PRÉFACE
difficultés et les dangers dont on s'est tiré, Vénumération minutieuse des longues étapes de la course, l amas d'observations sans ordre et sans choix, ce sont là des traits qui caractérisent toutes ces narrations anciennes . Peu à peu, avec le temps, on apprend le métier de voyageur, la curiosité s'éveille, Vobservation devient plus précise, Vexpression traduit mieux la pensée et fixe le détail. Mais il faut descendre jusqu'aux temps modernes pour trouver des récits clairs, exacts et ordonnés.
Ces relations anciennes, où. Vauteur s'employait surtout à décrire les coutumes politiques et les mœurs, les dogmes et les pratiques- du culte, les événements importants ou les menus faits, sont néan-
moins une source précieuse d'information dont on n'a pas jusqu'ici tiré complètement parti. Si ces narrateurs font chacun leur partie dans le concert des voix, qui célèbrent les mosquées et les minarets, ils ont vu aussi autre chose. Assurément les recherches
archéologiques n ont été souvent pour eux que l'accessoire ; mais leurs observations sur des monuments, gui ont été mutilés depuis ou qui ont disparu sans laisser de trace, contribueront à faire mieux connaître la cité du moyen âge.
Celle-ci se reflète, il est vrai, dans leurs récits comme dans un miroir bien imparfait. Cependant V image est fidèle, si elle ré est pas complète. Parmi les impressions qu'ils ont traduites le plus souvent sans esprit critique, on pourra discerner certains traits de ce vieux monde oriental, qui est immuable, et projeter quelques clartés nouvelles sur une ville, qui, plus qu'aucune autre, a souffert des injures du temps et des mutilations des hommes .
PRlïl'ACIi
Jl y. a dans la désolation de ces églises converties en mosquées, de ces palais en ruine, de ces remparts millénaires, une poésie émouvante , négligée trop souvent par les pèlerins exclusivement dociles aux attraits de Vislam. De nos jours le spectacle de Constantinople offre aux voyageurs une si prodigieuse variété de visions et de souvenirs que le passé est partout inséparable du présent. C ? est ce passé que Von doit évoquer, si Von veut comprendre cer-. taines réalités nouvelles ou renouvelées. Sainte- Sophie, encore debout dans sa splendeur gigantesque, domine toujours les bâtiments déjà caducs du Vieüx-Sérail.
Les gravures dont la provenance n'est pas indiquée reproduisent des photographies de Vauteur.
TT INTRODUCTION
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Situation de Constantinople. Son caractère cosmopolite. Sa fondation et son développement. Action destructive du temps et des hommes sur les monuments byzantins. 1 Monuments de. l’architecture militaire, civile et religieuse, qui ont échappé à la ruine totale.
Les relations de voyage. Ce qu’elles apportent de nouveau à l’histoire monumentale de la ville.
Avec son magnifique joyau, la Corne d’Or, qui y faisait affluer les! richesses du monde entier, Constanti-
nople était destinée à prendre le caractère essentiel-
lement cosmopolite de tous les ports. Ce grand port
est par sa situation le carrefour des grandes. routes
maritimes de la Méditerranée et de la mer Noire. On
verra les voyageurs de tous les pays d’Occident y
venir aborder par la Marmara, en suivant les routes
parcourues de tout temps par les vieilles populations
méditerranéennes. Le Bosphore, qui est un des
détroits les plus mouvementés dé runivers, y amènera les pèlerins venus de l’Orient par la mer Noire, après avoir descendu les grands fleuves qui s’y jettent, le Danube, le Dniester, le Dnieper et le Don.
Carrefour des grandes routes maritimes, Constantinople l’est aussi des grandes routes terrestres. Elle est l’aboutissant de la voie diagonale qui traverse
INTRODUCTION
l’Europe, et c’est cette route que suivront les peuples d’Occident pour prendre contact avec l’Asie, la terre des anciennes civilisations. Située au sommet du
triangle, qui fait face au rivage asiatique, Constantinople forme un pont entre l’Europe et l’Anatolie.
Aussi cette ville devait-elle prendre un développement prodigieux ; elle devait être le centre où se rejoignent toutes les civilisations. Successivement grecque, romaine, byzantine .et turque,, elle a toujours semblé aux mains de ses possesseurs n’être qu’une proie conquise qu’une autre conquête peut saisir à son tour. Cette superposition de quatre civilisations, a créé cette ville étrange, moins pure qu’Athènes, moins riche que Rome, mais tourmentée, passionnante, énigmatique.
Aujourd’hui Stamboul est. constellé de mosquées. Cè sont elles qui donnent à la ville son caractère, son
fin et grave profil, que dessinent la rondeur des coupoles et les pointes aériennes des minarets. Lorsqu’il l’aperçoit pour la première fois de la mer, le voyageur éprouve une impression d'Orient, surgissant tout à coup dans une splendeur bizarre, dans l’enchantement de l’étincelante lumière. Ce n’est pas seulement dans ses monuments les plus célèbres qu’on peut aimer cette ville. A côté des grandes mosquées et des palais ottomans, il y a les mosquées humbles et fraîches, les petites places ombragées par de vieux platanes, les rues étroites et silencieuses ; il y a aussi de grands espaces incultes et d’autres pleins de verdure, et surtout les champs des morts, où la masse sombre des cyprès monte dans l’atmosphère légère et miroitante. Et puis ce sont tous ces visages de races différentes, tout ce grouillement de peuples sur les
INTIiOmiC/NON
(juais, dans les boutiques et les dédales du bazar. Partout le voyageur trouve de quoi satisfaire sa passion de l'Orient sous toutes ses formes et sous toutes ses couleurs, dans tous ses contrastes d’ombre et de lumière, de bruit et de silence.
L’islam a marqué d’une forte empreinte cette vieille
Kuît i- La Porte Dorée. Vite d ensemble.
terre byzantine. Mais sous son enveloppe musulmane, on découvre bien vite son long passé. Des monuments d’un autre âge sont encore debout ; ils sont les témoins des traditions, des croyances d’un autre peuple, l’enveloppe adéquate et expressive d’une autre société.
Lorsque, après sa victoire sur Licinius, Constantin le Grand eut choisi sa nouvelle capitale, il lit corn-
INTRODUCTION
mencer, dès 325, la construction des principaux édifices, afin que la ville fût prêle pour l’inauguration solennelle, qui eut lieu le il mai 33o L La ville se couvrit aussitôt de monuments somptueux ; elle fut divisée en quatorze régions à l’imitation de Rome ; comme Rome elle était assise sur sept collines 1 2 .
Depuis cette date jusqu’à la prise de Constantinople par les Ottomans, en 1453, les empereurs grecs ne cessèrent d’embellir leur capitale. L’occupation de la ville par les Croisés d’Occident, en 1204, et le pillage qui s’ensuivit 3 , interrompirent ce long travail. Certes la ville eut à souffrir beaucoup de la part des Latins, qui ne respectèrent ni les édifices ni les œuvres d’art ; mais les tremblements de terre, les incendies firent aussi subir des dommages importants aux monuments. Et les empereurs byzantins eurent à assumer une tâche continuelle de réparation, et de restauration.
De 33o àl453, 011 ne compte pas moins de huit tremblements de terre importants 4 . Les incendies furent encore plus nombreux. Certains sont purement locaux et n’endommagent qu’un ou deux édifices. D’autres prennent des proportions plus vastes et
1 Cf* J, Maurice, Les Origines de Constantinople (Centenaire de la Société nationale des Antiquaires de France, 1804-1904, p* 281 s.).
2 Cf* Notitia urbis Constantinopolitanae dans Notifia dignita fiiîîi) édit* O. Seeck, Berlin, 1876, p* 23 o- 243 ; V. Schultze, Altchrîsiliche Stàdte und Landschaften : I Konstantinopel (324-450), Leipzig, 1913, p. 175 s.; Leclercq, Art. Byzance dans Cabrol, Dictionnaire d’archéologie chrétienne et de liturgie ; Kubitschek, Art * Byzantion dans Pauly-Wissowa, Real-Encyclopâdie .
3 Cf. J. B. Cotelerius, Ecclesiae graecae monument a, Paris, 1686, p. 5 io- 5 i 2 .
/j Cf, J. Diick, Die Erdhehen von Konstantinopel, Laibach, 1904, p. 20, 32 s.
INTRODUCTION
détruisent tout un quartier, parfois même plusieurs quartiers, modifiant ainsi partiellement l’aspect de la ville i . Ces incendies ont continué leur œuvre malfaisante sous la domination turque.
Les voyageurs noteront, comme les chroniqueurs
byzantins, ces catastrophes qui ont enlevé à la capitale une grande partie de sa beauté ancienne. Ils noteront aussi dans leur journal de voyage les atteintes portées aux monuments par la main des maîtres actuels de la ville. Ils écriront eux-mêmes, siècle par siècle, l’histoire des monuments byzantins depuis que le croissant a supplanté la croix. Histoire si émouvante que l’on s’étonne de retrouver quelques restes debout, quelques reliques précieuses, conservées dans cette grande, multiple et unique merveille qu’est Constantinople !
Ces restes sont cependant d’une importance capitale. L’architecture militaire, civile et religieuse est encore représentée à Stamboul par des spécimens de premier ordre.
Les murs d’enceinte révèlent encore toute l’importance du rôle que Constantinople a joué dans l’histoire de la civilisation. Ils ont été le rempart contre lequel se sont brisées les attaques multiples des barbares venus du Nord et de l’Est. Lorsqu’il eut transléré sa capitale dans l’ancienne Byzance, Constantin l’avait agrandie et avait élevé de nouvelles fortifications. Mais bien vite la ville devint trop étroite 2 . Sous Théodose II ( 408 - 450 ) la limite fut encore repoussée à
1 Cf. F. W. Unger, Quellen der byzantinischen Kunstgeschichte, Vienne, 1878, p. 74 s.
2 Cf. Th. Preger, Studien zur Topographie Konstantinopcls. Die Konstaniinsmauer (Byzantinische Zeitschrift, t. XIX, 1910, p. 450 s.).
INTRODUCTION
l’ouest et le mur actuel fut élevé. Ces ouvrages lie défense comprennent les murs maritimes sur la Corne d’Or et sur la Marmara, et le mur terrestre depuis la mer jusqu'aux ruines du palais byzantin, connu sous le nom de Tek tour Serai*. Les murs maritimes
sont formés d’un seul rempart, flanqué de tours et percé de portes, qui donnaient accès à des débarca-
Fitc 2* Mur de£ la' Alarmant
dères et à des ports. La muraille terrestre est constituée par trois lignes de défense: le grand mur intérieur flanqué d'énormes tours ; le petit mur avec des tours de dimension moindre; en avant le fossé. Elle est percée de portes publiques, qui reliaient les principales rues de la ville aux routes de province, et de portes militaires, plus étroites, construites évident-
INTRODUCTION
mt-nl (h»ns le but de donner aux défenseurs un accès libre et facile.
I/entretien de ces fortifications immenses était d’une importance capitale. Les inscriptions attestent le souci constant qu’ont eu les empereurs de maintenir le système de défense toujours en état. Les dommages les plus importants furent causés par les
Vue prise d'une terrasse du
Grand Palais,
tremblements de terre. Siècle après siècle, les empereurs réparèrent les brèches et les lézardes du vieux mur du v" siècle. Quelques-uns firent plus. Ils construisirent tles parties entièrement nouvelles. A l’angle nord-est de la ville, au quartier actuel d’Eïvan Serai, les remparts ne présentent plus de continuité ni d’hoinogénéîté ; le mur théodosien disparaît brusquement. La ligne de défense est formée, dans sa
INTRODUCTION
plus grande partie, par un simple mur sans fossé. Près de la Corne d’Or, Héraclius, au vn° siècle, puis Léon l’Arménien, au ix e siècle, élevèrent des lignes de défense formant une véritable cidâtelle. Plus loin Manuel Comnène, au xn e siècle, construisit un rempart massif, flanqué de tours trapues. Les empereurs de la dynastie des Paléoiogues érigèrent aussi de ce côté un mur et des tours carrées.
Mais les fortifications de l’époque de Théodose II subsistent encore dans leur plus grande partie. Bien que les souverains aient reconstruit ici et là des pans de murs ou des tours effondrées, les murailles terrestres ont conservé dans l’ensemble leur aspect primitif. Les murailles maritimes ont beaucoup plus souffert K
Parmi les portes, qui donnaient accès à la capitale, la plus grande, la plus imposante de toutes était. la Porte Dorée. C’était l’entrée officielle, celle sous
laquelle. passaient les basileis lorsqu’ils revenaient d’une campagne victorieuse. Elle subsiste encore mais dépouillée de presque tous ses ornements. On y a reconnu un arc de triomphe construit par Théodose le Grand après sa victoire sur Maxime en 388. Cet arc monumental, à trois ouvertures, aurait existé avant la construction des murs de Théodose II. Il aurait été à cette époque enclavé dans la nouvelle enceinte et l’on aurait édifié en avant les propylées, constitués
4 Cf. A. van Millingen, Byzantine Constantinople. The xualls.of the city and adjoining historical sites, Londres, 1899, p. i 5 s., 40 s., 95 s., 11 5 s., 164 s.; Mordtinann, Esquisse 'topographique <£e Çon.^ tantinople, Lille, 1892, p, 11 s.
INTRODUCTION 17
par une porte, flanquée de deux colonnes et de deux ailes L
La plupart des monuments de l'architecture civile n’ont pas échappé à la destruction totale. Du Grand Palais que Constantin édifia près de FHippodrome, Factuelle place de l'At-Meïdan, il ne reste que des ruines et des souterrains. Cette immense agglomération de cours, de galeries, de pavillons et de jardins, d'églises et de salles, surmontées de coupoles, occupait à la suite d'agrandissements successifs tout le terrain, qui s’incline en pente douce de FHippodrome jusqu'à la mer. Son entrée principale faisait face à Sainte-Sophie 1 2 .
Au-dessus du mur maritime subsiste un édifice en ruine, avec une façade s’ouvrant sur la mer par de grandes portes, donnant accès à un balcon 3 . Cet édifice, connu généralement sous le nom de « Maison de Justinien », a été remanié. Certaines portes ont été murées ; les chambranles de marbre ne présentent plus d'homogénéité, ni dans leurs dimensions, ni dans leur ornementation, ni dans leur profil. Cette
1 Cf* J* Strzygowskî, j O as goldene T h or in Konst antino fiel (Jahrbuch des Kaiserlicli deutsclien archaeologischen Instituts, t. VIII, 1893, p* \ s.); A- van Millingen, op* cit . 9 p. 5 g s. ; C. Gurlitt, Die Baiikunst Konstantinopels , Berlin, 1907, p. 2, 3 , pi. 1* Ces conclusions sont contestées par E. Weigand (Mitteilungen des Kaiserlich deulschen archaeologischen Instituts, t. XXXIX,*Athènes, 1914, p. 1 s.)* D’après lui l’inscription latine se rapporterait non pas à Théodose le Grand mais à Tliéodose II* La Porte Dorée aurait donc été construite à la même époque que le mur.
2 Cl. J. Ebersolt, Le Grand Palais de Constantinople et le livre * des Cérémonies , Paris, 1910 ; J. Ebersolt et A. Thiers, Les ruines et
les substructions du Grand Palais des empereurs byzantins (Comptes rendus des séances de T Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, 1913, p. 3 i s.).
Cl. C. Gurlitt, opé cif . 9 p. 6, 7, fig* i 5 .
INTRODUCTION
façade a du subir des restaurations déjà à l’époque byzantine. Plus loin que le balcon, dont quelques supports sont encore en place, s’ouvre une triple arcade soutenue par deux colonnes surmontées de chapiteaux, qui par leur style datent du vi° siècle ,J . Dans la tour d’angle voisine sont encastrés des fûts de colonnes et un chapiteau de la même époque. Tout près, dans le mur maritime, on voit encore plusieurs fragments d’un grand entablement du v e siècle 1 2 . Du côté opposé à la mer, l’édifice est aussi dans un état de profonde dégradation ; les salles, voûtées s’écroulent; les murs ont été coupés. Dans l’étàt actuel il est difficile de connaître l’ordonnance de ce palais et de l’identifier, comme on Ta fait, soit avec le palais de Justinien ou d’Hormisdas, soit avec le palais de Théodose II ou du Boucoléon 3 4 .
Du pal ais des Blachernes, qui était situé à l’autre extrémité de la ville, au quartier actuel d’Eïvan-Séraï, il ne reste rien debout. L’édifice en ruine, qu’on appelle aujourd’hui Tekfour Séraï, serait une annexe de l’ancienne demeure des derniers empereurs byzantins, qui firent des Blachernes la résidence habituelle de la cour Les voyageurs et les archéologues ont
1 Cf, Ebersolt, Rapport sommaire sur une Mission à Constantinople (Extrait des Missions scientifiques, nouvelle série, fasc. 3 , Paris, 1911, p, i 5 , pl. XIV, fig. 20).
- Cf, J. Ebersolt, Mélanges cVhistoire ci cVarchéologie byzantines , Paris, 1917, p. 120-121, pl. Il, fig. 2, 6,
y Cf, A. van Millingen, op, cif. y p. 269 s., 274 ; Mordtmann, o/> . r/V., p. 54 ; A, Zanotti, Autour des murs de Constantinople, Paris, 1911, p. 112 s., i 53 s,
4 Cf. A. van Millingen, op. cit , 9 p. 109 s.; C. Gtiiiill, op. cit p. 8-10, fig. 17, 22, 33 ; W. Saizenberg, Altchristliche Baudenkmale von Co?ista??ti??opel, 1854, p. 36 s.,pl. XXXVII, XXXVIII
INTItODUCTION
;iussi émis sur cette ruine les opinions les plus di verses,
Si les palais, qui furent successivement habités par les anciens maîtres de la ville, ont disparu en ne laissant que quelques traces, les petits palais des familles
Fies. 4* L’emplacement de l'entrée du («nmd Palais,
princières et des hauts personnages, les maisons des particuliers n’ont laissé sur le sol aucun vestige authentique.
Les monuments civils sont représentés par l'Hippodrome, (pii fut construit par Septime Sévère, puis embelli et complété par Constantin L Les parties qui subsistent de cette immense arène, occupée aujourd'hui par la place de l'At-Mc'idan, sont le grand mur
1 CI, A. lîheisoll. Le (hantl f*altiis de ConMnnlino/t/e, p, \S*
INTRODUCTION
de soutènement, qui termine l’Hippodrome du côté de la mer et, sur le côté nord-ouest, une galerie parallèle à l'ancienne piste 1 . De l’ancienne décoration il ne reste en place que les trois monuments, qui ornaient la spiita. La Colonne serpentine, qui porta le trépied de Delphes, fut placée sous Constantin le Grand 2 . L’Obélisque égyptien fut érigé par Théodose le Grand, en 3go, sur un piédestal décoré de sculptures 3 4 . L’Obélisque de pierre, connu aussi sous le nom de Colosse, fut restauré au x e siècle, sous le règne de Constantin Porphyrogénète L
Les monuments honorifiques, élevés par les empereurs sur les places publiques, sont réduits aujourd’hui à un bien petit nombre. La Colonne en porphyre de Constantin le Grand .appelée vulgairement Colonne brûlée, se dresse découronnée et calcinée par les incendies, sur un carrefour de Stamboul, où elle indique l’emplacement de l’ancien forum de
1 Cf. A.Thiers, L’Hippodrome de Constantinople (Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1913, p. 38 - 39 ).
2 Cf. O. Frick, Das plataeische Weihgeschcnk zu Konstantinopel (Jahrbücher für classisclie Philologie, III Supplementband, 1857- 1860, p. 5 i 3 s.).
3 Cf. F. W. Unger, Ueber die vier Kolossal-Sduten in Constantinopel (Repertoiium für Kunstwissenscliaft, t. II, •1879, p. 126); O. M. Dalton, Byzantine Art and Archaeology. Oxford, 1911, p. 144.
4 Cf. B. Paluka, Die Saule Konslantuts Vil Porphyrogennetos auf dem Hippodrom zu Konstantinopel (Byzantinische Zeitschrift, t. V, 1896, p. i 58 s.) ; E. A. Grosvenor, The Hippodrome of Constantinople and iis still existing Monuments, Londres, 1889, p. 5 i. L’inscription retrouvée sur le piédestal, ne parle pas de l’érection du Colosse, comme on le croit généralement, mais d’une restauration.
l'u;, 5. Ruines du (jrnnd Palais. Pavillon d’escalier.
INTRODUCTION
Constantin 1 . La Colonne qu’Arcadius érigea, en 40 .S, sur la place du Xérolophos, n’a conservé que son piédestal, qui se dresse, mutilé, dans le pauvre quartier d-Avret-Bazar 2 . La Colonne de l’empereur Marcien
( 450 - 457 ), dégagée récemment par un incendie, a con-
servé dans son ensemble son aspect primitif 3 4 , de même que la Colonne, qui s’élève dans les jardins du Vieux-Sérail. Les uns attribuent cette dernière à Claude 11 le Gothique ( 268 - 270 ), les autres à Théodose le Grand(379^395) L
Les autres monuments de la vie civile, thermes, hospices, hôtelleries, marchés, portiques, magasins et entrepôts, tribunaux, édifices d’administration publique, établissements d’enseignement, ont disparu de. la surface du sol actuel. Cette grande ville, qui était en même temps un grand port, avait aussi des ponts, des jetées, des ateliers de construction et de réparation, des arsenaux, des phares. Elle était pourvue des moyens pour fermer les ports, pour amarrer les vaisseaux sur les quais.
1 Cf. Unger, loc. cîf. % p. 110; Th. Rcinach, Commentaire archéologique sur le poème de Constantin le Rhodien (Revue des Etudes grecques, t. IX, 1896, p. 71 s.).
- Cf. Unger, loc. cit., p. 121 ; J. Strzygowsld, Die Saule des Arkadius in Konstantinopel (Jahrbuch des Kaiserlieh deutschen archaeologischen Instituts, t* VIII, i 8 <) 3 , p. a 3 o s.); A. Gelfrov, La Colonne d*Arcadius a Constantinople (Monuments et Mémoires publiés par l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, t. Il, iSt) 5 , p. 99*s.) ; Th. Reinach, loc. cif p. 78 s. : C. Gurlitt, op. cit p. 16,
3 Cf. J. Ebersolt, Etude sur la topographie et les' monuments de Constantinople (Extrait de la Revue archéologique, 1909) P- 1-4).
4 Cf. W. Salzenberg, op. cit., p. 12; N. Kondnkov, Vizantijskija Tserkvi i Pamjafniki Konstantinopolja (T nul y VI archeologieeskàgo sjezda A f Odessje, Odessa, 1887, p. 107, pl. 7); C. Gurlitt, op. cit. t p. 17 ; Mordtinann, op. cit., p. 5 o.
JNTKOIHTCTION
Parmi les grands travaux d’utilité publique l’archilectu re hydraulique est seule représentée par des restes importants. La ville était alimentée en eau par un système de conduites souterraines et par des aque-
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ducs. L’aqueduc, construit par l’empereür Valens, en 368 , et réparé à différentes reprises parles empereurs
byzantins et par les sultans turcs, allonge toujours la série de ses arcades depuis la mosquée de Mohammed jusqu’au Séraskiérat, et évoque en plein Stamboul, le souvenir de la campagne romaine. Ce système d’adduction alimentait les thermes, les fon-
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taines et de grands réservoirs, destinés à subvenir aux besoins d’une population considérable pendant les sièges. Parmi ces réservoirs, les uns sont à ciel ouvert,- les autres sont des citernes à colonnes. Ils . sont représentés par des monuments nombreux, qui ont été étudiés et relevés pour la plupart 1 .
Les monuments de l’architecture religieuse ont été aussi très 'maltraités. Des nécropoles chrétiennes et des constructions monastiques aucune n’est restée debout. Les églises seules ont été épargnées, mais en petit nombre si l’on, songe aux centaines de sanctuaires où la piété des hommes du moyen âge trouvait un refuge. Sans doute Sainte-Sophie, l’œuvre-
1 Cf. P. Forchheimer et . 1 . Strcsygowski, Die byztindnîschcn fVassrr/)(>/](Hier von Kons/an/inopel (By/.antinische Denkmaler, t. Il, Vienne, 189.8), Outre cet ouvrage on consultera B. Paluka, /Sine unbekannte byzantinische Zisierne (Byzantinische Zeitschrift, t. IV, 1895, p. 594 s. ); Iv. Wulzinger, Die Sieinmctzzeichen cier Binbir-direk {tbtd., q)l 3 , P- 4^9 s *) 5 Kouppas ('O èv Kwvc-avTivouïrôls'.
J'iO.rjVtv.ci; <I>tÀoXoyS-j).Aoyo;. ’Ap^aiOAoyiy.Yj STîiTpO'ïrr,. ]lapapTYjp,a <lu t. 20-22, 1892, p, 47 s.); Sideridis (ihid., t. 29,- 1907, p. 252 s.) ; A. van Millingen, op. ci/., p. 2.3 s.; J. Pargoire, A propos de Boradion (Byzanlinisehe Zeitschrift, t. XII, 190.8, p. ^ 63 ).
INTRODUCTION
maîtresse de Justinien, n’a pas été détruite. Elle est pour l’art byzantin ce que le Parthénon est pour l’art grec, et résume un ensemble de méthodes et tout un idéal d’artMais combien d’autres ont disparu sans laisser de traces, comme cette église des Saints-Àpôtres, qui fut le Saint-Denis des empereurs byzantins 1 2 ! Et parmi celles qui sont encore debout, la plupart, transformées en mosquées, ont subi des mutilations et des remaniements, qui leur ont enlevé, en partie, leur cachet ancien 3 .
Cependant c’est dans ces églises que l’on peut le mieux se rendre compte de l’ancienne splendeur de Byzance. Devant ces marbres polychromes, qui tapissent les murs, devant ces mosaïques brillant dans un reflet d’or atténué par l’ombre, qui fond les aspérités, les découpures et unifie les teintes, le voyageur de toutes les époques et de tous les pays a ressenti la
1 Sur Sainte-Sophie la monographie la plus récente et la plus complète est celle de E. M. Antoniadis, "E/^pacnç xr,ç 'Àytaç Soçt'aç, t. I-III, Athènes, 1907-1909. O11 trouvera une bibliographie concernant la Grande Eglise dans J* Ebersolt, Sainte-Sophie de Constantinople* Etude de topographie d’après les Cérémonies , Paris, 1910, p. 1 s., et dans N. Okunev, Ch ram Sv . Sofz / v Konstantinopoljê (Starye Gody, novembre igl 5 , p. 8 s., 29).
- Cf. A. Heisenberg, Grabeskirche und Apostelkirche, t. I, II, Leipzig, 1908,
3 Cf. J. Ebersolt et A. Thiers, Les Eglises de Constantinople (Monuments de fart byzantin publiés sous les auspices du Ministère de l’Instruction publique et des Beaux-Arts, Paris 191 3 , et Album), Sur Kahrjé-Djami, où est conservé le plus bel ensemble de mosaïques anciennes, v, A. Riidell, Die Kahrie-Dschamisi in Konstantinopel, Berlin, 1908, et surtout F. Schmitt, Kachrie-Dzami (Izvjestija russkago archeologiceskago Instituta v Konstantinopoljê, t. XI, 1906 et Album.) — On trouvera une abondante bibliographie sur les monuments de Constantinople dans Ch. Diehl, Manuel d’art byzantin > Paris, 1910, et dans O. M. Dalton, Eyzantine art and archaeo logy. Oxford, 1911, v
INTRODUCTION
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beauté d’un art fait de distinction et de noblesse, d’un art éminemment décoratif.
Aussi les impressions que les pèlerins ont éprpuvées devant toutes ces œuvres d’art sont-elles précieuses à plus d’un titre. Ces voyageurs sont des témoins qui, de siècle en siècle, exprimeront leurs sentiments et leurs idées en présence de cette ville. En énumérant et en décrivant les monuments visités,
ils apporteront souvent des données précieuses sur les édifices qui ont échappé à la ruine ou sur ceux qui ont été complètement détruits. Ces éléments nouveaux compléteront sur beaucoup de points les renseignements trop souvent incomplets des historiens et des chroniqueurs byzantins.
En orientant eux-mêmes le lecteur archéologue ou. ami de l’archéologie sur l’histoire monumentale de la ville du Bosphore, les voyageurs exposeront aussi les efforts considérables, qui ont été faits pour découvrir les secrets de dette ville sur laquelle il plane encore tant de mystère. Ces chercheurs et ces travailleurs, dont les investigations n’ont pas été toujours couronnées par le succès, exposeront enfin la tâche, qui reste à accomplir, pour lier cette gerbe d’or dont les épis sont encore dispersés.