‹ Constitution d'une noblesse industrielle à l'aide des marques de fabrique considérées comme blason de l'industrie et du commerceChapitre 3 sur 3 · INVENTEURS ET PROTECTEURS DE [.'INDUSTRIE · texte numérisé non relu

INVENTEURS ET PROTECTEURS DE [.'INDUSTRIE

Nous extrayons du deuxième numéro de son bulletin qui vientdenous parvenir, la lettre suivante qui nous est adressée :

Monsieur,

La Société des inventeurs vous adresse scs plus vifs rcmercimcnts, pour le bon souvenir que vous avez gardé d’elle. Vos deux cents exemplaires des Marques d'origine, de h Belgique industrielle et du Manautopole dédié à notre Société, ont été distribues en assemblée generale, selon vos désirs.

Vous êtes toujours sur la brèche, Monsieur, vous combattez sans relâche pour les droits du travail et de l'intelligence. Vous êtes une des plus brillantes expressions vivantes de ces besoins nouveaux — caractère de notre époque — qui cherche la formule de l'avenir industriel.

II faut que tous y contribuent*, il ne faut rejeter sans examen aucune des idées qui se produisent dans ce sens.

II ne nous appartient pas, quant à nous, de prédire déjà la solution ; mais nous sommes convaincus, dès à présent, que vous y aurez contribué par vos travaux, votre zèle, votre activité, pour une belle cl large part.

Agréez, Monsieur, tous nos sentiments de sympathie, d’estime et de considération,

Au nom de la Société,

Les membres du conseil de direction :

Chapelle, Perpigna, Carillon, Pechiney, B"' de S'-Gervais, Darnis.

Lettre de SB,le comte Beugnot, Pair de France, à l’auteur.

J’ai lu avec autant de plaisir que de profit, tous ceux de vos écrits que vous avez bien voulu m’envoyer, j’y ai trouvé infiniment d'esprit et des connaissances positives sur beaucoup de sujets très-dignes de méditation. Cependant, je ne suis pas encore ramené au système de la marque obligatoire . et voici mes motifs : j’approuve la marque d’origine et la marque de qualité, toutes les deux sont également bonnes, également nécessaires ; or, si nous laissons la marque facultative, les honnêtes gens en feront seuls usage et la bonne qualité du produit sera attestée par la marque, aussi bien que son origine. Un produit non marqué sera par ccla-même, un produit qui se déclarera suspect, et tant pis pour qui l’achètera.

Rendez la marque obligatoire, alors elle devient une coutume générale, couvrant l’honnêteté et la fraude , ne donnant plus au consommateur aucune indication sur la nature du produit.

Vous proposez une peine pour quiconque ne marquera pas, et celte peine serait la saisie. Je ne m’arrêterai pas à cette considération que nos lois n’admettent la saisie que comme peine accessoire et qu'il vous faudrait trouver une peine principale ; mais je dirai que pour opérer cette seule saisie, il faudra entrer dans une série de recherches, d’inquisitions contraires à nos usages et trop analogue à ceux de l’ancien régime.

Je conçois parfaitement le système des maîtrises et des jurandes, ou pour mieux dire, du réglement de la production et de la consommation par l'État, mais on a détruit ce système et on n’en veut plus, il ne faut donc pas y revenir par un chemin détourné. C’cst-là le reproche que j'adresse à tous les organisateurs du travail, lis se disent libéraux, et ne voient pas qu’en faisant intervenir l’État dans la première de toutes les opérations sociales, dans l’oeuvre de la production, ils s’engagent à lui laisser la direction des intérêts politiques qui, à mes yeux, n'en sont que la conséquence.

Vous allez, monsieur, me regarder comme un ennemi du mottatitopole, comme un adversaire des droits de l’intelligence, je ne vous demande qu’une seule grâce, qui est de me placer au nombre de ceux qui rendent justice à vos connaissances étendues, à votre zèle infatigable, et à l'élévation de vos vues.

Paris. 10 mars 1S-1G. Comte Bfxgxot.

Les raisons qui vous déterminent. 51. le comte, en faveur de la marque facultative, présentent, je dois en convenir, un semblant de suffisance qui séduit à la première vue, mais qui cède facilement devant un examen quelque peu sérieux, comme vous allez en juger : — Si la marque reste facultative, la loi reste sans moyens de sanction. Il n'v aura donc rien de changé à l'état de chose déplorable auquel on a’le dessin et le désir de remédier. Voici comment les choses se passeront : — On ne marquera d’abord pas plus qu’on ne marque aujourd’hui, et si quelque marchand s’apercevait d’ici à quelques années, que l’absence de marques, sur certains objets, raréfiât sa clientèle, il y mettrait sa marque à lui. mais seulement pour les acheteurs qui l’exigeraient ; non sans avoir auparavant épuisé l'éloquence du comptoir, à leur démontrer que la marque ne signifie rien ; ils feront plus, il exhiberont des objets parfaitement semblables, marqués et non marqués, et s’efforceront de vous démontrer que les objets non marqués, sont les meilleurs et qu’on n’en veut plus d'autres. Mais ils n’hésiteront pas à vous garantir 1" qualité extra super fine, la dernière qualité de marchandise qu’ils auront exigé qu’on leur confectionnât sans marque. lit le malheureux fabricant, esclave du commissionnaire et du marchand de gros, devra leur obéir, comme aujourd’hui, et frelater selon leurs ordres, sous peine de perdre leur pratique. Lesdits commissionnaires s’opposeront toujours et de toutes leurs forces à laisser subsister une marque qui pourrait faire découvrir la demeure du fabricant.

Figurez-vous bien que l’A B C du commerce consiste à cacher les sources où il s'alimente : cela s’appelle le secret du marchand. Et

ces messieurs sont trop intéressés à ce système d'incognito pour'ne pas s'appliquer à tourner l’obstacle illusoire que vous croyez leur 0[ poser comme une digue infranchissable.

Veuillez faire attention que le fabricant seul est intéressé à la marque obligatoire, il la désire, il l’invoque; tandis que le marchand la repousse de toutes scs forces. Il sent fort bien qu’il devrait renoncer à surfaire si l'adresse du faiseur était connue.

Forcer à la marque de qualité, c’est forcer au mensonge ; laissez-la facultative ou plutôt n’en parlez pas; mais la marque d'origine est indispensable et doit être impérative sous peine d'amende contre le fabricant et de saisie à charge du marchand; mais cela n’implique, ni recherche dans les fabriques, m recherche dans les magasins, si la loi se borne à ces mots : Toute marchandise exposée ex veste, sans marque d'origine, sera saisie. Le marchand sera tenu de nommer le fabricant sous peine de supporter seul l’amende et la saisie.

Tout colis de marchandise, circulant à l'intérieur, devrait porter la marque de l’expéditeur, légalisée par celle de la cité. Tout colis qui traverserait la frontière, devrait recevoir le timbre du gouvernement, comme légalisation delà marque de la cité.

Ces mesures sont simples et d’une sage prévoyance ; on aura tort d’évoquer, pour les combattre, l’ancien fantôme des jurandes, avec lesquels elles n’ont absolument rien de commun. Vous pensez qu’en rendant la marque d’origine obligatoire pour tous, elle couvrirait également l’honnéleté et la fraude et ne donnerait aucune indication sur la nature du produit; mais c’est comme si vous disiez qu’en forçant tout le monde à signer scs billets, la signature est devenue une coutume si générale qu’elle ne donne aucune garantie aux banquiers.

Vous avez raison de reprocher à tous les organisateurs, le tort de vouloir faire intervenir l’Étatdans toutes les opérations sociales, l'Étal doitétrelégislatcur et justicier, rien de plus ; sa tâche est assez belle, assez difficile ainsi. En résumé, il n'y a que deux secrets pour arriver à l’organisation du travail, c’est de séparer les marques d’origines, des marques de qualité et le commerce de l’industrie, c’est pour avoir voulu les mener de front que les économistes politiques se sont si étrangement fourvoyés.

Pour donner tout ce quelle est susceptible de donner, l'industrie doit être monautopolisée, et pour rendre tout ce qu’il est susceptible de rendre le commerce doit être libre.

On ne débrouillera jamais ces questions, tant qu’on ne se décidera pas à les diviser, et a reconnaître que l’intérêt du fabricant est aussi distinct de celui du marchand, que l’eau du feu.

Page 1