‹ ConstantinopleChapitre 24 sur 97 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

impériale que dos prérogatives dont ils étaient en jouissance : on doit le regarder néanmoins, avec celui qu'il confirmait, comme le germe du grand schisme qui sépara depuis l'Eglise d'Orient de celle d'Occident.

Ce même Concile de Chalcédoine mit au nombre des saints et des martyrs un pieux personnage qui venait d'occuper dignement le siège déjà illustré par saint Grégoire de Nazianze et saint Jean Chrysostôme. Je veux parier de Flavien , archevêque de Constantinople. Elu en 447 , il avait l'année suivante , dans un concile tenu dans sa ville épiscopale , fait condamner Eutychès , malgré les intrigues de Chrysaphe. Mais Flavien avait été condamné à son tour dans cet autre concile présidé par Dioscore, évoque d'Alexandrie, ami d'Eutychès, dans cette assemblée tumultueuse et menaçante , que l'histoire a flétrie sous le nom de brigandage d'Ephèse l. Ayant appelé au Saint-Siège de l'inique sentence prononcée contre lui, Flavien s'était vu exilé, maltraité, accablé de coups sur la route ; enfin , peu après , il avait succombé à ses blessures à Epipe , près de Sardes , en Lydie , lieu de son exil. Et maintenant le corps du saint pontife , transféré solennellement à Constantinople par l'ordre de Pulchérie, y recevait les plus grands honneurs, tandis que l'Eglise inscrivait son nom avec ceux des Athanase, des Cyrille, des Chrysostôme, parmi les plus glorieux défenseurs de la foi.

Revenons à Pulchérie et à Marcien. Les dernières années de la pieuse princesse , consacrées uniquement aux

1 Latrochuum Ephesinum.

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bonnes œuvres, virent fonder un grand nombre d'institutions utiles, des hôpitaux, qu'elle dota richement, et une multitude d'églises , parmi lesquelles on distingue celles de Blaquernes, de Chalcopratum et de Hodcgiria ou Notre-Dame des Guides, toutes trois sous l'invocation de la Vierge Marie. Dans cette dernière fut placée la célèbre image de la Vierge, que la tradition disait être l'ouvrage de saint Luc , et qu'envoya de Jérusalem à sa belle-sœur , l'impératrice Eudoxie , retirée en Palestine depuis la mort d'Arcade, son époux. Cette image de la Vierge par saint Luc joue un grand rôle dans l'histoire de Constantinople. Pulchérie occupait les moments qu'elle pouvait dérober aux affaires publiques à la visite des malades et des pauvres. Elle fut favorisée de grâces extraordinaires. Par suite d'une vision, elle ordonna la translation à Constantinople des reliques des quarante martyrs de Sébaste '. Ces précieux restes furent enfermés dans une châsse magnifique. Au rapport de Sozomène, témoin oculaire, le peuple de Constantinople assista à cette cérémonie avec une singulière dévotion.

Après la mort de Pulchérie (453), Marcien, régnant seul sur le trône d'Orient , continua les bonnes œuvres de son auguste épouse, et se montra le fidèle imitateur de ses vertus. Ce sage et religieux prince sut braver les menaces d'Attila et le forcer par son énergie à s'éloigner de l'Orient. Il a été loué par saint Léon le Grand. On a dit qu'il avait le cœur au-dessus de l'argent et de la

1 Ils avaient souffert, en 320, à Sébaste, ville de la petite Arménie, sous l'empereur Licinius». (V. leur fête au 10 mars.)

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crainte. Il répondit à Anila qui lui demandait le tribut :

J'ai do l'or pour mes amis , du fer pour mes ennemis 4. Cette fière réponse tint le conquérant indécis. « Attila ne savait, dit un célèbre écrivain , lequel de ses deux bras il devait étendre pour saisir l'empire d'Orient ou l'empire d'Occident, et s'il arracherait Rome ou Gonstantinople de la terre. 11 se décida pour l'Occident, et prit son chemin par les Gaules.... »

Après sept ans d'un règne glorieux , et dans la soixantecinquième année de son âge, Marcien alla rejoindre sa vertueuse compagne. Avec lui finit la dynastie théodosienne ( W>7 ).

Une nouvelle dynastie, dite de T/trace, nous montre cinq empereurs, dont le passage sur le trône de Constantinople a laissé dans l'histoire peu de souvenirs dignes d'attirer nos regards. C'est d'abord (de 457 à 474) Léon 1er, dit l'Ancien ou le Grand, parvenu à l'empire par l'appui du patrice Aspar et d'Àrdabure son fds. Proclamé empereur par l'armée , et couronné par Anatole , patriarche de Gonstantinople , c'est le premier souverain que l'histoire nous montre couronné des mains d'un évèque. Léon, zélé pour la foi catholique, confirma le concile de Ghalcédoine , repoussa les barbares , et conclut une paix glorieuse avec Wélamir, général des Goths, qui envoya en otage à Gonstantinople son neveu, le jeune Théodoric, depuis roi d'Italie. Trahi par Aspar , dans la guerre contre les Vandales d'Afrique, Léon fit mourir ce l. néral avec son fils, malgré les services qu'il en avait

1 Procop. d,t Bell. Fond.

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reçus (471). Après un règne long et heureux, il laissa la couronne à son petit-fils Léon, sous la tutelle de son gendre, Zenon d'Isaurie (474).

Léon ii , enfant de quatre ans, étant mort en bas âge, son père Zenon, déjà proclamé empereur, demeura seul possesseur du trône. Ce tyran triompha de plusieurs révoltes par plusieurs crimes. Chassé de Constantinople par les menées de Vérine , sa belle-mère , et de Basilique , frère de Yérine , il cherche un refuge en Isaurie (475). Deux ans après , ayant recouvré le trône par l'appui des Isauriens et des Goths , ii souille sa victoire par des cruautés et des perfidies; et d'allié il devient l'ennemi des Goths qui lui font une guerre désastreuse. Livré à la débauche et devenu odieux , il fut , dit-on , enterré tout vivant dans un de ces engourdissements léthargiques où le plongeaient des excès de tous genres. Sa veuve Àriadne, à qui l'on a reproché d'avoir précipité les funérailles de son époux, s'unit à Ànastase qu'elle éleva au trône (491) '.

Anastase , surnommé Dicore et le Silenciaire , né à Dyrrachium ou Durazzo, ville d'Illyrie, se fit estimer au début de son règne par sa modération et sa justice, mais bientôt détester par sa violence , sa fourberie et son avarice 2. Il favorisa les eutychéens et persécuta les catho-

1 Zenon avait donné, en 482 , le célèbre édit, connu sous le nom d'Hénotigue, pour réunir les catholiques et les eutychéens, édit qui augmenta les troubles, loin de les apaiser.

2 On l'appelait Dicore parce qu'il avait un œil noir et l'autre bleu, et Silenciaire à cause de la charge qu'il ]avait eu de faire observer le silence dans le palais.

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