SUPERSTITIONS
Sop^r^lilion du i" mart. — Un* interview de Cocona Elenco. — A quoi Mrt U Tieille vai«t«l|«. — Puur cun;urcr la mauvai* «il — Coi»- Mil> qu'elle me donne — Son café à la turque. — Connaat on peut faire fortune. — I>a roranle de Top-liané. — (ne prttoienade matinale. — Le paMage de la nymphe du i" mai. — (laron B'e«i pat encore mort — Le fatkelma. — Ine bittuire de retenant. — Chr^ tient et mu«ulmant m< prêtent réciproquement leur* tomere. — L« pouvoir occulte du bon .\boul llouda. — Sa g^n^reute hospitalité.
V Ml une soirt^c du mois tic mars, je traversais la pnrtio do F*êra c|iii dévale vers le ravin de Ca»sim pnrha. Soudain, mon nttention fut sollicitée par un bi/.arn» pht-nonirne. Deptiis une hetire ce n'était ijuiin bruit de vaisselle l)ris«>«> stir lo pav«« gras. Une porte s'ouvrait: clac... ; une assiette volait en éclats. Plus loin, patatras et c'était, au milieu
de la chaussée, comme l'effondrement d'une marmite calcinée par un long usage. On voyait des portes s'ouvrir et des femmes jeter d'un môme geste des objets fragiles, puis rentrer précipitamment. C'était à croire qu'un de ces orages magnétiques qui affolent les aiguilles aimantées s'était déchaîné sur le faubourg polyglotte et avait détraqué la boussole de ces gens-là.
A moins, pensai-je, que le quartier ne soit sous l'impression de quelque ripaille faite àl'occasiond'une fête du calendrier orthodoxe. Mais cette hypothèse ne tenait pas debout, car ni la veille au soir, ni dans le cours de la journée, aucune cloche ne s'était fait entendre, aucun orgue de barbarie aux cabarets de Calliondji-Coulouk, rendez-vous des poivrots de la ville. J'en conclus que cette débauche de vaisselle, perpétrée à la même heure, pouvait bien se rattacher à l'un de ces usages auxquels l'Orient doit l'antique amulette, la pierre bleue, et ces talismans aux signes solomoniques que l'on débite au Bazar. Pour tirer la chose au clair, je n'avais, après tout, qu'à aller interviewer une vieille voisine, connue dans le faubourg pour son habileté à tirer les cartes. Je me décidai sur l'heure. Je venais justement de croiser ses deux filles qui, de conserve, allaient faire, en tout bien et tout honneur, les cent pas sur le trottoir de la rue de Péra. Coquettement parées, fantastiquement emplumées, elles allaient, la robe moulée aux entour-
(*) Mouchoir en tissu léger dont les Levantines se coiffent chez elles.
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mires et gracieusement ramenée par une main gantée, sur la hanche gauche.
Quant à la vieille, je la trouvai on fakiol, assise dans un angle du sofa, ramassée sur ello-méme, pareille à une vaste blague à tabac. Des coussins dans le dos, un autre sous le bras, tenaienten équilibre sa respectable personne, étouffant d'une graisse qui devait lui tenir plus chaud que son paletot-sac.
J/t', Callinivra, dis-je en [)énétrantdans la pièce sans l'avoir fait prévenir, suivant l'usage. Comment expliquez-vous cette fantaisie qui s'est emparée tout à coup de nos voisins d'envoyer leur vaisselle dans la rue?
Cocona Elenco sourit... Eh! ne savoz-vous donc pas qu'il est d'usago, dans les maisons où il y a des vieux, de casser, le jour du premier mars, un ustensile pour les préserver de tout accident pendant l'année? Elle ajouta (jue sa fdle Aspasie, avant de sortir, n'avait point manqué à ce <levoir, en envoyant par la fpn<''tre un vieux pot à confiture.
Après avoir loué comme il seyait cet acte de désintéressement filial, je la priai de m'instruire des usages du pays et de me donner (juehjues conseils pourévi ter les maléfices des gens envieux.
Cocona Elenco n'est pas seulement une cartomancienne de val.Mir, connue par toutes les dames de la société fran(pu> de Péra, mais elle possède une foule de secrets j)our dissiper les malaises qui ont pour cause le mauvais œil. Ses procédés se disfirp-uent par une granile simplicité. Ainsi. pt)ur conjurer un maléfice supposé, elle embroche à une épingle neuf
clous de girofle qu'elle expose à la flamme d'une bougie. S'ils craquent et pétillent, c'est que cela signifie que l'influence vient de se dissiper. Dans le cas contraire, elle recourt à l'opération qui consiste à «verser le plomb ». Celui qui s'y soumet doit d'abord observer certaines règles, comme de se tenir un instant devant elle, en entrant dans la pièce, puis de lui baiser respectueusement la main. Cocona Elenco comprend alors ce qu'on lui veut. Sans dire mot, elle place sur la braise du mangal une cassolette où elle jette deux ou trois lingots de plomb. La fusion obtenue, d'une main elle pose sur la tète du visiteur un vase plein d'eau, et, de l'autre, elle verse le plomb fondu. Le métal brusquement refroidi revêt des formes plus ou moins bizarres qu'elle étudie pour tirer son horoscope.
Voici quelques-uns de ses conseils que je notai à mesure :
« Une pierre bleue — disait-elle — sufTit à préserver, pourvu qu'elle soit visible ; mais pour protéger une famille entière, rien ne vaut un vieux soulier accroché avec une tête d'ail à l'angle gauche du toit de la maison.
« Crachez sur l'enfant, dont la gentillesse vous amuse et dont la beauté excite votre admiration. Le mauvais œil l'atteindrait.
« Evitez de vous regarder la nuit dans un miroir, la folie vous guetterait ; de placer deux couteaux en croix, de renverser une salière, de francliir le seuil de votre porte du pied gauche ; d'entreprendre une affaire le
lundi et le vendredi. Ce sont là de fâcheux présages. Ayez soin aussi d«' n«' pas laisser une malle «luvcrlo, car c'est une tombe qui s'ouvre. Lu couteau donné de la main à la main coupe l'amitié: crachez aussitôt. Une femme enceinte ne doit jamais rester la nuit sans lumière, à moins qu'on n'ait pris la précaution do |)Iaror un balai sous son lit. Sans le balai, die serait fatalement en butte aux entreprises néfastes des nt^n'if/es. »
Tandis qu'elle parlait, la vieille dame poussait une cafetière de cuivre dans la braise, (lu'allait-elle faire? Préparer (|uelque liilrc peut-être. Ouand l'eau se mit en ébullition, elle la retira; puis, allongeant le bras, elle prit une boite sur une étagère, y puisa doux cuillerées de café, deux cuillerées de sucre en poudre et mélangea le tout dans la cafetière après l'avoir replacée sur le feu. Klle atteignit ensuite deux tasses, y vida ce mélange et m'en offrit une débordante de mousse dorée. C'était le café de l'hospitalité. Comme elle prenait le sien goutte fi goutte en aspirant fortement, elle reprit : « Je m'en vais vous donner une recette pour vous enrichir. Au premier quartier de la lune, montez sur votre terrasse et (ixez-la bien, tout en ayant soin de faire sonner dans une poche quelques menus paras. Votre bourse, pendant la première quinzaine du mois, fera comme elle : elle s'arrondira. »
Ce conseil, h lui seul, valait bien le brchiik que je lui glissai dans la main en prenant congé d'elle. Cocona DIenco rerut la pièce en faisant un beau salut h la turque.
Toutes les voyantes ne sont pas dans leurs meubles et n'offrent pas au client le café à la turque. Les unes courentla ville, comme la gitane qui n'a renoncé ni à son manteau de toile bleu, ni aux couleurs vives de son pantalon bouffant. On entend sa voix fraîche crier sous les fenêtres : « Mires, mirés », mot grec qui signifie la destinée. La destinée, elle la déchiffre dans le creux de la main pour une petite piastre, et il est rare, pour cette somme, qu'elle ne vous promette pas les plus flatteuses perspectives d'avenir. Cependant, des personnes sérieuses m'ont affirmé avoir été impressionnées par des révélations d'une précision troublante. Elles pensaient que la science de la gitane est faite de lointaines traditions que l'expérience n'a pu que perfectionner. Les autres choisissent une rue, toujours la même, et c'est le cas de la femme de Top-Hané. Celle-ci réalise à merveille le type de la vieille sorcière. Est-elle musulmane? Elle porte un voile posé sur la tête dont elle ramène les plis sur la^bouche par un geste familier à la dame turque. D'épaisses boucles rougies au henné encadrentdesjoues bistrées, grasses et molles, les sourcils sont peints au rastik, ses doigts sont chargés de bagues de cuivre et d'argent. A l'oreille gauche, elle porte une fleur qui lui tombe sur la tempe.
Sur un mouchoir de couleur, quelques fèves sont éparpillées, mêlées à des coquillages, à des pastilles d'émail bleu percées de trous, à des sous de cuivre démonétisés, et c'est avec ces éléments hétéroclites, qu'elle tire l'horoscope du client. Ordinairement, un
( crcle d«> curieux prend part aux confidences. D'une main r\\t' empoi^n»' U* las qu'ollo rojell»* sur le mouchoir. Le plus gros < ()(|uillage figure le ilient, les autres ol)jets représentent la somme des biens et des maux, et c'est par leur position relative, assignée par lo hasard, qu'elle tire ses inductions. Il parait, s'il faut «n rroire la science de feu M. Maspero. que ce proced»' serait aussi ancien <|ue les Tyramides. Les égyptiens employaient un moyen analogue pour conuailre l'avenir. Les mêmes él<^ments y figuraient, sauf l'appoint des gros sous qui probablement ont i\ù •"•tr«' ajr)utes par la civilisation.
Le t" mai.
A iiHMi arrivée à lîébek, des pluies fraîches et abondantes arrosèrent la terre après un hiver sec. L*d matin, comme j'ouvrais ma fenêtre pour voir si mes fleurs n'avaient pas trop souffert d'un orage qui avait éclaté la nuit, je constatai avec une vive surprise (|ue les collines environnantes étaient pleines de monde. Cependant, le ciel était encore cou- \ert (!<> gros nuages, tandis qu'un épais brouillard s'eflilochait sur la côte d'.Xsie. Sans se soucier de l'averse probable, des jeunes filles en robe claire se promenaient sur le ga/on mouillé, ou montaient par les chemins détrempés. En face, mes voisins, le mari et la femme, assis sur leur sofa, respiraient tran- (juillemenl. la fenêtre grande ouverte, la fraîcheur. iUiv signifiait dom cettr fantaisie'' Mais je ne fus pas
■iik C O N s T A N T I N 0 I' L E
longtemps à chercher, car je me rappelai fort à propos que c'était le i" mai à la grecque. Et je savais que cette date n'est pas un jour ordinaire en Turquie.
Cependant, j'avais toujours pensé que la promenade matinale, que les indigènes s'imposent à cette occasion, n'avait d'autre but que de voir le lever du soleil en buvantdu lait. Je connaissais ces plaisirs d'inégale valeur pour les avoir goûtés en pareille circonstance, d'abord au petit Flamour, où fut jadis l'ancien bois de Daphné ; puis à Orta-Keuy où, dès le matin, j'avais vu des groupes de promeneurs monter vers les cafés perchés sur la colline, que le cahfedji, à défaut de verdure, avait pris soin de pavoiser de drapeaux en papier de couleur. Le papier jaune, rouge, violet, découpé et fixé à des ficelles tendues, constitue un élément de décoration dont on ne saurait se passer môme un jour de premier mai à Constantinople.
Mais à Orta-Keuy, comme à Flamour, la matinée avait été digne du jour qu'on célébrait. La promenade, autour des bassins de marbre et dans la fraîche senteur qui tombait des tilleuls, n'avait point manqué de charme. Mais à quoi donc pouvait rimer cet exode intempestif? Ma servante, un instant amusée par ma surprise, m'expliqua qu'il n'était motivé que par le seul besoin de respirer l'air j^égénérc. « Tel est l'usage, me dit-elle, car c'est aujourd'hui qu'il se renouvelle et qu'il nous purifie le sang. «
Je ne m'étais pas moins trompé sur la signification des couronnes de fleurs que j'avais vues suspendues à leurs portes. Sans exclure l'hypothèse de la sur-
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vivance t\ nu culte paion, je rn«> piainalH à voir -dans cette manifestation un hommage rendu par des fiarirrs aux jrunes l)eaut«'*s du \iila^e et je trouvais cela rharinant. Mais un doute nw vint \c jour où je m'aperruH que certaines maisons hahit<^et( par des ménages sans jeunesse comme sans enfantv n'étaient pas moins fleuries que les autres. Je finis par savoir que ces couronnes n'étaient tressées, qxir pour saluer In nymphe du premier mai. C^etle expli cation n'était pas pour me déplaire et je m'intéressai plus que je n'avais fait jusqu'alors aux gestes de ces orthodoxes qui avaient conservé assez d«' foi païenne pour croire encore à l'existence des nymphes. J«' l«ur passai, en faveur de ce reste d'idolâtrie, une foule d'usages comme le fil de soie que les jeun(*s (illes se nouent :i un doigt au mois de mars pour que le soleil ne leur brunisse pas le teint. Ce qui est moins excusable, ce sont les saignées chez le barbier et autres prati(|ues où l'hygiène tient plus de place (pie la coquetterie. Naguère tout le monde ici se faisait saigner au printemps, usage (jue la médecine arabe avait introduit en I rance. mais qui ne cesse di* régner encore à Constantinople comme celui de boire du lait dans la vallée de Fiamour. Les barbiers possèdent tout ce qu'il faut pour cela. On voit également à la devanture de leur boutique deux bocaux en verre léger contenant, l'un des sangsues, l'autre des grenouilles qui s'amusent à grimper à une échelle pour indiquer le temps qu'il fera.
BR»Tft4l«0 BaKKILLUS. |&
Il n'y a pas que les nymphes qui survivent ataviquement dans l'imagination de mes voisins. Ils croient fermement à Caron qui ne cesserait d'emporter les âmes vers le noir Hadès. Il apparaîtrait, assurent-ils, dans les rfWes de ceux qu'il destine à une fin prochaine. En un mot, plus on sonde l'âme levantine et plus on constate qu'en elle veillent encore dos croyances que le christianisme pensait avoir abolies. On pourrait croire que cette religion n'a pas suffi à satisfaire ce besoin de foi qui monte du plus intime de l'être. Un gros volume suffirait à peine si l'on voulait enregistrer tout ce que son folklore renferme de vestiges païens. L'invisible l'eÛ'raye plus que ne fait peut-être le monde visible. J'ai connu un brave homme qui passait ses étés à la campagne, et lorsqu'il lui arrivait de visiter sa maison de Péra, il ne manquait jamais de se faire accompagner par quelqu'un du quartier. A aucun prix, il n'aurait consenti à pénétrer seul dans une maison déserte. Le plus curieux est que personne ne voyait là matière à plaisanterie.
Les Grecs ont toutes les superstitions, y comprises celles qui ont cours dans le Midi de la France. Ils touchent du bois comme les Parisiennes ; à défaut, ils font le simulacre de cracher. Ils usent de pratiques d'anathèmes inconnues aux autres peuples, comme le geste qui consiste à diriger la main droite ouverte, et les doigts écartés, dans la direction de la personne qui est l'objet de leur réprobation. Le Fas kelma est une injure vivement ressentie en Grèce.
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Un joiirrinl vcnizôliulc a raconté que l'ex-ministre Rhnlli iiHa déco moyen en pleine séance de la Chambre h('llrnir|iic> pour niniidiro les incnilires d<* l'oppoHÏlion. 11 parait <|ui- Ifn I )ilv:iM(iiv, lui iciidii son j^csle avec UHiire.
Voici une histoire de revenant qui a pour elle le mérite de l'aiithfwiticité.
Le8 l'aitH s(; passent aux environs de (A/.ique. l'n homme venait d'y mourir. Ot incident aurait passé inaperçu si, coup sur cou|i, les chiens de la localités n'avaient suivi son exemple. En même temps. I«' hruit SI' ri'pandait que deux (illes venaient «le se déclarer et» «'lat <!•• jçrohsesse, sans qu elles pussent expli(pier comment cela leur était venu. Tout le voisinn^e jurait qu'elles étaient aussi sages que bien L,'ar<lées. Ot incident éveilla sérieusement l'attention. Tandis que les matrones se confondaient en .si^Mies de croix pour conjurer de plus grands malheurs, l'une d'elles se mit à raconter tout ti coup ((ue le dei'unt lui était apparu, In nuit, sous l'aspect d'un homme irrité et qu'il l'avait battue. Klle montrait même la trace des coups c|u'elle en avait reçus, mais ne se plaignait pas d'autre chose. Les notables de l'endroit finirent par s'émouvoir, pensant que le déliitit pouvait bien être, après tout, l'auteur de tous <es melaits. Un d«"cida sur le-chnmp que des prières seraient dites pour l'engager à rester tranquille ; mais l'autorité ecclésiastique, mis*; au courant, jugea la mesure insuiTisnnte. Llle ordonna qu'on ouvrit le cercueil pour l'exorciser convenablement. La céré-
monic s'accomplit avec toute la pompe requise en pareil cas. Un pnpas prononça sur lui les prières d'usage, puis il fit le geste de plonger un poignard aux quatre coins, et, là-dessus, on referma la fosse. Le fait est qu'on n'entendit plus parler du mort. Mais le plus singulier peut être de l'aventure, c'est que personne ne songeait à plaindre les victimes. Toute la pitié allait au revenant. « Que Dieu ait son âme », disaient les vieilles femmes, en se signant dévotement.
On se tromperait si l'on allait croire que les Turcs sont moins superstitieux que les chrétiens. La croyance aux songes est un dogme dans l'islam, et comme cette science fait partie de la théologie, ceux qui font profession de les interpréter revêtent un caractère religieux. Pour le reste, ils ont en ces matières des croyances communes avec les chrétiens. Il m'a été donné de constater maintes fois qu'ils se passent même réciproquement leurs sorciers. Les premiers consultent les guérisseurs turcs, et ceux-ci se font exorciser sans difficulté par les hodjas. C'est un spectacle qu'on pouvait voir même dans les rues de Stamboul. Rue Divan-Yolou, un hodja coiffé d'un turban vert faisait profession de dissiper les migraines et les rhumatismes. Il opérait sur les marches d'un mausolée, et son procédé consistait à promener sur la partie douloureuse le tranchant d'un poignard, en même temps qu'il soufflait dessus pour chasser le mal. Pour n'être pas en reste, un papas grec se disait en possession de guérir quantité de maladies.
s r p r: fi s t i r i o n s aag
Je r.ii vu unjoiir <)|)«ror sur un inan'chal do rF'mpire et comme y* lui on f.iisais coni[»limr»nl. il mv confi.i qu'il comptait s(>s in(*ilU>ur» cliciit.H parmi les pachas de vieille roche.
Heaucouj) d'ulcmaH se livrent à la pratique Hes scicfjces orrullrs, ot r'i'st encore à Stamboul qu'on découvrirait, sans trop chercher, les derniers aichimistes qui rivent de pierre philosophale. J'ai eu l'honneur d'approcher l'astrolofçue d'AbduI-llamid ({ui jouissait à la cour d'un gros traitement et «le la plus hautj' considération.
Autour du i^rand Ha/ur, de nombreux faiseur» d'amulettes tiennent boutique ouverte. Le nottxhnttji, accroupi sur une toison, la plume de roseau grinçant sur le v/'lin, écrit des mnclinflnh et autres formules extraites du (^oraii qu'on enrernje dans un »'tui de cuir. Tout bon soldat d'Anatolic a son nous/ta passé autour du cou, comme un scapidaire, dans la croyance qu'il le pn-servera îles balles d«» l'ennemi. La femme tur(|ue lui demande le talisman qu'elle coud sur la calotte de son rejeton pour le présener de l'iiiduence du mauvais omI. ('.ependant, la formule magique, par excellence, celle que prononce à tout propos le musulman, c'est le mot mitrlmlhih, (jui renfi^rme \v nom de Dieu.
J'ai connu l«* noushntiji d'Abdul-lIamid, le cheikh Aboul-llouda, dont l'iiifluence fut grande au palais de YiMi/. Voici comment il se concilia les faveurs impériulcH. L'ne nuit le sultan ri^va «l'un scorpion qui le piquait. Au réveil, son trouble fut si grand
qu'on envoya quérir un certain Halid pacha, affilié à l'ordre des derviches roufaï. Interrogé sur le cas, il déclara que le sultan courait de grands dangers s'il persistait à continuer à habiter Yildiz à cause des bêtes venimeuses, qui en infestaient le parc ; mais, ajouta-t-il, je connais un derviche qui sait les formules par quoi de tels dangers sont écartés. Il nomma Aboul-Houda. Aussitôt, il était appelé et introduit dans une pièce. Le cheikh y trouva un homme auquel il demanda s'il pensait que le sultan le recevrait bientôt. « Le sultan, c'est moi, répartit l'inconnu, faites ce que vous avez à faire. » Le cheikh, après s'être incliné, demanda un morceau de sucre et une pièce d'argent, sur lesquels il prononça les paroles prescrites en pareil cas, puis il invita le souverain à avaler le sucre. Le cheikh garda la piastre. A partir de ce moment, Abdul-Hamid fut à l'abri de tout danger.
Ce pouvoir occulte, Aboul-IIouda le tenait par droit d'héritage du fameux Ahmed Roufaï, fondateur de l'ordre. De son vivant, un prestige singulier s'attachait à ce saint personnage qui passait pour dompter les fauves du désert. De pieuses légendes affirment que les lions lui faisaient cortège, dociles comme des moutons, et dans les téki'S de l'ordre se voient des aquarelles représentant le tombeau de ce saint gardé par ces animaux. Les pèlerins racontent qu'ils ne leur font aucun mal et qu'ils se contentent d'accepter leurs provisions.
Le cheikh Aboul-IIouda fut odieusement maltraité
par les Jeunes-Turc8. a la cliiile (rAbduMIaiiiid. Ils l'expulseront brutaleinont de sa maison de Iknliik- Tarh où, rirhomenl pensionna, il menait une existence de grand seigneur musulman. Mais jamais homme n'usa plus noblement dos largesses (pion lui prodiguait. Sa porto ««tait ouvorto à tout venant. In Albanais était uniquement occupé «i garder les ( annos et les galoches que les arrivants y déposaient ;i mesure. Sur ses divans se prélassaient, soir et matin, dos fainéants qui jiassaiont leur temps à fumer des cigarettes et à vider des tasses de café, le trspih d'ambre à la main. En rama/an, la maison se transformait en une gigantesque hôtellerie où se pressaient une légion do gens afTamés qui prenaient les tables d'assaut. Aboul-llouda s'isolait, pour ne point gêner ses hôtes, au fond d'un jardin dans un kiosque peint en vert pomme. On peut dire do sa maison (ju'elle fut le dernier refuge de l'hospitalité orientale.
C'est moins par esprit de tolérance que par superstition que les Turcs autorisent les chrétiens à visiter les sanctuaires qu'ils leur ont confisqués, pour en faire des mosquées ou des maisons d'habitations. Je sais un conak qui a été construit sur remplacement d'un aghiasma. mais son propriétaire a réservé une niche dans un coin de l'immeuble donnant sur la rue où les (irecs sont admis à entretenir une veilleuse. C'est pour une raison semblable qu'ils laissent les pigeons s'établir en toute liberté dans leurs demeures, en deho/s de toute idée égoïste d'en
plumer un à l'occasion. Une vieille croyance enseigne que l'animal dont on prévient les besoins n'est jamais nuisible.
Sculpture bysantine.
ciiAi'iiiu: xii