenté à Paul, évêque de Tyr , qui le connaissait depuis long-temps.
Saint Aihanase envoya à l'empereur un diacre , nommé Macaire,pour l'instruire de toutce qui s'était })assé. L'empereur écrivit à Delmace de faire cesser les poursuites de cette affaire, et commanda aux eusébiens assemblés à Antioche de s'en retourner à leurs églises. Il écrivit aussi à saint Athanase une lettre dans laquelle il condamna avec indignation les impostures des mélétiens. Il ordonna qu'elle fut lue au peuple , ajoutant que si les imposteurs continuaient leurs entreprises, il ne les traiterait plus selon les lois de l'Eglise , mais leur appliquerait les lois publiques, en prenant lui-même connaissance de l'affaire.
» Les mélétiens cédèrent à ce coup. Arsène luimême écrivit à saint Athanase , au nom de tout son clergé d'Hypsèle , pour lui demander sa communion et protester de l'obéissance qu'il lui devait , selon les
canons , comme à son métropolitain. Jean , le chef des mélétiens , demanda aussi la paix et l'amitié de saint Athanaso , et en référa à Constantin , qui en ressentit une telle joie qu'il lui manda de le venir trouver en profitant des voitures publiques pour recevoir des témoignages de sa bienveillance. Ainsi se termina l'affaire d'Arsène (1). »
Après cet orage , le parti arien commença à cabaler contre Athanase qu'il dépeignit comme coupable des plus grands crimes. Ces gens dont les accusations avaient déjà été flétries tant de fois , en firent tant , qu'ils persuadèrent à Constantin qu'il était urgent qu'on réunît un conseil à Césarée , en Palestine, pour examiner à fond la conduite d'Athanase. Ils avaient choisi cette ville , parce ce que l'évêque Eusèbe était dans leurs intérêts.
Le saint patriarche d'Alexandrie en ayant été instruit, refusa d'y aller , parce qu'il savait bien que ses ennemis, ou plutôt les ennemis de la doctrine catholique y triompheraient et y seraient en majorité. Ce concile ne fut convoqué qu'en 335, à Tyr ; le motif qu'on en donna fut la réunion des évèqucs divisés et la paix des églises. Constantin désirait encore voir une assemblée de prélats pour rendre plus imposante
(i) FhMirv. llisi Kccif-s., I.iv II.
la dédicace de l'église de Jérusalem qui était achevée; mais les ariens eurent soin de n'y appeler que des hommes de leur parti. Le comte Flavius fut chargé d'y maintenir l'ordre.
La réunion fut nombreuse et se composa d'évêques d'Egypte, de la Lybie , de l'Asie, de la Bythinie, de la Macédoine, de la Pannonic; mais ils furent pour la plupart infectés par l'arianisme : les principaux d'entre eux étaient Eusèbe, de Nicomédie ; Eusèbe, de Césarée; Flaccille, d'Antioche'; Théognis, de Nicée;Patrophile de Scythopolis; Ursace, de Singidon; Valens de Murse ; Macédonius , de Mopsueste; Maxime, de Jérusalem, qui avait succédé à Macaire et qui avait confessé Jésus-Christ durant la persécution de Maximin-Daja , prélat connu par son orthodoxie , y assista aussi. On y vit soixante évêques sans les Egyptiens qui n'y allèrent pas d'abord ; saint Aihanase refusa long-temps de s'y rendre. Enfin il céda aux menaces qu'on lui fit, et parut à ce concile avec quarante-neuf évêques égyptiens.
Lorsque Athanase parut dans la salle de l'assemblée , on le laissa debout comme un criminel devant ses juges. Alors l'évêque Potamon, prenant la parole, dit à Eusèbe , de Césarée :
« Quoi ! Eusèbe , vous êtes assis pour juger Athanase qui est innocent? Peut-on souffrir cela ? Ditesmoi, n'étiez-vous pas en prison avec moi durant la persécution ? Pour moi , j'y perdis un œil , et vous
en sortîtes sain et sauf. N'avcz-vous rien fait contre la conscience? »
Eusèbe se leva à l'instant de la salle en disant : « Si vous avez la hardiesse de nous traiter ainsi en ce lieu, peut-on douter que vos accusateurs ne disent vrai? Et si vous exercez ici une telle tyrannie , que ne faites-vous point chez vous?
Paphnuce, de son côté, s'adressa à Maxime , de Jérusalem, et traversant l'assemblée, il le prit par lamain et luidit:((Puisquejeportelesmêmesmarquesquevous, et que nous avons perdu chacun un œil pour Jésus- Christ , je ne puis souffrir de vous voir assis dans l'assemblée des méchants. » — Il le fit sortir, l'instruisit de toute la conspiration qu'on lui avait dissimulée et le gagna pour toujours à la cause d'Athanase. Les autres évoques d'Egypte insistèrent aussi à ne point reconnaître pour juges de leur métropolitain ceux qui s'étaient toujours déclarés contre lui , et nommèrent les deux Eusèbes, Narcisse , Flaccille, Théognis, Maris, Théodore, Patrophile, Macédonius, Georges , Ursace et Valens. Ils reprochèrent à Eusèbe, de Césarée, son apostasie ; à Georges, de Laodicée, d'avoir été déposé par saint Alexandre, prédécesseur d'Athanase; mais on n'eut point égard à cette réclamation.
On commença par attaquer l'ordination d'Athanase en reproduisant ce qui avait déjà été réfuté dans d'autres circonstances; mais les évèqucs d'Egypte
proteslèreni de nouveau contre celte odieuse attaque, en déclarant qu'ils reconnaissaient tous Athanase pour leur digne et légitime métropolitain ; et comme la plainte avait été rédigée par la faction des mélétiens , des colluthiens et quelques ariens , elle fut écartée sans peine.
On reproduisit l'afFaire du prétendu prêtre Ischyras et du calice rompu; mais Athanase détruisit par le simple exposé des faits, toute cette accusation , et produisit, à l'appui de cette assertion, l'écrit d'Ischyras , signé par six prêtres et six diacres , reconnaissant ses torts. Ce fait ne paraissant pas assez éclairci , les eusébiens demandèrent au comte Flavius d'envoyer une commission choisie dans le sein même de l'assemblée pour aller prendre des informations sur les lieux même où cette action s'était passée. Le comte y consentit et on nomma , malgré l'opposition des évêques d'Egypte, six des plus grands ennemis d'Athanase, savoir : Théognis, Maris, Macédonius, Théodore, Ursace et Valens, qui partirent avec une compagnie de soldats.
On accusa ensuite Athanased'avoir violé une vierge. Athanase employa une ruse pour faire tomber cette imputation. Il envoya au concile un prêtre , nommé Timothée, qui s'adressant à la fille, lui demanda s'il était vrai qu'il l'eût séduite. Celle-ci , prenant le prêtre pour Athanase qu'elle ne connaissait pas, répondit avec effronterie : « Oui , oui, c'est vous-même
qui m'avez fait outra>jc. » Et toute l'asscnibléo de rire aux éclats. Les accusateurs furent couverts de honte , chassèrent la fille , malgré l'opposition d'Athanase , qui demandait à ce qu'elle fût mise à la question , pour découvrir les accusateurs de cette calomnie. Ils empêchèrent même l'insertion de cette slupide accusation dans le actes du concile.
Ensuiteon vit reparaître cette fameuse boîte, dans laquelle était enfermée la main qu'Atlianase devait avoir coupée à Arsène. A cette vue , il s'éleva un bruit confus dans l'assemblée ; les uns accusant , les autres disculpant le saint. Ayant obtenu un peu de silence, Aihanase demanda s'il y avait parmi les assistants quelqu'un qui connût Arsène. Plusieurs se levèrent, assurant l'avoir parfaitement bien connu. Athanase ordonna alors à un de ses domestiques de faire introduire un homme, lui faisant si{;ne de lever la tête. — « Est-ce bien là , demanda-t-il, cet homme que j'ai tué et ù (jui j'ai coupé la main ? »
Ceux (jui connaissaient Arsène furent singulièrement surpris de le voir. — Arsène, qui s'était abstenu jusqu'alors de paraître au concile , s'était présenté couvert deson manteau. Aihanase en souleva d'abord un coin , pour (pi'on vît une des mains ; puis il lui fit faire un mouvement, et on aperçut aussi l'autre, et il dit : (( Voilà Arsène avec ses deux mains; Dieu ne nous en a [)as donné davantage ; c'est à mes accusateurs à chercher où jjouvait être placée la troisième ,
et à vous à examiner d'où vient celle qu'on vous montre. »
Ces paroles, ces preuves accablantes mirent les ariens dans une telle fureur, que, poussant des cris horribles , et accusant Alhanase d'être magicien , ils se ruèrent sur lui et l'auraient mis en pièces, si le comte Archélaiis ne l'eût arraché de leurs mains. Pour le soustraire à leur rage, on le fit monter sur un vaisseau, et il partit la nuit suivante.
Les députés du concile , étant arrivés en Egypte , au lieu de s'occuper de la recherche de la vérité, ne s'occupèrent qu'à amasser des preuves contre Athanase. A Alexandrie, ils s'adressèrent au préfet de la province, qui les accompagna à la Maréote, avec des soldats et des officiers. Ce préfet était un homme de mauvaises mœurs , païen et apostat. Les évêques logèrent à la maison d'Iscbyras même, n'interrogèrent ni les prêtres d'Alexandrie , ni ceux du canton de la Maréote; mais des ariens, les parents d'Ischyras, des païens et des juifs, quoiqu'il s'agît d'un mystère de la religion catholique. Quelques-uns de CCS témoins furent menacés , d'autres gagnés , et cependant rien ne vint attester la culpabilité d'Athanase ; il fut même prouvé qu'Ischyras était malade au moment où Macaire se présenta chez lui ; qu'il ne disait point la messe alors , et qu'il n'y eut point de livres brûlés. Aussi les commissaires ne firent délivrer qu'une expédition de ces informations, neperniotiant point (ju'on en liiâi des copies.
Le clergé catholique du pays protesta contre une information si irrégulière en ces termes :
a Aux évêques qui sont venus de Tyr, Théognis , Maris, Macédonius, Théodore, Ursace et Valens, de la part des prêtres et des diacres de l'Eglise catholique d'Alexandrie, sous le révérendissime évêque Athanase.
» Vous deviez , en venant ici , amener avec vous le prêtre Macaire, comme vous ameniez son accusateur; car c'est l'ordre des jugements, suivant les Saintes Ecritures, que l'accusateur paraisse avec l'accusé. Mais , puisque vous n'avez pas amené Macaire, et que notre révérendissime évêque Athanase n'est pas venu avec vous, nous vous avons prié de nous permettre du moins d'assister à la procédure, afin que notre présence la rendît plus authentique et que nous pussions y déférer. Vous nous l'avez refusé, et vous avez voulu agir seuls avec le préfet d'Egypte et l'accusateur. C'est pourquoi nous vous déclarons que nous augurons mal de cette affaire , et que votre voyage nous paraît visiblement une conspiration. Nous vous donnons donc cotte lettre, qui servira de témoignage à un véritable concile , afin que tout le monde sache (juc vous avez fait ce que vous avez voulu, en l'absence d'une des parties, et que votre uni(iuc dessein a été de nous surprendre. Nous en avons donné copie à Pallade, agent de l'eniporeur, de peur que vous ne la cachiez ; car votre conduite
nous oblifjc à nous défior et à user de précaution avec vous. »
Cet acte était signé de seize prêtres et de cinq diacres.
Une semblable protestation fut aussi adressée au concile par tous les prêtres et tous les diacres de la Maréolerilsdéclarèrentquelschyras n'avait jamaisété du nombre des ministres de leur Eglise ; qu'il avait seulement prétendu avoir été ordonné par Colluthe ; mais que , depuis la présence d'Osius à Alexandrie , il était demeuré au rang des laïques. Cette protestalion portait les signatures de quinze prêtres et de quinze diacres, qui en adressèrent une autre au préfet d'Egypte, à Pallade, curieux, c'est-à-dire contrôleur des voitures publiques, et à Antoine, biarque, c'est-à-dire intendant des vivres.
La ville d'Alexandrie fut, au moment du passage des commissaires , le théâtre de l'insolence de la soldatesque qui les accompagnait. On tira l'épée contre des vierges consacrées à Dieu et attachées à leur pasteur ; les païens en traînèrent plusieurs devant des autels, comme pour les forcer à immoler à leurs dieux ; et ces violences se commirent devant la maison où étaient logés les évêques , et même un jour de jeûne , par des gens qui sortaient de leurs tables.
De retour à Tyr, les commissaires ne trouvèrent plus Athanase. Ils firent un rapport sur leur information , et Athanase fut condamné sur tous les cri-
mes dont il s'était mcnic justifié, et déposé, avec défense de rentrer à Alexandrie. Jean le niélétien et tous ceux de sa faction furent admis à la communion et rétablis dans leur dignité. Ischyras fut fait évèque d'un village, où il fallut même lui bâtir une église. On gagna même Arsène, qui ne rougit point de signer la condamnation de celui dont il avait luimême attesté l'innocence, et on envoya les actes de cet infâme concile à l'empereur. Les évéques catholiques refusèrent de les signer, entre autres Marcel, d'Ancyre, qui parla long -temps en faveur d'Athanase. Les eusébiens adressèrent la condamnation d'Athanase à tous les évéques, les avertissant de ne pas l'admettre à la communion , donnant pour motifs de cette sentence portée contre lui , qu'après s'être fait long-temps attendre, Atlianase s'était présenté avec une escorte à Tyr ; qu'il avait excité des troubles dans cette ville ; qu'il avait refusé de répondre au concile, dit des injures h plusieurs évéques ; qu'il avait été convaincu d'avoir brisé un calice et de plusieurs autres crimes ; y ajoutant mémo le nom d'Arsène, quoique le nom de ce dcrniet figurât parmi ceux des souscripteurs.
Tour couronner cette œuvre d'iniquité, les évoques allaient s'occu[)er d'Arius, qu'ils étaient résolus d'admettre à la communion de l'Eglise, lorsqu'ils reçurent une lettre de Constantin, qui leur enjoignait de se rendre à .lérusalcn) pour la dédicace de l'église de
la Kcsurrcciion. Celle lettre avait été apportée par Malien, secrétaire de l'empereur, homme distingué par les fonctions qu'il occupait, par ses vertus, et surtout par la fermeté avec laquelle il avait confessé la foi de Jésus-Christ sous les tyrans. 11 avait reçu la mission de présider à la fête, de traiter les évêques avec magnificence , et de distribuer aux pauvres de l'argent , des habits et des vivres. Une immense multitude de fidèles , non-seulement de la Palestine , mais encore des provinces voisines , accoururent à cette fête; les évêques venus deTyr y trouvèrent un grand nombre d'autres prélats de l'Orient , même un évêque de Perse, qu'on croit être saint Milles, qui avait beaucoup souffert durant la persécution de Sapor. Il avait été obligé de quitter sa ville épiscopale, et vint à Jérusalem sans autres richesses qu'une besace, dans laquelle était renfermé le livre des Evangiles.
Pendant les fêtes de la dédicace , qui durèrent huit jours, les évêques s'occupaient de divers exercices de piété. Les uns célébraient les saints mystères; d'autres présidaient à des prières publiques pour l'Eglise, pour l'empereur et sa famille ; d'autres exposaient les vérités de la foi au peuple, expliquaient les Saintes Ecritures, faisaient des discours pour ranimer le zèle des fidèles. Cette fêle eut lieu le 14 septembre 335,. fête de la Sainte-Croix. Après les fêles, les évêques se retirèient , à l'exception de ceux du concile de Tyr.
Pour achever le triomphe de leur faction , il ne leur suffisait déjà plus d'avoir immolé à leur haine le saint évoque d'Alexandrie, ils voulurent aussi assurer le triomphe d'Arius.
Cet hérésiarque, après avoir trompé Constantin par la profession de foi que nous avons relatée plus haut, parvint à arracher à ce prince des lettres pour les évêques assemblés à Jérusalem , par lesquelles le monarque les priait d'examiner la formule de foi souscrite i)ar lui, et de le traiter favorablement. Les prélats reçurent avec une joie inexprimable cette mission , reconnurent pour orthodoxe la profession de foi présentée par Arius et le diacre Euzoius, et les déclarèrent tous deux admis à la communion des fidèles, avec tous ceux qui avaient été excommuniés par le concile de Nicée pour le même fait. Ils adressèrent ensuite une lettre synodale à l'Eglise d'Alexandrie , aux évéqucs de l'Egypte , de la Lybie , de la Thébaïdc, de la Pentapole et aux autres évêques du monde, pour leur annoncer (ju'Arius avait souscrit aux décrets du concile de Nicée. Cette lettre disait entre autres : — « Nous avons été comblés de joie [)ar les lettres que l'empereur nous a écrites pour nous exhorter à bannir de l'Eglise de Dieu l'envie , (pii avait séparé (le[)uissi long-temps les membres do ,lésus-(;iirist, et de recevoir charitablement ceux du pai li d'Arius. F/empereur rend témoignage à la pu- ?eté de leur foi , dont il est informé, non-seulenjcnl
par le rapport d'autrui , mais pour les avoir entendus lui-môme par leur bouche , et avoir vu leur confession de foi par écrit, qu'il nous a envoyée au bas de ses lettres, et que nous avons tous reconnue être orthodoxe et ecclésiastique. Nous croyons que celte réunion vous remplira de joie, lorsque vous recevrez vos frères, vos pères, vos entrailles; car il ne s'agit pas seulement des prêtres du parti d'Arius , mais de toute la multitude qui était séparée de vous à leur occasion. Puisque donc vous ne pouvez douter qu'ils n'aient été reçus par ce saint concile , recevez-les avec un esprit de paix , d'autant plus que leur confession de foi montre clairement qu'ils conservent la tradition et la doctrine apostolique, reçue universellement de tout le monde. »
Marcel, d'Ancyre, métropolitain de Galatie, ne se trouva point à ce concile, ne voulant avoir aucune part à la réception d'Arius. Ceux du parti d'Arius le citèrent pour y comparaître , et rendre compte de la foi pour avoir écrit un livre contre le sophiste Astérius, grand partisan d'Arius; mais, pendant qu'ils étaient occupés de cette affaire, Constantin les manda pour aller rendre compte à Constantinople du jugement porté contre saint Athanase.
Cet ordre du monarque consterna la faction ; tous les évêques se rendirent sur-le-champ dans leurs diocèses, à l'exception de six des plus déterminés, parmi lesquels se trouvaient les deux Eusèbe, décidés à
affronter cet orage. Cette convocation de Constantin avait été provoquée par l'arrivée de saint Athanase à Constantinople, Après son départ de ïyr, ce prélat s'était rendu à la capitale pour porter ses plaintes au prince sur l'indigne conduite de ses ennemis, réunis à ce concile. N'ayant pas trouvé Constantin au palais, il alla l'attendre dans une rue par laquelle l'empereur dovait passer. Constantin parut bientôt à cheval. Athanase se présenta pour lui parler ; mais le prince ne le reconnut pas d'abord. Lorsque les officiers de sa suite lui apprirent de quoi il s'agissait, l'empereur refusa d'abord d'écouter le prélat , ne voulant point communiquer avec un homme condamné par un concile, et peu s'en fallut qu'il no le chassât de sa présence. Alors Athanase lui dit : — « Prince ! le Seigneur jugera entre vous et moi, puisque vous vous déclarez pour ceux qui me calomnient : je ne vous demande que de faire venir mes juges , afin que je puisse vour faire ma plainte en leur présence. »
Les six évéques, étant arrivés à Constantinople , se rendirent aussitôt au palais; mais ne voulurent jamais être confrontés avec Athanase, qu'ils dépeignirent à l'empereur comme un brouillon , un homme emporté, violent, opiniâtre, avec leciuol il était impossible de vivre en paix. Conunes ces accusations ne produisirent [)as l'effet qu'ils en attendaient, ils prirent Constantin par son faible , cl lui dirent (ju'Athanase avait menacé d'empêcher (ju'à l'avenir on ne
iransporlât du blé d'Alexandrie à Conslantinoplc. Comme cette dernière ville ne pouvait subsister sans les convois d'E{ïypte, et que, sur un semblable soupçon, l'empereur avait fait trancher la tête au philosophe Sopater, il entra en colère , et balança un instant s'il ne condamnerait pas le saint à la peine capitale. Athanase protesta de toutes ses forces contre cette calomnie , alléguant sa pauvreté pour preuve de son innocence; maisEusèbe, de Nicomédie, soutint publiquement qu'Athanase était riche et puissant, capable de tout. Constantin crut donc faire une grande grâce à ce prélat en l'envoyant en exil à Trêves, qui était alors la capitale des Gaules. Les évêques ariens firent bannir en même temps quatre des prêtres les plus influents d'Alexandrie , et demandèrent à élire un évêque à la place d'Aihanase ; mais Constantin s'y opposa et leur fit des menaces si rigoureuses, qu'ils renoncèrent à cette entreprise.
Saint Atluuiasc arriva à Trêves au coimncnccinent du mois de février 32() , et fut reçu avec honneur par l'évoque Maxiniin , cailioliquc zélé. Le jeune Constantin , qui faisait sa résidence dans celle ville, prit soin d'adoucir son exil par les traitements les plus {généreux , connaissant la cause pour laquelle ce yrand homme s'était attiré cette disgrâce.
Après le concile de Jérusalem , où Arius avait été reçu à la communion de ri:li]lise, cethéréliciue n'eut rien de plus pressé à faire que de se rendre à Alexan-
dric, pour jouir de son triomplic. Il se flattait d'y être reçu avec d'autant plus d'empressement, que le bannissement de saint Alhanase devait avoir préparé les esprits à la soumission aux ordres de l'empereur. Mais le contraire arriva. Le clergé et les fidèles d'Alexandrie , privés de leur évéque, accusèrent, comme de raison, Arius d'être l'auteur de tous les maux qui affligeaient leur Eglise depuis si long-temps. Les troubles recommencèrent, et, dans la crainte d'avoir à réprimer des scènes affligeantes, Constantin appela Arius à Conslantinople.
La présence de cet homme dans la capitale de l'empire rehaussa l'insolence de ses sectateurs, et stimula le zèle des catholiques. Les eusébiens prièrent Alexandre, évêque de Conslantinople, vénérable vieillard de plus de quatre-vingt-dix ans, d'admettre Arius à la communion; mais il leur résista avec un courage invincible, et répondit à leurs sollicitations réitérées : « La douceur dont j'userais envers Arius serait une vraie cruauté à l'égard d'une infinité d'autres; les lois de l'Eglise ne me permettent pas de contrevenir, par une fausse compassion , à ce que j'ai moi-même ordonné avec tout le saint concile de Nicée. »
» L'empereur , fatigué d'une contestation si opiniâtre, voulut la terminer. 11 fait venir Arius devant lui et lui demande s'il adhère aux décrets de Nicée. Arius déclare sans balancer qu'il y souscrit de cœur
et d'esprit , et présente une profession de foi où l'erreur était adroitement couverte sous des termes de l'Ecriture. L'empereur , pour plus grande assurance, l'oblige de jurer que ce sont ses véritables sentiments. Il n'en faJt aucune difficulté. Quelques auteurs prétendent que , tenant le symbole de Nicée entre ses mains et la formule de sa croyance hérétique cachée sous son bras, il rapportait à celle-ci le serment qu'il paraissait prononcer sur l'autre.
» Mais Arius était en apparence trop habile pour user en pure perte d'une pareille ruse , et trop éclairé pour ignorer qu'une restriction mentale ne rabat rien d'un parjure. Constantin fut satisfait de sa soumission. « Allez, lui dit-il, si votre foi s'accorde avec votre serment, vous êtes irrépréhensible; si elle n'y est pas conforme, que Dieu soit votre juge. » En même temps il mande à Alexandre de ne pas différer d'admettre Arius à la communion. Eusèbe, porteur de cet ordre , conduit Arius à Alexandre et signifie à i'évèque la volonté du prince. L'évèque peisisle dans son refus. Alors Eusèbe haussant la voix : « Nous avons, malgré vous, lui dit-il , fait raf)j)eler Arius ; nous saurons bien aussi , malgré vous , le faire entrer dans votre Eglise. » Ceci se passait le samedi; et le lendemain, les fidèles étant réunis pour la célébration des saints Mystères ; le scandale en devait être [)lus horrible.
» Alexandre , voyant les puissances de la terre dé-
clarêcs contre lui , a recours au Ciel. 11 y avait sept jours que, par le conseil de Jacques , de Nisibe , qui était alors à Gonstantinople , tous les catholiques étaient dans les jeunes et dans les prières; et Alexandre avait passé plusieurs jours et plusieurs nuits enfermé seul dans l'église de la Paix , prosterné et priant sans cesse. Frappé de ces dernières paroles d'Eusèbe, le saint vieillard , accompagné de deux prêtres , dont l'un était Macaire , d'Alexandrie , va se jeter au pied de l'autel. Là, courbé vers la terre, qu'il baignait de ses larmes : « Seigneur, dit-il d'une voix entrecoupée de sanglots , s'il faut qu'Arius soit demain reçu dans notre sainte assemblée , retirez du monde votre serviteur ; ne perdez pas avec l'impie celui qui vous est fidèle. Mais si vous avez encore pitié de voire Eglise, et je sais que vous en avez pitié , écoutez les paroles d'Eusèbe, et n'abandonnez pas votre héritage à la ruine et à l'opprobre. Faites disparaître Arius , de peur que s'il entre dans votre Eglise il ne semble que l'hérésie y soit entrée avec lui , et que le mensonge ne s'asseye dans la chaire de vérité. «
» Tandis que cette prière d'Alexandre s'élevait au Ciel avec ses soupirs , les partisants d'Arius promenaient celui-ci comme en triomphe dans toute la ville |)our le montrer au peuple. Lorsqu'il passait avec un nombreux cortège par la grande place auprès de la colonne de Porphyre, il se sentit pressé d'un besoin naturel qui l'obligea de gagner un lieu public tel qu'il
y en avait alors dans toutes les grandes villes. Le domestique qu'il avait laissé dehors , voyant qu'il tardait beaucoup, craignit quelque accident. Il entra et le trouva mort, renversé par terre, nageant dans son sang et ses entrailles hors de son corps.
» L'horreur d'un tel spectacle fit d'abord trembler ses sectateurs; mais toujours endurcis , ils attribuèrent aux sortilèges d'Alexandre un châtiment si bien caractérisé par toutes les circonstances. Ce lieu cessa d'être fréquenté; on n'osait en approcher dans la suite, et on le montrait au doigt comme un monument de la vengeance divine. Long-temps après, un arien riche et puissant acheta ce terrain , et y fit bâtir une maison afin d'effacer la mort funeste d'Arius.
» Le bruit s'en répandit bientôt dans tout l'empire. Les ariens en rougissaient de honte. Le lendemain , jour de dimanche , Alexandre, à la tète de son peuple, rendit à Dieu des actions de grâces solennelles, non pas de ce qu'il avait fait périr Arius, dont il plaignait le malheureux sort , mais de ce qu'il avait daigné étendre son bras et repousser l'hérésie qui marchait avec audace pour forcer l'entrée du sanctuaire. Constantin fut convaincu du parjure d'Arius , et cet événement le confirma dans son aversio\i pour l'arianisme et dans son respect pour le concile deNicéc (1). »
(0 l-c Hcaii , Misl. ilii Ras-Empire, I.iv. V.
» Et cependant , malgré les instances réitérées des habitants d'Alexandrie, malgré les prières de saint Antoine, qui écrivit plusieurs lettres à Constantin pour lui prouver l'innocence d'Athanase et les mensonges de ses adversaires, ce prince ne voulut point révoquer la sentence d'exil qu'il avait lancée contre ce grand homme , conduite que tou;i les historiens ont regardée comme une flétrissure delà mémoire d'un empereur chrétien. Il alla plus loin, et imposa silence aux fidèles d'Alexandrie, au clergé, aux vierges consacrées à Dieu , appelant le saint Patriarche un sédieux condamné par un concile , et protestant qu'il ne le rappellerait jamais. Il répondit aux pressantes sollicitations de saint Antoine qu'il ne lui était point permis de s'élever contre les décisions d'un concile ; qu'il ne pouvait pas concevoir que la passion ait entraîné un si grand nombre de prélats illustres et vertueux; qu'Athanase était un homme orgueilleux, intraitable , etc.
Tous les historiens ont reproché à Constantin do s'être trop immiscé dans les querelles religieuses, et que , quoique n'étant que laïque, et pas même chrétien, puisqu'il n'avait pas encore reçu Je Baptême, il se soit érigé en juge de l'orthodoxie d'Arius et ait prescrit à saint Alexandre de recevoir cet hérésiarque à la communion ; et lui , qui était si jaloux de son autorité et qui ne permit à personne de toucher à son sceptre, n'aurait pas dû non plus toucher à l'encen-
soir et laisser à l'E^îliso la liberté d'agir selon les canons : l'Eglise avait d'ailleurs parlé, elle parla encore après Constantin , et elle parlera jusqu'tà la fin des temps pour retrancher de son sein ceux qui violent l'auguste foi qu'elle a reçue de son divin fondateur.
Constantin continua à veiller aux intérêts de l'empire et publia une foule de lois utiles. Un des édits qu'il adressa de Constantinople à toutes les provinces de l'empire mérite surtout d'être rapporté ici.
« Que nos officiers, dit-il, cessent donc enfin <l'épuiser nos sujets ; si cet avis ne suffit pas , le glaive fera le reste. Qu'on ne profane plus par un infâme commerce le sanctuaire de la justice : qu'on ne fasse plus acheter les audiences , les approches , la vue même du président. Que les oreilles du juge soient également ouvertes aux pauvres comme aux riches. Que l'audiencier ne fassse plus un trafic de ses fonctions, et que ses subalternes cessent de mettre à contribution les plaideurs. Qu'on réprime l'audace des ministres inférieurs qui dépouillent indifféremment les grands et les petits , et qu'on arrête l'avidité insatiable des commis qui délivrent les sentences : c'est le devoir du supérieur de veiller à empêcher tous ces officiers de rien exiger des plaideurs. S'ils persistent à se créer eux-mêmes des droits imaginaires, je leur ferai trancher la tête. Nous permettons ;\ tous ceux qui auront éprouvé ces vexations d'en instruire le magistrat ; s'il tarde d'y mettre ordre, nous vous in-
viions à porter vos plaintes aux comtes des provinces, ou au préfet du prétoire s'il est plus rapproché, afin que sur le rapport qu'ils nous feront de ces brigandaîjes , nous imposions aux coupables la punition qu'ds méritent. »
Des historiens ont fait à sainte Hélène le reproche d'avoir conseillé à son fils Constantin de tenir éloignés des affaires ses frères nés de Théodora, la seconde femme de Constance Chlore , et Julien l'Apostat , fils d'un des frères de Constantin , nomme Hélène navoypyov y-T) Tpjia-j , une belle-mère malicieuse ; il est vrai qu'il n'est question de ces frères que dans les dernières années du règne de ce prince. On conçoit que Constantin , privé de l'appui de sa mère , de sa sœur , de son épouse Fausta , se soit occupé de ses frères et les ait rapprochés de lui , eux qui avaient séjourné presque toujours à Toulouse , dans les Gaules; mais il n'est pas prouvé qu'Hélène ait en effet profité de son ascendant sur l'esprit de son fils pour lui inspirer quelques sentiments de haine ou de mépris pour ses frères. L'histoire a prouvé qu'il eût mieux valu pour ces trois hommes de ne s'être jamais approchés de la cour.
Constantin nomma ses trois frères à des fonctions publiques. Delmace reçut le titre autrefois si honorable de censeur^ qu'avait illustré Caton , mais qui n'était plus à cette époque qu'un nom ; Jules Constance, père de Julien l'Apostat , fut consul en 335 et
reçut le titre de Patrice; Annibalien , celui do Nobilissimus (très-noble) avec la faculté de porter une robe d'écarlate brodée d'or. Delraace mourut bientôt après, et son fils, qui portait aussi ce nom, fut créé César par Constantin , qui lui donna ainsi qu'à son plus jeune neveu, qui portait aussi le nom d'Annibalien , des provinces à gouverner , avec le droit de succession , ce qui fut la cause de leur perte.
Constantin s'occupa de plus en plus de l'abolition de l'idolâtrie; mais pour ne pas effaroucher les esprits , il y alla sans éclat ; envoya dans les provinces deux ou trois officiers munis de pouvoirs pour détruire les objets du culte des païens. Le respect qu'on avait pour l'empereur, empêchait les peuples de se livrer à des actes de violence : les idoles tombaient par tout , les prêtres furent obligés de tirer de leurs sanctuaires ces divinités de bois et de pierre; les commissaires impériaux dépouillaient ces statues souvent hideuses de leurs ornements et les montraient à leurs adorateurs , qui souvent les méprisaient avec eux. L'or et l'argent qui les enrichissaient furent fondus; les idoles de bronze furent envoyées à Constantinople j)our orner les places publiques, et ces statues si célèbres par les fables des (Irccs , et qu'on prétendaient tombées du ciel , perdaient leur prestige , le ciel ne s' intéressant pas à leur conservation.
Quelques-uns des principaux temples furent fermés, d'autres dans lesquels l'immoralité s'était jointe
à la superstition , furent rasés : de ce nombre fut celui d'Aphaque, entre le Libanon et l'Antilibanon , dédié à Vénus-Uranie. Un autre temple , consacré à la même déesse, dans la même province, à Héliopolis , éprouva le même sort. Constantin savait que le culte abominable qu'on y rendait à Vénus , était fort ancien , que le peuple y tenait beaucoup , il écrivit donc aux habitants, pour leur faire sentir tout ce que leurs supertitions avaient d'immoral et de monstrueux , les appela à la connaissance du vrai Dieu , établit un évêque et un clergé nombreux dans cette ville , et y répandit beaucoup d'aumônes ; mais son zèle n'obtint pas les résultats qu'il en attendait , tant est vrai que les hommes abandonnés aux passions désordonnées , ne sont pas disposés à recevoir les graves et sévères vérités de l'Evangile. Le temple d'Egée en Cilicie, dédié à Esculape, fut aussi abattu. Mais ce qui attira surtout l'attention de l'empereur, ce fut le culte rendu à Apollon , sous le nom de Sérapis , à Alexandrie. Les prêtres étaient des êtres fort dépravés et devaient l'être pour répondre à leur institution , ils avaient oublié jusqu'à la pudeur de leur sexe. Constantin fit transporter à l'église d'Alexandrie la mesure qui servait à mesurer la hauteur des eaux du Nil ; cette mesure était religieusement gardée au temple de Sérapis. Toute l'Egypte païenne poussa des cris d'alarmes et s'attendit à voir le Dieu se venger de l'outrage fait à son honneur;
mais cette vengeance , ou plutôt celte défaite de l'idolâtrie , consista en ce que , plusieurs années de suite, l'inondation du Nil fut plus forte qu'auparavant, et par conséquent la fertilité plus grande.
Eutropie , veuve de l'empereur Maximien-Hercule et mère de l'infortunée Fausta , ayant embrassé le christianisme , visita la Palestine , d'où elle écrivit à Constantin qu'elle avait vu près d'Hébron , à quelques lieues de Jérusalem , un lieu appelé le Térébinthe y nommé aussi le chêne de Mamré , qu'on prétendait être celui sous lequel le Fils de Dieu , accompagné de deux anges, avait apparu à Abraham. Ce lieu était un célèbre pèlerinage , on y tenait une foire à laquelle accouraient chrétiens , juifs et païens de la Palestine, de l'Arabie, de la Phénicie et des autres contrées avoisinantes. Chaque peuple y célébrait son culte à sa manière ; les anges de l'Ecriture y étaient représentés sur les mêmes tableaux avec les dieux de la fable , Abraham avec Moïse et Jupiter ; on y immolait des sacrifices ; le puits d'Abraham était garni de lampes , do guirlandes ; on y jetait du vin , des gâteaux , des pièces de monnaie, on y brûlait des parfums. Constantin fit brûler chêne et images , et détruire tout ce qui rappelait ce culte superstitieux ; mais le peuple continua néanmoins à se livrer à des abus, jusqu'au cinquième siècle où se perdit enfin le souvenir de cette abomination.
Constantin avait déjà remporté une victoire écla-
lanto sur los (iolhs , en 323 ; ses peuples se conlinreni pendant (juelques années , lorsqu'ils attaquèrent les Sarmates, qui paraissaient s'être mis sous la protection des Romains. L'empereur envoya contre eux une armée commandée par son fils aîné, Constantin-Je-Jeune, qui les battit, et leur fit éprouver une perte de près de cent mille hommes, moissonnés en partie par le glaive , par la famine et le froid. Les Goths demandèrent la paix , mais furent obligés de donner des otages , parmi lesquels se trouvait le fils de leur roi Ariarich ; Constantin leur retira aussi le tribut annuel que les empereurs ses prédécesseurs avaient payé à cette nation guerrière.
Mais bientôt après , les Golhs attaquèrent de nouveau les Sarmates , qui , après une défaite , armèrent leurs esclaves et les envoyèrent contre eux : mais ces derniers eurent l'infamie de tourner les armes contre leurs maîtres. Près de trois cent mille personnes de tout âge et de tout sexe quittèrent alors leur patrie , et se réfugièrent sur les terres de l'empire oii elles trouvèrent asile et protection. Constantin incorpora à ses légions toute leur jeunesse capable de porter les armes , et la partagea dans la ïhrace, la Scytliie, la Macédoine et l'Illyrie. Par ses victoires et la gloire dont jouissait alors l'empire romain , Constantin avait rendu son nom redoutable au-dehors ; les Blemmyres , peuple presqu'encore fabuleux du temps de Pline , et qui habitait les rives
de la mer Rouge , les Ethiopiens et les Indiens lui envoyèrent des ambassadeurs avec de riches présents que ce prince gdmit et qu'il combla de dons plus mafinifiques en les congédiant. Cette déférence des princes étrangers envers un monarque qui avait fait de si grandes choses , n'enfla point d'un vain orgueil le cœur de Constantin , qui, de son côté, savait aussi apprécier le vrai mérite. Lorsqu'il eut entendu parler pour la première fois desaint Antoine, qui, au fond de la Thébaide , faisait des miracles et étonnait le monde par l'éclat de ses vertus, il lui écrivit une lettre touchante et ordonna à ses fils d'en faire autant. Antoine montra ces lettres aux religieux qui s'étaient placés sous sa direction. Ceux-ci témoignant leur surprise de ce qu'un aussi grand monarque daignait écrire à un moine, Antoine leur répondit : — (f i\'^ vous étonnez pas tant de ce qu'un empereur nous ait écrit, il est mortel comme nous tous; étonnez-vous plutôt de ce que Dieu ait daigné nous parler par son Fils, et qu'il nous ait donné par écrit sa sainte loi. » Comme il hésitait s'il répondrait cà ces lettres , ne sachant ce qu'il fallait leur écrire , ses religieux lui firent observer que ce silence pourrait être mal interprété et passer pour une marque do mépris; il se résolut ù faire une réponse , dans laquelle il dit à l'empereur et à ses fils de ne pas tro; estimer les choses périssables et temporelles , d s'occuper de leurs destinées futures et de se rappc
!ci sans cesse que Jésus-Christ est le seul vrai roi, ot qu'il fallait se rendi-e le Seigneur propice par des œuvres de charité, de justice et des aumônes. »
Cette lettre produisit une vive impression sur l'empereur et ses fils , qui offrirent aux pieux solitaires des secours de toute espèce ; mais Antoine refusa tout , étant plus riche dans sa pauvreté que les prinpes au sein de l'opulence.
Le dernier jour de l'an 335, mourut le pape saint Sylvestre, qui avait tenu la chaire de Saint-Pierre pendant l'espace de vingt-deux ans. Le 18 janvier 336, fut élu pour lui succéder Marc , qui mourut le 7 octobre suivant : nous ne savons rien de lui , si ce n'est que l'Eglise l'inscrivit au nombre des saints comme tous ses prédécesseurs. Le siège pontical resta vacant pendant quatre mois moins un jour , et le 6 février 337, saint Jules fut élu.
Comme Constantin allait célébrer le trentième anniversaire de son avènement au trône , il choisit ce moment pour procéder au partage de l'empire entre ses trois fils qu'il avait déjà nommés Césars , et leur associer ses deux neveux , fils de son frère Delmace ; Delmace-le-Jeune et Anniballien.
Constantin-le-Jeune , son fils aîné, reçut les Gaules, l'Espagne et la Grande-Bretagne; Constance, l'Asie, la Syrie et l'Egypte; Constant, l'Italie , l'Illyxie et l'Afrique ; Delmace reçut la Trace , la Macc-
doine et l'Achaie , Anniballicn fut nommé roi du Pont, de la Cappadoce et de ia Petite- Arménie.
Un certain Calokère, qui avait l'intendance des chameaux, se souleva contre l'autorité du puissant empereur dans l'île de Chypre , qu'il soumit et oii il se fit proclamer empereur; Delmace marcha contre lui , le vainquit , le fit prisonnier et le conduisit à Tarse en Silicie où il le fit brûler vif.
Saint Alexandre , évêque de Constantinople, mourut à l'âge de quatre-vingt-dix-huit ans , après un épiscopat de vingt-trois ans. Sur le point de mourir , il fit assembler les prêtres de son église pour leur recommander l'attachement à la foi catholique : ceuxci le prièrent de désigner celui d'entre eux qui devrait lui succéder :
« Si vous voulez un homme d'une vie exemplaire et capable d'instruire le peuple dans la saine doctrine , prenez Paul. Si au contraire vous regardez l'I'.abileté dans les affaires extérieures et le commerce avec les grands , prenez Macédonius. »
Paul , dont il est ici question , était originaire de Thessalonique , jeune encore , d'une prudence consommée. Il avait déjà été exilé par Constantin à cause de son aversion pour l'arianisme : Macédonius au contraire était déjà avancé en âge et diacre depuis long-temps. 'J'ant que saint Alexandre vécut , la foi caiholiciue triompha à Constantinople, mais à sa mort l'arianisme prit le dessus. Les arious se crurent asscï
forts pour imposer à celle éj^lise un évêchc de leur choix et favorisèrent réleclion de Macédonius ; mais les catholiques l'emportèrent , et Paul fut élu et sacré à l'église de la Paix. Macédonius fit d'abord de l'opposition , mais il se rangea bientôt sous la bannière de Paul qui l'ordonna prêtre. Comme cette élection s'était faite pendant l'absence de Constantin, il en fut irrité , et prétendant que Paul était indigne de l'épiscopat , il fit assembler un concile composé d'évéques de la faction arienne , qui fit déposer le vertueux Paul et élut à sa place Eusèbe, de JNicomédie, qui de cette manière aurait été transféré pour la seconde fois à un autre siège , ce qui était tout-àfait contre les règles de l'Eglise. Cependant Constantin ne consentit pas à cette translation et se contenta d'envoyer Paul en exil dans le Pont ; depuis ce moment l'arianisme marcha tête levée dansla capitale de l'empire. — Ce Macédonius, piqué de n'avoir pas été élevé sur le siège de la capitale de l'empire , va , comme Arius , susciter de nouveaux troubles dans l'Eglise, et après être en effet monté sur le siège, en 341 , produire une nouvelle hérésie , soutenant que le Saint-Esprit n'était pas Dieu , pour attirer ensuite sur sa tête les anathèmesde l'Eglise, la disgrâce de l'empereur Constance et périr misérablement.
Cependant la paix que Narsès, roi des Perses, avait faite quarante ans auparavant subsistait encore, lorsque Sapor II, jeune prince belliqueux, entreprit de reconquérir les provinces que la Perse avait été obligée de céder aux Romains. A cette nouvelle , ('onstaniin réunit une nombreuse armée pour marcher contre eux; mais Sapor, n'osant braver l'attaque des soldats impériaux , envoya des ambassadeurs qui doinandèrent la continuation de la paix ,
ce que l'empereur leur accorda ; mais elle fut cependant rompue l'année suivante, sous Constance.
Quoique Constantin eût commencé le 27 février 337 sa soixante-troisième année, quoiqu'il se fût constamment occupé des affaires de l'administration, quoiquil eût essuyé dans le cours de sa carrière des chagrins mortels, il continua à jouir d'une excellente santé , bienfait qu'il devait à sa frugalité et à son éloignement de toute espèce de débauche. Il avait même conservé les grâces de son extérieur et toutes ses forces, montrant la même vigueur dans les exercices militaires auxquels il se livrait, montant à cheval avec la même facilité qu'il avait fait paraître dans sa jeunesse , marchant à pied, lançant le javelot.
Constantin avait la louable habitude de passer dans les exercices de piété les jours consacrés par l'Eglise à la célébration des Mystères de notre rédemption. Il avait coutume de faire allumer la nuit de Pâques des flambeaux dans les rues des villes où il se trouvait et de faire distribuer le lendemain de fortes aumônes aux pauvres. Il passa donc la nuit sainte en prières avec les fidèles, louant Dieu et s'occupant do l'affaire de son salut. Sa santé paraissait excellente. Quelques jours après il prononça une oraison funèbre sur l'immortalité de l'âme et sur l'état des bons et des méchants dans un autre monde, «lomme l'église des Apôtres, où il voulut être enterre , était achevée, il ordonna qu'on en fît !a dédi-
cace. Peu de jours après les ietes de Pâques , il se sentit légèrement indisposé ; mais cette indisposition prit tout à coup un caractère alarmant. Les médecins lui conseillèrent d aller prendre des bains chauds près d'Hélénopolis. Il s'y fit transporter , mais n'y trouva aucun soulagement. Il entra dans cette ville , qui lui rappelait les souvenirs de sa mère : il entra dans l'église de saint Lucien, oîi il pria long- temps avec une grande dévotion. Il avait alors le pressentiment de sa fin prochaine. II demanda le Baptême, qu'il avait différé à recevoir, abus déplorable contre lequel se sont élevés souvent les conciles ainsi que les Pères de l'Eglise. Il reconnut sa faute, se prosterna à terre , confessa ses péchés, en demanda avec larmes pardon à Dieu , et reçut la première imposition des mains, c'est-à-dire fut admis au rang des catéchumènes.
Il se fit ensuite transporter au château d'Achyron, qui appartenait au domaine impérial , fit appeler Eusébe , de Nicomédie, et quelques autres évoques, auxquels il dit :
« Il est arrivé le jour heureux après lequel mon cœur soupirait depuis si long-tem|)s. Je vais recevoir le sceau de l'immortalité. Je désirais toujours laver mes péchés dans les eaux du Jourdain , où notre Sauveur reçut lui-même le bapténje pour nous montrer l'exemple. Dieu , qui sait mieux que nous ce qui nous est utile , me retient ici pour me faire cette
faveur. S'il permet que je passe encore quelque temps sur la terre , je suis résolu de me joindre à tous les fidèles dans les assemblées de l'Eglise, et de me prescrire, pour la conduite de ma vie, des règles qui seront dignes d'un enfant de Dieu. »
Après avoir achevé ces paroles, il fut baptisé par Easèbe, de Nicomédie, en présence des autres évêques et de toutes les personnes qui l'avaient accompagné. Sa joie éclata sur sa figure , lorsqu'il fut régénéré par le baptême; il se sentit comme éclairé d'une lumière céleste. On le revêtit alors d'une tunique blanche , telle qu'en portaient les nouveaux baptisés, et on le coucha sur un lit blanc. Il ne voulut plus toucher à la pourpre. Il bénit Dieu à haute voix de la grâce qu'il venait de lui faire, et dit : « Maintenant je me trouve véritablement heureux , vraiment digne d'une vie immortelle, participant à la lumière divine. Quel malheur d'être privé de tels biens ! »
Comme les capitaines étaient entrés dans sa chambre et lui témoignaient, en pleurant, leur douleur de la perte qu'ils allaient faire, priant en même temps Dieu de prolonger ses jours , il leur dit : — « Ne me plaignez pas, mes amis; car c'est maintenant que je vais entrer dans la véritable vie; je connais les biens que je viens d'acquérir et ceux qui me sont encore réservés: j'ai hâte d'aller à Dieu. »
Il est peu de faits historiques qui reposent sur des témoignages aussi authentiques que le baptême de
Constantin près de Nicomédie, peu avant sa mort. Eusèbe, auteur contemporain , Théodoret , Socrate , Sozomène attestent tous la même chose ; les Pères du concile de Rimini parlèrent de ce fait ainsi rapporté, vingt-deux ans après la mort de Constantin. Saint Ambroise et saint Jérôme le confirment de même. Prétendre qu'Eusèbe a inventé ce trait pour faire accroire au monde que Constantin , en se faisant baptiser par un évoque de la faction arienne , soit devenu arien lui-même, est une chose insoutenable; d'ailleurs ce n'est point d'Eusèbe, historien, mais de saint Jérôme que la postérité a appris que l'évêque de Nicomédie conféra le baptême à Constantin. Par là tombent ces prétentions du baptême administré à ce prince par le pape saint Sylvestre l'an 324 , ainsi que de la guérison de la lèpre , faits que l'antiquité n'auraient certainement pas ignorés s'ils eussent été réels.
Après avoir reçu la grâce du baptême , Constantin ne s'occupa plus des affaires de ce monde qu'autant que l'exigeait le bonheur de ses enfants et celui de l'empire. 11 légua aux deux villes do Rome et de Constantinople des sommes considérables pour distribuer chaque année des largesses au peuple en son nom. Il conlirma par testament le partage qu'il avait fait de ses états entre ses fils et ses neveux , et le remit entre les mains de ce même prêtre arien qui fut cause du rappel d'Arius , en lui faisant promettre Constanlin-k-iirand. 1 5
par serment de no le donner qu'à son fils Constance. Les soldats furent de même obligés de jurer de ne rien entreprendre contre l'Eglise et les jeunes princes ses enfants. Philostorge, arien et ennemi juré des catholiques, prétend que Constantin remit son testament à Eusèbe , de Nicomédie , et qu'il y recommanda à ses fils de venger sa mort , parce qu'il avait été empoisonné par ses frères ; que ces derniers ayant demandé à le voir , Eusèbe le replaça dans les mains du prince défunt, pour pouvoir dire qu'il l'avait rendu à Constantin. Si on admet, avec Gibbon (1), que ce testament a été fabriqué , à'Nicomédie , par Eusèbe, auquel on attribue quelque part dans l'assassinat des frères innocents , la chose acquiert quelque degré de vraisemblance. La partialité du parti arien dans l'exposition des faits relatifs aux derniers momentsde Constantin est portée au point de passer sous silence le rappel de saint Athanase et son retour à Alexandrie, que le monarque ordonna avant d'expirer pour calmer le remords de sa conscience. Athanase, quoique si vivement blessé par l'injustice qu'on lui avait faite, pardonna généreusement au monarque et l'excusa même, disant que Constan-
(i) History of llie décline and fall of llie Roman Kmpii" li\ Edward Gibbon
tin n'en agit ainsi à son égard que pour le soustraire à la fureur de ses ennemis. Ainsi se vengent les Saints.
Constantin mourut le vingt-deuxième de mai , jour de la Pentecôte, à l'heure de midi , sous le consulat de Félicien et de Titien, après un règne de trente ans , et à l'âge de soixante- trois ans deux mois et vingt-cinq jours.
L'histoire, impartiale, tout en reconnaissant les grandes qualités de Constantin, ne peut s'empêcher de gémir sur l'indifférence qu'il affecta de ne recevoir le baptême qu'à la fin de ses jours. Cette réflexion acquiert d'autant plus de poids et remplit l'âme d'un sentiment de tristesse d'autant plus profonde , qu'on connaît son zèle pour la religion et que les faits parlent mieux ici que tous nos raisonnements. Elle lui reproche aussi d'avoir pris une part si grande à décider des points de la doctrine; lui qui n'était pas même encore au nombre des catéchumènes , n'appartenait par conséquent pas encore à l'Eglise, ce qui contraste avec ses prétentions de s'ériger en juge de la foi. En différant la réception du baptême jusqu'à ses derniers moments, il voulut échapper à la pénitence disciplinaire que l'Eglise imposait aux pécheurs pour certaines fautes. On ne peut cependant pas l'excuser d'avoir tant tardé à se faire inscrire parmi les catéchumènes, démarche qui aurait prouvé la sincérité des sentiments qu'il exprimait par tant d'actions éclatantes en faveur du elirisiianisme , mais
qu'il ne crut pas devoir faire par des motifs qui nous sont inconnus.
Saint Jérôme lui fait un reproche d'avoir reçu le baptême des mains d'Eusèbe, de Nicomédie, partisan d'Arius ; mais ce reproche tombe quand on envisage les circonstances qui accompagnent cet événement. Constantin aurait agi contre les canons de l'Eglise en se faisant baptiser par un évêque étranger au diocèse où il se trouvait alors. Saint Jérôme est d'ailleurs le seul des Pères qui ait articulé ce reproche; saint Alhanase, son contemporain , saint Ambroise , saint Augustin , saint Chrisostôme et plusieurs autres s'accordent à dire que Constantin est mort dans la vraie foi et parlent de ce prince comme d'un homme dont la mémoire est chère à l'Eglise catholique. Les Grecs ont inscrit Constantin au catalogue des Saints. Nous pouvons donc espérer qu'il aura trouvé grâce et miséricorde devant le Seigneur ; car nous ne pouvons sonder les abîmes de ses décrets impénétrables , nous devons nous taire et nous confier dans sa justice. Ce prince, qui a eu le courage de confesser Jésus-Christ devant le sénat de Rome , devant tout l'empire , qui interposa son autorité pour arrêter les torrents de sang chrétien répandu avant lui et encore à l'époque où il partageait déjà le pouvoir suprême , aura certes aussi obtenu miséricorde de celui qui a dit dans son Evangile : « Celui qui m'aura confessé devant les hommes, je le con-
fesserai aussi devant mon Père qui est au Ciel (1). »
A peine Constantin fut-il expiré que tout le monde, tant au château d'Achiron que dans la grande ville deNicomédie, où il avait si long-temps séjourné, donna des marques extraordinaires de douleur. Ses gardes déchirèrent leurs habits et se jetèrent à terre en se frappant la poitrine ; ils ne cessèrent de l'appeler leur maître , leur père , leur général, en remplissant les appartements de leurs cris. Les soldats , les centurions , les tribuns présents semblaient vouloir le suivre au tombeau ; ils regardaient la perte qu'ils venaient de faire comme un mal plus grand que la défaite la plus sanglante sur le champ de bataille. A Nicomédie , le deuil fut général ; on eût dit que chacun avait perdu un père , un frère , un ami.
Le corps fut placé dans un cercueil d'or couvert de pourpre , et porté à Constantinople par les soldats de la garde. Ceux qui précédaient et suivaient ce triste convoi gardaient un morne silence. Partout sur son passage les populations accouraient , mêlant leurs larmes et leurs soupirs aux larmes des soldats. Tout Constantinople se porta à la rencontre de ce dépôt précieux , et toute cette immense cité retentit
(i) Sailli Mallhiou, X , 32.
dos accents de la plus profonde tristesse. Tous les ateliers furent fermés. Les chrétiens coururent aux é.jjiises prier pour le repos de l'âme de leur empereur; les païens parurent de même frappésde consternation.
Le corps , orné de la pourpre et du diadème impérial , fut déposé dans la plus belle salle du palais , sur une riche estrade autour de laquelle brillaient un grand nombre de flambeaux sur des chandeliers d'or. Les gardes y veillèrent nuit et jour; les généraux , les fonctionnaires et principaux magistrats s'y rendaient chaque matin , comme s'il eût été encore en vie , pour lui faire leur cour et recevoir ses ordres, et le saluaient en fléchissant le genou devant lui ; ensuite se présentaient les sénateurs, que suivait la foule de tout âge et de tout sexe pour contempler les traits de leur prince chéri : ces cérémonies , marques du deuil le plus profond , continuèrent jusqu'à l'arrivée de Constance , le second de ses fils.
Par les soins des trois tribuns, on expédia aux trois Césars des soldats que Constantin avait surtout affectionnés, pour leur porter la triste nouvelle de la mort de leur père. Ces députés annoncèrent partout sur leur passage la mort de l'empereur aux légions répandues dans les provinces ; et celles-ci , par un mouvement spontané, déclarèrent ne vouloir reconnaître d'autres maîtres que les fils du défunt , qui furent presqu'aussitôt déclarés augustes, dignité que confirma la voix publique de l'empire.
Le premier des fils qui arriva à Cttanlinople l'ut Constance, parce qu'il était nioins)igné de celte capitale que les deux auîres. Il fit per le corps de son père à la magnifique église deaints apôtres, construite par le défunt. II marcha àtêle du convoi funèbre , suivi de l'armée : les gare escortaient le cercueil sur un char; ensuite savant le peuple en l)on ordre, quoique la foule fut innoirable. Comme Constance n'avait pas encore reçu baptême, n'étant encore qu'au rang des catéchuraes , il n'entra pas dans l'Eglise , mais se retira rc les soldats , pendant qu'on célébrait les saints mères.
A l'issue de l'office divin , on désa le corps de (Constantin dans un tombeau de porjre placé sous le vestibule, à l'entrée du temple , qui fit dire à saint Chrysostôme, que ce prince rardait comme un honneur d'être le portier de coêcheurs pour loscjucls il avait fait construire cetteelle basilique. Le sénat et le peuple de Rome pramérent aussi augustes les trois Césars fils de l'empeur , sans faire mention des neveux; cependant Consntin-le-Jeune, Constance et Constant ne prirent k\lrc d'atajusles que le neuvième de septembre suiva.
» Tout l'empire pleura ce grand fnco. Ses conquêtes, ses lois , les superbes édifie dont il avait décoré toutes les provinces , Consntinoplo ellemême, qui tout entière était un moimL'ntina;;nili(iue érigé à sa gloire , lui iivaient allii l'admiralion ;
ses libéralités qn amour pour les peuples luiavaient acquis la tendise. Il aimait la ville de Reims , et c'est à lui , saitloute , plutôt qu'à son fils , qu'on doit attribuer i avoir fait construire des thermes à ses dépens ; l'éle pompeux que porte l'inscription de ces thermes peut convenir qu'au père. Il avait déchargé Trip en Afrique et Nicée en Bythinie de certaines c(ribulions onéreuses auxquelles les empereurs prélents avaient assujetti ces villes depuis plus d'un cle. II avait accepté le titre de stratège ou de préir d'Athènes , dignité devenue, depuis Gallien, sui^ieure à celle d'Archonte ; il y faisait distribuer tou$s ans une grande quantité de blé , et cette largessftait établie à perpétuité.
« Rome se snala entre toutes les villes par l'excès de sa doule. Elle se reprochait d'avoir causé à ce bon prince c déplaisirs amers , et de l'avoir forcé à préférer Bysce. Pénétré de regret , elle se faisait à elle-même ucrime de l'élévation de sa nouvelle rivale. On ferriles bains et les marchés ; on défendit les spectaclet tous divertissements publics. On ne s'enlretenaiiue de la perte qu'on avait faite. Le peuple déclaraiiautement qu'il ne voulait avoir pour empereurs ques enfants deConstantin . Il demandait à grands cris qon lui envoyât le corps de son empereur ; et la doeur augmenta quand on sut qu'il restait à Constitinople. On rendait honneur à ses images, dans lejuelles on le représentait assis au ciel.
L'idolâtrie, toujours bizarre,leplaça au nombre de ces mêmes dieux qu'il avait abattus; et , par un mélange ridicule , plusieurs de ses médailles portent le titre de Dieu avec le monogramme de Christ. Les cabinets des antiquaires en conservent d'autres telles que les décrit Eusèbe : on n'y voit Constantin assis dans un char attelé de quatre chevaux ; il paraît être attiré par une main qui sort des nues.
« L'Eglise lui a rendu des honneurs plus solides. Tandis que les païens en faisaient un dieu , les chrétiens en ont fait un saint. On célébrait sa fête en Orient avec celle d'Hélène , et son office qui est fort ancien chez les Grecs , lui attribue des miracles et des guérisons. On bâtit à Constantinople un monastère, sous le nom de Saint-Constantin. On rendait des honneurs extraordinaires à son tombeau et à sa statue placée sur la colonne de porphyre. Les pères du concile de Chalcédoine crurent honorer Marcien, le plus religieux des princes, en le saluant du nom de Nouveau Constantin. Au neuvième siècle , on récitait à Rome son nom à la messe avec celui de Théodore I" et des autres princes les plus respectés. Il y avait sous son nom en Angleterre plusieurs églises et plusieurs autels. En Calabre est le bourg de Saint-Constantin , à quatre mille du mont Saint-Léon. A Prague en Bohême , on a long-temps honoré sa mémoire, et l'on y conservait de ses reliques. Son culte et celui d'Hélène ont passé jusqu'en Moscovie ; et les nou-
veaux Grecs lui donnent ordinairement le litre d'égal aux apôtres.
« Les défauts de Constantin nous empêchent de souscrire à un éloge aussi hyberbolique. Les spectacles affreux de tant de captifs dévorés par les bêtes , la mort de son fils innocent, celle de sa femme dont la punition trop précipitée prit la couleur de l'injustice, montrent que le. sang des barbares coulait encore dans ses veines ; et que, s'il était bon et clément par caractère , il devenait dur et impitoyable par emportement. Peut-être eut'il de justes raisons à ôter la vie aux deux Licinius ; mais la postérité a droit de condamner les princes qui ne se sont pas mis en peine de se justifier à son tribunal. Il aima l'Eglise; elle lui doit sa liberté et sa splendeur; mais, facile à séduire , il l'affligea lorsqu'il croyait la servir : se fiant trop à ses propres lumières , et se reposant avec trop de crédulité sur la bonne foi des méchants qui l'environnaient, il livra à la persécution des prélats, qui méritaient à plus juste titre d'être comparés aux apôtres. L'exil et la déposition des défenseurs de la foi de Nicée balancent au moins la gloire d'avoir convoqué ce fameux concile.
« Incapable lui-même de dissimulation , il fut trop aisément la dupe des hérétiques et des courtisans. Imitateur de Tite Antonin et de Marc-Aurèle , il aimait ses peuples et voulait en être aimé; mais ce fonds mémo de bonté qui les lui faisait chérir les rendit
malheureux; il ménagea jusqu'à ceux qui les pillaient: prompt et ardent à défendre les abus , lent et froid à les punir ; avide de gloire , et peut-être un peu trop dans les petites choses.
« On lui reproche d'avoir été plus porté à la raillerie qu'il ne convient à un grand prince. Au reste, il fut chaste , pieux, laborieux et infatigable; grand capitaine, heureux dans la guerre, et méritant ses succès par une valeur brillante et par les lumières de son génie ; protégeant les arts et les encourageant par ses bienfaits. Si on le compare avec Auguste , qu'il ruina l'idolâtrie avec les mêmes précautions et la même adresse que l'autre employa à détruire la liberté. Il fonda comme Auguste, un nouvel empire ; mais , moins habile et moins politique , il ne sut pas lui donner la même solidité; il affaiblit le corps de l'état , en y ajoutant , en quelque façon , une seconde lête par la fondation de Consiantinople ; et transportant le centre du mouvement et des forces trop |)rès de l'extrémité orientale , il laissa sans chaleur et presque sans vie les parties de l'occident, qui devinrent bientôt la proie des Barbares.
« Les païens lui ont voulu trop de mal pour lui rendre justice. Eutrope dit que dans la première partie de son règne, il fut comparable aux [)rinccs les plus accomplis, et dans la dernière aux plus médiocres. Le jeune Victor, qui lui donne plus de trente et un ans de règne, prétend que dans l(>s dix- huit
premières ce fut un héros, dans les douzestiivantes un ravisseur, et dans les dix dernières un dissipateur. Il est aisé de sentir que de ces deux reproches de Victor, l'un porte sur les richesses que Constantin enleva à l'idolâtrie , et l'autre sur celles dont il combla l'Eîîlise.
« Outre ses trois fils, il laissa deux filles ; Constantine , mariée d'abord à Annibalien , roi de Pont, ensuite à Gallus ; et Hélène , qui fut l'épouse de Julien. <^elques-uns en ajoutent une troisième , qu'ils nomment Constantie ; ils disent , qu'ayant fait bâtir à Rome l'église et le monastère de Sainte-Agnès , elle s'y renferma après avoir fait vœu de virginité ; cette opinion ne porte sur aucun fondement solide (1).»
(i) Le Beau , Histoire du Bas-Empire , L. V.
La. mort de Constantin fut un événement d'autant plus fâcheux, qu'il faisait naître de vives inquiétudes dans les esprits capables de juger sainement de l'état des choses. Les chrétiens tremblaient pour leur foi ; car, quoique le christianisme fût alors la religion dominante de l'empire , le paganisme n'était cependant pas encore tout-à-fait abattu et pouvait se relever de la défaite qu'il avait subie sous l'empereur défunt ; l'arianisme paraissait assez rassuré, pouvant toujours, par ses arliHces , se rattacher à la religion
catholique, cl se soutenir par l'appui de Constance qui lui était dévoué. Cette inquiétude qui préoccupait les esprits, acquérait un caractère plus alarmant encore, quand on rapprochait le caractère particulier de chacun des trois princes appelés à régner. Quoique Constantin leur eût fait donner une trèsbonne éducation , leur conduite n'avait cependant pas répondu tout-à-fait à l'attente du public. Constantin , l'aîné , était le seul qui promît de marcher un jour, si non en tout, du moins en partie, sur les traces de son père; il avait un bon cœur, montrait du courage dans les batailles; mais on remarquait en lui beaucoup d'ambition , un caractère fougueux qui lui faisait souvent commettre des imprudences. Constant, le troisième, paraissait dominé par son penchant pour les plaisirs du monde, trahissant une âme noble que subjugueraient facilement ceux d'entre les courtisans qui , flattant ses caprices , exerceraient , par là même , un grand ascendant sur lui , il se berçait déjà des illusions de devenir un jour un guerrier distingué , parce qu'il était habile à dompter les coursiers les plus fougueux , à manier la lance , à tirer de l'arc , à lancer le javelot. D'ailleurs Constantin, l'aîné, venait à peine d'atteindre sa vingtième année ; cette jeunesse , cette inexpérience dans les affaires, pouvaient devenir dangereuse pour le repos des peuples et le bien de l'empire.
Quoique le testament de Constantin lût explicite et
appelât à gouverner deux neveux avec les trois fils , l'armée en jugea autrement. Lorsque, dans un empire, la succession au trône dépend de l'arbitraire du testateur, et que les soldats s'arrogent le droit de disposer du diadème comme bon leur semble, la vie de ceux qui ont des prétentions au pouvoir suprême est bien exposée, dès qu'ils ne plaisent pas à cette soldatesque; et c'est ce qui eut lieu à la mort de Constantin. L'armée avait partout témoigné une si profonde douleur de la perte de son empereur ; mais, au lieu de respecter ses dernières volontés, elle se souleva contre ses ordres, et, dans un mouvement de fureur inconcevable , les soldats massacrèrent le jeune Delmace, aimable jeune homme, et doué des plus belles qualités. Annibalien, roi du Pont, succomba sous la même rage, ainsi que les deux frères de l'empereur défunt , Jules Constance et Annibalien; Delmace, son autre frère, le Censeur, était déjà mort. On égorgea encore cinq autres neveux du monarque ; on n'épargna que Gallus , qui était attaqué d'une maladie mortelle, et Julien l'Apostat , qui n'avait alors que six ans. Marc , évoque d'Arélhuse , cacha ce dernier sous l'autel même de son église, sans cela il aurait probablement succombé oussi; et, malgré ce service, rendu par un évoque chrétien, Julien devint plus tard le persécuteur de celte même religion , qui lui avait sauvé la vie ! ! ! Les liisioriens sont [)arlagés sur les auteur» de
ces lâches assassinats. Quelques-uns en accusent Constance , second fils de Constantin ; d'autres disent que s'il ne les ordonna pas directement, du moins il ne s'y opposa pas ; saint Grégoire de Naziance les attribuent aux soldats , qui croyaient honorer par ces atrocités la mémoire de leur ancien empereur, et lui donner une dernière preuve d'attachement , en refusant d'obéir à d'autres qu'à ses enfants. Julien l'Apostat rapporte que Constantin se repentit plus tard de ces crimes, et qu'il les regarda comme la cause de son peu de succès dans la guerre contre les Perses , ainsi que de la stérilité de ses femmes.'
Mais les soldats,' qui s'étaient permis de faire une fois la loi à leurs princes, ne s'en tinrent pas là. Ils égorgèrent les principaux conseillers de Constantin , et portèrent la barbarie jusqu'à les priver de sépulture : de ce nombre furent Optât , patricien , personnage célèbre, qui avait été consul en 334, et Ablave, préfet du prétoire, dont la fille était fiancée à Constant, et qui épousa plus tard Arsace, roi d'Arménie. Ablave était sorti des derniers rangs du peuple, et nourrissait des vues fort ambitieuses ; il se croyait digne de monter sur le trône , et c'est ce qui le perdit. Ayant été privé de sa charge, il se retira en Bythinie , où il fut massacré par les soldats qui lui avaient présenté la pourpre et l'avaient proclamé Auguste. Il fut remplacé par un eunuque, nommé Eusèbe, tout dévoué à la faction arienne, et qui
prit un tel ascendant sur l'esprit de Constance, qu'il gouverna en quelque sorte l'empire à la place de son maître. Ammien Marcellin le dépeint comme un homme ambitieux , avare, fourbe et cruel. Il remplit le palais d'eunuques , et c'est de lui que date la puissance des eunuques dans les palais des empereurs d'Orient.
Par la mort de Delmace et d'Annibalien, la Thrace, la Macédoine et l'Achaïe, la Petite-Arménie, le Pont et la Cappadoce, qui constituaient les états de ces deux princes, rentraient dans l'empire. Les trois empereurs se réunirent, en 338, à Syrmium, en Pannonie, à la fin de juillet ou au commencement d'août, pour procéder à un nouveau partage des vasles provinces.
Constance obtint tout ce que Annibalien avait possédé ; de sorte qu'il fut maître de toute l'Asie et de l'Egypte, auxquelles furent ajoutées la Thrace et Constantinople ; Constant joignit à ses états la Macédoine et la Grèce ; mais Constantin fut le moins bien partagé; aux états de la Grande-Bretagne, des Gaules et de l'Espagne, dont dépendait la Mauritanie Tingitanc , il ne réunit que des prétentions sur l'Afrique, dont Constant ne lui cédait qu'une partie en lui contestant l'autre; ce qui donna lieu à une division qui devint funeste à l'un d'eux.
Dans cette entrevue des trois frères, il fut aussi question du retour à leurs sièges des évèques exilés
par Constantin. Déjà, avant son départ de Trêves» le jeune Constantin avait envoyé une lettre, datée du 17 juin , au peuple d'Alexandrie, dans laquelle il fait l'éloge de saint Athanase , dont il vante les vertus et surtout la fermeté d'âme avez laquelle ce digne prélat avait soutenu le poids de sa disgrâce non méritée. — « Puisque, ajoutait-il, mon père avait formé le pieux projet de vous rendre votre évêque, et que la mort l'a empêché de l'exécuter, j'ai cru qu'il était du devoir de son successeur de remplir ses intentions. »
Comme la ville d'Alexandrie était comprise dans les états de Constance , Constantin se fit seconder, pour celte affaire, par son frère Constant, pour triompher de la répugnance que montra le premier à consentir au retour d' Athanase dans sa ville épiscopale. On croit que ce prélat avait accompagné à Syrmium son généreux libérateur, et qu'il fut présenté à Constance, qui consentit enfin à son départ pour l'Egypte.
A son passage par Constantinople, Athanase alla voir le saint évêque Paul , qui venait de même d'être rendu à son Eglise et à son troupeau. Il y trouva Macédonius , qui était alors admis à la communion de l'Eglise , et qui exerçait des fonctions sacerdotales. Athanase profita de ses entretiens avec Paul pour relever son courage et lui inspirer le plus tendre attachement à la foi catholique , dont ce prélat était déjà un des plus fermes soutiens.
Athanase traversa la Syrie pour se rendre en Egypte. Son passage ressemblait à un triomphe : non-seulement le peuple, mais les fonctionnaires publics rivalisaient de zèle pour lui donner des marques de vénération et d'amour. La joie la plus vive éclata surtout à Alexandrie , lorsqu'il arriva dans les murs de cette ville. Les évéques égyptiens , qui avaient autrefois pris avec tant d'énergie sa défense au concile de Tyr , accoururent pour le féliciter; parce qu'ils voyaient en lui le triomphe de la foi catholique et de la véritable Eglise de Jésus-Christ. On avait une si haute opinion de ce grand homme , que saint Grégoire de Naziance ne craignit point de dire dans son panégyrique : — « En louant Athanase, c'est la vertu même que je loue. N'est-ce pas , en effet , louer la vertu , que de faire l'éloge de celui qui réunissait toutes les vertus dans sa personne? Il était d'une humilité si profonde , que personne ne portait cette vertu plus loin que lui. Doux et afFable , il n'y avait personne qui n'eût auprès de lui un accès facile. Il joignait à une bonté inaltérable une tendre compassion pour les malheureux. Ses discours avaient je ne sais quoi d'aimable, qui captivait tous les cœurs; mais ils faisaient encore moins d'impression que sa manière de vivre. Ses réprimandes étaient sans amertume, et ses louanges seivaient de leçon ; il savait si bien mesurer les unes et les autres, qu'il ro[)ionait avec la tendresse d'un père, cl louait
avec la gravité d'un maître. Il était tout à la fois indulf^ent sans faiblesse et ferme sans dureté. Tous lisaient leur devoir dans sa conduite; et, quand il parlait, ses discours produisaient tant d'effet, qu'il n'était presque jamais obligé d'employer les voies de rigueur. Les personnes de tout état trouvaient en lui de quoi admirer et de quoi imiter. Il était fervent et assidu à la prière, austère dans les jeûnes , infatigable dans les veilles et dans le chant des psaumes, plein de charité pour les pauvres , condescendant pour les humbles, intrépide lorsqu'il s'agissait de s'opposer aux injustices des grands Il fut la colonne de l'Eglise; il devint, par sa conduite, le modèle des évêques. On n'était orthodoxe qu'autant que l'on professait la même doctrine que lui.... Il termina sa vie dans un âge fort avancé, pour aller se réunir à ses pères , aux patriarches , aux prophètes , aux apôtres, aux martyrs, à l'exemple desquels il avait généreusement combattu pour la vérité. Je dirai , pour renfermer son épitaphe en peu de mots , qu'il sortit de cette vie mortelle avec beaucoup plus d'honneur et de gloire qu'il n'en avait reçu à Alexandrie , lorsque , après ses différents exils , il y rentra de la manière la plus triomphante. Qui ne sait , en effet, que tous les gens de bien pleurèrent amèrement sa mort, et que la mémoire de son nom est
restée profondément gravée dans leurs cœurs?
Puissc-t-il , du haut du Ciel , abaisser sur moi ses
regards , me favoriser , m'assister dans le gouvernement de mon troupeau , conserver dans mon Eglise le dépôt de la vraie foi! Et si, pour les péchés du monde , nous devons éprouver les ravages de l'hérésie , puisse-t-il nous délivrer de ces maux , et nous obtenir, par son intercession , la grâce de jouir avec lui de la vue de Dieu (1) ! »
Un auteur moderne s'est chargé de compléter cet éloge, et fait de ce prélat le portrait suivant 2) :
« Athanase était le plus grand homme de son siècle ; et peut-être , qu'à tout prendre , l'Eglise n'en a jamais eu de plus grand. Dieu, qui le destinait à combattre la plus terrible des hérésies, armée tout à la fois des subtilités de la dialectique et de la puissance des empereurs, avaient mis en lui tous les dons de la nature et de la grâce, qui pouvaient le rendre propre à remplir cette haute destination.
» Il avait l'esprit juste, vif et pénétrant; le cœur généreux et désintéressé ; un courage de sang-froid ; et , pour ainsi dire , un héroïsme uni, toujours égal, sans impétuosité ni saillies ; une foi vive , une charité sans bornes, une humilité profonde, un christianisme mille, snnpie et noble comme l'Evangile;
(i) s. Grog. Naz. oral. I.
(2) L'abbi i!u la Ulctlcnc , llisl. do Jovieii , T. I , p. i28.
une éloquence naturelle, armée de traits perçants, forte de choses, allant droit au but, et d'une précision rare dans les Grecs de ce temps-là. L'austérité de sa vie rendait la vertu respectable; sa douceur dans le commerce la faisait aimer. Le calme et la sérénité de son âme se peignaient sur son visage. Quoiqu'il ne fût pas d'une taille avantageuse , son extérieur avait quelque chose de majestueux et de frappant. Il n'ignorait pas les sciences profanes; mais il évitait d'en faire parade. Habile dans la lettre des Ecritures, il en possédait l'esprit. Jamais ni Grecs ni Romains n'aimèrent autant la patrie qu'Athanase aima l'Eglise, dont les intérêts furent toujours inséparables des siens.
« Une longue expérience l'avait rompu aux affaires ecclésiastiques. L'adversité qui étend et raffine le génie, lorsqu'elle ne l'écrase pas, lui avait donné un coup d'oeil admirable pour apercevoir les ressources mêmes humaines , quand tout paraissait désespéré. Menacé de l'exil lorsqu'il était dans son siège, et de la mort lorsqu'il était en exil, il lutta près de cinquante ans contre une ligue d'hommes subtils en raisonnement, profonds en intrigues, courtisans déliés , maîtres du prince , arbitres de la faveur et de la disgrâce , calomniateurs infatigables , barbares persécuteurs. Il les déconcerta , les confondit , et leur échappa toujours , sans leur donner la consolation de lui voir faire une seule fausse
démarche; il les fit trembler , lors même qu'il (ïiyail devant eux, et qu'il était enseveli tout vivant dans le tombeau de son père. 11 lisait dans les cœurs ei dans l'avenir. Quelques catholiques étaient persuadés que Dieu lui révélait les desseins de ses ennemis : les ariens l'accusaient de magie, et les païens prétendaient qu'il était versé dans la science des augures, et qu'il entendait le langage des oiseaux ; tant il est vrai que sa prudence était une espèce de devination. Personne ne discerna mieux que lui les moments de se produire ou de se cacher ; ceux de la parole ou du silence, de l'action ou du repos. Il sut fixer l'inconstance du peuple (des alexandrins c'est tout dire) , iiouver une nouvelle patrie dans les lieux de son exil, et le même crédit à l'extrémité des (inules , dans la ville de Trêves, qu'en Egypte et dans le sein même d'Alexandrie,' entretenir des correspondances , ménager des protections, lier entre eux les orthodoxes, encourager les plus timides , d'un ami faible ne se faire jamais un ennemi; excuser les faiblesses avec une charité et une bonté d'âme qui font sentir que , s'il condanuiait les voies de rigueur en matière de religion, c'était moins par intérêt que par principes et par caractère. Julien , qui ne persécutait pas les autres évêques , du moins ouvertement , regardait comme un coup d'état de lui ôtcr la vie, croyant que la destinée du christianisme était attachée à' celle d'Athanasc. » Cette honorable distinction semblait
avoir mis le comble à la gloire de ce saint évêque (1). Et c'est cependant contre cet homme que les ariens décochèrent les principaux traits de leurs infâmes calomnies.
L'influence dont jouissait Eusèbe de Nicomédie auprès de Constance qui régnait dans l'Orient , se fit bientôt sentir après le retour d'Athanase. Marcel , évêque d'Ancyre , qui avait aussi été banni par Constantin , ne put gouverner en paix son Eglise parce que l'évêque intrus, arien, nommé Basyle, lui suscita chaque jour de nouveaux embarras , ce qui l'obligea , pour échapper à la persécution , de se réfugier,à Rome auprès du pape.
Mais entre tous les prélats contre lesquels Eusèbe se déchaîna avec le plus de violence , l'histoire cite particulièrement saint Paul de Constantinople , celuilà même que la faction arienne avait déjà dépouillé une fois de son siège. Il est probable qu'on renouvela, contre ce prélat, les mêmes plaintes qu'avait déjà articulées Macédonius. On aigrit l'esprit de
(i) Saint Athanase a laissé de nombreux ouvrages qui ont été recueillis et publiés, en trois volumes in-folio, par le si-— vantbénédictln de Montfaucon, et dédiés au pape Innocent XH. On y admire une grande facilité, de lélégance, un slyle fleuri et parfaitement adapté aux sujets qu'il a traités. Ces productions sentent parfois la précipitation avec laquelle ils ont été composés; l'auteur n'ayant pas eu le temps d'y mettre la dernière main.
Constance contre lui , au point que ce prince déclara qu'il ne souffrirait pas plus long-tomps qu'un évèque aussi indigne restât sur le siège de la capitale de ses états ; il fit donc assembler un concile d'évêques ariens , qui déposèrent Paul et placèrent sur sa chaire Eusèbe de Nicomédie.
Cette infamie doit être arrivée en 339; car le concile d'Alexandrie , qui fut célébré cette même année , au mois d'août, parle de cette violation des saints canons; d'ailleurs une loi publiée par Constance, à Constantinople, prouve que ce monarque s'esttrouvé cette année-là dans la capitale.
Eusèbe eut l'impudeur de fouler aux pieds les règles de l'Eglise , et de monter sur le troisième siège épiscopal , d'où il précipita un prélat si respectable et innocent de tout ce qu'on lui imputait.
L'air du monde était l'élément de cet èvcquc mondain , qui , semblable à un hélianthe , se tournait sans cesse du côté du trône. La vanité qui l'attira d'aboid à Nicomédio , puis à Constantinople, un orgueil démesuré , joint à un esprit de basses adulations et d'intrigues, une grande dissimulation réunie à un prétendu dévouement à la cause de la religion , de l'habileté dans les affaires et un certain fonds d'instruction , voilà le caractère de cet homme, (jui fit beaucoup de tort à l'Eglise, basée sur la simplicité et sur l'humilité. Lui et les siens fabriquèrent donc tic nouvelles accusations qu'ils combinèrent avec les
anciennes calomnies contre Athanase , dont le retour avait été un coup de foudre pour leur faction. Ils ne rougirent pas d'accuser ce saint prélat d'avoir vendu le blé destiné par l'empereur Constantiii, à l'entretien des vierges consacrées à Dieu , des veuves pauvres et des prêtres , même à l'usage des pains servant à la sainte Eucharistie, dans les contrées de la Libie où le blé ne venait pas. Ils lui reprochèrent aussi d'être retourné à son église , sans y avoir été autorisé par un concile , lui qui avait été banni de son siège par décision d'un concile. Tel était leur respect pour le prétendu concile de Tyr, tandis qu'ils savaient trèsbien que dans celte assemblée ils avaient eux-mêmes foulé aux pieds toutes les règles suivies jusqu'alors, et s'étaient soulevés contre les décrets du concile général de Nicée.
Ce fut en 338, ou au commencement de 339, qu'ils adressèrent , aux trois empereurs , des lettres diffamatoires contre Athanase qui, de son côté , leur écrivit aussi une épîlre pour repousser les calomnies. Constantin et Constant ne se laissèrent pas gagner par ces nouvelles calomnies ; mais Constance parut disposé à accueillir ces reproches , et exhala sa mauvaise humeur contre le prélat le plus distingué de cette époque.
Les eusébiens , soutenus par la protection de ce prince , jetèrent le masque et nommèrent un nouvel évêque pour la ville d'Alexandrie : ce fut un prêtre
de la Maréote , nommé Piste , que Secondus , évêque de Ptolémaïs , dans la Pentapole de Cyrène , crut pouvoir sacrer, quoiqu'il fût lui-même ainsi que Piste sous le poids des anathèmes du concile de Nicée. Ce scandale eut lieu sous les yeux du patriarche légitime, saint Athanase. Ils eurent ensuite le front d'envoyer à Rome un de leurs prêtres, Macaire, et deux diacres, Martyrius et Hesghius, tant pour gagner le pape Jules à leur cause que pour le prévenir contre Athanase, espérant faire sanctionner l'illégitimité de l'élection de Piste par le chef de l'Eglise universelle. Ces trois députés eurentordre d'employer tous les moyens pour induire en erreur le souverain Pontife; Dieu les aveugla au point qu'ils remirent à Jules, comme preuve de la culpabilité d' Athanase, les actes relatant les dépositions des témoins entendus autrefois dans la Maréote dans l'affaire du calice brisé, actes qu'ils avaient cachés soigneusement jusqu'alors , parce que cette pièce était plutôt un témoignage en faveur d'Athanase qu'une preuve contre lui.
Athanase , qui eut connaissance de leurs odieuses menées, envoya aussi quelques-uns de ses prêtres fidèles au Pape. Lorsque Macaire, le député des ariens, apprit qu'Athanaso av;\it aussi ailressé des commissaires à Jules, il fut saisi d'une telle frayeur, et sa crainte d'être confondu par eux fut telle, qu'il se sauva secrètement de Homo pendant la nuii , (pioi-
qu'il fût malade , la veille même du jour où il devait avoir une conférence avec le chef de l'Eglise.
Si les eusébiens avaient connu le pape saint Jules , ils ne se seraient pas adressés à lui ; car il possédait toutes les qualités nécessaires pour déjouer leurs intrigues. Il était prudent, ferme, éclairé, et la recommandation de Piste produisit d'autant moins d'effet sur lui , que le diacre Martyrius fut obligé d'attester luimême la vérité de ce que les députés d'Athanase avaient avancé. Comme les accusateurs avaient prié le Pape de convoquer un concile pour juger cette affaire, Jules consentit à cette demande et écrivit à Athanase de s'y rendre aussi , laissant à son choix le temps et le lieu où cette assemblée devait avoir lieu , ce qui est une preuve convaincante de l'innocence de ce dernier.
L'an 338 mourut Eusèbe, de Césarée, l'homme le plus instruit de son époque , aux écrits desquels l'histoire de l'Eglise est redevable d'une foule de faits curieux. Peu de temps avant sa mort, il publia , en cinq livres , un ouvrage contre Marcel , évêque d'Ancyre, dans lequel il relève plusieurs erreurs de ce prélat avec une violence qui ne convient ni à un vieillard ni à un évêque, lui qui, par respect humain , avait avalé des chameaux pour trouver des mouches dans l'écrit de Marcel , auquel il ne put pardonner d'avoir blâmé la conduite des ariens envers saint Athanase. Cependant il faut avouer que si Eu-
sèbe attaque avec trop de violence quelques expressions échappées à Marcel, il en est d'autres qu'ii a relevées avec raison ; car l'évéque d'Ancyrc a mérité le reproche de favoriser l'hérésie de Sabellius , qui niait la distinction des trois personnes de la Trinité. Plusieurs Pères de l'Eglise lui ont fait le même reproche, et même saint Athanase, son ami, avait crudevoir rompre avec lui.
Dans cet ouvrage d'Eusèbe, on lit plusieurs passages frappants en faveur de la divinité de Jésus- Christ; dans lesquels, sans toutefois les nommer , il combat les ariens; ce qui doit nous réjouir d'autant plus, qu'il le publia vers la fin de sa vie, à l'époque où régnait Constance, si dévoué au parti arien. D'autres passages , au contraire, renferment des expressions équivoques , ce qui s'accorde avec d'autres endroits critiqués à juste titre et qui établissent , ce qu'on lui a si souvent reproché, de l'hésitation dans SCS convictions religieuses. Cette fluctuation de sentiments, son attachement à Eusèbe, de Nicomédic, la part qu'il prit aux faux conciles de Tyr et de Constantinople, ont imprimé à sa mémoire un stigmate que n'effacent pas ses mérites d'ailleurs incontestables.
Il eut pour successeur sur le siège épiscopal Acace, un de ses disciples, héritier de sa belle biblioiliéqiie et homme d'une vaste érudition et de grands lalenls. Nous lui devons, outre la vie d'Eusèbe, son maître,
une exposition du livre de I Ecclésiaste, plusieurs autres expositions des livres de l'Ecriture sainte et divers traites. Aucun de ces ouvrages n'est parvenu jusqu'à nous; mais saint Jérôme, qui les connut, dit y avoir trouvé des choses fort bonnes et utiles , qu'il a démêlées d'avec les erreurs de l'arianisme qu'ils contenaient. Acace avait été surnommé Luscus, parce qu'il était borgne. Il fut déposé au concile de Sardique et eut une grande part au bannissement du pape Libère et à l'intrusion de l'anti-pape Félix, Ses sectateurs , ariens comme lui , eurent le nom d'acaciens (1).
(j) Le concile de Sardique, ville delà I/ace , en Iliyrie, fut accordé par les deux empereurs Constant et constance, à la prière de saint Alhanase, persécuté par les eusébiens , et à l'occasion de la violence qu'ils avaient commise à Alexandrie , lors de l'intrusion de Grégoire, qu'ils placèrent sur le siège de cette ville. Il fut commencé le 22 mai 347. Il sy trouva des évéques d'Espagne, des Gaules, d'Ilalie , d'Afrique, de la Macédoine, de la Palestine, de la Cappadoce, du Pont, elc; en un mot . de trente-cinq provinces, sans compter les Orientaux , qui se retirèrent. Quelques historiens en font monter le nombre jusqu'à trois cents.
Le célèbre Osius de Cordoue fut l'âme de cette assemblée , (li)iis laquelle il fit paraître son zèle pour la justice, dans la force avec laquelle il s'opposa aux ariens. On croit qu'il y présida ; du moins les actes de ce concile font de lui un éloge tnagnitique. Les autres évéques les plus illustres furent Pro—
Le 31 mars 339 , Constance publia une loi qui défendit, sous peine de mort, les mariages entre
togène , de Sardique ; Protsis , de Milan : Sévère , de Ravenne ; Lucille, de Vérone; Véri^sime , de Lyon ; Vincent, de Capoue: Janvier, de Bénévent ; Maximin , de Trêves; Euphralas, de Cologne; Gratus, deCarlhage; saint Atlianase ; Marcel, d'Ancyre ; et Asclépas, de Gaza. Le pape Jules, après s'être excusé auprès du concile de ce qu'il n'y allait pas, envoya à sa place deux prêtres et un diacre. Du côté des Orienlaux , il y eut environ quatre-vingts évêques, presque tous eusébiens ou attachés à ce parti, les uns par passion, les autres par crainte ou par ignorance. Les principaux étaient Théodore, d'Héraclée; Narcisse, de Néroniade; Etienne, d'Anlioche; Acace , de Césarée; Ursace, de Singidon; Valens, de Murce ; Maris, de Chalcédoine, etc.
Saint Alhanase, Marcel, d'Ancyre, et Asclépas, de Gaza, étaient à la tète de ceux qui venaient se plaindre des violences des eusébiens. Il y avait quantité do personnes qui venaient pareillement iiorter les plaintes de leurs parents et de leurs amis, gémissant en exil . ou quelfes eusébiens avaient fait mettre à mort. Les députés de plusieurs Eglises exposaient les maux qu'ils avaient endurés. Les uns montraietit les chaînes dont on les avaient chargés ; d'autres, les blessures qu'ils avaient reçues ; ceux-ci parlaient de la faim qu'on leur avait fait soiiflrir ; ceux-là, des insultes d'une multitude de soldats armés de massues; ceux-là racontaient les menaces (|ue les juges leur faisaient s'ils s'obstinaient h ne pas communiquer avec les ariens : tous en général représentaient les églises incendiées, les vierges mallruilécs cl autres excès semblables Il V en avait qui se i)laignnient aussi de lollrus que Ion sup-
oncles et nièces. La loi romaine avait depuis longtemps proscrit ces sortes de mariages ; et le sénat
posait qu'ils avaient écriles; Thcognis en avait fabriqué plusieurs pour irriter les empereurs contre saint Athanase. Quoique les eusébiens fussent les auteurs de tous ces maux , ils les imputaient à d'autres, disant qu'il était arrivé d'Alexandrie et de Constantinople une foule de gens sans aveu , qui s'étaient livrés à tous ces excès qu'on leur reprochait injustement à eux-mêmes.
Les eusébiens , ayant donc compris que ce concile serait une assemblée purement ecclésiastique, où les comtes et les soldats n'auraient point de place, n y allèrent qu'à regret. Ils reconnurent bientôt qu'ils ne pourraient soutenir ni leur doctrine ni leur conduite dans une assemblée où l'on craignait Dieu beaucoup plus que Constance. Ainsi, dès qu'ils furent arrivés à Sardique , ils logèrent au palais , où ils se tinrent renfermés, ne permettant à aucun d'entre eux d'aller au concile ; mais deux de leurs évèques se dérobèrent à cette violence et se rendire à rassemblée , où ils découvrirent les mauvais desseins dee eusébiens et les menaces qu'ils faisaient h ceux de leurs confrères qui étaient dans de bons sentiments. Les Pères, de leur côté . les pressaient de se présenter et de prouver leurs accusations, ajoulant que c'était se condamner eux-mêmes que de se tenir cachés. Saint Athanase leur faisait les mêmes instances; mais tout fut inutile. Ils déclarèrent qu'ils ne prendraient aucune part au concile , tant qu'on n'en exclurait pas Athanase, Marcel , d'Ancyre , et plusieurs autres; et. pour colorer le prétexte de leur fuite, ils dirent que 1 empereur leur avait mande qu'il venait de remporter une victoire sur les Perses, et qu'ils étaient obll-
fut obIi{jé de la suspendre avant que lenipereur Claude pût épouser Agrippine , fille de son frère. Tillemont a eu tort de traiter ces mariages â^incestes , et de dire qu'ils étaient contraires aux lois de la nature : plusieurs peuples avaient à cet égard différentes lois. La loi divine défend l'union entre neveu
gés de s'en aller aussitôt pour Ven féliciler. Ils parlirenl , en elTel, pendant la nuit , n'essayant de prouver aucun des griefs qu'ils imputaient à Altianase.
Les Pères examinèrent d'abord l'afTaire d'Alluinase, qu'ils déclarèrent inno(;enl. Ils examinèrent ensuite les plaintes contre les eusébiens , qu'ils trouvèrent fondées. La cause de Marcel, d'Ancyre , fut aussi jugée, et il jaillit de cet examen sérieux des preuves de la mauvaise foi de la faction qui remplissait l'Eglise de désordres et de crimes. Cependant le concile ne voulut pas laisser sans les punir les évoques calomniateurs et intriguants; il annula les ordinations do Grégoire et do Hasile ; déposa Arsace, de Césarée; Georges, de Luodi— cée; Ursace , do Singidon; Valons, de Murso ; Théognis , d'Hëraclée : ces trois derniers, qui avaient été les conuiiissaires à la Maréote, les déclara anathématisés , privés de la communion des fidèles et tout-à-fail séparés de l'Eglise. Il écrivit aux empereurs pour les supplier de mettre eu liberté ceux qui gémissaient encore sous l'oppression; de faire eu sorte que les Eglises ne fussent plus infectées de la contagion des ariens. Il écrivit aussi une lettre à tous les évéques de l'Eglise, les priant de s'unir à eux et de souscrire à leur doctrine. Tel fut le vérilable concile de .Sardi(|ue. (Vonc/. DiclicMinaire des Conciles, art. Sardi(|ue. )
et tante; mais non pas entre oncle et nièces. L'Eglise, en proscrivant ces unions , ne les a cependant pas traitées d'incestueuses ; elle les permet même dans certains cas , quand il y a des motifs graves.
Cependant toute l'Eglise catholique de l'Egypte , de la Thébaïde, de la Lybie et de la Pentapole, se réunit à Alexandrie pour prendre la défense de son patriarche si indignement calomnié par la faction des eusébiens. Cent évoques protestèrent contre les imputations des ennemis de ce grand homme et le déclarèrent innocent tout d'une voix , en réfutant victorieusement les attaques de ses adversaires. Environ soixante autres évoques de la province d'Asie , de la Phrygie et de la Cilicie , prirent aussi la défense d'Athanase; telle était à cette époque le zèle pour la défense de la vérité et de l'union entre les pasteurs de l'Eglise, que l'injustice commise envers l'un d'entre eux les touchait tous de si près , qu'ils élevèrent partout une voix généreuse pour la flétrir.
Il paraît que dans le partage des provinces de l'empire , Constantin et Constant , ne purent pas s'entendre au sujet de leurs prétentions sur l'Italie ; Constantin prit donc les armes et partit des Gaules à la tête d'une armée. Il entra en Italie. Constant, qui était dans la Dace , envoya contre lui quelques troupes illyriennes choisies, dans l'intention de suivre bientôt après avec un gros corps d'armée. Ses généraux rencontrèrent les soldats de Constantin dans la
haute Italie. Celui-ci , se berçant d'espérances , qui ne durent , hélas ! pas se réaliser , marchait plutôt en aventurier qu'en empereur, sans prendre les précautions nécessaires dans un pays ennemi. Comme les soldats de Constant connaissaient son imprudence, ils lui présentèrent la bataille , l'attirèrent par une fuite précipitée dans une ambuscade, où il fut entouré de tout côté , son escorte tuée , lui-même jeté à terre et percé de mille coups , auprès d'AquilIée (en 340). Son corps fut jeté d'abord dans une rivière, puis on l'en tira pour le transporter à Constanlinople où il fut inhumé. Le bruit se répandit ensuite qu'il était mort de la peste à Aquilée.
Constant se mit aussitôt en possession de tous les états que lui laissait le défunt et devint ainsi bien plus puissant que Constance, (jui paraît n'avoir élevé aucune prétention sur cet accroissement subit. Julien fait à ce dernier un mérite de sa modération ; mais Constance était alors trop occupé de la guerre contre les Perses qui attiraient ses troupes et son attention en Asie, pour entreprendre quelque chose contre un frère disposant de forces beaucoup plus imposantes que celles qu'il aurait pu lui imposer. Quoiqu'il en soit des motifs de cette modération , les deux frères sauvèrent du moins les ap[)ai cnces , et parurent animés des mêmes sentiments, puisciu'ils publièrent de concert , une loi pour l'aboliiion de l'idolâtrie qu'ils-oroscrivirent sous peine de mort.
L'an 3it , fut signalé par de nouveaux crimes commis par la faction des eusébiens. La belle église , nommée l'E(jlise-d'Or , à Antioche, commencée par lo grand Constantin, dix ans auparavant, venait d'être achevée , et Constance résolut d'en faire la dédicace solennelle. Il convoqua à cette fête, quatrevingt-dixévêques de sesétats,y assista lui-même etleur permit après la cérémonie de s'assembler en concile. La plupart de ces prélats étaient attachés à la vraie foi , et les canons qu'ils firent , ne renfermèrent rien que d'orthodoxe , quoique dans la profession de foi le mot consubstantiel fût omis. Cette assemblée devait être le pendant de celui de Tyr ; là on reçut Arius à la communion , ici on déposa Athanase , en partant du principe qu'un évêque déposé par un concile, ne pouvait être replacé sur son siège que par l'autorité d'un autre concile. Ils a[)pliquèrent cette décision au patriarche chassé de son diocèse , par la fameuse assemblée de Tyr , qui était plutôt un brigandage qu'un concile , et abandonnant le prêtre Piste , qu'ils avaient d'abord nommé pour lo remplacer, ils lui substituèrent Eusèbe d'Edesse, homme savant , mais partisant de la secte d'Arius. Eusèbe était trop habile pour se jeter au milieu de la tourmente, que la présence d'un évêque intrus allait soulever à Alexandrie , et déclina cette charge : il fut nommé évêque d'Emèse , et la faction , en l'absence des évêques catholiques, présenta Grégoire, né en
Cappadoce et auquel xXthanase avait témoigné beaucoup d'amitié pendant le séjour (jue fit Grégoire à Alexandrie du temps de ses éludes.
L'empereur Constance approuva ce choix , et nomma , pour accompagner le nouveau patriarche , préfet d'Egypte pour la seconde fois Philagre , celui-là même qui avait assisté aux informations faites dans la Maréote , contre Athanase : l'eunuque Arsace , commandant d'une forte troupe de soldats , reçut ordre de se joindre à eux pour contribuer aux ordres d'installation.
A leur arrivée à Alexandrie, Philagre fit afficher un édit portant , que Grégoire est nommé patriarche de la ville à la place d'Athanase, déposé par le concile d'Antioche, et menaçant des peineslesplus rigoureuses ceux qui oseraient s'opposer aux ordres de l'empereur. On était alors à la fin du carême de l'an ;H2. Le peuple fidèle s'émeut à celte nouvelle , s'adresse à ses magistrats , s'étonne de ce qu'on en agisse ainsi envers Athanase dont personne ne s'était plaint.
« Pendant ce tumulte, Grégoire entre comme dans une ville prise d'assaut ; les païens, les Juifs, les gens sans honneur et sans religion , attirés par Philagre . se joignent aux soldats. Cette troupe insolente, armée d'épées et de massues, force l'église de Saiut-Quirin où les fidèles étaient réfugiés comme dans un asile ; on met le feu au baptistère , on le souille par les plus horribles abominations. On dépouille les viergos , ConsUuUi)i-lc-(irinul. 1 7
on leur fait mille outrages ; quelques-uns les traînent par les cheveux , et les forcent de renoncer à Jésus- Clirisl , ou les mettent en pièces. Les moines sont foulés aux pieds , meurtris de coups , massacrés, assommés. Grégoire , pour récompenser le zèle des Juifs et des païens , leur abandonnait le pillage des églises; et ces impics, non contents d'en enlever les meubles, profanent la table sacrée par des oblations sacrilèges. Ce n'était que blasphèmes, que feux allumés pour brûler les livres saints, qu'images affreuses de la mort. Les ariens , au lieu d'arrêter les excès , traînent eux-mêmes les prêtres , les vierges , les laïcs devant les tribunaux qu'ils avaient établis pour servir leur fureur ; on condamnait les uns à la prison , les autres à l'esclavage ; d'autres étaient frappés de verges; on retranchait aux ministres de î'Eglise le pain des distributions , on les laissait moutir de faim.
« Le vendredi saint, Grégoire, accompagné d'un duc païen, nommé Balace, entre dans une église : irrité de voir que les fidèles ne le regardaient qu'avec horreur, il anime contre eux l'humeur barbare de ce duc , qui fait saisir et fouetter publiquement trentequatre personnes , tant vierges que femmes mariées et hommes libres. Philagre avait ordre, de Constance, de faire trancher la tête à Athanase ; les ariens se flattaient de le surprendre dans un lieu de retraite où il avait coutume de passer une partie de ce saint temps ; mais il s'était retiré ailleurs.
« La sainteté du jour de Pâques ne fut pas respectée , et tandis que le reste de l'éj^lise célébrait avec joie la rédemption du fjenre humain , celle d'Alexandrie éprouvait toutes les rigueurs de la plus dure captivité. Pliilagre ayant pillé les éj^iises, les livrait à dréjjoire qui en prenait possession; et les fidèles étaient réduits à la nécessité de s'en interdire l'outrée ou de communiquer avec les ariens. On ne baptisait plus les catholiques; leurs malades expiraient sans consolation spirituelle ; la [)rivatiou des sacrements était pour eux plus aflligeante que la mort même; mais ils aimaient mieux mourir sans ces secours salutaires que de sentir sur leurs têtes les mains saciiléges et meurtrières des ariens.
« Grégoire, altéré du sang d'Athanase, se vengea do sa fuit(^ sui' la tante de ce saint prélat , qu'il accabla de mauvais IraitcMueiUs. Elle ne put y survivre. Il défendit (]u'on l'enleiiât; et elle serait restée sans sépulture, si des persoiuies animées d'un esprit de chaiité n'eussent dérobé son corps à ce [icrsécuteur opiniâtre.
« Il est vrai que Constance n'avait pas ordonné ces cruautés; mais il ne devait [)as ignorer que les souverains sont heureux quand le bien qu'ils commanflent est à demi exécuté, et que le mal qu'ils permettent est toujours porté fort au-delà de ee (pi'ils ont piM'uiis. (irégoin* et IMiilagreen vinrent eux-mêmes à crainiiic (jue reui|ii'reurn(' condaïuiiiU dt'si étrange-
excès. Pour lui en ùter la connaissance, Grégoiio, d'un côté, attribuait à Ailianase tous les maux dont il était l'auteur ; c'était sur ce ton qu'il écrivait à Constance ; et le prince , abusé par sa propre prévention , ajoutait foi à ces mensonges. D'un autre côté, le préfet défendit, sous les plus terribles menaces , aux navigateurs qui partaient d'Alexandrie , de ne rien dire de ce qu'ils avaient vu ; il les contraignit même de se charger de lettres où la vérité était entièrement défigurée; et ceux qui refusèrent de se prêter à l'imposture , furent tourmentés et retenus dans les fers. Il supposa un décret du peuple d'Alexandrie , conçu dans les termes les plus odieux et adressé à l'empereur , par lequel il paraissait qu'Athanase avait mérité, non pas l'exil, mais mille morts. Ce décret fut signé par les païens, par les juifs et par les ariens qui les mettaient en œuvre (1). »
Aihanase s'était rendu à Rome , le lieu de refuge naturel de tous ceux qui sont persécutés pour la foi. Le pape Jules le reçut avec une touchante bonté ; d'autres personnes , parmi lesquelles se trouvait Eutropie , sœur du grand Constantin et tante des deux empereurs, l'accueillirent de même avec toutesles marques de vénération et d'estime. Il y trouva les évoques
(i) Le Rcaii , Hisl. (iii Bas-Empire , Liv. VI.
Ascéplas, de Gaze; Paul, de Constantinoplo ; Mar cel , d'Ancyre et Luce d'AndrinopIe , également per sécntés comme lui. Sozomène , historien grec , et par conséquent à l'abri de tout soupçonde faire la cour aux papes , fait, à ce sujet, une réflexion bien judicieuse et bien digne d'être appréciée : — « Lorsque, dit-il, l'évêque de Rome eut examiné la cause de chacun de ces évoques et eut trouvé que dans leur foi ils s'accordaient tous avec la doctrine deNicée, il les admit à la conmiunion de son église , et comme , à cause de la supcriorité de wn slrge, le soin de toutes les églises lui est confié , il rétablit chacun dans le gouvernement de son église (1). »
Ainsi la supériorité de l'église de Rome était admise par les Grecs au quatrième siècle ; mais le papa avait pris [)robabIemenl l'avis du concile, comme nous allons le voir. Saint Athanase avait amené avec lui <ju(!lques religieux de la Thébaïdc, parmi lesquels se trouvaient Aujmon et Isidore* L'histoire rapporte que de toutes les curiosités que renfermait alors la ville de Home , Ammon ne voulut visiter que le tombi'au des saints apôtres Pierre et Paul , que visitent encore de nos jours les pieux pèlerins do l'univers catholi(jue. Ce fut alors que l'occidenl porta
(i) S()/.<>m, llisl. licclcs., m, h.
son attention sur la vie admirable de ces verlueux solitaires , de ces vierges veuves et ferventes , qui édifiaient l'Orient par raustéritc de leur vie et la profonde abnégation d'eux-mêmes. Comme cependant sainte Marcelle, jeune veuve et amie de saint Jérôme , fut la première qui imitât , à Rome, la vie des personnes de son sexe consacrées à Dieu (elle mourut en 410), il s'est encore bien écoulé des années avant qu'il se formât dans la ville éternelle des communautés régulièrement établies , quoique, dès les premiers temps du christianisme , il y eût des personnes de l'un et de l'autre sexe qui avaient abandonné le monde pour vivre dans la solitude et l'éloignement des ambarras du siècle.
Après s'être rendu maitre d'Alexandrie , l'intrus Grégoire essaya de gagner à sa cause toute la province. Il se mit en marche avec Philagreet Balac^ . et se fît escorter d'une troupe de satellites disposés à exécuter sos ordres. On traîna à son tribunal les évêques , les religieux , les vierges ; ceux qui ne voulaient point communiquer avec lui furent maltraités , emprisonnés et envoyés en exil. Sa fureur se déchaîna surtout contre le saint évêque Potamon , ce célèbre confesseur, qui avait perdu un œil dans la persécution de Maximin-Daja,et qui avait paru avec éclat au concile de Nicée. On le frappa si rudement qu'il mourut quelques jours après. Saint Antoine , du fond de sa solitude , écrivit une lettre à Grégoire,
pour l'engager à la modération , mais co dernier s'en moqua, la remit à Balace, qui la jeta à terre , cracha dessus et maltraita ceux qui l'avaient apportée. Antoine écrivit quelques temps après aussi une lettre, à Balace , dans laquelle il lui dit : — ce Je vois la colère de Dieu éclater sur vous ; cessez de persécuter les chrétiens , afin qu'elle ne vous atteigne pas ; car votre ruine est proche. »
Ballace fit dire à .Antoine : — « Comme tu te préoccupes si vivement du sort des solitaires, j'irai aussi te visiter toi-même.
Cinq jours après, Balace sortit à cheval d'Alexandrie, avec le préfet Nestorius, qui avait succédé à Philagre , pour aller à Chorée. Ils montaient des chevaux fort doux; mais celui de Nestorius se jeta tout à coup sur lîalace , le mordit et lui fit à la cuisse des blessures si graves , qu'il en mourut trois jours après. Cet événement , prédit par saint Antoine, augmenta encore la vénération que professait toute l'Egypte pour lui.
Aussitôt après son arrivée à Rome , saint Athanaso adressa une lettre circulaire à tous les évêques catholiques. Il y exposa les abominations qui avaient été commises à Alexandrie par la faction de <îrégoire, les cnga{;ea à s'unir ensemble dans l'intérêt de la vraie foi et à s'abstenir de toute conunuiiicalion avec l'indigne (irégoirc. Le pafie Jules écrivit de même un monitoire aux eusébiens, et envoya deux prêtres à
Antioche pour les inviter à se rendre au concile, qu'ils avaient demandé eux-mêmes et dont il fixa le jour.
Mais les eusébiens se gardèrent bien d'aller à Rome; car ils savaient que toutes les calomnies qu'ils avaient avancées contre Athanase, par leurs députés, avaient été victorieusement réfutées par les prêtres égyptiens qui avaient suivi ce prélat. A Rome d'ailleurs, aucun comte, aucun duc ne pouvait , avec la force armée , imposer silence à un concile et étouffer la voix de la vérité. Ils furent extrêmement surpris d'apprendre qu' Athanase était arrivé dans la capitale du monde chrétien , et retinrent, sous divers prétextes , les deux légats du Pape au-delà du jour fixé pour le concile, fabriquèrent un nouveau symbole de foi , qui, quoique rédigé en termes catholiques, ne renfermait cependant pas l'expression de consubstantiely terme si expressif et si vivement recommandé par le concile de Nicée. Ils voulaient par cette profession de foi , en apparence orthodoxe , se laver du reproche d'arianisme, tout en évitant d'y insérer le mol de consubstantiel , qui était devenu comme le mot d'ordre auquel devaient se reconnaître les vrais catholiques. Enfin ils permirent aux légats du Pape de partir ; mais n'allèrent pas à Rome , quoique Athanase les attendît pendant dix-huit mois.
Dans cet intervalle mourut Eusèbe, évêque intrus de Constantinopîe , l'un des hommes les plus dange-
roux de celte époque ; il mourut chargé d'années , et, s'il ne reconnut pas ses torts, d'une grave responsabilité devant le juge suprême de tous les mortels. Les catholiques rétablirent aussitôt saint Paul sur le siège d'où il avait été si injustement précipité; mais les chefs de la faction eusébienne, Théognis, de Nicée; Maris, de Chalcédoine; Théodore, d'iléraclée; Ursace, de Singidon, et Valens, deMurse, se réunirent et sacrèrent Macédonius dans l'église de saint Paul.
Ainsi Constantinople réunissait dans ses murs deux évoques et deux partis également irrités et disposés à se porter à tous les extrêmes , ce qui ne tarda pas à arriver : un tumulte éclata ]et coûta la vie à plusieurs personnes. L'empereur Constance était à Antioche lorsqu'il apprit ce qui se passa i\ la capitale ; il y envoya sur-Ic-champ llermogènes, général de l'armée, avec ordre de chasser l'évoque Paul par la force. Mais à peine cet homme fut-il arrivé, que le [)euple s'attroupa, fondit sur sa maison , y mit le feu , entraîna llermogènes la corde au cou et l'assassina.
Dès que Constance eut connaissance de ce crime, il se dirigea versConstaniino[)le, qu'il se proposa de chûtier amplement. Mais le peuple alla au-devant de lui et demanda grAce, lui représentant qu'il serait indigne d'un grand prince d'envelopper dans une proscription généiale toute une ville à cause d'une noignèe de malfaiteurs. Constance se laissa fléchir;
mais pour faire sentir sa colère aux habitants, il réduisit de moitié la distribution annuelle de blé qu'il envoyait à la ville. Il bannit l'évoque Paul ; mais ne voulut pas reconnaître l'élection de Macédonius, faite sans son consentement ; toléra cependant les assemblées que tenait ce dernier dans l'église où il avait été sacré; retourna ensuite à Antioche sans l'avoir ni confirmé ni fait déposer.
Comme les eusébiens ne s'étaient pas présentés à Rome au temps fixé pour la célébration du concile , le pape Jules réunit dans une de ses églises une assemblée de cinquante évèques. Là on lut les lettres que les eusébiens avaient envoyées par le prêtre Macaire et dont le contenu avait été réfuté par les députés d'Athanase. On y lut aussi la lettre synodale que cent évéques , réunis à Alexandrie trois ans auparavant, avaient adressée à Jules, et dans laquelle l'innocence d'Athanase et la perfidie des eusébiens étaient mises dans tout leur jour. On déclara donc Athanase, Marcel et Ascîépas évêques légitimes de leurs sièges , et on leur enjoignit d'y retourner ; ce qu'ils ne purent toutefois pas faire , les circonstances s'y opposant.
Le concile n'était pas encore terminé lorsqu'on vit arriver les deux légats, Elpide et Philoxène, que le Pape avait envoyés en Orient; ils portèrent une lettre relatant les excuses frivoles que les eusébiens alléguaient pour motiver leur refus d'aller au concile de
Rome. Ils ne rou{Tircnt point d'avancer que l'époque assignée à !a célébration de ce concile était trop rapprochée pour qu'ils pussent s'y rendre; ils prétextèrent aussi la guerre des Perses , se plaignirent de ce que Jules avait écrit seul sans faire mention des autres évéques, et de ce qu'il n'avait adressé sa lettre qu'à quelques-uns d'entre eux.
Cette lettre était écrite avec une élégance recherchée et dans un style affecté. Ils parlaient avec un certain respect de l'Eglise de Rome dont ils reconnurent la supériorité , qu'ils nommèrent l'école dos Apôtres , la métropole {u-nzoo-Koliv) de la piété ; mais firent observer que la lumière de l'Evangile était partie de l'Orient, se montrèrent offensés de ce que le concile de Rome s'arrogeait le droit de juger une cause déjà décidée par deux conciles; ils allèrent même jusqu'à accuser le Pape d'avoir attisé le feu de la discorde , disant que l'Egypte et Alexandrie jouissaient alors d'un repos parfait. Ils formulèrent de nouvelles plaintes contre Athanase , qui ne s'accordaient nullement avec les plaintes précédentes, mais qui étaient aussi peu fondées que les autres.
Jules leur avait prouvé combien lourconduite était contraire aux décisions du concile de Nicée , et leur réponse atteste leur embarras à se justifier de cette accusation. Sans s'attacher à repousser chacun des points allégués par le Pape , ils se bornèrent à déclarer qu'ils se contentaient d'une réponse générale.
puisqu'ils étaient également soupçonnés d'avoir violi» la justice en tous points.
Jules cacha cette lettre après l'avoir reçue , sans la communiquer d'abord , espérant qu'ils reviendraient de leurs erreurs ; mais lorsqu'il apprit l'indigne conduite de Grégoire à Alexandrie, il ne put plus se taire et la lut aux Pères du concile, qui en furent indignés et prièrent le Pontife d'y répondre en leur nom. Cette lettre , que saint Athanase nous a conservée , est un précieux monument de fermeté et de douceur évangéliques et jette un grand jour sur les affaires ecclésiastiques de cette époque. Elle est adressée à Dion , de Césarée, à Flacille , à Narcisse , à Eusèbe (probablement évêque d'Emesse ■ , au patriarche d'Alexandrie, à Maris, à Macédonius, deMopsueste, et aux autres signataires de la lettre d'Antioche. Le Pape réfute une à une les prétentions des eusébiens , justifie Athanase des accusations dirigées contre lui , leur reproche leur conduite à la Maréote et termine par ces paroles remarquables : « Chers frères ! les jugements de l'Eglise ne sont plus rendus d'après l'Evangile, mais décidés par l'exil et la mort... Pourquoi n'écrivez-vous pas à nous , principalement pour ce qui regarde l'Eglise d'Alexandrie ? Ne saviezvous donc pas que c'est l'usage d'écrire d'abord à nous, afin que d'ici (svjîv] on décide ce qui est bien? Si on a eu quelque reproche à faire à l'évêque de là , l'affaire auraitdù être soumise à notre Eglise...
fe vous conjure de recevoir de bon cœur ce que je vous écris pour le bien public. Je ne m'en réfère qu'à ce que j'ai reçu du bienheureux apôtre Pierre , et je n'en ferais pas mention si ce qui vient d'arriver ne m'y forçait pas. »
Ce passage est très-important et dépose en faveur du droit que l'on reconnaissait au siège de Rome de décider dans les questions tant soit peu importantes de l'Eglise ; sans cela le Pape ne se serait pas permis de dire : afin que d'ici on décide ce qui est bien. Jules n'avait point la force matérielle pour réduire les rebelles soutenus par un prince arien ; mais il possédait le pouvoir spirituel, et ce pouvoir il l'exerça , et aucune voix ne s'éleva pour le lui contester : Socrate et Sozomène, tous deux historiens grecs, se plaisent à le reconnaître. Socrate ajoute même que Sabin , historien de la faction de Macédonius, enregistra la lettre que les eusébiens avaient adressée au pape Jules sans la faire suivre de la réponse de ce dernier , sans doute parce que cette réponse confondait ceux de sa faction.
Quoique le concile de Uomc oiit réintégré dans leurs fonctions les évéqucs déposés par les eusébiens, ces prélats ne purent cependant retourner à leurs sièges. Jules , on sa qualité de chef de l'Eglise, ne put rester indifl'éront et s'adressa à l'enipereur Constant, prince orthodoxe, qui écrivit une lettre pressante à son frère, le priant de lui onvover quel(|ues évéqucs
orientaux pouj- lui exposer les motifs qui les avaient portés à sévir contre Athanase et Paul. Constance envoya donc à Trêves quatre des chefs eusébiens, Narcisse; Théodore, d'Héraclée; Marins et Marc, d'Aréthuse. Constant leur demanda compte de leur foi. Ils supprimèrent tous les symboles qu'ils avaient fabriqués dans le principe , ne montrèrent que celui d'Antioche , qui ne renfermait rien contre la foi de Nicée, excepté le terme de consubstantiel qui y était omis. Ils avaient espéré gagner à leur parti le jeune Constant, alors à peine âgé de vingt-deux ans; mais ils trouvèrent auprès de ce prince un prélat orthodoxe, saint Maximin , de Trêves, qui avait connu Athanase sept ans auparavant, qui ne les reçut pas à sa communion et qui sut prémunir Constant contre leur perfidie. Les députés partirent ensuite, laissant à l'empereur la profonde conviction de l'injustice qu'ils exerçaient envers Athanase et Paul.
Saint Athanase écrivit ensuite une lettre à Constant, le priant de presser le terme d'un concile pour mettre un terme aux maux de l'Eglise, Constant en référa à son frère Constance, et ce concile fut enfin célébré à Sardique; mais les affaires restèrent dans le même état par l'opiniâtreté des prélats factieux. Constant fut attaqué peu de temps après parMagnenceet tué; Magnence fut à son tour défait par Constance, (jui devint ainsi maître de tout l'empire romain , et qui prit le succès de ses armes pour une
confirmalion de la pureté de sa foi. Il assembla un concile dans les Gaules, fit de nouveau condamner saint Athanase et publia un édit qui prononça le bannissement contre tous ceux qui ne condamneraient point Athanase. Le pape Libère, qui succéda à Jules, demanda à Constance la convocation d'un concile à Milan; l'empereur y consentit. Les orientaux, qui y étaient en petit nombre, exigèrent qu'avant tout on signât la condamnation d'Athanase; les occidentaux s'y opposèrent, et le .monarque exila les évéques qui refusèrent de signer cette condamnation. Le pape Libère fut aussi banni.
Cependant, fatigué de toutes ces contestations, Constance assembla deux conciles, l'un à Séleucie, pour l'Orient, l'autre à Rimini , pour l'Occident. Quatre cents évêques , parmi lesquels quatre-vingts ariens , assistèrent à ce dernier. On y signa la formule que Jésus-Christ était Dieu , vrai Dieu , éternel avec le Père , et on prononça l'anathèmo contre ceux qui disaient qu'il y avait un temps oii il n était point. Le mot consuhstantiel ne figurant point dans cette déclaration , les ariens triomphèrent et prétendirent que tout le monde était devenu arien ; prétention chimérique et absurde, et que réfutaient les expressions mêmes dans lesquelles était conçue ladite déclaration.
La mort de Constance vint déranger leurs projets. Julien , qui lui succéda , ne se mêla point des
affiiires de l'Eglise ; il rappela les exilés , et permit à chacun de professer librement ses sentiments relijîioux. Jovien , qui le remplaça sur le trône , se déclara franchement pour la foi de Nicée , honora saint Aihanase de sa confiance; voulut rendre la paix à rE.[;li«e; mais sa mort ne lui permit pas d'exécuter ses projets louables : il mourut après un rèyne de sept mois et vingt jours.
Valentinien , parvenu à l'empire après Jovien , était aussi attaché à la foi de Nicée; mais, en respectant les lois de l'Eglise, il ne persécuta point ceux qui ne s'y soumettaient point; publia des lois en faveur du clergé chrétien et du paganisme; rétablit les pontifes païens dans leurs privilèges : ce qui le fit regarder comme indiffèrent a toutes les religions. Mais Valens, qui régnait en Orient, prince arien , persécuta la foi de Nicée, n'imitant point en cela son collègue, qui tolérait tous les cultes. Plusieurs saints évêques, les Basile, les Grégoire, lui reprochèrent ses cruautés. Cependant l'Egypte était tranquille : saint Athanase mourut à xVlexandrie, le 2 mai 373, ayant fait élire pour lui succéder Pierre, que les ariens chassèrent. Valens, faisait la guerre aux Goths , fut déhnl par ces peuples, et brûlé dans une maison où il s'était réfugié.
Gratien, fils de Valentinien , régna seul ensuite, et suivit les maximes de son père, laissant à chacun la liberté de suivre la religion qui lui convenait:
mais il associa à l'empire ïhéodose, qui, plus zélé que Gratien , publia une loi qui ordonnait à tous ses sujets de suivre la foi de INicée comme la seule vraie. Cette loi confondit les ariens, qui perdirent courage. La douceur et la charité des évoques cathoIi(iues gagnèrent insensiblement les cœurs encore attachés à l'arianisme. Ainsi s'éteignit petit à petit cette secte si furibonde, si menaçante, et qui avait causé tant de maux à l'Eglise de Jésus-Christ. Elle finit par mourir dans le ridicule et couverte de mépris, s'affaiblissant au point, qu'à la fin du quatrième siècle, les ariens n'avaient plus ni évéques , ni églises dans rem[)ire romain. Mais ces discussions irritantes déposèrent dans les esprits le germe d'une certaine indifférence religieuse, qui fraya plus tard le chemin à l'impiété de jMahomct; et ainsi disparut la religion du Fils de Dieu d'une partie de ces belles provinces , illustrées autrefois par tant de saints martyrs, de docteurs illustres, et de généreux confesseurs de la vérité.