‹ Constantin MeunierChapitre 4 sur 4 · LE CARRIER · texte numérisé non relu

LE CARRIER

attitudes lassées vers les usines.

charbonnages et les

Parfois, ce sont aussi des coins du pays de la métallurgie, où des cubilots crachent dans le ciel sombre, leurs flammes rouges ; des intérieurs d’usines, de laminoirs, de verreries, où s’agite devant les ■brasiers, une humanité aux attitudes héroïques, dans la cadence des

outils ; des quais grouillants d’un départ d émigrants, défilant en . procession lamentable, devant les carènes des paquebots. ^

Mais toujours, ce décor c .ncorde avec la vision des êtres qui y vivent. Mieux, il la complété, farouche, presque conventionnel, tellement l’artisie sut lui donner les caractères distinctifs utiles a ^ l’impression d’ensemble qu’il voulait imposer. Ët cela est nécessaire. , On ne comprend ait pas les travailleurs et les gueux de Meunier dans un autre milieu, menant leurs attitudes tragiques dans la banalité d'un pay.sage trop joli, et dont la sérénité serait un non sens.

Il s’en faut que les trav.ailleurs glorifiés par l’artiste, soient seule.nent intéressants pour qu’ils magnifient le travail.

Evidemment, Meunier a éliminé avec soin de ses œuvres, le détail inutile au profit de l’ensemble. Mais tous les êtresqu’il évoque dans ses pastels, ses peintures et ses sculptu!-es, sont vrais au sens strict du mot, parce que les généralités voulues qui synthétisent en eux la beauté du labeur, n’empêchent nullement l’h uume de signifier exaciement dans son attitude, une parcelle agissante et bien définie, de la grande vie laborieuse.

On ne peut s’imaginerconsignaiion plus éloquente du geste de l’homme qui travaille ou qui souffre. LE BRIQ.UETIER

Pourtant, l’effet est obtenu sans sentimentalité vaine, sans

concession à un mauvais g lût fâcheux, simplement par la sincérité. L’œuvre est vraie. La moindre exaltation en diminuerait l’accent tragique et profondément humain.

Et pourtant, quelle incroyable diversité ! C’est la démarche lente du dé'odrdcur harassé sous le lourd fardeau ; c’est la minute de repos du semeur, las d’avoir jeté à la terre, un pain dont il n’aura qu’une faible part ; c'est l’e fort époumonant du verrier faisant tourner sa canne ; c’est la convulsion du mineur sous le roc qu’il fouille ; c’est l’affaissement du puddleur fatigué d’avoir serré

■enf're ses durs callus, les tenailles qui serrent le lingot embrasé ; c’est toute l’humanité vaillante et pauvre, enfin, qui surgit, saisie en lés mille attitudes de son labeur et de sa souffrance.

Puis, ce sont aussi des évocations plus douloureuses et tragiques, où l’artiste nous montre, comme dans son Grisou, la lamentable fin qui termine quelquefois le calvaire des humbles.

Aussi, partout et toujours, l’art de Constantin Meunier est la

•Gforiflcation du Travail.

C’est le travail qui est sa base. C’est lui qui s’impose en synthèse affolante et tragique. Il est la grande beauté, l’âme qui palpite

derrière la parcelle de vie évoquée. L’impression qu’il procure est si profonde, qu’il montre tout ce qui se cache mystérieusement de pauvreté, de vaillance et de malheur dans les racines de la vie.

Il est rare devoir l’œuvre d’un artiste produire avec cette intensité, une émotion aussi charitable et spontanée. C’est parce que l’image vraie de l’homme qui besogne et qui souffre, comporte un enseignement que les plus réfractaires doivent subir.

L’exemple offert par Meunier, marque avec une logique irréfutable, le rapport étroit qui doit exister entre l’art et l’évolution sociale. Son succès vérifie la nécessité de l’intervention généreuse de l’artiste dans l’œuvre de rénovation qui exalte tous les esprits.

Pourtant, il dépasse les autres. Il est d’une telle grandeur, si fraternel et si vaillant, si éloigné des préjugés admis jusqu’ici, qu’il constitue une admirable leçon de hardiesse et d’altruisme. On a dit de Meunier qu’il était un précurseur, le précurseur de l’art de demain, de l’art humanitaire et social. C’est vrai. Dans cette belle levée d’efforts qui conduit tant d’artistes vers une compréhension fraternelle de la vie, le labeur grave du maître flamand s’est imposé avec la beauté d’un sacerdoce.

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