LES ARMÉNIENS
Il est bien rare de voir un Arménien se faire marin. Toutefois, si le gouvernement turc voulait surmonter ses préjugés et permettre aux Arméniens de prendre du service dans ses armées, il pourrait en obtenir des soldats robustes, obéissants, courageux et fidèles. lies Russes , qui en ont incorporé un grand nombre dans leurs troupes, les estiment beaucoup.
Parmi les Arméniens qui existent à Gonstantinople , il y a des ouvriers, des portefaix, des artisans de toute espèce qui retournent dans leur pays après avoir exercé leur industrie. Cette classe est très-nombreuse , mais tranquille. Elle se met pour ainsi dire en étalage durant les fêtes de Pâques, lorsque les individus qui la composent, réunis en petites bandes, se donnent le plaisir de la promenade. Dans les autres temps de Tannée, cette population se fait voir si rarement qu'on la croirait absente.
Les Arméniens aisés possèdent, comme les Grecs, des maisons de plaisance sur le Bosphore» où ils passent la belle saison en y menant une vie très-agréable. Ils ont bien soin que rien, ne transpire au-dehors, afin de ne pas exciter la jalousie des Turcs.
Les manufactures de soie et de coton, de velours, de tissus d'or, ainsi que de toiles peintes, appartiennent spécialement aux Arméniens. Parmi les étoffes qui en sortent , il en est certaines qu'on ne saurait pas dis* tinguer de celles de nos meilleures fabriques d'Europe. Certains fichus en mousseline, quoique peints à la main, ont une solidité de couleur extraordinaire. Les fleurs
\U CO.NSTANTl.NOPLE.
SQ0t ittrtout retracées avec une rare perfection et relevéet par une vivacité de tons que rien ne peut égaler. Lee Arménient sont aussi habiles que les Turcs dans la brodme, et leurs fanmes ont pour ce genre de travail «ne supériorité peu commune. Les orfèvres et les bijoutiers delà couronne sont Arméniens, et, si leurs travaux se ressentent du goût oriental, ils ne manquent pas pour cela de grâce et de finesse. L'horlogerie est aussi trèstvancée parmi eux et compte des ouvriers trèsdistingués. La fabrication de la poudre est entre les mains de cette nation. Ainsi que les Grecs, ils exercent la pro* flnsion d'architectes, d'ingénieurs et d'entrepreneurs de eonstructions. Ces professions sont lucratives dans un pays oii les incendies arrivent fréquemment et où les maisons s'élèvent avec une rapidité incroyable.
En voyant les Turcs ranfier aux chrétiens ces professions utiles, on pourrait croire qu'ils sont sans aptitude pour les professions industrielles : mais, ainsi que nous l'avons AiU on trouve parmi eux une main-d'œuvre très-intelligente. Si les différentes nations qui habitent Gonstantinople se livrent, plus que les Turcs ne le foi^*^ , à tous les arts et à tous les métiers, c'est que , d'un côte, /'habitude les a engagés dans une carrière qu'ils n'aban^ dmnent qu'à regret, et que, de l'autre, la conourrence qui, en Europe, stimule les talents, est regardée en Orient comme une chose pernicieuse aux intérêts de l'industrie.
Outre ces sectes arméniennes dont je viens de décrire les coutumes^ il est un petit nombre d'Arméniens qu^ ne suivent pas la liturgie de leur Église, maïs celle de
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1 Église latine, II« sont ou Maronites on Syriens. Ils fréquentent les églises des catholiques romains ; car les ecclésiastiques de ce rite sont en bien petit nombre. Ni las uns ni les autres ne suivent le calendrier grégorien, et leur Pâques retient comme dans TÉglise grecque. Chez les Maronites , la liturgie est en arabe ; ohes les autres» en syriaque. Cette petite colonie est presque toute composée de personnes aisées qui font le commerce avec TEurope, et toujours ayeo succès. Les chefs de cette colonie sont doi Barataires de la 8ublime«^Porte.
Avant le règne du sultan Mahmoud II, la Porte accordait aux chefs des légations européennes et aux consuls des brevets de protection appelés barat. Les individus qui les obtenaient étaient regardés comme sujets (le la puissance musulmane. Ce privilège était immense, et donnait une grande influence aux agents des puissances étrangères, quit avec les barats, groupaient autour d'eux les personne^ les plus riches du lieu où ils résidaient. Celles-ci payaient de grosses sommet pour être protêtgées ainsi.
ie sultçiii Mftbmottd a révoqué ce privilège, dont au* cun traité ne faisait mention^ et qui avait été arraché à la faiblesse et à Tignorance musulmane par la cupidité européenne. Mais le même Sultan, en le révoquant, s'aperçut que les traités avec les puissances européennes, et qu'on appelait capitulations ^ accordaient aux étrangers beaucoup trop d'avantages quant au commerce extérieur, et apportaient un préjudice notable àrindustrie de ses sujets, Il imagination de former un autre eorpa
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de BaralaireSy composé de négociants turcs, grecs, arméniens et hébreux. Ceux-ci, avec une patente qui ne coûte qu'une faible somme, jouissent des mêmes privilèges que les négociants européens , et bien souvent de privilèges supérieurs, puisqu'on permet aux rayas ou Barataires de la Porte de porter la chaussure jaune comme les Turcs. Un Belekgi-Effendi, ministre du commerce, veille à leurs intérêts. Ils ont des députés pour les représenter, et une espèce de chancellerie; en un mot, les Barataires forment un corps séparé dans l'Etat.
Les Barataires ne souffrent pas que les Européens les égalent en privilèges, et il arrive très-souvent que les légations se trouvent dans la nécessité de lutter contre eux et de faire intervenir leurs gouvernements respectifs pour défendre les individus qu'ils protègent. Souvent ces luttes font l'objet de notes diplomatiques trèsaigres, échangées entre le Divan et les cours européennes. Pour le public, cela semble insignifiant et puéril, mais au fond ces questions renferment des intérêts de prépondérance auxquels l'Europe doit tenir d'une manière absolue.