‹ Constantinople et l'Égypte: avec un frontispice et une carte géographiqueChapitre 14 sur 39 · LES FRANCS · texte numérisé non relu

LES FRANCS

Let Grecs, lès Arméniens et les Juifs sont, ainsi que je viens de le dire, les trois nations qui forment à Gonstantinople ies ruyus ou tributaires de la Porte. Un autre corps vient à leur suite, lequel, s'il était plus nom-^ breux, exercerait une grande influence sur les destinées de l'empire. Ce corps est celui des Francs de Péra, dont lecfaiffre, qui varie continuellement, n'a jamais dépasse pourtant trois mille âmes* On croit que plusieurs do ees familles appartiennent à des nations franques; mais cette supposition n'est appuyée que sur la protection qui leur fut accordée à des époques plus ou moins éloignées. Il y en a qui descendent véritablement des chré* tiens, et que le commerce ou d'autres circonstances en*» gagèrent i se fixer à Constantinople. Les premières de

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ces familles sont d'origine grecque, arménienne ou latine de T Archipel. Les autres remontent à la conquête de Mahomet II, et probablement, car tout le fait conjecturer, descendent des Génois et des Vénitiens qui séjournaient jadis dans ce pays.

Les anciens diplômes de ce temps portent des noms francs qu'aujourd'hui on chercherait en vain à Ck)nstaDtinople : cela porte à croire qu'à l'époque où Constantinople était sous le coup du farouche enthousiasme des Turcs pour leur nouvelle conquête, les premières familles franques en évidence sur la scène durent s'enfuir, si toutefois elles n'étaient détruites, pour échapper au fer et à la domination du vainqueur. — Les familles pauvres, appelant moins l'attention, et, du reste, n'ayant pas les mêmes moyens pécuniaires que les riches pour fuir, durent rester. C'est probablement de ces familles que descendent celles qui nous occupent.

La mosquée des Arah-Djerni, avant la conquête, était l'église principale de Galata, dans laquelle les familles les plus distinguées avaient leurs tombes. — Aussitôt que les Turcs s'en rendirent maîtres, ils s'empressèrent d'en effacer les inscriptions. Ce vandalisme, en détruisant le seul signe qui eût pu mettre sur la trace des anciennes familles franques qui habitèrent Constantin(H pie avant les Turcs, contribue encore à rendre, sur ce point, l'obscurité plus profonde.

Si, dans les quartiers de Péra et de Galata, il y a des personnes qui se vantent d'une origine illustre, on ne reconnaît pour nobles que celles qui occupent des em-

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ploîs dans les légations européennes. Ces emplois donnent beaucoup de crédit, et, s'ils ne sont pas très-lucratifs, ils suffisent cependant à faire vivre honorablement ceux qui les occupent.

Quoique la vie à Gonstantinople soit à bon marché, et que depuis de longues années ces familles jouissent de la considération et de la confiance des cours étrangères» il n'en est pas une qui possède une grande fortune. On peut en trouver la raison dans la multiplicité des mariages, dans l'impuissance de faire fructifier les petites économies, dans les tristes circonstances qui ont pesé sur l'Europe vers la fin du siècle passé, et qui ont rendu très-difficile aux familles le placement de leur argent sur les fonds publics ; enfin dans les incendies continuels qui les ont ruinées presque entièrement.

Les Francs de Péra qui ambitionnent les emplois publics s'adonnent à l'étude des langues orientales, dans lesquelles ils font des progrès remarquables. On compte même parmi eux plusieurs célébrités qui, en science, rivaliseraient avec les hommes les plus émments de l'Europe, s'il leur plaisait de poursuivre leurs travaux.

Les Francs, qui ont été longtemps privés d'établissements convenables pour faire élever leurs enfants dans les sciences et dans les lettres, trouvent maintenant dans le collège fondé par les révérends pères Lazaristes un moyen sûr, facile et peu dispendieux de les instruire.

A cet établissement est attachée une école succursale où les enfants des prolétaires et les pauvres apprennent les premiers éléments, la lecture, l'écriture et le calcul.

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Cette nation a aussi beaucoup d'institutions philanthropiques, des hôpitaux pour les pestiférés et les marin» malades, des maisons de secours, et des couvents oii il y a des écoles et de petites bibliothèques publiques.

Les incetidies et la peste rendent presque impossible Texistence de collections scientifiques qui seraient pourtant de la plus grande utilité dans un pays où, à chaque pas 9 on trouve des souvenirs historiques qui v^ montent à la plus haute antiquité.

Il arrive rarement que les familles des Francs attachées aux légations abandonnent Constantinople, qu'elles regardent comme une seconde patrie; mais celles qui font le commerce fixent ordinairement leurs demeures là où elles ont leurs comptoirs et leurs bazars. Si une de ces familles est frappée de quelques revers, elh ge relève difficilement, et ne tarde pa^ à se perdre danii la ma^se des populations grecques ou arméniennes.

Les Francs de Péra aiment la société» bien qu'une retenue un peu outrée les tienne souveut éloignés les uns des autres.

Ck)mme il n'y a pas à Gonstantinople de bons profefhseur^ de musique, on y trouve bien peu de personnes qui cultivent cet art. Les peintres n'y séjournent qu'accidealellement. La peste, qui joue un ginistre rôle à Constanlinople, effraie à juste titre les professions libérales, qui préfèrent les pays où ce danger n'est pas à craindre.

La religion des Francs est la religion catholique ro' maine; cette religion compte sept églises et plusieurs chapelles dans la campagne. Le nombre des protestants

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est tellement borné, qu'ils n'ont même pas de pasteurs.

On peut s'imaginer ce que deviendrait ce groupe de chrétiens, si la civilisation prenait un rapide développement en Turquie ; les Francs y gagneraient une garantie suffisante de sûreté , et l'avantage resterait aux Turcs. Mais ceux-ci ne comprennent qu'assez imparfaitement ce qui doit les guider dans la voie de la civilisation; il est à craindre pour eux-mêmes qu'ayant commencé tard à y entrer, ils ne se trouvent toujours en arrière des nations européennes, lesquelles les distanceront toujours de toute la hauteur d'une civilisation acquise par des labeurs infinis, et que chaque heure voit s'agrandir.

Quant aux Grecs et aux Arméniens, l'époque oii ils ne formeront qu'une seule nation avec les Musulmans est tellement éloignée, qu'il faut la confondre avec celle où l'Asie, dominée par l'Europe, sera absorbée par cette dernière. Alors, tout ce que l'Asie renferme en elle de traditionnel fécondera ce que l'Europe aura perdu de forces morales au-dehors. L'activité occidentale est un des leviers puissants que Dieu emploie pour tirer l'immobile Orient du repos oii il s'endort; remué par elle, il la fécondera à son tour, et le jour de cet échange de forces entendra sonner l'heure d'une vie nouvelle pour le monde.

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