LES JUIFS
I.A commiiiintil^ jiiiTe en i iirquir e«i rtt prugrr^. - lj,t que le* Jui'*
liiiivtal •'■ U It^viilulionfranraiM. - I.M ^<*ole« da l'Allianc». L«nr«
•ympnlliirt pour Ic^ Turrt ne ton! qu'un mol «rcirdrfl. - |l« M>nl rcU^t fuiieièremenl relif^ipui. — II* «tnl rtclutih et lrf« fma/t - ()««. Iil^« drt JiiiK <lr l'iirquie — Leur r^le ea Kapcgae et ailleur*. — La rai«4tn de la liainr du niutulmnn r<inlre le Juif. — Le« «rc-urtlt judéotarr» et le» eiitrepri«e« de roloni«««ino — Or^niMlion «ioiiiae rt prujeU grandioM» du tionitme »ur rC)rieut
^ 'eht slirtoiil on Turquie, où chaque élément est cantonné tlans un JHolenient ethnique, qu'il est aise (l'étudier les instincts de race et même l<'s tendan<es. (Vest le cas pour le Juif. En prenant lans les pays occidentaux la couleur de l'ambiance ou il vit, il se dérobe A toute investigation. Il ne se révèle. on Oitideiit. depuis <|uel(|ueH années, cpie par l'action oi( ulte d Une \olontc or^anisre. tendue vers un but. dont seuls lea résultats indiquent la nature et la portée. En Turquie, le Juifest en projçrès. mais ce pro- )^res irrlail. hi<*r encore, que moral. Il est superflu de parler d»* l'autre, car personne ne faisait fortune dans «e pays qui ne connaissait d'autre argent que celui
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que la France y envoyait. Il participait enfin aux bénéfices d'une situation sociale qui plonge ses racines dans les institutions libérales issues de notre grande Révolution. 11 en était redevable à Charles Netter, fondateur de l'Alliance Israélite Universelle, aux Hirsch, aux Rotschild qui ont établi les bases d'une politique, laquelle, par plus d'un côté, s'apparente à la mission du législateur biblique. Les écoles de l'Alliance ont admirablement contribué à son relèvement. Peu à peu, il est sorti de l'état d'avilissement où le maintenaient les préjugés et la malveillance. En Turquie, la nation juive compte bon nombre d'hommes cultivés qui se distinguent surtout par le sens pratique des affaires, et dont l'action est d'autant plus efficace qu'elle est en fonction d'une politique mondiale. La race juive ne forme plus, à 1 heure qu'il est, qu'une seule famille pour qui a disparu la fiction des frontières. Plus que jamais se vérifie le mot de Pascal qu'elle est une société de frères, tandis que les autres nations ne sont qu'un assemblage de familles.
Alors que, depuis longtemps, ses frères d'Europe prenaient, d'abord en France, droit de bourgeoisie, voire même de noblesse, le Juif de Turquie ne cessait d'être opprimé. A vrai dire, plus que sur aucune autre collectivité a pesé sur lui l'oppression touranienne. Je sais qu'il feint de l'ignorer, aujourd'hui, pour ne se souvenir que de l'hospitalité que ses ancêtres y reçurent au xvi* siècle après leur expulsion d'Espagne. Tel est présentement le mot d'ordre. Cependant,
j'ni vil le tom()S ou In racniilo du Bosphore hrùlait sous le no/. (U*}* autoril«*s lurcjues le traître Judas sous la l'orinc d'un niannec|uin accoutré (omme un Juif de lialat. Tendant toute la «• (irantle Semaine » de l'A(]uc8 aucun d'eux n'osait se montrer dans les rues. Le Juif, c'était le croquemitaine dont on ed'rayait les enlantH (hiand lun d'eux disparaissait, la [)o|ice allait droit au cpiartier juif, et, asi^istre par la population ameutée, fouillait les maisons, scrutait jusqu'aux fonds des marmites, tant était enracinée dans les es|)rils la croyance au sacrilice rituel. La verit»* est que, jiis(ju'en ces derniers temps, ce peuple a du prati((uer en Tur(|uie la polititpie de la tète baissée. La |>olili(]ne, plus que le progrès des mœurs, a contribué à modifier cet insu|)purtable état de choses ; mai» ce (pie la solidarité d'une politique internationale n'avait pas encore eu le temps de changer, c'étaient h's conditions matérielles de son existence.
Les principauxcentres juifs sont Balat et llaskeuv. dans la (^)rne-d'()r ; Orta-Keuy et Cousgoundjoiik. il l'entrée du liosphore. (^es villages sont incontestablement les agglomérations les plus misérables (pli se puissent voir il Constantinople où le bas peuple se loge dans des abris de fortune. On n'y voit que masures de bois, toutes de guingois sur des ruelles puantes de mares verdAtres. Là germent les premiers cas de choléra et de variole dont la ville est perio- (li(|iiement allligee. On les voit encore pratiquer le» métiers les plus )uimbl(*s, et la caractéristi(jue de leur «'sprit commercial, c est la poursuite du petit bénéfice.
Ils rabaissent tout ce qu'ils font au niveau de leur misère ancestrale. Lorsqu'on remonte la Corne-d'Or jusqu'à Balat, l'attention se porte sur une colline dontles versants dénudés sont couverts comme d'une lèpre blanche, du plus désagréable effet. M'étant approché un jour, je me trouvai en présence d'un cimetière juil". Les dalles liinéraires, gravées d'inscriptions hébraïques, étaient couchées à même le sol raviné et poudreux. 11 n'y avait là, ni stèle debout, ni clôture, ni verdure, pas un souvenir, pas une fleur desséchée, rien qui distinguât le riche du pauvre. C'était le niveau égalitaire infligé aux morts d'une race systématiquement humiliée. Et, comme contraste, sur l'autre rive, en face, apparaît la nécropole d'Eyoub endormie dans la verdure des bosquets où reposent les morts privilégiés de l'Islam (').
Les jolies femmes abondent en Orient, mais, à part d'agréables exceptions, ce n'est pas chez les Juives qu'elles se trouvent. On ne voit parmi les Rebecca et les Rachel dégénérées que petites créatures sèches, timides, au teint indécis, aux pommettes saillantes, aux yeux éraillés. Cette dégradation physique peut s'expliquer par les lieux malsains où la race a végété, mais aussi parla coutume des mariages consanguins. 11 n'était pas rare de voir, en elfet, il y a un demisiècle, des jouvenceaux de quinze ans assortis à des
(') La tombe turque est invarial)lement faite d'un cippe en mari re blanc peint et doré, surmonté d'un fez, de|)uis que la n'-forme a privé los Turcs du turban qu'ils portaient autrefois, l ne rosace sculptée de fleurs remplace le fez dans la tombe des iemmes.
rouHincs qui vcnai«'iit d'atteindre leur douzième printemps. Le» dames portent encore le rliAle de nos aïctd<*H et une veste donlilce de peau. Elles se serrent !a t^te dans un lukiol qui ne fait que trop ressortir leur profil de chèvre.
Les hommes ne sont ni plus beaux, ni mieux h^tis. «.est le m«*nie aspect chetif et malingre. Ils sont plus s(»l)res, plus ranges encore que |e(irecet I arménien. La basse classe se contente d'un poisson salé ou d'un plat de l«>gume, mais elle se montre f^énéralement peu deliente sur la nourriture. Aucune viande ne la rebute pourvu qu elle soit kachei\ cest-a-dire présentée suivant les rites. Je ne connais rien de moins app*-ttssaii( que les boucheries des quartiers juil's. On ne voit point de mendiants parmi eux. l'ne somme est consacrée par la communauté à secourir le jiauvre alinquesoit accompli l«* précepte du l)eut«-roiiome qui interdit la mendicité. Un ne les voit jamais ivres, et ils ne prennent jamaisdu plaisirqu'en famille. Le père a conserve son auloril»' sur sa fenune ««t ses entants. Même maries, il ne s Cn sépare point tant (]ue ses moyens lui permettent de les garder sous son toit, (^omme le Grec, il élève ses frères et il marie ses sœurs. Je crois le Juif de Turquie inattacjuable dans sa vie privée. Il possède non seulement sur son coreligionnaire septentrional la supt'riorite de la t(*nue morale, mais sur le commun des Occidentaux.
Ils sont foncièrement religieux et, de tous les peuples d'Orient, les plu;s fervents d«'Vots. Des fenêtres de ni.i maison, ipii domin.iit l<*ur quaiti<>r. je les \oyais
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s'assembler au grand air d'une terrasse pour psalmodier en commun leurs prières. Je n'y ai jamais vu une seule femme. Comme l'Islam, la foi mosaïque est une religion d'hommes. La femme, fidèle servante de la tradition, se borne à allumer la lampe du sabbat et à prélever sur la pâte qu'elle pétrit la part du lévite. Quand il arrivait aux hommes d'aller aux fêtes de circoncision turque du voisinage, ils emportaient leurs provisions de bouche et ne touchaient qu'au pain et aux fruits qu'on leur offrait. En Turquie, comme à Paris ou à Xew-York, la synagogue est restée le point de ralliement de la race, et cela est si vrai qu'après deux mille ans d'exil, elle y retrouve, toujours vivant, le souvenir de ses origines et même de ses mœurs. C'est surtout d'Israël qu'on peut dire que la religion contient la nationalité. Le Juif encourage la libre pensée chez ceux qui ne sont pas de sa religion, mais il n'en use pas pour son propre compte, du moins ne la traduit-il pas dans les faits qui intéressent sa communauté.
Pour se faire bienvenir des musulmans, ils affectent de rester fidèles aux usages dont ces derniers ne veulent plus. Le bas peuple s'y vêt encore de la culotte bouffante ou plutôt de la guenille qui y ressemble. On les voit les jours de sabbat s'affubler de robes flottantes, et de minables pelisses pour faire leur promenade endimanchée, tandis que les rabbins se donnent de faux airs d'ulémas. S'ils trafiquent avec tout le monde, ils ne frayent qu'entre eux. Ils sont exclusifs et fermés, sans doute par esprit de
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religion, mais aussi pour obéir à ce besoin de se défendre qui est devenu l'une des plus puissantes manifi'Kl.'itions do lour instinct racial. Il n'i'st point au monde de collectivité ou 1 esprit de solidarité soit plus actif, où l'on se sente mieux les coudes que chez, eux, au point que tout s'y repercute des événem<'nts qui peuvent les intéresser. Un œil exercé s'en aperçoit à la mobilité de leur attitude, phénomène (jui s'observe aussi dans les autres communautés, mais ({ui est plus accusé chez eux. IndilFérents à tout ce qui ne les touche point, ils ne s'intéressent aux (|uestions que dans la mesure où ils les ju^'ent favorables à leurs desseins ou a leurs intérêts. Ils les provoquent même, si besoin est, sans en avoir l'air, en usant d'intermédiaires etrani^ers, aussi habiles à profiter des circonstances qu'à esquiver les responsabilités. Leur politique est une. mais les moyens et les formules par (|uoi ils cherchent à atteindre le but proposé peuvent varier, non seulement suivant les circonstances, mais d'une frontière à une autre, et suivant les milieux.
En ce qui concerne la Turcpiie, le centre de leur influence était Salonique. et le pivot de leur action le dunmé, Juif musulman. (|ui est resté assez sémite pour que l'Israclite le considère comme sien, et suilisamment musulman pour capter la confiance turque. Les Djahid et les l)javi<l sont dunmés. Le phénomène du dunmé n'est pas nouveau, ni spécial h Salonique. U existait en Andalousie, au temps de la domination arabe. On se tromperait si l'on
croyait que la plus parfaite harmonie régna en Esj)agne dans les rapports entre Juifs et Maures. A diverses reprises, les Juifs furent mis en demeure d'opter entre l'exil ou la conversion à l'islamisme. Bon nombre de familles se résignèrent à adopter ce dernier parti. Mais leur conversion ne fut qu'apparente, comme l'avait été, sous les Wisigoths, celle des chrétiens hébraisants, comme furent plus tard les marranes qui, tout en restant fidèles à la loi ancestrale, pratiquaient extérieurement le culte catholique. Les pseudo-convertis devenaient, suivant les cas, ou un instrument d'influence, ou une sauvegarde pour la nation persécutée. Les Allemands qui, depuis leur conversion aux pratiques orientales, ont appris à nager dans les mêmes eaux que le dunmé amphibie, semblent s'être inspirés de ce même principe dans la loi Delbriick.
Les Juifs de Turquie sont les descendants de ces familles qui furentexpulsées d'Espagne en même temps que les Maures, emportés par le m.ême reflux. Les uns durent se réfugier en Afrique, les autres deniandèrent un asile aux Turcs. Sans doute, l'on ne saurait trop blâmer Tintolérance espagnole qui mit le sémite en demeure de choisir entre la renonciation à sa foi et l'expulsion du territoire. Plus tard, sous Philippe 11, elle aggrava ses torts en lui imposant l'obligation de rester en Espagne et de se faire catholique. Ces procédés répugnent à nos consciences modernes. Mais pour juger sainement d'un difl^érend ne convient-il pas, avant tout, d'entendre les deux
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jiarli<*8y C'est tout ignorer <Ip l'histoire que de s'imai^iner que ces mesures ne furent dictV'es que par un t:inatiHrne exclus! v«»monl mystique. Le fanatisme n'est, fil somme, que la loriiie flementain* (l<"s phénomènes sociaux et politiques, qui sont de tous les l'*mp8 et de tous les milieux. Les Espa^^nols de celte • •poque n'avaifMil f)as encore ouhii»' que les Juifs tvnient suivi les Arabes en pleine fortune d'Afrique en l^spa^ne et combattu dans les rangs de l'envahisseur ;i la bataille de Xt-rès. N'avaient-ils pas facilité, en outre, les opérations de Tarik et de Moussa Ibn- Acer en assumant h garde des villes conquise» pour laisser à I armée musulmane la disponibilité dos forces qui devaient occuper les points stratégiques? Une fois le pays conquis, les Maures trouvaient en eux d'utiles auxiliaires. Ils leur livraient le monopole du commerce et de I industrie, le service des informations, dont ils s'acquittaient à merveille i\ cause de leurs relations internationales. Jouisseur et poète, le Maure se déchargeait volontiers sur autrui de ces soins subalternes. Son existence se passait à l'ombre des pnlios, rêvant au murmure frais (les jets d'eau jaillissant des fontaines d'albAtre. Ce n'était pas la première fois que le Juif se faisait l'auxiliaire du monde musulman, car. si nous remontons au Ml' siei le, nous le voyons accorder son :ippui aux bandes de Halid qui enleva la Syrie et la Palestine aux em|M*reur»de Hy/.ance. et la Perse aux Sassanides. Les .\rabes le reiicontr«'renl partout assujetti, mais indépendant et parliculariste. se mettant
du côté du plus fort pour retrouver auprès du vainqueur les avantages dont il jouissait auprès du vaincu. C'est surtout chez le Juif que l'histoire se répète pour le montrer invariablement identique à lui-même. A vrai dire, sa situation en Turquie ne difFérait guère de celle qu'il avait en Algérie avant l'arrivée des Français. Ce qu'était cette situation, on l'a vu au Maroc où il vivait misérablement confiné dans ses mellahs, d'où il ne pouvait sortir que pieds nus et coille d'un tarbouche noir, couleur qui avait été imposée également aux rayas de Turquie. Il paraît que l'hostilité de l'islamite contre le Juif prendrait sa source dans les enseignements du Coran. Le Juif aurait accueilli avec un scepticisme désobligeant les prédications de Mahomet, qu'il aurait même trahi dans je ne sais plus quelle circonstance. On retrouve, dans plus d'une sourate du livre sacré, l'écho des rancunes du prophète arabe. Il en est de violentes comme celle-ci : « Maudire un Juif équivaut au mérite d'abondantes aumônes. » Peut-être ne faut-il voir dans ces diatribes qu'une manifestation du conflit qui, depuis les époques les plus reculées, divisait entre elles les deux branches de la famille sémitique. Quoi qu'il en soit, ces préjugés, que la foi entretient, opposeront un obstacle invincible à l'établissement d'un régime d'égalité fondé sur une justice impartiale. Il serait vain de compter sur une évolution quelconque pour les faire disparaître. L'actuelle accalmie ne prouve rien. Des trêves amènent de périodiques apaisements, imposés
soit par les nécessités du moment, soit par la complète HoiiiiiisHion de l'opprimé ; mais les passions se réveillent, à In preniiere occasion, plus virulentes dès que I une <les parties croit pouvoir se passer de l'autre. Le jiropre des hommes en j^énéral et de l'esprit sémite en particulier est le manque de modération dans le succès.
Dans la trév(> (|ui présentement rattache le Juif au Turc, celui-ci n'ignore rien des desseins de l'entreprise sioniste. Toujours bien infornu*. I«* l'un n'ij^nore jamais rien de ce qui se pass** autour «le lui ; car. pour dun'r. il compte plus sur ses aptitudes diplomatiques, où la (inesse et la ruse entrent à dose égale, (piesurses ressources matérielles. Par l'écrasement de la Russie et par la destruction radicale des races qui l'ont &or\'i jus(|u':i ce jour, mais qui ne révaiiMït plus que d indépendance, il pense pouvoir atteindre son objectif avant que le peuple d'Israël ait |Mi n.discr le sien. Il feint de fermer les yeux sur ses j)rojels, ce qui lui permet, en attendant, de tirer pnilit des forces (pu» le judaïsme sest engaj^é à mettre à son service, et qui sont de nature diverse. Cet accord durera, assurément, aussi longtemps que les illusions qui l'enlreliennt'nl
.Nul n'ignore, à cette heure, le rôle <lu Juif dans l'organisation du coup d'Ktat qui a renver?»»' Alxlulllamid et cpielle a été sa part dans la direction des affaires turques. Le comité « Union et Progrès » se composait «le tfunnu^s Son organe ofliciel. le Tanin, était dirige par \o dutnn»'' Hussein hj.ihid. Le Jeune-
Turc, antre organe du comité, rédigé en français, était subventionné par le Sionisme et comptait des collaborateurs juifs. Non moins dumné était le fallacieux Djavid. Juif était le député Carasso, qui avait assumé les attributions les plus variées, et qui, fait inouï, faisait partie de la délégation parlementaire qui se rendit à Yildiz pour signifier au Khalife que la nation ne voulait plus de lui. Ajoutons que c'est un judaisant, Salomon efîendi, qui, depuis l'année 191/i, occupe le poste de rédacteur en chef du Tanin, en remplacement de Hussein Djahid resté administrateur.
Tous les voiles n'ont pas encore été soulevés, mais ce que l'on sait des intrigues qui ont suivi et précédé les événements qui se sont déroulés en Turquie, depuis \e pronuncianiiento du 8 juillet 1908, permet de mesurerla part qui revient aux associations judéogermaniques dans leur accomplissement. Le correspondant du Times, à Vienne, M. Steed, vous dira que le fait le plus significatif de cet accord se produisit au lendemain de l'entrevue de Reval, au commencement de jîuin 1908, alors que le tzar et le roi Edouard, accompagnés de MM. Isvolsky et de sir Charles Hardinge, se mirent d'accord sur un programme de réformes en Macédoine qui comprenait la nomination d'un gouverneur général. « La presse judéo-allemande d'Allemagne et d'Autriche-Hongrie, feignit de traiter l'entrevue de conjuration contre le statu quo, et d'y voir une attaque qu'on devait repousser contre la souveraineté du sultan et l'autorité
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administrative de ses poss^^ssions. Dans toutes les loges privées franc-maronnes de Salonique et de Macédoine, qui serN'irenl «le lieux de r(>union aux conspirateurs jeunes-turcs contre Ahdul-llaniid. la version austro-allemande de l'entrevue de Reval était répandue, et l'on prêchait la néressil»* d'accélérer I action en vue «l'un péril qui mr^naçait Icmpirc ottoman. Le ai juillet la révolte turque éclatait. Ce fut la découvert*' (!'• la conspiration par Ahdul-llamid <jui mit \o l'iMi aux poudres » (').
Mais remontons aux premiers faits, qu'on peut noter au jour le jour, et qui s'étayent I un I autre. En 1896, le D' Ilerzel fondait à Berlin la société sioniste(*). L'année suivante, le kaiser accomplissait son retentissant voyage en Orient. Sitôt après des projets de colonisation juive y recevaient un commencement d'exécution, mais le sultan Abdul- Ilamid, qui en avait accepté le principe, toujours méfiant, s'appliquait à en contrecarrer l'exécution. Malgré ses promesses, il s'opposait à la vente des terres aux Juifs, originaires de Russie et de Galicie qui commençaient à aiiluer vers les districts de CaifTa et de la plaine de Saron où se créaient, à mesure, des colonies agricoles. Il se refusait surtout à les laisser se grouper en trop grand nomhre sur les points qu ils avaient choisis. Je sais qu'en la circonstance, il cédait aux prudentes suggestions des cheikhs arabes par qui
(') St««d. t^i Monarchie Autlro-fxmgrour .
(}) Deui an* auparaTaal, l« IV (^lawaTait f%>nà< la lif«« fmfr •iaU.
s'eflectuait la propagande panislamique. Mais cela ne faisait pas l'afTaire des auteurs de l'entreprise. Ils crurent devoir intervenir pour faire remarquer aux autorités turques « qu'elles ne doivent pas imposer aux immigrants la séparation des individus et des familles, car pour être capable d'accomplir ses devoirs religieux, un Juif est forcé de vivre parmi ses coreligionnaires ».
A l'avènement des Jeunes-Turcs tout change de face. Sur cette question, les chefs sionistes reviennent d'une façon plus pressante, mais cette fois avec le ton d'autorité qui convient à une organisation qui s'appuie sur une puissance indiscutée et avec une confiance qui révèle qu'elle possède des intelligences dans la place. Dans une note adressée à la Porte, ils font entendre que si la Turquie consentait à autoriser l'immigration juive « nos coreligionnaires, qui occupent de hautes situations dans d'autres pays, pourront, sans enfreindre les devoirs qu'ils ont envers leurs pays respectifs, mettre toute leur influence au service des progrès politiques et économiques du gouvernement ottoman constitutionnel. Les hommes d'État ottomans, qui entreprendront la fondation de cette alliance entre les Juifs et la Turquie, peuvent être certains d'obtenir les remerciements et la gratitude de la nation. Nous pouvons promettre et assurer l'attachement et lamitié du monde juif, et nous sommes sûrs que nos recommandations et requêtes seront bien reçues des personnes et des cercles qui les dirigent ». Cet appel
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ayant ètr entendu, on les vit aussitôt m-^ocier de» achats de terrains en l'alesline pour la ron<lation de nouvelles colonies. C'est ainsi qu'ils seraient propriétaires do terrains considérables dans la région qui, de Tibériade à Safed, entoure le lac de (lénésarelh et descend le lon^ du Jourdain jusqu'à Jéricho. A la veille de la guerre, ils étendaient leurs acquisitions on Syrie, en dépit do l'opposition des indigènes autochtones, des Druses notamment.
Ce qu'étaient ces associations, «le (pnù «-lail lail leur crédit, par qui elles étaient dirigei's, nul ne l'ignore à cette heure. On ne peut s'empêcher de remarquer qu'elles se composaient d»* Juifs allemands, ni de souligner que cela ne les empêchait point d«* s'engager vis-à-vis d'un gouvernement étranger au nom <les Juifs f/'aufre.s pnys qui occupent de hautes situations, assurés qu'ils ne seraient pas désavoués par /es cercies qui /es dirigent. Ayant des ramifications partout, elles pouvaient elVec livemenl s'appuver — pour ne parler que de l'Amérique — sur les puissants organismes tinanciers que sont les Kahn, Loeb et C" et leurs sous-ordres Jacob Schid", Félix VVarburg et James Speyer. Kn Angleterre, sur le ban(]uier Cassel l'I sur Adam Hlock (]ui se signala |)ar son dévouement inlassable aux intérêts jeunesturcs, ainsi que sur l«'s puissantes organisations israélites de Hussie. Cette n//iance offrait à la Porte cet avantage particulier qu'.i l'occasion elle aurait un pied chez, l'allu- allemand, et l'autre chez ses adversaires éventuels. On n'a jamais assez d'amis — »
dit le sage. Les organes d'exécution des volontés sionistes représentés par les Jacobson, les Eikus et les Morgenthau n'avaient pas un caractère moins international. Ce dernier, ambassadeur à Constantinople, n'y aurait pas perdu son temps, si l'on s'en rapporte au journal : Le f^euple Juif qui publiait, à la date du i" juillet 1916, ce qui suit : « Dans un discours, prononcé le 21 mai à Cincinnati, M. Morgenthau a fait connaître qu'il avait récemment abordé avec le gouvernement ottoman la question de la cession de la Palestine aux sionistes, après la guerre. Ses ouvertures furent accueillies par les ministres turcs avec une extrême faveur. Des chiffres furent proposés et l'on discuta l'opportunité de constituer la Palestine en République. » Et le journal faisait suivre le discours du commentaire que voici : « Plus qu'aucun autre peuple, les Juifs du monde entier sont fondés à envisager avec espoir les événements actuels, car il y a des chances sérieuses pour qu'ils se trouvent en possession d'une patrie jouissant d'une autonomie entière. » Il ne parait pas qu'au moment où il prononçait son discours, M. de Morgenthau se souciât de savoir quelle pouvait être la destinée d'une transaction consentie au bruit du canon par l'un des Etats belligérants ; mais cette question, il a dû se la poser vraisemblablement depuis l'entrée en scène de M. Wilson. Aussi bien d'autres facteurs sont venus à propos à la rescousse. Les Juifs de Salonique, qui s'étaient abstenus de toute démonstration sioniste aussi longtemps qu'ils ont
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diri^»* If moiivein<»nt jenno-lurr, ont cru pouvoir sortir i\e loiir réserve dopuiH qu'ils sont sujets jurées ol qu'ils peuvonl ho cl««touvrir îi l'abri «les haionnellf's bienveillantes du jçénéral Sarrail. Ine note parue dans un journal de cette ville annonçait que « Les sionistes de Salonique, rf^unis au nombre de 3(MK), le 17 Nissan 5677 (9 avril 1917) pour réb-brer la fV^te annuelle do Jom Asrhokel. conscients de l'importancf» ««xcoiitionnolle d«* I IwMire pr«*senle pour la cessation des malheurs immérités du peuple d'Israël et la réalisation de ses espoirs millénaires, demnn<i«*nt l'appui chaleureux «le tous les cuMirs d'élite «lu n»f)n<ie nor> juif pour celte anivre de justice envers le plus ancien des peuples, pour la résurrection de la nation juive sur sa terre historique de l'alesline. B Hien «l«» mieux ; mais il est clair c|ue cet appel vise h atlen<lrir les puissances alliées qu'avait vraiment un peu trop n»'^li^«'««s la combinaison unilatéral»* Ao l'ambassadeur. Il est non moins évident que l'appui des a cœurs d'élite » ne serait pas de trop si l'on tient à voir se réaliser des visées dont il n'est plus au seul pouvoir «le lAllemaj^ne d'assurer le succès. Outre quelles soulèveraient contre elles les pr«'juj^és musulmans, on a pensé «jue ces visées |n>urrai«Mit alb'r à l'enconlre non seulem«»nt des intér<^ls iVanrais chose nt-jçligeable — mais «le ceux de l'Angleterre, peu dispos«*e peut-être à voir des éléments à culture teutonne s'établir sur les grandes voies de communication qui donnent accès dans l'Océan indien. Mieux que les Kraniais. l'Anj^lelerre.
BiHTR*:«D liÀHruLr*. Il
elle, sait que la Syrie et la Mésopotamie sont le nombril des vieux continents, de beaucoup plus importantes qu'aucune autre région de l'Asie antérieiire, la clef qui ouvre toutes les portes. 11 semble pourtant que l'Angleterre veuille passer condamnation sur plus d'un point, mais voudra-t-elle froisser les sentiments des Arabes qui viennent de se déclarer ses alliés? Les Arabes se laisseront-ils déposséder comme de simples Peaux Rouges par des étrangers qui se prévalent d'un droit remontant aux âges bibliques? Mais enfin, pourquoi déposséder? Pourquoi Israël, qui a si longtemps vécu chez les autres, ne tolèrerait-il pas qu'un autre élément qui, en somme, est de sa race, vive à ses côtés? Faut-il donc que tout retour en Palestine soit marqué par une expulsion correspondante d'Amorrhéens et de Moabites?...
Mais, n'est-ce pas précisément en prévision des difficultés que soulèverait dans l'Islam la restauration du trône de David que le sionisme a encouragé la Turquie dans une guerre d'où elle ne peut sortir qu'à l'état de cadavre, quelle qu'en soit d'ailleurs l'issue. Repeuplée et renouvelée par la mise en œuvre de puissants capitaux, la Turquie deviendrait le boulevard d'une république juive établie sur les terres de Juda. C'est à cette solution du problème sioniste qu'auraient tendu les plans de ses promoteurs. On conviendra qu'elle avait tout au moins le mérite de couper court aux difficultés dont triomphaient les antisémites et qui portaient sur l'impossibilité de loger la fortune de douze millions de Juifs, dispersés à
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travopH lo monde, dans le cadre étroit du royaume de Judée, sans coniplor d'autres obstacles comme la rrpu^nnnrr du Juif aux travaux de la terre. Donc, s'il faut «'Il croirr («•rlaines rumeurs, auxquelles les faite donnent r|U(d(|ue vraisenihlance, ce que le sioniste convoite, c'est non seulement la rocailleuse Palestine, qui ne sera jamais que le roc où il rebâtira son Temple, «)ù fumeront, après deux mille ans d'interruption, les liolocau?>te«i aj^réables au rrcs-llaut. mais la Turquie entière, avec ses richesses inexploitées, ses points stratégiques, ses voies de communication, sans les(|uelles l:i Méditerranée ne serait qu'une Haltique méridionale.
Cependant, force est de convenir que ce n'est point en accumulant les objections (ju'on arrivera à résoudre l'éternel problème d'une nalion qui continue à vivre chez, les autres, tout en voulant rester ellemôme. A ce jeu. Israël s'est créé il'âpres inimitiés <|ui se nourrissent non plus île vieux préjugés, inoffonsifs d'ailleurs et (jue tempéraient des devoirs de charité, mais de jalousies et de rancunes (|ui ne pardonnent point. Sa situation parmi les nations ne pourra qu'emj>irer le jour où la réaliste Allemaj^ne, jugeant qu'Israël ne lui est plus bon à rien, s'avisera de réveiller les passions antis«'mites dont elle fut la première à donner le signal et l'exemple ; car sa t<d«'rance n'est «jue conditionnelle rt n a que la valeur d'une trêve fondée sur des accords qui devaient, à brève échéance, mettre le monde à ses pieds. « ScabeiiuiM peduin tiioruin. »
Qualité* de l'Arm/nien. — Causes de s<io impuissance politique. — L'alphabet dr saint Me«rob. — I>i»p4-rsi(>n des Arménieas. Let Turrs fîiant leun dcslio^es. — Leur artirit^. — In peu de statistique. — l'ers^rntions kurdes et turques. — Mcvur* de la llnutr-Arm^nic. — Kiislenre miite des 'lit des villes. - - Appr/ciatiuns dr de Nerval. — Promesses de I'Eb- Iteoonslitution de rAméoie. — d'un oRicicr turc.
Dieornh
.nf. ( Itfuin d'Edgar Chmkiim.}
LES Arméniens possèdent une langue, qu'on dit très riche, une église de fondation apostolique, une littérature, et ils sont de souche européenne. Cependant, ils n'ont que par intervalle formé un corps de nation.
L'Arménien est intelligent, entreprenant, adroit de ses mains, réfléchi et sérieux, cependant, il n'a joué qu'un rôle secondaire. On lui reconnaît plus de qualités qu'il n'en faudrait pour former une grande nation, et pourtant il a été assujetti à toutes celles qui, dans la succession des temps, ont établi leur prépondérance entre l'Euxin aux flots agités et le golfe persique. Tout à tour, il s'est laissé dominer par les Romains et leurs héritiers, les hassileis byzantins, les Arabes et les Turcs, ou maltraiter par le Seljoukide et le Mongol. On remarquera que cette énumération est descendante et souligne tragiquement non seulement la soufl^rance de l'Arménie, mais les étapes successives de la décadence de l'Orient. On a pu croire naguère que l'Allemand, qui, de toute évidence, a aidé à leur extermination, aurait eu la pensée d'en sauver les débris pour les utiliser à sa convenance. Cette proie, il a fait mine de la ramasser dans le sang. Pourquoi a-t-il changé d'avis?
A ces qualités morales, l'Arménien joint d'appréciables avantages physiques. Il est généralement beau et d'aspect robuste. Sans chercher à pénétrer le mystère de ses origines, on peut croire qu'il n'est pas
L K S A H M IC N I E N S Sa;
au monde i\o raro r|iii se soit mieux con»er\'ée que la sienne. Son profil rappelle les |>cr8onna^e8 des bas-reliefs niniviles, et les rois des médailles sassanides ; il m'est arrivé plus d'une fois de vérifier cette ressemblance en croisant dans les rues de ConstaDtinopjc des natifs de Van ou de Hitlis. A la vérité,
I Arménien n'a pas la vivacité du ^este, l'œil éveillé,
II turbulence du Grec méditerranéen Son attitude est calme, r«*servée, molle. Cependant, sous son aspect massif se cachent de subtiles qualités, comme la finesse dans le regard, la pénétration dans la pensée. Plus (|u'aucun autre ««b-nient de l'Orient, il se ia|>proche tie l'Occidental par ses habitudes d'ordre dans le domaine de l'activité. Ce n'est pas sa faute, M. peu accoutumé à imposer sa volonté, il a demandé à la ruse ce qu'il ne pouvait obtenir par In force ou par la voie de la persuasion ; mais, quoi <ju'on dise, cela ne lui a ^uère réussi, car la force dans ce milieu rude et primitif finit par rem|>orter. En réalité, son bilan a toujours été en déficit.
A quoi tient don«- cette fatalité? D'abord a la situation géographique. Sans doute, elle n'est point dépourvue d'avantages, si on la considère au point <le vue économique ; mais aussi à quels périls estelle exposée! L'Ararat commande, au Sud, la région qui s'étend vers la Mésopotamie qu il arrose de ses eaux fluviales; à l'OiH'st, il domine la partie de l'Asie Mineure qui descend par une succession de plateaux vers la Méditerranée. D'une part, c'est le golfe de Bassorah, de l'autre, le golfe d'Alexandrettc qui sont
les deux portes d'un môme passage. Ces routes sont celles du commerce mondial, mais aussi celles où déferlent les désastreuses invasions. Sur l'Arménie ont passé toutes les hordes venues du centre de l'Asie ou de l'Assyrie, qui ont broyé plus d'une nation dont quelques débris ont trouvé asile dans les gorges du Caucase, tandis que d'autres s'amalgamaient avec des éléments plus résistants. Seule, l'Arménie est restée debout, mais à quel prix! Bien rares ont été les moments où elle a pu se livrer en toute quiétude aux travaux de la paix sous un gouvernement national. Ce qui l'a soutenue, c'est la foi robuste de ses montagnards qu'ont vivifiée des principes, qui l'ont rapprochée de l'idéal gréco-latin. La preuve, c'est que ses voisins, Kurdes et Lazes, qui ne possédaient pas ses qualités intellectuelles et morales sont restés dans un état de barbarie complète. 11 y a plus loin de l'Arménien au Kurde, que de l'Italien à l'Albanais. Une autre raison donnée pour expliquer son infériorité politique, on la découvrirait dans le caractère même de l'Arménien. On l'a représenté comme un individualiste déterminé, et, par suite, réfractaire à toute organisation qui aurait pour condition la soumission de sa volonté propre en vue d'un intérêt collectif, et cela par jalousie et esprit de vanité. Par contre, il serait, à l'occasion, enclin à abuser de sa force pour primer et opprimer. J'ignore jusqu'à quel point cette accusation se trouve fondée, mais le serait-elle, que j'y verrais pour mon compte, non pas tant, comme on l'a fait, la conséquence d'un
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ôtat d'assorvisitcmcnt prolongé, que la preuve de sa parenté avec les races méditerranéennes, si éloijiÇnée» do l'esprit gréjçaire dt*» (tcriiiains. Lo fait e»l que l'Arnu'nii'n est doué de» qualités qui distinguent les natures prédominantes. L'énerjçie dos /«^r/r/iw étonnait les Turcs, eux-mêmes, en général peu dispoft<-s à admirer les (|ualit<'S de Irurs ennemis ou de quiconque n'est pas de leur religion.
Je ne m'attarderai pas a faire une histoire que l'on peut trouver dans les livres spéciaux, surtmit tians les pages savantes que M. de Morgan a consacrées à cette malheureuse nation. En renu»ritant un j>eu haut, on voit que I Arménie lut longtemps 1 enjeu des luttes qui mirent au.v prises les Séleucides, les Parthes et les Ilomains, et (|u'ii l'arrivée de ces derniers. <'lle |>ronta du CMuflit pour se partager en deux royaumes, la (irande Arménie, à l'Orient de l'Euphrate, et la Petite Arménie, à l'Occident du même fleuve. Cependant, sa conscience nationale ne date en réalité que du jour où elle se convertit à la foi chn'lienne. I.,a nécessite (ui furent les premiers missionnaires d'«'vangéliser les di\erses rares dans leur propre» langue, les mit dans la nécessité d'improviser ou de perfectionner des alphabets déjà existants alin «le leur ri'udre accessible» la lecture des livres saints, loi fut le cas des Arméniens au v* siècle, tel celui des Slaves au ix*. Aussi, ni les Arméniens, ni les Slaves ne se laissèrent absorber par l'Étal byzantin, comme il advint à d'autrt*s peuples qui s'étaient hellenis<s par la langue. Cela n'empi^cha
point l'Arménien de s'incorporer, par la voie des traductions, toute la substance de la culture grécolatine qui alors fleurissait au delà de ses frontières occidentales. Ce ne l'ut qu'après cette évolution à la fois littéraire et évangélique, ou démocratique, qu'elle se détacha de la Perse et de ses croyances.
Après les vicissitudes d'une période pendant laquelle des influences politiques et morales, romaines et persanes s'exercèrent tour à tour, l'Arménie finit par tomber sous la puissance des Arabes. Leurs khalifes la dotèrent de principautés vassales qui devinrent autant de foyers d'agitation. Les roitelets d'Ani, de Van, de Kars, de Gouzark, passaient leur temps à se quereller et à intriguer au sérail de Bagdad. Seule la capitale des Bagratides, Ani, connut quelque prospérité, dont témoignent ses magnifiques ruines. A la tyrannie des Seljoukides, aux déprédations persanes, succéda l'irrésistible invasion tartare qui amena une première dispersion. Afl'olées, les populations prirent le chemin de la Géorgie, de la Crimée, s'éparpillèrent jusqu'en Hongrie et en Pologne où on les retrouve encore. Beaucoup, en attendant que se dissipât l'orage, se réfugièrent dans les montagnes et dans les cavernes, où vit encore le Yézidi traqué, exemple qu'imiteront leurs descendants pour échapper aux milices kurdes d'Abdul-Hamid. Des groupes d'émigrants s'établirent en Caramanie, d'autres cherchèrent refuge dans les massifs ciliciens pour former, sous le sceptre
(lo la dynastie roiipr'-nipnnf , un |M'tit Etat qui s'étendit jiisrjirà la rmT L»- j>ort d'Aya», qn'iU créèrent sur les côtes de Cilicie, devint un centre commercial. lU eurent alf)r9 l'occasion de témoigner leur dévouement à la cause chr«*tieiine en jiiélaril leur aide aux armées (pii allaierjt an recouvrement de la Terre- Sainte. Mais ce dernier essai d'autononiie nationale s'évanoiiissait en i38i, emport»'* par la va^ue qui suhni(T^<>a h's prin<ipautes seijoukides. En i5i6, la Haute-Arménie était conquise sur les I*ersans par les Turcs qui devaient fixer ses destinées pour plusieurs siècles. LWrménien dut se soumettre à un yni^r qui d'ahoni parut d'autant plus léj^er que les nouveaux confpKTants lui octroyèrent les mêmes privilèges qu'ils avaient reconnus aux Grecs, mais qui ne le mirent pas à l'abri des misères et des humiliations (|tii accahlèrent ces derniers. Hépétons encore une lois que l'Arménien a rendu aux Turcs des services si importants que, sans son aide, ils n'auraient jamais pris pied en Europe. Le travail lui <«st chose si naturelle (pie son nom traduit invariablement celui d'un nu-tier. Les marbres de ses vieux cimetières portent gravées les attributs de celui que le défunt exerçait de son vivant. Si, forcé d'émigrer à Constantinople, il a servi le pacha et ses intérêts financiers ; s'il a intrigué, spéculé, prêté h la petite semaine ; si son cara<'tère s est déprime dans I ambiance malsaine des hommes de la Porte, c'est qu'il n'a pu faire autrement. C'est à contre-ccrur qu'il a ijuitlé ses montagnes et ses champs. Elle est d'un
Arménien cette mélancolique complainte de l'émigré : « Pareil à l'oiseau séparé de sa bande et qui ne peut nulle part trouver le repos, il mène une vie agitée jusqu'à ce qu'il rejoigne sa bande. Malheur à l'émigré qui erre en pays étranger... » Il n'a pas non plus dépendu de lui que la Turquie ne fût un pays riche et prospère, car si l'homme y est pauvre, le sol est fertile. Le raya n'a jamais travaillé que dans la mesure où le conquérant le lui a permis. Néanmoins, l'Arménien était, en Asie-Mineure, maître de la situation économique à la veille de la guerre.
La confection des tissus et des tapis, qui était la seule industrie du pays, était entre ses mains dans une proportion de 9/10. 11 est prouvé que le nombre de commerçants importateurs, dans les centres de l'intérieur, répondait aux mêmes proportions. Dans les villes côtières, il trouvait chez les Grecs, les Juifs et les Syriens une concurrence redoutable, mais en Anatolie et dans la partie des vilayets arméniens où les Turcs prétendaient posséder la majorité, elle était de ii4 Arméniens pour i3 Turcs. Sur un total de 9800 boutiques, les Arméniens en possédaient 6800, les Turcs 2600. Sur 87 sarafs ou banquiers, ne figuraient que 5 musulmans. Enfin, sur iiG manufactures on n'en voyait que i3 turques. Ajoutons que toute la main-d'œuvre, ou presque, était fournie par les Arméniens. La proportion leur était encore plus favorable en Cilicie et dans la capitale où le Turc ne vit que de l'État.
Mais le plus maltraité était l'agriculteur. Dans les
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villajços, h'8 agas kurdes l'omployaiont à la ciillur*» de leurs terres, sur lesquelles eux et leurs nombreux serviteurs vivaiont à sa charge. Pour se mettre à couvert de leurs déprédations, les villages se plaçaient sous la protection d'un chef kurde qui, en sigiM' d«' protection, leur donnait une partie de s<»8 troupeaux à garder. D'une manière générale, en Asie comme en Europe, le conlrihuahle, quel ({u'il fut, <Stait volé par le percepteur et ruiné par les exactions ; mais l'Arménien n'était, aux yeux des tribus belliqueuses, au milieu dtv^quelles il végétait, et des Turcs, qiii les laissaient fiure. qu'une proie qu'elles se partageaient frat«'rn«'ll<'in«'iit ol (jucllrs saignaient de temps en tem|)s pour (|u «-lli- tu- prit pas trop de force. L'Arménien vivait en Arm«'nie comme l'Indien dans le voisinag** «les fauves (|ui tuent et qui lilessenl. Pour s'y soustraire, il émigrait.
Jus(ju'en iSgf), les gardiens des maisons de commerce ou de banque étaient Arméniens. L'on peut médire, avec plus ou moins de discernement de l'Arménien de Stamboul, mais personne ne me contredir.i si j'allirnie (jue le natif de Van et de Diarbekir est l'homme le plus probe de l'Orient. Sur ce point, le témoignage des résidents européens est unanime. C'est que les m<i'urs s'étaient c<mservées pures en Arménie. Jus(|u'en ces derniers temjis, la femme se voilait le visage devant l'étranger et la jeune tille ne pouvait adress«»r la parole au membre le plus Agé de la famille que pour répontire à une question. De son côté, la notivelle mari«'e ne pouvait commencer à
s'entretenir avec ses beaux-parents que si l'aïeule l'y autorisait. Comme au temps du christianisme primitif, elle avait sa place réservée à l'église. Il est impossible de pousser plus loin la réserve orientale ; mais cela n'empêchait pas les égards. La femme dans la famille était un objet d'affection et de respect, ajoute le poète national Tchobanian, à qui j'emprunte ces détails. Moralement elle demeurait l'égale de l'homme, et c'est sur ce point essentiel que les sociétés chrétiennes de l'Orient se sont, de tout temps, distinguées de leurs barbares voisins. Au reste, explique le même auteur, si elle se voilait le visage, c'était par crainte du Touranien ; si elle gardait le silence dans les réunions familiales, c'est aussi que le foyer villageois avait conservé ses habitudes patriarcales. Peut-être aussi cette discipline — que dominait la raison d'une race douce et sobre — n'était pas inutile au maintien de la paix et de la concorde du foyer, si l'on songe que, sous un même toit, vivaient ordinairement plusieurs branches d'une même famille. Les parents mariaient leurs enfants, le plus fréquemment sans les consulter. Cependant, il arrivait aussi qu'ils ratifiaient le choix fait sans leur entremise, et les chants d'amour, si délicieux, dans leur naïve simplicité, sont là pour attester que l'élan des cœurs n'était pas toujours contrarié par l'autorité paternelle. Les fêtes de mariage duraient trois jours, une semaine parfois, selon l'importance de la maison. C'est sans doute à ses habitudes de réclusion, à son application à une
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tâche toujours la m^mo, (jii«* la f«'mmo oriontale doit cet instinct (in honti (pii fait (|n'(>lio improvisait, sans niodt'io «?t sans autrr maitn» «jnr la pati<'nro, dos travaux de hrodorics que variait un capric»* toujours heureux et que l'école n'enseigne pas. Comme nos rustiques aïeules, elle Hlait elle-même la laine et le coton qu'elle avait senw's. Elle ciK'illait sur la nM»ntagne voisine les plantes (]ui i'ournissent les couleurs dont elle teignait ses tissus et la soie des broderies dont les années calment les nuances sans les amortir. La toile, elle la tissait au mrljer que l'époux avait fait de ses mains. Elle filait ou brodait en herrant \o dernier-né couché dans le hamac qui lui tenait lieu de berceau.
Cependant, cette vie de réclusion ne l'a pas empéfhéo d«» s'adapter aux con<litions de la vie moderne dès qu'elh* en a eu la rév«'Ialion. tant il y a de souplesse dans la nature de cette race bien douée. La clientèle des écoles fondées par les missions euro- |>é«'nnes se com|u)sait prineip.denit'nt déjeunes filles arnu'uiennes. La l'emnu' arménienne n a pas peu contribué à la vigoureuse impulsion qui fut donnée h l'enseignement dans les écoles nationales et dont s'alarma le chauvinisme turc. On jugera de son importance si je rappelle que. dans cette population évaluée à un million ««t demi d habitants, rt niaignson «'tat de misère, on comptait 8o3 écoles, avec près de 60000 élèves garvons, a.^ooo élèves filles et aoiSS pr«»fesseurs. En njofi. se passait un fait signifîi alif !,«> c.uliolic os Miguirditch Khirinian lanea un
mandement qui accordait aux femmes le droit de vote et d'élection dans l'administration des affaires de la communauté.
Cette innovation en pleine Asie turque n'était que l'aboutissement logique d'une évolution déjà ancienne. J'ai dit ailleurs ce que fut la constitution que la communauté de Constantinople s'était donnée en 1860. Elle ne réglait, il est vrai, que des intérêts particuliers, ceux que le statut de la conquête avait abandonnés aux rayas. Cependant, les principes qu'elle consacrait n'en étaient pas moins un signe révélateur d'un esprit nouveau. Elle maintenait naturellement le patriarche au sommet de la nation, mais la gestion financière et l'administration de la communauté étaient confiées à des conseils mixtes composés de laïques et d'ecclésiastiques élus par la nation. A la faveur de ce régime, toute une floraison d'œuvres sociales aussitôt s'épanouit, qui marquait combien était impatient dans la masse opprimée le désir d'une vie d'ordre et de légalité. Les Arméniens se donnaient, dans leur privé, l'illusion d'une existence libre et organisée, semblables à Robinson qui sut, au milieu d'une île déserte, s'entourer du confort d'une vie civilisée.
Cette constitution leur fut octroyée durant une de ces brèves éclaircies dont est coutumière la politique ottomane. L'Arménien était, il y a encore soixante ans, la nation fidèle, par opposition au Grec qui passait pour trahir la cause ottomane, au profit du royaume de Grèce et, au besoin, de l'em-