C ON ST ANT1NOP LE B YZ A N TI NE
décoraient 1 , ou des inscriptions qui permettraient
d’éclairer certains points de topographie. La question se complique du fait que ces murs ont été restaurés à plusieurs reprises.
La Porte Dorée soulève un problème, qui serait
probablement résolu par des sondages. L’arc de triomphe a-t-il été élevé par Théodosè le Grand, en 388, ou par Théodose II, en même temps que les
propylées et les murs d’enceinte ? 2
L’identification des portes présente aussi des difficultés. Si on connaît les anciens noms de plusieurs des .entrées de la capitale, d’autres ne sont connues que par leur nom turc 3 4 . Certes les plans anciens et les relations des voyageurs ont permis d’en identifier un certain nombre, mais remplacement de certaines autres est toujours resté l’objet des plus vives controverses *. La raison en est que les textes byzantins sont soüvènt confus. En outre, les lieux mêmes ont changé, au cours des âges, plusieurs fois de nom.
Plusieurs de ces portes étaient désignées par lé nom d’un saint ou d’une église voisine. Or il existait souvent plusieurs églises placées sous le même vocable 5 .
1 Sur ces sculptures, v. plus bas.
2 V. plus haut p. 16, 17.
3 Cf. A. van Mjllingen, op. cit., p. 200, 261.
4 Cf. Mordtmann, Esquisse topographique de Constantinople, Lille, 1892, p. 27-28, 38 , 45. Th. Preger, Studicn zur Topographie Konstantinopels (Byzantinische Zeitschrift, t. XIV, 1905 , p. 272) a montré ta. faiblesse des arguments qu’on a fait valoir pour l’identification de la porte d’Andrinople. O11 ajoutera aux listes des portes «âjmaléfts plus haut, celle qui se trouve dans un manuscrit de Vienne (xvi° srecte), publié par Th. Preger et B. Pantchenko (Byzantinische Zeitschift, t. XXI, 1912, p. 461 s.).
5 Cf. Preger (Byzantinische Zeitschrift, t. XIV, 1905, p. 280); A. van Millingén, op. cit., p. 3 o 3 .
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Et les topographes ont commis parfois Terreur d’appliquer à des monuments des textes se rapportant en réalité à des édifices et à des emplacements tout différents 1 .
Lès inscriptions, qui seront mises à jour dans la ville, permettront de rectifier bien des erreurs. La localisation exacte des édifices restera jusque là bien
difficile. On peut certes déterminer l’emplacement approximatif d’un groupe de monuments 2 . Quant à leur assigner une place exacte sur un plan, quant à déterminer d’une manière rigoureuse la direction des rues anciennes, cela est impossible dans l’état actuel
de nos connaissances. Il est douteux que les rues turques soient sur l’emplacement des voies byzantines, si l’on songe aux incendies multiples, qui ont ravagé et ravagent encore cette ville, à la masse des décombres, qui recouvrent le sol antique. Des indi-, cations peuvent être données cependant par la direc-
1 L’identification des anciens ports sur la Marmara soulève aussi des difficultés; il semble bien qu’ils aient changé de nom. déjà à l’époque byzantine. Plusieurs identifications sont des suppositions gratuites ; cf. A. Zanotti, Autour des murs de Constantinople, Paris, 4911, p. 44, 55 , 58 s., 442 s., 448.
2 C’est ainsi qu’on a défini avec une certaine approximation l’endroit où se trouvaient Saint-Polÿeucte et Saint-Christophore; cf. J. Pargoire, A propos de Boradion (Byzantinische Zeitschrift, t. XII, 4903, p. 487). Par contre l’emplacement véritable du Sigma est très controversé ; cf. J. Pargoire, Les Saints-Mamas de Constantinople (Izvjestija russkago archeologiôeskago Instituta v Konstantinopoljé, t. IX, 4904, p. 290). On sait que l’Hebdomon a été localisé à Tekfour Séraï pendant des siècles. De- fkw jotrrs- A. vair MiHiiigci» a prouvé qu’il s’agissait en réalité d’une localité située en dehors de la ville, sur la mer de Marmara; cf. A. van Millingen (*0 èv KooverravxtvoamoXei ‘EXXiyviy.ôç 3 >iXo}.oŸixbç .SuXXoyoç. ’Ap*/aioXoyixY) siurpomr).llapâpTr,p.a du t. 20-22, 4892, p. 33 s.) ; Byzantine Constantinople , p. 346 s.
tion de quelques grandes artères. La rué large et droite, signalée par les voyageurs du xvn° siècle comme reliant la porte d’Andrinople au Vieux-Sérail, suivait, du moins à cette époque, le tracé d’une ancienne voie byzantine 1 2 . Le tracé des autres rues ne peut être déterminé actuellement que par remplacement des monuments, qui ont échappé à la destruction*
Ces monuments sont autant de points de repère topographiques très surs. On peut grâce à eux recon-
naître quelques-uns des points de là grande rue centrale (vj MéaYj), qui traversait là ville depuis la Porte Dorée jusqu’à la place de 1-Augustéon \ Les Colonnes
de Constantin et d’Arcadius, indiquent l’endroit où
s étendaient d’anciennes places. Mais seules dés
fouilles permettraient de déterminer l’étendue de ces places, la direction des rues anciennes, remplacement
des édifices, qui lés bordaient. A ce point dé vue les anciennes citernes et les églises converties en mosquées fournissent dés renseignements précieux 3 . Mais, dans l’ensemble, ces questions topographiques, qui n’ont pas été toujours traitées avec la circonspection nécessaire, reposent, lé plus souvent, plutôt sur les données fournies par les textes anciens, que sur des preuves tirées du sol même de la ville.
1 V. plus haut, p. 122, 141, i 56 .
2 Cf. Mordtmann, op. cit., p. 61 et le plan ; Destùnis, lstorikotopographiceskij ocerk suchoputnicli stjen Konstantinopplja (Trudy VI archeologiceskago sjezda v Odessjé, Odessa, 1887, p. 25o s.); A, van Millingen, op. cit., p. 37; J. Ebersolt, Le Grand Palais de Constantinople et le livre des Cérémonies , Paris, 1910, p. i 5 -i 6 .
3 V, plus haut, p. 23 , 24.
ÏI.V-H-v rî
Ce sol qui recèle dans ses profondeurs bien des secrets ' 1 , les Byzantins avaient su l’utiliser et l'aménager. Les voyageurs ont remarqué le parti que les hommes du moyen âge avaient tiré des situations naturelles.
Andréôssy avait observé la distribution intelligente des citernes, la position dominante qu’elles occupent 2 . De Beauveau et de Montconys avaient admiré la vue dont on jouit du balcon de Tekfour-Séraï 3 * . Odon de Deuil avait été charmé par le paysage que l’on décou-
vrait du palais des BlachernesL Le site occupé par le Grand Palais n’était pas moins beau. De ces terrasses, de ces balcons, dé ces jardins, ombragés par les arbres et rafraîchis par les eaux courantes, la vue s’étendait sur l’entrée de la Corne d’Or, sur la mer miroitante aux feux du jour, sur les îles des Princes et les lointains bleuâtres des montagnes d’Asie 5 . Plusieurs sanctuaires occupent des positions dominantes, aménagées en terrasses : ainsi l’ancienne église dite Esld-Imaret-Djami, l’église du Christ-
1 On pourrait tirer meilleur parti des indications topographiques données par les sculptures trouvées dans la ville et réunies dans les musées. On ignore trop souvent remplacement exact où elles ont été retrouvées. Certains fragments portent des inscriptions, qui auraient fourni des renseignements topographiques précieux. On a préféré détacher ces sculptures de leur cadre. Elles ont pris dans les collections publiques l'aspect de pauvres larves. Les monuments de la sculpture byzantine, comme ceux de la sculpture romane, ne devraient jamais être arrachés de l’édifice, auquel ils sont adaptés.
2 V, plus haut, p. 214,
3 Y, plus haut, p. 118, n. 2, î 32 ,
/l Y, plus haut, p. 33 .
*° Cf. J. Ebersolt, op, c/V., p, 161 s.
ET LES VOYAGEURS 1>U LEVANT
Pantocrator et celle de la Vierge Pammacaristos 1
(fïg. 46 ).
Sainte-Sophie dresse sa masse imposante sur l'éperon, qui fait face à l’Anatolie. Les coupoles des Saints-Apôtres se profilaient sur le ciel, à l’endroit ou s’arrondit le dôme de la mosquée de Mohammed.
Cette ville avec la mer, qui la baigne de deux côtés, avec ses coltines et ses dépressions, présentait une variété de site incomparable. Au détour d’une rue la mer apparaissait, lointaine, entre deux files de maisons. Ailleurs une ruelle montueuse conduisait à line terrasse, d’où le regard embrassait tout à coup d’immenses espaces. Plus loin une impasse silem cieuse descendait vers les quartiers grouillants du
port.
Stamboul présente encore tous ces aspects et le voyageur moderne peut aisément les contempler et en apprécier tout ; le charme. Les aspects de la ville ancienne sont plus difficiles à saisir.
Aujourd'hui les vastes cimetières turcs font à la capitale une seconde et mélancolique enceinte. Il en est d’autres qui se cachent à l’ombre des mosquées et des turbés. Un peu partout les cyprès abritent des tombes musulmanes. La tradition, qui, en Orient, est plus indestructible que les monuments, ne se continuerait-elle. pas ici? On trouve mentionnés des cimetières byzantins à l’intérieur de la ville même,
1 Cf. J. Ebersolt et A. Thiers, Les Eglises de Constantinople, Paris, igi 3 , p. 171, i 85 , 227.
CONSTANT!NOPLE BYZANTINE
d’autres dans lés quartiers suburbains. Ils étaient entourés de murs, percés d’une porte, qui donnait accès à la nécropole, au milieu de laquelle, s’élevait un oratoire (eûxT'/jpiov ) i .
Par contre, les tombes de ces cimetières chrétiens ne ressemblaient pas aux stèles musulmanes, et ne présentaient pas l’uniformité, qui caractérisé cés dernières. Les sarcophages, qui ont été retrouvés dans la ville et qui proviennent soit décès cimetières, soit des églises, qui servaient de nécropoles, comme les Saints-Apôtres 2 , le Pantocrator 3 ou la Péribleptos n’étaient pas taillés dans le marbre suivant un modèle uniforme. Certains avaient l’aspect simple et sévère de ceux que l’on voit à Sainte-Irène. D’autres avaient leur cuve rectangulaire sculptée, suivant le goût du
temps, de personnages, d’ornements végétaux ou de dessins géométriques 5 (fig. 5o-5i).
Au delà de la bordure sombre dés cyprès, la ligne des remparts surgit sur le bleu énergique du ciel, dans le rayon qui des dore. Les tours s’espacent le
t Cf. Typîcon du monastère du Pantocrator ev tckç otà tuôasok y-otp/riTTjptotç v.al èv toiç TiÊpaÜev; cf* Dmitrievskij, O pi sanie liiurgiceskich rukopisej , t. I, Kiev, 1895, p. 693*
2 Cf* A. Heisenberg, Grahcskirche und Apostelkirche, t* II, Leipzig, 1908, p. 112 s.; D. F, Bjeljaev, Byzantîna 111 (Zapîski classîceskago otdjelenija imperatorskago russkago archeologiceskago obscestva, t. IV, Pétersbourg, 1907, p. i 38 . s., 148 s*). a J. Ebersolt et A. Thiers, op . 9 cit p* 194.
4 'V. plus haut, p. i 36 .
* Cf* d* Strzygowski, Orient oder Rom , Leipzig, *1901, p. 40 s., 45, 79, fig. - 36 j'jLL Ebersolt, Rapport sommaire sur une mission à Constantinople] (Extrait des Missions scientifiques, nouvelle série, fasc* III, Paris, 1911, p. 16, pi. XIV, fig* 22); G. Mendel, Catalogue des sculptures grecques, romaines et byzantines, t* III, Constantinople, 1914, p. 417, 1174, p. 419, iv* 1175, p. 528, n° i 320 , p* 529,
lit LIvS VOYAGKIJKS IHI LEVANT
long des murs, ruinés par endroits et envahis par une folle végétation. Cette vieillesse vénérable et silencieuse rappelle les jours d’autrefois, quand la ville était pleine de bruits, de clameurs et de fanfares. Ces murailles ont vu passer tant de triomphes, tant d’empereurs traînant leur butin ; elles ont résisté, comme un bloc solide, à tant d’assauts, à tant de tremblements de terre! Ici une grande déchirure laisse entrevoir l’intérieur de
là un pan de mur s’est écroulé. De grandes fissures sillonnent les tours de la base au sommet; les voûtes des parties supérieures se sont écroulées; d’énormes blocs de maçonnerie gisent sur les parapets (iig. 52 - 53 ). Mais la
concrétion, formée de
pierres et de briques, disposées en rangs plus ou moins épais, et d’un mortier dur comme la pierre, a résisté.
F KJ. 53 . Intérieur d’une tour du mur.
La décoration ancienne des murs n’est actuellement plus guère visible. A Yédi-Koulé-Kapou, un aigle, sculpté dans le marbre, semble encore prendre son vol au-dessus de la porte voûtée (fïg. 54). Mais combien de sculptures ont disparu, qui ornaient la Porte Dorée ? Sur les murs des propylées des reliefs hellé-