SITUATION ECONOMIQUE
Mitère inv^t/r^e. — DoUaiire« d'un vali — Le pa]r%an pare pour looi le monde. — l'n budgri turc. — S«>ut le r^^ae du bon plnitir. — Le cheuge chei le «araf. — Une r/furne lur«]ue — Ijc régime de* ^ge«. — I.^ chèvre et le rbou — (^ P^y* «l" mirage. — Le* cbar> bonna^e< d'il^rakl/r. — Le Turt- t'ennuie au fond d'one aiine. — Ce quV«( la Syrie. — Son incompanible »i(ualioa f{^ograpbit|ae. — C<M« Toiti«c« allrinande*. — La raiv>n de la pru%p^ril<'' de T) r rt de Sidoa. — La vraie route qui m^oe à Bagdad. — Lot p/lmle« de Mésopotamie.
Ji. n'ontro pas dans le cadre de cet ouvrage de tr;i(or. nu^me sominairomenl. un tableau de la situation économique de la Turquie. C'est là une tAclu» ((ui n'est pas tlaiis nu*s inovens. Au surplus, les ddiuuM's pn'cisj's l'ont driaut, ri ainrs nn^nie tpi rlles abonderaient, les Turcs sont trop discrets pour les jeter au vent de la publicité. Comme le sage, ils eaehent leur vie et liMirs statistiques I )e leurs afTaires, ils ne racontent que ce (pi'ils veulent faire savoir, et «le leur foyer, ils ne montrent que la partie où il est coutume <le recevoir l'élranjçer. La puissance ottomane n'est qu'un blulV. et sa situation peut se compa rer à celle de certains faiseurs d affaires dont tout
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le crédit repose sur l'opinion avantageuse qu'on a de leur fortune, mais qui sont ruinés le jour où chacun connaît le secret de leur coffre-fort. Cependant, l'incroyable malaise qui régnait d'un bout à l'autre de ce pays, conséquence de la misère, indique assez ce que ces statistiques peuvent être. Point n'était besoin de visiter les provinces pour se représenter l'état de dégradation où était tombée la population rurale. Pour cela, il suffisait d'assister au passage dans les rues de la capitale des conscrits allant rejoindre en savates et en guenilles leur dépôt. Cependant, le malaise s'en fût amoindri, si le gouvernement avait renoncé à affermer les dîmes à la caste privilégiée des multezims qui évaluaient arbitrairement la quantité de la récolte à prélever, volant ainsi l'État elle contribuable. En l'absence de numéraire, les paysans s'acquittaient en nature, car depuis longtemps, dans l'antique royaume de Crésus, l'argent n'était plus le moyen ordinaire des transactions. Tout l'argent était dans les centres maritimes, tout le luxe à Constantinople. La capitale était un masque derrière lequel pourrissait la vraie Turquie. Lesministres d'Abdul-Medjid, comme ceuxd'Abdul- Hamid, touchaient des traitements de 2 à 3oo 000 francs par an, et l'entretien du palais absorbait des sommes énormes. Par contre, les caisses provinciales ne s'ouvraient qu'aux deux baïrams et aux deux anniversaires impériaux pour payer aux sapties (') de
(') Gendarmes turcs.
Itit'ri clK-tirs :i|i|><iintem(>nts. Voici <;n qiielH lerincs lin vali (i(> Sulorii(|U(> nxprirnait vu 189a »ca dolt'aiices aux minirtlrcrt dr l'Iiitrritîur: « Le paiement irréiçtilior (les appointmiciits nous cause beaucoup d'ennui» ; mais on ne peul y rem-diiT, car ct'llc irn-gulariti* est due à un mauvais état des finances de ce Nilayel. Aussi doit-on lui laisser le revenu des droits |irrçiis par tète <le mouton «'t n<* pas I«'s envover à (lonslantinople. Jusiju a ce jour li'S sommes réclamées par le Malir étaient exorbitantes et il vaudrait mieux <jue ses exigence» ne se renouvelassent |M)int. ')
Le plus clair des contriliiitions était payé pu l<paysan sous la l'orme d'un inipot sur le revenu de la Icrre. la ilimi', recommand«'e par U» Coran, et oui atteignait itieldemi pour luo, etdertf(^/i^///i, impôt sur il' niout<m Le paysan |)avait |>oiir tout l«> moiidc. I^e citadin ne payait qu'accidcnlcjlemenl limpol immobilier. Le veryhi des maisons n'était, en fait, presque jamais recouvré, et les -évaluations sur lesquelles il etail calcub*. tenaient compte, avant tout. »le l'importance du propriétaire. |N)ur toucberce «pii lui était dû, le lise attendait |)atienunent l'éventualité dun translert ( Ml «levait alors régler tout l'arriéré en recevant je titre de propriété. Les gens «le métier payaient le frnirffu. sorte de patente (|ui produisait un peu d'argent, el qui en aurait prtxluit davantage si les étrangers y avaient été soumis. (^)uant aux impôts de « onsoiiiiiialion, le gouvernement ne pouvait les remanier sans la permission des ambassadeurs. Sur
ce point, on lui donna quelque satisfaction. Les droits de douane, (\u\ rtaient de 8 pour loo, passaient à II i)Our loo. L'excédent devait ôtre appliqué aux dépenses prévues pour les réformes en Macédoine. Au coup d'état jeune-turc, ils furent, sans façon, versés dans le gouffre sans fond du budget de la guerre. En 1909, alors que le gouvernement constitutionnel s'auréolait de l'éclat d'un prestige encore immaculé, il obtint une autre majoration de /i pour 100. La plus-value devait être affectée à la redevance kilométrique que le gouvernement d'Abdul- Hamid avait consentie au Bagdad.
En mars 1909, Ililmi pacha présentait le premier budo-et dont l'histoire ottomane fasse mention. Jusqu'à Abdul-llamid, chaque service disposait à son gré de ses recettes spéciales, qui servaient d'abord à payer les appointements du nasir et de ses nombreux employés. Quand les ressources étaient épuisées, le ?tia/i(' lui délivrait un havalé sur une caisse provinciale. C'est par la voie du havalé que la province se dépouillait au profit de la capitale. Le rôle du ministre des Finances consistait à ajourner indéfiniment le paiement des dettes, à emprunter à Pierre pour payer Paul. Tantôt il empruntait à Paris, tantôt à Galata ; mais il avait plus de crédit auprès des banquiers européens qu'auprès des sarafs indigènes, si bien que la Deutsche-Bank finit par se substituer à ces derniers dans le système des petites avances. A défaut, il puisait dans la caisse des retraites.
Dans le budget de Hilmi pacha, les recettes étaient
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évaliH'ea ù 577 millions, vt les (li|><*iit»OH ù 661. Le déficit nvniH» ('-tait donc tl<> 8.^ millions. L'évaluation àen recettes n'<*tait pas chose aisée. l'Ius de la moitié provenait des impots directs, dont le rendement dé> pendait, dans une lar^e mesure, des récoltes de l'année, l'ne partie »le l'argent s'évaporait en route, (^est dire que la n-fornH' liiian«i«"re aurait, avant tout, exigé une refonte du personnel. On a calculé que. sans rien changer aux tarifs et simplement en surveillant l<*s mains des employés, les douanes auraient rapport** d(> ao a 3o pour 100 de plus. Un en eût pu dire autant de tous les chapitres do recettes.
L'unité monétaire tunpie est la livre d'or qui vaut 33 fr. 80. Théoriquement, elle se divise en iih> piastres, et la piastre en '|o jiaras. Pratiquement, elle vaut 108 piastres. L Opération du change se fait che^ le saraf du coin, car le d<-taiilant refuse de se démunir de sa monnaie lorsqu(> l'achat n'excède pas au moins 5(1 pour 100 de la valeur de la pièce. Le saraf vous délivre 5 medjidies, soit km) piastres, et, pour la différence, 7 piastres et demie, au lieu de 8. Mais on n'en est pas quitte pour si peu. car chaque medjidié perd 10 paras chez, le même détaillant, et 30, s'il est changé au comptoir du saraf; le «piart du medjidié perti à son tour lu paras, dans les mêmes comlitions. Au total, le change de la pièce d'or se traduit par une perte «le 10 ù 1^ sous en moyenne. D'autre part, l'écpiivalence de la livre turque était lt»in détre iinilorme. car le nombre de piastres que l'on donnait ou recevait variait d'un point à un autre. A Saloni-
que, c'était i6o piastres qu'il fallait apporter au chani^our pour obtenir une piôce d'or; à Smyrne. l'équivalence n'était que de i3o piastres. On annonce que les assignats turcs, de fâcheuse mémoire, ont reparu dans la circulation. Leur dépréciation était déjà en 1916 de 176 pour 100. Après la guerre russoturque, elle était de 900 pour 100. Aussi l'or se cache-t-il, flairant l'inévitable banqueroute.
Un jour, le gouvernement turc, en veine de réformes, imagina d'imposer le système décimal. L'opération fut excellente, car elle obligea les marchands à se munir de tout un outillage de balances et de poids, vendus par l'autorité. On substitua le gramme au draghme et le kilo à Vocka, qui représente un poids de 1 260 grammes. Cette innovation jeta d'abord quelque confusion dans les esprits, dont voulurent abuser les marchands. Mais le public se méfia lorsqu'il s'aperçut qu'on lui faisait payer le kilogramme de pommes de terre et de haricots au prix de l'ocque. Il réclama les anciennes mesures, non à l'autorité, mais aux vendeurs. On y revint peu à peu, en cachette d'abord, puis ostensiblement. Le curieux, c'est que la réforme n'en fut pas moins maintenue, ce qui obligea le marchand à avoir deux poids et deux me sures, les uns pour le client, les autres pour les agents municipaux.
La Turquie a su faire mentir le proverbe qui veu! qu'on ne prête qu'aux riches. Tous ses budgets étaient en déficit, mais comme l'on n'en publiait jamais aucun, on n'y voyait que du feu. Cepen-
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daiil, le krarh do 1876. dont Ift n*lenliHs«Min*nt fut si doiiloiirnix ri la polilo rparj^no, évoilla l'attention. SoiiH la |)n*sHi«tri des cin onstaiicos, la l'orli* tut amenée à conclura' lin arrangement à la suite duquel une commission , composée de d«*léjçués étranjçers, assurait le |iaieriient «les intér/^ts et «le l'amortissement des eni|>runts, préalablement réduits de près de moitié, par un «oncordat. L'n comité, investi d'un pouvoir direct de perception, était appelé à administrer les revenus concédés. Les ressources, que !•• gouvernement s'était réser>"ées, furent réparties entre les divers services publics suivant une proportion on le souci de l'intérêt général n'avait rien à (leméler. Les ministères des Travaux publics et de rinstructioti publique grattaient (ju«'lques piastres, :ilors (jue les revenus de la douane de Constantiiiopje tombaient régulièrement dans la caisse de la liste civile.
Depuis cet arrangement, aucun emprunt turc sérieux ne s'est ell'ectiu' sans l'intervention <le la Dette publi(|ue qui garantissait les revenus concédés pour !<• service de loui nouvel emprunt. Pour inspirer «onliance à ses créanciers, la Turquie dut leur (loniwr. sinon des gages de sagesse, du moins des ^Mr.uilies de sohabilité. Le capital européen, enlin averti, recourut à ce système. Mais il arriva qu'à force d'emiirunter. les gages se firent de plus en jdus rare», tandis que les besoins allaient croissant, si bien (ju un»' nouvelle faillite, cette fois-ci délinitive, apparut imminente. Les Jeunes-Turcs ont cru que la
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guerre les tirerait d'embarras. Elle allait, non seulement réaliser le vieux j)lan touranien, l'abolition de la juridiction consulaire, le retrait des concessions accordées, mais l'avantage de n'avoir pas à payer de coupons au principal créancier, et qui sait? de toucher sa part des 5o milliards d'indemnité que l'Allemand vainqueur promettait d'imposer à la France vaincue. Ne serait-ce pas en prévision de ces heureuses éventualités que les Allemands ont fait traîner les négociations relatives à la liquidation des parts du Bagdad se trouvant entre les mains françaises?
Dans ce pays, épuisé jusqu'à la moelle, tout faisait défaut. La sécurité et les capitaux y étaient aussi rares que les routes et les travailleurs. C'est à cause du manque de communicationsque Constantinople vivait des denrées que lui envoyait l'étranger. C'est à cause du manque de sécurité qu'on avait dû renoncer à créer des exploitations agricoles dans un pays où l'agriculture forme la seule ressource. Tous les essais qu'on a tentés dans ce genre ont piteusement échoué. Les étrangers avaient à combattre, en outre, l'invincible répugnance des Turcs à voir ces derniers s'installer sur leurs terres. Paysans et fonctionnaires s'entendaient pour leur rendre la vie impossible. Certes, le renom de probité dont jouit le paysan d'Anatolie est fort justifié ; mais cela n'exclut aucunement son amour du grappillage, auquel il est enclin par un effet de ce principe, d'essence évangélique, que le riche doit nourrir le pauvre. Les fermes du sultan Abdul-Hamid n'étaient guère épargnées, ni
bCH hicRH ù Inhri (i<>H iJ«'|>r('(Jalions de 8os sujets. Comme le direcliMir <le 'ses domaines lui demandait un jour ce qu'il fallait Taire pour mettre ses terre» de M<'?so|)otamic u l'ahri des entreprises kurdes, il répondit : « Sauvegarde/, mes intérêts, et no me brouille/ avec personne. «Cette réponse résume assez hieii la |ioliti(|ue de ce souverain qui s est appli(|ué, en toute occasion, à ménager la chèvre et le chou.
Cependant, la rur(|uie abonde en cantons riches. On n'y ronnail |)«>int l't'lendue totale d«»s terres arables ; mais on sait (|u elles sont appropriées à la culture des céréales, «le la vigne, du mûrier, do l'orge, des arbres à fruits. Un territoire, qui s'étend sous plusieurs degrés de latitude, coupé de vallées et de quelques cours d'<*au. est n«'cessairement susceptible de recevoir la plus rirlu* varirte de cultures. Pour no citer qu'un exemple, la province d'Aîdin, dont Smyrne est le débouché, réunit les conditions les plus favorables au travail <le la terre : climat doux, terres f«'condes, valb'cs herbeuses, coteaux plantés de vignes, plantureux vergers. Mais la sécurité y fait défaut, et le brigandage n'a jamais cessé d'y terroriser les campagnes. Sur une étendue de 54 «j«»7 kilomètres carrés, on v comptait à peino I a(K)oou habitants. La p«>pulation chn-tienne abandonnait sans regret le beau ciel de l'ionie pour la Russie, la iloumanio et l'Amérique. Le coton vient facilement en Cilicie. \o nu"iri«*r en liithvnie. l'olivier sur tout le littoral méditerranéen, comme le tabac. Rien n'égalait, avant le phylloxéra, la savoureuse
variété de ses raisins, grappes ambrées du tchaouch, dont viendrait notre chasselas, et muscats aux tons d'améthyste. Mais, à part les crus de Samos et de Chypre, le vin y est généralement médiocre. Le raisin s'y consomme sur place, sans passer par le pressoir. Faute de tonneaux, et surtout de bouteilles, faute de routes, il serait difficile d'y créer un commerce d'exportation. C'est pour la même raison, que les eaux de table de la Mysie et de la Phrygie n'ont jamais pu supplanter les eaux de Vais et de Vichy sur les tables levantines. Encore, comme au bon vieux temps, les vins de Panderma et de Niaoussa voyagent dans des outres en peau de bouc.
Pendant longtemps, la Turquie a passé pour un Eldorado. Les économistes de passage ne cessaient de déplorer que la Porte ne sût pas tirer meilleur parti de ses richesses minières. Il y a, sans doute, du minerai dans les montagnes de l'Anatolie, et beaucoup ; mais, faute de route, il reste inexploité et même inexploitable. On se rabattait donc sur des gisements plus accessibles ; on fouillait le voisinage des côtes ; mais les déceptions ont été nombreuses, et quelques-unes ruineuses. Outre que l'obtention d'une concession de mine était hérissée de difficultés de toutes sortes, le concessionnaire, une fois en possession d'un firman longuement disputé, s'apercevait, dès les premiers coups de pioche, que les filons s'étaient volatilisés, ou peu s'en fallait. Le rapport de l'ingénieur avait tout prévu, sauf que les anciens avaient tout pris. On oubliait que l'Asie
Mineure est une terre de vieille civilisation ol c|ue l'art «le traiter les nu-taux y a pris naissance. Il faut croire aussi (jue cet art y avait «t»* poussé très loin. puis(|u'oti s'est aperçu qu'ils savaient descendre audessous du niveau d'eau et que les scories, qu'ils ont entassées, fornK'nl «les agglomérations ({ui donnent à peiiio un ou tieux pour cent de minerai. L«' gouvernement exploite à ses frais [deux ou trois bonnes mines de jdomi) arjj^entifc^re, c'est dire qu'elles ne donnent j)res(|ue rien. Des spécialistes lui ont proposé plus d'une fois de prentire l'exploitation à leur frais, en lui payant une redevance qui aurait triplf son revenu Toutes les offres ont été repoussées. na|)pe|ons (|u«' la heutsche Bank s'était réservé le droit d'exploiter tout gisement pouvant se trouver à ■jo kilométri's :i ilr<>itt> l'f à >';iiiclu' ilf sa lii/rH' du Bagdad.
On peut jujçer superllu de faire mention de l'ouvrierdes industries. Dans un vaste pays que la France a arrosé de ses milliards, il n'y a peut-être pas dix fahritpies. D'ailleurs. les (juel«|ues industries (|u'on avait essayé d'y créer avaient |>éri ou étaient en train de péricliter, a de rares exceptions près. La société des charbonnages d'Ilérakb'e, entreprise française, en était à sa seconde faillite. L inexpérience des administrateurs de la première heure y fut pour beaucoup, j'en conviens. Mais, en ces derniers temps, elle n'attendait «ju'une occasion pour se retirer décemment. .Ni les capitaux, d<)nt h*s Français sont si prodigues lorsqu'il s'agit de les porter à l'ctranger.
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ni l'abondance des gisements, ni les moyens de transport, puisqu'il est situé sur le rivage et à proximité du Bosphore, rien n'y manquait, rien, sinon l'essentiel, qui est la main-d'œuvre. On a remarqué que l'ouvrier turc s'ennuie au fond d'une mine. On aurait pu avantageusement le suppléer au moyen de la maind'œuvre étrangère, si des règlements restrictifs n'en avaient limité l'usage dans la proportion de 25 pour loo. Mais il y avait autre chose. Armées de ce règlement les autorités turques pouvaient ruiner toute industrie étrangère qui leur déplaisait. Pour cela, elles n'avaient qu'à provoquer parmi les ouvriers indigènes une bonne petite grève. Je sais que, plus d'une fois, elles se sont donné cet agrément. A l'heure où j'écris ces lignes, les charbonnages d'Héraklée servent à approvisionner la flotte turco-allemande, ainsi que les lignes de chemin de fer qui transportent des troupes contre nos alliés les Anglais.
La Syrie ne faisait point partie intégrante de l'Empire ottoman, au même titre que ses autre provinces. Le Liban était autonome, et les régions de la Palmyrène, du Hauran, de la Transjordane, comme celles de la Mésopotamie, ont de tout temps échappé à l'action comme au contrôle des agents delà Porte. Les nomades y possèdent d'immenses troupeaux pour lesquels ils n'ont jamais acquitté aucune taxe. L'indigène, y vivait libre et ne cachait pas son hostilité au conquérant. La crainte d'une révolte arabe n'était pas moins redoutée à Stamboul que le péril russe. Les Jeunes-Turcs n'ont déclaré la guerre que pour afl'ai-
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blir l'une et prévenir l'autre. Economiquement, cette province était convoitée par liorlin, et celte accusation n'est pas gratuite. J'ai entendu a l'aris des gens très qualiliés parler de la Syrie avec quelque dédain. Sans doute, le Liban ne vaut pas la Beauce, mais U' Haiiran possède les terres les plus f<*rti|cs qui soient peut-être au monde, et il est évident quo la Svrie a un avenir plus assuré qu'aucune coloni»* française. Les Allemands en étaient si bien convaincus qu'ils la considéraient comme une précieuse annexe du Hagdad. Sourdement, selon leurs habitudes, ils s'étaient applicjués a poser les jalons d unientreprise d'enveloppement qui eût ou privé ce pays do ses avantages naturels, ou l'eût fait tomber dans leurs lilets. Kn mars i()ii. l'Allemagne se faisait livrer le port d Alexandrette par les Jeunes-Turcs, qui, en cette circonstance, se prévalurent de la cession à la Deutsche Hank de la ligne Messina-Adana, qui était française. Devenue maîtresse de ce point vital. r.\ll«Mnagne comptait bien, le Bagdad achevé, s'approprier t«it ou tard le reste. Elle s'y créait, en attendant, de puissants intérêts, si bien que sur les i/jo millions de francs d'importation que comptait le commerce svrien. la millions lui appartenaient. Le commerce françaisy figurait à peine pour lo millions Les bateaux de la Deutsch-Levant-Line desservaient la côte, et la Deutsch-1'alestina-Bank. au capital de 25 millions, avait fondé des succursales dans les principales agglomi'rations.
.N'oublions pas ({ue la Syrie constitue une incom-
parahie situation géographique, au point de vue des transactions commerciales. Son passé l'atteste brillamment. Au XVI" siècle, elle était plus commerçante, plus peuplée qu'elle ne l'est aujourd'hui. Les tissus de soie et de coton étaient fort recherchés et Halep possédait plus de 12000 métiers : il n'en restait que quelques centaines un siècle après. Deux faits ont concouru à sa ruine: la conquête turque et la découverte du cap de Bonne-Espérance. Il ne faut pas perdre de vue que la Syrie touche aux contrées les plus éloignées de l'Asie par le golfe de Bassorah et les mers du Sud, et que, jusqu'à Vasco de Gama, elle fut la route unique qui joignait les eaux latines à l'Asie intérieure. C'est parce que la Phénicie était placée au débouché de cette grande voie commerciale qu'elle devint la reine des mers. Aux temps bibliques, les plages syriennes n'étaient peuplées que de marins et de marchands. Bien avant que les Grecs eussent construit leurs premières trirèmes, les Phéniciens avaient semé leurs comptoirs sur les rivages africains, espagnols et gaulois. C'est pour avoir été l'entrepôt des marchandises venues des Indes et des îles du Pacifique que Palmyre et Baalbek purent élever les plus somptueux monuments que l'antiquité ait connus. Les Français se doivent de rétablir par le golfe d'Alexandrette, en suivant le cours de l'Euphrate, l'ancienne circulation commerciale. C'est par là que débouchera le vrai Bagdad, dont la ligne se rattachera par la Mésopotamie au réseau persan Kermanchah- Khanikine. Une fois établie, la vie renaîtra dans ces
|ilages (If'tsertes sur lesquelles pèse encore la malédiction «l'Isaïe et (i'K/.étIiiol. Encore un** fois, elles redeviendront les grands enlrepôts de la Méditerranée orientale. N'oublions pas enfin que les ressources de la Mésopotamie dépassent toute prévision, et que ses trésors d'huile minérale sont les plus riches du mond(* entier, au dire des ingénieurs allemands euxinémrs. Os gisements étaient bien compromis après la chute de Kut-EI-Amara. I*ar bonheur, l'armée anglaise, à cette heure, est à Bagdad et les mines de pétrole sont bien gardées.
i^a Pammakarislou.
<'a\Va<.
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