LES MAISONS DE BOIS
liittoire du c«té turc. — C'e«l k ^IhiuImjuI qn ont ét^ ouverts \e* prt miert raf/«. — Quel* furent le« premirr» rIitaU — Let minarcU mmI- Irait^t parl'or^if*. — Le rafitloUgc des inai«oB« de bot* — ('• aid« de ramp du palai« qui ruu»iruil dp »e« main*. — L'amovr de la pro. priél^ Lr* niai»on« ronimenrenl par le luit — Le« inl^nenr* leTsa
tin», «t le* avatar* de la rai»*« k pétrole.
SAlT-o> que la profession «le cafetier est neo à Constantinopie, et t|iic c estiians un quartier de Stamboul qu'ont été ouverts les premiers cafés? Ils subsistent encore en face de la magnifique mo»qnr«> «le la Souleiiiiani«'h. C'est une rangée de petites b()iiti<|ues voiilees qui ne rei'oivent le jour que par leur porte vitrée. Elles n'ont jamais changé de desti-
nation, et je doute môme qu'on y ait jamais rien modifié. Des divans occupent les deux côtés, et dans un coin s'élèvent le fourneau et la cheminée travaillés en stuc. Parallèlement à leurs façades court une treille festonnée de clématites et de rosiers grimpants sous laquelle se mettent les consommateurs.
Au XVI'' siècle, à l'époque où le café se propagea en Turquie, cet endroit était l'un des plus animés de la ville. C'était le quartier des étudiants, le centre de la vie militaire, car le Conak de l'aga des Janissaires n'en était pas éloigné. Ce ne fut qu'après leur destruction, en 1826, que le sultan réformateur s'avisa, pour se concilier le corps des théologiens, d'en faire le siège du Cheik-ul-Islamat. Aussi pendant longtemps les cafés de la Suleïmanieh furent-ils le rendez-vous de cette jeunesse turbulente et sans scrupule. Ces réunions donnèrent lieu à toutes sortes d'abus. Une chanson du temps en indique la nature : Tazé pichmich, tazé cahvé vérirsé Tazéler, Keif-iU Ke'ifim Yefpazéler. Ce qui veut dire : « Du café bien frais servi par une fraîche beauté, c'estle coup d'éventail attisant le feu. » Aussi furent-ils fermés par ordre de Sélim II. Cependant un derviche, dit-on, osa faire observer au sultan que le café en lui-même n'avait rien d'immoral, qu'il sulTirait de réprimer les abus auquel il servait de prétexte. Touché par cette sage parole, le sultan permit qu'on rallumât les fourneaux. Ils ne devaient plus s'éteindre.
Le café de Stamboul ayant conservé sa physionomie primitive, son ameublement se réduit à un sofa
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et à qii<'l({ii('s tah(>iir(>t8. I^a boiiilluiro chaiifTe dans un coin sur un (V»ii dr» hraiso. et son matériel »e compose (l<; ciiIclitTes do dimensions didVTentes ri de nar^iiilehs avec leurs tubes de maroquin accrochég à des chcviliea de bois. Les murs sont tapissés de gravures (|ui ronionlent ;i l'ouverture de rétal)lisseni«'nt. Aussi en voit on <le lort anciennes. C^e qui domine ce sont les inscriptions édifiantes peintes en lettres' d'or. Kn belle place figure celle qui évoque la mémoire du derviche vulgarisateur du café. ■ Le bienheureux (Iha/illi est notre patron et notre père ». dit le If'xte. Le plus souvent, le calive<lji partajçe sa boutic|u«* avec h» barbier turc qui, de son côté, est resté fidèle à ses plats à barbe et à ses procédés de toilette, l'ne fois rasé, le client se place sous un pot suspendu à une chaine et muni d un robinet. Celui-ci ouvert, un ruisseau d'eau tiède lui tombe sur le chef et il le reçoit sur un ^rand bassin posé sur se» genoux. Le barbier se livre alors aux opérations d'un minutieux savonnage. C'est le shampoing turc. De mémoire d'homme, on ne vit jamais a Conslantinople une série d'orages traversés d'éclairs aussi violents <|u'au printemps de l'année 1908, (pii fui celle de la révolution. L un des «b'ux minarets de la mosquée de Top- Hanr y perdit son rteignoir. A Orta Keuy, un autre minaret s'y vit privé d'un croissant d'or tout neuf, arrache par la violence du vent et pr«'cipilé à la mer. Déjà, l'année précédente, à la même epo(nie, un orage avait renverse le d(*licat minaret de pierre blanche, ciselé comme un cierge
de la mosquée de SokoUi aux délicieuses faïences bleues. Chaque hiver met à une rude épreuve ce fragile décor qui, au moindre vent, oscille sur sa base, au point que les muezzines n'osent s'y risquer les jours de tempête. Mais, à Constantinople quand le temps se met au beau fixe, dans la saison du printemps, commence aussitôt la chaleur.
En juin, les alentours de Péra sont chauffés à blanc par un soleil implacable et les chemins n'y sont plus que des fournaises poussiéreuses et puantes. Chacun a hâte alors de gagner les bords de la mer où l'on jouit de la fraîcheur accueillante des marronniers et des platanes, en attendant la brise caressante du meltem. Sans doute, les fruits souffrent de l'abondance des pluies comme la fraise et la cerise ; mais le gazon s'en réjouit. Pendant un ou deux mois les petits enclos faits de planches, attenant aux maisons, se transforment en corbeille de verdure, au feuillage d'un vert foncé si différent de celui de France. La haute colline de Tchamlidja, dont la parure ordinaire n'est que dans la finesse de ses lignes, apparaît aussi fraîche qu'une pelouse anglaise; mais bientôt toute trace de verdure disparaît, dévorée par le soleil, et le sol reprend en juillet l'aspect désolé qui lui est ordinaire. Le paysage se trouve bien de cette sécheresse qui met vigoureusement en relief les collines boisées et les forêts de cyprès qui entourent les faubourgs. C'est alors que triomphent les beaux platanes aux goûts solitaires, les pins parasols qui dressent leurs tètes sur les terrasses des jardins. Le contraste de leur
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omhrajçe avec la chaleur qui brùlo les alentours est iiiH' sensation drliriiMise, surtout lorsqu'elle se com- [>ltlo (le la vue de lu mer.
En attendant, mes voisins se sont mis à raccommoder leurs maisons que les récentes intempéries ont tnisi's a mal, EIK's en ont bien besoin, les pauvrettes. ll.s rcmplarciit les planclies pourries par des pièces (le Ikmh neuf, ce qui leur donne Inspect pitoyable d'un liabit rapiécé. On étaie celles qui, fatiguées de «e tenir <lebout. s'inclinent de façon à faire croire qu'elles préféreraient la |»osition couchée. Otte attitude ne «•onvieiit ^nerc aux immeubles habités; pourtant tous finissent, en vieillissant, par en prendre l'habitude. On peut voira Halat toute une rangée de masures in«lin«'es du même coté, se soutenant mutuellement. Lorsqu'elles sont isolées, on les consolide de chacjue côté à l'aide d'une poutre, comme ferait une |>aire de béquilles. Heureuses celles qui ont pour soutien des bâtisses en pierre ; mais celles-ci ne se sourient guère d'un tel voisinage «lepuis que les sociétés d'assurances «le (lalata se sont avisée» de taxer ces familiarités comme pour leur enlever tout envie de flirter avec des voisines aussi inflammables que légères.
Les gens aisés font naturellement faire ce travail par des ouvriers. Les pauvres l'exécutent eux-mêmes tant bien «jue mal. Us s'improvisent charpentiers, couvreurs, vitriers. Tous se servent plus ou moins adroitement du kfsser, hachette recourbée qui sert en même temps de marteau. L'ouvrier indigène manie
cet outil avec une adresse qui tient du merveilleux. A l'aide du seul kosser, il serait capable de construire une maison dans toutes ses parties. J'ai sous les yeux une maisonnette que le Irère et la sœur, deux orphelins, sont en train de rafistoler. Elle est située sur les bords du ravin et les grosses pluies ne manquent jamais d'y causer quelque dégât. Tandis que le premier, perché au bout d'une échelle, accomplit la besogne, la jeune fille l'aide de son mieux en lui passant les matériaux dont il a besoin. A ses moments perdus, elle essaye d'arracher des vieilles planches les clous qui peuvent encore servir. Ellr s'acquitte de ce travail avec un zèle que relève une charmante gaucherie. Dans cet édifiant tableau s'affirme le goût de la propriété, en même temps que la solidarité familiale de l'indigène.
Mon voisin de gauche est un Turc originaire des îles, qui porte les aiguillettes d'aide de camp du palais. La maisonnette qu'il habite, et qu'il a en grande partie construite de ses mains, n'est achevée que du côté de la rue et le reste ressemble plutôt à un chantier. Cependant, il y travaille à ses moments perdus quand il n'est pas trop saoul et qu'il lui reste un peu d'argent pour s'acheter des planches et des clous. En six mois de temps, on lui a vu construire deux pièces. Il se propose d'achever l'étage correspondant au premier argent tju'il touchera. On raconte dans le quartier qu'ayant l'intention de prendre femme, il ne se mariera que lorsque la maison sera habitable.
Quelle que soit sa situation de fortune, le Levan-
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lin n'f'st lraii(|iiilio (juc lorsqu'il |»oss«do un inlrrifur. Il lui en faut un. route (|u«' loùto, ot<|unncl la feniinc <]u'il é|)ouHe ne lui apporte pas ce (|u'il dcHire, il avÏHC à s'arranger autrement. Le souci du loyer è payer au bout du mois lui est insupportable. Et cela se comprend à Constantinoplo où les loyers sont relativement chers, les traitements m;iiu:res. irre- ^uliers et incertains.
Ce|>endant, ce n'est pas qu'on n'y construise beaucoup; mais la fureur de bAtir ne s'exerce qu'à l'éra ou ullluent les «'Iranjçers «.'t les chrétiens qui aban- (bmnent buirs vieux quartiers de Stamboul, au point (|ue Coum-Capou et Soulou-Monastir qui, jusqu'en iiS(|r),«'«taient peuplés comme aucun autre quartier de la ville, n'ont plus que des maisons vides. Dans ce pays irrémédiablement mort a toute industrie lionn«''te. ou tout travail organisé est illusoire, le peu d'argent (|ui subsiste encore s'emploie en achats de terrains et en constriutions. Si Ton lient compte des conditions économiques, c'est évidemment la moins mauvaise opération qu'on y puisse faire. Beaucoup y vivent du loyer tie leurs maisons, mais un plus grand nombre en soufVre, si l'on peut dire, obligés (ju'ils sont de retrant her sur leurs chetifs repas p<»ur :u-(|uiller le terme échu. 11 est vrai que le projuietaire indigène n'est pas le monsieur intraitable qu'est le bourgeois de chez nous, qui entend recevoir le montant lie son lover à échéante (ixe N'olontiers. il laisse écouler plusieurs jours, parfois même un mois entier avant de présenter sa quittance. Il arrive.
d'ailleurs, assez souvent que le locataire profite de ce courtois répit pour déménager à la cloche de hois.
C'est à ce goût de la propriété qu'est due l'invraisemblable quantité de masures plus ou moins habitables qui couvrent la ville et qui lui donnent une étendue fort disproportionnée avec le chiMre de sa population. Elles se pressent toutes pareilles, les unes sur les autres, dans l'entassement du quartier i)âclé, à la hâte, après un incendie. Pour la somme (le quatre à six mille francs chacun peut s'en ofTrir une de cinq ou six pièces, avec un enclos. J'ai vu acheter pour le quart de cette somme un immeuble ijui n'avait que l'inconvénient d'être situé dans un i;oin retiré. Mais outre qu'il est plus facile à Constantinople de trouver 5o francs pour payer son terme que cent livres turques pour s'ériger propriétaire, surtout au prix où est l'argent à Galata, nul ne se soucie d'habiter des quartiers privés de communication.
La construction d'une maison de bois ordinaire n'exige aucune étude spéciale, et le calfa, qui l'entreprend, ne trace aucun plan sur le papier. Sur de légères fondations s'élèvent, comme par hasard, quelques poteaux où se croisent deux traverses. D'autres poteaux viennent ensuite jalonner l'intérieur. Audessus vient se poser une légère charpente qu'on recouvre aussitôt de tuiles. Cela fait, une couronne de laurier, surmontée d'un drapeau, signale la difllculté vaincue. Le propriétaire égorge, à cette occasion, un mouton dont il distribue la viande aux ouvriers. On peut dire que la bâtisse commence vraiment par le