CHAPITRE III
empereur ramena du désert ses troupes fatiguées et accablées de misère. Arrivé à Antioche, il s'appliqua à régler les affaires de la religion, rendit la paix à l'Eglise, et rappela saint Athanase , qui tour à tour souffrait et triomphait avec elle. L'Eglise respirait après tant de traverses »t jouissait d'une faveur dont elle était privée depuis Constantin. La capitale de l'empire se préparait à recevoir Jovien dans ses murs; mais ce bon prince ne put même y pénétrer. Enlevé tout à coup au milieu de sa carrière . il termina une vie trop courte pour le bien de peuples. L'impératrice, sa femme, venait à sa rencontre pour s'asseoir avec lui sur le trône : la pompe d'un convoi fut la seule qu'elle pût ramener à Constantinople (février 364).
Assemblés une seconde fois, les officiers de l'armée élurent pour empereur Yalentinien, brave capitaine, et, comme Jovien, zélé confesseur de la foi. Trente jours après, le nouvel auguste associa son frère Valens à l'empire. Alors eut lieu un premier partage officiel de l'empire, et sa division en empire d'Orient et empire d'Occident. Yalentinien établit sa cour à Milan, Valens à Constantinople. Avec ce dernier prince reparurent les troubles de l'arianisme et tous les malheurs du règne de Constance. Les fidèles de Constantinople, ne pouvant se persuader que Valens ordonnât les excès dont ils étaient les témoins, lui députent un jour quatre-vingts prêtres vertueux pour lui porter leurs plaintes. Valens les écoute en silence et dissimule sa colère ; mais presque aussitôt il ordonne à Modeste, préfet du prétoire, de
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les faire périr. Celui-ci, craignant une sédition dans la ville, prononce contre eux seulement une sentence d'exil. Embarqués tous sur le même navire, ces confesseurs de la foi partent avec joie ; mais à peine hors de la vue du rivage, les matelots mettent le feu au vaisseau, et les quatre-vingts prêtres périssent tous dans les flammes ou dans les flots de la mer.
Valens, parcourant les provinces pour y rétablir l'arianisme et en chasser les évêques catholiques, rencontrait de généreux défenseurs de la vérité. Entre tous se distingua par sa fermeté saint Basile de Césarée, le digne émule d'Athanase : « Jamais on ne m'a parlé avec tant de hardiesse. » dit le préfet Modeste après s'être efforcé vainement de le gagner par des promesses ou de l'intimider par des menaces. « C'est apparemment, reprit le saint prélat, que vous n'avez jamais rencontré un évêque. »
Au nom de Valens se rattache le souvenir d'un événement mémorable qui hâta la chute de l'ancien monde. Les nations gothiques , refoulées parles Huns, avaient franchi le Danube; Valens admit dans son empire ces peuples barbares, que l'avidité des agents impériaux réduisit bientôt au désespoir et provoqua à la révolte * : les sanglantes batailles de Salices et d'Andrinople apprirent à connaître les destructeurs futurs de l'ancien monde romain. Dans cette dernière bataille, où périrent trente-six tribuns avec les deux tiers de l'armée romaine , Valens lui-même , blessé d'une flèche , trouva la mort
i L'empereur leur avait donné asile dans la basse Mésie.