‹ Constantinople et l'Égypte: avec un frontispice et une carte géographiqueChapitre 3 sur 39 · AVANT-PROPOS. B · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS. B

nul écrivain avant M. Yimercati n'a parlé , comme il l'a foit» de la population hétérogène qui a fixé son séjour à Constantînople ; que nul n'a donné dans son ouvrage un aussi grand développement à une question dont la solution importe au plus haut degré au commerce européen : le percement de l'isthme de Suez; que nul n'a présenté d'une façon plus curieuse la justification des Pyramides^ que les siècles modernes ont accusées d'être l'œuvre d'un despotisme aussi barbare qu'aveugle ; que nul enfin n'a déployé une plus grande originalité et une étude plus consciencieuse dans un sujet aussi digne d'attirer l'attention des hommes intelligents de notre époque.

Le pubJic va juger si nos éloges sont mérités, et nous pardonnera, nous en sommes convaincu, de l'avoir devancé dans l'appréciation de cette œuvre.

Chaiilbs hertz.

Ç^^P^TBi: fJUEMIfil^

L'ainqur d^8 aqnes pQ ppsséds^ de bonne }if uirçt* I9 ne iiésis^i p^ii^t s^ pfi qu^ je crus être; i|De yoç^^iou, et je fus ^dmis daua le. <2Qi*p.s d'arti^çrie de la maripe. M^ pr^pfiière ^est^natipa fut Trieste, capitale de r|lljri^.

Tneste est situéfi à Text^ép^i^é des ^\ffi^ Cai!pJ9l^^ €|f de VlUyrie, dans la pcQvi^Qe la plu9 septeintciopale de la pénii^^qlp Apenpiepne. Cette v^Ile, qui s'élève en face de Venisp, |)aig|:^éfi et caressée comme ejle par les flots de l'Adriatique, est cqusidécée comme ^ppar|.enant ^ rifalie. Aussi tout y est-il italien, les moeurs» le CO87 tume, et l'idiome.

n CONSTANTINOPLE.

Soumise jadis aux Romains, Trieste doit ses remparts à Octavien Auguste. Elle avait été réduite en cendres par Attila, mais elle arriva à un certain éclat sous les patriarches, dont le premier existait déjà Tan 50 avant J.-C. Plus tard Venise en fit la conquête; mais les Triestins, ne pouvant supporter Tesclavage, secouèrent le joug qui pesait sur eux et rentrèrent dans leur régime primitif. Ils y restèrent jusqu'en 1582, époque à laquelle ils se soumirent Tolontai rement à l'Autriche.

Trieste manquait alors de la splendeur que devait lui donner l'empereur Charles VII, qui, en vue d'une politique suivie encore de nos jours par la maison de Habsbourg, la créa port franc. C'est de cette institution que datent à la fois et sa prospérité rapide et la décadence de Venise, à laquelle l'empire de la mer échappa bientôt. Trieste, aujourd'hui, compte au rang des premières villes commerciales.

En 1809, Trieste fut prise par les Français, mais ce fut pour être reconquise, en 1813, par les Autrichiens. Maintenant, grâce à l'activité de ses habitants et à la liberté commerciale dont elle jouit, cette place est une des plus fréquentées et des plus favorisées de l'Europe ; sans le vent du nord qui contrarie souvent l'entrée des bâtin^ents dans son port et atténue, en quelque sorte, parla les avantages de sa position, on pourrait affirmer qu'il n'est point de degré de supériorité auquel elle ne puisse atteindre. Sa population qui, sous Marie Thérèse, fille de Charles Vil, n'était que de dix mille âmes, s'est élevée aujourd'hui à plus de soixante mille.

Je profitai du court séjour que je fis à Trieste pour examiner à mon aise le magnifique canal qui conduit de la mer à l'intérieur de la ville. C'est par là que les gros navires viennent déposer leurs marchandises tout près des magasins destinés à les recevoir. Les rues sont soi gneusement pavées. Sept places, parmi les vingt-quatre qu'on y compte, sont très-belles. Les palais , les établissements publics, et tout ce qui distingue cette ville^ méritent assurément l'attention de l'étranger.

L'animation du port, l'entrée et la sortie des navires marchands, les navires de la marine militaire de l'Autriche, l'afiBiuence des étrangers qui , pour la plupart, appartiennent au commerce du Levant, et par-dessus tout cette activité qui caractérise les mœurs italiennes, faisaient pour moi de Trieste un séjour agréable et m'y rendaient l'existence facile. Je me serais fort accommodé d'y rester quelques mois ; malheureusement, un ordre supérieur m'appela à bord de la frégate vénitienne impériale la Guerriera, sous le commandement de l'archiduc Frédéric d'Autriche. L'état-major de cette frégate se composait de deux capitaines, deux lieutenants, un souslieutenant, un commissaire, deux médecins, un aumô^ nier et six aspirants. Ainsi, ses cadres étaient au complet, et elle était prête à appareiller.

La vie militaire présente l'idée de l'abnégation la plus absolue et demande le sacrifice de toute volonté aux ordres d'un seul. Cette abnégation qui, mal entendue, brise maladroitement les instincts et les sentiments les meilleurs, n'en est pas moins, parfois, pour celui qui

10 omsTjAsi'mai^ui.

en eomiaît la nécessité et qui s'y sfoumet dans h Uoûte de ses devoirs, uu d^ côtés les plus attrayaijits de Teis^isteûce milits^ire.

L'uuifoimité que cette eI(i^te^ce impose à tous les ipdividus qui y sout as|rew^9 ^^ plaisirs e^ les joies qu'un mot) un «ig^a 9|i$mç de celui qui commande réprime à Tinstant, et qu'o^^ ne £|aurait par cpnséquent épi^iser jusqu'à la ^atiét^ Tédliiangç mutuel de cette amitié que la discipline é^tablit entre le3 dt>ldats qui marchent sous le même drapeau» l'in^oviciance résultant d'une vie tracée par les règlements jusque dans ses moindres détails, tput celi^ forme, pour Ttiomme véritablement épris de la carrière des armes, autant de chaînes qui rattachent par les habitudes à une vocation qull a choisie d'abord par gpût.

La fortune m'avait d'ailleurs favorisé. Du premier couPy dans ma carrière militaire, je me trouvais sous les ordres de supérieurs d'une conduite irréprochable, d'une Iqyauté raret c} une franchise qqi provoquait la confiance et inspirait l'attachement. On lisait sur leu^s visages cette bienveillance qui geigne les esprits les plus rebelles, et cette clémence qui enchaîne p£tr Talfeclioq. Les rér compenses^ toujours réparties avec impartialité, dénotaient leur bonté et mettaient en évidence leur i mpî^rtialité sçrupplfiuse. lis souffraient d'avoir à sévir. Tous, il est vrai, n étaient pas du même caractère ; tous n'avaient pas la même égalité d'humeur; quelques-uns faisaient pxçeption; leurs reproches injustes, leurs contradictions ^espotiqvies^ leurs vexations marquées au coin de Ti-

couasE hams yAROOPEL. il

Aeptiamei^Tiiltaiaiit par moment; mais l'aflUMSilépleiM de eharme et de distinetion des autres comprimait t^te pensée de révolte et me rendait le courage avec la résignatioB.

L'archiduo avait donné ordre de faire voile pour le Levant. Un vent favOTaUe nous promettait u|ie heu-» reuse navigation. Le 9i août 1889, la Ouernera partit en glissant sur ks eaux avec la majesté d'un cygne qui semble déf^yer ses ailes aux veats. Notre traversée commençait.

A mesure que la terre fuyait, à mesure que nous avancions dans cette immmsité, mes râSeuons se dérouf laient une a une, comme se déroulent les ^ains d'un chapelet sous les doigts effiilés d'une belle Vénitienne. Une douce rêverie m'enlaçait de cette paresse qui est une indicible volupté pour l'esprit quand rien n'en trouble l'heureuse insouciance. Les sommets des Alpes dispa^? raissaient peu à peu à l'horizon. Je les suivis d'un ceil immobile jusqu'à ce qu'ils se fussent, pour ainsi dire, lentement abîmés diins les eaux. N'ayant plus de terreoù reposermes regards, je les levai vers le ciel, où commen* çaient à se montrer les étoiles. EUea scintillaient en mi«t roitant. Qn eût dit mille étincelles qui pétillaient au firmament, s'éteignant par instant pour reparaître bien^ tôt plus éclatantes que jamais.

Au milieu de la nuit, eq pleine mer, sur un vaisseau qui file ses nœuds sans secousses, le silence revêt une imposante, ifi^esté. Loin de troubler ce silence, la promenade de lofficier de quart sur Je popt senible ^n don*-

i% GONSTANTINOPLE.

ner la mesure ; le bruit monotone de ses pas produit sur l'esprit Timpression de va-et«-Tient d'une pendule, alors que dans la solitude du cabinet on n'entend que son tictac uniforme et régulier. Cette concordance d'harmonie entre le ciel et l'homme élève l'àme, et je ne sache personne qui ait pu se soustraire aux puissantes sensa'* tions que soulèvent en nous la pompe des cieux et la profondeur de 1 abîme, ces deux immensités entre lesquelles rhomme ne craint pas de s'aventurer sur la foi de son génie.

Dans cette situation d'esprit, les pensées se détachent avec une précision et une netteté remarquables. Les chagrins ou les joies de la vie prennent alors les vives couleurs que présente la peinture de l'école italienne ou de l'école espagnole. Le souvenir des amis, des parents» d'une femme adorée, surgit avec les tons vivaces de la réalité. On voit tout ce qu'on aime, on le touche de la main. I^mer est un grand spectacle où l'homme ne saurait jamais se lasser des impressions qui s'y succèdent sans relâche et sous des formes toujours nouvelles.

Le voyage de la Guerriera dura vingt et un jours. Nous mouillâmes le 13 septembre à Chios, à deux journées de Smyme, sans que notre courte traversée. eût été troublée par le moindre accident.

Chios est une îlede l'Archipel, situéeau milieu des golfes de Smyme et d'Ephèse, tout près des côtes de Natolie» entre Tîle de Samos et l'île de Mytilène. Elle s'étend du nord au sud et s'élève considérablement au-dessus du niveau de la mer.

Cette île est nommée par les Turcs Saky'%; ils y ajoutent l'épithète d'ildosie, qui signifie Ue du Mastic, à cause d'une sorte de gomme-résine qu'on tire de cette île, la seule qui en fournisse dans tout T Archipel.

Parmi les îles Ioniennes, Chios jouissait, chez les anciens, d'une grande célébrité; mais, de nos jours, elle conserve à peine quelques restes de sa grandeur primitive.

Célèbre autrefois par sa civilisation, son industrie et la richesse de ses habitants, elle ne présente, depuis près de trente ans, au voyageur qu'un triste aspect de ruines, sauf quelques villages dispersés sur son territoire, où l'on récolte le mastic. C'est parmi les cent mille habitants que cette île comptait du temps de sa prospérité, que les Turcs recrutaient leurs plus experts jardiniers. La population se trouve réduite actuellement à quatorze mille âmes. Cette île comptait au moyen âge plus de trente mille négociants. Son commerce, son industrie, son célèbre collège, sa riche bibliothèque et ses établissements typographiques, lui avaient, à juste titre, valu le surnom d'Athènes moderne.

Notre séjour dans cette île ne fut que de quelques heures, après quoi nous fîmes voile pour Smyrne, terme de notre course. Nous y arrivâmes le 16 de ce même mois.

Dans le loisir que me laissait le service à bord, je pus admirer la civilisation et le commerce, qui font de Smyrne une des villes les plus animées et les plus populeuses de la Turquie, car elle compte cent quarante mille habitants.

u eoNSTAirrnfapLÈ.

SmyMé (/«Mitn, en tnre), an fond du goffé qtii porte son nom, se déploie en forme d*amphithèâtre aatouT d'un monticule que couronne nne citadelle en raines* mais deux autres forteresses en meilleur état la défendent à la fois du cdté de la tetre et du côté de la mer. Sans être belle, Bittyme offre un ensemble qui attire et qui plaît. lié quartier habité par les Européens est le seul Mi l'cm rencontre quelques habitations d une construction passable. Lé grand Sasar (Èe^Hilênn) et le Vizir-Kkan^ consti'uits tous les deux des débris de marbre Manc provenant de l'ancien thé&tre, sont les uniques édifices qui méritent quelque attention. 9es rues étroites et tortueuses, dépôt permanent d'une boue noirâtre et infecte, s'entrelacent à cbaqne pas» et vendent diffieile le parcours de la Tille.

Smyrae est nne des é^elles les plus importantes poiir le commerce du Levant ; c'est dans cette ville, en effet, que rOrient déposé ses produits et l'Europe ses marchandises. Si le commerce du cuivre et de fa soie y languit en ce moment, celui des fruits secs y prend de jonr en jour une extension pins considérable.

Cette ville, ainsi que Ta dittm gêégl'à^be, dfre Vasipect d'une république fédéf ative data le quàîtïèr bdyité par les Ânglftis, les FVftttçais, Icfs Bûtlatidais et leà ttaliens. Leurs personnes et leurs ptop^iêtés, libres dé tout6 domination turquie, se trouvdfnt placées sous fa pfotection 0Are et efficace de leurs consulats respectifs. On y parle diverses langues; mais Htalien et le français y dominent; c'est la civilisation européenne à côté deè n^ûrs de

C(mSE DANS L'ARCHIPEL. l!g

l'Orient; et du coudoiement de costumée et d^hâbitudes si opposés naît une bizarrerie originale et curieuse.

Snayrne possède un petit théâtre où des comédies et même des opéras italiens se jotfent sans trop choquer le goût et sans trop y rudoyer l'ouïe. Un collège, dirigé par les pères Lazaristes, y enseigne les sciences et la littérature. Les colonnades d'Espagne» les ducats de Hollande et de Hongrie, les seqpins de Vetiîse sont reçus sur la place, cpioique la monnaie courante de Turquie soit d'un usage plus commun, surtout pour le petit commerce.

A son arrivée dans la rade, Tarchiduc fut salué par la batterie de la Médée, fi*égate vénitienne , que com*^ mandait le contre-amiral B. Bandiera ; citait le père 'de ces deux infortunés mais héroïques jeunes gens qui, en 184i, tentèrent, au prix de leur vie, et avec de généreux compagnons, Témancipatioti de notre belle et malheu* reuse Italie.

Pendant notre relâche, l'archiduc Frédéric donna, danâle local du cercle des nobles, à toutes les autorités civiles et militaires, une fêté dont les frais montaient à plus de sept mille florins.

Âpi^s un sgour de deux semaines à Stotyme, le 1 •' oc^ tobrenous fîmes voile, en compagnie àelaMéâée, pour Orlak, ^etit bourg distant de Smyrne de dix-hruit 'milles environ, pour nous y approvi^onner d'eau et nôiis exercer par des tnànoeuvres dormanies.

Le 9, nous étions de retour à Smyrhe, où il fut décidé que nous séjournerions jusqu'au -12 mars 1840. Nous ne laissions pas cependant d'aller dç temps en temps à Orlak

M GONSTÂNTINOnLE.

et à Gria pour les exercices. C'est dans rintervalle passé tantôt à Smyme, et tantôt à Orlak, que j ai pu observer à mon aise tout ce que les alentours offraient d'intéressant.

Le 12 mars, de concert avec le contre-amiral B. Ban» diera, nous nous dirigeâmes sur la Grèce.

Après une belle traTersée de dix jours, nous étions en vue de Nauplie {Napoli di Rùmama)y place forte, quoique peuplée de huit mille habitants seulement.

Nauplie est une yille de TArgolide, bâtie sur une langue de terre qui s'avance dans le golfe du même nom. Elle est actuellement la capitale de l'État; mais l'insalubrité de son climat et son peu d'étendue font prévoir qu'elle ne jouira pas longtemps de cet avantage. Le voyageur qui de loin la juge sur son aspect riant» ne pourrait avoir qu'une idée très-avantageuse de sa position et des ressources qu'elle semble promettre au commerce; mais une fois qu'il s'est engagé dans l'intérieur de ses murs, et qu'il a parcouru des rues étroites, tortueuses et malpropres , le dégoût fait bientôt place à l'impression favorable qu'il en a conçue tout d'abord.

La partie inférieure des murs de Nauplie est de con« struction européenne; mais le reste est l'œuvre successive des Romains, des Grecs et des Vénitiens. Une vaste citadelle couronne, en quelque sorte, la roche Palamède, et l'on y parvient par un escalier de cinq cents marches taillées à vif dans le rocher ; cette forteresse est appelée le Gibraltar de l'Archipel.

Le lion ailé de Saint-Marc, jadis la terreur des mers, sculpté au-dessus des pertes de Nauplie, comme au-

dessus des portes d'autres villes de la Morée et du Leyant, rappelle le temps de la domiaation vénitienne. Nauplie était alors la capitale d'une des plus fertiles provinces de cette puissante république.

Quoique le port de Nauplie n'ait plus la profondeur d'autrefois, à cause des alluvions déposées par la mer, il n'en est pas moins un des meilleurs de l'Archipel.

La population de cette ville, diminuée par la peste qui la ravagea à diverses reprises, est réduite aujourd'hui au chififre de huit mille habitants, comme je Tai dit plus haut. Nauplie possède une école militaire oii cinquante élèves reçoivent, aux frais du gouvernement grec, une éducation complète , égale à celle qu'on donne dans les établissements analogues en Europe ; les officiers qui en sortent sont généralement habiles et expérimentés.

Presque tous les honunes de l'équipage visitèrent les environs de cette ville. On y rencontre à chaque pas les débris de glorieux monuments qui, par leur muette éloquence, attestent la puissance du peuple libre de la Grèce.

Le 1*' avril, l'aube du jour surprit notre frégate dirigeant sa proue vers Athènes. Chaque jour débarquent sur le Pirée de nombreux voyageurs qui, appelés par les glorieux souvenirs de cette ville célèbre, viennent iv,terroger les échos de ses ruines.

Je ne saurai jamais exprimer le sentiment que j'éprouvai en me trouvant en face d'Athènes, bien qu'elle fût encore éloignée de deux lieues. A peine notre pavillon fut-il aperçu, qu'il fut salué par le canon des Grecs. Le salut rendu, nous débarquâmes avec la promptitude de

Ift GORSTAHTINOPLE.

Timpâtiëiiee et noos fûmes aeeoeillis aree sytapaibie par tons les citoyens. Ce fht une agréable diversion à notre existence de matelot, que Tardenr avec laquelle nous nous abandonnâmes à la recherche et à TadmiratioD des débris de la cité la pins éclairée de l'antiquité.

Ces ruines^ sources étemelles d'enseignements philo-* sophiques et de graves méditations pour les historiens et les artistes, semblaient noyées de loin dans Ito vapeurs moites et chaudes que dégage l'atmosphère du Péloponnèse. Je les avais devinées à bord, et mon regard fiévreux dévorait d'avance l'espace qui me séparait de ce rivage que je brûlais de fouler de mes pieds. A peine débarqué » je courus, comme un amant affamé des caresses de sa maîtresse, toucher ses murailles, ses portes^ chacune des pieirires dtl pavé de Ses temples. Mon imagination relevait ces débris sacrés pour reconstruire la ville antique avec toutes ses magnificences, et je la revis un instant peuplée de S^ philosophes, de ses orateurs, de ses hérosv dans itoùt l'éclat dont elle brillait au siècle de Périclès.

Aujourd'hui la prépondérance d'Athènes dans les affaires de l'humanité ne pèse plus du poids de l'épée d'Alexandre, et du génie grec dont elle était la plus riche personnification. Sapoésie, sa philosophie ^ sapolitiqué^ sa littérature, ses arts, monuments iihpérissables de l'in-* telligence humaine, sont debout et revivent dans l'Europe avec un éclat qu'ils n'avaient même pas du temps de Périclès. Ce n'est plus seulement sur le Péloponèse que leur action agit; 4 chaque conquête de la civilisation sviir l'ignorance et sur la barbarie, sortis des murs

course: hans l'auchipel. w

Sacrés d'Athènee» ou les a vu franchir les montagnes, traverser les mers^ et promener, radieux au milieu des peuples devenus meilleurs, la majestueuse unitédes idées qu'ils représentent. Le génie romain a des imitateurs; mais celui d'Athènes n'en a plus. Des tentatives plus ou moins heureuses ont été hasardées pour faire revivre la politique et l'administration de la Rome d'Auguste. Cbarlemagne, ]\s4)oléon ont eu cette ambition ; mais qui a jamais songé qu'il fût possible d'imiter ce qui n'est plus imitable^ la poésie^ l'éloquence et lart de la Grèce !...

Quoique Athènes soit à cette heure dans un dépérisse^* ment presque complet, et qu'il ne lui reste qu'une ombre de son ancienne gloire, elle peut néanmoins être eonsi* dérée comme la plus remarquable des villes dont elle est entourée.

La ville moderne ne couvre qu'une partie de l'espace qu'occupait la ville ancienne* Athènes^ au temps de sa prospérité, avait vingt-deux milles de circonférence^ treize portes et trois ports^ ceux de Phalère^ de Mtmi^ cMum et du Pirée^ appelé aujourd'hui Port^Léon. Bien que privé de ses anciennes fortifications, le Pirée, avec son triple port nouvellement reconstruit, est encore le meilleur d'Athènes et le plus capable d'abriter les grosses frégates. La ville était subdivisée en divers quartiers (rioni), parmi lesquds on compte ceux du Céramique, du PrytaHée, du Lycé0^ du Théâtre^ de V Acropole ou citadelle, de VAréopa^ et de ï Académie. Deux petites rivières, VlUysse, et son affluent VEridaUf arrosent ses environs.

ÎU CONSTANTINOPLE.

Les places et la plupart des rues étaient ornées de portiques qui servaient de promenade aux Athéniens et de résidence à différents tribunaux. La quantité de statues et d'inscriptions qui ornaient ces portiques, et que Ton rencontre encore à chaque pas, rappelle aux passants les antiques et glorieux événements de son histoire.

Les maisons étaient presque toutes bâties avec la plus grande simplicité, et la disposition des rues n^offrait rien de particulier.

Au temps de Démétrius de Phalère, on évaluait la popuIationd'Atliènes à soixante et onze mille habitants, dont quarante mille serfs ou esclaves et dix mille étrangers.

Le Temple de Jupiter Olympien, achevé sous Adrien, est presque entièrement détruit. Treize colonnes, sur cent vingt qui en faisaient le tour du temps de Pisistrate, son fondateur, subsistent encore, liées entre elles par des architraves hautes de soixante pieds sur six et demi de diamètre ; elles formaient jadis un dyptère ou une enceinte circulaire aussi vaste qu'élégante, entourée d'une double rangée de colonnes. Ce temple était le plus grand de tous ceux de la Grèce, à l'exception du temple de Diane d'Ephèse. Dans la cellule de ce temple était placée la statue colossale de Jupiter, statue célèbre par ses proportions gigantesques. La matière extérieure employée par Phidias pour la sculpter n'était que l'or, l'argent et l'ivoire. Tout le pourtour du temple de Jupiter était orné d'un nombre infini de statues que chaque ville de la Grèce, à l'envi l'une de l'autre, avait envoyées pour faire cortège au maître de l'Olympe.

COURSE DANS L'ARCUIPU. Il

Le second monument que je visitai fut le monument coragique de Lysicrate^ autrement dit la Lanterne de Démosthènes. Quoique le temps, ce destructeur implacable, n'en eût pas épargné les bas-reliefs, on peut y admirer cependant le groupe des Pirates tyrrhéniens métamorphosés par Bacchus en dauphins. On s'explique à peine comment cet édifice, de cinq pieds et demi de diamètre, et qui porte l'empreinte du génie artistique d'Athènes, ait pu résister à l'action du temps, au vandalisme des hommes, et parvenir jusqu'à nous^ sinon intact, du moins dans un état tel qu'on n'ait pas à dé* plorer son entière destruction; .

Je n'oubliai pas dans mes courses V Acropole, suffisamment forte encore de nos jours pour avoir permis aux Grecs, dans leur guerre de l'indépendance, de s'en rendre maîtres et de s'y retrancher en nombre considérable derrière un vaste rempart : c'était la fontaine de Panf qu'ils avaient récemment retrouvée, et qui leur permit d'y organiser lapins vigoureuse résistance. Dans l'enclos de cette citadelle se trouve le Parthénon ou Temple de Minerve^ appelé aussi le Hectopédon^ car il avait cent pieds grecs de face. Quarante-huit colonnes doriques de quarante pieds de hauteur formaient audedans une magnifique galerie.

Le Parthénon est, sans contredit, un des plus éloquents témoignages de l'architecture antique ; mais malheureusement il a été trop souvent ravagé, — d'abord par les Vénitiens en 1687, ensuite par la dernière guerre de l'indépendance, et tout récemment encore par lord

21 GONSTAMlWOfLB.

Elgin, qui en a enlevé le métope, la frise et lea frfiiitfias. On ne saurait donc se faire une juste idée de sa grandeur

primitive.

Je visitai également le Théâtre d'Hérodote Atlicuâ, regardé comme un chef-d'œuvre d'arehiteoturQ en ce genre ; le Temple de Thésée^ d'une solidité peu oom«« mune et d'admirables proportions; la Jour octogime d'AndromcMy dite Tour dee YenUy parce que aur aea parties latérales se trouvent des bas^reliefs qui repréaen-^ tent les vents portant à leura inaina les fruita de toutaa les saisons. Cette dernière tour, ayant une conununieao tion avec la Fontaine de Clepsydre tMX Fropytées, serw vait jadis d'hydromètre et de cadran solaire.

LeThéâtre deBQcekms^ d'unearehitecture imposante, mérite également Tattention des voyageura. Destiné aux réjouissances, aux jeux, ainsi qu'aux assemblées ou Ton délibérait sur les affaires publiques, il y servait en outra de tribune. Plusieurs philosophes y traaient école et venaient y développer leurs doctrines.

La Porte d'Adrien tient une place estimée parmi les plus beaux monuments d'Athènes; elle est encore ^«qs un état de conservation satisfaisant.

Les murs qui réunissaient anciennement Àthènesà ses trois ports ont entièrement disparu, ainsi que le Simde^ pour l'élévation duquel le wnmt Pentéli^fue avait épuisé toutes ses carrières de marbre. Les colonnes qui existent encore faisaient partie du portique construit par Au«* guste.

Il est impossible de décrire la splendeur d^ tcms les.

antiqi^ee débris qui pe«teot parafe ^hfifi^ f^ jf i#^^t la aol de la ç^apitale de VAUignS: On £9 vo^ parjtojt^t ; )fift iB^ons, leg égli3^, les foatf^A/e|i, le? iédifipe» de hmte espèce, «oit publics^ «oit pajrti^i^rf^ ^ r^c^l^ot ]m rich^ses*

La route qui coaduisai^ » VAû^^éimt (ffij^i jH4^^ d'Âcadêmef propriétaire dv t^r|9i^ sii^ leqjo^ ^ç fut l^tie) traversât des cb^o>ps couyei^ 4^ tojpkeawf^ éle- Yés à la mémoire des héros morts pour la patrie { piUis tard, ce chemiu fut ombragé par desaMéef» dfd sy/comoires et irnih^i de statues et de fo^taifieu quf. 4eyajjçut fsif, rendre le séjour agréable aux philosopb^» |Cçimt à l&fX» ^Bious 4ws cet eudi*oit .qu'ils dur^ leujr ^om d'académiciens. C'est là jqu^ Platoa çjmfff^ A^ pbM^^* phie.

Le lifcéef f axaeuse ico^e située hors de la ville, a dijL sa gloire à Aristote, qui babitya se^ discÂpleiS à .traiter toutes les questions en siarchant, d'où.lc|\ir vint l'épi* Ibète de péripo/ldicieus.

Je no passerai pas sous silenoe le ficflfi^ fenommé {MHV sa ,coUectioa de ti^^leaux de Mioon, d'A^peUes, de Polygnote et Parrhasius; c'est là que Zé^fiqu professa ^ {dulosophie du Portique ou sKAd^xfifi^ i^t q^i dérive de slo(i, portique.

Pour terminer mes descriptions, je mentionnerai VQdettt» ou jbien l\Odéon, où les poètes tenaient leurs séances; V4r^<ispa^ef où siégeait Je tribunal dumêo^e nom; la place spacieuse appelée :1e firî0w4f^<9^k^ içuinep d» faiFictpire.

24 œNSTANTlNOPLE.

Les bornes de ^cet ouvrage ne me permettent pas de donner une plus ample description de ces monuments et de ces chefs-d'œuvre. C'est à regret que je me vois forcé d'imposer silence à tous les souvenirs qu'ils réveillent dans mon imagination. Tout ce que je puis dire ici, c'est qu'il me fut impossible de quitter la ville sacrée sans m'écrier, les larmes aux yeux : Adieu Grèce, patrie des arts, sœur de ma triste Italie par la gloire et par Tinfortune!

Le 1 7 avril, nous repartîmes pour Smyme afin d'y rejoindre la Médé€f qui s'était déjà dirigée vers cette ville depuis deux jours.

Le 21 nous touchions à une des Gyclades, Syra^ île importante, appelée par les Turcs Kyra.

Si^e de l'évèché catholique et du tribunal de commerce, Syra, situé presque au centre de l'Archipel, est non-seulement le chef-lieu de l'île du même nom, mais encore de toutes les Cyclades du nord.

La ville moderne^ qui s'élève à côté de la ville antique, est fréquentée par les commerçants de l'Europe entière, de la Turquie et de l'Egypte. Un nombre prodigieux de navires encombre littéralement son port; les magasins de son Bazar sont remplis de tabac de Vola, de riz d'Alexandrie, de figues de Smyrne, de vins de Naxos, d'amandes de Ghios, de raisins de Patras, et de mille autres denrées qui attirent à Syra les négociants de tous pays. Son marché est en outre abondanunent pourvu d'huiles et de soieries de Morée.

Je m'étonnai que les Européens n'eussent point songé,

jusqu'à présent, à établir dans ces lieux une colonie d'ouvriers intelligents qui, avec des matières premières d'une qualité supérieure, donneraient à la fabrication de la soie de Morée un développement tout nouveau et une valeur considérable . En supposant même que les ouvriers européens ne pussent s'y acclimater, on pourrait les remplacer tous les ans ou bien tous les six mois, ou même les préparer petit à petit, par une existence commode et agréable, — ce qui est très-praticable dans un pays où la vie est à bon marché, — à la vie orientale qui les entoure. Un projet semblable n'est pas impossible à réaliser. Les bâtiments à construire pour des magnaneries et des fabriques ne s'élèveraient pas à un chiffre énorme.

Quelques chefs d'atelier intelligents, soutenus par une direction forte et puissante, disposeraient facilement les ouvriers du pays à un travail plus habile, et, par une répartition de la main d'oeuvre bien comprise, façonneraient ces mêmes ouvriers au travail de la fabrique européenne. Des essais ont été tentés, mais avec si peu de persévérance que les premiers obstacles ont fait renoncer à l'entreprise. Il y a des antipathies à dompter, — ^personne ne le conteste ; il y a, pour les Européens, l'ardeur du climat à vaincre, — tout le monde le sait ; il y a des sommes importantes à dépenser, — il faut s'y attendre ; mais en face du but à atteindre, but dont le résultat serait de doter le pays d'une industrie qui centuplerait ses bénéfices actuels, que sont de semblables sacrifices?

|g O^STANTINOPLE.

Durant la guerre de l'inciépendauca greequa, Syra ayait gardé une entière neutralité et servi d aeile à tous ceux que la guerre et la désolation fbrçaîent d'abandonner leurs foyers. Aussi sa population, qui ne s élevait pas auparavant à plus de cinq mille âmes, s'a^ocrut de plus de viogt'-cinq mille. Plus tard, grâce ^ ce même rôle de neutralité qu'elle s'était imposé, Syra devînt ÊDrcémeot leutrepôt de toutes les provisions envoyées ea Grèee, dont le sol ravagé en tous sens oe produisait plus assez pour les besoins de ses habitants. D'un autre côté, il est juste d'avouer que lapiraterie, de 1821 à 1 82SI, eouf ribua largement au bien-être de cette ville, au préjudice, il ^t vraip du commerce européen, et particulièremeiM; de celui de l'Angleterre et de la France. La paix rétablie, les déprédations sur la mer cessèrent ; mais aussi avec elles croula l'opuleoee de cette île ( les étrangers s'em éloignèrent, et les richesses que des événements iu^xé" vus y avaient eirtaesées disparurent rapidemiwt; elles n'étaient plus alimentées par ee brigandage maritiu^ que seuie peutcocuser la posiiôfon désespérée où la G^^èce était réduite à cette époque.

J 'examinai aussi, avec la plus vive curiosité, les cfaaa* tiers de cette île. Ils jouissent, à juste titre, d'une réputation universelle pour la oonstrurction de ces brigantins si remarquables comme marcbeurs et comme voiliers.

Le S2 août ; nous reprîmes la mer «pour la Turquie d'Asie.

^Le S6, nous étions de retour à Smyrne, et le dO nous jnîmes à la voile pour Constantinople.

La ville de Gallipoli, qu'on découvre sur l'Archipel, s'élève sur la péninsule du même nom. Cette ville, où réside Tévèque grec, est assez grande, et son port donne entrée dans le détroit des Dardanelles. Il faut observer qu'arrivés là, tous les vaisseaux sont obligés de se faire remorquer soit à la vapeur, soit à la rame, dans toute la longueur du détroit, jusqu'à l'embouchure de la mer de Marmara; car à cet endroit l'eau forme une sorte d'éléyation dont il est facile de s'assurer plus aisément quand on arrive de Gonstantinople. Les vaisseaux glissent alors sans efforts sur les flots, laissant derrière eux les châteaux- forts de Romélie et de Natolie^ anciennement appelés Sestos et Abidos^ et situés, l'un sur les rives de F Asie, et l'autre sur les bords de l'Europe. Cesdeux châteaux, avec d'autres encore de ce côté, forment, il est vrai, la seule mais terrible défense de Gonstantinople.

Gallipoli compte quatre-vingt-trois mille habitants; elle sert d'arsenal et d'entrepôt de provisions pour la flotte ottomane. Cette ville est la première que les Turcs aient conquise sur le sol européen. Aujourd'hui, ses fabriques de maroquin et son commerce en laine et en co^ ton en font une des principales villes de l'empire.

Le détroit des Dardanelles, autrefois l'Hellespont, nous apparut alors surmonté de sa forteresse. Nous approchions de la capitale de la Turquie.

Le 5 mai, Byzance-Stambpul-Constantinople se dressa splendide du sein de la mer, éclairée des plus beaux et des plus purs rayons de son éclatant soleil.

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