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CHAPITRE XVI

» Nous ne croyons pas , comme plusieurs , que le Coran soit parfaitement conciliable avec les principes de civilisation qui ont fait la France ce qu'elle est; mais nous ne sommes pas animés d'une telle sollicitude pour le Coran, que nous ayons à nous inquiéter de ce qu'il deviendra dans la crise actuelle : toujours est-il certain que la loi de Mahomet n'a pu soutenir l'empire ottoman et le conserver comme une digue contre l'inondation moscovite. Puisqu'on a jugé plus sage de fortifier cette digue que d'en construire une nouvelle, on voudra sans doute établir la Turquie dans des conditions de puissance et de force qui lui permettent de suffire seule à la tâche pour laquelle on la maintient.

» Laissons donc les principes chrétiens agir dans ces contrées comme ils ont agi dans le monde entier , à l'insu des hommes et souvent contre leur volonté. Nous pouvons être sûrs que d'une manière ou de l'autre la Turquie sera entraînée dans le développement de la civilisation chrétienne, et qu'ici comme ailleurs « les choses de Dieu se feront par les Francs \ »

Voyez quel grand spectacle ! Tandis que les drapeaux de la France , vainqueurs en Algérie , voient s'incliner devant eux les Turcs de l'Afrique, ces mêmes drapeaux flottent sur les murs de Constantinople , entourés du respect et de l'amour des Turcs de l'Europe et de l'Asie. Ainsi partout, désormais, l'islamisme est pour ainsi dire soumis à la puissance de la France. La conquête de l'Algérie se lie visiblement dans les desseins de la Pro-

1 M. de Lourdoueix.

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vidence à la guerre actuelle d'Orient. Elle semble avoir préparé , un quart de siècle après , sinon une nouvelle conquête, au moins cette alliance étroite de la France avec Gonstantinople , qui sera pour cette grande cité un élément régénérateur de vie et' de salut; car la mort est dans son sein , et nous allons la combattre. « La vie de l'islamisme, dit un vénérable prélat, est plus mourante que jamais , et nous estimons , nous autres , hommes de foi, qu'il faut se préoccuper infiniment peu de ces restes de paganisme , de ce culte, de la chair, dont l'Europe ne veut plus à cette heure. La civilisation qu'il subit tous les jours , comme malgré lui , achève de tuer ses croyances, évidemment faites pour la barbarie. Son glaive, que la persécution a usé, comprend enfin qu'il ne doit plus se

lever contre les adorateurs de Jésus-Christ ' »

Nous venons de parler de l'Algérie. Ecoutons la voix du successeur du grand évêque d'Hippone, qui s'écrie à son tour, du sein des rivages d'Afrique : « Ce n'est point l'affranchissement des Grecs , ses coreligionnaires , que poursuit en réalité le czar moscovite, c'est la succession de Constantin qu'il convoite. Ce n'est point l'islamisme que vont défendre la France et l'Angleterre : c'est le droit d'un allié , c'est le territoire môme de l'Europe , c'est l'équilibre de l'Occident, c'est la liberté déjà préparée des Chrétiens , c'est le repos du monde , c'est la civilisation : immenses intérêts dont la sécurité serait mise en péril par le triomphe d'un souverain qui a déjà coûté tant de pleurs à l'humanité et au catholicisme \ »

1 Mgr l'évêque de Montpellier. a Mgr l'évèque d'Alger.

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