CHAPITRE Wi li'2,j
Li maintenant, à nos braves compatriotes , marins et soldats, les défenseurs en Orient de ces immenses intérêts , nous adresserons nos vœux, nos souhaits fraternels. Dociles à la voix de nos vénérables pasteurs, nous ferons monter pour eux au Ciel les accents d'une ardente prière. Oui , nous saluons de loin avec amour et une sainte fierté, sur ces beaux rivages du Bosphore , ces conquérants d'un genre nouveau , ces conquérants , par la civilisation , d'une cité dont la charité chrétienne et française, qui s'étend aujourd'hui sur toutes les plages, a déjà pris possession. Xos soldats retrouvent à Constantinople les fils de saint Vincent de Paul , les angéliques filles de la Charité , les humbles enfants du bienheureux La Salle , et bien d'autres religieux, missionnaires et prêtres venus de France; tous s'efforcent depuis longtemps d'implanter de nouveau la Croix du Christ dans la ville que Constantin consacrait, il va quinze siècles, à la Vierge Marie. Nos guerriers travailleront au succès de leur œuvre. Quelle part de gloire les attend? L'avenir, encore une fois, nous l'apprendra bientôt.
Ce que l'histoire nous a déjà appris , c'est que la France, poussée par un instinct inconnu , providentiel , va presque toujours plus loin qu'elle ne songeait dans le chemin de la victoire. Lorsqu'à l'aurore du treizième siècle elle s'efforçait de replacer un empereur sur le trône de Byzance, elle ne pensait point qu'elle allait fonder un nouveau royaume. Lorsqu'elle allait sur la rive africaine venger un coup d'éventail donné à son consul , était-ce pour ajouter à son domaine deux cents lieues de fertiles côtes? Qui
sait ce que de nouveaux triomphes lui gardent ? Loin d'elle en ce moment toute vue d'ambition I Si quelque jour, cependant, les chances imprévues de la guerre l'entraînaient à dominer sur les rives du Bosphore comme elle domine sur les rives d'Alger, elle ne ferait après tout que rentrer dans un ancien héritage conquis par sa valeur.
Un autre désir, une autre espérance est dans notre cœur. Qu'ont présagé la vue de ces trois nations, la Turquie , la France et l'Angleterre , longtemps ennemies , aujourd'hui se rapprochant, s'embrassant , confondant leurs intérêts? ne semble-t-il pas que nous approchions de ces temps, entrevus par le comte de Maistre, où l'on célébrera la messe à Saint-Paul de Londres et à Sainte-Sophie de Constantinople?