CHAPITRE XXV
Départ pour Nazareth. — La caravane. — Antoine et le crabe. — La plaine d'Esdrelon. — S. H. l'Impératrice des Français attendue en Orient. — Le catholicisme et la Russie. — Les bédouins. — Le moulin du Carmel.
— Les émotions du chemin. — Lœtatui sum, r- Les cavaliers de Nazareth.
— Grande joie dans cette ville. — Les honneurs du Djerry. — Nazareth.
— La descente et le défilé. — L'entrée à Nazareth. — La grotte de l'incarnation. — Contemplation. — Descente à la grotte. — Verbum caro HIC factum est, ^ Paroles éloquentes de saint Bernard sur ce mystère. — Le vieux tableau.
Enfin, le 15 au matin, le iour impatiemment attendu arriva. Dans ce pays où le soleil est de toutes les fêtes, il me sembla plus radieux encore que de coutume. De ma fenêtre , je voyais à la fois et l'étendue des eaux et le Carmel qui se dorait déjà des premiers rayons du jour; malgré mon vif désir de partir au plus vite, je me sentais comme attaché à ce pieux rivage. A six heures tout était prêt; et, nos adieux terminés, chacun se trouva en selle, aussi content que moi-même d'arriver à Nazareth.
mon Dieu! comment pourrai-je raconter les émotions d'une telle journée ! Je les dois à la miséricorde de votre divin Fils pour les pécheurs , à la céleste protection de sa sainte Mère dont je portais le bienheureux message. Que les saints noms de Jésus et de Marie soient à jamais bénis !
Il nous fallait sept heures de marche, ainsi que je l'ai déjà dit, pour arriver à Nazareth, et une halte avait été préparée pour le milieu du jour. Notre petite caravane se composait de quinze cavaliers, dont j'étais loin, certes, d'être le plus vaillant et le plus habile, toute mon ambition se bornant à ne pas descendre involontairement de ma monture. M. de Lesseps, le consul général, dont l'amitié toute gratuite m'avait pris si généreusement sous sa protection ; M. Auman, notre hôte si dévoué, qui n'avait pas voulu nous quitter ; M. Catafago , caractère sage et plein de conseil, dont l'expérience et la vigueur devaient nous être très-utiles: malgré son âge avancé, il était encore la terreur des malfaiteurs du pays , et plusieurs fois, sur notre passage, j'entendis des figures sinistres, embusquées autour des grands chemins, répéter avec effroi, en se le montrant du doigt: Il signer Catafago! Il signor Catafago! Un jeune Arabe, du nom d'Antoiney qui avait, grâce à M. de Lesseps, fait des études presque complètes au collège des PP. lazaristes d'Antoura, et que M. le consul général me donnait pour me servir d'interprète ou drogman jusqu'à Jérusalem; son père avait eu l'honneur d'accompagner le dernier des Lascaris et de lui servir de guide dans le désert. Le fils me paraissait tout fier que Lamartine eût chanté la fidélité de son père, et je voyais qu'il rêvait pour lui-même une odyssée, qui, hélas! ne pouvait sortir d'une aussi belle plume, et qui faillit, ainsi que je le dirai plus tard , lui devenir bien funeste ; deux fils du consul Catafago ; des catuas avec leurs cannes à pomme d'argent ; des guides et des cavaliers complétaient notre petite expédition.
Pendant quelque temps nous suivons, à notre gauche, le bord de la mer, dont les flots argentés par le soleil viennent caresser le pied de nos chevaux. Une brisa douce et fraîche fait flotter sur nos épaules les voiles dont nous avons entouré nos chapeaux. Des carcasses de navire, enfouies dans le sable, loin de nous effrayer, nous font apprécier encore davantage le mérite d'une
caravane qui n'aura pas à affronter de tels dangers, tout en recherchant des chemins qui n'existent pas. Des crabes et des reptiles marins, de la grosseur du doigt, troublés dans le repos qu'ils prennent au soleil, se mettent à fuir dans toutes les directions. Notre jeune Antoine, jaloux sans doute de m'édifier de bonne heure sur son talent de cavalier arabe , en poursuit un à la course; mais, au moment où il se penche de son cheval
{)our le saisir, il fait la plus joHe culbute du monde , et . e crabe , profitant de cette maladresse , mord le doigt qui allait le prendre et court enfouir sa victoire dans les flots. Heureusement pour le pauvre cavaUer que la morsure du crabe n'était pas dangereuse et que le terrain, composé d'un sable fin et humide , se contente de dessiner en relief l'empreinte du vaincu. Nous quittons bientôt cette plage, pénible à nos chevaux, mais douce pour leurs cavaliers, et nous entrons dans un sable plus sec et planté de petits arbustes, plaine couverte d'arbousiers et d'autres végétaux qui en font une promenade charmante.
Cette extrémité de la vaste plaine d'Esdrelon, qui, en cet endroit, aboutit à la mer, et dans laquelle viennent se jeter les eaux du Kison, nous apparaît, malgré la saison si peu favorable de l'automne , sous les couleurs les plus séduisantes, et* sa verdure contraste singulièrement avec la sécheresse de l'horizon. Nous foulons aux pieds de vrais tapis d'héliotropes ou de vanilles, en pleine floraison, et dont les parfums , secoués par les pieds de nos chevaux, viennent monter jusqu'à nous.
En parcourant cette plaine, M. de Lesseps me raconte que, à la fin de la guerre de Crimée, c'est-à-dire au commencement de l'année 1856, les populations voisines de ces vallons et de ces rivages s'attendaient à voir pardtre S. M. l'Impératrice des Français, et que la joie était aussi grande que possible dans tous les cœurs. C'était aux beaux jours du printemps. « Vous eussiez vu, me disait-il , cette admirable plame, vivante et ani-
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Le c^tij'.licisiDr' c'a pas de plus grand ennemi que la Ru^^ H- . t?t k [•?uf»Î€" TTiiinent catholique de ces contr^ef le 5^nl à m^-n t-iîfe- Les h^7>Ë^<es prot^esiûiÊieg sont m>2iîf à CTiiinire: eUtç ne TÎTent que par Fe^rit révolaX'yjnsmre. qui f^nj^tf^a^ partout contre les droiis de Dien, yjMT y subslitotr les droiu 4e thomme. Le r^ne Je celle5-«:-i durera jusqu'au jour où les yeux verront enfin latîme qu'elles ont cr?usé sous nos pas. A la vue des mines qu'ib oiît déjà amoncelées et de celles qu'ils pf»^parenU le monde à son tour proiesiera contre ces enfants du doute et de la nègaiiom. Mais le schisme moscovite a d'autres aUures: il prêche partout les droits de Dieu ; et , p^jur qu'on n'en ignore, il place un Dieu visible sur la terre, le czar, roi des intellis^ences et pontife de toutes les consciences; cette parodie de la véritable puissance que le Christ a donnée à son Eglise, par cela seul qu'elle lui ressemble , a toutes les appaœnces de la force et de la vie. Son influence est redoutable en Orient.
Chacun s'attendait donc, à Theure où l'étendard de la Vierçe Immaculée nous donna la Wctoire, que la France reprendrait immédiatement son empire dans ces contrées où le souvenir de son épée et de sa justice vit encore, et tous les regards se tournaient vers elle , comme au
jour où finirait les persécotioiis sangbntfs de l'I Une princesse chràieone, jaome éi puissante par la valeur de son époox, une reine dont la douce jMété est connue de TOrient , SCTdblait à tous tuen propre à ressusciter les menrdiles opérées par sainte Hélène, la mère du grand Constantin, qui rendit la paix à TE^lise persécutas, et, par les soins de cette [Meuse princesse, couvrit la Palestine de monuments et de tempes chrâiens.
Des bédouins errent çà rt là dans cette vaste plaine, montés sur leurs dievaux et armés d'une lance extrêmement longue, dont le fer est orné d'un gland de laine; ils nous approchent de temps en temps, nous offirant, tantôt leurs services comme guides ou comme escorte, tantôt leur mouton, pour faire avec nous une halte , un repas. Nos hommes , trop bien avisés pour accepter ces services, toujours onéreux et souvent redoutables quand ceux qui les offrent sont en majorité, les repoussent sans aucune reconnaissance et sans aucun égard. L'un d'eux, ayant osé se placer à notre tète en brandissant sa lance, comme pour nous saluer et nous protéger , fut accueilli avec un tel hourra d'imprécations qu'il déguerpit au plus vite.
Nous arrivâmes bientôt au bord d'un nahr ou torrent, dans un heu fort pittoresque, au moulin même bâti par le frère du Carmel. Nous fîmes là notre halte projetée. Nous avions pris avec nous la clef de ce moulin et quelques provisions substantielles, précautions toujours sages dans ces pays inhabités. Malgré l'honneur qu'on nous fit de ce gîte, désert et beaucoup trop habité, et quoique la clef fût dans notre poche, nous lui préférâmes l'air extérieur.
Après deux heures de repos, nous reprenons notre course sur un terrain qui commence à s'onduler et à s'élever d'une façon beaucoup plus accidentée. Les arbustes prennent, cette fois, des proportions tout autres, et de fort beaux chênes verts , portant des glands gros comme de petits œufs de poule, nous entourent de tous côtés.
Seul au milieu de cette verdure, laissant toute liberté à mon cheval, je récitai mon bréviaire, me garantissant comme je le pouvais d'un soleil qui devenait plus qu'ardent. De temps à autre ma prière s'arrêtait et je me disais avec joie : Voici donc le lieu choisi par Dieu pour donner son Fils à la terre!... Quand verrai-je Nazareth, que j'ai tant désiré?... Toutes ces collines ont vu la Vierge sainte, Jésus le Rédempteur; elles ont attendu cette rosée d'en haut ; elles ont porté ces nuées qui devaient enfanter le Juste. C'est là qu'a retenti cette parole d'Isaïe : « Voilà qu'une Vierge va donner le jour et enfantera un Fils : son nom sera Emmanuel, Dieu est avec nous! d
Et mon âme , dans ces lieux visités par Jésus et sa Mère, goûtait, à ces pensers, un charme aussi doux qu'ineffable. Oh ! que son souvenir me fait encore de bien aujourd'hui!
Enfin j'aperçois devant nous, à l'horizon, une dernière colline couronnée par un chemin poudreux qui plonge dans le ravin qu'elle nous cache. M. de Lesseps accourt et me crie : a: Voilà le chemin de Nazareth ; Nazareth est là , sur l'autre versant de la colline ! d A ce mot je me sens comme hors de moi-même. Le consul lit dans mes yeux la joie de mon âme et me semble la partager.
Après quelques conseils d'équitation , il se mit à me plaindre de l'obligation où je me trouvai de réciter mon office à cheval et par une telle chaleut. « Hélas! lui répondis-je bien vite, voyez si vous avez raison de me plaindre. Les gens du monde sont fort disposés à parler ainsi, eux qui souvent perdent leur temps à d'étranges futilités ou s'imposent des lectures dont il ne restera jamais rien ni dans le cœur pi dans l'intelligence. Pour moi, je suis plus heureux; veuillez en juger. Voici, par exemple, un psaume que l'Eghse vient de mettre dans le cœur et sur les lèvres du pauvre pèlerin, à qui vous procurez aujourd'hui une joie dont il
vous sera reconnaissant toute sa vie. Voyez s'il est au monde une lecture qui puisse lui faire autant de plaisir : »
Lœtatus sumfme dit le prophète (1). « Je me suis réjoui d'une grande joie, quand on m'a dit : Voilà que nous allons dans la maison du Seigneur!
« Quand mes pieds seront-ils arrêtés, comme autrefois, dans ton sanctuaire, ô Jérusalem !
« Jérusalem, la grande cité, bâtie pour jouir dans son propre sein de la participation avec Dieu.
« C'est là que sont montées les tribus, toutes les tribus du Seigneur, pour lui porter le témoignage vivant de la foi d'Israël en son Dieu.
« C'est là que la justice est venue se reposer et s'asseoir sur le trône de David.
« Priez pour tout ce qui peut procurer la paix à Jérusalem, et demandez l'abondance pour ses fidèles serviteurs.
« Oui, que la paix repose en sécurité autour de tes murs, et que tes palais regorgent d'abondance.
« A cause de mes frères et de ceux que j'aime, j'ai demandé la paix pour toi ;
« A cause de la maison du Seigneur, notre Dieu, que tu renfermes dans ton enceinte , je t'ai souhaité tous les biens. i>
Dites-moi, continuai-je, si quelque chose peut autant toucher mon âme que cet élan du prophète,' qui, pour attirer ma pensée dans les cieux , me rappelle l'origine et les destinées de la grande ville que je vais visiter et
(i) Ps. m.
mmnte à lui procurer la paix. Et, cheminant ainsi, déjà nous ations, sans nous en apercevoir , gagné du
Tcut à ooup« au sortir d*un long fourré de broussailles, ]e zn\it:rie : c Quelle est cette immense caravane qui ai>rorilt à llionion et dont les cavaliers semblent accourir 1:1 ierint d<e cc^ost... » Bientôt nos guides ont reconnu c^::^ bcQs imîs de Naareth ; et, partant au galop, en un icsunt ils fraternisent avec eux. De notre côté nous hltons le pas, et nous voilà en présence des principaux habitants de cette petite ville, sortis pour accourir à notre rencontre, et conduits par les autorités spirituelles et temporelles de ce pays, le plus catholique de toute la Palestine. lis avaient appris la bonne visite du consul général de France, qui venait les voir, en compagnie d*un chanoine firançais, lequel portait à Jérusalem, de la part de l'ambassade française à Gonstantinople , les lettres du ministère turc faisant donation aux catholiques latins de leglise de Sainte-Anne à Jérusalem. Leur bonheur avait été aussi grand que leur surprise, et ils n'avaient pu se résigner à nous attendre. Ils accouraient donc en amis nous présenter leurs hommages. Une joie sans arrière-pensée se peignait sur leurs visages. Il n'y avait pas un seul habitant de Nazareth, possédant un cheval, qui ne fût de la partie. Nous étions là une centaine de cavaliers environ. Le spectacle était bien fait pour impressionner mon àme : cet hommage rendu à la Reine du ciel par ses fidèles enfants de Nazareth, et au nom de la France , remplissait mon cœur d'ivresse et me semblait de bien bon augure pour mon voyage. Les deux caravanes , celle de Nazareth et la nôtre , s'étaient rencontrées près d'un jardin où le consul Catafago avait fait, à notre insu, préparer une halte et un déjeuner. J'assistai aux compliments et aux effusions de la joie commune; mais, au lieu d'entrer dans le jardin, *e me dirigeai en toute hâte vers le sommet de la coline pour saluer au plus tôt Nazareth. Quand on vit
mon impatience, on décida à l'instant que le coûter serait abandonné et transporté à notre domicile, et immédiatement commencèrent, en notre honneur, les courses et la fantasia du Djerry.
Tous ces cavaliers , jeunes et vieux , guidés par leur fantaisie, prirent leur course à travers les broussailles, les ravins et les rochers de la colline, franchissant tous les obstacles et brandissant leurs armes. Chacun d'eux semblait choisir et poursuivre un ennemi. Tout cela simulait un combat sans ordre, où la valeur individuelle paraissait avoir tout le mérite. Il me semblait assister aux scènes de la Jérusalem délivrée, et contempler tour à tour les exploits de Tancrède et d'Argant.
Mais aussi quels chevaux et quels admirables cavaliers ! Des vieillards de soixante ans, qui semblaient, comme dans les fictions de la fable , ne faire qu'un avec leurs chevaux, franchissaient, dans leur course rapide, les ravins et Ifes buissons, et leurs coursiers, animés du même feu , s'enflammaient à la vue des obstacles. La terre tremblait sous leurs pieds; ils soufflaient le sang par la bouche et les narines ; ils s'arrêtaient tout à coup, ou bien retournaient sur leurs pas, avec la facilité la plus étonnante, obéissant, comme un membre de l'homme, à son intelligence et à sa volonté. Nous avancions avec calme, au milieu de cette frémissante cavalcade, M. le consul et moi, M. Auman et le supérieur des Pères de la Terre-Sainte, impassibles comme des juges du camp à un simulacre de bataille.
Enfin tout ce bruit a cessé; toutes les courses s'arrêtent; quelque chose de saisissant attire tous les regards: nous sommes au haut de la colline; voilà Nazareth!
Mon âme salue la Reine des cieux, et mon cœur bat à se rompre dans ma poitrine. Oh! c'est là que, après quatre mille ans d'attente, l'ange du ciel vint saluer la femme la plus parfaite et la plus pure, choisie pour réaliser la première promesse de la miséricorde et du pardon ; c'est là qu'Isaïe contempla cette tige de Jessé,
soutenant avec amour et dans tout son éclat le plus beau des enfants des hommes, celui dont il est écrit: « Je suis la fleur des champs et le lis des vallées. » C'est après toi, ô sainte patrie du Galiléen! que mon âme soupire depuis si longtemps; c'est vers toi, ô Nazareth! que se reportent à toute heure les accents et la reconnaissance des peuples chrétiens quand ils saluent la* Reine du ciel, à l'aurore, au midi et au déclin de chaque jour.
Oh ! si le divin Rédempteur ne m'attirait au Calvaire pour pleurer et prier sur la trace de son sang, je dirais aussi à Dieu, dans l'effusion de ma joie: Nunc dimittis! Maintenant, Seigneur, laissez mon âme partir en paix , car mes yeux ont vu le salut d'Israël!....
Le chemin qui descend à Nazareth est étroit et sur le flanc d'une pente difficile. La cavalcade prend le défilé, et je contemple à mon aise ce bourg dont toutes les maisons blanches et recouvertes d'une terrasse présentent un indéfinissable aspect. Là toute verdure es.t réduite en cendres à cette époque de l'année, et cette masse grisâtre se distingue fort peu de la terre qui l'environne. En entrant à Nazareth , voilà qu'un autre spectacle nous attend dans ses rues, comme si déjà ce n'était pas trop pour moi des émotions que je viens de dire. Tandis que les hommes qui n'ont pu venir à cheval audevant de nous, sont dans la rue brûlant leur poudre à nos oreilles , pour entonner nos louanges , et tirent des coups de fusil par dessus nos têtes , les femmes et les filles, montées sur leurs terrasses, chantent des cris de victoire en l'honneur de la France; on dirait qu'elles gloussent un étrange petit ramage de basse-cour, que leurs gestes et leur visage me traduisent en signes de joie beaucoup mieux que ce qu'en peuvent apprécier mes oreilles. De toutes parts on accourt; c'est un transport universel et chacun se précipite sur notre passage; tout cela est d'un pittoresque inouï pour moi, mais ne saurait détourner ma pensée de son but.
Voici enfin qu'apparaît le sanctuaire de Marie, au
milieu des murs du couvent. Nous descendons de cheval à la grande porte, devant le porche qui sert d'entrée à la première cour dans laquelle se trouve l'église. Là nous sommes accueillis par tous les religieux et par une foule de chrétiens dont la joie nous va au cœur. Oh ! pourquoi n'en est il pas ainsi de tous les beaux sanctuaires de la Palestine? Il est si bon d'être entouré de ses frères en ces pieux et doux moments! Les portes de de l'église s'ouvrent devant nous ; un Te Deum est entonné en l'honneur de la France ; l'orgue y répond et tout le peuple le chante ; pour moi, je ne vois ni la réception qu'on nous fait à la porte de l'église, ni l'encens qu'on nous présente, ni les sièges, ni les honneurs qui nous sont préparés; une seule chose absorbe mes regards, mes pensées , mon amour : c'est la grotte de l'ange et du mystère de l'Incarnation; mes yeux plongent au fond d'une voûte obscure qui est là devant nous : C'est ici qu'un Dieu s'est fait homme par amour pour nous ! Je tombe à genoux, la figure cachée dans mes mains, agité de sanglots, mondé de larmes, et je suis complètement étranger à tout ce qui se passe autour de moi...
Combien de temps demeurai-je ainsi? Je n'en ai nul sentiment; il fallut m'arracher à cette contemplation. sublime beauté des mystères chrétiens! ô douce sainteté du plus consolant de tous les dogmes, l'Incarnation ! On m'assure que nul n'a touché ce sanctuaire sans avoir' ressenti une étincelle de ce feu que Jésus apporta sur la terre, un peu de cette ardente charité dont Dieu a tant aimé le monde; toujours est-il que jamais, dans ma vie, émotion pareille np me fit battre le cœur.
Que votre miséricorde est grande, ô Dieu qui sauvez les pécheurs! Vous avez en ce jour oubUé toutes mes iniquités.
Le prêtre officiant, revêtu de sa chape et suivi de tout le clergé , vint prendre S. Ex. le consul et moi pour nous faire descendre dans cette chapelle souterraine où déjà étaient toutes mes pensées. En descendant
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