CHAPITRE V
liqoes; Euphémius et Maeédonius, patriarches do Constantinople. déposés ou exilés, furent au nombre de ses Yidimes. Humeurs, séditions, querelles de factions, telle est l'histoire de ce règne. Dans plusieurs de ces émeutes, le sang coula en abondance. On vit une fois un général , à la tète d'une -puissante armée, tenir Constantinople assiégée jusqu'au rétablissement d'un évéque orthodoxe. Pendant ce temps, les barbares investissaient l'empire, les Perses et les Bulgares ravageaient les provinces. L'empereur n'obtenait la paix qu'à prix d'argent. Il défendait ses états avec ses trésors, et faisait élever autour de Gonstantinople une muraille immense , afin de mettre au moins ses fertiles campagnes à l'abri des incursions des ennemis. Anastase, ayant formé quelques projets sur l'Italie, rechercha, dit-on, à cette occasion l'alliance de Giovis , roi des Francs , auquel il envoya le titre de consul (509). Ce prince avait quelques bonnes qualités, et se signala par des actions qui lui méritèrent de grandes louanges. Il supprima le chrysargyre , impôt odieux qui se levait tous les cinq ans, et tellement détesté, que sa suppression, disent les historiens, en couvrant le prince de gloire, suffit pour faire pardonner ses plus grands crimes. Anastase abolit aussi les spectacles barbares du cirque, où l'on voyait des hommes combattre contre des bêtes féroces. Ce prince mourut subitement frappé de la foudre, à l'âge de quatre-vingt-huit ans (518).
Justin ier, dit le Vieux, d'abord berger, puis soldat, enfin capitaine des gardes du palais, sous l'empereur Léon, fut porté sur le trône par une intrigue à la mort
d'Anastase. Catholique zélé, ce prince, qui, dit-on, ne savait point lire , régna sagement et apaisa pour un temps les querelles religieuses. Son règne fut troublé par les factions des Verts et des Bleus l , Gavadès , roi des Perses , ayant rompu la paix qui subsistait entre les deux souverains, Justin envoya contre lui le célèbre Bélisaire (526). Le vaillant général préluda à ses exploits futurs dans cette première guerre , dont le vieil empereur ne vit point la fin. Il mourut Tan 527 , après s'être associé son neveu Justinien.
Justinien fut un grand empereur : son nom réveille de beaux et glorieux souvenirs; c'est le principal personnage de cette période encore ascendante de l'empire d'Orient. Après lui commence la décadence , qu'aucun autre bras ferme et puissant ne viendra arrêter. Justinien , neveu de l'empereur Justin , qui l'avait adopté , était né à Tauresium en Mésie, l'an 483. Le règne de ce prince est célèbre parles querelles des factions du Cirque , dites les Verts et les Bleus. Justinien, ayant soutenu ces derniers, vit son palais investi par les Verts; peut-être eut-il été victime de leur fureur, si Bélisaire, revenant à la tête d'une armée victorieuse des Perses, n'avait fait lever le siège à ces séditieux, dont la plupart périrent sous ses coups. Après cette triste expédition, ce grand homme, marchant à des exploits plus dignes de lui , commença ces belles conquêtes qui ont rendu glorieux le règne de Justinien.
1 Dans les jeux du Cirque les conducteurs de chars portaient des couleurs vertes ou bleues; de là des cabales pour les Verts ou les Bleus, et des rixes sanglantes qui troublèrent longtemps Constante nople.
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Déjà vainqueur dos Pisses, qu'il avait contraints à demander la paix, Bélisaire passa en Afrique (533), prit Carthage. fit prisonnier l'usurpateur Gélimer, et renversa la monarchie des Vandales, qu'il chassa pour jamais du sol africain. La calomnie, toujours prête à s'attacher aux succès du mérite, noircissait Bélisaire aux yeux de Justinien , en lui imputant le projet de se rendre indépendant en Afrique. Le vaillant général, apprenant ces bruits injurieux, veut les détruire et rassurer son prince. Bientôt Constantinople le voit débarquer sur ses bords, suivi de Gélimer et des trésors conquis sur l'ennemi. Sa conduite loucha Justinien, qui lui décorna les honneurs du triomphe. L'empereur reçut le vainqueur dans le Cirque, et fit frapper une médaille , conservée jusqu'à nos jours ; sur le revers on lit : Bélisaire la gloire des Romains.
Poursuivant le cours de ses exploits, le général de Justinien se rend ensuite en Sicile, reprend sur les Goths Catanc, Païenne , Syracuse; pénètre en Italie, où il enlève aux Goihs Naples , et enfin Rome , qu'il défend durant un an contre les attaques de leur roi Yitigès , accouru avec cent mille combattants sous les murs de l'ancienne capitale du monde. Vainqueur avec l'appui de Narsès , autre général de Justinien , auquel ses victoires préparent la conquête de l'Italie , Bélisaire fait lever à Yitigès le siège de Rome, le poursuit jusqu'à Ravcnne, le fait prisonnier et l'emmène à Constantinople (540). De là, retournant en Perse, il s'oppose aux progrès de Chosroës (543). Rappelé de nouveau en Italie par les succès de Totila . il reprend Rome, dont s'était emparé
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ce conquérant, dernier soutien de la monarchie expirante (547). Le manque de troupes et leur dénûment, paralysant ses efforts, arrêtent enfin Bélisaire dans ses conquêtes. Il demande son rappel. Mais après quelques années de repos, il reprend encore les armes pour repousser une invasion formidable de Huns, de Bulgares et autres barbares de race sarmatique. Gonstantinople retentissait de ses louanges. Cependant, malgré ses services, le héros , sur la fin de sa vie , est accusé de conspiration et disgracié. L'empereur, ayant reconnu son innocence, lui rendit sa fortune avec les biens et les honneurs dont il l'avait dépouillé. Bélisaire n'en jouit pas longtemps et mourut l'an 565. L'imagination des poètes et des artistes nous montre Bélisaire pauvre et privé de la vue, réduit à mendier dans les rues de Constantinople. Cette tradition, dont ne parle aucun historien contemporain , est une pure fable inventée par un poëte peu estimé du douzième siècle ! , et répétée depuis sans examen.
Tous les écrivains sont d'accord sous les grands qualités de Bélisaire : on vante sa fidélité pour son prince, sa douceur, sa générosité constante envers les vaincus. L'histoire' le regarde comme l'un des plus habiles généraux qui aient existé. Justinien doit aux talents, aux vertus et aux victoires de cet homme illustre une grande partie de l'éclat de son règne.
Justinien a rendu aussi son nom fameux par la réforme des institutions judiciaires. Il fit réviser par une commission de jurisconsultes, sous la direction du célèbre
Le poëte Tzetzes.