‹ Constantinople et l'Égypte: avec un frontispice et une carte géographiqueChapitre 15 sur 39 · MAHMOUD IL · texte numérisé non relu

MAHMOUD IL

Cette biographie est de la plus haute importance, car sans secours extérieurs, et malgré Téloignement absolu de la société, Mahmoud 11 a pu, avec la seule puissance de son génie, arriver à occuper sur la scène du monde une place éminente, au moment même où les hommes et les événements en Europe étaient extraordinaires.

Dans la sphère des arts, la vie solitaire, la méditation continuelle et la séparation complète du monde, peuvent donner souvent aux œuvres des hommes une teinte d'originalité puissante qui étonne et surprend. H n'en est pas ainsi dans la sphère politique.

La méditation est sans contredit une nécessité impérieuse pour concentrer tous les éléments qui doivent lui

ISo CONSTANTINOI^LÈ.

servir. Un lîvre se médite dans le silence; îl s'élabore dans la solitude. Les ouvrages d'une bibliothèque rassemblés sous la main de 1 écrivain le dispensent d'aller au-dehors chercher des inspirations; mais pour riiomme politique, "auquel la direction d'une société est échue, il faut qu'il la voie 'de t^s yeux, qu*il en palpe lui-même les besoins. Non-seulement il doit avoir Tinstruction des hommes les plus distingués, mais, de plus, il faut qu'intuitivement il sache les hommes de son temps par cœur : son rôle veut donc qu'il réunisse les deux faces du génie.

La science politiqi^e eat,de no^joujps Ir. science la plus complète: tout se résume en elle; son horizon embrasse tout; tout aboutit au cabinet de Thomme d'Etat ou dans l'enceinte des parlements.

Ce n'est plus, comme aux temps primitifs, dans le mystère des délibérations d'ua corps sao^F^otsif] que se traduisent les idéea de gouv^^njen^ent; ce n'esi plus, ^Omme dans lestempsan^érieurs à ceii^xrci, qiie q^iiiâlques Qhefs. de peuples ont* le privilège: d^' c^iriger 1^ ^oqiété «c^ I^rs aspirations : Bo», aujmirdi'huij les quêtions de reli^on:> d'agriculture^ d'if^lustrie» <k scieaoe et dr'ai^tsoDt softies.du sanctuarire^ dct&conmilsde quelques amvjBirajns^ del!interprétation>deqiielq;u^ aristocraties, pour tomber ^bm le domaine pablic^ qm s'en. esi. saisi etqpi- s'qq est divisé le travail, représentant aindiit^tes les spécialités politiques^ sans lesqu^Uesauc^^nç société 00 peut. foncti^Hmeri selon Tordradela civilisation qui iMtgiic nM Jdiées ei n^s^mcsurs. Aaiaf 6t{à.ni0a»Mr^ qiM

MAHMOUD u. m

les idées se répandirent au sein des masses, et que les instruments du travail se perfectionnèrent, celles-ci entrèrent petit à petit» à travers des siècles, par des souffrances infinies» et en accumulant des travaux immenses les uns sur les autres» dans Faction gouvernementale, jusqu'à ce que réunissant les lumières, la richesse, le travail et la majorité, elles devinrent le seul levier des gouvernements. L'homme politique, s'il ne possède pas scientifiquement tout le savoir humain, ce qui est impossible, doit donc avoir la connaissance des hommes qu'il fait mouvoir et des choses sur lesquelles son action s'exerce.

Un gouvernement, si despotique qu'il soit, ne peut oublier aujourd'hui ce que possède de puissance le peuple qu'il gouverne. Si arriéré que soit ce peuple dans la civilisation, il est pourtant bien loin de ce qu'il était il y a seulement un siècle. Malgré le gouvernement, les idées gétiéralôs se respirent comme les atomes imperceptibles que l'air renferme. 11 est donc de son intérêt le mieux entendu de les comprendre et de les diriger avec circonspection ; et il faut les appliquer, sans quoi elles Fimmolent; car si les idées ne se tuent point par le canon, comme dit Diderot, elles ont néanmoins le desstis sur toutes les réticences qui cherchent à arrêter feur développement dans le monde. Leur gestation demande des années, des siècles, comme les grandes et' fortes choses que la nature crée. L'impatiencç de Thomme s'irrite souvent de ce développement si long, et, comme il ne peut on préeîpïter lé terme selon ses dfésirs, îT cherohe h le nier,

Isa CONSTANTINOPU.

à le détruire. Mais que sont les efforts individuels devant la marche progressive que Dieu nous impose? De même qu'un ouvrier attaché à la construction d'un immense édifice, dont il ne comprend qu'imparfaitement le plan, s'irrite d'apporter chaque jour sa pierre sans voir en quoi ses travaux sont utiles, parce que Tédifice, dans toute sa splendeur, lie lui a pas révélé sa grandiose harmonie ; de même l'homme individuel, dans les travaux humains, s'irrite de ne pas savoir à quelle fin il est assujéti. Qu'importe, encore une fois, cette faiblesse de l'individu dans le travail général de la civilisation? il se poursuit sans relâche : ici abandonné, là poussé avec ardeur. L'Asie, après ses longs labeurs, se repose comme une terre que la charrue a trop remuée. L'Occident s'agite, marche comme une terre dans toute la vigueur d'une végétation nouvelle. Ce qui semble ne plus produire est pout-être à la veille d'une floraison luxuriante, et ce qui nous apparaît en pleine vigueur a peut-être déjà besoin d'un sommeil régénérateur.

Le grand mérite de Mahmoud H est d'avoir compris le mouvement intellectuel qui l'entourait. Ses réformes ont pu ne pas toujours être parfaitement appliquées; elles ont pu quelquefois marcher à contre-sens du but qu'il se proposait d'atteindre ; mais certainement il se montra bien supérieur au statu quo de la civilisation turque. — Cette civilisation est fatalement destinée à périr, parce qu'elle repose sur la plus grande des erreurs humaines, la stabilité aveugle du fanatique. Mais ce que fit Mahmoud pour la relever accuse toute la puissance

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â*un esprit d'élite à la recherche de tous les moyens capables d'en retarder la mort.

Au milieu du Sérail s'élèvent douze pavillons, où la sombre étiquette de la cour ottomane renferme les princes que leur destinée peut appeler un jour à monter sur le trône. Les princes ainsi séquestrés portent le nom de Chah Indes.

Le silence veille constamment à la garde de ces prisons dorées, d'où les Chah ladps ne sortent que lorsqu'ils doivent rendre visite au Sultan. Mahmoud resta enfermé vingt-trois ans dans une de ces cages. Là, guidé par son esprit entreprenant, et ne pouvant s'accommoder de la contrainte à laquelle il était condamné, il chercha à chasser ses ennuis en s'occupant des études auxquelles les autres princes n'avaient jamais pensé.

La religion ordonne aux enfants du Sultan de choisir pour leur distraction un art mécanique; malgré cette prescription, Mahmoud tourna toute son alti'ntion vers les livres qu'on lui donnait et qui traitaient de malièn^s différentes. Pour mieux les comprendre et les posséder, il les copiait avec beaucoup de soin. L'étude prolongée et assidue des mêmes matières contribua beaucoup à donner une direction ferme et profonde aux idées de ce prince. En effet, un petit nombre d'ouvrages qu'on médite est bien plus profitable qu'une lecture universelle, qui apporte souvent dans les idées plus de confusion que de lumière.

Poésie, histoire, lois et mœurs furent les matières

iJ4 CO^SSTANTINOPLE.

que Mahmoud ét9dia de ppéféreoce et qu'il médita profondément. Le silence de la retraite servit eOicacement le travail intérieur de la réflexion chez Mahmoud, et probablement cette jeune iotelligeiice se serait laissé aller Iranquillement à la seule étude des lettres et de rtiistoire, si rien ne fût venu brusquement donner cours à ce qui sourdait en lui de viril et d*ambitieux.

Un jour, en mai 1807, au milieu de l'étude, un bruit inattendu, terrible, vi^nt troubler le cours pacifique de ses pensées. Des cris de détresse, des gémissements prolongés, interrompus de temps à autre par le bruit du canon, lui apprennent que le corps des Janissaires, à la suite d'une nouvelle révolte, venait de déposer le sultan Sélim-Kan, son cousin, et d'élever au trône son frère Mustapha. Ce même jour, le souverain détrôné abritait sa grandeur déchue dans le pavillon voisin.

La sensation que ressentit Mahmoud de cet évènen-ient fut profonde. Un nouveau monde s'élevait devant lui, et ses instincts comprimés par la politique du Sérail se redressèrent de toute leur hauteur. Sélim près de lui ! hier son souverain, aujourd'hui son égal et son compagnon de captivité!.,. H n'en fallait pas t^nt pour que >Iahmoud comprît la nécessité, dans l'intérêt du rôle qu*il pourrait jouer un jour, de se lier avec un homme qui était à même de l'instruire sur la pratique gouvernementale, pratique dont il n'avait que des idées imparfaitcs, etqu'au Sérail on cache toujours aux princes, dans la crainte de les voir tramer des intrigues et des

Ç9fts|)irati9nsv Malmii^md devint dftûç râpai 4 u fla^atlhitu-

MAMMOUi) II m

ItCHX Sélfin^ il trouvait en lui la personne à laquelle il pouvait confier toutes les idées de réformes que lui sug^ gérait cette terrible chute. Sélim avait besoin d'un vengeur^ et Mahmoud était homme à ne reculer devant au* cuo obstacle pour arrivera son but. Sélim mieux que peràdnne pouvait Tinstruire et le diriger* Ces deux hommes, qu'un hasard meliait ainsi en contact, se rendirent mutuellement service : l'aneien sultan Sélim apprenait à Mahmoud comment on pouvait régner; Mahmoud promettait à Sélim de le venger une fois monté sur le trône. Sélim icaressait la jeune ambition de Mahmoud eu lui montrant le pouvoir comme prix de ses eiforts. et. dans cette pensée, le conduisait pas à pas dans le labyrinibe de toutes les intrigues gouverne* mentales.

Rien ne pouvait mieux servir Mahmoud que les en^ tretiens de Sélim. lue pouvoir était là devant lui; qui, n'ayant plus à craindre de tomber, n'ayant plus à se faire redouter, n'ayant plus autour de lui ses envieux^ ses courtisans et ses ennemis extérieurs, n'hésitait pas à confesser ses fautes. Quelle merveilleuse circonstance mettait à côté de ce jeune lionceau un souverain déeha pour lui montrer les voies du trône!

Mais, taudis que les deux cousins dirigeaient toute leur attention sur le passé sans prévoir ce que l'avenir leur préparait, le pacha de Moutchouck, le vaillant Bairactar, s*étant proposé de rétablir sur le trône Sélim, avait rassemblé sous les murs de Gonstantinople Une armé^ d^ huit HiiUe hommes^ fet il était parvenu^ par

ISa COxNSTANTINOPLE.

sa fermeté et sa valeur, à enfoncer les portes du Sérail pour venir au secours du Sultan détrôné.

Avant pourtant que les porles du Sérail fussent enfoncées, Mustapha, informé qu'on venait de proclamer sacliute, ordonnai un peloton d'eunuques de tuerSélim, ce qu'ils firent sous les yeux de son cousin Mahmoud.

Les assassins de Sélim étaient sur le point de diriger leurs poifjnards contre Mahmoud lui-même, quand Baîractar entra comme la foudre dans le pavillon. A la vue du cadavre, il ne resta pas longtemps indécis; il fallait qu'il trouvât un souverain pour le sauver d'une insurrection qui n'aurait point tardé à se tourner contre lui. Sélim mort, Mahmoud, vivant miraculeusement par son arrivée, devait être le souverain et le sultan de son choix : il le fut instantanément.

Mahmoud, âgé à peine de vingt-quatre ans, dépourvu tout-à-fait de connaissances pratiques, sans avoir jamais connu les hommes ni les choses, nouveau dans l'art de commander, se trouva tout-à-coup placé à la tête des affaires de son pays, et cela dans le moment le plus périlleux. L'empire était engagé au-dehors dans une guerre avec la Russie, et au-dedans avec une milice qui disposait du trône par l'assassinat et l'insurrection; le trésor était épuisé, la rébellion en permanence dans presque tous lespachaliks, les généraux soudoyés par l'ennemi, l'armée inepte et sans discipline, les populations frappées par les impôts les plus lourds, et le commerce paralysé par tous ces maux. Debout sur le bord de cet abîmcf

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Mahmoud en mesura les profondeurs et se promit de le combler.

Assez hardi pour ne point s'effrayer des difficultés* assez prudent pour ne rien laisser au hasard, il se défia de ses ministres, et ne les consulta que pour les dérouter sur ses projets. Ne voulant rien laisser percer de? desseins qu'il avait la ferme intention d'accomplir, il mit une subtilité infinie à échapper à toutes les ambitions qui cherchaient à le circonvenir. Par certains actes, il donna à penser aux populations qu'il les relèverait de leurs maux si son pouvoir n'était pas toujours à la veille d'être renversé. Par une certaine docilité au sun de son conseil, il satisfit les grands de l'empire, sans per* mettre à aucun d'eux de dominer les autres.

Cette politique d'équilibre, de ruse, de marches et de contre-marches, était la seule à suivre. Porté au pouvoir à la suite d'un meurtre, par une insurrection militaire, il pou vaiten descendre violemment comme son prédécesseur, et payer de sa vie l'honneur d'avoir un moment tenu dans ses mains les rênes de l'État. H avait sous les yeux, dans les pavillons du Sérail, les princes que les révoltés savent toujours aller prendre pour donner un semblant de légitimité à leur rébellion. N'ayant que des ennemis autour de lui, mal défendu par un peuple inerte et indiffèrent au maître qu'on lui imposait, Mahmoud ne compta que sur son énergie.

Ceux qui ne veulent pas reconnaître le génie de Mahmoud ne considèrent pas tous les obstacles qu'eut à surmonter ce sultan pour arriver à la régénération de l'em*

Ifll OCMSTANTtNOMS.

pire ottoman et à la coosoiidatioD du pouvoir Bouveraia à CoDstantinopIe. Au milieu de pareilles circoDstauces, pour atteindre à ce but il (aut être plus qu*un homme de talent.

Assurément, si l'on regarde les actes de Mahmoud au point de vue de nos idées, ils révoltent et font frémir» Le massacre des Janissaires, la mort de son frère Mus^tapha, sont des moyens de salut public qui, heureusement en Europe et parmi les grandes nations civilisées^ ne pourraient être adoptés sans qu'un cri général d'indi^ gnation ne les poursuivît d'imprécations ; mais en Turquie ils étaient excusables et légitimes même. Les Janissaires n'étaient plus qu'un corps constamment hostile à la sûreté et à l'existence de l'empire; ils n'en défendaient même plus les frontières. Mustapha, s'il eût réussi, eût ÎQdubitablementfait étrangler Mahmoud.

C'est pour les souverains une nécessité impérieuse, fatale, en Turquie comme en Asie, de frapper de mort les membres de leur famille qui sortent de l'obscurité dans laquelle on exige qu^ils passent leur vie entière i à Constant! nople surtout, tant que les Janissaires dispo^ sèrent du trône, un souverain était forcé de condamner à mourir celui de ses parents qui ne pouvait sortir du Sérail sans usurper le trône.

Dans la résolution de régénérer son empire, d'arracher le gouvernementaux ambitions des pachas qui trouvaient toujours les Janissaires pour les appuyer à prix d'or, de le défendre contre les étrangers, et surtout contre les Russes, ce n'est qu'après avoir sondé la cause du

prê^0 jetait b i«ii de 1 autorilé al)m)lu£ qu*Hv«i«ni pri^e 1^3 JaniBâdif!^ à Con^t^oUfioplai que Mahmekid résolut la iBort de ces derniers. Ce projet demandait de la maturité, du lnénagem^nt» et une diesimulatiou capable de dépister toutes les intrigues, toutes les trahisons et tous les eo0i plots. 1 1 sembla ajouroer toute telléité de réforbies, et surtout eelle de vouloir organiser larœéeflur uA nouveau plan* Au epntraire, pour cupter entièrement k eodfiaaee des «lanissaire», il déclara d abord qu'il comptait sur emiL seuUcomnie sur le plus ferme appui de son ée^ pire*

M lui fallut doue agit* âvee la plus grande p)?éeaution. Il débuta dans ses réformes, en faisaût semblant de reAtaurer plutôtquede détruit^e. 11 ordonna l'exacte et àorupi :leij|se obôervance de tous les règlement^ qui regairdaient le corps di^s Janiasaireé } et • pour donner à cas ordres une couleur qui eacbât ses intentions sçtcrètes, il s'abrita derrière le grand nom de Soliman-lQ^llaguiiique, en naettauten vigueur les règlements deçà pvin^, que sa valeuir avait rendu si redoutable aux nalietis chrétienne», .

On tel commencement ne pouvait être plus prudent iri plus ingénieux.; et eppendant te» Jauissaivei^ habitués depuis un siècle à tous les àbua^ ne virent pas deb&n œil le retour à Tancienne discipline. Il faut ajouter ausai qne Bairaetai^^ élevé par la refconnais^ance du nouveau Sultan à la place étninente de grand-YÎxi^, et chargé, en ^séqH§«#^i 4f» kim lâsjpaf tçr aux Jwi^ritèieft siaiitts

t40 GdNSTANTINOPLfi.

de Soliman, oubliant la modération qui lui avait ététatit recommandée par Mahmoud , compromit le&istenee et le pouvoir de son maître par une telle rigueur, qu^uae nouvelle insurrection éclata. Celui-ci, menacé à son tour de retourner à la solitude des pavillons, prit immédiatement son parti.

Le frère de Mahmoud , Mustapha, renfermé dans son pavillon, put entendre les cris de ses partisans qui voulaient le rappeler au trône, et apprendre que Bairactar, Tagent principal de sa ruine, avait péri brûlé dans son palais. Enivré par la pensée d'avoir été ainsi vengé, et presque sûr de reconquérir le pouvoir, il cherchait les moyens de se débarrasser de Mahmoud et de rester ainsi le seul membre de la famille impériale.

Mais si Mustapha s'abandonnait à ces espérances audacieuses , Mahmoud , de son côté , faisait la réflexion que la mort de Mustapha pouvait seule assurer sa vie et sa puissance. C'était vraiment le cas de dire : Vita Karaté, mors Corradini- l'ilaCorradini^ mors Karoli. — - Le dénouement ne pouvait être long. Au milieu donc de la révolte, des eunuques pénétrèrent dans la tente de Mustapha, et l'étranglèrent ainsi qu'ils avaient fait de SCm.

Mustapha mort, les Janissaires se virent dans la nécessité de laisser vivre Mahmoud , qui, de son côté , feignit dabandonnnr toute pensée de réforme.

Les troubles apaisés, Mahmoud, afin de ne plus réveiller dans les Janissaires la moindre crainte et la moindre alarme, s'occupa, pend^mt quatre années, des

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relations extérieures et de la guerre avec la Russie. L'insubordination des soldats et la trahison des of« ficiers rendant presque impossible la victoire à Ahmed* Pacha, qui avait le commandement de Tarmée, le Sultan conçut ridée d'une refonte entière de ses troupes. Après le traité de Bucharest, si humiliant pour la gloire de la Porte, si préjudiciable aux intérêts de Tempire , Mahmoud recomposa les fragments épars de son pouvoir. Les gouverneurs de la Romélie, le bey d'Egypte, les pachas de Bagdad et de Damas furent tous amenés à l'obéissance. La Servie fut reconquise avec la paix, la Bosnie respira, et le territoire sacré de la Mecque et de Médine ne fut plus profané par les souillures et les cruautés des Vahabites. — C'est ainsi que Mahmoud , loin de se laisser abattre par les revers de la guerre ex-> térieure, les utilisa au contraire pour faire des changements qui, en pleine prospérité, eussent semé Talarme et réveillé l'insurrection. Mais, dans un temps de calamité, chacun comprenait enfin la nécessité de ces réformes actives , vigoureuses, sans lesquelles on était conduit infailliblement à une guerre civile et à Tenvahissement des frontières et même de Constantinople par les. Russes.

Mahmoud, en ramenant à lobéissance les grands pa* chas, abattit la féodalité dans son empire. La destruc* tion des Deré-Beys, qui occupaient la meilleure partie de la Turquie asiatique, et qui en dévoraient les revenus les plus considérables, lui demanda leffort de toute sa volonté.

iH CONSTiLN'fLNOPLË.

Tantôt ce fut la ruse, tantôt la force qu'il invoqua i son aide : dissimulant ici, là osant tout, partout actif, partout présent, jamais il ne se lassa d'agir. — Après avoir éloigné les Deré-Beys de leur^ sièges, îl les dépouille peu à peu de tout pouvoir et de toute influeBce. Plusieurs se refusent de passer en Europe, mais il les y contraint par la force ou ïa ruse. Le bey de Smyrne Kialib-Zadé, invitéà borddu vaisseau amiral, s'aperçoit, quand il s'y attend le moins, que fancre vient (f être levée et qu'on fait voile pour Constantinople, où le pacha Kozrew avait ordre de le conduire. Il fut indutgenf potir le seul Yousouf, pacha de Seres, et le maintint en place en souvenir des services signalés qu'il acvait rendtrs dans la guerre.

L'abolition des Deré-Beys est le premiet cdtrp d'état par lequel Mahmoud débuta dans Ta réforme de hr vieille monarchie turque, et il témoigne de la profondé infellîgence et de la fermeté de ce souverain. Les Eferé-Beys ayant été anéantis, et l'a mort ayant frappé Ail, patîfef de* Janina, il ne restait que la puissance du pacha (FEg^pfttf Méhemet-Ali, qui était, à l'égard de Muhmotid, ce qvà le duc de Bourgogne fut à fégard de Louis ÎI .

Entroce premier coup d'état et celui qui, p!tfô*tàrd, devait exciter là surprise de FEarope entière et' raflfermir Tautorité db trône ottoman, Thistoire rapporte- Pévènement de là rérolution grecque, sottténtfe pàr'toRîl'^*-' sîe. Cette puissance ne manc^ua pas, par sfès riitWgtfeâ, d'apvnrtor le forts obstacles â'I'e^prH'radrcalenrént réformateur le Mc^hmoud, Le succès de cette insurret^tlïm

et iet» embarrae qu'elle lui causa p«i?imreiti à la Ruasb de ne plus déguiser ses ÎDtentionsd'eoTahissemeflt;. elkfit connaître qu'à la première oeeasioti.elle chercherait ua pitéte3Ste poux détpuire le traité de Bueharést. SiahtDoud. comprit que le temps, pressait^ et qu'il fallait^ d)éikiiiîve^ ment g^gev à eréev une acmée qui de^îfit lé véritable soutien de r^apiiJe. ^

Le iê. ]um 18â6. il dioiifta à- Cotirsta'nl/ioopk le spectadi^ lé plus horrible q«e cetto villti ait.jameMS)\^u. Lai grande poTte dei YMmaïdam ^arebé aujx ab0y9i4,v)» où: Si'étaiiafeiit h» édifioeâ destjoést cinumQ^iis^rpe à: o^ut. quarante odlas des Janissaires, fut enfoncée .à{ c<>up8'da edoesàn, Qt\ âe& fuséos àr:la(u)iif^rève edhtèeeot^' ^rded^es eoniUFie^deseoniètûs.d^*fGU^diih$les clial4ibré^ de TOd-* jafe, pn^tant^ âMcé lai fitarti*»e:q« ^Hes pe^^lai^ati te désordre et lé désespoir, à' '$a>pla^baut& K<ttita> Les^nis-: saii^s^ entoura par le fmi, pgi! ld:caiii<^v> p^i) W fu^îtlade, poussant des cris épouvantablasi,! boûdi^>«3^nt sur. 'fearsJcîïenrdas, lesuft^ eàiî'ai»meèi;l6s^i>iW.p>^^i*« Wb, pémm»!!, ious^ 8an9?qti'ii:fàt.po^bl^^q^un}S|^jl^ éiobap^ pat B ce carnage; ; .'.'*.: .!

Qiuelqfue-prcmptiet) en:ap|K¥faj)teiQ^.&di}e!<|iv^ait^é^^^ ehnte.'duj, ppuri mieà'}^ dii*evi anéAi1ti»6eflieiit djQâiaBis^ sairesi^nnèisauT^itimàgifterqueU^.figM^ui^teSiuJtax^ FnéttfteencfeuvmS pourdétruireidr un seULooup st^en-una s)ub^^HffDéeceà>rebeHe»iiidQlnpfabte&qiy^i<#|i^ siècles, dispoâiidnbdu !S0tibdie r.ertpifet. : * ; ; • ^ r ;

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fil CONSTANTOfCIPUg.

néral; partout des cris de joie et d'enthousiasme acclamèrent la destruction de TOdjak, dont le nom même futà jamais proscrit. Après ce coup d état, qui fut comme Inapplication du feu sur la plaie gangrenée, et après la suppression des corps de cavalerie^ Mahmoud usa de son pouvoir, alors sans contrôle, en opérant toutes les réformes qu*il méditait depuis dix-huit ans.

Il commença avant tout par instituer une garde impériale qui devait remplacer les Janissaires, et qu'il composa de jeunes gens, comme étant plus disposés à embrasser les institutions nouvelles qu'à s'accommoder des anciennes.

11 prit à sa solde des instituteurs européens pour instruire sa nouvelle armée dans toutes les manœuvres de la tactique moderne. Cette armée, à l'imitation de l'armée française, fut divisée en colonnes, en brigades, et placée sous la direction de lieutenants généraux et de maréchaux de camp.

Si la paix eût continué quelque temps encore, il est certain que le gouvernement turc aurait pu achever entièrement la réforme de l'armée ; car c'était sur sa discipline, son administration et sa valeur que l'empire ottoman reposait. Mais il n'entrait pas dans les projets de la Russie que la Turquie arrivât jamais à lutter sur les champs de bataille avec les moyens et la tactique militaires qu^elle employait. La Russie fit donc tous ses efforts jK)ur arrêter Mahmond dès son début.

Il ne faut poifi^tant pas juger les réformes de Mahmoud par les résultats qu'elles donnèrent sous son règne. Elles

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