Constantinople, Jerusalem et Rome
Le réveil. — La visite au Saint-Sépalcre. — L'église et le Tômbeaa. — Le fait de la Résurrectioi. — L'autel de la Crucifixion, — Le régime alimen- Uire en Palestine. — Repas frugal. — La porte Sitli-Mariam ou porte SaîDt-Etieune. — Les Turcs peuvent-ils concéder une mosquée au culte «hrétien? — L'église Sainte-Anne^ — Mgr Yalerga, pairiarche latin de Jérusalem.
A mon premier rèveiUÈfe"^ la^iltei^inte, je m'acheminai vers le Saint-Sépulidre , eri;cpmpagnie du P. Des Thévenins.
La maison provisoire qu'habile le consul de France , dans le quartier mahométan , louche à l'ancienne Porte Judiciaire par laquelle Jésus sorlil pour marcher au supplice. Extra portant passus est. Du jardin du consulat je pouvais voir les restes, enveloppés de nopals, de la colonne à laquelle on attachait les condamnations judiciaires et contre laquelle fut posée la sentence de mort prononcée par Pilate contre Jésus. A partir de cette porte, une ville nouvelle est venue se grouper autour du Calvaire, remplir Jes solitudes du Golgotha, et le dôme du Saint-Sépulcre la domine de toute sa majesté, comme pour en attester l'origine.
S'il est au monde un seuil qu'il n'est pas permis de franchir sans émotion, c'est bien celui-ci. Le rocher du Calvaire et le tombeau du Christ, enfermés dans le
nièïUB lemplp ! est-il un lieu plus saint sur la lèvre? Qui ne lira, gravées ensemble sur ses murailles,, la Rendre piété de sainte Hélène, la foi vive des premiers fidèles, la vaillante ardeur des Croisés ^ les aspirations de tous les âges chrétiens? Ajoutez-y le^ profanations honteuses qu'il a tant de fois subies,, qu'il endura encore aujourd'hui , et dont nulle intelhgence humaine ne prévoit la fin, et vous comprendrez avec quelle joie, mélangée de respect et d'amertume, je fis mon entrée dans ce vénérable sanctuaire.
J'allai tout droit à ce rocher revêtu de marbre, qui forme une petite chapelle au-dessous de la grande coupole, et qui. renferme le tombeau où fut déposé le çorps^sacfé de mon Dieu. Après avoir traversé une petite ^ifOtte ,. qu'on appelle la Chapelle de renge, parce que au. milieU: se trouve la pierre sur laquelle l'ange était i]issis^ on pénètre, par une porte très-basse, dans la partie la plus enfoncée du rocher, là où avait été taillé le précieux Tombeau. Je me prosternai devant cettç petite ;platç-forme qui sert d'autel, et une joie mêlée de terreuar s'empara de moi quand je baisai enfin ce premier de tous les sépulcres, gage de notre r.ésurrection future, comme il a été celui de notre rédemption. Un frissofi d'effroi me parcourut tous les membres et se teiTOina par d'abondantes larmes.
, J'étais agenouillé au centre du monde chrétien , et je touchai du doigt le point fondamental et central de tou$ les dogmes de notre croyance. C'est d'ici que sont partis les témoins de cette résurrection, les martyrs de c^ grand événement. Jésus-Christ est-il Dieu, et comment a-Ml donné au monde la preuve de sa divinité? Tout le symbole chrétien est là; c'est ici que reçqsela pier^ÎB angulaire, la pierre qui est le Christ. C'est m que se fait le partage entre les enfants de Dieu et les çûfa,nts de3 homiaes. Tandis que le fidèle accourt se ranger avec amour sous l'étendard de Jésus ressusoité, pouf* viy^e> mourir et ressusciter avec lui; tandis qu'il lereeoiin^ît
Sôtir sdti Dieu; Fimpie se i^évolte et contre la résûrrtCtfoh u Ghrist et contre le ténîoigtt$|ge de sa divinité,- as|)i'i*ant à une "vie matérielle dans laquelle il n'y a pas de Chriât, à une vie en dehors des dogmes chrétiens , en dehors surtout du premier de tous ces dogmes.
€ Et pourtant, a dit Jésus, cette génération méchante n'aura' pas d'autre preuve de ma divinité. Comme Jonas est resté trois jours dans le ventre d'un monstre marin « ainsi le Fils de l'homme ressuscitera le troisième jour. * 0 alternative étonnante ! Ou cet homme extraordinaire sera vraiment le Fils' de Dieu , ou il ne sera , comme Mahomet, qu'un imposteur; et c'est un fait simple, comme le plus irrévocable de tous les faits , qui - va te démontrer; un fait contre lequel tous ses ennemis se sont inscrits à l'avance, contre lequel ils ont pris toutes les précautions de la prudence humaine; un fait le plus impossible de tous les faits ; un fait le plus avéré, le phis constaté de tous. !
0 merveilleux Tombeau! ô sépulcre glorieux! loin d'ici îa corruption et les images vulgaires de la mort qui n'a pu garder ce premier-né dans son linceul. Non eU hîcf Il Tiest pas ici! Telle est la parole authentique gravée par l'ange sur les murs de ce rocher, au moment où il annonce cette victoire remportée sur la mort , et le su*
{)rême rendez-vous qui aura lieu dans la Galilée, entre e maître et les disciples. En vain l'astuce des Pharisiens et la malice des Juifs voudront démentir un tel fait': c'est dans Jérusalem même qu'il sera vu, publié par des témoins convaincus, et accepté par ceux-là même qui opt condamné la victime à expirer sur le Golgotha. •En' vain on imposera silence à leur conviction : ils apprendront au monde ce que vaut la liberté de la conscience et de la foi, en proclamant cette simple parole : € Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes. »
n n'est point de langage sur la terre qui échappe à la puMcatioq 4e cette merveille, comme on le voit au jour de 1k Pentecôte. La noble et simple déposition de ces
têrnmns, de ces martyrs, comme on les appelle, confond los âs6a88ins eux-mêmes dû' Fils de Dieu^ et huit mille d'entre les Juifs, se soumetiaint à la loi du> baptême et de la pénitence, vont fondeur à Jérasalem même le noyau de cette église catholique qui^ à bien plus juste titre 4 remplacera la synagogue. Et si , pouar gage de-^a sîncé* rite de leur parole, vous demandes à ces nombreux témoins leur sang et leur vie, ils vous donneront cette garantie avec empressement, avec amour, et le monde sera bien obligé de croire à des témoins qui seUmssnt égûrger.
■> Voilà ce. dogme de la Résurrection du Christ; voilà ses martyrs. C'est d'ici qu'est partie la prédication im* possible d'un événement plus incroyable eneot^» Et pourtant la conviction de ce fait incroyable «a si bierl gagné le monde et a si bien triomphé de l'errèuTi, que cette Résurrection est le premier de totis: Ms dogmes chrétiens, et que l'exemple de ces preirtifiPf martyrs a enfanté d'autres témoins^ qui aussi < ont aîmé Jésus,, assea pour lui donner leur vie. . ;
Au sortir de cette contemplation, je montai leiritement tes degrés du Calvaire. J'allai droit à l'autel de: la Crtiqt* fexAm^ élevé sur la plate*forme du rocher du Golgotka', au lieu même ou Jésus fut étendu et cloué sur la oroi^. Tout était prêt pour la célébration du sacrifice- de l'autel, ^t J6 commençai aussitôt la sainte messe^. Offrir les saints mystères sur le lieu même où a- été couchée la croix de Jésus, sur le roc même où = tes raembces palpitants de l'auguste victime pnt- été 'dé^ chffés, où ont retenti sur le fer et sur le bois les coups du marteau déicide, où le sang le plus pur a -coulé là grands flots!... Oh! qui dira jamais le saisissement em épouvante le prêtre, l'effroi qui s'empare de son ânaÈT! Puissé-je garder jusqu'à mon dernier soupir l'-boamair qu'un seul instant de ce sacrifice m'a. inspiré à tout jamais pour le péché!... î - -mî
Je ne m'arrêterai point cette fois à donner une idée
de-cevaste et extraordinaire monument qu'on appelle lléglisè du'Sainfc*SépUlcre. Comme jerdois y revenir ^u moins une fois par jour, j'en ferai la description" ew un moment pèets:faVH>îabk{. Il me tarde de retournai' près de Son? ' Eî^ceilénoe' - ié Consul , qui doit me faire visiter régtisetSainte^AnBtô' et me conduire auprès de Mgr VaAergay le- patriarche, afin de m'acquitter au plus vite de mamissioni. -
Depuîé inoni 'heureux séjour chez M. de Lesseps, ja n'aviiîsN ptt déjeuner avec autre chose qu'avec une tasse de café noir, et un tel régime, de tous le meilleur, f)ouvait4>îen passer pour un jeûne continuel. La nouriîÉupe'ete Palestine est un régime à peine croyable, et Men des voyageurs lui doivent d'avoir succombé à leurs fatigues jOtî; ne tix>ave de viande nulle part, excepté dans qoeKqpnes centres de population, tels que Jérusalem et l^iàplonslB, où l'on peut, S grand renfort d'^argent ou de firciteetîfpn, rencontrer un peu de volaille, un peu de iDOMstOnv tonjcMirs préparés avec du riz. Le pays ne produit aucun légume. On voit souvent des hommes et dès Bn&nCs^'ômquer à- belles dents les grains d'un énorme épi'd^t hi^sv qui fait leur seule nourriture. Ce qu'on nomme pain n'est réellement pas digne de ce nom. QttaûdîoB'^ broyé quelques-uns de ces épis à la main «t enlcc'deux' pierres, on en fait des galettes destinées ài-isuine an- fôur là où on possède une construction qui ressemble «à quelque chose de cette nature. Comme tout combustible, est inconnu dans ces malheureuses régions, lé foilr ne jpeut être chauffé qu'à l'aide de certains aigok -eiklaissers de chèvre que le soleil a desséchés. En sortant de ce8)f(Rir$ le pain a toujours une odeur empruntée au :û9fnd»isttMe. (te comprendra donc que, en rentrant chez IL^de» Barrére, je ne fus point insensible à un déjeuner eofnpoBé deîpain véritable et de lait de chèvre. Ce frugal inspasi^ dont j^étais privé depuis si longtemps, était destiné sans doute à me punir du dédain coupable que ài'avait jadis» inspiré ce Hquide pastoral, durant mon
séjoûv dans les montagties de )a Stiisse. Amsi reporô ^i' reètatiré, je sortis en cdmpaigtiie du Consul et pnéciédô' de ses cawas. Nous surttmes le chemm (çhî »cotiduitiâ la porte Sitti-Mariam ou porte Samt-Etienne; ^près dd' lacjuelle se trouve l'église Sainte-Ahnd. ' •»; j ■.» i
Ce petit édifice, situé près du Temple, ^datis ta partie^ nord*esl de Jéinisalem, n'a aucune apparence qui attire les regards du voyageur. Ce n'est ni uh nlonuinent; ni^ une ruine. Il n'est séparé du tombeau de la sainieiViei-ge et du lieu où saint Etienne, premier martyr, fUt' lapidfé , que par lé mur d'enceinte actuel et par la porte que je viens de nommer, à laquelle on a doniaéee doiuble Mm de Saint-Etiennê ou de Sitti-^Mûriam ^ à <5ausejde*èes' deuît' lieux vénérés auxquels elle conduit. G'ë^t aujdur*»' d'hui la dernière construction de la ville dans oel anglar' solitiiife de Jérusalem. ^
Après la conquête de Saladin, les musulmans en ^oM fait un lieu saint et un lieu de prière; maïs iia n*y'C«it; pdint élevé de binaret, et ils lui ont laissé ^a foi^me ^sk téfieure â*église chrétienne, se contestante pJic* supî sott portail une inscription qui rappelle leui^prtsé'de: possession. Elle ressemble aujourd'hui à une^ ^lise de' vîHage, pauvre et abandonnée. ^^^
* Si les musulmans en eussent fait un •wadouf''Ott' mosquée, s'ils y eussent placé un minaret pour y appeltai^' les fidèles à la prière, op m'a bien assuré, et à Constant tînople et â Jérusalem, qu'on n'eût jamais osé repnendrt' ce lieu pour le donner aux chrétiens. On prét^d que la cession d'une mosquée ne pourrait se faire qu'ii^èô^' rextermination de tous les vrais mahomélans.
A quoi donc a servi l'or et le sang de la France?' • ' > I
!1 est k regretter que nos diplomates n'aient pas^sé* pjersuader aux ministres du sultan que l'église de ivi^^ tinien, la hiosquée de Sainte-Sophie, â Constantiûdïfle, était te seul monument digne , par sa ma^niftemm ^tr par soft origine, de reconnaître le généreux appiii de^H France. Ma conviction ^t que, dans ce mo«ient4à^ te*
fahatique^f É^çsênt muFn3i,aré, mais, en wlejiçe, 4t cjjU.'ott,: rfôût pas 'exterminé tes^ c-hrétwn§. Espérqns que fi^Ù^ gémér^use^co^cegfsion viendra plus tard et que les vaiucusr neiseroin^t pa^: sçmiaiiavaiit nous, .
Le Gouvernemenfr français: a d<^à pris la résolution . d'<$ftY^(W i»n:ide Bf^. architectes pour avi^r aux réparattons tO|i à ^hif^vfie nouvelle, qu'il sera convenable! 4^ donn^nàîSainte-Awnei. Il convient d'ea faire un souvegiridigW'de.la.pqn^ée du sultan et de sa reçonnaissantee, digne dei&^JVt l'Enapereur des Français à qui on vient. (^ ï?e&litU3$r.|(5ie manunîent, et' il est dé^irabl^ suvn t(^l de Jô! rendre .iMile aux chrétiens, à Mgr la patriar([h^ lâtia y ,par, < ^Qtnple^ dont la demeure, dans la. ville, sainte ij-eattwp/modesjte pour un prince de la graud^ Eglifie catholique.: : . . ... , j
Cette église de Sainte- Anne, de si pauvre a|q^ar^pp^, eslï pourtai^t. belle, dans sa simplicité, et il e^t ip^ri à délirer qu- en. la restaurant on lui laisse son caractère*. Sa^ forme ^extérieure est un carré long divisé e» t^fii^v nefs d'égale longueur et terminé par un transepit corr/^*' pondant |à trois absides polygonales qui s'appuient àfrèçr. temenli ^r ù^ transept. , . .,^
La nef centrale est beaucoup plus haute que les deux, auireSi ^et, éclairée par une série de petites fenêtrea placées àatStSf¥a%9 de chaque travée. La clef de voûte des grandi^ aresNBe trouve à 13 mètres au-Kiessusdu sol; les arcade^' des • J^s^cêtéa oat.7 mètres 50 de haut. La longueur de l%lis)& est de 34 mètres et sa largeur de 49 mètres 50;^, lalai^gettr de la nef principale est de 3 mètres 50. Le niveau de l'église s'élève à mesure que l'on s'avance vers; l'Orient; te; transept est de 0 mètre 75 plus haut qu^ le re^d^ l'édifiae, et il y a de plus encore une mardie paut atriv-^r du transept dans le chœur.
AfA point d'intersection de la croix s'élève une eoupoW. sur pf^enlifa, supportée pai^ quatre grands arcs égaux.. Tjfot$ pilÂers de i^haque côté séparent la nef principale^ ded d^x> aiutres. Les piUers sont rectangulaires; \^îis^
bases sont altiques ; les chapiteaux sont à peu prôs^ «afe. Les arcs sont en ogive large et presque en plein cîntiie ; le centre est très-npproché et situé à la hauteur de la naissance des deux court)ures. i . .
On ne voit à l'extérieur ni toitS, nipignorts; une terrasse recouvre chacune des ti'ois neft. Le portail, délicieux dans ses détails, à part rinscription qui rappelle la conquête de Saladin, est situé à TOccideilt. :
Durant le royaume de Jérusalem, les Croisés, -en bâ-^ tissant cette église, placèrent le transept au-dessus d'une crypte ou grotte naturelle , attenant autrefois à l'habitation des saints Joachim et Anne , parents de la sainte» Vierge, au lieu même où les premiers chrétiens avaient déjà élevé une chapelle en son honneur.. On voifl encore dans la grotte deux petites absides qui ont servi d'autel, et on y a encore remarqué, au temps où ces lieux futmt visités par le P. Nau et par Quaresmins, les restes àe» peintures et des dorures qui en faisaient jadis l?oî*^ nement.
De cette église nous montâmes au sud de la ville y offrir nos respectueux hommages à Mgr Vatergaj patrie arche latin de Jérusalem. Quand nous fûmes en sa pi^** sence, je reconnus la vérité de tout ce qui m'avait été dit à l'avance de son extérieur vénérable et imposait; de sa gravité, rehaussée plutôt qu'affaiblie par les apparences d'un âge presque trop jeune* encore; de la dignité de son maintien , relevée par une barbe touffue qui descend jusqu'à la ceinture et couvre toute la poitrine; de sa taille élevée; de ses manières ai&bles et gracieuses; toutes qualités singulièrement appréciées chez ces populations arabes qui l'ont surnommé le Part de la Barbe. Il me fit un accueil gracieux mais presque froid; me parla de la donation tant désirée jtfsqoe^là'de Sainte-Anne et de l'estime qu'il avait pour M. Thou* venel qui venait de lui rendre un si grand service et à qui il envoyait, .en reconnaissance , la -décoration: du Saint-Sépulcre.
Puisque je suisame^. à parler ici i\e la gracieuse donabon de ' la France ajux catholiques de Jéiiis^lem^ et du vénérable» prélat à. qui telle doit être confiée, je crois que la vérité m'impose en ce moment un devoir. L'éloge queJ'aitoiiÙ^^^ eptenduifaire des sentiments très-dévoués à la France (1^ Mgr- le patriarche, et l'exagération qu'oa a souvent mi^e à les vanter en ma présence, m'im-. posent, je crois, la; rigoureuse obligation de dire ici ce que j'ai appris.de ces sentimente, ce que les circonstances'm'ont fait connaître.
Je fils loin de trouver Mgr Valerga aussi reconnaissant envers la France qu'on avait bien voulu me le dire. Il ne vit d'abond dans cette donation que des difficultés §ô rattachant à une telle largesse, et provenant, soit de Teioig^ité de ses ressources en face des dépenses que toutes les constructions projetées allaient nécessiter^ soit des ejûgences probables d'un propriétaire voisin, soit des grandes richesses des Grecs ; et la plus^ simple de ces trois appréhensions lui présentait cette donation, moins comme:, un. avantage que comme un embarras. Mon cœur se serrait déjà dans la crainte ou dans- la prévision qu'il ne vînt à refuser un don si ardemment déliré par tous- les caithoUques, et je me demandai si, venu d'une autre 0iain, il lui eût été plus, agréable.
Alors je me rappelai qu'étant au mont iCarmel, nous avions appris, M. de Lesseps et moi, de la bouche même du supérieur des religieux , qui cherchait à justifier la décision que je vaia dire par les raisonnements les plus étranges, que Mgr Valerga avait interdit le i)omwi^ salvum, e'esfc-à-dire la prière publique pour S. M. l'Empereur des Français. L'indignation de M. le Consul avait été si grande, qu'il s'était transporté aussitôt dans la cellule du religieux chargé de la paroisse de Caïffa , pour recueillir l'avau de cette interdiction de sa propre bouche. Quoiqu'il fût bien malade et dans un état voisin de. la mort, ce bon . religieux nous avoua que, en présence des décisions de Rome, qui déclare toujours la France seule
protectiice des Lieux-Saints^ cette interdiction, qui n'était qiie trop réelle^ pesait suit lui (HMoame un remond^* Sa conseienoe semblait €omine soulagée , apràs noua aToir fait une telle révélation, au ni<xment oiêmë d0 paraître devant Dieu. Or, cette décision de Mgr le patriarche , loin d'être révoquée . depuis /, a été plus rigoureusement maintenue; • î/ • ".'
Plus tard je ne pus me défendre de joindre à tout ceci ce que je vins à apprendre de la construction de l'église de Beit-Djala, que je ne devais visiter que lors de mon passage à Beethlehem. En élevant ce monument, Mgr le patriarche, oubliant que la France avait contribué de son autorité et de son argent à vaincre les difficultés assez grandes que l'érection de cette église avait soulevées, et à Rome et à Constantinople, plaça ses propres armes sur les reliefs ou ornements tant extérieurs qu'intérieurs de ce nouveau temple , et ne songea à y laisser nulle part aucun souvenir, aucune trace des bienfaits de la France. Et quand on jugea utile de réclamer et de faire remarquer cet oubli, en demandant au moins une chapelle pour le saint roi de France qui avait rendu le dernier soupir en vue de la Palestine, sans pouvoir la délivrer, on ne trouva, pour y placer cet autel à saint Louis , que le lieu le plus reculé et le moins honorable de tout l'édifice.
Le silence seul pouvait jne convenir. J'étais Français^ mais simple prêtre ; je n'avais aucun caractèi:e officiel ; je ne pouvais qu'écouter et garder mes pensées ; il eut été inconvenant de paraître avoir des conseils à donner, et j'avais encore moins la désagréable mission de faire des reproches.
J'ai déjà dit combien les nations catholiques s'empressent de se faire remarquer en Palestine par leurs dons et leurs présents, tandis que la France semble se contenter de ses vieux souvenirs. Peut-être , malgré son esprit élevé , le patriarche lui-même est-il un peu impressionné par cet abandon et a-t-il plus de confiance
dans la propagande de Rome ou dans la protection de l'Aiôtriche <pîe dâiïs Tintervention de la France. Je Imssai donc parier le consul j et je ne m'entretins avec MgrValeiiga que de ses projets sur le nouveau sanctuaire dont yfelvafe eu l'honneur de Irà apporter la concession v projets que }e vais jdire et qui, pour le moment, parais-* saient plaire à Mgr le patriarche.
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