‹ ConstantinopleChapitre 10 sur 97 · C H A P I T R E III · texte numérisé non relu

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maître : i! vint continuer ses études à Athènes , où il eut pour condisciples Grégoire de Nazianze, qui prévit sa future destinée, et Basile de Gésarée. A vingt- quatre ;ms. gouverneur des Gaules avec le titre de césar, il alla si fixer à Lutèce (Paris), et se signala dans plusieurs expéditions contre les Germains, qu'il battit complètement auprès d'Argentoratum (Strasbourg) (357). Constance, jaloux de sa gloire, lui ayant ordonné d'envoyer de Gaule en Orient une partie de ses troupes , les vaillants soldats de Julien refusèrent d'obéir. Gourant au palais de leur général en faisant retentir les airs de leurs cris mille fois répétés : « Julien auguste! Julien auguste! » ils relèvent sur un bouclier et le proclament empereur. Cette scène triomphale se passait au mois de mars de l'an 360 , dans les murs de Lutèce.

A la nouvelle de la mort de Constance, Julien accourut dans la capitale de l'empire, où il fit son entrée le 1 1 décembre 361 , et fut de nouveau proclamé empereur. Constantinople , jusqu'à ce jour toute chrétienne, reçut .dors dans son sein le plus ardent ennemi de la Croix : tomme les autres villes de l'empire , elle se trouva souillée par le culte des idoles, que son nouveau maître s'efforça de rétablir. Déjà , avant la mort de Constance, les temples de la Grèce et des contrées voisines s'étaient rouverts par les ordres de Julien. Se voyant à Constantinople seul maître de l'empire, il déclara plus hautement encore ses \olontés. De grandes réformes introduites dans le palais impérial devaient avoir toutes pour résultat le rétablissement du paganisme ; c'était le but unique des efforts

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de Julien. Un édit général ordonnait d'ouvrir les temples de toutes les provinces , et de rétablir ceux qui auraient été démolis. Il voulait que chaque ville célébrât ses fêtes comme autrefois. En même temps il comblait des plus grands honneurs les prêtres païens, leur assignant des revenus considérables et faisant revivre les nombreux privilèges dont ils avaient joui jusqu'au règne de Constantin. Le sang des victimes recommença à couler en abondance. Julien donnait lui-même l'exemple ; son palais était témoin de fréquents sacrifices, ses jardins étaient remplis de statues et d'autels érigés en l'honneur de ses dieux. En sa qualité de souverain pontife, non moins chère et précieuse que la dignité impériale elle-même , il exerçait souvent de ses propres mains les fonctions de sacrificateur. « Le matin il immolait une victime au soleil pour honorer son retour ; le soir il lui disait adieu par un second sacrifice. Il rendait de semblables hommages la nuit à la lune et aux étoiles. Lorsqu'on célébrait une fête , il courait au lieu de la solennité ; on l'y 'voyait se prosterner devant l'idole, lui baiser les pieds, aller et venir d'un air inquiet et empressé, fendre ta bois pour l'autel, attiser le feu avec la bouche jusqu'à perdre haleine, égorger les victimes, fouiller dans leurs entrailles, y chercher l'avenir d'un œil avide *. »

On sait d'ailleurs quel nouveau plan s'était tracé Julien dans sa restauration du paganisme. La violence contre les chrétiens lui avait paru impuissante. Les persécutions, loin d'en diminuer le nombre, n'avaient servi

» La Bletterie , Vie de Julien.

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qu'à les multiplier. Julien mit en œuvre l'artifice et l.i ruse : caresses, honneurs, promesses flatteuses, d'une part ; de l'autre , vexations et manœuvres sourdes , défense d'étudier les lettres humaines, dur esclavage enfin, sous une fausse apparence de liberté : tels étaient les moyens qu'il employait tour à tour envers les chrétiens pour leur faire abandonner la foi et les ramener au culte des dieux. En même temps, il n'épargnait rien pour rendre à ce culte tombé toute sa liberté, toute sa pompe »t son éclat: il relevait sa dignité avilie, en introduisant dans son sein les institutions et les usages du christianisme, dont il avait su apprécier le mérite et la valeur. Ce genre de persécution, s'il eût duré longtemps, aurait peut-être été plus funeste à l'Eglise que la cruauté des Néron et des Dioclétien : mais Dieu en abrégea le cours en frappant le prince impie. Julien était néanmoins dou<^ d'heureuses qualités : simple, frugal, généreux, instruit, il avait reçu du Ciel une haute intelligence et une riche nature. Sa haine contre le christianisme altéra et obscurcit ces dons éminents et le fît descendre jusqu'aux plus misérables superstitions. Il eut recours aussi à l'imposture pour établir son crédit dans l'esprit du peuple, prétendant converser face à face avec les dieux qui lui découvraient toutes choses. Tant est profond l'abîme qui s'ouvre devant l'orgueil!

Julien aimait Constantinople , sa ville natale, comme il aimait Paris, sa chère Lutèce i ; il y résidait volontiers et se plaisait à la décorer. L'empereur Constance , voulant

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laisser quelques traces de son passage à Rome , avait fail transporter au bord du Tibre l'obélisque du temple d'Héliopolis qui orne aujourd'hui la place de Saint-Jean de Latran. Un autre obélisque devait, dans sa pensée, être transporté à Constantinople. Reprenant ce projet, Julien en écrivit aux Alexandrins, leur proposant en échange une statue colossale qui venait d'être achevée et qui vraisemblablement était la sienne. Il prétend que les Alexandrins auront un grand plaisir à reconnaître de loin , en arrivant à Constantinople, le présent dont ils auront embelli sa ville natale. Cet obélisque, transporté à Constantinople, fut élevé par Théodose dans l'hippodrome. Il a été détruit dans les bouleversements de la ville impériale.

A la mort de Julien , qui avait péri à trente-trois ans , durant sa marche contre Sapor (363), les officiers de l'armée élurent pour empereur Jovien, primicère des gardes. Brave capitaine, zélé chrétien, Jovien s'était trouvé chargé de conduire à Constantinople le corps de Constance , mort à Mopsucrène ; assis dans le char funèbre, il avait partagé les honneurs impériaux rendus à la poussière de son maître ; on en augura sa grandeur future. « On y aurait pu trouver, dit Chateaubriand, le présage de son second et prochain voyage sur le même char. »

Jovien signa une paix de trente ans avec Sapor en lui cédant les cinq provinces transtigritaines. C'est donc sur le champ de bataille où était tombé Julien qu'eut lieu le premier démembrement de l'empire. Le nouvel

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