‹ Constantinople byzantine et les voyageurs du LevantChapitre 4 sur 34 · CO N ST A NTI NO P LE B YZ A N TI N H · texte numérisé non relu

CO N ST A NTI NO P LE B YZ A N TI N H

Eginhard, dans sa Vie de Vempereur Charlemagne , raconte -que, trois ans avant sa mort, le

monarque fit la distribution de ses trésors et de ses

biens mobiliers et qu’il consigna ses intentions dans un écrit daté de 8ll. Au nombre de ses meubles se trouvaient des tables en argent et une en or de dimension et de poids considérables. L’une d’elles, de forme carrée, sur laquelle était représentée la ville de Constantinople, devait être donnée à la basilique de Saint-Pierre de Rome ; l’autre, de forme ronde, ornée d’une vue de Rome, était destinée à l’église épiscopale de Ravenne ; la troisième, contenant une description du monde entier, devait être distribuée en aumônes 1 .

S’il existait, déjà au ix° siècle, des vues et des plans de l’Ancienne' et de la Nouvelle Rome, il devait exister aussi des descriptions des deux capitales de l’Occident et de l’Orient. Au ix° siècle, un Arabe, Ibn ben Iahja, qui avait été transporté, comme prisonnier de guerre, d’Ascalon à Constantinople, puis à Salonique et à Rome, écrivit une relation de son voyage, pleine d’histoires miraculeuses, mais où l’on trouve ici et là quelques renseignements précieux 2 .

Constantinople lui donne l’impression d’une ville très puissante et remplie d’œuvres d’art. Ce qui a le plus frappé cet Oriental, pour qui l’eau a un grand prix, c’est le système d’aqueducs qui, dans tous les quartiers, déversent l’eau abondamment. Certes, ce prisonnier de guerre n’avait pas la liberté de visiter,

1 Cf. Jîinhardi Omnia qttae ex si an ( operci, éclit. Teulet, t. I, Paris, 1840, p. 108.

2 Cf. J. Marquart, Osleuropaische und ostasialische Streifz.üge, Leipzig, 1903, p. 206 s., 21 5 s., 23 y s., 260 s.

HT LES VOYAGEURS DU LlïVANT

-^clans toutes ses parties, une ville aussi grande. Mais es t frappé et peut-être un peu scandalisé, comme Sfun bon musulman, par la quantité de statues de •’llhronze. qui ornaient le palais impérial. A la Porte 11!Dorée, « la porte par laquelle on va à Rome », il a

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mxu ces statues d’hommes et d’éléphants, qui ont i vpété signalées par les auteurs byzantins h Si, à 1 Hip- ^^Ipodrome, il a eu le privilège d’assister à une de ces

! licou rses brillantes, qui attiraient tout le peuple de la

I Hcapitàle, s’il a vu deux chars dorés, attelés de quatre [r.JÉjchevaux et conduits par des cochers revêtus d’habits ; laissés d’oi*, faire trois fois le tour de l’arène à toute ' |f|yitesse et le vainqueur recevoir du basileus un collier ■■ tliftt une livre d’or, il a surtout remarqué, au milieu du

fjÉjjCirque, les « Serpents de bronze ». La Colonne serf‘ : ^pentine n’était pour lui, comme pour tous les hommes • :;||chi moyen âge, qu’un talisman et n’évoquait nullelÿnent un des grands souvenirs de la Grèce antique. •, ; §1 Ce qui l’a le plus intéressé, c est, à dix pas à 1 ouest ■ %le Sainte-Sophie, une haute colonne « formée de

plusieurs colonnes placées les unes sur les autres et

;;ï|reliées par des chaînes d’argent». Au sommet était •;:.(^|une table de marbre carrée, qu’il prend à tort pour ,:-Sun tombeau, et, au dessus, se dressait la statue ^équestre de l’empereur Justinien, « la tête ceinte $d’une couronne d’or, ornée de perles et de rubis, et |levant la main droite » 2 . Ce monument est bien

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\|connu par les témoignages des auteurs anciens èt par

, 1 F, W. U nger, Quellen dcr byzantinischen Kunstgeschichte,

^Vienne, 1878, p. 207, 226-227; J. Strzygowski, Das goldene Thor ÿ Konstantinopel (Jahrbuch des Kaîserlich deutschen archaeologis- ^ nst ^ tut Sj t, VIII, 1893, p. 29).

2 Ct J. Marquai t, op. cit p* 21 5 s., 220, 222.

un dessin retrouvé dans la bibliothèque du Sérail J (fïg. 6). Ibn ben Iahja ne dit rien du soubassement de sept degrés, ni du piédestal 1 2 . Mais il confirme deux faits : les tambours du fût étaient entourés de cercles de métal ; la statue reposait sur une base

Fig. G. Statue de Justinien. Dessin conservé au Sérail de Constantinople (d’après Mordtmann).

quadrangulaire. Cette Colonne honorifique, une des « merveilles» de l’ancienne Byzance, devait attirer l’attention de plusieurs autres voyageurs, par ses proportions, qui lui avaient valu le surnom d’Achilleus, et par l’aspect étrange et très oriental du « plumet énorme », dont le basileus était coiffé.

Au x n siècle, un autre musulman visitait Constantinople, non plus en prisonnier, mais en voya¬

geur avide de connaître la capitale des «rois chrétiens de Rouni ». Né à Bagdad, Maçoudi avait passé la plus grande partie de sa vie à voyager depuis l’Inde jusqu’en Espagne. Il s’était retiré en Egypte, où, en g55, un an avant sa mort, il rédigeait le dernier de ses ouvrages. Dans ses Prairies d’Or il fait œuvre d’his-

1 Cf. Mordtniann, Esquisse topographique de Constantinople, Lille, 1892, p. 64, 66; J. Ebcrsolt, Le Grand Palais de Constantinople et le Livre des Cérémonies , Paris, 1910, p. 14 ; O. M. Dation, Byzantine Art and Archaeology , Oxford, 1911, p. 124.

2 Cf. Unger, opidt.y p. 187-145.

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UT LES VOYAGEURS 1)U LEVANT

Storien en résumant l’histoire des empereurs de Cous-, tantinople depuis Constantin le Grand jusqu’aux

I règnes de Constantin VII Porphyrogénète et de îl Romain I er Lécapéne h II vit donc la ville au moment

II de l’apogée de la dynastie macédonienne et en donne, É en géographe, une description sommaire. « ConstanfS tino pie est située sur un canal dont les bords, dans Il toute leur étendue, sont couverts d’habitations. » La Il ville, dont les rivages sont surpeuplés, ne tient que ||par un côté au continent. Les églises et les palais ^intéressent moins ce musulman que les hautes fl murailles, coupées de tours et d’un grand nombre de É portes, petites et grandes. Parmi ces dernières, il iff signale la « Porte d’or, qui est ornée de battants en

Il bronze » 2 .

fi A la même" époque, un évêque de Crémone était §1 envoyé en qualité d’ambassadeur auprès de.Constan- Üftin VII, puis auprès de Nicéphore Phocas par le roi

g Bérenger. Luitprand dans ses deux écrits, l’ Antapo- M dosîs et la Legatio , a porté sur la cour byzantine des H jugements entachés de partialité ; mais ses descriptions du Grand Palais sont précieuses et font entrevoir toute la magnificence des salles et des édifices où il fut reçu 3 . C’était un diplomate à l’esprit critique et précis pour son époque. *

jgi Cependant la ville attirait à elle d’autres voyageurs,

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1 Cl. Maçoudi, Les Prairies d*or , texte et traduction par Barbier de Aleynard et Pavet de Courteille, t. Il, Paris, lS 63 , p. 3 ll s.

^ Ci. Maçoudi, op. cit t. I, Paris, îSGi, p. 261 ; t. Il, p* 3 i 7 , 319,

'* Cf. Monumenta Germaniaa historien, Script, t. III, p. 277, 3 io, 333 , 338 Sc, 349; cf. J, Ebersolt, op. cit., passim ; Mélanges d'histoireet d*archéologie byzantines, Paris, 1917, p* 5 o- 5 i,

ceux qui, poussés par la foi religieuse, venaient en Orient pour adorer les reliques.

Constantinople était d’une richesse merveilleuse à ce point de vue. Les empereurs y avaient réuni les reliques les plus précieuses, disséminées auparavant dans toutes les villes d’Orient, pour les mettre à l’abri des infidèles*. Vers 1090 , un moine de Cantorbéry, Joseph, qui était allé accomplir son pèlerinage aux Lieux Saints, apprend à Jérusalem qu’il existait à Constantinople « un trésor de reliques incomparable ». Il quitte aussitôt ses compagnons de voyage et part seul, avec quelques serviteurs, pour la ville impériale. Là il parvient, grâce à des relations, à pénétrer dans la chapelle de l’empereur, où il contemple à loisir ce trésor de sainteté 1 2 .

A la fin du xi e siècle commencent les Croisades, qui donnèrent aux Occidentaux l’occasion de pénétrer dans la ville, de l’admirer et de la faire connaître.

Odon de Deuil, qui accompagna Louis VII le Jeune pendant la seconde. Croisade, décrit la capitale telle qu’elle lui apparut au milieu du xn e siècle. La forme de « cette ville riche et fameuse, la gloire des Grecs », lui inspire une jolie comparaison. Elle ressemble, dit-il, à une voile de navire 3 . Dans l’un des angles se trouvent Sainte-Sophie et le « palais de Constantin » avec une chapelle pleine de reliques ; dans l’autre le

1 Cf. Riant, Exuviae sacrae Constantinopolitanac , t. I, Genève,

1877, p. XXXVIII s.

2 Cf. Ch. H. Haskins, A Canterbury motik at Constantinople (The English Historical Review, t. XXV, 1910, p. 293 s.).

3 Cette comparaison se rencontre aussi dans la Chronique de Romanie j cf. Buchon, Collection des Chroniques nationales françaises, XIII e siècle, Paris, 1826, p. 46.

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palais des Blachernes, d’où l’on jouit d’une vue agréable sur la mer, la campagne et la ville. Au pied des murailles terrestres s’étendent de grands espaces cultivés, des jardins, qui donnent toute espèce de légumes aux habitants. Ceux-ci sont abondamment pourvus d’eau par des conduites souterraines. La ville elle-même est sale, dégoûtante, pleine d’ordures ; en beaucoup d’endroits y règne une nuit perpétuelle. Les maisons des riches débordent sur les rues, qui sont abandonnées aux pauvres. 11 s’y commet à la faveur des ténèbres des crimes et des scélératesses, « En tout cette ville dépasse la mesure »'.

Guillaume de Tyr, l’historien des Croisades, qui connaissait si bien l’Orient, fit plusieurs voyages à Constantinople, à la même époque. Mais il n’a pas fait de la ville un tableau aussi coloré qu’Odon de Deuil. Cependant il pénétra au palais, pour accompagner le roi Amaury de Jérusalem, quand il fut reçu, en 1171, par Manuel Comnène ; et il a donné quelques détails intéressants sur certaines parties de la demeure impériale 2 .

Le géographe arabe Edrisi donne au contraire libre cours à son admiration, quand il aperçoit les fortes murailles delà capitale, quand, pénétrant par la Porte Doi 'ée, les énormes battants « en fer recouvert de lames d’or » s’ouvrent devant lui. « L’on ne connaît pas de ville, dit-il, qui lui soit comparable en grandeur dans toute l’étendue de l’empire romain. »

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