CHAPITRE Vil
la réunion de l'Eglise grecque avec l'Eglise romaine. Son e>poir est vain : mais ses successeurs poursuivent ses efforts. L'un d'entre eux, Grégoire X, soixante ans plus tard, convoque pour cet objet principal, sur les bords du Rhône, dans la vieille métropole des Irénée et des Pothin, le quatorzième concile général, l'un des plus imposants par le nombre et la majesté, entre tous ceux dont l'histoire de l'Eglise offre le souvenir (1274).
Lyon vil en effet arriver alors dans ses murs cinq cents évèques. soixante - dix abbés, Jacques, roi d'Aragon, plusieurs autres princes ou leurs ambassadeurs . et enfin le pape Grégoire X, qui présida lui-m^ç^/îe cdHcile^l ' Michel Paléologue, à cette époque emplir dé^Constantinoplc, envoya aussi ses députés àfiune reunion qu'il avait sollicitée par des vues politiquT^^JËP&ait' le patriarche Germain, Théophante, métropolitain de Nicôe, et Georges, grand trésorier de l'empire. Ces députés, chargés d'une lettre du prince pour le Pape , le premier et le souverain pontife, disait-il , le père commun de tous les chrétiens, en portaient une seconde, écrite au nom de trentecinq archevêques grecs avec leurs suffragants : ces prélats y exprimaient leur consentement et leur concours pour la réunion avec l'Eglise de Rome. Tous les Pères du concile allèrent au-devant de ces ambassadeurs, et les conduisirent au palais du Pape, qui les reçut honorablement, et leur donna le baiser de paix avec toutes les marques d'une affection paternelle. Les messagers de l'empereur d'Orient rendirent de leur côté au souverain
1 Ce concile s'ouvrit le 27 mai 1274 , et dura jusqu'au 17 juillet.
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Pontife les honneurs dus au vicaire de Jésus-Christ, auquel ils venaient, disaient-ils, au nom du souverain et des évêques d'Orient , faire acte d'obéissance , voulant professer avec l'Eglise romaine une même foi. Cette déclaration excita la joie la plus vive dans tous les cœurs... L'Eglise, dans sa marche pénible ici-bas, à travers les écueils et la tempête , voit luire parfois quelques jours sereins , quelques instants fortunés ; Lyon avait alors l'insigne honneur d'offrir l'un de ces grands spectacles qui , à de rares intervalles , ont consolé le monde chrétien.
Le jour de saint Pierre , Grégoire X célébra la messe dans la cathédrale de Lyon, en présence de tout le concile. Le Symbole fut chanté en latin , et ensuite en grec par le patriarche Germain et les autres évêques d'Orient. Placés à la droite du Pape, après les cardinaux, les députés de l'empereur ouïrent la lecture des lettres dont ils étaient porteurs. Alors le grand logothète (trésorier), au nom de la nation, abjura le schisme, accepta la profession de foi de l'Eglise romaine et confessa la primauté du Saint-Siège. Grégoire, après avoir témoigné la joie de l'Eglise, qui embrassait enfin avec tendresse tous ses enfants réunis dans son sein, entonna le Te Deum. Tous les assistants, unissant leur voix , rendirent à Dieu de solennelles actions de
grâces.
La réunion était consommée : tout semblait faire espérer qu'elle serait durable. Il n'en fut point ainsi. Moins de dix ans après . Michel Paléologue étant
mort (1208), son (ils Andronic renouvelait déjà le schisme.
Plus d'un siècle et demi s'était écoulé depuis le concile le Lyon : l'heure fatale allait sonner où Constantinople • levait tomber sous la puissance des enfants de Mahomet. Les souverains pontifes , comme s'ils prévoyaient le sort futur de cette ville impériale , tentèrent un suprême effort pour rétablir l'union , avant que le Croissant eût détrôné la Croix sur ses murailles. L'empereur Jean Paléologue et le pape Eugène IV, ayant renoué les négociations, un nouveau concile général , composé de Grecs et de Latins, fut convoqué en Occident. Il fut ouvert à Ferrare, en Italie, par le pape Eugène iv, en présence de l'empereur, du patriarche de Constantinople, des députés des patriarches d'Alexandrie , de Jérusalem et d'Antioche , et de vingt archevêques d'Orient. Le concile commencé à Ferrare fut ensuite transféré à Florence (1439). Toutes les questions qui causaient la division entre les deux Eglises d'Orient et d'Occident ayant été agitées, on publia le décret d'union au nom du Pape. On y reconnaissait que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils , et que le pontife romain, chef de l'Eglise universelle, a la primauté sur toute la terre. Ce décret signé par les Pères du concile latins et grecs , et par l'empereur Jean Paléologue , fut agréé de part et d'autre : la réunion fut alors de nouveau consommée aux applaudissements universels. Hélas ! la joie de l'Eglise catholique eut cette fois encore une courte durée.
A leur retour à Constantinople (février HiO) , l'em-
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pereur et les prélats grecs trouvèrent le clergé et le peuple de cette ville étrangement prévenus contre l'union. Les schismatiques accablaient d'injures les évoques signataires , et comblaient d'éloges Marc d'Ephèse , qui seul avait eu le triste courage de refuser son consentement. Intimidés par ce déchaînement de leurs concitoyens, les Pères grecs du concile de Florence renoncèrent à ce qu'ils avaient faits. Le schisme, qui semblait éteint, reparut alors et domine encore.
Quelques années après (4451), le pape Nicolas v, pontife d'une grande piété, réfléchissant sur l'inutilité des efforts tentés pour la réunion des Grecs, écrivait à leur dernier empereur, Constantin Paléologue, une lettre prophétique. Après avoir montré à ce souverain et à son peuple tous les préparatifs que les Turcs faisaient contre eux, et les avoir exhortés vivement à ouvrir enfin les yeux sur leur opiniâtreté passée :
« Depuis longtemps, disait cette voix vénérable, les Grecs abusent de la patience de Dieu en persévérant dans le schisme. Selon la parole de l'Evangile, Dieu attend pour voir si le figuier cultivé avec tant de soin portera enfin du fruit : mais si dans l'espace de trois années, que sa bonté lui accorde encore, il n'en porte point, l'arbre sera coupé par sa racine, et les Grecs seront entièrement accablés par les ministres de la justice divine, que Dieu enverra pour exécuter un arrêt déjà prononcé dans le ciel. »
Nous verrons tout à l'heure l'accomplissement littéral de cette prophétie , quand nous contemplerons le dernier